LE MOINE DE MONTÀUDON
Pardieu! Albert, il y a, comme vous dites, une grande différence entre vos hommes et les nôtres. Ceux-ci sont vraiment courageux et hospitaliers; celui qui est leur ami , de pauvre deviendra riche ; Mais chez vous?.... Si par hasard nous y allons chanter, bientôt vous nous laissez nus comme vousmômes, et à moins que nous ne dévalisions voyageurs et pèlerins, nulle part nous n'y trouverons de quoi vivre, (1).
(1) Voir, à la fin du livre troisième, la Note FF.
Chacun longtemps encore défendit sa patrie, en frappant sans pitié celle de son rival. Cependant, le prince de la cour demeura victorieux ; ses derniers vers furent sans réplique, surtout de meilleur goût, et obtinrent les applaudissements de l'assemblée, qui lui jeta des couronnes de feuillage et des bouquets de fleurs.
Garins Lebrun, qui avait demandé l'honneur de se faire entendre, sur un signe que lui fit la présidente, s'avança au milieu de l'enceinte, devant le fauteuil épiscopal. Il détacha de sa ceinture un rouleau de vélin ; et tandis que deux jongleurs faisaient doucement murmurer à ses côtés les cordes de leur rebec, il chanta d'une voix pure et vibrante cette philosophique chanson :
« Nuit et jour mon cœur est assailli par des pensées tour-à-tour tristes ou joyeuses. Je ne sais auxquelles m'arrêter ; car la raison et la folie se disputent en moi avec une égale puissance.
» Raison me dit avec grâce et douceur de mettre de la sagesse dans ma conduite.
» Polie s'y oppose et m'assure que , si j'écoute sa rivale, je ne serai jamais heureux.
» Raison me donne de si bonnes leçons que , si j'y réfléchissais, je serais toujours exempt d'erreurs,
322 UBfB cour d'amour au put.
de chagrins , des passions ardentes du jeu , et maître absolu de mes plus impérieuses volontés.
» Folie m'ôte la réflexion et m'engage à ne pas être trop sévère quand un désir me vient au cœur. Elle me répète qu'il n'y a jamais de mal à profiter des occasions que le ciel m'envoie.
» Raison m'avertit de ne pas faire la cour aux dames , de ne pas m'enflammer pour elles ; ou , si je veux m'attacher à une femme , de faire un choix prudent; car, si je laisse aller follement mon cœur à toutes celles que je verrai , bientôt j'aurai trouvé ma perte.
» Folie m'impose une autre loi. Elle veut que je m'abandonne aux caresses, aux voluptés, aux amoureux ébats , et que je suive les élans de ma passion ; car, dit-elle , si je résiste aux mouvements de la nature , autant vaut m'aller enfermer dans un cloître.
» Raison me répète : Ne sois point avare , ne te fatigue pas à amasser de grandes richesses , ne dissipe pas non plus celles que tu possèdes. — En effet, à quoi aboutiraient enfin mes largesses, si je m'abandonnais ainsi à tous mes caprices ?
» Folie vient à mes côtés et me dit en me tirant par le nez : Ami, peut-cire que tu mourras demain; alors, fais-moi savoir, quand tu seras étendu dans la tombe, à quoi te serviront tes trésors?
» Raison ajoute tout bas et avec calme : Jouis, crois-moi, modérément et lentement.
» Polie reprend: A quoi bon!...; hâte-toi..., jouis le plus que tu le pourras...; le terme fatal approche.
» Messagers, portez mes vers à Eblon et dites-lui que c'est Garins Lebrun qui les lui envoie. Avant de le quitter , saluez-le de ma part et ne manquez pas , à votre retour , de m'apporter ses conseils (1) »
Chacun -écouta avec ravissement cette simple et fraîche composition. — Quand le poète se leva , les applaudissements l'accompagnèrent à son banc ; puis aussitôt le prince de la cour lui fit porter une couronne de myrte et de laurier.
Jean d' Aubusson vint à son tour , et par une manière aussi neuve que spirituelle , proposa à Nicolet un combat plein de courtoisie.
(1) Nueg e jorn sui y en pensamen
D'an joi mcsclat ab marrimen ; E no sai a quai part m'aten , Qa'aissi m'an partit egualmen Meznra e leujaria.
Mezura m ditz suaa e gen Que fassa mon afar ab sen; E leujaria la 'n des men , E m ditz, fi trop sen hi aten, Ja pro» no serai dia , etc.
« Seigneur, lui dit-il , je désire que vous m'ex- » pliquiez un songe affreux que j'ai eu la nuit » dernière : —Je tremblais pour le monde entier, » à la vue d'un aigle immense qui venait, volant » par les airs , chassant ou dévorant tout ce qui se » trouvait sur son passage, et sans que rien pût » lui résister. »
Nicolet médita un instant sa réponse, la conduisit avec adresse sur le champ politique, et par une fine allusion chanta l'éloge du prince qu'il aimait. — Jean d'Aubusson, pour lui faire perdre son avantage , continua toujours le récit du songe qui l'avait tourmenté et fit naître des incidents propres à contrarier les flatteuses interprétations de son rival ; mais celui-ci , malgré les obstacles qu'il lui opposa , sut trouver d'heureux détours et parvint à expliquer victorieusement pour sa cause toutes les circoustances de ce rêve poétique.
Pierre Cardinal parut ensuite. A peine eut-il descendu les deux marches de l'estrade sur laquelle il était assis, qu'une vive agitation se répandit dans l'assemblée et que chacun se leva pour le mieux considérer. — Lui, sans même se douter de l'attention dont il était l'objet, se dirigea gravement vers la place préparée, rejeta en arrière le capuchon
qui lui couvrait la tête, s'assit, en attendant le silence. — A le voir ainsi dans cette attitude méditative et triste, plié dans sa vaste robe, le front penché, le bras appuyé sur sa lyre, on l'eût prit pour le prophète des lamentations. — 11 était enfant du Velay, et comme il avait acquis une réputation ainsi qu'une fortune considérables, ses compatriotes étaient très-fiers de lui ; cependant, il ne les avait pas épargnés plus que les autres dans ses sirventes (1).
D'ordinaire, Cardinal ne chantait pas ses vers. Sa voix forte et dure se pliait mal aux souplesses de l'harmonie. Il récitait ses poésies en les faisant accompagner par son fidèle jongleur ; aussi fut-on bien surpris cette fois de l'entendre préluder quelques instants , puis psalmodier d'un ton railleur cette singulière chanson :
« Que le créateur de toutes choses conserve 4es » chevaliers braves et courtois , et cette cour et » ces bourgeois , devant qui je suis venu pour ra- » conter ce que je sais d'un prince parfaitement » sage , qui ne peut souffrir la vue ni la présence
(l) Dans une pièce dirigée contre les félons et les traîtres ,
il dit:
En Velay ?e font ioglar Del saber de ganelo.
326 UNE COUR d'amour au put.
» des méchants, comme il Fa bien montré l'autre » jour ; j'en fus témoin. — Il en aperçut plus de » cent, dehors, dont plusieurs étaient en piteux » état, ce qui lui donna l'envie de composer pour » eux l'onguent dont je vais vous expliquer la » recette:
» Il prit grande quantité de nuages et de vents, » des accords de crécelle mêlés à des chants de joie, » des cris de scarabée, des bruits de marteaux tom- » bant sur les enclumes, des mugissements de veau, » le bon sens d'une femme folle, les refrains d'un » ivrogne, les médisances d'un méchant voisin, des » murmures d'eau courante, une chanson de ber- » gère et des glaçons forgés dans une fournaise. — » A cela, il ajouta le trot d'un pauvre pèlerin fatigué, » la respiration d'un lièvre aux abois, une vive dou- » leur de talon, une entorse, une forte odeur de » cuisine, un mal de reins et du lait de poule.
» Le vase dans lequel le prince prépara cette » composition était d'or pur, orné de rubis, de sa- » phirs, de grenats. Le couvercle était de jaspe et » la pomme, d'escarboucle. Tout autour de ce cou- » vercle, on admirait les sept arts d'amour et les » loyaux amants Pyrame et Tkisbé, ainsi que dix » autres, parmi lesquels était Tristan qu'on ne vit » jamais rire et qui aimait la blonde Jseult.
» Sur les bords étaient représentés : la mer pro-
» fonde, le saut de Maribonda, l'armée d'Archimalec,
* le cap d'Ofé, en Grèce, et le féroce Amalbec, par- » delà l'Arménie. — C'est le Soudan des Turcs qui » avait envoyé ce vase en présent. Il vaut, à mon » avis, mille quintaux d'argent. — Quand la matière » fut pétrie, broyée, préparée, le prince s'écria: » Vous tous qui n'êtes ni braves, ni courtois, ni » loyaux amants, venez à moi et je vous guérirai » avec ce remède, car ce remède seul peut vous » guérir.
* Ce ne sont pas, en effet, les arrêts qui se ren- » dent dans les cours d'amour, ni les sirventes que » récitent les poètes qui changeront les mauvais » cœurs. Beaux, riches et éclatants par les dehors, » les méchants ont l'âme remplie de passions ; sen> » blables au vase dont je viens de parler, ils promet- » tent fidélité, courage, noblesse et fortune ; puis, » comme lui , ils ne contiennent , hélas ! que tris-
* tes et décevantes choses. — J'ai dit (1). »
(1) Sel que fes tôt câtez
Stlvels P». els cortes E la cort e ls borgues A cui yeu soi tromes etc. , etc.
Pièce tirée du manuscrit d'Urfé, n° 2701, f a 131, r # col. 4. La 2» partie se trouve dans le manuscrit du Vatican. — Celle du manuscrit d'Urfé est presque entièrement effacée, et devient très-difficile à lire par la quantité d'incorrections et d'abrévia-
328 UNE COUR d'amour au puy.
Après ce sirvente, dont l'originalité captiva tous les suffrages, le poète appela Faidit, son jongleur, qui vint aussitôt se placer à ses côtés. Faidit, célèbre au loin par son talent en musique, préluda quelques instants sur sa harpe et trouva de si fraîches inspirations que trois fois il fut couvert d'applaudissements. Sous ses doigts, les cordes des instruments vibraient avec une incroyable puissance, et nul ne savait inventer des airs plus en harmonie avec les compositions des troubadours. — Cardinal, prenant tout-à-coup un ton vif et gai, une voix qu'on n'eût jamais cru ni si douce, ni si légère fit signe au jongleur de l'accompagner et chanta sa gracieuse chanson : Si fêtais aimé, je saurais bien trouver des chants d'amour.
On ne se lassait pas de surprise et de joie en entendant lui , l'impitoyable , l'inflexible censeur , plus ému, plus amoureux, plus tendre qu'un timide jouvencel. — Les couronnes tombaient à lui faire jusqu'à sa place un chemin de fleurs. — La vicomtesse lui remit une rose d'or qu'elle venait d'arracher de son corsage ; le premier consul de la ville lui offrit une riche aiguière d'argent du plus
tions qu'elle contient. — Nous eussions eu beaucoup de peine à arriver au sens, dans plusieurs passages, sans les notes manuscrites de M. Lacurne de Sainte- Palaye.
admirable travail ; le sénéchal de Beaucaire lui présenta un livre d'Heures à fermai! de perles , de la part du roi d'Aragon , protecteur bien-aimé du poète.
t J'ignore , dit le vieux chroniqueur dans lequel est puisé ce récit , quels autres jeux et chants d'amour vinrent égajer le noble congrès ; tmais je puis bien dire que le soir même de la journée qui suivit , tous ces chevaliers , toutes ces belles châtelaines assistaient à la grande procession de Notre- Dame, laquelle parcourut la ville en dedans et en dehors des murailles. Ce fut même une grande édification pour le populaire, de voir si nombreuse compagnie et de si haut lignage remplir fort dévotement tous ses devoirs de religion. »
Un autre chroniqueur plus ancien , qui a nom Sabbatier , parle quelque part des cours plénières, célèbres àAmcium>en Velaic, ville forte, noble, et consacrée à Notre-Dame la Vierge.
NOTE A (Page 221J
En honor del paire en cui es Totz poders e tota vertatz, Et el filh totz sens e totz gratz, Et el santa esperit tôt bes, Devem creire l'un e totz très ; Qu'ieu sai qu'el sanhta trinitatz Es vers dieus e vers perdonaire, Vera merces e vers salvaire, Per qu'ieu dels mortals falbimens Qu'ia fagz en ditz ni en pessan Ab fais raotz ni ab mal obran, Mi ren colpables penedens.
Qui fai la crotz moût l'es ben près, Qu'el pus valens e'1 pus prezatz Er si reman flacs e malvatz, E'I pusavolz francx e cortes, Si va, et no'l falbira res, Ans er del tôt mons e lavatz,
E ja no'l cal tondre ni raire Ni en estreg orde maltraire, Que dieus lur sera vers guirens A totz selhs que per lui iran Yenjar l'anta qu'els Turc nos fan, Que totas autras antas rens.
Ar bi fai moût gran nescies, E son dan rica poestatz, Quan tolh las autrui beretatz Ni bast caste Ihs, tors ni pares ; E'I cuia moût aver conques, Menbs a qu'us paupres despulbatz; Qu'el lazer non aYia guaire, E'I ricx que no li vole ben faire Vale a la mort pauc son argens :
Guart si donc qui tolh ab enjan, Que selh qu'avia d'aver tan Fon caitius, e'1 paupres manens.
(En honor del...i
NOTE B (Page 223;
Tou bom cui fai velhez' o malautit Remaner sai, deu donar son argen A selbs qu'iran, que ben fai qui envia, Sol non remanha per cor negligen,
Ah ! que diran al jorn del jutjamen
Selbs qu'estaran per so que ren non tria Quan dieus dira : « Fais, pies de coardia, « Per vos fui mortz e batutz malamen ! »
Adoncx aura lo pus just espaven.
(En hçnor del...).
NOTE C (Page 2U)
Ben volgra qu'el reys dèls franees E'1 reys engles fezesson patz, Et aqucl fora pus onratz, Per dieu, qui premiers la volgues, E ja no '1 mcrmera sos ces, Ans fora el cel coronatz; E'1 reys de Polta* e l'emperaire Posson abdui amie e fraire, Tro fos cobratz lo monimens, Qu'aissi cum sai perdonaran, Sapcbatz qu'aital perdon auran Lai on er faigz lo jutjamens.
(En honor M...).
NOTE D Page (VU)
Pons de Gapduelh fo un gentil Bars del aveseat del Puei Santa-Mai\ trobava , e viulava , et eantava be , e fon bos cavaliers d'armas ,
332 NOTES OU LIVRE TROISIÈME
e gen parlans , e gcn domneians , e graas , e bels , e ben ensenhatz , e fort escas d'avcr , mas si s'en cabria ab gent aéulhir et ab far bonor de sa persona. Et ametper amor ma dona Azalaïs db Mkrcuer , molher d'en Odil de Mercuer , un gran comte d'Alvernbe , e Alla d'en Bernart d'Andusa , d'un honrat baron qu'era de la marca de Proensa. Moût l'amava e la lauzava , e fcs de lieis maintas bonas cansos. E tant quan ela visquet , non omet autra ; e quan ela fon morta el se eroset, e passet outra-mar, e lai moric.
Pons de Capduelb amet aquesta dona , si corn avetz auzit , et fon amatz per ela , e molt fo lur amor grazida per totas las bonas gens ; e maintas bonas cortz, e maintas bêlas jostas , e maint bel solatz en foron fait , e maintas bêlas cansos. Et estari en aquel gang et en aquel alegrier ab ela , ac voluntat , aisi corn fols amicx que no sap ni pot sufrir gran benanansa , de proar si ela li volia be : qu'el no crezia a sos buelhs , ni als plazers plazens , ni a las honradas honors qu'ela li fazia ni '1 dizia. E si acordava en son fol cor quel fez es scmblan que s'entendes en ma dona Audiartz, molher dcl senhor de Marselha, et fes aquest pensamen , que , si a sa dona pezava si '1 se lonhava d'ela , adoncs porria saber qu'ela li volia be; e si a leis plazia , cra ben conortz que res no 1' amava. Et el , com fols que no s reerc tro qu'a près lo dan , comensec se a lunhar de ma dona n' Azalaïs et a traire se a ma dona n'Audiartz , et a dire ben d'ela e dis d'ela :
No vuelh aver l'emperi d'Alamanha
Si n'Audiartz vo vezian niiei uelh ;
E non die trop , si m vest gai ni m despuclh ,
Ni '1 ren merce quar li plac ma companha.
Ma dona n' Azalaïs , quan vi que Pons de Capduelb , qu'ela avia tant amat et onrat , s'era lunhatz de la , e s'era tragz a ma done n'Audiartz , ela n'ac fort gran desdenh ; si que anc jorn no fon persona a cui ela parles ni demandes de lui ; e qui li 'n parles no respondia. Ab gran cort et ab grau domnei ela vivia.
Pons de Capduelh anct domneian per Proensa , longa sazo , e fugen las honors de ma dona n'Azalaïs. E quant cl vi c saup qu'ela no s'en mostrava irada , ni '1 mandava mesatge ni lctras , et cl peuset que mal avia fag ; e comenset a tornar en la sua encontrada , c parti se de la fola proazo qu'el avia faita. Et el comensa esser tristz e dolens ; e mandet lctras c copias
humils al grans precx a ela , que (lègues sufrir que li vengues denan razonar la soa razo , e pregar , e clamar merce ; et qu'ela degues penre venjansa de lui , si el avia faita ofensio vas ela ; mas no ill vole escontar merce ni razo , don el fes aquesta canso que dite :
Aissi cum cel qu'a pro de valedors.
Et aquesta canso no li valc ren , E si en fes un' autra que dite :
Qui per nesci cuidar Fai trop gran fallimen.
Ni aquesta no '1 valc ren eisamen que ma dona Azalaïs lo volgues tornar en grassia , ni volgues creire qu'el se fos lunhatz d'ela per proar si ela en séria alegra o no , si el se partis d'ela; don el anet a ma dona Maria de Ventadorn et a ma dona la comtessa de Montferran , et a la vescomiessa d'Alkusso , et si las amenet a Mercuer a ma dona d' Azalaïs clamar merce , qu'ela li rendet grassia per los precs de las donas. E Pos de Gapduclh fou plus alegrcs que boms del mon ; et dis que jamais non se fenheria plus per proar sa dona. (Biograph. provenç.J
NOTE E (Page 240^
El mou non a neguna creatura
No truep sa part, mais icu non truep la niia,
Ni ges no sai on ja trobada sia
Qu'aissi âmes de liai fe segura ;
Qu'ieu am pus fort se lieys que mi guerre ya,
No fai nulh drute lieys gu'en baizan s'autreya
Plus malgrat si eu l'am, perque m fait maltraire !
S'ilb m'ames re, pensatz s'ieu Faînes guaire!
Ho ieu, sapehatz que no fora mezura, Pus er l'am tan que m'es mala ennemia Et s'ieu l'am sols, est'amor que m'embria !
Si fai si vais, tan çum bos respiegz dura, Aquest respieg, on bom ren non espleya,
334 X0TE5 DU LITRE TROISIÈME
Noa es eau qae boa aersegre déjà, Bea o eoaosr, si m'ea pegM* estraire, Mas ao amese ges, taa soi liai amaire.
Be ai volgra ami, s'il fêtes forfaitara, Ni t'agaes dig nia ergaetb ai falsia, Mas qaar estas sas rie prête qaasam dia De mon poder , e plate au qaar melbara, E fas saber qa'atotas seaborerra; Qaaat iea t'esgaar, ao foi semblaa que ai veya A totz aatres es fraaqn'e de boa aire Mas a mi sol oo roi belb semblaa foire.
Qaar eostaai' es ave doaua sia dora, E port'ergaelb selaay que s'amilia; Belbt res malt, e eo as falh eortezia Ves aii tôt sol, qa'aatre no s'en rancart !
Voleti ni mal sol qaar mi faite envejra, Et qaar tos an mais d'aatra res qae sia?
Per aqaest tort mi podes los baelns traire,
Que ieu ni tos non o podem desfaire
(El fw* non).
NOTE F (Page 244>
Domna e vos soi messagiers
E el vers entendes de cui
E salut vos de part sel lui
Quel vostre iois alegre pais
E sapchatz ben des er oimais
Quel sieus messaigiers vertadiers
Serai ics quiquel vos chan,
Nos sai cals ses lo cavalliers
Mas sieus en prec no vos envi, etc., etc.
NOTE G (Page 244;
Aissi eam es bella s'il de eui chan,
E belhs son nom, sa terra et son castelh,
E belh siey dig, siey fag et siey semblan,
Vuelh mas coblas movon totas en belh.
E die vos be, si ma chansos valgues
Aitan cum val aiselha de coi es,
Si vensera totas cellas que son,
Cum ilh val mais que neguna del mon.
Tan belhamen m* aucira deziran
Selha coi sui hom-liges ses revelh.
Que m fera rie ab un fil de son guan,
d'un dels pels qu'el chai sus son mantelh
Ab son cuiar, o ab mentir cortes
Me tengra guay tos temps, sa licys plagues.
Qu'ab lin talan et ab cor deziron
L'am atrestan on il plus mi confon.
NOTE H (Page 245;
Amies Bertrans ia trob amar Non voillatz nlonc esperar (1).
Bertrans ges per aiso nom deing Nuill autra cab midons romaing On ries pretz ebeutaz si eioing Enon es iornz que noi meillur (2).
Amies Bertrans digati Bertrans qu'ieu die Trop seu venger sil vengues a plazer
1) Compaignion. ab io mou mon chan.
[9) Bel met rimas qu'ieu rettaia.
E d'cl sicu tort lais sa merce venser Quoill non fan ren asel que non layie (1).
Amies Bertrans ab tan men voill laissar De far çansos e dirai vos per que Que loncs chantars non estee an trob be Ses ioi damon mas quant fol aioglar (2).
Amies Bertrans , vos que es gualiaire
Es mais amatz qu'ieu que soi fls amaire (3).
Amies Bertrans , veiatz s'ai cor volon ,
Qu'Un chant e ri , quant ieu Languisc et fon (4).
Bertrans , Bertrans , ben feira a me sp rendre S'il messonja fos vers et albors ad aprendre.
Saint-Didier, comme presque tous les troubadours de son temps, composait lui-même la musique de ses poésies. — Cette musique était notée comme le plain-chant. — Le chanteur s'accompagnait de la mandore.
Jamays nulh te ni. s nom poiretz far amors (>ia fais ni maltrag ni a fan s Car tam me fay ara valen secors Que las perdas me restaura els dans Cavia près ad reg per fo latge E si anc iorn me fetz en re marrit Eral dolo destric el dà pnatge Ca tal doua fa mos precx obezir Don mesmenda tôt cant ma fag sofrir.
Il ne se rebutera jamais des maux de l'amour, puisqu'il
(1) Àstat aurai.
(2) Ben chant ara si mestes.
(3) El mon non a neguna.
(1) Ami cum es bella.
a si bien réparé ceux qu'il avait soufferts par sa folie, et qu'il a su fléchir par ses prières une dame qui lui fit oublier tous ses malheurs. — Il n'a plus songé qu'il y eût d'autre dame dans le monde, depuis le jour que l'amour le conduisit tout tremblant auprès de celle dont les doux regards s'insinuèrent dans son cœur et en effacèrent le souvenir de toutes les autres dames, etc.
( Sainte-P alaye, Manuscrit G, 346. — Manuscrit d'Urfé, 37.)
NOTE I (Page 263;
(1) D (1212). — Chacfue maison des terres acquises sur les Albigeois paiera , chaque année , trois deniers melgorois de cens au pape , en mémoire de ce qu'il a banni l'hérésie de leur pays.
— Chaque particulier viendra à l'église paroissiale, les dimanches et fêtes.
— Quiconque souffrira un hérétique sur ses terres les perdra.
— Aucune personne crue hérétique ne sera établie bailli , juge , témoin ou avocat.
— Les biens de quiconque procurera des vivres aux hérétiques, seront confisqués, et quelques-uns même de ceux qui les assisteront seront jugés et pourront être condamnés à mort.
— La même peine sera infligée à celui qui aura pu prendre un hérétique et qui ne l'aura pas fait.
— Aucune dame du pays ne pourra , de dix ans , épouser un homme du pays, sans la permission du comte; elle pourra seulement épouser sans permission un Français , etc.
(Extrait du vol. LIX de la Collection de Decamps).
NOTE I Ws (Page 267;
Pierre Cardinal a composé un très-grand nombre desirventes moraux et de sermons. Parmi ceux qui ont été recueillis par le savant et laborieux Lacurne Sainte-Palaye , nous en avons lu plusieurs fort remarquables, dont nous allons donner ici quelques extraits.
« Au nom de Dieu, le seul maître de tout, je veux composer une pièce de vers qui soit vraie. Je le prie de m'accorder la faculté de la rendre selon mon désir ; car aucun chant ne mérite le nom de poésie s'il n'a la vérité pour essence. Tout mot inutile doit être banni ; dans les chansons on fait usage de paroles choisies , mais on a double mérite en usant de belles paroles pour rendre de sages maximes. Alors on réunit à l'art de plaire le mérite de stigmatiser le vice. Or, puisqu'il y a à corriger le mal un mérite réel , je veux consacrer cette pièce à ce généreux effort. Dans ce but , je ne ferai usage que de mots masculins. Ce sera , je crois , la première fois qu'un troubadour l'aura tenté avec ce mode poétique. Je l'essaye avec joie, car sans confiance ou du moins sans paraître en avoir on ne saurait réussir.
» Je veux donc reprendre les hommes sur leur cupidité, leur avarice , leurs brigandages , et les convier au plaisir de la charité » (Mss D. p. 748.)
Les meilleurs prédicateurs sont ceux qui font ce qu'ils disent et non tout le contraire. On persuade bien mieux par les œuvres dont on donne l'exemple le premier. — Ecoutezmoi, et ne vous rebutez point de ce début, bientôt vous
entendrez un autre air (en denier $ autre gantier; au figuré, — pour jongleur). — Je voudrais que même pour rire et par manière de plaisanterie on ne dît jamais de mal ni rien qui pût faire de la peine. Pour moi, je ne parlerai que pour votre bien et pour vous corriger. Si j'ai raison de vous reprendre , vous ne devez point m'en savoir mauvais gré. Le père qui frappe le premier son enfant pour le corriger évite que d'autres, à qui ce soin n'appartient pas, ne le punissent quand ils le verront jeter des pierres. C'est donc à moi à vous corriger , si je le puis , mais j'ai bien peur de vous déplaire et de vous produire l'effet du peigne dans la chevelure d'un racheux. Peut-être faudra-t-il renoncer à cette tache , car plus j'insiste, plus vous persistez.
Celui-là est un mauvais laboureur qui sème son froment sur un sol en friche avant d'avoir préparé son terrain ; celui-là fait mal aussi, qui jette de la graine de millet sur un champ encore en chaume.
Mal habile est l'homme qui veut remplir un vase déjà garni d'une liqueur différente sans le bien vider auparavant et sans le bien nettoyer.— Vous êtes ce vase, parfaitement beau et séduisant au dehors, mais rempli d'ordures, qu'il me faut nettoyer.
Je veux donc vous purger de votre orgueil, qui vous fait vous combattre les uns les autres, et qui excite incessamment votre cupidité, sans égard pour la justice et vos serments. Entre vous il n'existe plus la moindre confiance , et c'est de quoi d'abord vous devez vous préoccuper , avant que de songer à la conduite que doit tenir un seigneur. U y a loin d'un homme de bas état à un noble baron ; mais qu'importe? Le pauvre ne doit point s'attrister des richesses qui lui manquent; la pauvreté ne fait pas le déshonneur. Ce qui déshonore, c'est de troubler la sécurité des voyageurs sur les grands chemins. Sans doute l'argent et les riches habits peuvent
laisser prendre on vilain pour un baron; mais avec son somptueux manteau en menu vair il n'en est pas moins un homme faux et déloyal. Tel a beau avoir des habits de soie et répandre l'argent autour de lui à qui je ne donnerai jamais le titre de baron, tant que je lui verrai faire le mal; tel autre sera nu comme un enfant qu'on porte au baptême qui méritera bien mieux ce titre s'il est rempli de justice et de probité. Ce sont ces deux vertus que je vous recommande. Si vous voulez être un véritable seigneur, soyez véridique, compatissant , généreux , charitable et secourable aux malheureux. Soyez humble, soyez assez maître de vous pour supporter les injures et les injustices, et accordez facilement le pardon à ceux qui vous offensent.— Aimez vos amis et vos ennemis , et avec cette doctrine vous n'aurez pas besoin de passer les mers. Ne refusez jamais votre assistance à quiconque viendra vous la demander dans sa détresse. La vertu ne s'acquiert pas à ne rien faire ; elle est l'apanage de l'homme qui emploie sa fortune, son savoir, sa prudence, son éloquence à faire le bien. Il faut s'appliquer uniquement à aimer Dieu et son prochain autant que soi-même....
Predicator tencper meillor (1).
Cant fai lobra que manda far.
No sclui que lobra fui.
E als autres uai prédicar.
Qui en predic met son afic.
Lo fag el dig deu aiostar.
Car meilhs lo cre aquel que ue.
Son predic per lobra mostrar.
Arescos trac, peus escac.
Eno vos greu al comensar.
en derrier. Dautre gautier.
Cug q mauzircs uiular.
Meu ac en cor. q per de mor.
Ni per rire ne per iogar.
Non diga huei. mal ni enuei.
De guisa queus deia pezar.
No dirai ren mas sol per bes.
Sol per uos autres esmendar.
E sius repn. A drechamen.
No me deues amal tornar.
(1) Pièce transcrite textuellement de l'original.
Que son enfan. bat nom enan. Uoilh nos gardes, pueis apenres.
Eill castia son malestar. Ea qal uia deu tener bar.
Ko fac lestranch. de cui nol tanch. Car de cusso. tro a baro.
Sil uezia peiras lanssar. Ha loga uia azanar.
Me tanh de nos. per qnes razos.
Que nos castie si o sai far.
Ben tenz per mat. si no nai grat.
Mas corn de rascas. penchenar.
la per aner nos desesper.
Paubres nis deu desconortar.
Q no faire, segon queu cre.
Mas sol la uia en pactar.
Corn, plus nos die. E plus ma fie. Uers es cargens. E garnimens. En uos eastian ensenhar. Fan de cusso baron senblar.
Uos ensenhar. Uos ai peior. Mas tôt es fais, qe dcslecals.
Parcai paor quemen couen ga alaissar. Escutz es ablo mantel uar.
Caitan si pert qui eu derert.
Semena fromen ses arar.
Ni en cal meilb. Espa son meilta.
No sap gaire de la or ar.
Qui uaisel plen. Dalcuna ren.
Guia enpliren uasuoiar.
Petit en saup. que glus noi cap. Si so quei es no uol gitar.
Uos ses uaissel. cortes e bel.
Quenrennoui cal meilhurar.
Mascares pledactal uil re.
Do faria ben asemnar.
Tais auestit drap desamit.
E pot ben gra auer mandar.
Que ges nol do. nom de baro.
Cant le uec maluestat menar.
E tais es nus. qe nona plus.
Gom sel co porta bateiar.
Sol car es bos. eilh plas raszos.
Lo deu hom baron apellar.
P queu uos gierque dreithurier.
Sias e uoillaz gazanhar.
No de baro gardan raszo.
On plus fort lo poires gardar.
Semnar uos uoilh. de gran orgoill. Digatz nertat. ezanretz grat.
Qneus fai cobatre e renar. Ab donar ab albergar.
De cobeital. don ses enflât. La paubra gen. car lialmen.
Eus fac mentir e preiurar. Deu hom los paubres arezar.
De Mala fe. Don ses tan pie.
Que luns nos fiza en son par.
De totz los ma ls. qesza hom fais.
Quemostran uia denganar.
Escas dons e pietos.
No uos doptes abandonar. A caritat qar so sapehat.
No ni pot hom mal mercadeiar.
Sias hum ils. si cal plus ails.
Sufren qt puesca foliar.
Si cor len uenz. pueis trop merce.
Si la uos denha demandai.
Perdonas len. uenzas nos gréa.
Eno nos cal cheira portar.
Amas amies, et eaemics.
Edos cal anar ontremar.
la homcoitos no torn de uos.
Sensconseilh sil li poder dar.
Caissi corne, co greoge se.
Per les autres a conseilhar.
Car hom nona ualor enua.
Ans la li couen acomprar.
De son auer. de son saber.
De son coseill. de son parlar.
Totz son effortz. darme de cors.
Deu hom mètre en dieu amar.
Pueis am la gen. Tôt eissamen.
Com se enoi cal rem glozar.
Sabes cals es. pros e cortes. Ecal deu hom baron clamar.
Aquel que fac. so qua dieu plac.
E se garda de son pezar.
Esabes cals, es hom liais.
Equal pot P liai anar.
Qui la lei cre. e ten la lei.
E segon la lei uol obrar.
Qui aisso fai a Dieu sen uai.
Que res non li o pot uedar.
El guizardos sera plus bos.
Go no pot dire ne pensar. -
Qui pros sera pro ni aura.
Equi uobra la lei gardar.
E li leis lui. si canbedui.
Cascuns esgarda de son par.
Et abactan anem enam.
E laissem lo F mo estar.
Qui beu fera, ben trobera.
Per co di que chascus se gar.
« Comme celui qui forge esl appelé forgeron, celui qui vole doit être appelé voleur, et celui qui trahit, traître. Chacun emprunte son nom du métier qu'il fait. C'est pourquoi je connais tel individu qui, si j'osais le nommer, mériterait bien d'être surnommé félon. — Autrefois on chassait et on pendait les traîtres comme les brigands , mais aujourd'hui on suil une autre méthode : ils sont chéris; on en fait des sénéchaux et de9 b.ullis. Si un grand prévost commet une
trahison , c'est à qui le récompensera en lui donnant des domaines , des seigneuries et de hauts emplois. — • Les traîtres cherchent à s'appuyer sur leurs semblables , afin d'exercer à Tenvi leurs lâches desseins. Je perdrais mon temps, à leur donner des conseils. Je ne les corrigerais pas ; et si Dieu ne les détruit , il y aura bientôt plus de traîtres et d'assassins que d'agneaux au mois de mai. Dans le Velay ils se font jongleurs du savoir de Ganelon, et l'on doit s'en défier, suivant le proverbe qui dit : ne te fie ni au clerc ni au larron. L'un et l'autre ressemblent à Gain, le premier de tous les traîtres....
Autressi corn per fargar (1).
Es hom fabres per raszo.
Es hom laires per erablar.
Etrachers per trassio.
Quar da qlobra corn fai.
Enuai us nons el nesclai.
Queu tal en sai.
Que mu auzaua dire.
Per so que fai.
Foz apelatz traihire.
Trachor sol hom cassar.
Ependare corn fai lairo.
Mai aras los ten hom car En fai sene scals obailo.
E sus grans prelatz hi chai.
Dun fort gran trachor uerai.
Aura esmai.
Coi puesca el luoc assire.
Que sia dons esenhers eregire.
Cant trachor troba son par.
Daquel fai son companho.
Car atrassio portar.
Laun ops trachor egloto. Equat lus trahis arsai.
Elautre trahis aslai.
Quant lus lai uai lautras.
Fai lo martire.
Cant lus las di lautres.
Tanh co albire.
Ben es fols qui cuia far.
Aco que anc fag nso.
Quieu cug trachors castiar.
Etrachen mal en perdo.
Que si dieus non los deschai.
Mais ner que Danhels en mai.
Que quant lus trahis.
Ab fag et ab aussire.
Lautre ab dis.
Elautre abcstrire.
(1) Pièce transcrite textuellement de l'original.
Eu ueilacse fan ioglar.
Del saber de gaimelo.
P so es dig com si gar.
Si col puerbi despo.
Que nos fles en clergue ni en lai.
Que crezas enn pane retrai.
So sai apremier trohire.
Que loniam ho ânes anzit dire.
Jesu crist. nostre saluaire (1).
Pcr saluar nasqt de maire.
Salut fcs emandet faire.
Quar cel qui la fac la ten.
Aisso os grans cortesia.
Qui salua que saluatzsia.
Quils autres a salut guia.
Ucnir deu a salvamcn.
So es qui la gcnt failbida.
Ho pais ho enuida.
Aquel cor salua lor uida.
E de la mort los defen.
Car qui aisso nô fazia.
Faims c frutz e malauria.
E dolorslos auziria.
En aussi nostre uezen.
Aquel que ben ho uol faire.
Cant lor ue la pena traire.
Salua los et es saluaire.
Scgôt lo mieu essieni.
Per hom que salut uoilha.
De salut faire nos tuoilha.
Salut c coras que uoilha.
Semen la primeiramen.
Gar qui uol cuilhir aueoa.
Primeiramen la samena.
Et qui semena a pena.
Aquel cueilh in gauzimen.
Aus tu que amas la nona.
E dcsziras la corona.
Qui so que ama no dona. So que dezira no pren.
Aus tu que as draps e peilhas.
E ueilses de freg uermeilhas.
Las gens celaustas aureilbas.
Alors uos quàt uan queren.
Tu quers a Dieu mantas causas.
Fols hiest quar parlar len auzas.
Dicus ten sas aureilbas clauzas.
Ara uos eno tenten.
Aisso es mesura granda.
Qui no fai so que Dieus manda.
Que cant cl a Dieu demanda.
Que si fadi aissamen.
Deus nos demanda tordia.
Cant los paubres nos enuia.
Et aquel que los daria.
Demandes segurame.
(1) Pièce transente textuellement de l'original (la lettre r remplace la lettre v.
la negus homs que Dieu creza.
No amasarasa riqueza.
Queil pietatz eilh grisneza.
Le fai despendre largen.
No cuges en una plassa.
Merces ab gran auer iassa.
Que la uers la merce cassa. Eilh merces 1 auer despen.
Merces escauszatan laria.
Que de ben faire nostaria.
Auer a pecat descaria.
A son don cumunalmen.
Merces uol e deus ho manda.
Que hom su au. espanda.
Lai ones nessera granda.
E Dieus re len per un sen.
Deus comauda corn aprenda.
Sos comans equels entenda.
E totz ses uezis reprenda.
Cant naura conoissemen.
. Gaiscl que lauza folia.
Enoblasma necastia.
Maluaitz faitz ni los des fi a.
Pecat doible failhimen.
P que cascuns en sa uida.
Mentre queill. clartatz lo guida.
De lobra que les cobida.
Deu riobrar lialmen.
Car qui fai desleial obra.
Segont qa Fuit se troba.
Ecroi guiszardon qen cobra.
Entrai pena loniamen.
Aus tu que cantas las messas.
E que fas a dieu promessas.
Si no son maluestat pessas.
Lobres a ton dampnamen.
Aquel que fai sacrifizi.
No tanh que pens nuilh mal uiszi.
Ni que na quel poing se fizi.
Mas sol el sait sagramen.
Aus tu que tens las bailias.
E que fas las simonias.
Senas la mort not castias.
Puis no as conseguemen.
Pueis que abergueilh baileias.
Ab engans ni abenias.
Ues eufern cre que ue sopleias.
Qà fas lobra falsamen.
Aus tu que ten las grans terras.
E per plus fas las grans guerras.
Dels tortz don manias efer ras.
Rendras comtal uitgamen.
Pos tal Dieus te donat ton uiure.
Eque cobeitatz ten iure.
Dreitz es qua torinen te liure.
Equet tu oial remanem.
Aus tu que est faitz legista.
Etols lautrui dreg auista.
Al partir ner tarma trissta.
Sas mal iatgada la gen.
Pueis que dises quel dreitz sabes.
E per cobeitat ten trabes.
En ifern crei que sot sables.
Go nom qui dregno enten.
Ans tu que gleizas gouernas.
E cobeitas e ebaupernas.
Lautrui dreg del tôt tenfernas.
Si caritatz not defen.
E si a tortz dautrui P nias.
De tumezeis cre quet uenias.
Que non tan las gens destrenias.
Mas tan quan razos consen.
Mas sel sec nia segura.
Que met en sos faitz mesura.
Quecaritatz edreitura.
Lo condui a saluamen.
Aus tu que donas meizinas.
E que uitgas las horinas.
Si tas obrasno son finas.
A tort gazaignas largen.
Pueis que sabes de fizica.
Si no obras con sil qui qa.
Tec maijses tota distriga.
E ta fais obrat sobrepren.
Aus tu que norde ta pais^as.
E seiornas e tengraissas.
Pcrtz it si tu reing las laissas.
Ni fas fol captenemen.
Pos qa Dieu son not non tenes.
Eqem tos fan lo mal menés.
Dreitz es qa la mort ho pênes.
Si tôt es tas en couen.
Aus tu que fas tolte tailias.
Els tiens eofons etrebailhas.
Las non pensas doncs qi failbas.
Si no fas esmedamen.
Tus failhs lo en maintas g«ixas.
Car tols e los tiens trespizas. E si tant es caran riszas.
Ancar nauras marimen.
Tu que tons conpras e nendas.
Falsas carns metz en calendas.
Tant quena quel fagentedas.
Engana tarma esuen.
Pos que tos uezis engancs.
Ab fais pes ab falsas canas.
Dieus te met ab lassanas.
Corn fais denier corn no pren.
Aus tu que dis las lausenias.
E que de mal dir desrenias.
Fort failhs si las gens blastcnias.
Estiers percastiamen.
Car sin mal dir te cofortas.
Fas que fols si bet déportas.
Que n o tanh las gens remordas.
Ca péchas hi mortalmen.
Ans tu que tôles o emblas.
Las corn de paor n tremblas.
Can pen lautrui que nol rendas.
Molt as maloais ardimen.
Car orgoilb fas esobreira.
Don tarma sec auol feria.
El cor ses qui lo enqueira.
Pot nesser pendotal uen.
Tu qen azultrar entendes.
E gardas que not nesmendes. Pels cortz deleitz que tun prendes.
Seras poniti malamen.
Pueis quen pecbatz tu delethas.
E ton eriator desliechas.
Auias cal deleg nespeclias.
Dolor e pena cozen.
Tu que renbas ab uzura.
Metes ton dieu a no cura.
Que so queilh gens paubron dura.
Manias e beues souen.
Pensas doncs cant lautrui brostas.
Ab tortz bo abortas sostas.
Cus urns ue que so caiostas.
Niratotcomunalmen.
Aquel iorn deu far fresza.
Ha sais quan grà cobezeza.
Car mobleduneng ualesza.
Auran li paubreilh manen.
Aquel iorn es de cossire.
El cal Dieus receup martire.
El iorn corne muor al uerdire.
Gap deu porton espauen.
Esi daqueti desmenbraua.
Azomel iorn en pensaua.
La uertat ni pueis pecaua.
Bel trneses per negligen.
Ans tu que siest aoraire.
E que bi est maluais uolaire.
Plus lag failbes cautre laire.
Si mens teira ni renden.
Car si lautrui dreg cobeitas.
E laissas las uias dreitas.
Pertz ti e plus no espleitas.
Car tôt bira sopdanamen.
Aus tu que tos iornals loias.
E pueis de lobrar te noias.
A la mort tan que tencoias.
Sas falsat ton couinen.
Cus quecs segon sa manieira.
Deu far obra dreitureira.
E se sec aital cairera.
Qot uiure alegramen,
Car sel quel ben el mal pasta.
De quel bom mais obra tasta.
Pero ben creis el mais gasta.
E pot cliauzir qui àen pren,
Car Dieus nos mostrens ensenba.
Co ab uertat se captenba.
E que dadam li souenha.
Cals sou 1 isei mandamen.
Doncs pensa ti tas fazendas.
E fai de tos torz esmendas.
E no cobeitar grans rendas.
Nils bens daques mon dolen.
Querenda ni manentia.
Ni tôt quat es ni easia.
No mal renses la paria.
Del rie pair omnipoten.
Doncx poslas uanitas uezes.
Daquest mon per que no crezes.
Aquel que fo mortz epzes.
Pel nostre desliuramen.
Quel te mostra doas uias.
E potz ebauzir se uezias.
E si la meïlhor nô trias.
Ta clartaz not ual nien.
Doncs bon hiest fols si no guardas.
Cant ta papustas nit lardas.
Qu tu mezeuses no tardas.
Nit metas el fucc arden.
Tu quels dcleitzdel mon uoles.
Homs o femna ren not doles.
De tos tortz car q trascoles.
Auras hirc pensa mcn.
Peusat doncx cant ti sciomas.
Don mo?uis ni en que tornas.
Cu sobre mal tamnenformas.
Entrcbaill et en tormen.
Mas cobreras sit castias.
Sol dezes peratz not sias.
Q Dieus ti nos sil nolias.
Et as molt bon partimen.
Et por ta partz pomdes faire.
Que atèdes doncs pecaire.
Quel mortz not sostera gaire.
Am te penra sopdanamen.
Estai doncx en penedensa.
Et aias ferma credenssa.
C reenta en souinessa.
Sel quet formet de nien.
Dieus te fes a sa semblassa.
Membret con la cros es lanza.
El trebaill eib malenasa.
Al tracs pel tieu garimen.
Mas ben mot ti pot retraire.
Le sentiers qs caps en paire. Que del tieus tortz fo penaire.
E soffri mort e tormen.
Pensât doncs en ton coraige.
Montre que biestel passatge.
Puis ger termes ta cargatge.
Quc>cgas son mandamen.
Dieus no uol sias toleire.
E uol crezas ton preueire.
Quels bens quet mostra Dieus creire Senes tôt corompemen.
Aias merce e largueza.
Erenha ab leialesza. Et en près senaissi renhas.
E gurp tort et auaresza. Ni tant entos fais testrenhas.
E tôt fais PP auzamen. Deues ben creire que uenbas.
Uas rBu crist qui taten.
NOTE J (Page 268;
Peire Cardinal, si fo de Velaic, en la ciutat del Puei Nostra-Domna ; e fo d'onradas gens de paralge, e fo fllho de cavalier et de domna. E quand éra petite, sos paires lo mes per quanorgue en la quanorguia del Puei : et après letras, et saup bien lezer et chantar. E quant fo vengutz en estât d'orne, el s'azautet de la vanetat d'aquest mon ; quar el se sentit gais, e bel, e joves. E mot trobetde bêlas razos et de bels chantz: e fetz cansos, maspaucas : e fes mans sirventes ; et trobet los molt bels et bons. En los cals sirventes demonstrava molt de bellas razos et de bels exemples, qui ben los enten, quan molt castiava la follia d'aquest mon ; e los fais clergues reprendria molt, segon que demonstron li sien sirventes. Etanavaper cortz de reis et de gentils baros, menan ab si son joglar que cantava sos sirventes. E molt fo onratz egrazitz per mon seignor le bon rei Jacme d'Aragon et per onratz baros.
Et ieu, maistre Miquel de la Tor t escrivan, fane àsaberque Peire Cardinal quant passet d'aquesta vida, qu'el avia ben entorn de cent ans. —Et ieu sobredig Miquel, ai aquestz sirventes escri tz en la cieutat de Nemxe.
NOTE K (Page 272;
Il est longuement parlé de cet Armand de Polignac dans les histoires de Dom Vaissette , de Baluze , d'Odo de Gissey et de Théodore. — Armand de Polignac, ainsi que ses deux fils, après avoir inquiété leur évoque , pillé les pèle-
350 NOTES DC LIVRE TROISIÈME
rins qui venaient à Notre-Dame du Puy , osèrent lever les armes contre Louis VII, leur souverain. Mais le roi demeura victorieux , et les chefs de rebelles furent pris , menés à Paris , où ils demeurèrent longtemps prisonniers.
(Voyez au mot Polignac, Histoire générale du Languedoc, par les Bénédictins , tome II. — Arnaud, Hist. du Velay, tome I. — Baluze , tome II , pages 66 , 68 ; Lettre du roi Louis , extraite du troisième livre des compositions de l'évêché du Puy en Velay.)
Ce Pons, vers la fin de sa vie, se repentit sincèrement de ses crimes et voulut en faire une sévère pénitence. C'est probablement de lui que parle Odo de Gissey, quand il dit que Pons» vicomte de Polignac, « Tan 1213 , fit hommage de son chasteau, se retira du monde, se confinant en l'ordre de Cisteaux, pour y user, en repos et au service de Dieu, le reste de sa vie ; faisant héritière l'église de Notre-Dame du Puy de tous ses biens , en cas que ses deux fils mourussent sans hoirs légitimes ».
NOTE L (Page 272;
(1) Venit Brivatam tertia die post festum beati Juliam proximo sequens et in hanc formam satisfecit. Concilio siquidem patris sui et Willelmi, comitis Montisferrandi, soceri sui, et aliorum proborum virorum, nudis pedibus Brivatam ingressus , et ad poriam ecclesiœ sub virga correctionis humiliatus , ad altare almi martyris Juliani humiliter et devote accessit
Anno MCCI. (Extrait des archives de l'église de Brioude , pièce consignée dans le 2 e volume de Baluze, Preuves de l'Histoire d'Auvergne , liv. I , p 69. — Voyez aussi G al lia christiana . Instrumenta sancti Flori , p. 134, 135, t. II.)
NOTE M (Page 21h)
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, ego Raimundus quondam CarUojolensis abbas , videns temporibus meis Cantojolense monasterium ad tantam destruetionem pervemste, ut spoUato sanctuario , et castellificata ecclesia, nulluê ibi serviens Deo reperiretur , sed receptaculum esset predonum et homicidarum ; in capitulum Casœ-Dei tertia die prius festum beati Roberti veni : et curam et administrationem Cantojolensis abbatiœ in manu Claromontensis episcopi cum virga deposui , et Casœ-Dei in prioratum perpetuo possidendum firma fide , bona voluntate , consensu etiam et concessione Cantojolensium fratrum attribut , ut pet fratres Casœ-Dei locus Me restitueretur , et servitium Dei redintegraretur , etc. , etc.
Char ta extinclionis abbatiœ Sancti Marcellini Cantojolensis. — (Ex autographo ejusdem monasterii eruit Dominus J. Boyer. — Instrumenta ecclesiœ Claromontensis, p. 83. Gallia christiana , tomus secundus.)
NOTE N (Page 276;