‹ Histoire du Velay (volume 3)Chapitre 32 sur 61 · AUTEL VOTIF GALLO-ROMAIN · texte numérisé non relu

AUTEL VOTIF GALLO-ROMAIN

Les conjectures seraient sans limites, puisqu'il ne nous reste aucun souvenir de cette lointaine et mys* térieuse divinité. Cependant, ici comme toujours, rinterprétation la plus simple est encore, à notre avis, la plus sage et la meilleure. La voici : — un musicien élève un monument de reconnaissance, et il le dédie à Âdidon et à l'empereur. Or Adidon est évidemment par sa racine et par sa forme un mot grec, mot dont le radical est f $<» qui signifie chanter. — C'est AU DIVIN CHANTEUR quc le musicien s'adresse, n y a d'ailleurs entre celui qui rend l'hommage et celui qui en est l'objet une relation trop directe pour qu'il puisse s'agir ici de tout autre dieu que d'ÂPOLLON. Seulement , au lieu de le désigner sous sa dénomination générale, celle qui comprmid tous les caractères de sa multiple puissance, il est

vlnces méridionales et auxquels on vouait particulièrement une localité. « Aux déiiés étrangères, dit le clievalier du » Mège, dans ses additions et notes du liv. I de l'Histoire » générale de Languedoc, on associa les dieux de nos mon- » tagnes, les génies de nos fleuves et cette innombrable série » de déités locales dont les autels retrouvés depuis peu > d'années existent encore dans nos vallées... » (Dans notre ouvrage inr- folio sur 1' Ancien Velat, nous avons donné, pages 161 et 162, une longue nomenclature d'inscriptions analogues que nous croyons désormais inutile de reproduire).

AUTEL fOnF €ALUHU)MAIlf. 125

indiqaé par l'attribut ^[lécial qui motive le monument (!]•

Ce fronton, ainsi qu*on le voit encore à la place qu'il occupe sous le porche méridional de Notre- DamCy était supporté par deux petits pilastres d'un mètre de hauteur environ. Il est probable qu'une statuette on quelque emblème mythologique se trouvait placé dans l'espace compris entre ces pilastres, eda du moins est ainsi dans presque tous les monuments de ce genre.

Ce fut probablement à l'époque où les chrétiens du septième riècle voulurent composer pour Scutaire une sépulture digne de lui , qu'ils se servirent des débris de l'autel votif et qu'ils les réunirent au tombeau qu'ils venaient de construire. — S'il nous était permis, après cela , de produire une hypothèse , voici comment nous comprendrions l'ordonnance générale du nouveau monument dont les parties étaient d'origines si différentes: le sarcophage du saint, transformé en autel et recouvert d'une dalle servait au sacrifice de la messe; derrière, un peu au-dessus , s'élevait

(1) Aa verbe qtZû9 (chanter), on peut ajouter l'adjectif ^atyos qui signifie habile. — Nous avons donné une explication plus développée de ce monument dans nos études sur les Antiquités.

126 cippE CHRÈnnt.

le cippe païen, retourné cl ainsi cliristranisé par fftte double inscription (I) :

11 est présumablc, d'après la manière dont lesmatériatix sont disposés et taillés, que cette partie fut adossiic à une muraille, comme sont aujourd'hui les tableaux, et qu'il y eût entre les deux pilastres, en remplacement des attributs païens, une de ces loges destinées à ctmtenir des reliques. On voit encore dans la crypte de Vicq, et dans quelques autres cha-

(1) L'inscription païenne est dncAlâ opposé à l'inscrlptlos cbrétienne. Celle-ci , évidemment Inspirée par la précédente, porte dans le tympnii Iriangutaire la dédicace, et an-descout l'inscription :

âCUTAItl A SCtTAlHB

PAPA VnE DEU. FASTKVR VIVEZ EN DTED.

GIPPE CHRÉTIE». 127

pelles anciennes, une disposition à peu près semblable (i).

On sait qu'un des sujets le plus ordinairement gravés sur les tombeaux et sur les autels des premiers siècles du christianisme était le monogramme du Christ, accompagné de Y alpha et de Yoméga, comme pour exprimer le commencement et la fin de toutes choses (2). Ce double motif se trouve, en effet, disposé sur le tympan. Le mot Scutari, en plus grosses lettres, indique la personne dont la mémoire doit être éternisée , et la phrase papa vive Deo , qu'on lit plus bas sur la pierre qui forme linteau, exprime le vœu itispiré par la reconnaissance

(1) Ce fragment lapidaire fut utilisé, ainsi qu'on peut encore le voir, et servit à décorer extérieurement ia porte papale. l\ est même facile de remarquer que pour cette dernière destination les pilastres, primitivement plus rapprochés, furent séparés de manière à permettre le passage.

(2) Le monogramme du Christ devint le symbole du triomphe du christianisme après que Constantin l'eut inscrit sur les étendards de son armée, vers l'an 311. On continua à l'y placer jusqu'au XI« siècle. C'est surtout dans le temps des disputes contre l'arianisme, qui se rallumèrent vers l'an 600, qu'on en a fait usage, parce que les ariens, qui niaient la divinité de Jésus-Christ, refusaient de placer auprès de ces symboles Valpha et Voméga, ûgures allégoriques signifiant le commencement et la fin.

128 appB anÉmif.

publique envers le saint prélat (1). Du reste, en rétablissant la disposition primitive du cippe, on peut apprécier toutes ses proportions. — On voit, au premier abord, que pour en faire la décoration extérieure de la porte par laquelle, dit-on, les papes seuls entraient dans F^se, on l'a étrangement métamorphosé. Les pilastres qui soutiennent le petit fronton ont été écartés et ne se raccordent plus avec la moulure de Tarcbitrave; ils ont auffîi été exhaussés, car ils n'ont qu'un mètre au plus, y compris les bases et les chapiteaux, ce qui n'aurait pu sufiire pour une porte. Cette dernière particularité démontre à elle seule le changement de destination de CCS divers fragments de sculpture. <— La forme des lettres, celle de l'A, du V, de TR et de TE surtout, est vraiment caractéristique. En comparant ces lettres à celles qui sont sur d'autres monuments de cette époque et que cite Mabilion , on peut s'en convaincre ; mais on en sera bien plus persuadé, si on les rapproche de

(1) Cette issue est depuis le X* ou XP siècle appelée porte papale, parce que l'on prétend que lorsqu'un pape venait en pèlerinage à Notre-Dame on le faisait passer par cette ouverture, qu'on démolissait à son entrée et qu'on rebàUssait à sa sortie, de façon que lui seul passait par là. —Un usage pareil existait à Rome pour les temps de jubilé.

awB GBRinBN. 129

•mttel qaxMÊd gravées sur te s^^(»ie mèi»e de Scalaire (1).

En résumé : les recherches archéologiqacs veji^ en aide aux renseignements fournis par la léjpende des saints évéques Yosy, Scutaire et Aurèle , ont démontré que la construction de la cathédrale 4u Puy fut entreprise par Yosy vers bbO sous la érection de Tarcbitecte Scutaire , qui remplaça ypsy $lur le siège épiscopal. — La construction était dans le style latin , c'est - à * dire d'après le plan des basiliques gallo - romaines. — L'église était richement décorée de sculptures, ainsi que c'était du reste le goût, on pourrait même dire la passion de cette époque. — Ces sculptures conservaient dans leur exécution plus d'un souvenir des bonnes écoles gallo-romaines, quoir qu'on retrouvât en plusieurs de leurs parties de nombreux témoignages de la décadence de l'art. — n faut attribuer à ce monument les basreliefs qu'on voit, soit au musée du Puy, soit dans

(1) Voir comme lettres de comparaison celles qui sont sur les sceaux des papes (VitaUani papœ et Theodori papœj, bulles Urées du livre de M. Ficoroni.

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