GROTTES DE YALS ET DE LA ROCHE
core debout et de celles qui jonchent le sol, la comparaison des grottes entièrement consenrées avec celles qui ne le sont qu'en partie , Tensemble de ces retraites contiguës, groupées, superposées , dont quelques-unes se correspondent à l'aide d'ingénieuses issues faciles à dissimuler , l'étude des dispositions du dedans et du dehors , le choix des emplacements, s'unissent pour déterminer la véritable destination de ces monuments , sans contredit les plus curieux à étudier dans l'ère celtique. — C'est en parcourant les cantons du Puy , de Saint- Julien , du Monastier , de Pradelles et de Solignac , qu'on peut définir ces bourgades gauloises sur lesquelles tant de commentaires ont été écrits. Rien ne saurait donner une idée plus exacte des vicus et de certains oppida dont parle César que la vue des roches disséminées dans nos campagnes de distance en distance, et qui toutes, transformées jadis en citadelles, servaient d'asile à des populations entières (1).
(1) Voici la définition que donne Manuce , un des annotateurs des Commentaires de César : « Vicus, dit- il, a deux sens : dans une ville, il indique une suite de maisons contiguës et ne signifie point la rue quoiqu'elle en reçoive son nom. Hors des villes, c'est un pays où se trouvent plusieurs chaumières ou cases qui ne sont défendues par aucune enceinte , mais sont placées sans ordre dans une plaine près
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Quand on quitte le village de Lantriac du côté sud pour monter à Couteaux , on rencontre sur sa droite une montagne, à pente extrêmement raide , dont le front couronné d'un bandeau de roches volcaniques domine un vaste horizon. Ce sonunet, que le pâtre et le laboureur visitent seuls depuis longtemps, fut certainement autrefois un centre considérable de population ; il est même fort important de dire que ce sont précisément les points escarpés, ceux auxquels on arrive avec le plus de difSculté , qui paraissent avoir été choisis de préférence. — Les deux faces supérieures de la montagne étaient habitées. La première, exposée au levant, a subi de rudes atteintes; la seconde, sur le versant contraire, est couverte , dans une longueur de 150 à
d'une rivière ou d'uoe fontaine. » — César , De bello gallico, édit. cum notis variorum; 1661 , p. 93, ad verbum viens.
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200 mètres, d'habitations à plusieurs étages. On nomme celles-ci grottes de Couteaux , parce qu'elles sont très-voisines du village qui porte ce nom , et pour les distinguer des précédentes. — Les grottes de Lcmtridc sont cachées dans un hois taillis ; cependant leur position est admirable, et par une belle journée d'hiver rien n'est d'un effet plus saisissant que le panorama qui se présente aux regards de l'observateur assis au fond d'un de ces antres obscurs. Au loin , ce sont les pics aigus de Montplaux , de Monnac , du Pidgier, du Mégal , de Testevoire et de Montchamp ; en face , se développe un large bassin ^n forme de coupe, dont les anses vont se rattacher avec des ongles de lave ou de granité dans les gorges tortueuses des Pandraux , de Servissas, de Saint-Pierre-Eynac et de Laussonne ; au nord , audessus de Noustoulet , se dresse la roche de Peylenc qui , elle aussi , servit à abriter une bourgade gauloise, puisque l'on voit encore de noires et spacieuses cavernes s'ouvrir sur ses flancs décharnés. — La plus remarquable des grottes de Lantriac est grande, bien éclairée, maintenue dans presque toute sa voussure à près de trois mètres de hauteur. Elle se divise en quatre pièces vastes et commodes ; deux , sur le devant , étaient destinées à la famille ; deux , prises dans la profondeur, servaient à remiser le bétail. On voit qu'elle fut faite avec soin , et en la
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comparant aux autres on serait tenté de croire qu'elle appartenait à un des chefs de ce clan montagnard.
Si la côte orientale a besoin d'être attentivement explorée pour qu'on puisse retrouver sous les terres et sous les masses éboulées le plan de ses édifices celtiques, il n'en est pas de même de la côte occidentale : là, tout est encore en évidence. Les issues inférieures sont , il est vrai , encombrées par d'énormes blocs détachés de la roche principale ; toutefois, en pénétrant dans ces excavations devenues souterraines et qui ne peuvent plus servir que de tanières aux renards, tant les ouvertures sont basses et rétrécies, on aperçoit le même ordre , les mêmes traces du travail des hommes que dans les autres. •— Les grottes de Couteaux sont percées sur une façade perpendiculaire ; comme à la Roche, àLantriac, à Peylenc , à la Terrasse, à Borne , elles couronnent la montagne et dominent une grande étendue de pays. Evidemment cette disposition ne doit point être attribuée à une circonstance fortuite ni prise comme un fait isolé; elle se reproduit avec une trop parfaite exactitude sur tous les points pour ne pas être le résultat d'un système général de défense. Ces grottes sont agglomérées ; quelques-unes se correspondent par des communications intérieures, d'autres ne paraissent accessibles que par les jours
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de la façade, à l'aide de montoirs ménagés extérieurement. On remarque, dans un grand nombre, à de certaines places déterminées, de profondes entaiUures dont la destination est facile à comprendre pour peu qu'on examine avec soin Tensemble de ces sauvages demeures. Chaque habitation avait une ouverture plus ou moins large qui se fermait seulement pendant les froides nuits. On retrouve encore les creux dans lesquels s'enfonçaient les barres transversales servant à assujétir les portes, et les rainures pratiquées dans toute la largeur pour maintenir des cloisons en planches qui partageaient la pièce en deux compartiments, l'un pour les hommes, l'autre pour les bêtes. A quelques anneaux de pierre qui portent des empreintes de chaînes en fer et qui sont rangés sur le pourtour du fond , on pourrait dire quelle fut la place des chevaux , celle des vaches , celle des ânes, celle des chèvres ; on pourrait indiquer aussi celle qu'occupait la famille. C'est, ici , l'armoire aux provisions ; là , le réservoir d'eau ; plus loin , de fortes assises pour reposer les pieux auxquels on suspendait les vêtements, les peaux dont on se couvrait durant le sommeil , les lampes et les vases au moment de les exposer sur le feu. L'endroit où était le foyer se révèle , après dix-huit siècles, par la suie indestructible qui tapisse les parois, par une incision dans la longueur de la voûte,
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destinée à recueillir la fumée et à la conduire audehors, par des cheminées droites perforant la montagne jusqu'à son sommet.
On voit au fond de plusieurs grottes de Couteaux, dans Tendroit le plus sombre, d'étroites issues qui permettent d'arriver aux étages élevés. Ces issues devaient être habituellement masquées aux deux extrémités par une dalle , ainsi que le prouvent les bords des orifices. C*est pourquoi plusieurs antiquaires ont pensé qu'elles furent ménagées en ca3 d'attaque soudaine. On remarque encore dans une des habitations supérieures une singularité difficile à parfaitement expliquer : c'est une retraite, autour de laquelle se trouvent quatre ou dnq cellules, dont la voûte est , au centre même, percée à ciel ouvert. Il serait naturel de croire que cette ouverture, creusée avec une régularité minutieuse à plus de six mètres de profondeur dans la roche , était une cheminée , si l'on ne prenait garde qu'elle a au moins deux mètres de long sur la moitié de large , et que ces proportions ne sont nullement en harmonie avec l'exiguïté des pièces du dessous. Ne serait-il pas possible d'admettre que les habitants des grottes se fussent préparé cette ressource extrême, soit pour aller en grande hâte chercher main-forte au vicits le plus voisin, soit en cas désespéré pour pouvoir s'échapper eux-mêmes ? — Ici encore les conjec-
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tures sont difficiles à justifier. Que l'imagination de l'archéologue découvre en cet endroit un mystérieux sanctuaire , un grenier secret pour cacher des approvisionnements ou une simple bouche de fumée, elle n'obtiendra jamais une satisfaction complète. Dans ces ombres de l'histoire, les vérités sont sans preuves et les hypothèses ont toutes une égale vraisemblance. — Du reste , après une étude topographique de nos localités et en faisant la part du degré de civilisation des peuples de cette époque, on admire avec quelle prudence ils disposaient leurs demeures. Tout était prévu : les rigueurs delà température et les surprises de l'ennemi. Ces grottes sont vastes, suffisamment aérées, chaudes en hiver, fraîches pendant l'été , établies à une élévation considérable , presque toujours sur des pentes extrêmement rapides, de manière à dominer une grande étendue de pays et à repousser les agressions. Loin d'être isolées les unes des autres, ainsi que plusieurs auteurs l'ont écrit, elles sont, au contraire, très-étroitement rapprochées. Couteaux et Lantriac se trouvent, il est vrai, sur les versants opposés de la môme montagne ; mais Peylenc est vis-à-vis, comme serait l'angle d'un triangle par rapport au^ deux autres ; dételle sorte que, de ce poîntintermédiaire, il était fort aisé de correspondre à l'aide de signaux et de se porter en peu d'instants un prompt et mutuel secours.
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Cherchons dans une hypothèse présentée sous forme affirmative et que nous suggère la lecture de César, de Diodore, de Strabon et des précieux fragments de Possidonius , conservés par Athénée , Tapplication la plus acceptable de ces singuliers oppida qu'on ne trouve peut-être nulle part aussi nombreux que dans le Velay. Cette façon de pénétrer dans rhistoire locale en interrogeant nos antiquités et en puisant nos interprétations dans les récits descriptifs des plus anciens auteurs sera la moins téméraire. Si nos conjectures n'arrivent pas à résoudre le problème que nous étudions, c'est que les historiens antérieurs à la conquête semblent à peine avoir connu les mœurs gauloises, ou du moins s'en être peu préoccupés, et que les rares documents qu'ils nous ont transmis se rapportent presque exclusivement aux pays les plus avancés en civilisation. — Chez les peuples des montagnes les combats étaient sans trêve ni merci. Les alliances s'y maintenaient avec fidélité; les injures ne s'y pardonnaient qu'après une vengean ce cruelle . Quand une tribu partait pour quelque affaire, c'était presque toujours pendant la nuit, à l'heure du sommeil. Elle s'acheminait en silence le long des ravins , se ruait avec furie sur le clan dont elle avait juré Textcrmination , et ne venait que décimée ou, portant en triomphe, pour les clouer sur le seuil de ses