PAB GRÉGOIRE DB TOURS
C'était la seizième année du règne de Ghildebert et la trentième de saint Gontran, roi des Bom*guignons, qui correspond à 591 de J.-C, il y eut un homme de Bourges , comme il Ta dit lui-même ensuite, qui, étant entré dans les forêts afin d*y couper du bois dont il avait besoin pour quelque ouvrage, fut entouré d*un essaim de mouches, en sorte qu'il en demeura fou pendant deux ans, d'où il y a lieu de croire qu'elles avaient été envoyées par la méchanceté du diable. Après cela, passant à travers les villes voisines, il alla dans la province d'Arles. Là, il se vêtit de peaux, il pria comme un religieux , et , trompé par Teimemi des hommes , s'attribua le pouvoir de deviner. Puis, passant à de grands crimes, il changea de heu, quitta la province dont j'ai parlé, entra dans le pays du Gévaudan, se déclarant puissant et ne craignant pas de se donner pour le Christ. . Il avait pris avec lui, comme sa
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sœur, une certaine femme qu'il faisait appeler Marie. Le peuple accourait en foule autour de lui, lui amenait des malades auxquels, en les touchant, il rendait la santé. Tous ceux qui venaient à lui apportaient de l'or, de l'argent et des vêtements ; et lui , pour les mieux séduire , distribuait tout cela aux pauvres, se prosternait sur la terre, se répandait en oraisons, ainsi que la femme dont j'ai parlé ; puis, se relevant, ordonnait de nouveau aux assistants de l'adorer. Il prédisait l'avenir, et annonçait à quelques-uns des maladies, à d'autres des malheurs prêts à leur arriver, à bien peu leur salut. Il faisait toutes ces choses par des artifices diaboliques et je ne sais quels prestiges. Par ce moyen , il séduisit une immense multitude de peuple, et même des prêtres de l'Eglise. Il était suivi de plus de trois mille personnes. Cependant il commença à piller les gens qu'il trouvait sur sa route, et distribuait leurs dépouilles à ceux qui n'avaient rien. Il menaçait de la mort les évêques et les citoyens des villes, parce qu'ils refusaient de croire en lui. Etant entré dans le territoire de la cité du Velay, il arriva en un lieu appelé Amcium, s'arrêta avec toute son armée dans les basiliques voisines, et là, rangea son armée en bataille, prêt à livrer combat à Aurèle, évêque en cet endroit. Il faisait aller devant lui, pour annoncer sa venue, des persoimes toutes nues qui
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sautaient et faisaient des tours. Uévèque , saisi d*étonnement, envoya à sa rencontre des hommes courageux pour savoir ce que cela voulait dire. Un d'eux, qui était des premiers de la ville, se baissa devant lui conune pour embrasser ses genoux, et rayant fait tomber, ordonna qu'on le prit et qu'on le dépouillât; puis, sans perdre de temps, tira son épée et tua ce Christ, qu'on aurait dû plutôt nommer Antéchrist. Ceux qui l'accompagnaient se dispersèrent; Marie, livrée aux tourments, avoua tous les prestiges et toutes les illusions dont il s'était servi ; mais ceux dont il avait troublé l'esprit par ses arlifices diaboliques pour les faire croire en lui ne revinrent jamais entièrement à la raison, et le confessèrent toujours pour le Christ, déclarant que Marie participait aussi de sa divinité (1).
LA LÉGENDE DE SAINT BfiNIGNB
"" (D^APBiS LK VANUSCBIT OUGIRAL D^ÉTHNIII M^ias)
Peu après cet événement , Aurèle mourut et fut remplacé par Bénigne , dont l'épiscopat s'est rendu
(1) Greg. Turon., lib. x, Ei»i,, cb. £5.