‹ Histoire du Velay (volume 3)Chapitre 19 sur 61 · DE LA CRITIQUE DANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE LA CRITIQUE DANS L'HISTOIRE

Une des questions historiques les plus controversées , est celle de Tintroduction du christianisme dans les Gaules. Deux écoles, très-respectueuses Tune et Tautre des lois et des enseignements de l'Eglise , sont divisées sur cette date importante. La première, qu'on pourrait appeler des légendavres^ s*en tient à la lettre de nos anciens livres , aux traditions. Elle trouve sa foi plus satisfaite à ratta-

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cher directement aux apôtres la soudaine et miraculeuse propagation de la doctrine évangélique dans le monde , qu*à supposer que la marche de l'œuvre divine ait été lente et progressive comme les vulgaires institutions des hommes. La seconde , qu'on nommerait historique^ se montre plus préoccupée que la précédente delà chronologie, des documents produits par les historiographes des premiers siècles , et du contrôle de ces documents par les nombreux monuments archéologiques dont l'étude est devenue une science aujourd'hui.

Nul doute que les légendes des sanctuaires et plus encore que les traditions des villes et des châteaux ne soient remplies de merveilles. Semblables aux vieux livres d'heures , dont il faut chercher les prières au miUeu de peintures fantastiques et d'arabesques au travers desquelles se jouent des oiseaux, des enfants et des anges, ces primitives histoires de la foi nous sont parvenues enveloppées de saintes auréoles. Mais de ce que le génie du moyen-&ge a déposé ses pieuses empreintes sur ses vélins et sur ses récits , est-ce à dire que ses ceu* vres soient vaines ou mensongères? — Nous avons vu la légende complètement bannie de l'histoire. Les écrivains modernes ne veulent lui accorder aucune valeur , et ne la considèrent dans toutes ses parties que comme une superstitieuse et puérile

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inTention dea temps de barbarie. Est-ce donc le dbàtknent qu'un siècle trop raisonneur inflige aux siècles qui , )i*après lui , ne l'ont pas été suffisamment? Action et réaction; exagération dans les deux sens. Telle est la loi qui semble imprimer le mouyement et la vie à l'esprit humain.... et cependant , l'exagération pour la chose que l'on aime, que l'on veut défendre, est l'acte le plus hostile à cette diose même. La vérité trouve plus de mal à faire- son chemin à cause des secours que d'Imprudents amis veulent lui prêter , que par les attaquer passionnées de ses détracteurs. Pourquoi donc s'obstiner h ne pas comprendre ce qu'il y a de périlleux dans les systèmes absolus et dans les solidarités qu'ils établissent? Donner à une légende L'^torité d'un texte sacré , ériger une tradition lo-^ cfklç en monument inébranlable de la foi, n'est pas {dus sage que* de fermer dédaigneusement on Uyre sans le Hre et sans le méditer.

Dans le chapitre qui précède , nous avons rapporté, sans commentaires, ce qu'on appelle les traditéons ; dans celui-ci ^ nous allons examiner les objections qui se présentent et les solutions que propose le rapprochement des légendes et des débris antiques découverts sur les lieux mômes où les iaits se sont accompUs. Plusieurs de ces monuments remontent aux premiers âges du cbristia-

&4 Œ Là CRUIQIIB HAHS L'mSIOIilB.

Disme; la forme réTële l'usage de quelques-uns, des inscriptions fixent la date de certains autres. De telle sorte que le rapprochement de l'œuvre écrite et de l'œuYre sculptée sera facile, et utile si elle est consciencieuse. — Nous ne nous dissimulons pas que , parmi tant de ruines exhumées , qu'inteiv rogent avec une si fébrile impatience les chercheurs de problèmes, beaucoup se prêtent aux opinions les plus contraires. Leur mutilation fatale a ravi le secret de leur origine et lègue en retour la di^ute au monde des savants : tradidU dispukiUonibus eomm. Pour ceux-là , nous n'en parierons qu'avec réserve et nous nous garderons surtout de les bire entrer par contrainte dans une sérieuse démonstration historique. Les indiquer est un devoir, parce qu'il ne faut rien omettre. Toutefois, s'ils nous inspirent des analogies , des hypothèses dont la vraisemblance nous séduit , nous produirons ces analogies , ces hypothèses avec le caractère qui leur est propre, sans crainte d'éveiller nous-même les défiances légitimes, de provoquer les critiques qu'un travail dans ces conditions ne doit jamais craindre.

C'est seulement vers l'année GLXXYII, sous le règne de Harc-Aurèle, que les historiens font re-

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monter les premières conversions et les premières persécutions dans les Gaules. SvJ) Aurelio, écrit Sulpice Sévère, persecuHo qvmta agitata , ac tum prm/um intra Gallias martyria visa sunt

A cette époque , Pothin fonde Téglise de Lyon , métropole religieuse des Gaules; vingt-cinq ans après, en 202, sous l'empereur Sévère, Irénée, successeur de Pothin, souffre le martyre ; un demisiècle plus tard , Saturnin , évèque de Toulouse , subit le même sort (1). Ici les dates sont parfaitement précisées. Grégoire de Tours , antérieur à nos l^endaires et plus authentique qu'aucun d'eux,

écrit au VI* siècle : Dedi tempore, septem vvri

Episcopi ad prxdicandum m GalUas missi sunt.,.. Turofviois Gatianus, Arelatmsibus Trophimus^ Narbonw Paulus , Tolosx Saturninus, Parisiads Dionvsius> Arvemis Stremonius^ Lemcyvicmis Martiaus destmatus episoopus (2).

En présence de citations si positives, que penser des récits de Bernard Guidonis, auteur, ou du moins propagateur fervent de la légende de saint Georges et de saint Fronton (3) ? C'est donc , comme

(1) Passio S. Satwr, ap, Grég. Turon, lib. i, chap. 28. {%) Gregor. Turon., Hist Franc, lib. i.

(3) Bernard Guidonis, jacobin, ensuite évêque de Lodëve , au tome I de son Sanetorah l'an 1320.

Nos légendes sont puisées, pour la plupart, dans deux

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«TRomicnoif DU christuiiisiib dans les gaules. 57

n est donc logique de placer le premier apôtre du Velay après ceux que nous venons de nommer, c Strémonius, le 4>°« des évêques de la grande » mission, dit M. Amédée Thierry, s'était arrêté » dans les montagnes des Âryernes; Martial, le 9 5"», avait poussé plus au sud-ouest, vers le terri- » toire des Lémovikes et jusqu'à leur capitale, Au- » gustoritum , aujourd'hui lâmoges. L'un et l'autre » surent échapper à la persécution , l'un et l'autre » imprimèrent autour d'eux à la propagande chré- > tienne une activité qui ne se ralentit point sous » leurs disciples. L'Arvemie fut parcourue en tous » sens par de courageux missionnaires , Sirenatus , » Harius, Nectarius, Antoninus, etc., à qui les i églises de ce pays , ainsi que celles du Yelay et du » Gévaudan, durent leur origine (1). »

(1) Greg. Turon., Bist, Froêic,, i, 28. — de Ghr, Confesê. 50. — GalHachri8liana. — LongVieY2L\, Hist. eocles., i, 72. — Amédée Thierry, Histoire de la Gaule sous l'administration romaine, t. II, p. 504.

LE PRCmi PASTKTl BIT TKL4T

Quand César en! passé sur ks Gaules, et que la conquête eut arboré du ncNrd an midi la bannière des croyances nouTelies, combi«[i ftllnt-il de temps pour que la celtique Ruessio fût difilisée, pour que ses cloisons d'argile et ses grossières maisons de bois devinssent des édifices oonstmits afec le grès taillé par les arts 1 Combien de temps pour que les vieux emblèmes de la foi druidique eussent fidt place aux temples sculptés de la Grèce et de Rome? Quelque rapide qu'ait été la marcbe de cette œuvre génératrice dans nos montagnes, encore faut-il qu'elle ait eu le loisir de s'y développer.

Si les idoles brisées tombent de leurs autels à la voix de saint Georges, nécessairement l'arrivée de cet évéque, la conversion des peuples qu'il catéchise, sont d'une date postérieure à tous le$ monuments païens qui témoignent d'un culte que le christia-

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