‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 24 sur 131 · LA TOMBE DU PÈLERIN · texte numérisé non relu

LA TOMBE DU PÈLERIN

restes qu'on y déposa furent ceux d'une victime immolée par les eubages, d'un chef jadis illustre,

d'un druide ou de tout autre, qui le saurait ? Il

est cependant logique d'admettre qu'un sépulcre près d'un autel, dans un lieu saint, devait être privilégié; aussi ne s'étonne-t-on pas des fantastiques récits qui perpétuent dans la contrée ce respect héréditaire pour les ruines de Talhac.

Nous avons dit que dans les flancs de la montagne de Pey-Nastre (commune de Saint- Germain- la - Prade) il y aune quantité de grottes gauloises qui indiquent l'existence d'un ancien vùyus» Or, la tradition veut que précisément sur cette montagne se trouve, de temps immémorial, la tombe d'un mystérieux personnage dont le peuple des environs cite les miracles, quoique jusqu'à présent il n'ait jamais rien su de son nom, de sa patrie, de son histoire. C'est, assure la chronique, un pèlerin qui repose du sommeil étemel sur ce sommet. Pourquoi y est-il venu ? comment se trouve-t-il enseveli dans cette solitude î On l'ignore ; mais ce dont on ne doute pas, c'est que lorsqu'on veut être guéri de la fièvre, il faut visiter ce lieu dévotement, réciter une prière à genoux et terminer la station en plaçant cinq à six pierres en forme de croix sur la sépulture du bienheureux inconnu. Les croyants sont nombreux encore, et M. Desribiers affirme qu'un dimanche,

100 TUMULUS DE RUESSIO.

pendant qu'il était là, plus de dix personnes arrivèrent en une demi-heure à cette intention (!)•

On ferait un grand volume à recueillir toutes les légendes répandues dans le Velay; on nous pardonnera d'en rapporter quelques-unes. Nous espérons que personne ne verra dans cette attention de Thistorien un goût puéril pour d'inutiles souvenirs; mais qu'on y reconnaîtra au contraire une pensée plus digne, celle d'avoir cherché à conserver les premiers feuillets de notre naïve histoire. Quelquefois l'image qui nous parait grossière est un symbole ingénieux ; presque toujours la chronique populaire cache sous sa lettre un enseignement profond* Où l'un n'aperçoit qu'un récit vulgaire , l'autre a retrouvé la poésie, la politique et la foi de ses pères.

L'auteur des Essais historiques sur nos antiquités signale, dans une prairie à l'est de Saint-Paulien, la présence de plusieurs tertres de formes diverses, dont les dispositions mamillaires le portent à penser que c'était là le lieu consacré aux sépultures générales de la métropole du Velay. Parmi ces tertres, il en est un surtout qui fixe plus particulièrement l'attention de l'antiquaire, et que nous avons examiné avec un très-grand soin. Il se trouve sur le bord de la prairie communale de Ghaumel, près du

(1) Desribiers, Statistique de la Haute-Loire, p. 376.

TUHILU8 m RUBSSIO. 101

ruisseau de Ghalan. Il est élevé de deux à trois mètres au-dessus du sol et se compose de terre végétale prise tout autour de la base du monument ; de telle sorte que cette terre relevée dut servir en même temps à former le tumulus et le fossé circulaire ou elliptique qui le garantissait de l'approche du public. Aujourd'hui, c'est à peine si les traces de ce fossé peuvent se reconnaître, et nous craignons bien qu'avant très-peu d'années le monticule n'ait lui-même entièrement disparu. — Le jour où nous le visitâmes, plusieurs personnes nous accompagnaient, et Tune d'elles nous rapporta à cette occasion une légende qui trouve ici sa place, c Cette » petite élévation, que les étrangers ne manquent » jamais de venir voir, dit-elle, était, avant l'arrivée » du glorieux saint Georges dans le pays, surmontée » d'un autel aux faux dieux. Quand l'apôtre eut con- ^ verti nos pères à la foi chrétienne, sa première » œuvre fut de renverser la pierre maudite ; il le fit » même avec une telle colère qu'on voit encore , » ajouta*t-elle, les marques de sa crosse et celles de > son pied. » — Arrivésà l'endroitdésigné, nous trouirâmes sur le sommet du tei*tre un fût de colonne en grès taillé et uni. La pierre était renversée et portait, en efiTet, deux entaillures assez semblables pour la forme à celles dont on nous avait parlé. Il y en avait sans doute assez pour motiver le récit que nous

102 TUMULUS ÉPARS OANS LE TELAT.

venions d'entendre , mais non pour déterminer h moindre corrélation archéologique entre ce fragment de colonne, tout au plus gallo-romain, et ce tumulus^ dont Fauthenticité ne pouvait être sérieusement acceptée qu'après les explorations que Itt science sollicite depuis longtemps sur ce point. II est du reste bien probable que ce sont des circonstances fortuites, peut-être très-éloignées des époques sur lesquelles nous cherchons à porter un peu de lumière, qui ont ainsi rapproché ces deux moniunents antiques. Gomment supposer que, lorsque sur le même emplacement trois villes se sont succédé sans laisser à peine quelques vestiges, une tombe celtique, un autel ou un cippe romain soit resté à l'abri des atteintes du temps et des violences des hommes?...

M. de La Lande indique trois autres tum/ulus : le premier sur le revers de la côte de Sainte-Anne , en face de Sanssac ; le second à peu de distance du Pertuis, sur l'ancien chemin de Montferrat ; le troisième près de la route de Saint-Paulien à Géauxd'Allègre. — Nous nous empressons de consigner ces renseignements, qui pourront un jour servir à d'utiles recherches ; cependant nous répétons que c'est avec réserve qu'il faut accueiUir toutes ces découvertes : le fait suivant se présente à propos pour justifier la prudence de ce conseil.

hi£tbiiiq àcbrycs mercuau. 103

Ce n'était pas toujours à la mémoire des morts que les Gaulois élevaient de ces tertres artificiels ; ils en plaçaient pour marquer les principales limites des territoires et pour servir , quand la terre était couverte de neige ou que le temps était sombre , à reconnaître la direction des routes. D*après une vieille coutume , les voyageurs devaient ramasser les pierres qui encombraient les chemins et les jeter sur de petits tas disposés de distance en distance des deux côtés de la voie publique. A certaines époques on réunissait toutes ces pierres en un monceau considérable, appelé Acervds Mergurii, parce que Mercure , un des dieux acceptés dans les Gaules avec le plus d*empressement , fut le protecteur du commerce et des voyages. — Sur les anciennes limites de l'Auvergne et du Yelay, non loin de Tendroit où le chemin de Saint-Paulien se réunit à celui de Glermont au Puy, on voit une butte qui n'a pas moins de six à sept mètres de hauteur , sur une base d'un diamètre de pareille étendue. Lorsqu'il en fut d'abord question , M. de La Lande n'hésita pas à lui attribuer une origine celtique , et, considérant la place qu'elle occupe, lui donna le nom de twmulus limitant. Quelques années plus tard, M. Desribiers , jaloux de vérifier la sincérité de cette découverte , fit pratiquer des fouilles dans toute la profondeur du tertre et put se con-

104 PK^TBIIHI ACEBYCS MEBGDMl.

Yaincre que le {mêtendu monument au Mercure gaulois était une csuvre du moy«[i-ège, au milieu de laquelle on trouYa deux pièces de monnaie ; Tune fruste, l'autre portant cette double inscrip* tion: ROBERTVS, d'un côté , et sur l'autre face , DVCIS t B f. c S'il m'était possible de hasarder une » explication , écrit l'auteur de notre statistique ,

> je ferais remarquer que vers l'époque de l'érection 9 des petits monuments dont nous parlons, époque

> constatée par la présence de nos deux pièces de » monnaie, l'égUse de Notre-Dame du Puy avait » acquis une grande célébrité ; que l'on s'y rendait » de toutes parts en pèlerinage ; que le roi de France » Robert rayait visitée en 1029(1). Ne serait-il pas » assez probable que, pour servir de guide aux pè- » lerins qui, après avoir fait leurs dévotions au » fameux tombeau de saint Julien, de Brioude, se

(1) Il est d'abord évident que les deux pièces de monnaie ayant été trouvées à plus d'un mètre de profondeur, dans rtntérieur et vers le centre du tumulu s, celui-ci est contemporain^ sinon postérieur au règne du prince au nom duquel eette monnaie a été frappée. Trouvée dans un pays qui a été sons la domination de Robert I^' et de Robert n, l'un et l'âutres camtes (T Auvergne et du Yelay , on serait tenté de la rapporter à l'un des deux, si le revers DVCIS. B. ne nous obligeait à l'attribuer à Robert, duc de Bourgogne, frère du roi de France Henri I*', qui lui céda la souveraineté de ce

PRÉTENDU ACERYUS KERGURU. 105

rendaient à l'église du Puy, on eût élevé ce signal sur le point le plus apparent de la route d'Auvergne, pour les empêcher de se jeter dans le vallon marécageux qui est entre Saint-Paulien et Polîgnac? Ce qui me parait donner quelque poids à cette opinion , c'est l'existence d'un autre monticule artificiel tout-à-fait semblable à celui que nous avons décrit et qui est précisément dans la direction à vol d'oiseau de Borne au Puy, tout auprès des vestiges d'un vieux chemin qui conduisait à cette capitale du Velay. Il est situé sur la pente nord-ouest de la montagne Sainte -Anne, à peu près à moitié trajet entre ces deux localités. Il est à présumer que ces signaux ou guides avaient été érigés en plus grand nombre ; mais que , dans toutes les parties où le terrain s'est trouvé cultivable, le propriétaire riverain les a détruits (1). »

duché en Itm. Il vivait encore en 106*4. Ainsi , Tépoque de rérection des tumulfM qui ont fait l'objet de nos recherches doit être flxée vers le milieu du onzième siècle. — Mémoire par M. Desribiers de Cheissac, Annales de la Société d'agriculture du Puy, années 1830-31, page 87.

(1) Desribiers, Mémoire, dans les Annales de la Société académique du Puy, cité plus haut.

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