‹ Histoire du Velay (volume 3)Chapitre 17 sur 61 · LÉGENDE DU GLORIEUX THÉOPRED · texte numérisé non relu

LÉGENDE DU GLORIEUX THÉOPRED

saint Pierre qui, en butte aux fureurs de Néron, eût également pris la fuite, si Dieu luiTmême n'était venu à sa rencontre et n'eût arrêté ses pas. Pour ce qui le regardait personnellement, il leur fit voir qu'il était quelquefois du devoir d'un pasteur de se dévouer pour lé salut de son troupeau ; il ajouta que peut-être il aurait le bonheur d'ouvrir les yeux des barbares à la vérité, et que s'il était mis à mort son sang désarmerait la colère céleste, irritée sans doute par les péchés des hommes.

A la fin, les moines se résignèrent, et leur départ fut fixé pour le lendemain. Après qu'ils eurent entendu la messe, l'abbé leur fit une nouvelle exhortation ; ensuite ils se chargèrent des objets les plus précieux du couvent, et sjéloignèrent. Deux d'entre eux néanmoins restèrent secrètement et furent se placer au haut d'une montagne qui domine le monastère, afin d'être témoins de ce qui arriveverait (1).

Les barbares ne tardèrent pas à se présenter. Comme l'abbé s'était retiré dans un coin, occupé

(1) Labbe cite différemment cette légende dans le tome second de sa bibliothèque et nomme, comme témoins du martyre de Tbéofred, Savinien et Laurent, compagnons du saint, qui étaient venus avec lui de l'île de Lérins. Labbe a tiré ces légendes des manuscrits de François Bosquet, évoque de Montpellier. (Le p. Labbe, Bib. nova, t. II, p. 249).

PILLAGE m l'abbaye PAR LES SAUAZINS. 49

à prier Dieu, ils ne firent aucune attention à lui, et se mirent à visiter le monastère, espérant faire un ricte butin. Leur projet était de s'emparer des moines les plus jeunes et les plus vigoureux^ et de les vendre en Espagne comme esclaves. Quand ils reconnurent que les moines étaient partis et que les objets les plus précieux avaient été enlevés, ils entrèrent en fureur. Malheureusement Tabbé s'offrit en ce moment à leurs yeux, et ils l'accablèrent de coups.

Ce jour-là était pour les barbares l'anniversaire d'une fête pendant laquelle ils avaient coutume d'offrir un sacrifice à Dieu. Le chroniqueur ne dit pas de quelle nature était ce sacrifice. Il parait seulement qu'il consistait en libations, d'où on peut induire que la bande sarrazine qui envahit le Yelay n'était pas mahométane, mais se composait de Berbers dont plusieurs étaient encore plongés dans les ombres de l'idolâtrie. Quoi qu'il en soit, les barbares s'étant retirés à l'écart pour s'acquitter de leurs devoirs religieux, le saint qui s'en aperçut crut que c'était une occasion favorable pour les faire rentrer en eux-mêmes. Là-dessus, il s'approcha d'eux et leur représenta qu'au lieu de se prostituer ainsi au culte des démons, ils feraient bien mieux d'adresser leiu-s hommages à l'auteur de toutes choses, à celui qui a créé les éléments et tout ce qui

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