‹ Histoire du Velay (volume 2)Chapitre 30 sur 39 · DANS LE VELA Y · texte numérisé non relu

DANS LE VELA Y

a une foi profonde dans la miraculeuse image qu'on vénère sur le mont Anis ; mais , indépendamment du motif pieux qui détermine ce prince à faire ces pèlerinages , il en est deux autres essentiels à signaler. Le premier se trouve dans l'importance qu'il y avait pour le roi à parcourir les provinces (1), à se faire connaître des populations, et à les habituer à voir en sa personne le chef du royaume ; le second, à se créer des ressources qui lui permissent d'entreprendre le voyage de Jérusalem (2).

ver le roi au Puy , où ce prince tenait sa cour, la dernière fête de la Vierge , atin de lui demander la confirmation d'un de ses religieux. — Arnaud, 1. 1, p. 116. — Gallia Christiana, t. II, p. 575. — Petrl-Venerabilis , lib. I, Epistol. 29. — T. XV des Historiens de France, p. 634. — Vita Sancti Bernardi, lib. IV, chap. i ; lib. II, cbap. vu , N° 47.

(1) Louis VII voulait visiter en roi les provinces méridionales de la France qui , pendant si longtemps , avaient été étrangères à la couronne... En 1138, il vint en pèlerinage à l'église du Puy en Velay , et c'était la première fois qu'un roi de la troisième race passait les frontières de la Septimanie ; enseignant ainsi aux peuples que leurs seigneurs avaient eux-mêmes un seigneur auquel ils pouvaient recourir. — Sismondi. Histoire des Français, t. V.

(3) Le roi, pressé par le pape pour entreprendre uae nouvelle croisade, assembla à cet effet un parlement à Vezelay en Bourgogne , le 13 mars 1146. — Saint Bernard y prêcha , et avec un tel enthousiasme , que tout le monde voulait

— Evidemment , et quoi qu'on en ait pu dire , il y a , à partir de 1 134 , une politique nouvelle. La monarchie se réveille. Louis VII suit l'impulsion donnée par son père ; à son tour , il ratifie , il augmente les privilèges tombés en désuétude y il en accorde même d'autres, quand la chose lui semble profitable. On voit qu'il fait partout, et le plus qu'il peut, acte de souveraineté. Dans une charte octroyée à l'évêque du Puy en 1 1 46 , non-seulement il s'empresse de confirmer les concessions antérieures, mais comme il lui faut de suite de l'argent, qu'il en demande en retour de ce qu'il donne , il étend ses libéralités, et, de peur que cette taxe imprévue n'effraie le seigneur évêque , il prend soin de le rassurer, et dit :

C'est un accroissement qui revient à la puissance royale et un honneur qui semble appartenir particulièrement à notre règne, de profiler de la place ém inente et suprême que nous occupons , par la bonté de la Providence, pour pourvoir au repos et à la liberté des églises. Mais surtout, par ce motif, nous faisons connaître à tous que, dans l'année où nous avons reçu le signe de la sainte croix, pour l'exaltation de J.-C, nous avons rendu nos bonnes grâces à Pierre,

prendre la croix. Le roi la reçut le premier. C'est après cette grande et solennelle assemblée qu'il vint au Puy pour la deuxième fois.

DANS LE VELAT. 149

vénérable évoque du Puy, ainsi qu'à l'église confiée à ses soins, et avons concédé pour jamais audit évéque et à ladite église l'ancienne liberté dont celle-ci avait joui aux jours de nos prédécesseurs. Quant à la ville d'Anis, que Ton appelle le Puy , et dont autrefois les prélats , prédécesseurs de Pierre , avaient obtenu la juste possession, avec son domaine et ses fortifications , savoir : le château Corneille , avec toutes ses défenses ; les produits du marché, de la douane, de la monnaie, de la Justice, avec les terres et les maisons qui en dépendent, nous les concédons en propriété perpétuelle au susdit évéque et à ses légitimes successeurs , sauf la réserve que nous faisons des droits, prérogatives et coutumes de notre royale autorité.

De son côté, l'évéque a juré fidélité à nous, à nos successeurs et à notre royaume ; il s'est engagé à nous remettre, quand nous l'exigerons, et chaque fois que nous viendrons au Puy , tous les forts de la ville. — Et pour assurer davantage encore la liberté de l'église anicienne , nous statuons et ordonnons par cet acte qu'il ne sera permis à personne , soit dans la cité, soit dans les autres lieux dépendant de l'autorité dudit évéque et de son église , soit môme sur les limites des domaines de l'évécbé , c'est-à-dire du Rhône à la Loire, d'Alest jusqu'à Montbrison, de Saint- Al ban au Puy*, d'exercer aucune violence ou de faire aucune levée d'impôts, d'établir aucune coutume, d'exiger aucun péage, d'élever de nouvelles forteresses ou de nouveaux châteaux sans notre permission et celle de l'évéque d'Anis.

Et de plus , comme à raison de la nécessité urgente qui nous presse de faire le pèlerinage de Jérusalem, l'évéque a dû prendre sur les fonds de la ville , pour nous aider dans une entreprise si difficile , en vue de notre piété royale, nous avons décidé , par une bienveillante prévoyance, que

cette subvention ne tournerait point en usage , de peur que de là il ne résultât quelque charge nuisible à l'évoque Pierre et à son église. Pour assurer l'exactitude de ce fait tant à l'âge présent qu'aux siècles futurs, nous ayons voulu consigner par écrit que , ni nous-même , ni aucun de nos successeurs, ne pourrons nous en prévaloir comme d'une chose établie, pour exiger plus tard le môme sacrifice , ou molester l'église de cette manière.

Afin donc que cet acte de constitution et de concession , donné par nous , reste à jamais notifié et inébranlable , nous avons ordonné de le confier à l'écriture , de le munir de l'autorité de notre sceau , et de le fortifier par la suscription caractéristique de notre nom.

Fait publiquement au Put, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1146 , de notre règne le 10 e , étant présents au palais: Raoul, comte de Vermandois, sénéchal; Guillaume, intendant de la cave; Mathieu, chambellan, et Mathieu, connétable (1).

(1) Trad. père Caillau, p. 386, 387. — Gissey, liv. III, chap. m. — Gallia Christiana, Inst. aa\ Aniciens. Ecoles, epect., t. H, p. 231.

SOMMAIRE

Usurpation des droits régaliens par les vicomtes de Polignac. — Péages sur les granTroutes; Leur cause première. — Armand II, vicomte de Polignac, de 1142 à 1165 environ. — De 1150 a 1168. — Pons II, évêque du Ppy. — Pierre IV, évêque du Puy. — Lettre d'Aldebert, évêque de Mende, au roi Louis VU, dans laquelle il lui dénonce la conduite du vicomte de Polignac et celle de Févêque du Puy. — Grande ligue des Seigneurs féodaux de la province, pour la dévastation et le pillage.

Pourrions-nous hésiter sur la cause qui rapprocha si brusquement , si intimement le roi et l'évêque?... Celui-ci ne serait certes pas allé solliciter le patronage de la Couronne, alors que ce patronage semblait jusqu'à ce jour presque sans autorité, et

le droit de prélever cet impôt avait été concédé, non-seulement s'obligeaient à conserver en bon état les chemins, les ponts et les chaussées, à veiller à la libre et paisible circulation des voyageurs, mais encore restaient civilement responsables des vols commis d'un soleil à l'autre sur l'étendue des passages dont ils avaient l'administration (1). — Plus tard, à mesure que le système de la féodalité s'étendit en France, ce droit royal fut, comme tous les autres, usurpé par les seigneurs, qui se préoccupèrent moins du motif de l'institution que de l'immense profit qu'elle devait leur procurer. Les chemins se réparaient à peine ; les barrages, les pontenages, les billettes, les branchières, les travers se multipliaient (2), et les protecteurs institués du repos public devinrent bientôt l'effroi de ceux qui

(1) Les œuvres de maistre Charles Loyseau , avocat en Parlement (MDCLXXVI1I), Des Seigneuries, p. 52.

(2) Barrage, — à cause de la barre assise sur le chemin, pour marque d'ycelui. Pontenage, — quand il faut payer pour le passage du pont. Billette, — à cause du petit billot de bois qu'on pend à un arbre, en signe d'ycelui. Branchière, — à cause de la branche d'arbre où ce billot est pendu. Travers, — à cause que le péage est dû pour ceux qui traversent la terrre du seigneur, etc.... — Des Seigneuries, p. 52.

osaient s'aventurer en trop petit nombre sur des routes ainsi gardées.

Une telle usurpation ne pouvait être docilement acceptée par les populations qu'elle accablait ; aussi fallut-il, pour la maintenir, l'emploi continu de la violence. Plus d'une fois les châtelains cherchèrent à justifier, au nom du droit public ou d'une coutume locale, la plus odieuse des exactions ; mais leurs prétentions furent toujours repoussées. A cet égard, l'opinion de Loyseau ne laisse pas d'incertitude. « C'est un abus, dit-il, de penser que le péage soit x un droit et une dépendance ordinaire des châtel- » lenies et autres seigneuries plus hautes fors-ès- » coutumes qui le leur attribuent. Attendu qu'il a » été dit cy-devant que c'est un des droits de sou- » veraineté, que d'imposer toutes sortes de tributs » ou levées de deniers ; c'est pourquoi, il faut tenir » pour certain que nul péage ne peut être permis » ni imposé par autre que par le roi. »

Pons de Polignac avait associé à ses exactions son fils Armand ; à son tour, celui-ci éleva ses deux enfants, Pons et Héracle, au même métier (1). L'exemple était trop profitable pour ne pas être suivi ; c'est pourquoi l'on vit peu à peu les seigneurs

(1) Baluze, Auv., t. II, p. 66.

vellaviens s'emparer de toutes les positions, et construire des châteaux sur les points culminants, de manière à dominer le pays et à le couvrir d'un réseau de forteresses. Cependant, comme ces châtelains auraient été bientôt perdus s'ils fussent restés isolés les uns des autres, ils comprirent l'importance qu'il yavait pour eux à s'unir , et formèrent sans tarder une sorte de ligue offensive et défensive contre les populations urbaines. La chronique des compositions de Févéché du Puy ne désigne, il est vrai, nominativement que les sires de Polignac, mais il est hors de doute, d'après le sens de cette chronique elle-même , que les vicomtes y représentent, pour ainsi dire, la personnification de la féodalité locale, et y sont pris comme chefs du clan vellavien. En effet, les gentilshommes de la province s'associent à leurs entreprises ou s'enrôlent: sous leurs drapeaux ; ils ont des compagnies armée» dont ils commandent les mouvements et qu'ils en — tretiennent à leurs frais ; leur manoir sert d^ quartier général ; en un mot, tout leur obéit.

La terreur se répandit bientôt dans la contrée ; les gens de la ville n'osaient plus quitter leurs murailles, les étrangers ne s'aventuraient qu'en tremblant à travers ces périlleuses montagnes. Il était temps de secouer un joug odieux. Le plus intéressé,

Févéque, fit un appel à ses vassaux et aux braves habitants du Puy. A sa voix, on s'émut, on prit les armes. — Cette énergique démonstration fut suffisante pour arrêter momentanément les brigandages des châtelains. Les sires de Polignac se hâtèrent d'entrer en accommodement avec Pierre III qui occupait alors le siège épiscopal du Velay, et lui donnèrent, dit-on, pour garantie de leur parole, trente chevaliers en otage. Cependant il faut croire que ces otages ne furent pas livrés ou du moins retenus; car très-peu de temps après Armand de Polignac recommença comme si rien n'était arrivé. Cette fois seulement, mieux avisé, il eut la précaution d'augmenter le nombre de ses soldats.

Trois ans se passèrent ainsi. Le peuple gémissait , le clergé se plaignait, le commerce alarmé fuyait une contrée périlleuse, et le vicomte, enhardi par l'impunité, poursuivait ses audacieuses spoliations. — Cependant, le roi veillait toujours attentivement sur cette partie de son royaume. Le Velay était dans les provinces qui lui avaient été apportées en dot par Eléonore, fille et héritière du duc Guillaume ; et quoique cette dot lui eût été bientôt reprise, par suite de son divorce, pour passer avec sa femme à Henri II d'Angleterre, il n'en continua pas moins de foire, autant et plus qu'avant, acte d'autorité

souveraine à chaque occasion. Ainsi, vers 1158, Pons II, qui ne fit que passer sur le siège épiscopal du Velay, reçut des lettres de Bourges, par lesquelles le roi ratifiait en sa faveur les privilèges concédés à ses prédécesseurs (1).

L'année suivante, Pierre IV, en ceignant la mitre, reprit avec une énergique résolution l'œuvre de ses devanciers (2). Il avait en face de lui le plus farouche, le plus audacieux déprédateur, mais il se sentait fermement appuyé par le pape et par le roi; et il était bien résolu à disputer au châtelain tous les droits, tous les privilèges de son église. — La lutte fut bientôt engagée. Le Vicomte n'était pas homme, nous l'avons dit, à se croire enchaîné par ses serments; ce qu'il avait promis à Pierre III, à Pons II, il le promit à Pierre IV ; puis, sans tarder, recommença ses courses spoliatrices à travers le pays.

Dans l'intérêt de l'Eglise, le souverain Pontife

(1) Voir à la fin du livre second la Note A.

(2) Pierre IV ouvrit la châsse de Saint-Georges et de Saintr- Hilaire de Poitiers, en 1162. — Voir, pour ce fait, le procèsverbal môme qui fut dressé. Cette pièce fort importante, au point de vue archéologique, a été rapportée en entier aux pages 63, 64 et 65 ;du tome II (Notre-Dame du Puy), auxquelles nous renvoyons le lecteur, pour ne pas nous répéter.

TYRANNIE DBS VICOMTES DE POLIGNAG. 159

voulut qu'on intervînt. Sur son ordre, les trois évéques de Valence, de Viviers, d'Embrun, cherchèrent à réconcilier le prélat et le vicomte. Des conventions furent discutées, arrêtées, signées et jurées (1). Armand, ses deux fils Pons et Héracle, ainsi que plusieurs de leurs vassaux, firent serment entre les mains des médiateurs d'observer religieusement le traité sur lequel était apposé le triple sceau épiscopal. Mais à peine les évêques se furent-ils retirés, que le sire de Polignac recommença ses violences envers les malheureux voyageurs. — Aldebert, évêque de Mende, se croyant plus d'influence sur l'esprit du seigneur montagnard, tenta un nouvel accord qui n'eut pas plus de succès. — L'année suivante, Guillaume, comte d'Auvergne, résolut à son tour, sinon de rétablir la paix, du moins de suspendre momentanément les querelles (2). Mais quelle garantie de sincérité pouvait offrir un acte contracté sous les auspices d'un seigneur tel que Guillaume qui , de son côté , désolait l'Auvergne par ses exactions?... Ce n'était évidemment qu'une perfidie nouvelle pour tromper l'évêque et pour gagner du temps ; si l'on en doutait alors, on ne

(1) Baluze, âuv., t. II, p. 66.

(&) Baluze, Auv., t. II, p. 66. — Archives de l'église du Puy. — Gallia Chrtstiana, t. II, p. 705.

IflO TYRANNIE DBS VICOMTES DC POUQUC

diil pus tarder & en acquérir la certitude, quand on |(»K vit peu de temps après s'associer crimineUemeut iIiiiih le mémo but. — Quoi qu'il en soit, une trêve de sept années fut convenue; c'était plus de teinpH qu'il n*en fallait pour régler d'une manière déllnitlve toiiH les différends. Le Vicomte, ses fils et Ich KentiUhommcsdc leurs compagniess'engagèrent, tant que durerait la trêve, à ne prélever aucun péiijin sur les grands chemins. Hàtons-nous de dire qu'il en fut de cette promesse comme des prérédeiilen, presque aussitôt violée que consentie.

Loh ahhés de Mo sac et de La Chaise-Dieu tentèrent, de leur cAté, un accommodement, plus favorable, il est vrai, aux intérêts réciproques des deux partis, mai» véritablement inique. C'est sans doute à ce traité que se rapporte la lettre écrite par Aldebert» évêque de Mende, au Hoi Louis- le-Jeune. Cette lettre est un document trop précieux pour que nous ne la transcrivions pas textuellement. La voici :

A son trto-répérend. trte-souverain père et maître le Roi Loui$ I —le pasteur de l'église de Mende, humble et respectueux salut.

Paix a été faite entre l'église du Puy et le vicomte de Polignac ; mais cette paix, qui n'en est pas une, est un dangereux exemple, qui met en péril l'Eglise de Dieu. L'évoque du Puy, comme la dignité et la justice l'exigeaient, avait d'abord excommunié le vicomte, à cause de ses exactions sur les voies

publiques ; cependant, à cette heure, l'église anicienne et le vicomte de Polignac se sont réunis, et ont conclu entre eux, une ombre de paix, en vertu de laquelle ils partagent les produits des péages et des rapines ; de telle sorte que l'église participe aux spoliations pour lesquelles elle avait excommunié le vicomte, et qu'un secret amour du gain lui a fait approuver, à son profit, ce qu'elle avait condamné quand elle n'y avait pas d'intérêt. — Le traité a été conclu, et les deux parties se sont disposées à vous envoyer des messagers pour vous engager à ratifier ce traité. En même temps qu'elles ignorent ou mettent de côté la loi, elles cherchent à la faire détruire par celui-là même qui est chargé de la défendre. Elles veulent changer l'ordre des choses, faire que le mal devienne le bien, et que le bien devienne le mal, elles veulent enfin que le temple dédié à la mère de Dieu, qui doit être l'asile des malheureux, soit une caverne de voleurs I....

Ceux qui ont été établis pour pleurer sur les souffrances du peuple, ceux qui lui remettent ses fautes, se sont préparés à se réjouir de ses larmes, et à remplir leur bourse des produits du vol. Mais la justice de notre seigneur le Roi s'étend sur tous les hommes ; plaise au ciel qu'ils reconnaissent la vanité de leurs projets!....

Je souhaite que mon Seigneur se porte bien, vive longtemps, passe de bonnes années, et se souvienne de son serviteur (l).

Malgré un accommodement dans lequel l'homme d'arme et l'homme d'église semblaient si bien s'en* tendre pour se partager les tributs prélevés au moyen de toutes les exactions du vicomte, l'évèque

fl) Ducbesne, U IV. De rébus Francicis. Epistola CCCXJ,

trouva bientôt que sa part n'était pas ce qu'elle devait être ; et, sur les plaintes d'Aldebert, probablement aussi sur les siennes, le roi manda à Souvigny, où il se trouvait, les trois Polignac et Pierre IV. 11 voulut les entendre contradictoirement , espérant que son intervention souveraine serait assez puissante pour mettre fin à ces explorations tyranniques dont se plaignaient depuis si longtemps les habitants du Velay. — Après plusieurs conférences, tout parut irrévocablement arrêté. Le vieil Armand et ses deux fils jurèrent une fois encore de vivre en paix avec l'évêque, et de ne plus exiger des voyageurs aucun drbit de passage. — Pour sûreté de leur promesse, ils engagèrent jusqu'à concurrence de 700 marcs d'argent, plus ce qu'ils tenaient en fief de Tévêché, et se soumirent à perdre les domaines qu'ils possédaient en fiefs royaux ou épiscopaux, s'ils venaient jamais à manquer à leur serment. Outre cela, ils donnèrent des otages et livrèrent quelques-uns de leurs châteaux, comme supplément de garantie. Que pouvaient-ils offrir de mieux ? — Néanmoins, il en fut encore de ce nouvel engagement comme de tous les autres; Polignac, en allant à Souvigny, était bien décidé au parjure et à la trahison.

Ce qui enhardissait plus que jamais les félons

châtelains à se jouer si audacieuse ment de leur parole, c'est, il faut le dire, de se sentir appuyés, excités par les comtes d'Auvergne, ces mêmes comtes qui, peu d'années auparavant, s'étaient interposés comme pacificateurs , par le comte de Rodez, par les seigneurs de Montlaur, par tous les chefs féodaux enfin, avec lesquels ils s'étaient associés pour leurs odieux brigandages. Comment auraient-ils conservé quelque crainte, alors que chaque jour la coalition dont ils étaient l'Ame devenait plus formidable? Comment auraient-ils respecté les traités qui leur 'interdisaient certains péages chez eux, quand ils ne se faisaient pas scrupule d'aller saccager des bourgades et des églises lointaines ? — En effet, ces péages, qu'on leur reprochait tant, et qu'ils établissaient au détour des chemins pour décimer les voyageurs, étaient devenus leurs plus minimes exactions ; là, du moins, ils exerçaient de prétendus droits seigneuriaux "et se tenaient sur leurs domaines; mais de quelle excuse pouvaient-ils se couvrir quand, à la tête de troupes considérables, ils parcouraient des provinces entières, pillant, ravageant les fermes, les châteaux, les monastères ?

SOMMAIRE

Lettre d'Alexandre III an roi Louis VII, pour rengager à châtier le vico: de Polignac. — Première expédition de Louis-le-Jeune dans l'Auvergne le Velay. — Politique des rois de France ; Explication de leur I dans le* querelles des évèqnes et des féodanx. — Lettre des moines la Cnaise-Dieu a Louis VU, pour réclamer son intervention. — Seconde ex

pédition du roi Louis VJI contre les vicomtes de Polignac. — Procès d vicomte de Polignac. — Sentence prononcée contre le vicomte de *— Lettre du vicomte ao roi. — Transaction entre le vicomte de Pofignae Tévêque du Puy, Pierre IV. — Modifications au présent traité et conv tions définitives. — Repentir et pénitence publique d'Héracle de Poligna

Les Polignac, dix fois parjures, se rient de l'évoque et du roi qui pensent les enchaîner par des serments, et reviennent en toute hâte dans leur

les polio*:

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166 LES POLIGKAC, CHEFS DE BOITIERS.

Lettre d'Atexandre III au roi Louis VII pour l'engage à châlier te vicomte de Polignac.

Nous avons appris que Ion Altesse avall eu connaissant de la manière dont les comles d'Auvergne et le vicooV.e i Polignac ont attaqua sans respect la ville de Brioude qui t'appartient, et de quelle façon ils dépeuplent continuellement l'Église de cet'e ville , qui est particulière tneai soumise à l'autorité et à la protection de saint Pierre et de nousmâme. — Ils assiègent injustement la demeure du Doyen, et cherchent à s en emparer au moyen de machines de guerre.

Noire devoir ne nous permettant pas de laisser plus longtemps une telle audace impunie, nous faisons des efforts dans nos (étires auprès d'eux , et aussi auprès du commandant ri de l'abbé de Brioude, qui les ont avertis, pour les faire renoncer a cet acte d'injustice condamnable, tout en nous réservant le pouvoir et les moyens de nous venger sérieusement sur leurs personnes el sur leurs biens, s'ils ne reviennent pas, ainsi que nous leur en donnons le conseil, à de meilleurs sentiments.

Nous prions donc ta Grandeur, te prévenons el l'exhortons en le Seigneur, afin que tu te prépares à punir toi-même vigoureusement les hommes capables d'une telle audace, et a eu tirer vengeance par tous les moyens possibles , s'ils ne changent pas de conduite. — A Paris, le 13 des Ralenties d'avril (1).

« Le comte d'Auvergne , rapporte l'auteur ano- ■ nyme de l'histoire du très-glorieux roi Louis, fila

(1) Ducliâne, t. IV, p. 008, Epiatola CIVI.

de Louis-le-Gros (1), et son neveu le dauphin Guillaume , comte du Puy , ainsi que le vicomte de Polignac , saisis d'an instinct diabolique , faisaient du pillage à main armée l'emploi ordinaire de leur misérable vie. Ils n'avaient, en effet, d'autre occupation que de dévaster les églises, d'arrêter les voyageurs , d'opprimer les pauvres. Les évéques de Glermont et du Puy et les abbés de la province ne pouvant supporter plus longtemps leur tyrannie , et n'ayant ni par euxmêmes , ni par leurs vassaux , la force de leur résister , eurent la sage pensée de s'adresser au roi Louis. Ils vinrent le trouver, et déposèrent à ses pieds leurs plaintes contre ces oppresseurs , lui faisant un tableau Adèle des cruels excès qu'ils commettaient au préjudice des églises. Ils le supplièrent humblement , au nom de la religion , de prendre en main la vengeance des pauvres et des captifs. Le très-pieux roi , ému de compassion et de colère au récit de tant de méchanceté, rassembla aussitôt son armée, et comme il était prompt à saisir la verge du châtiment, il se hâta d'aller combattre ces grands coupables. Il les atteignit sur le théâtre de leurs

(1) Historia Gloriosissimi Lwlovici, filii Ludovici Grossi. - Ducbôae , t IV , p. 417.

b méfaits, les attaqua avec vigueur, en véritable » prince qu'il était, et leur lit sentir la pointe de » son épée. Les ayant vaincus , il les prit , les » emmena avec lui et les garda prisonniers jusqu'à » ce qu'ils eussent juré et promis, sous les plus » fortes garanties , de renoncer désormais et à tou- » jours à inquiéter les églises, les pauvres et les » voyageurs (1). »

Un serment ajouté à tant d'autres ne pouvait arrêter ces hardis déprédateurs. Que leur importait, après tout, quelques châteaux donnés en nantissement, quelques chevaliers laissés en Otage?... Us savaient bien que si ces chevaliers ne parvenaient à s'échapper on serait bientôt las de les retenir; ils étaient bien sûrs aussi de reprendre, tôt ou tard, les châteaux dont ils ne semblaient faire un si facile abandon que parce qu'ils ne redoutaient guère les soldats des garnisons épîscopales, à la garde desquels ces châteaux étaient confiés. D'ailleurs , pour une tour démolie ils en bâtiraient quatre avec l'argent volé dans le tronc des églises, dans le trésor des abbayes.— Ils jurèrent donc, promirent, donnèrent

(1! Htit. Glar. Lud. /un., D. Bouquet, ïm, 130, L'Ancienne Auvergne, II, p. 195. — Ducliêne, t. ly, p, gg;

tout ce qu'on leur demanda , puis revinrent dans leurs domaines (1).

Ici se présente une question dont nos historiographes ont cherché la solution, mais qu'ils n'ont pu résoudre parce que les documents historiques leur ont évidemment manqué ; aussi sont-ils à cet endroit d'une obscurité complète. — Nous voulons parler de la généalogie des comtes du Velay. — Disons d'abord que ce comté passa plusieurs fois , par suite des investitures souveraines , des comtes de Toulouse aux comtes d'Auvergne, et de ceux-ci aux comtes de Poitiers. Nous l'avons en effet rencontré tour-à-tour sur la tête de Bullus, de tîruillaume-le-Pieux et de ses neveux Guillaume et Acfred ; nous le voyons ensuite concédé par Charlesle-Simple à Ebles de Poitiers, par Raoul à Raymond- Tons de Toulouse , et par Louis-d'outre-Mer à Guillaume-Tête-d'Etoupes. Ce ne fut qu'en 979 que Taillefer , qui s'en était emparé , ainsi que du comté d'Auvergne, les abandonna l'un et l'autre à Gui I er , vicomte de Clermont. Depuis lors , c'est-à-dire de 979 à 1163, les comtes d'Auvergne seuls ajoutèrent à leurs titres , d'abord celui de comte de velay , et enfin celui plus restreint de comte du puy (cornes

(1) Duchône , t. IV , p. 671 , 675 et suivantes. — HisU gin. de Languedoc, t. III , liv. XIX , p. 6.

Podiensw). Quant à la valeur de cette qualification, il est facile de constater qu'elle devint exclusivement honorifique , et que, plus s'avançaient les envahissements de la féodalité , plus ceux qui se l'attribuaient restèrent sans autorité réelle dans la province. Les souverains de Toulouse eux-mêmes se virent peu à peu évincés des domaines qu'ils avaient autrefois acquis dans le Velay; et, sans vouloir contester ici la part à laquelle leur piété aurait un droit légitime de prétendre dans les donations dont les anciens cartulaires font foi , peut-être doit-on dire aussi , pour rester dans le vrai, que ce fut au* tant par les difficultés qu'ils éprouvèrent à se maintenir dans leurs possessions que par un pur sentiment chrétien, que Pons et que Raymond, son fils , abandonnèrent si débonnairement entre les mains d'Humbert toutes les terres , tous les châteaux du comté , provenant de l'héritage de leurs aïeux.

Quoi qu'il en soit , il n'en est pas moins positif qu'à partir de 1 134 l'autorité légale , si l'on peut se servir de ce mot à pareille époque , passe entre les mains de l'évêque. La charte de Louis VI est formelle , celles de Louis VII sont plus précises encore, il suffit de lire ces dernières avec quelque attention pour rester convaincu que déjà le seul , le vrai seigneur de la ville , c'est le prélat qui la domine.

— Or, bientôt nous allons trouver de nouvelles lettres royales , de nombreux titres privés qui investissent l'évéque , de la possession des principales chAtellenies, des plus riches domaines ; de telle sorte que le seigneur du Puy sera, de fait et de droit, celai de toute la province (1).

Quelques historiens s'étonnent de voir un roi de France prendre les armes pour venir au secours d'un évoque et se mêler d'une si mince querelle. Ceux-là sans doute n'ont pas suffisamment compris la politique de la couronne , politique qui commence à se révéler et que nous allons voir progressivement apparaître, grandir, et reconstituer plus tard, après bien des efforts , bien de sanglantes luttes , l'unité monarchique. — Le roi concède à l'évéque, à

(1) Il faut lire dans les preuves de Y Histoire du Languedoc, au t. II, p. 551 et suivantes, les chartes du roi Louislé- Jeune , en faveur des églises de Saint-Sernin et de la Daurade de Toulouse, en 1154; de V église de Maguelonne, en 1155; de J église d'User, en 1156; de l'église de Narbonne, en 1157; de l'église de Nismesen 1157; l'évéque de Mende, en 1161 ; de l'église de Lodève, en 1162 ; de l'abbaye de St-Gilles, en 1163, etc.

Ces divers monuments historiques prouvent, mieux que nous ne saurions dire , la constante préoccupation du prince dont Us émanent.

l'homme influent , une autorité qui depuis long- temps n'est plus en réalité dans ses mains ; il con* state ainsi son droit. C'est d'abord une simple protestation contre ce qu'il appelle les usurpations des comtes héréditaires qui l'ont complètement dépossédé dans leurs provinces. — L'homme d'église, naturellement en butte aux hostilités du seigneur féodal, dut accepter, dut rechercher ce qui, en ajoutant à ses prérogatives, fortifiait son droit , consa>crait sa domination. Sous ce rapport , le souverain le trouva toujours disposé à seconder ses entreprises contre ses vassaux émancipés. Mais , on le comprend , le roi ne donnait que pour reprendre. Ce qu'il faisait pour l'accroissement de la puissance épiscopale n'était, dans sa pensée, que plus ou moins temporaire , et n'avait évidemment pour but que d'arriver à un déplacement de fortune. L'œuvre était difficile , souvent périlleuse ; néanmoins il la poursuivait avec persévérance , avec habileté.

C'était déjà beaucoup que d'ébranler la possession de ces redoutables chefs qui transmettaient héréditairement à leurs familles biens et pouvoir , que de leur susciter la rivalité sans trêve ni merci d'un adversaire armé de la parole et du glaive, d'un prélat sur la nomination duquel on pouvait exercer de l'influence , et qui ne détenait que viagèrement, par des concessions reproduites

à chaque nouvel avènement épiscopal , cette part dé souveraineté perdue depuis deux siècles. — Ainsi le roi , accourant au secours de Pierre IV , vient combattre pour une cause deux fois sainte , pour celle de l'Eglise et pour celle du peuple ; il s'avance contre leurs implacables persécuteurs à la tète d'une armée de 4 à 5,000 hommes. La religion , l'humanité sont , à n'en pas douter , pour beaucoup dans sa résolution ; mais le motif le plus vrai , c'est qu'il est décidé à poursuivre toujours et partout l'amoindrissement continu de la puissance féodale.

Le vicomte de Polignac, l'orgueilleux roi des montagnes , a repris ses excursions, « Après s'être * emparé de plusieurs terres appartenant à l'ab- » baye de la Chaise-Dieu, écrit M. Dominique Bran- » che (1), il s'avança jusque sous ses murs, et, par-

(1) V Auvergne au moyen-âge, par M. Dominique Branche, pages 108, 199. — L'auteur porte le fait à la date de 1173 ; nous pensons qu'il doit être reporté antérieurement même à 1169. Rien n'indique qu'après leur seconde sortie de prison les vicomtes aient recommencé leurs anciens brigandages, surtout en l'année 1173 , qui est celle du traité de paix définitif. Quant à la difficulté qui semblerait naître de ce que le vicomte s'appelle Pons, au lieu d'Armand , elle s'évanouit quand on sait que Pons, l'aîné des flls , prit le titre de vi-

^ rotul e i 3isr raeâanes omîmes. 3 fin knrra- ■*taf 1 :me foonie rvxçniz iras, «faand 3s Tear^ax Ta**- . es ~mLmr M-aAne 4? Imr crédulité fa sa :ijl ;ar~. ï ft riûa-r les ans à la cm? à; âe^im ârnnÂs. et percer les antres •le feâes pur ses iràtîrç * . LYpomuite réamt sur îi nnnsKd*. a mt n'osait apporter asasciiirc m r^fccwDL S m paysan de courage parvenait wi'is nxsinr i en . 3 ne cessait de ncjfuer ies înts ie!a terfc»» «fHende; bienheureux si. iprè i^ùr é-weé Les faibles secours *joîL «T'ai: sa ierveer i sa. vigibnee,. 3 s'en retournai: sl2S Terl oar ie secret? sentiers. Souwit il wnwBînE: «iras son chemin un pauvre^ compagnon» pfris hanii que fortuné, gisant atterre, baigtse »fc>ns soc saca: oa bien pendu aux^ branches «f un irfcre % terrible veaseance du vi — comte ! Cruel amusement de ses routiers ! Otant son chap:rcn. il s'jLfecouiiùùt un instant pourr"" prier pour rime du trépassé « il rereevelissait a» tremblant. et plantait sur sa tombe une croix d^ bob . qui pût apprendre aux bûcherons de 1

eomte , ainsi que cela résulte des Utres, actes et documents bittoriqaes, bien avant U mort de son père. — Voir rifir- UÂrt du Languedoc des Bénédictins.

ri) D. EsUeooet, Mss.

» forêt qu'en ce lieu reposait une victime de » ce qu'Héracle appelait dérisoirement sa jus- » tîce.

» Fatigués, mis aux abois par les attaques conti- » nuelles de ce chef de routiers, dont le front contem- » pteur ne s'était jamais courbé sous le poids des ana- » thèmes, les religieux demandèrent des secours aux » seigneurs leurs alliés ; niais ces secours furent im- » puissants. Réduits à la misère, ne pouvant sor- » tir de leur cloître sans s'exposer à tomber, comme » leurs frères , dans les mains de leur ennemi , » ils s'adressèrent au roi Louis VII , et lui écrivi- » rent (1) :

» Il est sans doute parvenu jusqu'à vos oreilles le bruit des » persécutions et des maux que nous fait souffrir Héracle de » Polignac. Il ne cesse de nous harceler et de nous accabler

> de vexations. Selon sa coutume, il pille nos biens, entre » à main armée sur nos terres, et, ce qui est bien pire , c'est

> qu'il fait tomber son courroux , non-seulement sur les » moines du monastère , mais sur notre père abbé lui-môme. » Dernièrement encore il osa l'attaquer à la tête de ses rou- » tiers ; il le mit en fuite , après l'avoir battu , lui avoir en- » levé sa mule, et tué plusieurs de ceux qui l'accompa- » gnaient. Ce dur ennemi nous a réduits a une si grande » misère que souvent le pain manque au réfectoire , et qu'il » nous est impossible d'en avoir. Nous sommes aussi forcés » d'aller couper au loin notre bois dans la forêt, et de le

(1) Voir à la fin du livre second la Note C.

. rap|torter sur nos épaule* pendant une longue 1

» tout au grand péril de noire vie. Si nous voulions vous

• écrire tout ce qu'il noua fait souffrir , nous craindrions de

• vous déplaire; mais ce que nous omettons a dessein dans

• nos lettres, notre frère pourri lui-même vous le raconter. t C'est pourquoi nous nous prosternons humblement & vos » pieds , voua conjurant , au nom de notre Sauveur et de sa - sainte Mère, d'avoir pitié de nous. Nous sommes voi Bdé- » les serviteurs , et c'est en vous seul que nous mettons no- « tre espoir , c'est vous que nous regardons Ici-Bas comme « notre seul prolecteur. Sacliez que si vous ne venez point

• à noire secours, nous nous verrons obligés d'abandonner . notre demeure, ou, ce qui serait encore plus affreux, de i nous mettre à la merci de notre ennemi. Que votre puis-

• sance veille donc à nous protéger , et nous espérons qu'a- » vec l'aide de Dieu, vous nous donnerez une paix solide et > durable (1). »

Louis VII revint donc une seconde fois en Aurei gne pour châtier plus sévèrement encore qu'à première expédition les rebelles qui , malgré la solennité de leurs serments, recommençaient à désoler la province (2). Pons et Héracle de Poliçuac ayant appris son arrivée, n'eurent que le temps de se retrancher dans le château de Nonnette, près

sa

[1) Trad. de H. Branche. — Duciiesne, Dicers. de refai Fr., Epist., t. IV, p. 68ï. — Fontanieu , Portefeuilles, Utf vol. col. Louis VII; Bîù. Nat.; M=s.

(2) Voir à la un du livre second la Note D.

Brioude ; mais bientôt , obligés de céder devant les forces considérables des assaillants , ils firent ouvrir les portes de la citadelle, coururent se jeter aux pieds du roi , lui demandèrent grâce et merci , jurèrent, sur le salut de leur âme, qu'ils se soumettaient par avance à tout ce qu'il ordonnerait, et se constituèrent prisonniers. — Louis VII leva le siège de Nonnette , se rendit au Puy pour y faire ses dévotions , puis retourna à Paris , emmenant à sa suite ses deux prisonniers , le vicomte de Polignac et son digne fils.

Peu de temps après , Pierre IV vint à la cour. Louis VII avait voulu lui-même entendre les plaintes du prélat et les réponses du châtelain. L'un et l'autre comparurent en présence du roi. Là , l'évêque énuméra tous les actes dont le Yelay et l'église du Puy avaient eu à souffrir par suite des déprédations exécrables dont les vicomtes de Polignac s'étaient rendus coupables depuis tant d'années. Pons et Héracle ne trouvèrent rien à répondre aux accusations que l'évêque appuyait de preuves accablantes et précises. Le roi les fit retirer , prit l'avis de son conseil , et ordonna à Thibaud , comte de Blois, de prononcer la sentence.

Le vicomte de Polignac fut condamné à réparer tous les dommages qu'il avait causés à l'église du

Puy, à subir les peines auxquelles il s'était volontairement soumis par les différents traités que son père et lui avaient successivement conclus avec les évêques, à faire restitution à Pierre IV de toutes les sommes que lui et les siens , ses gens ou ses chevavaliers, avaient imposées sur les routes aux pèlerins, aux voyageurs , aux marchands , aux ecclésiastiques, depuis l'accord deSouvigny; à charge par l'évêque de dédommager à son tour les individus lésés , s'ils ne consentaient à faire don à Notre- Dame du Puy du produit des extorsions dont ils avaient été victimes. — De plus , et pour réparation, de l'offense faite au roi en manquant à la parole qui lui avait été donnée , tous les fiefs du vicomte furent confisqués au profit de la couronne, et sa personne déclarée prisonnière jusqu'à l'entière exécution de la sentence.

Cependant la réclusion du captif mettait obstacle à l'exécution même des obligations qui lui étaient imposées. Il en exprima respectueusement les motifs, et Louis VII , sur la promesse du vicomte , lui accorda sa liberté provisoire pour un temps déterminé , mais seulement pour lui permettre de racheter sa prison par le complet accomplissement de toutes les clauses de l'arrêt de condamnation. — Pons IV revint donc dans le Velay , cette fois faisant de son mieux pour prouver sa sincérité ; néanmoins

les conditions qui lui avaient été faites étaient si dures qu'il lui fut impossible de les pouvoir toutes réaliser. Aussi, le terme du délai approchant, il écrivit cette lettre au roi :

A mon très-glorieux père et seigneur Louis , roi des Français, Pons, vicomte de Polignac, salut et Joie :

Très-cher père , je fais savoir à votre paternelle discrétion que j'ai usé de tout mon pouvoir afin de satisfaire aux engagements jurés entre vos mains et entre celles des comtes Raymond et Tblbaud. J'ai remis sept chevaliers, comme Otages, entre les mains de l'abbé de Séguret; mais il ne m'a pas été possible de remettre les six fils de gentilshommes désignés par mes ennemis. Deux sont en effet mes parents , sans pour cela être mes vassaux , . deux sont encore à la mamelle , et les deux autres seraient allés déjà se présenter à vous, si les ecclésiastiques du Puy ne les en eussent détournés, en persuadant à leurs parents qu'ils ne les reverraient jamais. C'est pourquoi j'implore humblement votre grandeur , afin que vous ne m'accusiez pas d'avoir méconnu vos ordres ; de nouveau , je promets de me représenter au jour marqué, et d'amener avec moi six jeunes gentilshommes, et même davantage il).

Le jour venu, le vicomte et son fils, car tous deux étaient isolidairement obligés , allèrent reprendre leurs fers (1) , et restèrent deux ans encore en prison. — Ce fut seulement en 1 171 que , grâce à la

(1) Duchesne, De rébus Frandcis, t. IV, p. 716, Epistola

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9° Ils jureront de maintenir dans tout le diocèse la paix que l'évêque y établira ;

10° Ils renonceront formellement à réclamer l'hommage qu'ils avaient jusque-là exigé des vassaux de l'église du Puy , entr'autres de Guillaume Jourdain et de Guillaume de St-Didier ;

1 1° Ils s'obligeront enfin à réparer les dommages que le prévôt de Brioude , frère du vicomte , que Pons d'Arlenc, son neveu, et que tous leurs associés avaient jadis causés à l'évêque.

Héracle et Pons jurèrent sur les saintes reliques, en présence de la cour assemblée , d'observer fidèlement tous les articles de ce traité qu'ils promirent de faire ratifier par le Saint-Père. De son côté , le roi consentit à se rendre garant , vis-à-vis de l'évêque , de la fidélité des gentilshommes vellaviens , qui donnèrent en outre, pour cautions de leur parole, les comtes de Toulouse et d'Auvergne, l'évêque de Glermont, ainsi que tous les chevaliers et les vassaux de leurs domaines. — Mais ce traité, œuvre de justes représailles , n'était pas seulement l'abaissement, c'était la ruine de la maison de Polignac ; et, quoiqu'il fût moins onéreux que les clauses de la sentence, le vieux châtelain mourut sans avoir pu se résoudre à l'exécuter, Pons , son fils, lui opposa à son tour une lenteur tellement significative, que

Pierre IV consentit une fois encore de nouvelles conditions, lesquelles furent rédigées en 1173 , sous forme de sentence arbitrale , par l'archevêque de Vienne et par l'évêque de Clermont.

Ce dernier accord modifiait le précédent en ce que l'évêque du Puy concédait en fiefs, à Pons, vicomte de Polignac : 1° la moitié de la leude et des autres produits de la ville ; 2° deux des quatre châteaux (Ceyssac, Aynac, Saint-Quentin et Seneulh) et lui restituait les deux autres. — Par plusieurs articles, l'évêque et le vicomte s'imposaient l'engagement réciproque de ne rien acquérir , de ne rien construire ni exiger désormais dans les seigneuries de l'un et de l'autre, et maintenaient le droit de relever la forteresse de St-Paulien , ainsi que toutes celles que la guerre avait renversées. — Enfin, il fut arrêté que le vicomte et l'évêque se partageraient de la manière suivante l'impôt de 13 deniers qui se prélevait par feu dans la ville du Puy (1) :

Cinq pour l'évêque ;

Cinq pour le vicomte, qui reconnaîtrait les tenir en fief du Prélat ;

Trois pour le chapitre de la cathédrale.

Afin d'éviter toutes difficultés ultérieures, on eu;

(]) Pour le péage appelé dans les manuscrits du temps : De uno quoque Trossello.

le soin d'indiquer dans l'acte de quelle façon un impôt , dont les bourgeois étaient exempts , serait levé ; et il fut bien convenu que chacun se contiendrait toujours religieusement dans les limites indiquées. Cela fait , le vicomte, ses trois fils, Héracle, Etienne de Roche-Savine et Hugues , chanoine de Brioude, jurèrent solennellement foi inviolable au traité ainsi modifié. — Le roi , à la sanction de qui il fut soumis, l'approuva par une charte de Fontainebleau, à la date de 1173.

La leçon avait été sévère ; l'orgueilleux vicomte fut obligé, cette fois, de s'avouer vaincu. Mais ce n'était point encore assez pour le prélat vellavien d'avoir dompté le déprédateur hardi qui avait désolé ses domaines, il fallait aux églises d'Anis et de Brioude , tant de fois profanées par l'homme de guerre, une réparation éclatante et complète. — Le 15 septembre 1181 , il se tint un concile au Puy à l'occasion de l'hérésie albigeoise; plusieurs évoques s'y rendirent, entre autres ceux de Poitiers , de Maguelonne , de Cahors , et de Lodève. C'est là , en présence de ces prélats, du chapitre de Notre-Dame, de plusieurs chanoines de Brioude, au nombre desquels se trouvaient Etienne et Huguœs de Polignac , frères du Vicomte, que le farouche Héracle , dont le nom

avait été si longtemps l'effroi de la contrée , dut prendre le solennel engagement d'expier les immenses dommages que lui et que les siens avaient fait subir à la ville et à la basilique de Saint- Julien.

Fidèle à sa parole, et en témoignage de son profond repentir, Héracle se rendit quelques jours après à la porte de Brioude, prêt à accomplir sa pénitence. Il entra humblement dans la ville, la traversa, les pieds nus, le corps couvert d'une robe de toile, la corde au cou, un cierge à la main, récitant des prières tout le long du chemin. Arrivé sous le porche de l'église, il se mit à genoux sur les dalles, fit amende honorable, reçut la flagellation , et ne pénétra dans le sanctuaire qu'après cette publique réparation à Dieu et aux hommes. Conduit ensuite par le prélat sur la tombe du glorieux martyr , Héracle y renouvela l'aveu de ses crimes , et le serment de les réparer ; puis enfin fut admis devant tout le chapitre assemblé qui l'attendait dans la grande salle du monastère. Là, debout, il consentit librement les concessions suivantes :

1° Le Vicomte cède à l'abbaye de St- Julien de Brioude le château de Cusse et ses dépendances, ainsi que plusieurs autres domaines ; lesquels il reçoit en fiefs de messieurs les Chanoines, à

la condition expresse de sa part qu'aucun des vicomtes de Polignac, ni aucun de ses successeurs , quels qu'ils soient, ne pourront les aliéner.

2° Il s'engage, entre les mains de Géraud, évoque de Cahors, à réparer, jusqu'à concurrence de 2,000 marcs d'argent, tous les dommages occasionnés par lui ou par les siens aux domaines de l'abbaye.

3° Il promet enfin de fonder à Viaye , près de Lavoûte, un prieuré de l'ordre de Grandmont.

Tous ces engagements furent scrupuleusement remplis. — Le prieuré fut construit et doté , les 2,000 marcs d'argent intégralement payés ; puis , quelques années plus tard, pour achever dignement l'œuvre d'expiation , il accompagna Philippe-Auguste en Terre-Sainte et y mourut.

De son côté , Pons IV , touché par l'exemple que lui donnait son fils , voulut finir ses jours dans la retraite , et se retira dans une abbaye de l'ordre de Cîteaux , après avoir fait hommage de sa vicomte à l'évêque et à l'église du Puy.

SOMMAIRE

Les routiers. — Causes de leur présence dans le Velay. — Fraude pieuse employée par un chanoine pour expulser du pays ces bordes spoliatrices* — Récit de rhi$toriograp'.;e Midicis.

Tout n'était point terminé par la soumission des châtelains de Polignac ; il fallait encore disperser ces bandes nomades qu'ils avaient longtemps entretenues et auxquelles ils avaient enseigné les plus secrètes embuscades des montagnes du Velay. Ce n'était pas là chose facile. — Héracle, vaincu et

repentant, laissait derrière lui cinq à six cents routiers , que n'accommodaient pas les traités de 1176, de 1181, et qui, pour ne plus avoir leur chef, n'en continuaient pas moins de parcourir la province et de spolier les voyageurs.

Ces routiers, chacun le sait, étaient des gens de guerre venus de tous les pays pour s'enrôler au service de qui les voulait employer. Tant que durait la solde, on les voyait marcher assez disciplinés sous les bannières du maître ; puis, quand celui-ci n'avait plus besoin de leur concours, il les congédiait, et, en attendant qu'un souverain les enrégimentât dans ses armées pour quelque expédition, qu'un baron batailleur les appelât sur ses domaines pour vider une querelle de voisinage ou pour l'aider au métier des sires de Polignac, ils n'avaient garde de se disperser. Ils marchaient en masse, prenaient quartier partout où ils se croyaient le plus en sûreté, et là, exerçaient impunément leurs brigandages.

A cette époque, ces sortes de condottieri, désignés sous les noms de Routiers, de Pastoureaux, de Cottereaux, étaient en nombre considérable. Il est vrai que l'état devenait de jour en jour plus lucratif, grâce aux discordes qui désolaient le territoire. — Une des principales causes qui les attira dans nos provinces, fut incontestablement le second mariage d'Eléonore avec le roi d'Angleterre. En apportant la

188 LES CHAPER05S BULVCS AU PUT.

Guyenne en dot à son nouveau mari, la femme répudiée de Louis VII appelait nécessairement ainsi les divisions dans cette partie du royaume. — D'un autre côté, le comte Raymond Y de Toulouse et le roi Alphonse d'Aragon , toujours en lutte , par suite de leurs prétentions rivales aux domaines du Rouergue et du Gévaudan, faisaient aussi grand usage de ces troupes mercenaires. Cependant , il arriva qu'au moment où on s'y attendait le moins, ces deux princes conclurent un traité de paix, et licencièrent sur-le-champ les bandes de routiers qu'ils entretenaient à grands frais pour soutenir leur querelle. De telle sorte que tous ces soldats, mis subitement en disponibilité, se répandirent à travers les provinces méridionales , principalement dans le Velay , où déjà d'autres compagnies semblaient en permanence comme en pays conquis.

Quel moyen trouver pour chasser, pour disperser ces hordes insaisissables, qui campaient tantôt ici, tantôt là; n'ayant ni chefs publiquement désignés , ni retraite connue ; errant sans cesse à travers les campagnes; pillant fermes, églises, châteaux, et empêchant ainsi les gens de négoce, les voyageurs, les pèlerins de s'aventurer sur les routes qui conduisaient dans la bonne ville de Notre-Dame ? — C'était la coutume , en ce temps-là, que le 15 août, jour de la fête

de la Vierge, il vînt au Puy, des contrées les plus lointaines , une foule immense de pieux et nobles visiteurs. Tous les seigneurs du Velay y donnaient rendez-vous, et y rivalisaient de largesses et de dépenses. A cette occasion, on voyait arriver de l'Auvergne , du Poitou , de la Provence et de l'Espagne, des marchands qui étalaient le long des murailles , depuis le sommet de la rue des Tables , jusque par-delà les portes de la cité , les plus somptueuses étoffes, les plus belles armes, les plus riches joyaux. Aussi cette solennité était-eHe vraiment une fortune pour l'église et pour la ville. — C'est pourquoi un chanoine de la cathédrale , désolé de voir diminuer chaque année le nombre de ceux qui apportaient leur tribut , tant les routiers gardaient étroitement les avenues , imagina de purger le pays de ces bandes spoliatrices, et de rendre à la fête de Notre-Dame d'Anis sa splendeur et sa prospérité.

« Il parla donc, dit Héoicis dans son manuel scrit De Podio, à un jeune homme subtil en » langaige, non connu en la ville. Ils ordon- » nèrent ensemble que le jeune homme seroit » habillé en guise de Notre-Dame, le plus pro- » prement que l'on pourroit , et se apparottroit » de nuict à un simple homme de très-bonne re- » nommée, lequel avoit nom Durand, et qui étoit

» charpentier. Iceluy Durand avoit acostumé d'es- » tre en dévotion par nuict à l'église.

» Ainsi fut faict comme ils Favoient décidé ; » car le jeune homme, une heure devant le » jour, apparut à Durand en guise de Notre- » Dame, et luy dit certaines paroles et com- » mandements.

» Le simple homme cuida pour vray que ce » fust Nostre-Dame, et alla, quand il fit jour, » raconter sa vision.

» Et vindrent ceulx de la cité en l'église pour » sçavoir ce que c'estoit ; car le prud'homme Du- » rand estoit de bonne foy.

» Pour que la chose fût plus créable, le cha- » noine (par qui le prud'homme avoit été déceu) d print la parole pour Durand , car il estoit saige » et avoit ouï de Durand ce qu'il luy avoit faict » dire. — Il print thème et parla au peuple par » manière de sermon , et dit : que la Reine de mi- » séricorde avoit impétré paix au monde par les » prières quelle avoit faictes à son benoist fils, le » Dieu tout-puissant, et que celuy qui vouldroit » voler ou celuy qui empêcheroit ceste paix, mour- » roit de mort subite.

» Les conditions sont : — que ceulx de ceste paix » auront chaperon de toile blanche et une ensei- » gne de plomb ou d'estaing , où il y aura escript :

» AGNUS DEI QUi TOLLIS PECCATA MUNDI , DONA NOBIS PACEM (1). »

i Après : — Celui qui entrera en ceste paix ne » jouera aux dez , ni aux tables (échecs) ; — ne » ira aux tavernes ; — ne aura vestements en bom- » bant ; — ne cotel à pointe ; — ne fera faulx ser- » ment ; — ne deshonnestement ne nommera le » nom de Dieu , — ne de Nostre-Dame , — ne de » Sainct et de Saîncte ; — ne de aulcun membre » dessoubz le nombril.

» Et aussi jureront tous ceulx gui sont de ceste » paix de destruire ses ennemis, c'est-à-dire, » les Routiers ! »

« Geste paix fut bientôt espandue par plusieurs » pays ; et venoient de toutes parts évesques et » gens de tous états prendre ycelle , que ils cui- » doient venue du Ciel ; — car , qui ne vouloit »• prendre ce chaperon de toile, ils le tenoient com- » me ennemy et pour ennemy. — Et payoit chacun » à l'entrée 12 deniers de la monnoye du Puy ; » laquelle somme monta en deux mois à 47,000 » francs. — Les princes et les seigneurs terriens » du pays avoient paour de celle gent , et n'osoient

(1) Voir une de ces enseignes gravée , tome II , page 193 (Notre-Dame du Puy).

» rien demander à leurs sujets, fors leurs ren- » tes....

» Or , advint que les routiers s'en venoient une > grande partie d'Aquitaine vers Bourgoigne ; et » quand les chaperons d'Auvergne le sceurent ils » leur coururent sus et en occirent dix-sept mille; » et en aultre partie aussi en fut occis neuf mille par » les chaperons , lesquels portarent la teste du ca- » pitaine , qui avait nom Gurbarant , en signe de » leur victoire. — Bref, monta à tel orgueil , le fol d et indisciple peuple , que il mandoit aux princes » et aux seigneurs que, si ils demandoient la » moindre chose à leurs subjects, ils sentiroient » leur indignation. Et fut en telle adventure le » monde , que pis sans comparaison ne advint par » le faict des routiers (1). »

Cette histoire de la confrérie des chaperons blancs est racontée par tous nos anciens chroniqueurs ; il est vrai que chacun la reproduit d'une manière différente , cependant le fond est chez tous constamment semblable. — Il s'agissait de décider les populations urbaines à s'armer , à marcher en masse contre les routiers, et à défendre elles-mêmes leur territoire contre les invasions et le pillage. Un

(1) Voir, à la lin du livre second, la Note E.

charpentier du Puy dont tout le monde connaissait la parfaite bonne foi , proclame un jour en pleine église que la nuit précédente, alors qu'il était en prière , la Sainte Vierge lui a apparu , lui a ordonné d'organiser une association pour combattre les ennemis qui ravagent la contrée et empêchent les pieux pèlerins de venir visiter son oratoire. Puis , en témoignage de sa sincérité, le prud'homme montre une image miraculeuse qui lui a été remise par Notre-Dame , et qui servira de modèle à celle que chaque affilié devra porter sur sa poitrine. — A ce récit l'évoque monte en chère, prêche avec chaleur une croisade contre les routiers , c'est le ciel qui parle par sa bouche , c'est Notre-Dame ellemême qui est venue dire à Durand ce qu'il fallait faire ; honte et malédiction sur les impies qui tenteraient d'empêcher cette volonté suprême de s'accomplir !... — La foule est émue, verse des larmes ; chacun s'empresse de prendre la médaille et le chaperon ; et, grâce à l'ingénieuse supercherie du chanoine , les routiers sont bientôt chassés de la province.

NOTE A (Page 158;

DIPLOMA LUDOVICI VII, FRANCOBUM REGIS , QUO CONFIRMAT PONTIO AN1CIENSI EPISCOPO DOMINIUM URBIS... ETC.

Ego Ludovicus Dei gratiâ Francorum rex, Pontio eadem gratia Aniciensi episcopo, amico et fideli nostro , omnibuïque successoribus suis canonicesubstituendisinperpetuwn. Si petitionibus servorum Dei pro quibuslibet ecclenasticis neassitatibus aurem serenitatis nostrœ libenter accommodamus , id nobis et ad mortalem vitam temporaliter deducendam, et ad œternam felicitatem obtinendam procul dubio credimus profuturum. Idcirco notum est volumus cunctis ecclesiœ Dei fidelibus, prœsentibus scilicet et futuris, qualiter Aniciensis ecclesiœ seu Vallavensis episcopus celsitudinem nostram expetivit t ut ea quœ à prœdecessoribiis nos tris , prœdecessoribus suis datasunt, nostrœ prœceptionis auctoritate con/irmaremus. Hujus petitioni bénignum prœbens assenxum, regium nostrœ dignitatis conservando morem, hoc prœceplum nostrœ auctoritalis illi fieri

disposuimus , concedentes ei omnibusque successoribus suis jotam civitatern quœ Aniciensis vocatur, seu Podium. Castrum videlicet Cornelia et cum aliis munitionibus , forum, teUmeum, monettm, et omne districtum, cum terra et mansionibus totius civitatis; salvo tamem in omnibus et per omnia jure nostro.... dominatione et universis consuetuâinibus nos tris. Et ita deinceps hœc nos tri prœcepti auctoritas, quam pro remedio animœ nostrœ ac predecesso. rum nostrorum prœdieto Pontio, Âniciensis ecclesiœ episcopo, et successoribus suis concedimus, firmiter atque inviolabiliter conservetur, ut nullus cornes, nullus judex, nutta ecclesiastica persona ibi audeat aliquam exactionem facere ; nec mansionaticos, pastiones, aut aliquas rédhibitions exigere sine, voluntate aut permissions episcopi qui ipsam tenuerit ecclesiam. Atque omnia quœcumque in cwitate Aniciensi sunt, in potestate episcopi redigantur. Quod ne valeat oblivione deleri, scripto commendari prm* cepvmus. Etnepossit a posteris infirmari, sigilli nostri auctoritatCj et nostri nominis caractère inferius annotato eonfirmammus. àctuh Bitur. Anno Dont. M. C. LVIII. astantibus, etc. etc. Datum per manum Hugonis cancellar& — Excod. Golbert. — Instrumenta ecclesiœ Aniciensis Gàllu christ., t. II, p. 232.

NOTE B (Page 165;

Ludovico, Dei gratia illustri Francorum régi, Y. V» firivatensis ecclesiso prœpositus , et B. abbas , et totus convenais, cum eo regnare cujus regni non est unis.

M mmre* eeetrm remim maçrUitiit, o èeme r*r, wmltotàes perremu, et etiam i» p r msen i i a cestri pe rsmpe veuli- Istmm est, fumm neqmUer Dtemnms moeter imtoUreèiU emùsû «ri wtmwitia Brisateneem, eecUsimm, et villam que veste est, destruxit . et faemoefe t» prmsmlàm «ectri prommt mpmd Bitmriems se stewe ewêitrio emicormm smorum et nostrorum. Quod modo prersns ipse reemsmt. Imo comâtem Bmtenenstm , etV. V. Arxermorum co mit ê m , et Ro-

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et bestloumm «** deetmnirfei Brûmtensem rillem , eva veftre est, s» proxieio opJdactre ladtfuelnr, qpee et fréter smms Bermidmt. Unde cUmenUœ vestrm s mpp Hcam ut, qmatmus et eoronam qumm BereJdns de Mereorio retinet, qum pro eerto redempta est, et ferla emrea quœ Decamt kabet, nobis reédi fadatis, et prœdietis eomUtikus et Bereldo 4e Mereorio, et Deeano et placet mandetis, ne villam qum vestra est infestent , ont smper eam cm» exercitn ventant. Bot enim parati sumus per mauum vestram , oui per manum domwii Papœ facere et aedpere a* eis quicqwd justitia dictaverU. Quod omnmo Decauus récusât. Dtiatet Dominus Imperium vestrum. Quod autem Simon client noster de nobis vobis dixerit, pro vero habeatis. — Duebéne, t. IV, p. 681 , Epistola CCCUII.

NOTE C (Page 175;

Noue croyons utile de donner ici le commencement de la généalogie de la maison de Polignac , pour qu'on puisse suivre avec plus de facilité ce qui regarde personnellement etiacun des membres de cette famille. Néanmoins , nous de-

vons faire remarquer, pour l'intelligence du texte , que souvent les historiens donnent le titre de vicomte indistinctement à l'un des enfants , alors que le seigneur titulaire est encore vivant. De même , lorsque quelques excursions ont lieu dans le pays, que ce soit le vieil Armand ou l'un de ses deux fils , Pons et Hôracle , qui les commande , comme tous les trois sont animés du même esprit , on les attribue indistinctement au vicomte de Polignac. Ainsi , Armand II succède à son père vers 1112, et ne meurt , d'après la charte du roi Louis VII, que vers 1165 ; cependant l'histoire et les chartes contemporaines appellent indistinctement vicomte Armand , Pons et Héracle, de 1159 à 1165.

ABMAXDI"

marié à Alix vers 4060.

Guillaume , Etonne Biuse-Fei,

marié a AdelaIs. évéque do Puy, en 1075

Pons I er . ' H£racle (tuj à Antioclie

en 4008), marié a Jeanne

de MONTBOISSIER.

Pons II , têjts 1405,

marié à. Elisabeth.

àimand II, de 4 4 là vers

marié a acxiuendb.

Pons III, Héracle II,

marié a Guillbmette marié à Bélissende

de Ceyssac. de Clermont.

Pons IV.

NOTE D (Page 176;

Sur les diverses expéditions que le roi Louis-le- Jeune entreprit contre les vicomtes de Polignac.

Duchesne,ou plutôt l'historien du XII* siècle, dont il reproduit l'ouvrage, ne marque pas l'époque précise de la venue de Louis YH dans l'Auvergne et le Velay. Il se contente de la placer entre l'arrivée du pape Alexandre III en France, qui tombe en 1162, et la naissance' du roi Philippe-Auguste , arrivée au mois d'août de l'an 1165. Mais comme nous apprenons d'ailleurs que le roi Louis-le-Jeune était à Souvigny en Bourbonnais, vers les frontières de l'Auvergne, cette dernière année , nous ne doutons pas qu'il ne fût alors de retour de cette expédition , qui , par conséquent , se sera passée la môme année.

Nous avons, d'un autre côté, un diplôme (Baluze , Auv., t. II, page 66) du roi Louis-le-Jeune, daté de l'an 1171 , la septième de la naissance de Philippe son fils , par lequel il confirme un accord fait entre Pons , vicomte de Polignac , et l'évoque du Puy. Le roi expose dans cette charte « que le v vicomte ayant violé les promesses qu'il avait faites plusieurs » fois , de discontinuer ses vexations contre l'église du Puy, » il avait été obligé d'aller en Auvergne à la tête d'une armée, » tant pour mettre ce vicomte à la raison que pour d'autres » affaires ; qu'ayant assiégé sur lui le château de Nonnette, le » vicomte s'était remis volontairement et de lui-même entre » ses mains, avec son fils Héracle; que le comte Thibaud > ayant rendu ensuite un jugement définitif entre le vicomte, » ses fils, et l'évoque du Puy, au sujet de leurs différends, » et le vicomte, trouvant beaucoup de difficultés à pouvoir

» exécuter les articles de ce jugement, il était demeuré long- > temps dans la prison du roi, avec son fils, jusqu'à ce » qu'enfin le même comte Tbibaud, et Maurice, évêque de » Paris , rendirent une nouvelle sentence , que le roi auto- » risa par la cbarte de l'an 1171. »

Il semble d'abord que Louis-le-Jeune y parle de la guerre qu'il entreprit en Auvergne en 1165 , contre les comtes de ce pays , et contre le vicomte de Polignac ; et que ce fut alors qu'il assiégea le cbâteau de Nonnette sur ce dernier. Mais ces deux expéditions sont différentes ; le siège de Nonnette appartient à l'an 1169 par les raisons suivantes: 1° dans l'expédition de l'an 1165 , les comtes d'Auvergne et le vicomte de Polignac furent pris les armes à la main, et emmenés prisonniers par Louis, malgré eux; au lieu que lorsque ce prince assiégea le cbâteau de Nonnette, le vicomte se remit volontairement, spontenullo cogente; 2° l'bistorien qui fait mention de l'expédition de l'an 1165, raconte que les comtes d'Auvergne et du Puy sortirent de leur prison quelque temps après, sous la promesse qu'ils firent de se corriger; or, les deux comtes étaient notoirement hors de prison en 1167. D'ailleurs, il n'est pas vraisemblable que le vicomte de Polignac soit demeuré prisonnier depuis l'an 1165 jusqu'en 1171 , sans chercher à faire sa paix ; 3' Guy, comte de Forez , dans une lettre qu'il écrit au roi Louis-le-Jeune, se plaint de ce qu'il ne lui a pas fait part de son voyage d'Auvergne; il lui mande qu'il aurait été joindre néanmoins son armée, s'il n'eut été empêché par le comte Gérard et les autres schismatiques de Lyon, cela se rapporte très-bien à l'expédition dt l'an 1165; mais nous voyons d'un autre côté, que le même comte de Forez était à la suite du roi Louis-le-Jeune, lorsqu'il passa à Montbrison , h son retour du Puy-Sainle- Marie , lorsqu'il emmenait cap tifs le vicomte de Polignac

et son fils Hérçtcle, comme il paraît par une charte de l'an 1170 d'Humbert de Beaujeu, oncle du môme Guy, comte de Forez ; 4° enfin nous avons deux chartes du roi Louis-lejeune de l'an 1169 ; l'une, donnée en faveur de l'abbaye d'Aurillac, çst datée du siège de Nonnette. château situé en Auvergne auprès de Brioude ; l'autre par laquelle ce prince confirme en faveur de Raymond , élu abbé de Saint-Gilles , les privilèges qu'il avait accordés à Bertrand , son prédécesseur. Cette dernière est aussi datée devant Nonnette : cwn essemus in Alvernia, in expeditione apud Nonnetam.

Il est marqué dans la charte de 1171 , qu'avant cette expédition, Armand, vicomte de Polignac et son fils avaient été trouver le roi Louis-le-Jeune a. Souvigny , et qu'ils» avaient fait leur paix devant lui , par sa médiation, avec l'évoque du Puy. Or, comme il est certain que le roi Louisle-Jeune passa à. Souvigny en 1165, pour aller réduire les comtes d'Auvergne et le vicomte de Polignac , on pourrait croire que ce vicomte s'accorda alors avec l'évoque du Puy, et fut délivré de sa prison. Il paraît , cependant , que l'accord fait à Souvigny devant le roi Louis-le-Jeune , entre l'évoque du Puy et le vicomte de Polignac , appartient à l'an 1162, lorsque ce prince passa dans ce même lieu, en allant à une entrevue qu'il avait projetée avec l'empereur Frédéric. En effet , 1° lorsque le roi Louis-le-Jeune fit prisonnier en 1165 le vicomte de Polignac , ce dernier demeura longtemps en prison avant que d'en sortir ; 2° suivant la charte de 1171 , le vicomte de Polignac alla de lui-môme trouver le roi à Souvigny , pour s'accommoder avec l'évoque du Puy, au lieu que ce prince l'emmenait captif lorsqu'il passa dans ce lieu en 1165 ; 3 8 enfin il est marqué que ce fut Armand, vicomte de Polignac, qui alla trouver le roi à Souvigny, pour s'accommoder avec l'évoque du Puy ; par conséquent,

le vicomte qui avait succédé à son père en 1112, aurait vécu jusqu'en 1165, de quoi il n'y a aucune preuve. Si donc, le roi Louis-le-Jeune ne dit rien dans la charte de 1171 de l'expédition de 1165 , c'est qu'il avait dessein seulement de parler des différents traités passés entre les évoques du Puy 3t les vicomtes de Polignac. Or , en 1165 , il n'y en eut auyan , et ce prince se contenta alors d'emmener le vicomte prisonnier. — Note 3 sur VHist. du Lang., t. III, p. 539, 540.

NOTE E (Page 192J

Mais ceste chose qui avoit été faicte par faincte et simulée religion ne dura pas trop longuement. Car Lupparius (Lapporius), ung capitaine des routiers, puissant et fort, desconût les chaperons en telle manière , qu'il ne fust depuis luy nul qui s'osât dire qu'il fust de la confrérie. — Et après celluy Lupparius, fut capitaine des routiers ung qui avoit nom Marchad, qui fust, puis, appelé du roy Richard d'Angleterre , pour luy aider contre le roy P h ilippe-le- Conquérant; et flst moult de grands meaulx en France. — Médius , Manuscrit, vol. I, feuillet xxvj.

Comment la dicte histoire est aussi traitée quelque peu différemment des autres historiographes par maistre Jean dis Courtis , en son livre intitulé : La Mer des Histoires , second volume, en la chronique qui touche les gestes de PUippe, roy de France, surnommé Dieu-Donné.

La guerre, qui depuis longtemps avoit esté commencée , fust renouvellée entre le comte Raymond de Saint- Gilles et le roy d'Arragon , telle que nul ne les pouvoit mettre en paix

et accorder. De quoy les paoures gens du pays estaient moult grevés par leur guerre. Mais nostre Seigneur qui ouyt la clameur et la complaincte des paoures gens du pays leur envoya saulveur, non empereur, ne roy , ne prélat, ne prince ; mais un paoure homme que on appeloit Durand , à qui nostre Seigneur apparust en la cité de Nostre-Dame du Puy, et lui bailla une cédule en quoy l'image de Nostre-Dame étoit describte et sise sur un throsne , et tenoit la forme de son chier fils en se m b lance d'enfant. — En la circuitude de ce scel estoient lettres escribtes qui disoient: Agneau de Dieu qui ostez les péchez du monde, donnez-nous paix /...

Quant le grant prince et le meneur et tout le peuple ouyrent ceste chose, ils vindrent tous à Nostre-Dame du Puy, à la leste de l'ascencion, comme ils souloient venir chacun an par coustume. Quand tout le peuple fust assemblé à la sollemnité, l'évéque de la cité print celluy Durand qui estoit un paoure charpentier, et le mist au beau millieu de toute la congrégation pour dire le commandement de Dieu. Quand il vit que tous ceulx qui là estoient eurent les oreilles ententives, il commença à dire son messaige , et leur commanda hardiment , de par nostre Seigneur , que ils fissent paix entre eulx. En témoin g de vérité , il leur monstra la cédule que nostre Seigneur luy avoit baillée à l'imaige de Nostre-Dame. — Lors , commencèrent tous à crier à soupirs et à larmes, et à louer la pitié en la miséricorde de nostre-Seigneur.

£t les deux princes, qui devant estoient en si g>and' guerre que nul ne les pou voit mettre en paix, jurèrent, sur les textes des évangiles , de bon cœur et de bonne volonté , et promirent à nostre Seigneur, qu'ils seroient à toujours et à jamais en amour et en concorde l'ung vers l'autre. Et, en signe et en tesmoignage de cette réconciliation , ils firent empreindre en estaing le scel de ceste cédule à toute l'imaige de Nos-

Lre-Daine , et le portoient avec eux cousu sur chaperon blanc, qui estoit taillé à la manière des scapulaires que les religieux des abbayes portent. — Et plus grant merveille, car ceulx qui ces signes portoient estoient si sûrs que, s'il advenoit par adventure que aulcun homme eust ung aultre occis et qu'il rencontrast le frère de celluy qui estoit mort et eust sceu encore bien la mort de son frère , il eust mys tout en oubly pour le festoyer, et l'eustreçu entre ses bras, et l'eust baisé, en signe de paix et d'amour, à pleurs et à larmes; luy eust donné à manger et à boire en sa maison, et toutes ses nécessités.

Voir encore la Chronique de maistre Vincent, évoque de Beauvais , au xxx e chap. du t. II de son Miroir Historial ; celle de Jacques-Philippe de Bergame, au XIII' livre de son supplément.

LES RECITS DU MOYEN-AGE

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