ÉVÊQUES, DE GHÀRLEMAGNE À LA I» CROISADE
Au XI* siècle , les élections épiscopales perdent singulièrement de leur indépendance dans le Velay. Les assemblées y sont tumultueuses et d'autant plus agitées que les partis contraires y débattent avec
quitter du grand office dont nous nous sommes chargés, celui de la garde des ouailles du Seigneur. Ne nous relâchons pas un moment, de peur qu'au jour du jugement divin notre lâche* té ne nous expose à trouver devant le Juge suprême le châtiment mérité par le crime de notre négligence à remplir les devoirs d'une charge dont Thonorahle élévation nous attire ici-bas plus de respect au milieu de nos frères.
» C'est pourquoi nous accordons à votre fraternité le pallium, que vous pourrez porter ]ors de la célébration des messes solennelles, à cause du respect dû à la bienheureuse et glorieuse Marie, toujours vierge et Hère de Dieu, dont, en cette église d'Anis (appelée aussi du Yelay ou du Puy) la mémoire est, d'une manière plus spéciale et plus affectueuse que dans toutes les autres églises qui lui sont dédiées, honorée, aimée, vénérée par les habitants de la Gaule entière.. . . G est pour cela, mon frère, que nous vous accordons le pouvoir de porter le pâ//wm aux jours de la Nativité du Dieu fait homme, de son Epiphanie, de la commémoration de sa dernière Cène, de sa sainte Résurrection et de son Ascension glorieuse, ainsi que dans la précieuse solennité de la Pentecôte, aux fêtes des saints apôtres Pierre et Paul, à celle de saint André et à toutes celles de la bienheureuse Marie, la charitable protectrice du genre humain, notre maîtresse aussi bien que la vôtre , et enfin à l'anniversaire de la Dédicace de votre église. — Nous vous accordons, toutefois, cette faveur, à la condition que les privilèges de votre siège seront main-*
A Là pB CMMSAM.
ÎDtMts ks plos diers. D'on côté, les revracBfiaSi èa roi osent de toute Tantorité qa*ils ^^ ^ t^ ^t ^ kan fonctioBS pour assurer le succès «;ai CKfe&fat dèmoê; deTaiitre, le vicomte n'é- F*irc» umn moyen pour jdacer ou retenir la cros»( ditts si famille; quelquefois aussi le prélat a exnvkv prvpaR de Umgat main, pour un de 5VS lunests. fat airrivuice de son si^. Ainsi arat iLi ùcy iflnjoa poor Etienne de GéTaudan; à son rcr. Eàenne de Merooenr en use de même en fi^nftir <^ Piem D, son neieu, et, ce qui est plus or^sce À nppeler. c*est qu'à la mort de celui-ci , Er.rcis m k Fruibuc dit BaisEm, éTéque de Gler- OKxi:. de;»rte fùrCÎTenient son a^ pour yenir, p4*^ jcvx^mi^iê^ de soldats que de prêtres , se Mre ihoî:?ir pir iC? électeurs. — Xe justifions pas ce qui ne Ôvm: pa> IVsrv : mais pour porter un jugement oulaie eî impartial, interroffeons Thistoire elreportvni^-!:oi:$ i oe$ époques de luttes intestines où eluque f^uuilie féodale « afiùranchie de la puissance pivuvirioe de tous, cherchait à constituer sur ses (vnni^>$ une dynastie souveraine et tvrannique.
ii^au$. que U conj^vfitioa des èTi^qius sera résenrée au Pontife» n^iuiiu el t)ue. pai5que tous devez être ordonné par nou$<u)^nt^ t^v^ue i)e ee dioci^. tous ne paissiez y être prvkmu que i-ar notn» approbatioD et après rélecUon du der^ C^ M du peuple de Toire cité. >
39 ÂDHÉMAR DE NONTEIL ... i095.
40 Pons de Tournon H02.
41 Pons-Maurice
42 HuiiBERT 1139.
43 Pierre III 1145.
44 Pons II 11S8.
45 Pierre IV 1159.
40 AiNARP 1190.
47 Odilon de Mercgedr. . . . 1197.
Le premier évoque qui se présente poyr traverser cette rude époque des croisades, c'est le preux Adhémar de Monteil. Intrépide comme un chevalier, plein de sagesse et de foi comme un apôtre, il porte sa croix à la poignée de son glaive , et c'est toujours pour l'Eglise qu'il est prêt à combattre. Il commence son épiscopat de trois années comme
254 ÉiÊQCES DC HP siècle.
Gay d*Anjoa, en guerroyant contre les déprédateors du sanctuaire confié à sa ligilance ; il le continue en courant en Terre-Sainte à la tète d'une légion d'enfknts du Velay; il rachève, il le couronne en mourant en héros, presque en martyr, sous les murs d*Antioche; et il expire, le saint prélat y le souvenir de son diocèse dans le cceur, en invoquant Notre-Dame du mont Anis, pour laquelle il compose le Salve regina
11 n'était pas toujours besoin d'aller en Palestine pour trouver des ennemis. La croisade avait enlevé aux provinces leurs plus vaillants soldats, aux églises leurs plus dévoués défenseurs. Le Yelay, privé
d'évèque depuis sept ans , se voyait incessamment ravagé par des bandes de pillards, et le sanctuaire menacé pouvait craindre de devenir inaccessible, tant ses abords étaient dangereux. Poss de Tournon et, après lui, Poxs-Maurice de Montboissier se vouent
à l'œuvre ingrate que leur prédécesseur avait été lui-môme obligé d'entreprendre. Mais Humbert, plus
résolu, va trouver Louis \1 à Orléans, lui rappelle les concessions faites à son église par Raoul et Lothaire, concessions funestes si elles ne sont pas protégées, et il demande qu'en les ratifiant , le souverain renoue cette chaîne depuis 179 ans brisée qui
Tunit à l'église vénérée d'Anicium. Louis VI confirme en 1134 les anciennes chartes; son fils Louis VII fait plus, il vient en pèlerinage à Notre- Dame du Puy , et c'est là que publiquement , en 1146, il délivre à Tévêque Pierre III la charte que nous avons déjà fait connaître et qui fut si utile à la sécurité des voyageurs (1).
Louis VII était parti pour la croisade; les vicomtes de Pohgnac, contre lesquels surtout ces mesures avaient été prises, ne mettent plus aucun frein à leurs exactions, et le long épiscopat de Pierre IV est entièrement rempli des douleurs qu'endure ce prélat, dos combats qu'il soutient contre ces indomptables rois des montagnes. Mais si les oppresseurs ne se lassent pas dans leur tyrannie, l'énergique évèque reste infatigable dans sa résistance et ne s'arrête que lorsque le roi lui-même est venu le délivrer de son ennemi qu'il emmène prisonnier au Louvre, les fers aux mains. — Ainard et Odilon DE Mercoeur, qui lui succèdent sur le siège épiscopal, laissent peu de traces de leur passage ; il ne faut pas en conclure pour cela qu'ils eurent la paix, car jamais l'agitation n'avait été plus grande dans les
(1) Voir la charte page 228.
ÉVÉ0DK ࣠n* StÈOJE.
esprits. Omiid h faitte aiec b puissaiioe féodale semUe s'arrHnr un instant, c*est parce qn*im nou- Tean péril ptos menaçant encore se manifeste etrédame de nonreanx combafs.
Pendant ce temps la basilique du mont Anis Yoit sa célébrité s étendre dans toute la cbiétienté. Vainement la tempête gronde autour de ses hautes murailles, et Grappe quelques-uns de ses serviteurs, elle grandit, et la Ténération qu*eUe inspire n'est pas un instant troublée. Les dangers de la route n'arrêtent pas les pèlerinages ; il semble que ces obstacles donnent un attrait de plus à la piété des fi dèles et ajoutent au mérite de la sainte pér^rination. C*est au milieu des plus tristes préoccupatioDS extérieures que Tévêque redouble de tendresse pour sa chère éffUse. Il l'aime de toutes les souffrances dont elle est devenue le prétexte et la cause. — Des plages lointaines d'où il ne doit pas revenir, Adhémar envoie les plus riches présents. Tom'-à-tour chacun de ses successeurs apporte en prenant la crosse, ou lègue en descendant dans la tombe, une part de ses biens personnels ; Pierre IV, dont Tépiscopat de trente-deux années semble ne pas avoir un seul jour de trêve et de merci, jette des voûtes sur rabtme, étend les dimensions de sa cathédrale qu'il
ÉVÊQUES DU XIl» SIÈCLE. 257
couvre d'or et de peintures ; et, ce qui dit mieux que d'éloquentes paroles les mœurs de ces temps de passions brutales et de foi sincère, les hommes qui spolient avec audace les biens du sanctuaire sont les mêmes qui, avant d'aller mourir en Terre-Sainte ou dans un cloître, viennent faire amende honorable sous les porches et rendre humblement à Notre- Dame les dépouilles qu'aucune puissance humaine n'aurait pu leur arracher.
48 Bertrand DE Chalancon. 4300.
40 Robert de Mehun 12i3.
50 Etie>ne de Chalancon.. 42Î0.
51 Bernard de Rochefort. iJ31.
58 Bernard de Montaigu. . . 423G.
53 Guillaume de Murât ... iitë.
54 Bernard de Ventadour. 4254.
55 Armand de Polignac. . . . 4254.
56 Guy ( Clément IV) 1257
57 Guillaume de la Roue.. 4259*
58 Guy IV 4282.
59 Frédol de St-Bonnet . . 4284.
60 Guy V , de Neuville . . . 4290.
Si la monarchie s'est reconstituée et si elle est parvenue à ressaisir, bourgade par bourgade, château par château, tout ce que Tenvahissement féodal lui avait ravi, c'est surtout, il faut bien le reconnaître, aux évêques qu'elle en est redevable. A cette collaboration pleine de tourments et de périls les prélats ont perdu, durant cinq longs siècles, la paix dont ils avaient été les plus dévoués promoteurs et cette autorité même qu'on crut grandir par la for-
ÉVÊQUES DU Xin« SIÈCLE. 259
tune et qu'on ne fit, au contraire, qu'ébranler en l'engageant dans les luttes meurtrières des intérêts et des passions.
Déjà de sourds murmures s'élèvent du fond de la cité; le peuple se plaint de son évèque et porte ses doléances jusqu'au Saint-Père. Bertrand de CHALAm:oN croit trouver la cause de cet esprit de rébellion dans les pestilentielles doctrines qui viennent du^ays des Albigeois ; il est saisi d'un religieux transport contre l'hérésie , prêche une croisade de quarante jours dans son diocèse , et conduit lui-même les cohortes exaltées de sa province sous les murailles de Béziers. — A Chalancon succède Robert de Mehun, l'ami, le parent du roi. C'est sur sa tête qu'éclate l'orage qui s'amassait depuis longtemps sur tous les points de l'horizon. Philippe-Auguste, toujours fidèle à la pensée de dépossession des seigneurs indépendants, profite de la présence d'un évèque étranger au pays pour lui donner mission de prendre quand et comme il pourrait les châtellenies rebelles. Robert se prépare et voit aussitôt la noblesse se liguer contre lui. Les rumeurs populaires qui avaient efifrayé Chalancon deviennent plus distinctes. Les citoyens, excités par ceux qu'ils avaient si souvent combattus avec leur évêque, s'unissent à eux pour le combattre à son tour. Robert, fier et hautain, se raidit; on ré-
sstie« ù ccffisande; b doUre et k cité entrent en xxiierp*. «Cie I;^ieceiiibre Ifldle prélat tombe assassine 13X portes de sa nlle êpiscopale.
•jd viii cocinûs une Cuite sans doute en choir sissacc un eaa2i£«r. car il aTait tons les partis à «rraÎDidn». Cn:i en nment à prendre un éTéque dans la noblesse du VelaT. et e*esl, cette fois encore, sur un Cmalxiu:}» 4ue se por^nt ks suflBrages. L'élu n'était même pas lioere. mais il se rend à Rome où il reçoit les ordr^ et rooctioa sainte de la main du paqpe Honore ni. A son retour il remet au chapitre une kttre qui. en établissant ses droits, renouvelle le témoignage que di^Miis Thêotard ks privilèges accordés aux êTéques du Pu; par Fillustre Gerbert ont été traditionnellement mainloius.
Hc»ror?. êvf:[u-* et ^erriteur des serviteurs de Bien, à nos cht»r> enfiai5. le doyen et le ebapitre du Puy, salut et bénédio;lon 3pot>toLiqiie. ~ Notre vénérable frère £tib!C5E i^ue vous avez êLU nous étant venu trouver avec vos lettres, et en compagnie de n>>tre ôLs Raymond, votre cbanome, nous l'avons d'autant plus airectu?usement accueilli, que nous aimons votre église et vous d'une sincère cbarité, comice appartenant au Saint-Siège. Nous lui avons donc conféré le diaconat . la prêtrise et l'onction épiscopa*e, à quoi nous avons joint l'bonneur du paUium , en le renvoyant a^ec la plénitude de nos grAces. — Nous vous mandons que vous lui rendiez toutes sortes de devoirs et d'obéissance, puisque c'est lui maintenant qui vous tient lieu de père et qui a la cbarge de vos âmes
ÉVÉQUES OU XUI« SIÈCLE é 261
Ce qui avait été prévu arrive. Chalancon , allié à presque toutes les familles considérables du Velay, ne trouve pas, de ce côté du moins, les mêmes violences , et ses armes facilement victorieuse^ ont bientôt réduit le seigneur de Montlaur à rentrer dans la soumission pour les terres qui relèvent de son évêché. — Cependant la bourgeoisie s'agite, l'affranchissement des communes est devenu un autre élément que la monarchie développe à son profit, sans se préoccuper du préjudice qu'aura à en souffrir le pouvoir des évoques. C'est même quelquefois contre ce pouvoir lui-même , lorsqu'il ne manifeste pas assez d'empressement ou qu'il résiste, que l'affranchissement est concédé aux villes épiscopales.
Après Chalancon, Bernard de Roghefort passe presque inaperçu; c'est à peine si quelques contrats sans importance indiquent son épiscopat. Malheureusement celui qui vient ensuite se révèle par une hostilité si soutenue que , malgré la protection que le roi saint Louis accorde à Bernard de Montaigu, les amis de ce prélat en sont à redouter pour lui le retour sanglant du ^rame de 1219. Montaigu est en effet obligé de lutter jour par jour durant 17 années contre l'ardeur , contre les colères des citoyens organisés en commune, qui ne veulent plus parlementer que du haut des murailles crénelées qui les séparent de leur évêque. Il ne paraît plus possible
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ÉYÊÛUfiS DU XIII« SIÈCXE. 263
Dan« l'état de fermentation des esprits le calme n'était qu'apparent , la moindre étincelle devait suf-
de Mont-Saint-Martin, —l'église de Beorset,— l'église d'Arsans ou Arzons, — l'église de Saint-Amans, — l'église de Prades,
— l'église de Charraix, — l'église de Crudeliaci, — l'église de Annonce, — l'église et le village de Goudet, — l'église de Sainle-Marie-de-la-Dorade, — l'église de Varennes, — la moitié dti château de la Tour, — l'abbaye de Vieux-Murs,
— le château de Tanus, — l'église de Sainte-Marcienne , — l'église de Lacussol , — le village et l'église de la Sauvetat , •— l'abbaye de Saint-Cbaffre.
Neuf cardinaux signèrent cette bulle avec le Pape.
Clément IV, après avoir conflrmé à l'église du Puy ces possessions, ajoute : le château d'Arzons avec ses appartenances ; — le haut domaine (jus etiam et dominitmj sur les châteaux de Ghalancon, de Roche-Baron et de Glavenas ; -^ sur le tiers de Chapteuil avec ses dépendances, que le roi de France avait donné de sa pure libéralité à ce pontife, quand il était évêque du Puy, et qu'il avait affecté à la mense épiscopale.— Le domaine sur les châteaux d'AUrec, de<3raponne, de Tlranges, de Pradelles, de Senilhac, de Polignac., de Fay, de Montréal, de Cayres, de Ceyssac, de Seneuilh, de Mercœur, de Mezères, de Sanssac, de Saint Quentin, de Lavoûie, de Luc, de Vocel, de Chazaux, de Montlaur, d'Arlempdes, de Lafare, de Goudet et Beaufort, de Chaspinbac, de Lapte, de Dunières, de Latour, de Mons, de Beaujeu, de Montregard, de Beauzac, d'Usson, de Veaux, de Charbounôuzes, de Beaumont et de trois autres. — Les églises de Saint-Martin , de Grèzes et de Farges. — Le comté de Bigorre avec toutes ses appartenances. — La moitié des dîmes de l'tle de Ré, près de la Rochelle. — Donné à Viterbe, le 19 août 1267.
261 ÉfÉBGIS K mF SIÈCLE.
firepoor rallmner rinœodie. Yers 1260, le bailli de révéqoe Gullaok bb Là Rooe outrage une honnéle femme de boacher ; on murmm^, on attend une occasion, et la première qui se présente est sui- Tie d'une réTolte. Le peuple furieux prend lesarmes, des soldats sont euToyés pour maintenir l'ordre, on en vient aux mains dans les rues, et la colère ne s'appaise que dans le sang des ofBciers du prélat. La Roue a compris que si un pardi excès n'est pas promptement châtié , son autorité est perdue. H instruit Taffaire , ne demande pas le secours de la force , qui se serait fait trop attendre peut-être, mais adresse un appel à la justice en portant son enquête à toutes les juridictions suprêmes. Bientôt un arrêt du parlement et une lettre royale déclarent la ville déchue de son consulat. — C'est grâce à cette mesure radicale, sévèrement exécutée pendant près d'un demi-siècle , que purent passer paisiblement les trois évèques Guy IV, Frédol de Salnt-Bonnet, et GcY DE Neuville.
61 jsan db gohoœs 1296.
62 Bernard C astanet ..... 1 308 .
63 Guillaume de Brosse... 4317.
64 Ddranodb St-Pourçain. 1318.
65 Pierre Gogleil I'i26.
66 Bernard Le Brun 1327.
67 Jean de Gbandorat . . . . • 1 342 .
68 Jean de Jaurens 1355.
69 Jean de Cardaillac. .
70 Bertrand de Latour.
71 Bertrand de Chanac .
72 Pierre Gérard
73 Gilles de Bellemère.
74 lîHiBR de Mareuil . . .
75 Pierre D'AiLLT
La tour Saint-Mayol et les anciennes constructions défensives ne semblent plus suffisantes ; c'est au XIV* siècle seulement que la forteresse épiscopale est construite, que les tours et que les murailles sont soigneusement réparées et garnies de nouveaux engins de guerre. On le voit, les périls ne sont pas passés, les heures de repos n'ont
pas sonné et la vie militante doit durer encore. Ce furent d'abord les tyrans féodaux dont on eut à se défendre, puis les routiers qu'il fallut chasser, puis encore les citoyens impatients de secouer le joug qu'il fallut aussi combattre; bientôt ce seront les grandes compagnies , routiers plus redoutables que les autres , qui se répandront sur la contrée , feront le siège des villes et des châteaux et s'établiront partout en maîtres. — Malgré cela, le soleil suit son cours, l'horizon s'éclaire et la féodalité s'éloigne dans l'ombre.
Nous avons vu naguère Guillaume de la Roue obtenir une plus prompte soumission avec une lettre rayale et un arrêt du parlement, que n'eût fait l'ititrépide Mehun avec ses compagnies de soudards. La royauté s'est vraiment placée à la tète de l'Etat , la bourgeoisie organisée a pris le gouvernement des villes, les guerres intestines vont peu à peu disparaître, tous les peuples épars dans les Gaules ne formeront plus qu'une seule nation, et les guerres avec l'étranger, sous le même étendard patriotique, remplaceront ces luttes parricides de seigneur à vassal.
Le premier évêque du XIV« siècle dans le Velay, c'est Jean de Comines (de Cumenis). Il entre en accord
61 J£AN DB GOHOŒS 1206.
62 Bernard C astanet 1 308 .
63 Guillaume de Brosse... 4317.
64 Durand db St-Pourçain. 1318.
65 Pierre Gogleil 1 326 .
66 Bernard Le Brun 1327.
67 Jean de Geandorat. . ... 1 342.
68 Jeam de Jaurens 1355.
69 Jean de Gardaillac. . . • 1361 .
70 Bertrand de Latour... 1362.
71 Bertrand DE Cbanac .. . 1382.
72 Pierre Gérard 13S6.
73 Gilles de Bellemère ... 1 390 •
74 lîHiBR DE Mareuil 1390.
75 Pierrk d'Aillt 1395.
La tour Saint-Mayol et les anciennes constructions défensives ne semblent plus suffisantes ; c'est au XIV« siècle seulement que la forteresse épiscopale est construite, que les tours et que les murailles sont soigneusement réparées et garnies de nouveaux engins de guerre. On le voit, les périls ne sont pas passés , les heures de repos n'ont
couvent des Auguslines. — Guillaume de Brosse ne parait que pour réconcilier les chanoines et les habitants de la ville.— Durand de Saint-Pocrçain, théologien d'un grand savoir, s'occupe de règlements intérieurs et de discipline ecclésiastique. — Pierre GoGUEiL a le temps à peine de prendre possession de son siège. — Bernard le Brun ne s'y arrête que pour avoir avec son chapitre de longs et vifs démêlés au sujet de la juridiction et des droits de correction. — Jean de Chandorat, plus heureux, paraît pour transiger sur tout et avec tous. Il transige d abord avec le chapitre, puis avec la ville qui avait racheté à prix d'or son consulat. Chandorat fait avec les citoyens ce que Phîlippe-le-Bel avait fait avec Jean de Comines.
La seconde moitié du XrV« siècle est loin d'être aussi paisible que la première, car c'est pendant le coui-s de cette dernière période qu'a lieu la grande in>'asion des compagnies. Jean de Jaurens, Jean de I^ardaillac, Bertrand de Latour, Bertrand de Cha- NAC , Pierre Gérard , Gilles de Bellemère , Ithier DK .Mareuil, Pierre d'Ailly, occupent successivement IVvèché depuis l'année 1355 jusqu'en 1397. Quoique les chroniques épiscopales ne révèlent rien de J à cliaoun d'eux , l'histoire de la province rans toutes ses pages la terreur qu'inspiraient
ÂVÉQUES DU XIY* SIÈCLE. 269
ces bandes militairement organisées et partout répandues. Pour ne pas avoir à les payer un jour de plus, aussitôt une guerre achevée , une paix signée, on les licencie. Alors elles continuent à guerroyer pour leur propre compte et, chemin faisant, soldats du roi, soldats ennemis, Anglais, Brabançons , Espagnols ravagent sans pitié , s'inquiétant peu des misères qu'ils laissent sur leur passage. C'est sous l'épiscopat de Jaurens que tout le nord de la province est ravagé par Badefol , le roi des compagnies, et que l'abbaye du Monastier est en- 'vahie par le capitaine Perrin Bouveton, qui ne déguerpit qu'après quarante-cinq jours de siège , sous les coups de toute la noblesse du Yelay réunie ; ^c*est pendant que Gardaillac est évèque, que le cbâteau de Saugues est occupé par le capitaine Paidtnbourg, qui ne cède que devant les armes' du maréchal d'Haudenfaam; c'est quand Bertrand de Latour a le gouvernement du diocèse que Bertrand du Guesclin vient mourir sous les murs dé 'Gfa&teauneuf-Randon, occupé par les Anglais.
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necessLr^ lîi càcix iies pttSQnrs. le peaple ne fat pbs ccaivxfOkf . ec jes càiii^cns^ i rexdnskm mâDoe es aotres dtircs. cccservèroit 9»ils le droit de kor év^Hioe. On «ssor ipie Pli3qvpe^:lii-
ÉVÉ0DE8 DU XV* siÈas. 271
goste, eu partant pour son expédition d*outre*-mer, en 1190, recommanda formellement à la régente de maintenir Télection aux chapitres des cathédrales et le droit de nomination exclusirement à la couronne.
Cependant, en 1266, Clément IV, l'ancien évoque du Puy, avait protesté énergiquement contre ces libertés que s'arrogeaient l'Eglise et la couronne de France. Il publia une constitution fondée sur les principes de l'ancien établissement apostolique, et attribua exclusivement au Saint-Siège toute promotion, collation, provision et déposition de prélature, de dignités et de bénéfices ecclésiastiques. Cette doctrine , combattue , sinon par saint Louis lui-même , ce fils respectueux de l'Eglise , du moins par ses successeurs, conserva longtemps l'autorité que lui aVait imprimée le caractère sacré du Pontife (1).
(1) Plusieurs auteurs et critiques modernes contestent trèssérieusement et avec raison l'existence de la prétendue pragmatique de saint Louis qu'on ne voit apparaître dans les Utres historiques que près de deux siècles après sa date. U n'en est question ni au concile de B&le, ni au concile de Constance, ni surtout à l'assemblée de Bourges. Or , Charles YII n'aurait certainement pas manqué de s'appuyer sur l'autorité politique et religieuse de son saint aïeul, si cet acte important eût réellement existé. H faut voir à ce sujet les travaux de M, Thomassy , ancien élève de l'Ecole des Chartes, et les remarquables publications de D<m Guéranger, le savant bénédictin de Solesme. Le dernier de ces
SI? iiAiCB wa xf* sAcu.
Diîs lors, an grand nombre d*éT£diés forent diieclement concédés pur la cour de Rome ou platdt pur celle d'Avignon, qui percevait à cbacane de ces mulalioas multipliées des droits coii-> si Jêrables. > Il en nfeolta, dit nalrem^it le Père de Gisser, qu'en ce temps-là il y eut force évëqœs schismatiques qui ne fusaient qu'entrer et sortir, sautant d'un si^ à Fautre, et courant plntôt & k curée d'un bon bénéfice, qu'au pourcbas du soin des Ames. »
Ce fut seulement au commencement du Xy« siècle que le roi put se prëTsloir des décisions des conciles de Constance et de Bâie qui déterminaient les limites de l'autorité pontificale en ces matières. Les décrets du dernier de ces conciles, soumis par Charles Ml à une assemblée générale du clergé de son royaume réunie à Bourges , furent , d'après les délibérations de cette assemblée, tranformés en un édit réglementaire auquel on donna le nom
toivains a récemment démontré que les actes les plus solennels de Louis IX ont subi sous Pbilippe-le-Bel les plus odieuses mutilations dans Tintérèt d'une politique bien différente de celle du saint roi dont Guillaume de Cbarlres. son cbapelain, dit: qu'il avait coutume de recevoir les rescrits et mandats apostoliques avec grande dévotion, et de les aceompHr avec parfaite soumission et ponctualité comme un vre^ fis dTobéissance, (Daunou etNaudet, Hist. de la France, t XX, p. 33.)
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de pragmatique^^anction, et c'est à partir de ce moment que les élections épiscopales furent ren^ ducs légalement aui^ chapitres. — Les choses du-* rèrent ainsi jusqu'au concordat de 1516 , entre François I'^ et Léon X , inséré dans les décisions du dernier concile de Latran, lequel accorda définitivement au Pape le droit de pourvoir aux ïiusaxices, mais après désignation préalable du souverain*
Ce que nous venons de dire explique comment il ^txriva ^ue pendant les dernières années du XIII* et durant tout le XIY« siècle le nombre des évèque^ fut si considérable, et pourquoi ces évéque^, prcHUus sans avoir subi l'épreuve des scrutins, se trouvaient si souvent en hostilité avec leurs chapitres. Nous voyons en effet les chanoines de Notre- Dame du Puy protester autant qu'il est en leur pouvoir contre ces nominations nombreuses faites en dépit de la plus précieuse de leurs prérogatives.
C'est en 1399 qu'Eue de l'Estrange est nommé évéque du Puy. U assiste aux conciles de Constance et de Me, se distingue par la fermeté de ses principes et par son zèle à maintenir les privilèges de son église. Plus qu'aucun autre, il a blâmé œt ambitieux élan qui entraînait ses prédécesseurs, et veut rester pour toujours attaché au çer-
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vice de Notre-Dame d'Anis. Il s'occupe avec ardeur de tout ce qui intéresse son diocèse; il y rétablit la discipline , donne l'exemple de la piété, et montre une telle sagesse dans son administration qu'il fut un des prélats les plus aimés. — GmiLAraB DE Chalaxcon succède à Elle de TEstrange en 1418. Sa naissance, les traditions de sa fomille dans l'épiscopat du Velay et ses vertus déterminent sa nomination , qui devient un nouveau bienfait pour le pays. Avant lui , les curés ne pouvaient disposer de leur patrimoine ; tous leurs biens, après leur mort, étaient acquis à la mense épiscopale. Ghalancon déclare cette coutume injuste et il l'abolit, n fait encore plusieurs réformes d'autant plus généreuses qu'elles le pri\*ent de profits énormes, et emploie ses ressources en fondations charitables. C'est avec son assistance que la vicomtesse de Polignac fonde en 1 430 le couvent de Sainte-Claire.
Apri*s la mort de Chalancon, le chapitre, à qui 1 olcction est rendue , porte sou choix sur Jean de IU>VRB0X , tîls naturel du duc Jean I". Il était impossible d'inaugnirer d'une manière plus heureuse lo ivlour do l'antique privilège. — Quoique l'illustre pivlat soit en même temps abbé de Cluny, administrateur de larchevèché de Lyon et prieur de St-HamlHTl, il veille avec la plus constante sollicitude sur tous les intérêts de son diocèse, et pendant
les quarante-deux années que dure son gouvernement, il reconstruit le palais épiscopal et cinq châteaux , fait d'immenses réparations à sa cathédrale qu'il décore splendidement et qu*il enrichit d'une grande quantité de vases , de tentures , d'orne-, ments précieux, c En lui nul déguisement, dit le » moine de Cluny ; sincère, ferme , véridique, sim- » pie, il se montre plein de douceur dans son
> palais, d'économie dans ses dépenses, de ré-
> serve dans sa parure, ainsi qu'il convient à un » serviteur de Dieu. »
Le chapitre ne croit pas pouvoir remplacer plus ^ignpjoient le prélat qu'il vient de perdre qu'en dioisissant PœRRE de Ghalangon, protonotaire apostolique, dont la maison avait fourni tant d'évèques à l'église du Puy. Les élections régulièrement ache- ^rées; Ghalancon se présente, est acclamé avec iK)nheur, et n'attend plus que la ratification royale |K>ur prendre possession de son siège \ mais Charles Vin et le Pape refusent de confirmer l'élection, et disposent de Févèché en faveur de Godefroy de PoMPADOtR, grand-aumftnier de France. Le chapitre murmure, proteste, invoque la pragmatique , cependant finit par céder, et installe le prélat grand seigneur que sa charge retient à la cour , et qui pendant trente années que dure son épiscopat se ttài suppléer par un coadjuteur.
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ËVÊQUES DU Xn* SIfiCLE
MO AnTOun Di GiAïAjnin... 4514. | 8f VitTor m Beauiii •••••• lUH»
81 Fhavçois n Samco» 1596. | 83 AnomK Sr-IfieTABi. 1568t
Kn choisissant pour son évèque messire Antoine DK Chabannës, le 12 juillet 1514, deux ans avant le concordat, le chapitre allait jouir pour la dernière fois du droit d'élection. Etait-ce après tout un droit dt^vonu bien regrettable que celui qui n'avait pu H'oxt'.n^er pendant le dernier siècle qu'en faveur d'un piiri^nt du roi , et qui ne triomphait en cette occa- Nioii (|U0 |mi*ce qu'on acceptait encore le candidat ii|)i^(*lul(^ni('nt iHîcoinmandé par Louis XII? ^ Le nouvit| ^lu no 80 presse pas de prendre possession de «on mK^ho; il fait son entrée solennelle le 11 no-
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irembre 1516, repart aussitôt et envoie un coadjateor à sa place. Soupçonné d'avoir pris part à la cqnjoration du connétable de Bourbon , Cbabannes est arrêté, conduit prisonnier en Pierre-Encise, puis à Paris ; cependant son innocence est reconnue , il rentre en gr&œ et peut reparaître à la cour. — Au milieu de toutes ces traverses politiques, le prélat ne se préoccupe guère des intérêts d*un diocèse qu'il connaît à peine. C'est pourquoi sa ville épiscopale, si peu habituée à sa présence, se montre plus surprise qu'heureuse en l'apercevant dans le cortège que François î^ mène à sa suite , lorsqu'en 1533 il vient en pèlerinage à Notre-Dame du Puy.
François de Sarcus, nommé en 1 536, meurt quelques mois après avoir été sacré , et laisse son siège au chancelier de la reine Catherine de Médicis , à Martin de Beaune , qui ne vient même pas prendre possession. Bénéfice pour bénéfice , il aime autant Fabbaye d'Aurillac qu'il échange, en 1561, avec Antoine DE Saint-Nectaire , abbé quoique simple clerc encore.
Après cette permutation, Saint-Nectaire entre dans les ordres et vient se faire installer aussitôt qu'il est ordonné diacre ; toutefois , ce n'est que le 23 mai 1563 qu'il peut être sacré et prendre le gou-
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verhement de son diocèse. — Le prâat était un homme de cœur et il le fit bien voir pendant les trente-deux années qu'il fut à la tète de son é^ise. C'était l'époque des guerres de religion, c'est-à-dire des jours malheureux de l'histoire. Tour-à-toùr ar-» dent , courageux , modéré , suivant l'âge et les événements , il se montre plein d'humanité quand la Saint-Barthélémy sonne le beffroi des représailles » inflexible comme un vieux guerrier quand les rdigionnaires de la montagneagitent les étendards de la révolte, triste et découragé quand, les cheveux blan-^ chis, il voit la ligue triomphante dans sa ville é^is* copale lui reprocher ses tiédeurs et ne pas lui par« donner le pressentiment qui lui fait choisir le drapeau d'Henri IV.
ÉTÊQUBS DES Xyn% XYIII* ET XIX« SI&CLSS
SI Jacovis Di Sbbbu 1506
•ttJmT M SUBIS. ••..«...• 162t
86 Henri m BIadpas mi Tour. 1041
87 Arxand DE Béthvni 1662
88 Claude DE LA Rochr-Atmon 1703
89 Godbf.-Maur. de Gonflans 1721
90 Frakc -Cr. de Bbrimcbbk . 17S6
91 J-G. LEFRAHeDB POMPIGNAK 1743
92 M-J.deGallard-Tsrraurs 1774
93 L.^ -M. DE BoRALD...... 1823
94 P.>li.-J.DARCiiioLE8.««». 1840
95 J.-A.<*Y. DE MoRLRON...»* 1846
- / Les temps paisibles sont venus ; Antoine de Saint- Nectaire clôt cette liste de prélats obligés de se mêler aux luttes de leur temps et de porter sans fléchir le poids des lourdes armures. Désormais les éréques pourront reprendre les anciennes traditions de leurs ancêtres et rendre à la glorieuse basilique cette splendeur à peine amoindrie par tant de troublés; et de désertions*. • Après une vacance de quatre années , la mitre épiscopale du Yelay est donnée au véfiér^^leJACffinBs DE Serres, dont toute r>ambition .est de! se vcmer à ses devoirs de pastQur. Il vient en