‹ Histoire du Velay (volume 3)Chapitre 10 sur 61 · LA LÉGENDE DE SAINT VOSY ET DE SAINT SCDTAIRE · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE SAINT VOSY ET DE SAINT SCDTAIRE

Evodius, vulgairement appelé Vosy , reçut le bâton pastoral du Velay immédiatement après la mort de Paulien. C'était im homme d'une grande piété et dont la fortune était considérable. Aussi, très-peu de temps après son élévation à l'épiscopat, se préoccupa-t-il du soin de construire l'édifice que la pauvreté de ses prédécesseurs ne leur avait pas permis d'entreprendre. Cependant il hésitait encore sur le choix de l'emplacement; mais la Vierge, qui avait déjà fait connaître par une mystérieuse révélation à saint Georges le heu où il lui était le plus agréable d'avoir un oratoire, manifesta de

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nouveau sa volonté à Yosy par un miracle semblable. — Une dame de Ceyssac, retenue depuis longtemps dans son lit par une paralysie cruelle, ne cessait d'invoquer la Mère des Douleurs. Celle-ci lui apparut un jour pendant qu'elle dormait et, lui montrant sur la montagne d'Anis l'endroit environné d'une palissade, lui ordonna, si elle voulait guérir, de s'y faire immédiatement transporter. Â son réveil, la malade n'eut rien de plus pressé que d'obéir. On la déposa sur une grande dalle qui était là, la même qu'on conserve encore aujourd'hui dans l'église cathédrale du Puy, sous le nom de Pierre cmx Fièvres^ puis chacun se retira. Bientôt un doux sommeil vint fermer ses paupières et lui procurer comme une délicieuse extase. Vers le milieu de la nuit, elle se sentit éveillée par une harmonie céleste et miraculeusement entraînée devant l'autel que saint Martial avait jadis consacré. En ce moment une vive clarté illuminait toute la montagne. Notre- Dame, entourée d'une légion d'anges et d'un essaim de vierges, brillait sur cet autel de tout l'éclat de la majesté divine : 9 Ma fille, dit-elle, tes prières et tes

• pleurs sont montés jusqu'au trône de Dieu; » lève-toi, tues guérie. Vas auprès de mon serviteur

• Vosy, fais-lui entendre, en mon nom, que c'est > ici même que je veux une église et que j'ai hâte » de lui en voir jeter les fondements. » La pauvre

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percluse reiDercia la isainte Yiei^e de toutes les forces de son cœur; puis, quand la vision se fut évanouie, elle se leva sans le secours de personne et s'en alla trouver Tévêque, auquel elle fit part de ce qui lui était arrivé. L'évêque, émerveillé de ce qu'il entendait, ne pouvait le croire. Durant trois jours il se condamna à la plus austère pénitence et chercha dans la prière l'inspiration dont son esprit avait besoin. Dieu, touché de sa bonne volonté, prit en pitié rinquiétude qui troublait son cœur et lui envoya un ange pour confirmer ce que la dame de Ceyssac avait vu. Alors Vosy chanta un cantique d'action de grâce et s'en alla processionnellement au mont Anis, suivi de son clergé et de son peuple. Quand il fut arrivé sur le lieu choisi et révélé à deux siècles de distance par un double miracle, saisi d'un saint transport, il se précipita la face contre terre en s'écriant, comme Jacob : tsrribilis est locus iste : non est hic aliud msi domus Dd, et porta cœli (1). Après cette éclatante démonstration, Vosy partit aussitôt pour Rome afin d'informer le Saint-Père de ce qui is'était passé et aussi dans le but d'obtenir

(1) Genèse XXVIII. 17.

« Tout le contenu dans ce chapitre, dit le père de Gissey, et ce que je dirai ès-passages suivants de l'édification et dédicace de l'église du Piiy, est tiré de la tradition couchée en divers manuscrits, et en l'office du sacre d'ycelie. >>

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le pouvoir de transférer le siège épiscopal sur le mont Anis, dès que l'église qu'il allait y construire serait achevée. Le Pape, qu'une révélation divine avait instruit de tous ces projets , non-seulement consentit avec joie à ce que demandait l'évêque, mais voulut adjoindre à cette œuvre , pour la rendre encore plus digne de la reine du ciel et de la terre, un sénateur nommé Scutaire (1), qui était, dit-on, fort habile architecte. Vosy reçut avec reconnaissance celui que lui associait le Saint-Père et se hâta de revenir dans le Velay. — A peine arrivé, son premier soin fut de faire dresser des tentes sur la montagne et de s'établir au milieu des ouvriers qu'il réunit en grand nombre. Les plans étaient prêts. Les matériaux furent recueillis et disposés avec promptitude. Chacun vint offrir avec empressement son concours à l'évêque , qui surveillait les travaux dont Scutaire dirigeait l'exécution.

L'église ne tarda pas à être terminée, et bientôt après le presbytère épiscopal et plusieurs autres habitations aux alentours. Il fallait Uvrer au culte

(1) Ad quam Papa transferendam

Et ad sedem construendcvm Sociat Scutarium, Qui senatus post honorem, Nobis fulait in pastortm,

(Prose de l'église du Puy).

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le nouvel édifice , par conséquent fsdre une fois encore le voyage de Rome ; car en ce temps-là ce n'était pas comme de nos jours, les évèques ne pouvaient consacrer un sanctuaire sans en avoir reçu la mission expresse du Souverain Pontife (l).Tosy et Scutaire se mirent donc en route ; mais, ô prodige ! à peine avaient-ils fait une demi-lieue qu'ils rencontrèrent sur le bord de la Loire, près de Corsac. deux vénérables vieillards vêtus de blanc, dont la démarche àlafoismystérieuse et solennelle les remplit d'étonnement. Vosy leur demanda qui ils étaient, et quel motif avait pu les décider à venir dans ces montagnes. L'un d'eux répondit : « Nous arrivons y> de Rome, et sommes envoyés par le Saint-Père » pour vous remettre de sa part ce que nous por- ]» tons. » Il dit, et sur le champ leur donna deux petits coffrets remphs de reliques ; puis il ajouta : Prenez-les avec respect, quittez vos sandales, et • allez déposer religieusement ce trésor dans Ten- » droit du sanctuaire qui vous paraîtra le plus con- » venable. Votre voyage est désormais inutile; la » main des hommes ne doit point sacrer le temple du » mont Anis , aux anges seuls est réservé cet insigne » honneur. Telles sont les volontés de Dieu; et pour

(1) Voir la Dissertation du père de Gissey à cette occasion , pages 68 et suiv.

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» que TOUS ne doutiez pas de mes paroles , je

> vous annonce qu'au moment où vous vous » présenterez devant Féglise, les portes s'ou-

> vrirml, les cloches sonneront d'elles - mêmes , » tout raitérieur du temple sera resplendissant » de torches, de flambeaux, de cierges ardents ; » vous entendrez une harmonie céleste, et vous » sentirez le doux parfum de l'huile divine

> qui aura servi à la consécration faite par les

> anges. » A ces mots les deux vieillards, ou plutôt les deux messagers miraculeux , dépouillant leur humaine figure, s'évanouirent. Vosy et Scutaire furent longtemps à revenir de leur surprise, toutefois ils ne pouvaient douter de la réalité de l'apparition ; ils tenaient en leurs mains les précieux coffrets; aussi firent-ils priévenir le peuple de ce qui venait d'arriver. A cette nouvelle on accourut en foule au-devant des saintes reliques si merveilleusement apportées ; puis chacun s'achemina vers la montagne en chantant les louanges du Seigneur. Quand on fut au moment d'entrer dans l'église , les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, les cloches sonnèrent; en un mot , la prédiction des deux vieillards fut en tous points accomplie.

C'est ainsi que les pieux légendaires racontent l'origine de l'église du Puy, justement surnom-

î?8 UREMIE DE S. TOSY ET DE S. SCUTAIBE.

miV, à cause de cela» Chambre ang^iqw du mont Anîs (l\

Ws que Vosy eut terminé son église^ il quitta raueionne mt^tropole et transféra son si^[eUj|HSCopal & Anieium où il mourut. — Après lui, Scdânne fat proi'lamé évi\]ue i^r le peuple, en reconnaissance dos grands sonnées qu*il avait rendus au pays. Il î^tait Sihiatour, et abandonna ses fonctions pour se vouer exclusivement à Tœuvre sainte de Tépiscopat à Tombiv du sanctuaire dont il avait étérarchitecte, ainsi que le prouvent non^ulement nos anciennos i hi*oniquos « mais un fragment d'inscription Rravî^o sur larchitrave qui devait décorer la façade primitive (H), ot Talphabet de son tombeau.

(l) Reverendam ac renerahiUm eeclesiam, quam,fiulU) humano mediante eorpore, chori Angetid dedka/vermU. (Lcttro dû Bernard dd Moutaigu, évèque da Pay, de l'année

(9) Voir, pour la description arcbéologiqoe du tombeau, du cippo fuiu^raire de ScuUire et de rinscriplion dont il est ici question, le troisième chapitre.

LA LÉGENDE DES ËTÊQUES ËPIPODE , SUAGRE , HERMENTAIRE, MARCEL, FORBIUS ET FLAVIEN

Le Martyrologe du diocèse nous révèle en ces termes concis l'existence de quelques-uns de nos anciens pasteurs : « Le second des Ides de novembre > se célèbre la fête des saints évoques Vosy, Scutaire, » Hermentaire, Aurèle, Suacre et de beaucoup d'au- » très dont les noms sont inconnus aux hommes, mais » scmt inscrits au livre de vie. » — Marcel ne fut pas évêque en ces contrées ; on ignore même à quelle province il appartenait. Néanmoins les légendes qui lui donnent ce titre le placent au nombre des martyrs et le vouent à réternelle vénération des habitants du Yelay. Yoici à quelle occasion : Marcel passant un jour près d'Ânicium sentit le besoin de prendre quelques instants de repos. Il avait fait un long voyage et était épuisé de fatigue. La sainte origine de la ville d'Anis devait lui laisser croire tous ses habitants religieux et hospitaliers; il s*ar-

3^) LÉCEITDE DES ÉTÉQCES ÉPIPODE , SUACRE , ETC.

K'ta donc, plein de sécurité, dans le faubourg qui p<)rte maintenant son nom et forme un petit hameau il part. Mallieureusement il frappa à la porte lie nuy^ans idoLitres, reconnus dans le pays pour "m lî implacal'los persécuteurs des chrétiens. Ces :n.'.*ruLrt>. que tant de miracles accomplis sous : i:^ ¥t«i:\ n'avaient pu conTertir, sans pitié pour ^ ^a::lrani*es d'un pauvre Toyapeur, abreuvèrent \i'-r l' niitrarres. Comme ce digne apôtre cher- {.^ r.nn^iincrc de rexoellence de sa foi, ils lîr.rrMT sniif un gnmd ormeau très-bran- •iH > fin (.-«v hommes ne passent rien voir du .r.-....i .11 îK allaicnî commettre; ils Tatta- • M-fcr m: coupèrent la tête et pri- :.,ji.. ^1 1 iiij ^meâmies benres après, par .-•- .--w:.^-: .u; Jiex MsrÊî poŒT glorifier * . .' -. .i:-* .:j32> ifc^Tajinêâ* redressa; le ■ Ni niK :out<: ^ny^TT^ àas ses mains, *aij» mit: fonUûne roiszDe, jnds la porta iJa/ii» JV;^fif»c* de Xotre-Dame pour y re- . .A >cpuJture (tj, — A jhmi près en ce temps- Kis;>ô5, vivaient Forbius et Flavianus. On lit ^'iU'i dans la chronologie des archevêques de t mm Farbias, évéquc du Puy, fut accusé

il^ ce saint se trouve ès-archives du cbapiiiM#y. liv. I, cb. 39.

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LÉGENDE DU BRAVE VELLAVIEN HILUDIUS 31

par un faux témoignage d'avoir déshonoré une jeune fille. Quoique le fait ne fût pas reconnu vrai , comme le soupçon avait été déjà une tache trop grande , le métropolitain déposa Forbius de sa charge pastorale et nomma en son remplacement Flavianus, homme d'une éminente vertu (1).

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