‹ Histoire du Velay (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

ÀDHÉMÀR DE MONTËIL

SOMMAIRE

Situation générale des esprits an XI* siècle. — Prédication de la Croisade à ClermODt en Auvergne. — Adhémar de Monteil, évêqne du Puy, nommé vicaire général du Saint-Père pour la Croisade. — Il part pour Jérusalem suivi des principaux châtelains de son diocèse et de 400 Vellt viens. — Raymond d'Aiguiine, diacre de Notre-Dame du Puy, est nommé chapelain du comte de Toulouse, et écrit l'histoire de la Croisade. — Espr.t dans lequel est écrit cet ouvrage. — Histoire de Pierre Barthélémy, paysan du Velay, et de la miraculeuse découverte de la lance. — Mort d'Adhémar de Monteil. — Son incrédulité et sa descente aux enfer*. — Fin de l'histoire de la sainte lance. —Epreuve du feu. — Trépas de Pierre Barthélémy. — Appréciation de l'œuvre de Raymond cTAiguilhe.

C'était une croyance presque générale au moyenâge que le monde devait finir avec le X e siècle. \ussi, quand la fatale prédiction, qui tenait dans

l'épouvante tant de milliers de chrétiens, parut ne devoir pas immédiatement s'accomplir, on vit les populations se relever peu à peu de l'abattement dans lequel elles étaient tombées. Mais les jours qui restaient encore n'étaient-ils pas des jours de grâce ? n'était-ce pas un répit que la miséricorde divine accordait aux pécheurs?.. Cette anxiété déchirante, nous la trouvons profondément empreinte dans toutes les résolutions humaines du temps dont nous parlons. — Les mœurs sont ainsi, que la foi la plus naïve semble alors naturellement associée dans la môme personne à la plus rude audace. Ceux-là qui désolent les provinces par leur cupidité , leur orgueil, leur tyrannie, ne signent plus un seul acte sans rappeler solennellement le besoin qui les tourmente de travailler au salut de leur âme. Ils pillent les châtellenies, ils ravagent les bourgs et les terres de leur voisinage , ils n'épargnent ni les domaines ecclésiastiques, ni les trésors des sanctuaires les plus vénérés ; et puis, chose étrange ! nous les voyons bâtir des églises, fonder ou enrichir des monastères, courber le front sous les plus rigoureuses pénitences, venir humblement à Notre-Dame du Puy-Sainte- Marie, s'en aller, sans mesurer la fatigue et le temps, à Saint-Jacques en Galice, aux saints Apôtres à . Rome, au tombeau du Sauveur en Palestine.

Les dangers du pèlerinage de la Terre-Sainte ne

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pouvaient arrêter ces pénitents timorés, dont l'exaltation n'était pas moins ardente dans le remords que dans le crime. Ils attendaient certaines fêtes, allaient faire bénir leurs armes, leur bâton de Toyage et leurs sandales, et partaient en caravanes. Seulement, quand les Turcs se furent rendus maîtres de Jérusalem, dès qu'on apprit qu'ils y massacraient les chrétiens, on se mit en plus grand nombre pour entreprendre la périlleuse visite ; les pèlerins se convoquaient , s'assemblaient, s'armaient comme pour aller à la guerre. En Allemagne, en France, des évêques s'acheminèrent vers l'Orient à la tête de milliers de fidèles. Sylvestre II encouragea ces saintes pérégrinations ; Grégoire VII les bénit en maudissant les profanateurs de la tombe du Christ ; enfin en 1095, un ermite de Picardie, nommé Pierre, homme rempli d'enthousiasme, revint de Palestine tout éploré, racontant partout où il passait, dans les termes de la plus persuasive éloquence, quelle était la cruauté des musulmans envers les enfants de l'Eglise. Pour confirmer ses paroles, il montrait des lettres du patriarche Siméon et de l'empereur Comnène, qui, l'un et l'autre, imploraient les secours de la chrétienté. — A ces récits lamentables, Urbain II se pénétra de la sainte colère qui transportait les chrétiens; sa pensée avait déjà compris l'utilité d'une grande et lointaine expédi-

tion, aussi décida-t-il que l'heure était venue d'agiter à travers l'Europe l'étendard de la foi. 11 passa les Alpes, arriva dans le cœur de la France sa patrie, et convoqua les peuples pour le 18 novembre, à Glermont en Auvergne.

Partout on se préparait ; hommes, femmes, enfants , vieillards voulaient voir, voulaient entendre le Saint-Père. C'est pour cela que le concile, qui d'abord avait dû se tenir au Puy (1), fut définitivement réuni au milieu de la plus vaste, de la plus magnifique plaine de l'Auvergne. Là du moins, quel que fût le nombre, tous pouvaient se compter; tandis que cette multitude accourue du nord et du midi se serait disséminée sans contact à travers les sinueuses et étroites vallées que domine le mont Anis (2). Au jour dit, plus de trois cents

(1) Urbain passa les Alpes au mois de juillet 1095, et arriva au commencement d'août à Valence. 11 se rendit ensuite au Puy-en-Velay , où il avait d'abord résolu d'assembler le concile , mais ne trouvant aucun préparatif dans cette ville , il l'indiqua à Clermont pour le 18 novembre. — Ruin., Vita Urb. II, numéro 188 et suiv. — Michaud, Bist . des Crois., 1. 1, p. 71.

(2) Les paragraphes qui suivent sont extraits en partie de notre Histoire poétique et littéraire de V Ancien Velay, où nous avons eu déjà à traiter avec plus de développements en-

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évéques ou abbés mitres étaient au rendez-vous , plus de cent mille hommes s'étaient mis en marche ; il en venait de tous les points du monde, et nos ports étaient encombrés de barbares qui accouraient. Personne ne comprenait leur langage ; mais eux, plaçant leurs doigts en forme de croix, faisaient signe qu'ils voulaient aller à la défense de la foi chrétienne. — A la fin du concile, le Saint-Père, suivi de tous les princes de l'Eglise et d'un grand nombre de nobles seigneur, vint sur une place immense où tout le peuple l'attendait. Déjà depuis plusieurs jours Pierre-l'Ermite avait préparé les esprits, avait ému tous les cœurs par ses récits douloureux ; aussi quand Urbain parut et demanda, une croix à la main, la délivrance du Saint-Sépulcre, on n'entendit qu'une voix qui criait : Dieu le veut! Dieu le veut!!... Et chacun faisant de ce mot

oore cet épisode, dans l'analyse que nous avons faite du livre de Raymond d'Aiguilhe. — A propos de cette analyse, il importe de signaler ici l'étonnementque nous a fait éprouver la reproduction de quelques-unes de ses parties dans une histoire du Gévaudan publiée par un certain abbé Prouzet. Cet écrivain, non-seulement nous copie littéralement des pages entières (texte et notes), mais, parla manière dont il s'empare de notre travail et dont il l'intercale dans le sien , sans mot dire , il nous expose à passer un jour pour l'avoir nous-môme copié.

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une devise sacrée, se mit une croix rouge sur l'épaule et se disposa à partir (1 .)

Parmi ceux qui viennent les premiers se ranger sous les saints étendards de la Croix, et au-dessus de tous, l'histoire de nos contrées cite avec orgueil les deux noms glorieux de Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et à'Adhémar de Monteil, évoque du Puy. — Le premier envoie aussitôt des ambassadeurs pour déclare? « qu'un grand nombre » de ses chevaliers et de ses vassaux sont prêts à j> s'armer et que lui-même va se mettre à leur tête » et fera part de ses richesses, de ses secours et de j> ses conseils à ceux qui n'ont pas de biens et qui » voudront s'engager dans cette expédition (2). * Bientôt, fidèle à sa parole, il part, fait le solennel serment de ne plus revenir dans sa patrie, et voit accourir sous sa bannière Isam, comte de Die, Raymbaud, comte d'Orange , Guillaume, comte de Forez , Guillaume , comte de Clermont , fils de Robert, comte d'Auvergne , Girard, fils de Guillar bert , comte de Roussillon, Gaston, vicomte de

(1) Hist. littér. de France, t. VIII, p. 525. — Voir notre Hist. littér. et poét. de l'Ancien Velay.

(2) Hist. du Languedoc, liv. XY. tome II, p. 289.

Turenne , Raymond, vice mte de Casteinaud , et bien d'autres encore des plus illustres.

Adhémar, le brave et pieux évoque, fut choisi p^r le Pape pour le représenter ; cette préférence était un hommage rendu à la sagesse et au zèle du prélat. Fils d'un noble comte, gouverneur de Valence en Dauphiné, Adhémar avait été élevé pour le métier des armes ; il .s'y était distingué jeune encore, et il eut souvent occasion de se le rappeler dans le cours de sa vie. En effet, élevé au siège épiscopal du Puy, il trouve son diocèse désolé, les biens de son église au pillage. Pons et Héracle , les deux frères du simoniaque Etienne, son prédécesseur, avaient usurpé les plus beaux domaines de l'évêché et ne cessaient de faire gémir le pays sous de continuelles oppressions. — Adhémar , après avoir exhorté comme père , réclame comme maître , lève des troupes, déclare la guerre aux châtelains rebelles, et moyennant une somme de 20,000 sous, monnaye du Puy, les oblige à se désister de tous leurs droits sur les biens du chapitre de Notre-Dame. Cette conduite rallie tous les seigneurs du Velay à leur nouvel évêque; plusieurs abandonnent volontairement en sa faveur les dîmes qu'ils prélèvent sur différentes églises, et un grand nombre, parmi lesquels sont les Fay, les Polignac et les Chapteuil (Capdeuil), le suivent, lorsqu'à la tète de quatre

cents enfants de sa ville, et de plus de huit mille du Velay , ou du Valentinois, il s'en va en Terre-Sainte :

Quattrocento guerrier sielse il primiero;

Ma guida quei di Poggio, in guerra Valtro... (Àdhemaro)

Numéro egual, ne men neW arme scaltro (1).

Certes , notre pays occupait une place bien modeste sur cette carte immense de l'Europe catholique au moyen- âge; le secours apporté à la sainte guerre par les montagnards du Velay, imperceptible sans doute, dut venir se perdre dans ces forces innombrables comme un ruisseau dans l'Océan; qu'était-ce en effet que quelques hommes de plus dans ces armées de peuples?... Mais, pour la gloire de nos pères, n'est-ce rien que d'avoir marché sous la bannière du preux Adhémar? d'avoir laissé un

(1) « Sous le premier marchent quatre cents guerriers; le second (Adhémar) en commande quatre cents autres, non moins courageux, auxquels la ville du Puy donna le jour. » — La Jérusalem délivrée, chant I er .

Adhémar de Monteil, évoque du Puy, était fils du consul dje la province de Valence ; il passait dans son siècle pour un homme sage et ferme (voyez la Chronique du monastère de Saint-Pierre du Puy, imprimée à la page 7 et suiv. des Preuves de l'histoire du Languedoc, de dom Vaissette). Cet historien avance mPme , avec la Gallia Christiana, t. I, p. 701, qu'Adhémar avait déjà porté les armes avec distinction (t. II, p. 283).— Michaid. (Hist des Croisades,t. I, p. 79.)

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souvenir immortalisé par le Tasse ? N'est-ce rien surtout que d'avoir compté dans leurs rangs un compatriote dévoué qui les suit dans tous les combats, pour écrire au milieu même des champs de bataille tous les faits à mesure qu'ils s'accomplissent sous ses yeux ?

Cet historien , jeune encore au moment où Urbain II vint prêcher la Croisade , n'était que simple diacre à Notre-Dame du Puy lorsqu'il se détermina au voyage de Jérusalem (1). Il s'appelait Raymond, et, suivant la nouvelle coutume d'alors, ajoutait à son nom celui du lieu de sa naissance, qui était Aiguilhe (2). Nous ne connaissons que très-peu de choses sur sa vie : engagé dans les ordres, il était naturellement appelé à marcher à la suite d'Adhémar, son chef et son protecteur; mais le comte de Toulouse , connaissant son mérite, le demanda à

(1) Hist. littér'de France, t. VIII, p. 622.

(2) Un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels M. Guizot dans sa Collection des Mémoires, le nomment Raymond d'Agiles, trompés sans doute par l'ancienne manière d'écrire; mais OJo de Gissey, dans son Histoire de Notre- Dame du Puy. et cent ans avant, Médicis, dans ses manuscrits de Podio, l'appellent Raymond d'Aiguillers ou d'AiGUiLHES ; j'en crois cette version que j'adopte comme étant la plus naturelle. — (Voir notre Hist. littér. et poét. de V Ancien Velay, page 10, note 4.)

Tévêque, le fit ordonner prêtre, se l'attacha comme chapelain et l'admit daus ses conseils. — Peu de jours après le départ, Raymond d'Aiguilhe se lia d'une étroite amitié ayec Pons de Balazun, l'un des braves chevaliers de l'armée du comte . Tous deux conçurent le projet d'écrire les aventures de la guerre à laquelle ils couraient ; « car tous les deux étaient » indignés des récits pleins de mensonges que ré- » pandaient dans le peuple des hommes lâches et » timides, déserteurs des drapeaux du Christ (1). » Dans cette association du soldat et du prêtre, la part est facile à faire; l'on reconnaît celle que l'un et l'autre durent apporter dans ce travail commun. Balazun, recouvert de son armure, s'en allait dans la mêlée, voyait souvent tomber à ses côtés le corps d'un ennemi ou celui d'un fidèle compagnon d'armes, et revenait ensuite, animé par le combat, sous sa tente où Raymond, après avoir secouru les blessés, arrivait aussi tout ému et écrivait. On conçoit l'intérêt qui s'attache à une histoire dans laquelle la plume est guidée par l'épée, dans laquelle des pages entières teintes de sang sont encore frémissantes de courage, d'enthousiasme et de foi ! — Balazun mourut au siège d'Archas, en 1099, et son ami continua fidèlement l'œuvre qu'ils avaient ensemble entreprise.

(1) Oulzot, Collect. des Mémoires. (Histoire de la première Croisade, par Raymond d'Ag., p. 627.)

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Par la seconde partie du travail , on peut se convaincre que l'historien fut seul rédacteur de l'ensemble. Outre qu'on retrouve d'un bout à l'autre le même esprit , le même style et les mêmes fautes, il l'avoue lui-même à plusieurs reprises dans le cours de ses récits (1). Il ne faut point ouvrir le livre de Raymond d'Âiguilhe avec cette curiosité sceptique et railleuse que nous apportons en général dans l'examen des œuvres contemporaines. Notre esprit, juge de l'esprit de son siècle, n'exercerait qu'une critique mal fondée en mesurant aux émotions refroidies qu'il éprouve les sentiments exaltés des chrétiens du XII e siècle. C'est le vieillard, dont le sang est glacé par l'âge , qui rirait de pitié de cette belle témérité , de cette ardeur admirable de jeune homme ; il ne peut plus sentir les illusions , il les méprise. La vie d'un peuple est comme la vie d'un homme ; tout suit les mêmes lois dans ce monde ; on ne s'arrête que pour mourir!... Quand l'écrivain du Velay raconte , il ne parle que de ce qu'il a vu ; c'est un témoin qui dépose sous la foi du serment le plus solennel et le plus terrible ; « Je prie » donc , dit-il , et je supplie instamment tous ceux » qui liront mon livre de croire que les choses » sont telles que je les dirai. Si je cherche à écrire

(1) Hiet. littéraire de France, t. VII, p. 623.

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* quelques événements autres que ceux qtit au- » raient été crus ou vus , ou si je fais quelque supi position en haine de qui que ce soit, que Dieu me » frappe de toutes les plaies de l'enfer et m'efface » du livre de vie ; car quoique j'ignore une foule » d'autres choses , je sais du moins ceci , qu'ayant » été promu au sacerdoce durant le pèlerinage du » Seigneur , je dois bien plutôt obéir à Dieu en » attestant la vérité , que chercher à capter les dons » de tout autre en forgeant des mensonges (1). > Eh bien!... ce témoin fidèle, qu'a-t-ilvu?queva-til raconter ? Prenez son livre, ouvrez-le au hasard. Partout des visions miraculeuses, des apparitions surnaturelles , des révélations inattendues et décisives. Cet homme n'est pourtant pas dans les derniers rangs de l'armée , ce n'est pas un esprit ignorant et pusillanime, sa plume n'est pas vénale; non , il écrit avec indépendance , il parle souvent avec hardiesse , tous rendent hommage à son impartialité ; mais c'est un croyant d'alors , qui regarde à travers le prisme sacré de la foi ; c'est un de ces héros expatriés qui seraient heureux de passer par le martyre pour monter au ciel. A ses yeux, la férocité perd tout son caractère quand il s'agit des chrétiens , et il dit : « Maîtres de la victoire , et

(1) Guizot, Collection dts Mémoires t Raymond d'Ag., p. 323.

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» chargés de dépouilles , les nôtres rapportèrent au » camp les tètes des hommes qu'ils avaient tués; » et , afin de jeter la terreur chez nos ennemis , les » tètes portées dans le camp furent dressées sur » des pieux; ce qui fut fait certainement par une » disposition particulière de Dieu (1). » — Ailleurs, Raymond regrette qu'une victoire ait été remportée pendant la nuit, ce qui empêcha que les tètes des morts ne fussent transportées dans le camp ; — plus loin , il trouve admirable la conduite des pauvres pèlerins qui, pour rapporter des têtes et exposer des cadavres aux oiseaux de proie, brisèrent toutes les sépultures dans un cimetière. Hélas! on le voit , nos pères du XII e siècle étaient aussi barbares dans leurs triomphes et plus encore peut-être que ne le sont les Arabes du désert dont nous maudissons la cruauté. Quoi de plus effrayant, en effet, que ces fureurs aveugles du fanatisme? Quoi de plus triste que de voir, à la suite de ces braves chevaliers , ces masses de mendiants affamés qui , après la victoire, se ruaient sur le champ de bataille pour égorger les infidèles et piller leurs dépouilles sanglantes.

Après un siège long et difficile, l'armée chré-

(1) Guizot, Collection des Mémoires , Raymond d'Ag., p. 254.

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tienne était entrée dans Antioche. Au lieu de remercier le ciel, au lieu d'assurer la victoire par une prudente défense , nos soldats s'amusent à compter le butin qu'ils ont enlevé, se livrent à de folles orgies, font danser devant eux les femmes des païens et s'endorment dans l'ivresse de leur conquête. A ce sommeil coupable bientôt succède un' réveil affreux. L'ennemi se presse en foule aux portes de la ville, les assiégeants victorieux sont à leur tour assiégés , mais ils n'ont plus leurs armes , le courage les abandonne, la frayeur s'empare de leur âme , ils veulent fuir... Que faire alors pour rendre l'énergie à ces esprits abattus? Un miracle seul peut les sauver ; le ciel fait le miracle.

Pierre Barthélémy, pauvre paysan du Velay , un des nombreux pèlerins qui marchaient à la suite de l'armée, se présente tout-à-coup dans le camp et demande une audience au comte de Saint-Gilles et à l'évêque du Puy ; il s'excuse , lui , modeste vassal , de paraître ainsi devant ses seigneurs ; mais une puissance surnaturelle le pousse. Déjà quatre fois il a reçu l'ordre de dire ce qu'il a vu , et quatre fois il a gardé le silence , car il a craint de prendre pour un des songes de la nuit les saintes visions qui l'ont frappé. A cette heure , il ne peut plus douter : « Après un tremblement de terre, » deux hommes lui sont apparus , portant des ha-

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bits éclatants : l'un était plus âgé , avait des cheveux gris et blancs , des yeux noirs, une barbe blanche, large et très-longue, une (aille moyenne. L'autre était plus jeune , plus grand et plus beau de forme que ne le sont les enfants des hommes... Le plus vieux dit : Je suis André , l'Apôtre ; rassemble l'évêque du Puy, le comte de Saint-Gilles et Pierre Raymond d'Hautpoul , et alors tu leur diras : Pourquoi l'évoque néglige-t-il de prêcher, d'avertir et de bénir le peuple avec la croix qu'il porte? Viens, je te montrerai la lance de notre père Jésus-Christ, et tu la donneras au comte, car Dieu la lui a destinée depuis le moment qu'il est né. — Je me levai donc , ajoute Pierre Barthélémy , et le suivis dans la ville , ne portant aucun autre vêtement que ma chemise. Il m'introduisit par la porte du nord dans l'église du bienheureux Pierre, église dont les Sarrazins avaient fait une mosquée. Il y avait deux lampes qui répandaient autant de lumière que s'il eût (ait le jour du plein midi. Le saint me dit : Attends ici; et il m'ordonna de m'appuyer sur la colonne qui était la plus proche des marches par lesquelles on monte à l'autel du côté du midi ; son compagnon se tint loin devant les marches de l'autel. Etant alors entré sous terre , saint André en retira la lance , la remit entre mes mains et me

» dit : Voici la lance qui a percé le flanc <f o& est » sorti le salut du rnonde entier ; et comme je la » tenais, versant des larmes de joie , je lui répon- » dis : Seigneur , si vous le voulez , je la porterai et » la remettrai au comte. Alors il ajouta : Tu le feras » scms le moindre retard aussitôt que la ville sera » prise ; alors tu viendras avec douze hommes , et * tu la chercheras en ce lieu d'où, je Vai Urée et où » je vais la renfermer; et il la renferma. Ces choses « faites , il me ramena par-dessus les murailles de » la ville dans ma maison , et ils se retirèrent de » moi (1). »

Quand Pierre Barthélémy eut cessé de parler, un sourire d'incrédulité glissa sur les lèvres de l'évêque , mais le comte parut ému ; néanmoins , voulant s'assurer si celui qui faisait de pareils récits n'était point un imposteur, il ordonna à Raymond d'Aiguilhe, son chapelain, de s'emparer de sa personne, t Au jour dit, rapporte l'historien, après » avoir fait tous les préparatifs nécessaires, on » commença les fouilles. Parmi les douze hommes, » il y avait l'évêque d'Orange, Raymond d'Aiguilhe, » qui écrit cette histoire, le comte lui-même, Pons » de Balazun et Ferrand de Touars. Après qu'ils

(1) Guizot, Collection des Mémoires, Raymond d'Ag,, p. 269 cl suivantes.

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» eurent creusé depuis le matin jusqu'au soir , sans » rien trouver , quelques-uns désespérèrent ; mais » le jeune homme qui avait parlé de la lance voyant » que nous nous fatiguions, ôtasa ceinture et ses » souliers, et descendit en chemise dans la fosse, » nous suppliant d'implorer Dieu , afin qu'il nous » livrât ce que nous cherchions, pour rendre le » courage à son peuple et assurer la victoire. Enfin, » par la grâce de sa miséricorde , le Seigneur nous » montra sa lance ; et moi qui écris ceci , au rno- » ment où l'on ne voyait que la pointe paraître au- » dessus de la terre, je la baisai. — Je ne saurais dire » quels transports de joie remplirent alors toute la » ville. La lance fut trouvée le H juin 1099. »

Le lendemain , Pierre Barthélémy vit apparaître saint André et son compagnon ; et comme le jeune homme demanda au saint quel était celui qui toujours le suivait ainsi , André se contenta de répondre : Approche , et baise son pied dont la plaie est encore toute fraîche et toute saignante ; c'est le Sauveur! — Ce miracle , arrivé si à propos, produisit un effet merveilleux. Chacun reconnaissant dans ce prodigieux événement une faveur spéciale du Ciel sentit ranimer ses forces et son courage ; et ce peuple qui , la veille , outrageait son Dieu dans d'infâmes débauches , le lendemain cherchait son pardon dans le jeûne et la prière ; aussi , quand vint le jour

du combat , l'ennemi fut honteusement repoussé et nos troupes restèrent victorieuses.

« Pendant ce temps, le seigneur Àdhémar, évê- » que du Puy , aimé de Dieu et des hommes , cher » à tous et en toutes choses , se rendit en paix dans » le sein du Seigneur, le premier jour d'août (1). » Tous les chrétiens qui se trouvaient rassemblés en éprouvèrent une douleur si grande, dit Raymond d'Aiguilhe, que nous qui avons écrit ceci, nous n'avons jamais pu mesurer l'étendue de cette affliction (2). On reconnut plus évidemment encore combien il avait été utile à l'armée de Dieu , lorsqu'on vit après sa mort les princes se diviser entre eux. — La seconde nuit qui suivit la mort de l'évoque , Pierre Barthélémy vit apparaître Jésus-Christ , saint

(1) « Et durant ce temps , sortit si grant mortalité en Antioche, qu'il y mourut plus de 50,000 personnes, entre lesquelles mourut Adhémar, le bon évoque du Puy, qui moult fut pleuré et plainct, et fut enterré honorablement au lieu mesme où la lance fut trouvée en l'église de sainct Pierre. * — Extrait du manuscrit original d'Etienne Médicis, bourgeois du Puy.

(2) « pol Emile écrit : Que ce ne fut point tant de ce mal populaire qu'il mourut que des fatigues et travaux qui l'avaient accablé; digne de tant plus grande louange que moins de personnes l'imitèrent. » — Hist. de Notre-Dame du Puy, ! iv. II, chap. xxxi , par Odo de Gissey.

André et Adhémar de Monteil. Celui-ci prenant la parole , lui dit : « J'ai péché gravement après que la » lance du Seigneur a été découverte , c'est pour- » quoi j'ai été conduit en enfer. Là , j'ai été flagellé » très-rudement , et ma tête et mon visage ont été » brûlés, ainsi que tu peux le voir. Quoique la Gé- » henné déployât ses fureurs , quoique les minis- » très du Tartare fissent contre moi des efforts » insensés, ils n'ont pu cependant me faire aucun » mal intérieurement... Si Bohémond doute de ce » que je dis , qu'il ouvre mon sépulcre , et il verra » mes mains et mon visage brûlés (1).

Après qu'Adhémar eut parlé , saint André prit la parole à son tour, et, suivant la coutume, indiqua ce qui restait à faire; donnant des ordres pour le comte de Toulouse , pour Bohémond et les principaux chefs de l'armée ; promettant le succès s'il était obéi, menaçant des peines les plus sévères si l'on n'observait pas tous ses commandements. — Une antre fois, l'ombre d' Adhémar apparut à un prêtre nommé Pierre Didier , et lui dit : « Comme » j'ai douté de la lance du Seigneur, moi qui aurais

(1) Le père Odo de Gissey ne fait pas , comme l'historiographe contemporain^, descendre Adhémar aux enfers; il ne l'envoie qu'en purgatoire ; en cela , la version est beaucoup plus orthodoxe.

ADHËHAR DE MOSTEIL.

» du croire plus que tout autre, j'ai été condt » en enfer; et là , mes cheveux sur !a partie droite > de ma tète et la moitié de ma barbe ont été brû- » lés, Quoique je ne sois pas en voie de châtiment, » cependant je ne pourrai voir Dieu clairement que » lorsque mes cheveux et ma barbe auront re-

• poussé comme ils étaient auparavant. »

L'histoire de la sainte lance, dont Adhémar luimême avait douté, parut si extraordinaire à un grand nombre, que plusieurs disaient hautement qu'ils ne voulaient pas y croire. Alors Pierre Barthélémy , rempli d'indignation, s'écria: « Je veux » et je supplie qu'on fasse un très-grand feu, je » passerai à travers avec la lance du Seigneur ; si » c'est vraiment la sainte lance , je passerai sain e! » sauf, si c'est une fausseté, je serai brûlé par le feu; » car je vois que Tonne croit ni aux apparitions, ni

* aux témoins. « — Ces propositions furent acceptées; on ordonna un jeune austère dans tout le camp, et l'épreuve fut fixée au vendredi suivant. Au jour indiqué, on dressa à un pied de distance l'un de l'autre deux énormes bûchers de 14 pieds de longueur sur 4 de hauteur. — Lorsque le feu fut violemment allumé, dit l'historien, « moi, Ray- » mond, je m'écriai en présence de la multi

» Si le Dieu tout-puissant a parlée cet homnn » à face, et si le bienheureux André lui a

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» la lance du Seigneur, tandis qu'il veillait lui- » même, qu'il passe à travers ce feu sans être » blessé ; mais s'il en est autrement , et si ce n'est » qu'un mensonge, qu'il soit brûlé ainsi que la » lance qu'il portera dans ses mains ; et tous , flé- » chissant le genou, répondirent : Amen (1). » — Quand la flamme s'éleva dans les airs à trente coudées , et que nul ne put s'en approcher , alors Pierre Barthélémy, revêtu seulement d'une tunique légère, prit le ciel à témoin de sa sincérité, se confessa pieusement , et entra d'un pas ferme , sans la moindre crainte , dans le feu. Il s'arrêta même sur un certain point culminant au milieu des flammes. Quand il reparut aux yeux du peuple , il était sain et sauf ; sa tunique ne fut point brûlée , et l'on ne découvrit aucun indice de la moindre atteinte sur la pièce d'étoffe très-fine avec laquelle on avait enveloppé la lance du Seigneur. Mais dans son enthousiasme, la multitude, avide de toucher le saint et de prendre quelque chose de son vêtement , se rua sur lui, le renversa à terre , le foula aux pieds. On lui fit ainsi trois ou quatre blessures dans les jambes , en lui enlevant des morceaux de chair ; on lui brisa l'épine du dos et on lui enfonça les côtes. Il eût même expiré sur la place , si Raymond Pelet ,

(1) Guizot, Collection des Mémoires, Ray. d'Ag.. p. 880.

t36 ADHÉMAR DE MONTEIL.

chevalier très-noble et très-fort, ne l'eut enlevé t milieu de la foule (I).

C'est ainsi que parle Raymond d'Aiguilhe.

Pour se faire une juste idée de la bonne foi de notre historien , il faudrait savoir jusqu'à quel poùit il était initié aux secrets pohtiques des chefs de l'expédition. Malgré ses rapports avec l'évèque Adhémaretla place qu'il occupait auprès du comte de Toulouse , est-il resté complètement étranger aux ressorts mystérieux qu'il fallait employer pour faire mouvoir cette multitude aveugle que le moindre revers jetait dans la consternation? D'après la manière dont l'histoire est écrite, nous devons le supposer. Ce sont les grandes calamités qui soumettent les masses, les disposent à l'obéissance, les ramènent à la sujétion. C'est alors qu'elles sen-

(1) Cuiiot, Collection des Mémoires, Ray. d'Ag., p, 339 et suivantes.

Sans doute ce fut un des descendants de ce martyr de la foi qui , pour immortaliser un si beau dévoûment , fit copier pour la ville du Puy le manuscrit de Raymond d'Aiguilhe , ainsi qu'il est dit dans Mèdicis : • A la On dudicl livre et histoire, ay trouvé en escript ce qui s'en suit: Anno Domini M' CCC XIV, inmensejulii, nobilis Joiunes B*rtbolo»ïi de Anicio, fecit scribere prœsentem librum stratum h quodam magno H antiquo libro... * — Manuscrit oripix. d'Etienne Médlcls.

ÀDHÉMÀR DE MONTEIL. 137

tent instinctivement le besoin de se rattacher à des chefs forts et puissants. Il est à remarquer qu'en générât les miracles n'arrivaient que lorsque le découragement s'emparait de l'armée , à la suite de quelque malheur. Les chefs profitaient alors adroitement de ces dispositions , de cet état des esprits , pour courber à l'obéissance ces hommes grossiers que le merveilleux entraînait. Certainement, la politique ne fut pas étrangère à ces apparitions inattendues que notre historien rapporte avec tant de naïveté ; mais la candeur avec laquelle il raconte souvent la part active qu'il prenait lui-môn\e à tous ces actes surhumains prouve au moins qu'il n'était pas aussi avancé qu'il semble le croire dans l'intimité du prince dont il était le chapelain. Toutefois , l'on reste convaincu par la chronique que ce n'était qu'avec une extrême répugnance que le respectable évêque Adhémar se prêtait à de semblables moyens ; qu'il ne tint pas à lui de déjouer ces fraudes pieuses, et qu'il fut plutôt entraîné que persuadé.

SOMMAIRE

Episcopat de Pons !•*. — Attitude des principaux habitants de la ville

da Puy-Sainte-Marie.

Trois ans au moins s'étaient écoulés entre le trépas d'Adhémar et l'élection de son successeur. Ce fut, en effet, à la fin de 1098 que le preux évèque mourut à Antioche , et Pons I er fut seulement appelé au siège épiscopal du Velay en 1102. Quand ce nouveau prélat ceignit la mître , il put voir , à l'agitation des esprits, aux dispositions hostiles des gentilshommes et des bourgeois de son diocèse, qu'il n'était guère besoin d'aller en Palestine pour guerroyer contre des ennemis. En ce temps-là , où

tout était en litige , ce n'était pas sans péril pour une autorité conquise plus souvent par la violence que par la justice qu'un évoque ou qu'un châtelain quittait ses domaines. C'est pourquoi le Velay, privé pendant sept années de son chef, fut livré sans merci aux audacieux hommes d'armes qui, à la tête de bandes de vassaux ou de compagnies errantes , s'en allaient pillant, dévastant , incendiant bourgades, abbaves et fermes isolées. Les habitants des villes , ceux du Puy-Sainte-Marie principalement , vivaient dans une anxiété continuelle. À l'heure la plus inattendue , les portes étaient enfoncées, tout ce que contenaient les logis devenait la proie d'insatiables routiers. Il fallut alors aviser promptement au moyen d'organiser la résistance. On s'appliqua d'abord à rendre les rues étroites , sombres et sinueuses. Les maisons devinrent comme autant de citadelles. Portes basses et ferrées, fenêtres rares et grillées dans les étages inférieurs, tours avancées sur la rue et percées d'ouvertures dans tous les sens, afin de surveiller les abords, créneaux, moucharabis , plateformes , échauguettes et lanternons , à l'exemple des forteresses , pour soutenir un siège en cas d'attaque ; rien n'y manquait.

Bientôt ce que le sentiment de la conservation avait d'tbôrd uml inspiré , fut mis au service de méfmimf&ÏW rxw Yzvoùs déjà vu plus d'une

fois. Un grand danger rapproche presque toujours les hommes; mais s'ils fraternisent dans le malheur, dès qu'ils se sentent forts , dès qu'ils peuvent impunément braver les autres , qu'il est rare de les trouver les mêmes !... C'est ce qui arriva à l'époque dont nous parlons. — Cessait-on d'user de ces ressources de guerre établies dans le but d'une loyale défense , immédiatement on s'en servait pour opprimer. Certains voisins querelleurs échangaient plus d'une flèche mortelle à travers les perfides meurtrières de leurs donjons ; d'autres , mieux avisés , se liguaient, et repoussaient violemment toute réclamation de taxe ou d'impôt ; souvent les uns et les autres, embusqués derrière d'anguleuses murailles, attendaient traîtreusement les bonnes gens qui venaient vendre des denrées à la ville , puis les pillaient , les rançonnaient rudement. De telle sorte qu'on peut dire qu'à l'exemple des châtelains de nos montagnes, les principaux habitants des villes, tout en préparant leur indépendance, ne reculaient devant aucune mesure oppressive qui pouvait leur profiter. D'un bras ils travaillaient pour la délivrance, de l'autre pour la tyrannie.

Ce fut contre ces hommes que l'évêque Pons I er eut à lutter quand , assis sur le siège d'Àdhémar, il tenta de rentrer dans la possession des domaines, des privilèges et des droits de ses prédécesseurs.

Nos historiographes prétendent qu'il triompha de toutes tes résistances, et disent, pour le prouver , que les rebelles vaincus se rendirent vassaux de l'église anicienne , moyennant la somme de dix mille sous du Puy que l'évêque leur compta (1). — Ce résultat nous parait moins un succès qu'une défaite. Exiger un tel prix de cette concession , alors qu'Àdhémar, sept ans avant, avait pour cela compté une somme double , montre suffisamment de quel côté était la force et quel était celui qui subissait la loi.

Pons I er mourut le 21 avril 1 1 12 , et bientôt après Pons-Maurice , que plusieurs généalogistes rattachent à l'illustre maison de Mon tboissier , lui succéda (2). Cependant, cette élection ayant éprouvé

(1) Cives anicienses de TramUu D. Âdhemari pontifias audientes, communi concilio elegerunt sibi antistitem t?irum relig\08um jam senem , casœ Dei abbatem, nomine Pontium : qui unctus chrismate locatus in pontificali sede, milites superbos monetarios vocatos magnis injuriis affligent es cives urbis , in tantum humiliavit, ut turres eorum et maximas sedes quas in urbe fecerant, facto, cœde pugnantium civium, terrœ coœquaret, et eos subditos eccle- 8iœ faceret : datis eis pro pace X. if. solid. Podiensis moneta. — Extrait de la Chronique du monastère de Saint- Pierre du Puy. — Ântiquitates Benedictinœ diœcesis Aniciensis. — Histoire du Languedoc, t. II , Preuves, p. 9.

(2) Quelques auteurs confondent Pons I er et Pons-Maurice, prétendant que c'est le même. Il suffît, pour se convaincre

quelques difficultés, le nouveau prélat fut obligé d'aller à Rome pour faire valider ses pouvoirs par le pape Pascal II. La chronique de saint Pierre du Puy , trop brève à l'endroit de cet évêque , rapporte qu'il revint triomphant de ce voyage, et que son entrée dans la ville épiscopale du Velay eut lieu aux joyeuses acclamations du populaire. Néanmoins, Pons-Maurice ne tarda pas à comprendre que la crosse était plus difficile et plus lourde à porter qu'il ne l'avait pensé d'abord. Son prédécesseur lui avait légué de grands embarras , et lui n'en diminua pas le nombre. Le langage du chroniqueur est concis, mais il est malheureusement assez énergique pour ne nous laisser aucune incertitude : turpe et nefas est dicere , quot incendia et homicidia , injuriw et conturneliœ, domus eversœ et destructœ fuerunt in civitate, id Deo volente... (1).

du contraire, de lire la Chronique de Saint-Pierre du Puy, qui établit parfaitement la distinction entre l'un et l'autre. Presque tous les historiographes sont divisés sur le nom véritable du second de ces prélats. Nous avons adopté l'opinion la plus vraisemblable et celle qui se trouvait appuyée par les plus anciens témoignages. — Voir à ce sujet Odo de Gissey, Théodore , Dom Vaisselte et la Gallia Christiana. Chacun a sa version. Nous ne nous sommes arrêté que très-peu sur ce sujet qui , du reste, ne nous paraît pas avoir d'importance.

(1) Preuves de YHisU duLang., t. II, p. 9.

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