D'ETIENNE ET DE PIERRE DE MBROEUR
1020 environ, un prélat du nom d'Austenchus. Ils prétendent qu'un titre, qu'ils ne citent pas , mais qu'ils datent du pontificat de Jean XX , fait mention de cet évoque ; cependant nous ferons remarquer que les frères Sain te- Marthe, qui connaissaient cette allégation, et qui sans doute ont eu à en vérifier l'exactitude, n'ont pas cru devoir s'y arrêter.
Etienne de Mercceur, neveu de saint Odilon, abbé de Cluny, cadet de la noble famille de Mercœur, en Auvergne , fut proclamé évoque du Puy de 1025 à 1030 environ. — Les historiographes de Notre- Dame se taisent sur la vie de ce prélat jusqu'en Tannée 1031. A cette époque, il se rendit à Limoges et assista à un concile dans lequel Jourdain, évèque de cette ville, vint exposer lamentablement les maux qui depuis longtemps déchiraient son diocèse (1). c Etienne prit à son tour la parole, dit le » père de Gissey, pour faire une remontrance au » peuple au sujet de la paix. » Ce que nous avons vu en 976 dans le Velay se produisait alors dans tout le Limousin, et il ne fallait rien moins que le
(1) Ecce propter vestram pacem dilectissimi, hic adsunt pastores ecclesiamm , sancti fratres nostri episcopi ; qui ad sublevandom onus mei ponderis , et vos salvandos , atqne parfficandos, dignati sont ad hanc urbem convenire. Odo de Gissey, liv. II, chap. xxi.
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solennel congrès d'un grand nombre d'évêques(l) et les rigoureuses excommunications prononcées parce saint tribunal, pour dompter l'avidité des orgueilleux châtelains qui ravageaient sans pitié les biens du clergé et ceux des gens de la campagne. Ces déprédations des seigneurs féodaux étaient à peu près générales dans tout le royaume ; et si les efforts des pères de l'Eglise ne parvenaient pas à pacifier les esprits, du moins, en se portant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, imposaient-ils quelques jours de trêve aux ambitions et aux colères. La preuve de cette situation se trouve dans notre propre histoire. Nous avons vu, en effet, Guy d'Anjou, armé de la parole et du glaive, faire momentanément rentrer dans l'ordre les séditieux de notre proyince... Mais peu à peu s'effaça l'impression produite par l'énergie du courageux prélat, et quand Etienne II revint du concile, il ne tarda pas à avoir besoin pour lui-même du secours qu'il était allé porter à son collègue de Limoges.
Longtemps le pacifique pasteur agit avec pru-
(1) jEmo Archiepiscopus Bituricensis, Iordanus Antistes Lemovinensis , Stephanus Aniciensis , Roricus Arveraensis , Rayamundus MimaAnsis, jEmilius Albinensis, Deusdedit Caturansis-, Roho Engolismensis, excommunicamus ilios milites de isto episcopatu Lemovicensi qui pacem et justitiam episcopo sue firmare , sicut et ipse exigit, nolunt, atque noluerunt...
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dence et chercha à ramener la concorde par ses sages exhortations ; on ne voulut même pas l'entendre. Alors, comme il n'avait pas à son aide des troupes armées prêtes à seconder ses projets, et que d'ailleurs son caractère répugnait à de pareils moyens , il convoqua les évoques des diocèses voisins, les suppliant de se rendre dans sa ville épiscopale et d'apporter avec eux les plus précieuses reliques de leur cathédrale. — Au jour dit, tous furent exacts. Cependant, comme celui de Mende tardait un peu, Messeigneurs du Puy, de Clermont, de Viviers et de Valence allèrent processionnellement à sa rencontre. — Les chroniqueurs qui racontent ce fait, le complètent par le récit d'un miracle dont l'opportunité se fait ici merveilleusement apprécier. — L'évêque de Mende, suivi de son clergé et d'un grand nombre de ses diocésains, était précédé par la châsse du bienheureux martyr saint Privât, patron du Gévaudan. Au moment où les deux cortèges se joignirent, on entendit une voix qui criait : Place! place! pour l'amour de Dieu! Les évoques et saint Odilon se retournèrent, saisis d'étonnement, et virent un malheureux père qui portait dans ses bras un chétif enfant tout perclus, que rien n'avait pu soulager jusqu'à ce jour. On eut pitié de lui, on ût écarter la foule, et cet homme s'approcha, se mit religieusement à genoux , puis
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déposa son fils sous la châsse, suppliant le saint, les yeux en pleurs, de rendre la santé au pauvre enfant. Les prêtres et le peuple, touchés de la profonde douleur de ce père, unirent.leurs prières aux siennes, et aussitôt le paralytique fut guéri. Ce miracle produisit sur la multitude un effet impossible à décrire ; des cris d'enthousiasme remplirent l'air et s'élevèrent jusqu'au ciel comme un cantique d'action de grâce. Chacun accourait, se pressait pour admirer le malade devenu tout-à-coup robuste, parfaitement dispos, et marchant d'un pas ferme en tête de la procession. « Ce grand spectacle » ayant touché les plus dures âmes , ajoute le pieux » historien de Notre-Dame du Puy, les évoques et » saint Odilon travaillèrent si heureusement, qu'au » bout de peu de jours cette émotion fut suivie d'un » calme parfait. »
En 1051, Etienne II fit le voyage de Rome pour porter au Pape Léon IX quelques plaintes dont la cause n'est pas parvenue jusqu'à nous. Quoi qu'il en soit, le pieux évoque sut dans cette occasion captiver si complètement l'estime du Saint-Père, que celui-ci, pour lui en donner un témoignage éclatant , voulut renouveler en sa faveur l'exemption concédée jadis par Sylvestre II à Théotard. Ce fut même en souvenir de ce privilège que le Pape accorda à Etienne de Mercœur et à tous ses succès-
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seurs au siège da Puy, l'insigne décoration du Pallium> jusque-là réservée aux archevêques seuls. — La bulle pontificale qui rappelle ces circonstances a un double intérêt pour cette histoire ; elle certifie en termes formels la plus ancienne et la plus précieuse des prérogatives des pasteurs du Velay, en même temps qu'elle constate l'immense célébrité de Notre-Dame d'Anis au XI e siècle (1).
Quand l'évêque Etienne II mourut, de nouveaux troubles éclatèrent dans le diocèse à l'occasion de son remplaçant. Le roi Henri, vivement sollicité par le comte de Toulouse, appuyait un archidiacre de l'église de Mende , nommé Bertrand ; mais le clergé velavien repoussait de tous ses efforts un choix qui semblait reposer entièrement sur l'intrigue, puisqu'on assurait que l'ambitieux Bertrand avait tenté de corrompre les principaux citoyens de la ville du Puy pour obtenir leur suffrage. — Dans ces circonstances, comme il était à craindre que la faveur du prince et l'appui du comte ne fissent pencher la balance du côté du prêtre simoniaque , ceux qui ne voulaient pas, ainsi que le dit le père de Gissey, un loup pour garder leur bergerie, adressèrent directement leur plainte au Pape Léon IX , qui nomma
(1) Voir cette bulle, tome II, p. 250.