HYPOTHÈSE
demeures , les tètes sanglantes des chefs ennemis. Cependant, ces surprises étaient difficiles, aIoi*s surtout qu'im sérieux motif de crainte excitait une plus active surveillance. Des sentinelles étaient apostées sur divers points de la côte, de façon à donner Talarme au moindre bruit. En un instant la bourgade entière se mettait sur la défensive ; si les assaillants paraissaient trop nombreux ou déjà trop avancés pour qu'il fût possible d'engager avec eux une lutte avantageuse, il ne restait que deux partis à prendre, fuir ou se retrancher dans les grottes transformées en forteresses ; toutefois, on ne recourait qu'à la dernière extrémité à cette seconde alternative. Alors, tous les accès étaient hermétiquement fermés, et les assiégés placés aux ouvertures dominantes repoussaient à coups de flèches ou de pierres ceux qui osaient s'approcher. Rarement la crainte arrêtait les Gaulois ; aussi voyait -on les ennemis s'avancer témérairement sous une grêle de projectiles, tantôt pour détruire les obstacles, tantôt pour apporter contre les portes d'énormes tas de bois secs auxquels ils mettaient le feu. Ce moyen n'était pas le moins redoutable, car les provisions d'eau pouvaient manquer, et la fumée ne tardait pas à contraindre les hommes et le bétail à sortir des habitations.
LA TBBRASSB ET ROGHB-AUBBRT
En allant du Puy au Monastier, le voyageur laisse sur sa gauche, après avoir passé le hameau de la Terrasse, une quantité considérable de grottes dont Torigine ne saurait être douteuse. Elles sont adjacentes, à peine séparées les unes des autres par de minces cloisons prises dans le roc, disposées sur un front de 1 50 mètres de longûeiu* et étagées pjresque verticalement. Peut-être ne s'élevaient-elles pas jusqu'au sommet de la montagne ; néanmoins, il ne faudrait rien affirmer à cet égard, puisqu'on aperçoit à une élévation inaccessible aujourd'hui d'autres cavernes pouvant jadis communiquer avec le plateau supérieur et avec les habitations du bas qu'elles semblent protéger comme de prudentes vigies. La première façade du vicies s'est depuis longtemps écroulée; la seconde se décompose à son tour avec une telle promptitude qu'il est à craindre que bientôt ce qui reste de l'œuvre celtique n'ait
complètement disparu. — On remarque à la Terrasse les pièces enfumées où se préparaient les aliments , celles destinées au sommeil ; dans le fond, celles qui servaient à remiser les troupeaux. Les mêmes détails, observés ailleurs, s'y reproduisent d'une manière à peu près identique. Nous devons cependant en signaler qui nous ont paru offrir quelques différences : ce sont de petites crèches, en façon de niches, aux angles desquelles se trouvent de légères perforations annulaires pour laisser passer des chaînes ou des cordes. Du reste, nul doute que ce ne fût là un centre considérable et des plus heureusement situés* De ce point, on domine une vallée spacieuse. Devant soi , d'un côté s'élèvent le Mezenc et les sucs de Breysse , de l'autre, les chaînes de montagnes qui ferment circulairement le pays depuis le Monastier jusqu'à Séneujols. — Le rocher dans lequel ces grottes sont ouvertes est une masse scoriflée d'une couleur brune mêlée de tons jaunes, violets et rouges qu'on voit, suivant l'état du ciel, se heurter avec violence ou se fondre dans une admirable harmonie. Quand le soleil d'un beau soir d'été frappe en face, pénètre et réchauffe cette lave poreuse, on la croirait vraiment embrasée. Rien n'est, il faut le dire, plus merveilleux que les effets d'ombre et de lumière qui se produisent, qui se succèdent sur les brèches vives , sur les gisements
d*argile ou de marne, sur les amoncdlements de pouzzolane qu'on rencontre à chaque pas ddns ces fertiles domaines de la géologie.
Roche-Aubert , versant oriental de cette montagne, fut aussi une bourgade gauloise. Son aspect, tout différent des autres territoires historiques que nous avons décrits , mérite un sérieux examen. Sa pente est beaucoup moins rapide ; sa surface, au lieu d'être jonchée de débris épars, est entièrement recouverte d'un épais gazon. Au premier abord, on ne s'imaginerait même pas que cette localité fut autrefois habitée , tant elle parait avoir toujours été ce qu'on la voit aujourd'hui. Cependant, pour témoigner de l'antique vicus, il reste au sommet sept ou huit cavernes, et sur toute la côte d'énormes creux symétriquement rangés en lignes et distribués par étages. Comme la roche que recouvre l'herbe du pâturage est d'une nature semblable à la précédente, qu'elle est pénétrée par d'incessantes infiltrations, que par cela même elle a été plus promptement décomposée, les grottes se sont affaissées et chacune marque extérieurement sa place, ainsi que nous venons de le dire. Celles que le temps respecte encore sont vastes , profondes , mais partout menacent ruine. De leurs voûtes ébranlées l'eau tombe goutte à goutte, et par le bruit régulier de sa chute semble mesurer comme une horloge les jours qui leur sont
comptés. — Des herbes jaunies^ des lichen^ grisâtres, de vertes fougères , de fines mousses cachées çà et là dans les fissures de la lave , chatoyantes et diaprées comme l'aile de la cantharide ou la gorge des oiseaux-mouches, jetant dans l'ombre des étincelles d'émeraudes et de rubis, décorent les parois de ces humides retraites. Quel délicieux pèlerinage pour le poète, le peintre et l'antiquaire ! L'œil découvre : ici y l'ancienne abbaye de Doue , la belle Chartreuse dont les murailles et le clocher se réfléchissent au fond des eaux argentées de la Loire , le village de Brives-Gharensac et les riants vignobles • qui tapissent comme de grandes treilles les coteaux d'alentour; là, les pics si variés, si pittoresques du canton de Saint-Julien-Ghapteuil ; plus avant , les hauts basaltes de Servissas ; enfin , au pied même de la montagne, le modeste hameau de Roche-Aubert ^ dont les habitants viennent chercher, contre les ardeurs caniculaires, un frais et paisible abri dans les antres de leur communal. Assis au milieu de ces ruines, le pâtre ne sait rien de leur histoire , n'apprécie rien de leur beauté ; il dort plein d'insouciance en attendant là fin du jour, et n'a pas même une pensée d'admiration pour ce panorama splendide qui se développe si largement sous son regard. Disons, avant de terminer, que les grottes de Roche-Aubert sont précisément opposées à celles
de la Terrasse, comme les grottes de Lantriac le sont à celles de Couteaux. Il est important d'insister sur les dispositions singulières de ces différents vieus. Elles se rattachent évidemment à un système défensif dont aujourd'hui les principaux éléments nous manquent, mais qui se révèlent par plus d'une circonstance que l'archéologue doit rechercher avec soin. — Nous ne pourrions donner que très-difficilement la statistique de toutes ces bourgades ; quel* ques-unes, comme à Borne, à La Roche-sur-Loire^ à CeyssaCy ont été postérieurement et sont encore habitées, par conséquent , ont subi de plus ou moins grandes modifications ; d'autres, comme au Puy, à Vais, à FargeSj sont presque entièrement ruinées ou ont été remplacées par de modernes constructions ; de telle sorte que c'est à peine si l'on pourrait indiquer la place qu'elles occupaient.
Ce que nous venons de développer à l'occasion de ces oppida, de ces résidences celtiques, quel que soit le nom qu'on voudra choisir, peut s'appliquer également aux autres groupes d'habitations de la même nature disséminés dans le Velay. Aussi , ne ferons-noiis qu'indiquer les plus importants. A Peynastre, commune de Saint-Germain^ à SamirPierre-Eynac, au MonasUer, tout près de la ville, à TartaSy à Arlempies, à Bèthe^ commune du Brignon , à Boumac , commune
de Saint-Front , à BornSy à Espaly, à VEsclusel , à SamtrPrivat...^ etc., on rencontre de pareils vestiges. — Dans la commune de 5a^n^-£iicrme-dw- Viga/n , on parcourt avec curiosité une immense excavation taillée de main d*homme qui n'a pas moins de cent mètres de profondeur. Sans aucun doute, cette retraite fut originairement destinée à servir de refuge à une tribu entière. — Dans les flancs du rocher qui supporte les ruines du château de Geyssac, on peut compter plus de quarante ouvertures artificielles pratiquées dans le but de loger deshonunes, des chevaux , des provisions. < D paraîtrait , écrit » M. Desribiers, que le creusement de ces grottes » est postérieur à la construction du ch&teau-fort » qui les dominait , et qu'elles ont servi de maga- » sins, d*écuries et de casemates, à Tépoque des > sièges multipliés que ce château a soutenus. » Cette roche est si tendre qu'elle a été percée de part en part horizontalement et dans des dimensions assez vastes pour contenir l'église sur laquelle elle est posée comme à cheval. On ne distingue de cet édifice à l'extérieur que la porte d'entrée au sudouest , et la petite fenêtre qui éclaire le sanctuaire au nord-est. — En 1844, lors des travaux entrepris pour disposer im jardin sous le perron de l'évêché, au Puy, on fit la découverte de plusieurs cavernes taillées sur la crête du mont Anis, au pied de Cor-
neilie; elles étaient éyidemment fort anciennes, puisqu'on trouva dans les matériaux qui les comblaient des médailles antiques et de nombreux fragments de poteries romaines.