CHRONIQUE DE L'ÉVÊQUE ETIENNE III , DIT BRISE-FER
communications, le cita pour qu'il eût à comparaître en personne, afin de se justifier devant le concile de Glermont. Nous ne savons pas si Etienne se rendit à cette injonction ; mais ce que nous pouvons dire, c'est que le concile le déposa et lui enjoignit d'abandonner l'administration épiscopale dans les quinze jours. — Etienne Brise-Fer parut cette fois ne faire aucune résistance. Il assembla son chapitre devant l'autel de la Vierge et jura de se conformer fidèlement aux volontés du concile ; de leur côté, les chanoines lui déclarèrentqu'ils l'abandonneraient s'il manquait à sa parole. Après cette cérémonie, empreinte de toutes les apparences d'une bonne foi réciproque, l'évêque excommunié se retira sans mot dire dans le château de son père. Il voulait ne pas attendre le légat qui, avant même que les quinze jours ne fussent expirés, arriva au Puy et publia, au milieu d'une messe solennelle, les anathèmes fulminés contre Etienne, dans le cas où il oserait prendre de nouveau le gouvernement de son évêché.
Cependant cette soumission n'était pas plus sincère que les précédentes ; elle n'avait été faite évidemment que pour tromper le légat dont on craignait l'influence sur les populations religieuses du Velay. Ce qui le prouve, c'est qu'Etienne n'hésita pas à ressaisir les rênes épiscopales dès que l'évêque
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de Die eut quitté la province. — Quoique les chroniques locales se taisent sur ces faits , ils nous paraissent suffisamment établis par les deux lettres suivantes du pape, publiées le 23 mars 1077, et adressées, la première aux chanoines de l'Eglise du Puy, la seconde à tous les évoques des Gaules. L'une et l'autre sont très-importantes; les voici fidèlement traduites :
« Grégoire, évoque, serviteur des serviteurs de Dieu , aux chanoines de V 4g lise du Puy (1). —Vous n'ignorez pas qu'Etienne, usurpateur du siège épiscopal du Puy et simoniaque, après avoir trahi et le serment qu'il avait prêté entre nos mains sur le corps de saint Pierre, et ses engagements envers votre Eglise, ose encore occuper votre évêché et l'affliger de sa tyrannie. C'est pourquoi nous vous faisons savoir que , de même que notre frère et légat dans les Gaules, Hugues, évêque de Die, Ta excommunié, nous l'avons excommunié comme lui, et l'avons rejeté du sein de l'Eglise. Nous vous ordonnons donc, en vertu de notre autorité apostolique, de secouer le joug qui pèse sur vos têtes, de vous séparer de lui pour ne pas servir le démon auquel il s'est livré. Fuyez-le comme un excommunié, c'est le moyen de vous relever vous-mêmes de l'excommunication que vous avez encourue de la part de l'évêque de Die, auquel
(1) Il est à remarquer que les chanoines de l'église du Puy étant excommuniés et n'étant point encore définitivement relevés de cette excommunication par cette lettre , le pape ne complète pas en leur faveur la formule Salut et bénédiction en JV.-S. Jésus- Christ.
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nous vous engageons de vous adresser pour l'élection d'un pas* teur selon Dieu. — Si vous vous soumettez à ces prescriptions, nous vous relevons, au nom de saint Pierre, de tout engagement que vous auriez pu contracter envers le simoniaque ; mais si vous poussez la présomption jusqu'à résister à notre volonté salutaire, sachez que vous êtes frappés d'un semblable anathème.
Donné à Bibianello , le 10 des calendes d'avril , indiction XV (1).
« Grégoire, évoque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les évoques des Gaules et à tous les ordres qui leur sont soumis, Salut et Bénédiction apostolique , à chacun suivant ce qui lui est dû. — Qu'aucun de vous n'ignore qu'Etienne, usurpateur du siège épiscopal du Puy et simoniaque, nous avait promis, par serment, sur le corps de saint Pierre, de quitter cette église, et d'aider à l'élection d'un pasteur suivant Notre-Seigneur, lorsqu'il en serait requis par nos lettres et par un légat de notre siège apostolique. Cependant, malgré les remontrances de notre frère Hugues , évoque de Die, porteur de nos lettres à cet effet, et notre vicaire-général dans les Gaules, ce prélat ne cesse d'opprimer cette église et de faire gémir les fidèles sous une double contrainte et de corps et d'esprit. C'est pourquoi, nous confirmons l'excommunication prononcée par notre légat contre lui et contre tous ceux qui lui ont donné conseil de persister dans cette hérésie ; et, au nom de Dieu et de saint Pierre, nous les frappons d' anathème jusqu'à ce qu'ils viennent à résipiscence. Nous défendons en outre qu'on fasse quelques offrandes d'argent, soit à l'église du Puy-Sainte-Marie , soit
(1) Gregorii papae VII, ad Canon icos Anicienses. Epistola xvi ii. lib. IV. p. 278. — Conciliorum, t. XXVI.
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entre les mains des prêtres, jusqu'à ce que cette église soit délivrée de cette oppression impie, parce que les oblations des fidèles entretiennent Etienne dans son apostasie et son orgueil.
* Et à vous, mes frères dans l'épiscopat , nous vous enjoignons par notre autorité apostolique , de (aire publier cette défense, ainsi que cette excommunication , dans toutes vos paroisses et autres lieux.
» Donné à Bibianello, le 10 des calendes d'avril, indiction XV (1). »
Ces deux lettres sont les derniers documents authentiques que nous ayons pu recueillir sur la vie de Tévêque Etienne. Le nom de Brise-Fer, qui lui avait été donné de son vivant, et qu'il prend même dans plusieurs actes, s'associe assez naturellebient aux faits que nous venons de rapporter. C'est bien ainsi que devait s'appeler ce prélat, plutôt né pour porter une lourde armure que pour marcher appuyé sur une crosse pastorale. Nos chroniqueurs se taisent sur l'histoire de ses derniers jours; seulement, après avoir cité l'épltre du Saint-Père aux évoques des Gaules, le frère Théodore s'écrie : « Dernière menace du céleste courroux, encore inu- » tile à lui inspirer un repentir salutaire, mais eft fectuée dans la prompte mort qui le conduisit au > jugement qu'il avait'tant lieu de craindre ! »
(1) Gregorii papae VII, ad Galmarum episcopos. Epislola xix, lib. IV. — Contiliorum, t. XXVI.
NOTE A (Page 20;
M. Philippe Hôdde a publié dans le volume des Annales de la Société d'Agriculture du Puy une très-longue et très-intéressante notice sur ce manuscrit. Son travail est divisé en six parties : 1° Histoire critique du manuscrit ; 2° sa date ; 3» son mérite biblique; 4° sa description et son exécution; 5° les tissus qu'il renferme ; 6° le texte et la traduction de deux pièces de poésies qui s'y trouvent.
Les caractères principaux à l'aide desquels les paléographes déterminent la date de ce remarquable ouvrage, sont : 1° la forme des caractère* employés ; 2° l'absence totale de ponctuation ; 3° la non-division des versets ; 4° le style des ornements.
Le manuscrit de Tliéo<1ulfe se compose de 347 feuillets. Il est écrit sur vélins blancs, pourpres ou violets. — Tout l'ouvrage, à l'exception des pages ornées, est sur deux colonnes. — Chaque feuille a douze pouces de hauteur sur neuf de largeur ; chaque colonne porte soixante-deux lignes d'écriture de deux pouces trois lignes de longueur. — Pour assurer la longueur des lignes,
dit Fauteur de la Notice, il parait que le copiste se contentait de tracer, au moyen d'un stylet ou burin très-aigu, une ligne sur laquelle s'appuyait la base de l'écriture ; mais pour espacer également les soixante-deux lignes de chaque colonne, l'écrivain a dû se servir d'un compas, à l'aide duquel il a percé le vélin de trous qui devaient être destinés à fixer la position de la règle.
On ne trouve nulle part dans ce manuscrit les traces du crayon dont l'usage ne commença à avoir lieu que vers le onzième siècle. Les ornements les plus remarquables sont : huit colonnes placées à la fin des livres, contenant des inscriptions, et quatorze canons qui servent à renfermer des tables et quelques-unes des poésies. — Ces tables sont encadrées par une arcade principale que supportent de chaque côté de la page de grandes colonnes historiées, et cette arcade est à son tour divisée intérieurement en d'autres plus petites, également soutenues par de légères colonnettes entre lesquelles sont les inscriptions — L'archivolte du grand arc, bordée de chaque côté par un large filet d'or reposant sur un fond rouge, est peinte de divers ornements, tels que disques, plumes d'oiseaux, croix pattées, mosaïques grecques, etc., disposés sur un fond de couleurs diverses.
Voilà la division générale du manuscrit : — • 1» un feuillet (vélin blanc) portant cette inscription : HœcBiblia restaurata anno 45H. — 2» Trois feuillets (vélin pourpre) comprenant 125 distiques en vers latins de la Préface de Théodulfe, écrits en petites onciales d'or. Suri' avant-dernière page se trouve de la prose latine. Les lignes, se rétrécissant d'abord et s'élargissant vers le milieu, forment une espèce de croix grecque ; la dernière page est remplie par un canon à deux colonnes développant une table des matières des différents ouvrages qui composent l'Ancien Testament. Les titres sont en capitales d'or et les tables en lettres onciales d'argent.— 3° Cent quarante-deux feuillets (vélin blanc),
écrits en lettres minuscules et cursives noires. Les titres et les premières lettres des alinéas sont en capitales et onciales d'or ou rouges. Ces feuillets renferment la Genèse, Y Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, Josué, les Juges, Ruth, 1 et 2 Samuel, 1 et2 Malachim, Isaie, Jérémie, Ezéchiel, Osée, Johé, Amos, Abdia$,Jonas, Michée, Nahum, Abacchuc, Sophonie, Aghée, Zacharie, Malachie , Job. — i 9 Vingt-quatre feuillets (vélin pourpre), sur lesquels sont écrits les Psaumes de David en lettres d'argent. Les titres en lettres capitales et onciales sont en or.— 5 a Soixante-dix-neuf feuillets (vélin blanc), écrits en caractères ordinaires, renfermant les Proverbes, YEcclésiaste, le Cantique des Cantiques, Daniel, les Paralipomènes, E seras, Esther,\bSagesse,Y Ecclésiastique, Tobie, Judith, 1 et 2 Livres des Machabées.— 6° Un feuillet (vélin pourpre), contenant Y Introduction au Nouveau Testament ou Préface de S. Jérôme, en lettres d'argent, capitales et onciales d'or. — 7° Six feuillets (vélin blanc), renfermant douze canons ou tables des matières du Nouveau Testament , écrits en chiffres romains d'or. — 8° Trente feuillets (vélin pourpre), lettres ordinaires d'argent, capitales et onciales d'or, contenant les quatre Evangélistes. — 9° Trente feuillets (vélin blanc) , sur lesquels sont écrites les Epitrès de saint Paul, de saint Jacques , de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jude ; enfin les Actes des Apôtres et Y Apocalypse de saint Jean. — 10° Vingt-six feuillets (vélin blanc), renfermant la Chronologie de saint Isidore de Séville. Quelques commentaires et dissertations sur divers sujets, — 11° Deux feuillets (vélin pourpre), sur lesquels sont écrits des vers de Théodulfe au lecteur.
C'est dans ce précieux manuscrit que se trouve le célèbre ouvrage de Méliton (la Clef), dont le savant Dom Pitra a si longtemps cherché une copie. — (Voir ce que nous en avons dit dans notre volume de Notre-Dame du Puy, tome II, page 96 et suivantes.)
Pour préserver les ornements, ainsi que les lettres d'or et d'argent, l'auteur avait eu le soin de placer à chaque page des pièces de tissus très-fins. Ce sont des crêpes de Chine et d'autres étoffes excessivement douces et souples. M. Hedde, qui s'étaitlongtemps occupé de l'art du tissage, a donné à la suite de son travail une description analytique des divers échantillons conservés dans le manuscrit dont nous parlons, et cette partie de son Mémoire n'est pas la moins intéressante.
NOTE B (Page 28J
Une question fort débattue est celle de savoir si les Sarrasins, dans les différentes incursions qu'ils firent à travers les Gaules, pénétrèrentjusquedansle Velay. Les historiographes sont divisés. Le P. Odo de Gissey n'hésite pas, il est pour l'affirmative ; Théodore se prononce pour l'opinion inverse. Celui-ci se fonde sur de nombreux récits commentés à sa manière, il discute différentes invasions du huitième siècle, et cherche à démontrer que toutes épargnèrent notre province ; celui-là pense, au contraire, que non-seulement les bandes ismaélites traversèrent le Velay, puisqu'elles y ruinèrent l'abbaye de Saint-Théofred , mais il assure qu'en 792 elles assiégèrent et prirent la ville du Puy, malgré l'héroïque défense des habitants et du gouverneur Bullus qui y perdit la vie. Du reste, l'occupation de la capitale du Velay par les Sarrasins parait au P. de Gissey un fait tellement hors de doute qu'il va jusqu'à dire que Gharlemagne fut obligé de venir en personne pour les chasser de la ville et du pays. — Nous ne serons, quant à nous , ni aussi exclusif que le
frère Théodore, ni si prompt à accueillir les documents des poètes romanciers du moyen-âge que Test en cette occasion l'historien de l'église du Puy. Nous éviterons surtout de confondre, ainsi que plusieurs écrivains l'ont fait, les invasions de s peuplades mauresques venues d'Espagne, avec les ravages bien plus affreux commis par les hordes normandes et hongroises aux neuvième et dixième siècles.
Un premier fait qu'il importe d'établir , c'est que sous le gouvernement de Charles-Martel, de Pépin et de Gharlemagne, les pays situés entre le Rhin, les Pyrénées, les Alpes et la mer ne subirent d'autres invasions que celles des Sarrasins. Ces hordes dévastatrices, autant poussées par la cupidité que par la loi du Prophète, se précipitent du fond de l'Espagne dans les Gaules, et cherchent surtout à piller les églises dont elles avaient entendu vanter les trésors.—Dans une première course à travers le Languedoc, au commencement du huitième siècle, les Sarrasins se ruent sur plusieurs sanctuaires. En 718, ils sont aux portes de Nîmes ; vers 721, ils font de Narbonne leur principale place d'armes ; de là se répandent sur les provinces voisines, et détruisent plusieurs monastères près de Béziers , de Nîmes , tt' Arles et d'Aigues-Mortes. En 724, 725, ils étendent plus avant leurs dévastations ; ils traversent dans tous les sens et livrent aux plus horribles ravagesl'Albigeois, le Rouergue, le Gévaudan, l'Auvergne et le Velay . C'est à cette époque que le légendaire fixe le pillage du Monastier et le martyre de son saint abbé. En 732, ont lieui sous lesmurs de Tours et de Poitiers, les célèbres batailles entre Abd-al-Rhaman et Charles-Martel. Epouvantés , vaincus , dispersés, les Maures prennent la fuite, gagnent en toute hâte les Pyrénées, mais non sans laisser sur leur passage, à travers la Marche et le Limousin, des traces sanglantes de leur fureur. En 735, ils reparaissent et désolent la Bourgogne, Lyon, Avignon, les rives du Rhône et tout leDauphiné; mais Charles ne
se lasse pas, il accourt, les expulse comme naguère à Poitiers, comme plus tard en Provence. En 752, Pépin marche sur le Languedoc et leur reprend Nîmes, Àgde, Maguelone, Béziers-, sept ans ensuite, la ruse remet Narbonne en son pouvoir. Cette dernière conquête purge, pour quelque temps du moins, tout le royaume de l'occupation des barbares. — C'est seulement en 792 que les enfants de Mahomet , jaloux de combattre l'influence hostile que la politique de Pépin et de Gharlemagne exerçait sur les chrétiens des provinces septentrionales de l'Espagne et du midi des Gaules, décident une croisade contre ces populations. Alors les Pyrénées sont franchies de nouveau ; mais cette fois l'invasion est de courte durée. Les historiens sont unanimes pour nous apprendre que les Sarrasins se battirent entre Narbonne et Carcassonne avec les Français que commandait le brave Guillaume-au-Court-Nez. Nos troupes firent des prodiges de valeur; néanmoins elles éprouvèrent de grandes pertes. De tour côté, les ennemis, découragés par la mort d'un de leurs chefs, n'osèrent s'aventurer plus avant et rentrèrent en Espagne chargés, disent les chroniqueurs, d'un immense butin. — Ce Guillaume-au-Court-Nez, qui, quelques années après, contribua à la prise de Barcelonne, est peut-être le héros resté le plus longtemps populaire dans tout le Midi. Comme il mourut au fond d'un cloître en odeur de sainteté, son histoire, écrite en vers par les pieux romanciers du moyen-âge, est un immense poème de chevalerie, dans lequel ils se plaisent à lui attribuer les plus fabuleux exploits contre les Sarrasins. C'est même dans ce livre tout rempli de fictions, que certains chroniqueurs au dépourvu puisèrent leurs documents historiques.
Quant à nous , nous pensons que l'invasion sarrasine ne s'est réellement fait sentir dans le Velay qu'en 725. Sur ce point, nous serons du même avis que le P. de Gissey ; mais nous ne
croyons pas qu'après la conquête de 759 les Sarrasins aient reparu sur notre territoire. Donc le siège et l'occupation du Puy, la mort de Bullus, la venue de Charlemagne à la tète d'une armée pour expulser les barbares du Velay en 792, sont autant d'inventions que rien de sérieux ne justifie. Ne sait-on pas d'ailleurs que tous les faits et gestes de l'illustre empereur ont été recueillis dans de minutieuses annales contemporaines, et qu'en aucun endroit on ne parle de cette pérégrination guerrière?
NOTE C (Page 38;
Il est nécessaire que nous expliquions ici ce qui peut motiver i'expression dont nous venons de nous servir. — Si Ton établit un parallèle entre ce qui se passa à cette époque entre l'évoque d'Auvergne et l'abbé de Manglieu d'une part, et d'autre part entre l'évoque du Velay et l'abbé de Saint-Tbéofred, on est frappé d'une si singulière similitude dans la manière dont les faits se produisirent ici et là, et on se demande si l'un des cartulaires n'aurait pas servi à composer l'autre? d'autant mieux que nous lisons dans celui de Saint-Théofred : Nomina autem abbatum qui post primos extiterunt, iddrco seriatim mm ponimus, quia, ut dictum est, ignis incendia librorumque monumenta cum cœteris repus disperisse re/an m tur (le Livre rouge, copie donnée à la Bibliothèque historique, p. 10 et il). — Ainsi, il existe pour Manglieu un diplôme délivré à Aymon, abbé, par Pépin II, dansleqpel « prince accorde à cette abbaye les mêmes privilèges qptfktm- I
cède à St-Théofred, « voulant, dit-il, qu'elle en jouisse comme au temps du comte Béranger. » — Enfin, nous lisons (Instrum. ecclesiœ Claromontensis . in Gallia christiana, t. II, p. 117, 118, 119), un diplôme concédé par Charles-le-Chauve à Heirad, abbé de Manglieu, qui est littéralement d'un bout à l'autre le même que celui octroyé à Rostaing. Pas un mot de changé, si ce n'est que le nom de l'évoque d'Auvergne Aymard, est remplacé par celui de Guy, et le nom de Heirad par celui de Rostaing. Il est assez curieux de comparer ces divers documents. Non que nous, voulions en conclure d'une manière absolue que les uns et les autres ne soient pas authentiques. Il est bien possible que les deux évêques d'Auvergne et du Velay , se trouvant ensemble au concile de Pontion , se soient rendus coupables du même mensonge, et aient par conséquent obtenu de l'empereur des lettres semblables ; il est aussi fort acceptable que les deux abbés, ainsi frustrés, se soient adressés au souverain pour revendiquer des droits usurpés , et que le souverain leur ait délivré le mêmejour desdiplômes identiquement semblables, puisqu'ils avaient , après tout, à indiquer des faits exactement pareils. Néanmoins on ne peut s'empêcher de signaler de pareils rapprochements ; et, malgré la similitude que les actes qui émanent des chancelleries peuvent avoir, on se demande si le doute ne trouve pas ici sa place ?
NOTE D (Page 59J
DlPLOMA FUNDATIONIS ECCLESI£ SANCTI PETRI MONASTE- RIENSIS, IN URBE ÀNICIENSI , SEU PODIENSI.
Ex ipso Originali descriptum fuit.
Fuit vir quidam ex nobili Francorum progenie trtus , Guido
nomine , qui providentia Dei disponente , traditus a parentibus litterarum studiis , relictis secularibus pompis , monachus factus in cœnobio , quod vocatur Cormaricum , viriliter militans ibi sub régula sanctissimi Benedicti ; pâtre vero illius monasterii migrante ex bac luce , fratrum concordante consensu , abbas ibidem eligitur , atque , juxta morem canonicum benedicitur. Sublevatus autem ita bonis fulsit moribus , ut etiam fama bonitatis ejus perveniret ad aures régis Francise, cujus rex idem innixus consilio disponebat, quod bene placitum erat Deo , et utile populo : quo in tempore Aniciensis ecclesia viduata suo Antistile, a clero et populo ipsius civitatis unanimiter legati mittuntur ad regem , ut daret illis utilissimum pastorem, prœfatum scilicet abbatem, cui erat frater germanus nobilissimus cornes Gaufredus , cognomento Martellus. Unde rex nimium gavisus , convocans electum virum, multa prece monuit, tum ut pergens ad Podium, fieret ibi animarum pastor, sibi et populo ûdelissimus procurator. Haec ille audiens, nec citius consentiens, rege cogente, velit nolit, fratribus valedicens, sumptis inde sociis ad eum missis, aniciense iter aggreditur. Hoc factum audientes PonUus et Bertranâus , nepotes, Aquitaniae clarissimiconsules, cum matre eorum Adeldida, sorore ipsius , venerunt ei obviam , se et sua ei dantes ; cum quibus Podium ingressus , fit magna processio clericorum, fit grandis exultatio laicorum, quod Deus eis talem patronum dedisset. Pontiflcali igitur cathedra sublimatus , cogitans assidue de tenenda pace , et de rébus ecclesiœ, quas vi abstulerant raptores hujus terrae , jussit utomnes milites ac rustici de episcopatu çonvenirent in unum, auditurus ab eis , quale sibi de regenda pace darent consilium ; ipse vero apud Brivatensem vi&wm nepotibus suis mandavit congregareexercitum. Omnibus de pontiflcatu suo ordinatis in unum , in prata Sancti Germani , quse sunt prope
Podmm, quœsivit abeisutpacem flrmarent, res pauperum, 61 eeclesiarum, nonas, primitias, ablata redderent, ut, sicut decet fidèles christianii , ita se haberent Quod illi dedignantes, jussitexercitum suum a Brivate tota nocte venire , mane volens eoe constringere , ut pacem jurarent, et pro ipsa tenenda obsides darent , rura et casteila Beat» Mari» et res eeclesiarum , quas rapuerant, dimitterent, quod et factum fait Deo auxiliante.
Postquam vero Deus omnipotens, cuncta sibi subjiciens, dédite! tranquillam et serenam pacem, convocavit majores ecclesiœ, docens eos voluntatem suam esse, ut clerici ibidem Deo servientes, haberent communiter victum et vestitum sufficienter : hac de causa, bipartita oblatione altaris B. Marie, dédit unam partem canonicis, Deo et ejus Genitrici in die ac nocte servientibus : aiteram vero reservavit suis usibus. Prœterea, cum Truano decano, optimo viro, magno ingenio fecit incidi rupem, quam vocavit Aculeam, in cujus cacumine œdiflcavit ecclesiam in honore B. Michaelis Ar changea, quam similiter, prius tamen a se dedicatam cum magnis appendicite, dédit prœdictis canonicis. His ita compositis, divina inspirante clementia, dum idem Guido, sanctœ Vallavensis ecclesiœ superno nutu Episcopus, sollicita investigatione mentis arcano secum discuteret, qualiter pastoral! officio a Deo sibi commisso ad utilitatem suam , eeclesiarum , seu cœnobiorum , atque animœ su» profectum et caeteris , qu» prœsulari cun» congruere videntur, die nocteque invigilare deberet, semetipsum erga id offlcium pontiflcatus in multis Deum offendisse referens in terra, judicis Christi examinatione perculsus , Domini benignum cœpit inplorare auxilium, ne univers» carnis iter perflceret, priusquam quidquid deliquerit, pro posse satisfaceret. Unde Dei gratta succurrente, cum studiose secum tacita cogitatione
Beo propitiodepo-
qaod ut eodesiaram
monasteria, ipea,
vidait* mane-
conten-
remitteret,
Deo largiente dispo-
sorori Adelaïdœ comi-
et Bertrando, ejus
coilepo manifestavit ,
ùeiauiurbe, pro ani-
qoi ante se in eadena
et saorum successorum ,
sororis, eorumque
m. uaum
u a jEtit-m* me rg a uo ium sur Ston ertar àsMsdnnKOL nSBB subira? Uns
Ui-r se* imaambPK i
à&.Yza r.^ctu ■?< ftfftnaiî. et omniun ecdesiœ Aniciensis n»»Ki.«ra=i miruxmi r*fcnptîûDe. saorumque peccatoruru reciis&i'.o». qTumdam ecrteùam . sob nomine Monasterii . aedificavît . qum in B. Benedkti booore , et in Ghristi nomine dedicavit. Postes vero. quidam die, ipso domino Gaidone. episcopo jam pnedieto. in capitalo Aniciensi personaliter existent? . dictis canonicis ad hoc specialiter vocatis, ex quorum numéro erant venerabiies viri Guido praepositus Aniciensis et Vaientinae ecclesiae Episcopus , Truanus deçànus, Petrus , Sancti Pétri abbas, Vivariensisque ecclesiœ pra?sul , Quitardus etiam Vivariensis ecclesiae archidiaconus , et abbas Robertus, qui tune Sanctae ecclesiae Aniciensis erant "anon ici , cum cœterorum canonicorum collegio in capitulo residentium , per ferulam sui pontifleatus indagatricem trait idit Êrœdictae ecclesiœ, seu cœnobio de Santœ Mariœ Aniciensis terra, cunctis canonicis consentientibus , in territorio Vivariensi quamdam villam , quœ dicitur Ifla cum omnibus juribus et appendiciis suis, qiue ad Episcopi parteni
pertiaere videntur , excepta duntaxat capella , quae in ipsa villa est œdificata, atque in honore B. Gypriani episcopi et martyris eonsecrata, vivente Trnano decano ; post cujus obitum similiter dédit ipsam capellam cum toto dominio suo , sive corn universa hsereditate , quae ad ipsam pertinere vide tur, quae est in ipsa villa de Vinea, et in villa de Thauliœo mansus anus : rursus de proprio prsedio in Vivariensi territorio , in villa nomine Gimellis , mansos duos quos , acquisivit de Guidone Desiderii nepote ; in alio autem loco, in territorio Vellaico, in villa Cunarius, totum quod modo ipse D. Guido episc. in dominium tenere videbatur , videlicet prata, vineas, campos, silvas, et appendarias duas, et in eodem Vellaico, quae Lanciacus dicitur, mansum unum, quem Roiïredus, canonicus, in bénéficie* tenebat ; in villa quae Sancti Germani dicitur , unam appendariam ad gallinas nutriendas ; et in eodem Vellaico, in pago quem Fimes vocant, unam ecclesiam in honore Sancti Juliani dedicatam, suo episcopio Aniciensi subjectam , a suis nepotibus Pontio et Bertrando accepit, eo quod jam praefatum Guigonem prapositum captum violenter a B. Mariée Aniciensi ecclesia Mimate duxerunt. In ipsa autem civitate , cui praeesse videtur, unum molendinum, quem 90 solidis Petrus sibi vendidit, et unum furnum , quem ab Hugone Aicardi abbatis nepote ob canonicam pro pretio 60 solidorum accepit ; et in ipsa civitate de terra illa, quam vulgus proprie terram Sanctee Mari» nominat , quam episcopus ipsius loci in propriis usibus tenere seraper solitus est, totam sepulturam : et in Arvemico quoque territorio clausum unum, quem de Gomberto presbytero 100 solidis comparavit. Insuper pro cunctorum utilitatc laborare contendens , et ut sui successores indeficienler a totius bonitatis largitore mercedem pro temporali dispendio accipiant ex omnibus qutc in ecclesia caeterarum Vailaven-
*um nur* ira? "Hfc*is- sis "fit-an - p a.f-i*aixi«r -h
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3ok *t Tinma use smra mihuium . :
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i-kitinr u rMimte Jii un» t\'jjrun t\ ^mu» fl^unrsunm ^»i .tir»? Ui uu.v*ur in^jar sd.ttiii p$nc^îw r.^iirou miitasm lus ntuunumj n usa stmjwr *raesa namMBf.. *t i {num ica k£ ^.-st^Me -c trsinni TniifeiBrn jfr ai T'wuaat. 2mxm aitvniii -•«•: ."vnç*!Çia*f Œ wrtea traiE >ïiiaiitrïa«iiufc> ; J»*j ttvuutfifr in ija» nab pto- Hi^riiK * ~ïmm ^•riT'Uiorai ipj sGuiiiitaa* jraîkÀ noaisïn pu es ii».rtm p^n** rumutiis ^uustjo. i joncs ^«Mfjs
-TDI ('liUfcOi ir. ?Uii Jttffc JiCâf*^ ^St *t nnninm . jûC «DÛS
.ir^iiriniii. ?.fl&cr- - ir: pr.au^riac. rïi -a. laïas snjraJvtî 3u:fLtte?r^ ie rust 3*?: ir.oii»: jh Àroace friront. aaOo
chartoiam in prasentia Canonicorum, dominus Guido episc. scribere rogavit, quam manu propria litteraruin apicibus roborans. cunctis sanctœ ecclesiœ Aniciensis diversorum ordinum canonicis , quorum nomina inferius descripta habentur, propriis manibus ûrmare prœcepit ; nimis enim inhonestum et indecens, atque omnibus bonis moribus et operibus contrarium videtur, ut quod ordinatum est ad ecclesiasticam utilitatem , aller quœrat perperam f undere , et quod suo débet studio crescere , perniciose tentet pervertere.
Quapropler, si, instigante diabolo , aliquis inquietare tentaverit hujus modi ordinationem , non ad dexteram Dei Patris omnipotentis collocari mereatur, sed cum Datan et Abiron, quos terra dégluti vit vivos , accipiant partem h©reditatis mortifère et cum Juda, pessimo mercatore, adveniant super eum univers» maiedictiones , quœ script» sunt tam in novo quam veteri testamento.
Actum autem est hoc in Aniciensi eivilate, idus apriiis luna 17. anno Incar. 993. indict. 6. epacta 11. concurrente 6 féliciter hanc chartam urmavetunt.
Truanus, decanus.
Guido, prœpositus Valentinensis ecciesi» episc.
Petrus, abbas Vivarensis episcopus canonicus.
Ademarius, abbas can.
Guitardus, abbas can et alii plures.
S. Adelaïdœ.
S. PonUi.
S. Bertrandi.
S. Agni, vicecomitis.
S. Adegerii et aliorum.
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STATUTA PER WlDONEM ANICIENSEM EPISCOPUM AD PACEM INTER CHRISTIANOS CONC1LIANDAM PROMULGATA. — In M>-
mine Dei summae et individuae Trinitalis. Wido , Dei gratia Aniciensis Praesul, superaae pietatis misericordiam expectantibus , salutem et pacem. Notum esse volumus , omnibus Dei Fidelibus, quoniam videntes maleficia quae in populo quotidie accrescunt , congregamus quosque episcopos , domnum Petrum Vivariensem, Wigonem Valentinensem, Begonem Arvernensem , Raimwndwm Tolosensem , Deusde Rutenensero, Fredelonern Elnensem, et domnum Fulcrannum Ludevensem , et Widonem Glandensem , et alios quamplures episcopos , et quosque principes et nobiles , quorum numerus non est inventas. Et quia scimus , quia sine pace nemo videbit Deum , ammonemus propter nomen Domini , et ut sint filii pacis, ut in istis episcopatibus, quos isti episcopi regunt, neque in istis comitatibus de ista hora et in antea ecclesiam homo non infringat , extra ecclesiam quse in firmamento castellaniae , se sciente nisi episcopi.... propter eorum censum. Prsedam in istis comitatibus , neque in istis episcopatibus homo non faciat ; de equis parvis , de bovibus , de vaccis , de asinis vel de asinas. vel de fascibus quos ipsi portant, neque de ovibus vel de capris , neque de porcis , neque ea occidat nisi per conductum suum vel suorum ; in itinere positus accipiat victum , sicut ad suam domum , nihil portet , vel ad castellum bastire , aut obsidere , nisi unusquisque de sua terra , aut de suo alode , vel de suo beneficio , vel de sua commanda ; clerici non portent secularia arma; monachis injuriam ullus homo aliquam non faciat, neque his qui cum eo perrexerint,
qui arma non portaverint, nisi episcopi aut archidiaconi propter eorum ceiisum ; villanum aut villanam propter redemptionem nonnisi per suum forsfactum ; et in euradem villanam qui alterius terram araverit vel laboraverit , quod est in contentione , nisi unusquisque de terra sua aut de suo beneficio ; terras ecclesiasticas, episcopales, canonicales , monachales, nullus prsesumere audeat, neque aliqua mala , consuetudine deshonorare , nisi de manu episcopi aut fratrum voluntate per precariam adquisierit de ista hora et in antea; negociatores etiam nullus apprehendere vel rébus suis spoliare praesumat se sciente. Interdicimus etiam ut nullus laicorum se intromittat de sepulturis ecclesiae vel oûerendis; et nullus presbyterorum pretium de baptisterio accipiat, quia donum Spiritus sancti est. Si vero aliquis raptor fuerit aut maledictus qui hanc institutionem infregerit et tenere noluerit , sit ipse excommunicatus et anathematisatus . et a liminibus sanctœ Dei Ecclesiae segregatus , nisi usque ad satisfaction nem veniat. Quod si non fecerit , presbyter ei missam non cantet , divinum ei offlcium non faciat ; et si mortuus fuerit, presbyter eum non sepeliat , neque ad ecclesiam sit sepultus, communionem non donet ei se sciente , et si aliquis presbyter hoc infregerit se sciente , ab ordine deponatur. Precamur etiam vel ammonemus ut in isto tempore , scilicet mediante octobrio mense , ad istum Dei placitum cum bono aniino et bona voluntate veniatis , in Dei nomine , ut remissionem peccatorum vestrorum consequi valeatis, praestante Domino nostro J.-C, qui cum Pâtre et Spiritu sancto vivit et régnât. — Confirmât hoc archiepiscopus Dagobertus Bituricensis sedis, etdomnus T/ieof ôa Wus Viennensis archipraesul. — Gallia christiana , Instmmenta, t. II , p. 225 , 226.
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