‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 12 sur 131 · HABITATIONS GAULOISES · texte numérisé non relu

HABITATIONS GAULOISES

URBES , — OPPIDA , - MDIFICIA

Gain (Ustributimcivitates,.. Telle est Texpression employée par César, et dont le sens se trouve clairement précisé par la manière dont cette expression est presque toujours reproduite dans le récit des guerres. — Les cités gauloises étaient donc des parties de territoire plus ou moins étendues, formant conune autant de provinces particulières, indépendantes, alliées, clientes ou sujettes, selon

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Toccurrence (1). Il n'y aurait pourtant rien qui dût étonner ni qui impliquât contradiction, lors même que rillustre écrivain se serait servi en plusieurs occasions du mot civitas pour désigner une ville celtique. On peut très-facilement admettre que, dans la rédaction des mémoires, certain nom de tribu ait été remplacé par celui de son chef-lieu, surtout au moment où la population tout entière semblait réimie sur ce point. — Lorsque, dans le vii« livre des Commentaires, César raconte comment Vercingétorix entra dans Gergovia à la tête d'une foule armée, et de quelle manière il chassa de cette place ceux qui d'abord l'avaient forcé d'en sortir, il dit en effet : Magnisque coactis copiis (Vercmgetorix) adversarios à quibus paulô antè erat ejectus, eœpellit ex civitate. Du reste, on conçoit que le mot civitas vienne très -naturellement sous la plume du général romain , puisque lui-même qualifie de cité toutes les villes capitales de la province déjà conquise : Tolosa, Carcassonne et Narbontie, quse simt civitates Galliœ provvriciœ, — Cependant, malgré quelques exceptions peu nombreuses et

(1) César, lib. vii, chap. 9. — Chaque cité se subdivisait en pagi ou cantons. C'est sans doute du nom de ces cantons qu'Appien et Plularque ont distingué quatre cents peuples différents chez les Gaulois.

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très-explicables, il nous parait conforme aux vrais principes historiques de cette époque de définir la cité : une tribu chez les Gaulois encore indépendants, et une ville capitale chez les peuples soumis aux Romains.

César, parlant des revers essuyés à Vellonodunum (1), à Noviodunum (2), à Genabum (3), nous tran^net l'énergique résolution de Vercingétorix d*incendier les résidences et les bourgs, et ajoute : Procumbunt omnibus Gallis ad pedes Bituriges, ne pulcherrimam propè totius Galliœ urbem, quœ et prœsidio et omamento sit civitati, svis ma/nibus succendere cogerentur (4). A cette manière précise de raconter, n'est-il pas évident qu'il existait dans les Gaules de grands centres d'habitations auxquels

(1) TeUonodunam, — Château-Landon.

(S) Noviodunum, — Neuvy-8ur-Baranjou.

(3) Genabum (Genabe), — Orléans, selon la plupart des géograpbes. Malte-Brun pense que c'est plutôt un village près de Gien, aujourd'hui appelé le Vieux-Gien. — Voyez Ànnale$ des voyages, n<" 64-65.

(4) César donne même dans cette phrase un démenti à ceux qui, plus tard, ont prétendu qu'en parlant des Gaules, il 8'était indistinctement servi des mots urbs et civitas. On voit ici qu'il emploie ces deux expressions et les oppose l'une k l'antre pour bien indiquer le sens qu'il faut y attacher. ~ De helU) gmHice, lib. vu, chap. 15.

•V2 l'RBBS, OPPIDA, fOnFICU.

le nom do ville (tait parfaitement applicable, soit à cause de leur iHondue, soit aussi à raison de leur force et de leur beauté? Cependant Dulaiure veut ({u^tirbs soit pris dans le sens d'orfri^ et traduit par le mot }mys. 11 prétend prouver, par César même, que les Gaulois n*a>^ient pas de Tilles avant la domination, qu'ils habitaient seulement des chaumières éi)ai*ses. S*il en était ainsi, ne faudrait-il pas supposer que le plus correct des écrivains de la belle latinité s'est seni, par quatre fois, d'un mot ayant une acception bien déterminée, alors qu'il voulait exprimer une chose toute différente? Cela ne saurait être; et Timpossibilité résulte moins encore des expressions employées dans le discours que du sens général de l'œuvre entière. — Il y avait donc dans les Gaules, les villes iurhef) où devaient résider en temps ordinaire les pei*sonnages considérables de la magistrature, de l'administration, du sacerdoce et de Tannée, et les lieux fortifiés (oppida) où les populations celtiques accouraient chercher un asile pendant la guerre. Au premier signal d'alarme, hommes, femmes, enfants, vieillards quittaient en toute hâte les demeures sans défense, entraînaient à leur suite ce qu'ils possédaient de provisions, de troupeaux, d'armes, de meubles précieux, et s'entassaient pèle-mèle dans ces refuges jusqu'à ce que la sécurité leur fût entièrement rendue. Alesia chez

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les Mandid>ii, Uxellodunum dans le pays de Gahoi*s, Ayaricum dans le Berry, Gergovia en Auvergne furent les principales forteresses et celles qui opposèrent aux légions victorieuses la plus intrépide résistance. — César appelle sans distinction sedifida toutes les résidences isolées, depuis la chaumière du plus modeste Gaulois jusqu'à la demeure du druide ou du chevalier. Praetereà saluids causA rei familiaris commoda negligenda, vices atque MDmcik mcendi opportere hoc spaiio (1). Le bois, Targile, les roseaux, le chaume et de grandes pierres non taillées étaient les seuls matériaux en usage pour les constructions. On ne travaillait les portes qu'avec la scie, les planchers qu'avec la cognée. C'est à peine si Ton dépouillait de leur première écorce les troncs d'arbres destinés à servir de poutres. Dans certains cantons on connaissait l'ardoise , dans d'autres on employait une tuile particulière , plus tard adoptée par les Romains pour leurs aqueducs et leurs canaux. Les toits, arrondis en voûte ou terminés en cône, étaient percés d'une ouverture correspondant au foyer, qui tenait souvent lieu de fenêtre et de cheminée. C'est par la porte que pénétrait la principale clarté* On conçoit que, sans la description des auteurs contemporains, nous ne

(1) César, De bello gallico, lib. vu, cbap. 14.

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pourrions aujourd'hui rien savoir sur ces sortes d'har bitations ; elles n'étaient pas d'une solidité à traverser dix-huit siècles pour venir nous révéler leur forme et le complet détail de leur distribution (1). Au nord de la cité Vellavienne, à peu près sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Saint-Paulien, était Ruessio ou Revessw, dont les étymologistes font dériver le nom de la racine celtique reiv, rewon, froid, gelé. Astruc donne cette définition dans ses mémoires sur l'histoire naturelle du Languedoc; l'abbé Sauzet l'accepte et traduit Revessio par Reu> Essio, ville froide (2). Sans doute, une pareille

(1) Strabon, qui écrivait quelque temps après Vitruve et à une époque où les Gaulois, plus familiarisés avec les Romains, avec leurs arts, devaient commencer à imiter leur manière de construire, nous fait la description suivante 4e leurs maisons. « Elles sont vastes, dit-il, de forme ronde, recouvertes d'un grand toit et construites de planches et de claies d'osier. » — L. iv, p. 197. — Tous ces traits annoncent l'enfance de Tart et un état très -voisin de la barbarie. Des planches grossières, de l'osier, de la paille, de la boue, tels étaient les uniques matériaux de leurs bâtiments. Rien n'indique l'art des fondations, la taille des pierres, l'emploi du mortier ou ciment, ni nos murs, ni notre maçonnerie, encore moins notre architecture. — Dulaure, Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France^ t. II , p. 82.

(2) Mémoires de l'abbé Sauzet, Armales de la Société académique du Puy, 1887-38, p. 121.

IGIDBIAGO, CONDATE> AQUI8 SEGETE. 55

origine aussi faiblement établie n*a rien de trèsauthentique, mais n'est pas invraisemblable, surtout pour ceux qui savent quelle est la température moyenne de cette contrée dans laquelle la vigne ne mûrit jamais. Nous voyons d'ailleurs cette ville bien connue sous Auguste ; or, si elle était de fondation gallo-romaine, on n'y trouverait pas en si grande quantité des débris de monuments remontant aux premières années de la conquête ; car il est à supposer qu'on n'élevait d'édifice d'une certaine grandeur que dans les centres déjà considérables. M* de La Lande pense aussi que Ruessio existait avant Jules César : « A cette époque, dit-il, elle fut jugée » susceptible de devenir un poste militaire impor- » tant, et l'on y fonda quelques établissements (1). » D est présumable, en effet, que le premier soin du vainqueur dut être non de bâtir des villes, mais d'envoyer des colonies dans celles déjà construites. C'est par l'itinéraire de Théodose, que nous connaissons Icidmago , Condate, AqvAs segete; la première , située à quatorze milles de Ruessio ; la deuxième à douze milles; la troisième, sur les limites du pays des Ségusiens, dans le territoire actuel de Saint- Didier- la- Séauve. Il se-

(1) Antiquités de la Haute- Loire, par Mangon de La Lande, p. 16.

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rait certainement bien difficile , pour ne pas dire impossible , de fixer l'époque à laquelle il faut faire remonter l'origine de ces trois villes. Peut-être même les deux dernières appartiennent-elles seulement à l'ère gallo-romaine. — Vldd-Mago des anciens est évidenmient de date très-reculée. Les racines celtiques qui forment son nom paraissent convenablement choisies et sont , à défaut de preuves meilleures , im témoignage de haute antiquité. Dans l'idiome national primitif, Yssen signifie bœuf , et Magus , ville au milieu d'une plaine (1) ; d'où naturellement on conclut que

vl) La Notice des Gaules nous parle dTcMfwaflf, seconde cité de la Vallarvie, Ici le nom indique la destination primitive du lieu ; Y* cid" mag\ demeure de i'b(»nme chef. — La finale phénicienne Mago, qu'après eux les Celtes ont employée dans mag^ feu , ménage, et les latins dans magus , n'a rien qui doive surprendre ; elle était fort commune dans les Gaules. Bien longtemps avant la conquête romaine, les Phéniciens eurent avec les Celtes des relations suivies de commerce, ce qui enrichit insensiblement leur langue d'une foule de mots appartenant au phénicien et môme à l'hébreu. C'est le sentiment du savant abbé Barthélémy. On a dit quelque part que la finale mag^ prise dans la signification de bateau , désignait un lieu sur une rivière, au bord de l'eau. Dans ce cas, il faudrait chercher l'Ycid-mago de»la table Théodosienne , non à Yssengeaux , mais sur les bords de la Loire ou duLignon. — On trouvera peut-être dans Yssengeaux, la ville, le marché aux bœufs , d't/ssen , qui veut dire

IGIDMAGO, CONDATR^ ÂQUIS SEGBTE. 57

c'était là un point central sur lequel se faisait le commerce des bœufs , hypothèse d'autant plus admissible qu'aujourd'hui cette désignation serait encore sans contredit la meilleure de toutes. Cependant , .ce ne sont point là des éléments historiques satisfaisants et tels qu'en exige une œuvre qu'on voudrait rendre profitable. Nous manquons, il faut en convenir, de ces matériaux solides sur lesquels on aime à asseoir un édifice. Pour un mot de César , de Strabon , pour une indication de Peutinger ou de Ptolémée , les conjectures ont besoin de nous venir en aide. L'insuffisance de documents écrits s'oppose donc à ce que nous déterminions avec certitude les endroits de la Vellavie occupés par des villes, surtout si nous devons réserver exclusivement ce nom à des agglomérations

bœuf. — Mémoire sur les origines étymologiques du Velay, par M. l'abbé Sauzet , curé de Loudes (Annales de la Société académique du Puy, années 1837-38, p. 121).

Casas Poenorum pastorales M^geili^. — SaÀïnsi; Cato, Cassius. — Ma-gar punicè novam villam significat. — Isid., Origin,

Exemples. — Rico-magus, Riom; Caranto-magus, Villefrancbe ; Condato-magus, ConûaiX; Ebro-magus, Bram; Novio-magus, Royan; Vifido-magus, Ville-de-Sauve, etc., etc. — Voir le Tableau historique et littéraire de la langue parlée dans le midi de la France et connue sous le nom de Langue romano-provençale, parMary-Lafon, p. 41.

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