CHAPITRE VIII
C'était en l'année 760, saint Chrodegand, évêqae de Metz, frappé de la difficulté de gouverner des prêtres épars, établit près de sa cathédrale une communauté de clercs et fonda une dotation suffisante pour les faire vivre. Il voulait que ceux qui devaient être ses collaborateurs habituels pussent se. livrer sans autres préoccupations à l'étude des saintes lettres, à la célébration des offices et à l'instruction des fidèles. Dans ce but, il leur donna une règle presque totalement empruntée à celle de saint Benoît, et il les astreignit à vivre ensemble dans un cloître
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fermé. Travaux, délassements, devoirs, étaient communs. Au réfectoire il y avait plusieurs tables ; celle où dînaient l'évêque , Farchi-diacre et les nobles étrangers ; celle où se plaçaient, séparés les uns des autres, les prêtres , les diacres , les sous-diacres et les clercs ; enfin, les jours de fête, une table particulière pour les clercs de la ville qui n'étaient point admis à participer à la vie du cloître. — Ghrodegand organisa l'administration de son presbytère sur le modèle des anciennes maisons épiscopales des premiers siècles; en effet : déjà en 391 saint Augustin, alors évéque d'Hippone , avait réuni son clergé auprès de lui dans des conditions semblables ; et Grégoire de Tours, parlant d'un de ses prédécesseurs, évéque sous Clotaire l^^, dit qu'il avait institué sous les murs de son église une compagnie de frères cloîtrés.
Bientôt un grand nombre d'évêques imitèrent celui de Metz, et l'on vit la réforme se propager avec rapidité. Elle était déjà complètement établie dans beaucoup de diocèses quand Gharlemagne la recommanda par plusieurs capitulaires et quand Louis-le-Débonnaire promulgua, dans un concile tenu à Aix-la-Chapelle en 826 , un règlement définitif sur la constitution des prêtres attachés aux églises épiscopales. — Dès ce moment le clergé devint un tel objet de
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respect et d'édification pour les fidèles, que nonseulement les donations aux cathédrales se multiplièrent , mais qu'un grand nombre de libéralités s'adressèrent directement à ces clercs si pieusement recueillis à l'ombre de leur basilique.
C'est donc au IX« siècle que nous ferons remonter l'institution du chapitre de Notre-Dame du Puy. S'il fallait s'en rapporter au récit de quelques anciens historiographes, le fait ne serait pas douteux , et Charlemagne lui-même en aurait trouvé un régulièrement établi dans l'église d'Anicium lorsqu'il y vint en pèlerinage. — Cet empereur, jaloux de témoigner sa profonde vénération à la Vierge de nos montagnes, choisit, disent-ils, un des chanoines at^ tachés à la basilique du mont Anis pour en faire le premier évêque deGironne. Nous ne nous arrêterons pas à cette assertion, quoiqu'ils prétendent la justifier en invoquant sans preuves un vieil usage par lequel les chanoines du Puy, passant à Gironne, y étaient défrayés par leurs confrères et y jouissaient au chœur des mêmes prérogatives qu'eux. On sait qu'au moyen-àge la prétention de vouloirrattacher à Charlemagne les établissements d'une origine obscure était fort commune dans toutes les provinces méridionales. Sous peu, du reste , nous aurons à la
constater une seconde fois à Toccasion des chanoines pauvres de l'église du Puy.
Toujours est-il que moins de cent ans après Louisle-Débonnaire les chanoines se sécularisèrent et partagèrent entr'eux la dotation qui leur avait été faite , sous prétexte que l'administration en était ainsi plus facile et plus sûre. L'abandon de la vie commune ne tarda pas à engendrer de graves désordres; l'Eglise s'en émut, et de nombreux conciles parvinrent à rétablir au X* siècle l'ancienne discipline partout désertée.
Guy d'Anjou, évoque du Puy, fut un des premiers restiuraleurs de la règle dans son presbytère. Il décida les chanoines à rentrer dans le cloître et consacra la moitié des oblations à leur nourriture et à leur entretien. Nous avons vu cet énergique prélat ramener le peuple de ses domaines avec une fermeté et une promptitude extraordinaires; il ne montra pas moins de vigueur dans la réforme des clercs. C'est pourquoi le duc Guillaume V, parlant du chapitre de Notre-Dame du Puy dans un acte de l'an 1000, l'appelle une communauté de cénobites servant Dieu sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie.
L'époviue des croisades vint une fois encore porter
lé trouble dans la paix du cloître ; la règle raonacale parut abandonnée de nouveau presque partout ; mais les chapitres déjà puissants fui ont cette fois moins faciles à dominer. Cependant, si les chanoines de Notre-Dame du Puy se sécularisèrent, il était encore du moins certaines époques de Tannée, où ils reprenaient la vie commune. C'était comme une sorte de retraite qu'ils s'imposaient ; ainsi, depuis la Nativité delà Vierge jusqu'à la Toussaint, aux Quatre-Temps, aux Rogations et les jours de Vigiles, ils vivaient ensemble. L'usage, consacré par des délibérations capitulaires, était même de prélever sur l'argent des offrandes les frais de leurs repas (1).
Clément IV, cet esprit si résolu, avait certainement plus qu'aucun autre le droit et l'autorité nécessaires pour ramener les anciens chanoines du Puy aux pratiques si souvent et si promptement méconnues. Il connaissait les réformes à faire d£ms une compagnie qu'il avait gouvernée trois ans et pour laquelle il ne cessait de multiplier les témoignages de tendresse ; aussi tint-il à s'adresser d'abord à elle en lui prescrivant, sous forme de buUe,
(1) Les chanoines de la sainte Eglise du Puy ont longtemps vécu en commun. Leur réfecl<>ire et les tables s*y voient encore, dit le chanoine Bebxard.— Un cartouche ancien, placé derrière la chaire, portait : Domus in qua r^ficitur colU* gium, non patitt^r vmenosa.
une règle qu'il recommanda spécialement à famitié qui les avait unis. — « Au nombre de nos » plus intimes préoccupations, dit-ii, Tétat de » l'Eglise du Puy est une des choses qui sollicitent » le plus vivement notre amour. Nous ne pouvons » oublier qu'avant d'être assis sur ce trône suprême, » nous avons été l'évèque de cette église; c'est pour- » quoi, jetant sur elle le regard d'un père sur sa » fille, nous ordonnons... etc. »— Viennent ensuite des statuts par lesquels il exige que les chanoines assistent au moins une fois par jour aux prières qui se disent au chœur; qu'ils s'y tiennent avec respect et décence; qu'ils ne puissent posséder qu'un seul titre canonial ; qu'ils s'assemblent trois fois par semaine pour délibérer sur les intérêts religieux du diocèse et prendre, à la pluralité des voix, les mesures les plus propres à maintenir la ferveur; qu'ils vivent dans une continence parfaite; qu'ils ne paraissent jamais en public qu'avec un costume convenable à leur état; qu'ils s'abstiennent de manger et de boire dans les hôtelleries; qu'ils se confessent à leur doyen, lequel devra s'adresser à l'évèque; qu'ils éloignent de l'église et des chapelles le bétail que le peuple a coutume d'y amener pour en faire des oblations, ou qu'ils veillent à ce qu'on l'introduise sans bruit; qu'ils dirigent avec sagesse, selon la solennité, la sonnerie des cloches, etc
A partir du XII" siècle surtout, les chanoines grandirent avec le chef dont ils partageaient les tra- Taux et le pouvoir ; Tévëque était souvent l'homme de leur afiTection, Télu choisi dans leurs rangs et par eux-mêmes. Si Tharmonie régnait entre eux et lui, ils le secondaient de tous leurs efforts ; si, au contraire, le prélat leur était imposé ou voulait s'affranchir des devoirs que ses serments lui prescrivaient, ils savaient le contenir par une respectueuse résistance, quelquefois par une énergie que nulle menace ne pouvait ébranler.
Longtemps les maisons les plus considérables du Yelay ambitionnèrent l'honneur d'avoir des stalles de chanoine à Notre-Dame du Puy ; et la possession de cette dignité par les frères et par les fils des barons du pays, par les gentilshommes des plus nobles races de France (1), rendit encore le chapitre plus riche, plus fort et plus indépendant. — D était du reste dans l'ordre des choses qu'il en fût ainsL Le développement de sa puissance était la conséquence logique de son droit d'élection et des nombreux privilèges qui lui avaient été successivement concédés.
(1) Polignac. — Mercœur. — Ventadour. — Montlaur. — Chalancon. — Hontboissier. — Hontrevel. —D'Apcbier. >-De Beaufort. - D'Urfé. — De Joyeuse.— Cbabannes. — Lestrange. — Bu TOurhel. — Gbftteauneuf-Bandon» etc., etc..
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(1 Dep'ji> 1344 — par um première transdcUon entre le ebapilre et l'é«èq:ie Jean de thandorat, Geltii-ci abandonne aux cUanoinef, SdUf la résenre de l'appel, pleine juridiction sur tous ceux de l'égiise et de l'hôpiUl des malades, n'en exceptant que sa seule maison. Par nne deuxième transac-
Ces droits leur étaient si peu contestés et ils attachaient une telle importance à leur possession, qu'ils n'auraient installé aucun évèque avant que celui-ci n'eût pris, par un serment prononcé à la porte de la ville, puis répété à celle du cloître et à celle de l'église cathédrale, le solennel engagement de les défendre de tout son pouvoir (1).
Ecoutez, vous qui êtes aujourd'hui chanoines de Notre- Dame, et vous qui le deviendrez durant le cours de ma carrière.
Mot. X , évoque de l'Eglise du Puy, promets
de ne point vous enlever, et promets également qu'aucun honime, qu'aucune femme ne vous enlèveront par mon ordre ou par mes instigations, ce qui constitue votre domaine dans cette cité, et qui consiste expressément dans l'église métropolitaine et ses clochers, dans les habitations des chanoines attenantes à ladite église, dans le château de Corneille
lion, le même évoque reconnaît le chapitre possesseur légitime et seigneur en toute justice du cloître, des deux rocs et du bourg d'Aiguilhe. (La transaction avait eu lieu à l'occasion d'un procès intenté par ses devanciers au sujet des immunités du chapitre.)
(1) Ce n'était pas le serment lui-môme, mais la promesse trois fois répétée de le prêter aussitôt arrivé dans la salle capitulaire. —Là, dès que chacun avait regagné sa place, le doyen s'approchait de l'évoque, lui présentait un registre nommé «n canulis ou catemtlis ; l'évéque lisait ou faisait lire par un de ceux qui faisaient fonctions de secrétaire le serment qui y était écrit, puis plaçait ses deux mains sur le livre des Evangiles que lui approchait le doyen et disait : Je le jure !
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€t loalps les fortifiottoos qai l'enr loonHit. dans le rocher d'AieuiUie • Son église el son enceîDie. ^ Je ne tous dépooUlerai point de foules ces clioses afin que tous et yos socœsseurs paissiez tonjoors en joolr comme pir le passé ; et s'il se présentait jamais on homme on une femme qui Toos les enleTassent. je m'engage à ne oonsenlir aipec eux ni pacte ni alliance, si œ n'est pooTToosCaûre resUloerœ qu'ils TOUS aaroot pris. — Et chaqoe fois que cinq d'entre yous, ou cinq pris dans ceux qui tous succéderont, croiront utile de m*adresser des arertisseirents a ce sujet, s! ces aTerlissements me sont transmis d'après Toplnion onanlme des quinze chanoines assemblés en chapitre on autrement» je ne les repousserai pas et m'y soumettrai. Dans le cas où tous auriez été dépossédés de quelques-nns de tos droits, je vous Tiendrai en aide avec loyauté, comme mon serment m'y oblige ;* et en attendant, je Teillerai sur tous autant qu'il le faudra.
Je ne vous enlèTerai point le trésor que Ton consenre pieusement dans l'église du Puy, et qui consiste en objets d'or et d'argent, en ornements tels que draperies, tapisseries, lampes et vêtements confectionnés. Ici je veux parler du trésor tel qu'il est aujourd'hui, loi que vous le conservez, et j'y comprends les augmentations qu'il pourra recevoir durant le cours de ma vie. — Je ne m'emparerai non plus ni de l'or, ni de ce qui sera donné pour tel, ni de rien de ce qui serait offert pour un temps par les fldèles des paroisses, ni de rien de ce qui sera déposé sur l'autel de l'église du Puy. — Je ne vous dépouillerai point de toutes ces choses, afln que vous et vos successeurs puissiez toujours en jouir comme par le passé. Je NOUS promets qu'aucun homme, qu'aucune femme ne vous en priveront par mon ordre ou par mes instigations; et s'il s'en trouvait qui vous les enlevassent» en tout ou en partie, faites-le-moi savoir. — Et chaque fois que cinq
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d'entre vous, on cinq pris dans ceux qui vous succéderont , croiront utile de m'adresser des avertissements à ce sujet, si ces avertissements me sont transmis d'après l'opinion de quinze chanoines assemblés en cliapitre ou autrement, je ne les repousserai pas et je m*y soumettrai, et je vous viendrai en aide avec loyauté, comme mon serment m'y oblige. En attendant, je veillerai sur vous autant qu'il le faudra.
Je ne toucherai à tout ou à une partie de ce trésor qu'avec l'assentiment du doyen et des quinze chanoines assemblés en chapitre. — Je ne toucherai à aucun des bénéfices de l'église du Puy, delà dasse dite : les Cammuns des frères^ soit dans l'intérieur, soit au dehors de la ville, soit dans les églises, dans les fermes et dans les châteaux. — Je n'enlèverai rien de ce que vous possédez aujourd'hui ou de ce que posséderont un jour de ces communs ceux qui viendront après vous, et je veillerai à ce qu'aucune portion n'en soit distraite. — Et chaque fois que cinq d'entre vous.... etc.
Quant aux dignités, aux usages, aux bonnes coutumes et aux privilèges dont vous et vos prédécesseurs avez joui dans cette église et dans la présenle ville sous mes prédécesseurs, si je vous les enlève, ou si je fais quelque chose de contraire k ces coutumes, que cinq d'entre vous ou cinq de ceux appe> lés à vous remplacer m'adressent, de l'avis unanime des quinze chanoines assemblés en chapitre, des admonitions sur ma conduite ; je m'engage à m'amender en plein chapitre dans l'espace de quarante jours, et je promets de me conformer à vos prescriptions.
Je ne saisirai, ni ne ferai saisir la personne d'aucun de vous, non plus celle d'aucun de vos successeurs, ni celle d'aucun de vos parents, de vos soldats ou de vos serviteurs. Je ne détruirai ni ne laisserai détruire vos maisons ni celles de vos successeurs ; je n'enlèverai et ne ferai rien enlever
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Le nombre des chanoines a beancoup Tarie. Dans Torigine^ comme Tévèque était obligé de pourvoir à tous les besoins du dei^é de son presbytère, il ne de\^t T admettre que la quantité de clercs qu*il lui i^tait possible de nourrir et d'entretenir. Plus tard, IVglise métrctpolitaine et llnstitution canoniale elle-même ayant été dotées gâiéreusement par la piété des tidèies^ le personnel des cathédrales, luxe et gloire des évèques, devint plus considérable. D
fut une époque où Notre-Dame du Puy comptait soixante chanoines secondés dans leur serrice pir un nombre presque égal de choriers, de sous»
choriers et d'enfants de chœur ; mais à partir du XV* siècle, il s'opéra d'énormes réductions dans toute la hiérarchie religieuse du sanctuaire qui, en 1789, n'avait plus que quarante chanoines, dix cha* noines pauvres et treize choriers.
Les dignités , le titre d'hebdomadier-moindre et 25 canonicats étaient à la collation de l'évèque ; le chapitre nommait aux 1 5 autres canonicats. Les deux for-doyens étaient choisis en assemblée générale par les douze plus anciens chanoines, ainsi que le capiscol et le grammairien, chefs de l'école. — Nous ne parlons ici que de ce qui se pratiqua à partir du XV® siècle, car il est important de ne pas perdre de vue que rien ne fut plus variable que la participation du chapitre au choix de ses membres et de ses dignitaires. Selon l'époque où l'on se place, les choses diffèrent essentiellement.
Rien de plus imposant que cette cour ecclésiastique réunie en grande pompe dans une de ces cérémonies splendides du moyen-âge Nous voudrions pouvoir l'introduire, du moins approximativement, dans un même tableau, afin d'en faire mieux comprendre l'ensemble et l'harmonie. Pour cela
nous nous placerons au XIU" siècle, au temps de sa plus puissante extension ; aIoi*s que les anciennes dignités et que les primitives fonctions du sacerdoce étaient encore conser\ées ou représentées, alors que chacun portait avec orgueil son titre, son costume, et occupait avec bonheur dans le sanctuaire sa place humble ou élevée , depuis le trône jusqu'au seuil du parvis.
Le Roi.
Le Dauphin de Frange.
Le Dauphin de Viennois (^).
Ils sont chanoines d'honneur de Notre-Dame du Puy, et quand ils viennent en pèlerinage, ils assistent aux offices revêtus de la chape canoniale.
Les Princes de l'Eglise (2).
A différentes époques, des cardinaux , des archevêques et des évêques ont accepté ou ont voulu
(1) Le dauphin Humbert II, qui donna le Dauphiné à la couronne au XIV* siècle, demande à être admis au chapitre conformément à son droit. La réponse, inscrite dans le titre, porte : Humbert doit jurer d'être fidèle h r Eglise et au Chapitre, et il peut entendre et savoir les affaires secrètes et publiques du Chapitre et de VEglise,
(9) Dans une donation de 1134 pour la reconstruction
garder le titre de chanoine de Notre-Dame. Ils avaient toujours une place distinguée dans les hautes stalles, mais le plus souvent leur désir était de prendre le costume et d'occuper le même rang que leurs frères du chapitre.