‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 29 sur 131 · LIEUX OCCUPÉS PAR LES DRUIDES · texte numérisé non relu

LIEUX OCCUPÉS PAR LES DRUIDES

ces pères de la patrie dont le nom seul avait été jadis la bannière des combats et le gage des plus padilques alliances ; ce sont de simples prêtres oubliant tous les jours les traditions et les doctrines , cherchant à ressaisir par l'intrigue riufluenoe qu'il avait fallu plusieurs siècles pour conquérir, et délais^ sant dans la soUtude les dolmen du dieu de leurs ancêtres , pour courir aux mystérieuses initiations de Taran , de Bélen et de Mercure.

On ne trouve aujourd'hui aucun vestige de cromlech dans le Yelay ; car il ne faut pas confonh dre quelques pierres plantées, quelques prismes basaltiques dont le pays abonde, avec les enceintes gauloises qui servaient de sanctuaires aux premiers prêtres. Toutefois, si nous devons en croire les solutions étymologiques de M. l'abbé Sauzet, cette petite province fut jadis un centre druidique important. Voici de quelle manière cet ingénieux écrivain prétend le démontrer : — Nous citerons textuellement, comme nous le ferons toiqours en pareille matière, afin qu'on puisse prendre une idée plus exacte de la nature des documents qui servent de base à l'histoire des antiquités locales.

€ Un grand centre religieux, pareil à ceux

» qu'on remarquait dans l'Armorique, TAuver- » gne , la Bourgogne , le pays Ghartrain , exis-

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» tait certainement dans le Velay; Sdz'ac (1) et

(1) Tous les antiquaires qui ont visité les cavités spacieuses pratiquées dans les rocliers de Seiz'ac, les ont jugées antérieures à l'arrivée de César ; mais personne ne s'est oc^ cupé à en déterminer la destination. — Le mot Seiz'ac est composé de deux monosyllabes celtiques: seiz*, sept; ac, demeure. Les collèges des druides et des druidesses étaient composés de sept individus ; le nombre septénaire » de tous temps en grand bonneur dans l'antiquité , joua un rôle im> portant dans les tbéogonies et les cosmogonies. Boulanger avance que ce nombre étant composé des deux plus parfaites parités, avait été révéré de tous les anciens apocalyptiques. 11 se trouve fréquemment dans les traditions druidiques de la Bretagne et de la Normandie. On peut en citer un grand nombre d'exemples; ainsi, Seiz'ei, où l'on vient de découvrir les plu^ précieux restes d'antiquités gauloises , était la forêt sacrée des Sept; Seiz'zun, l'tle des Sept dormants , le lieu de sépulture , le cimetière des Sept (seiz , sept; 9un, zun, sommeil, d'où vient peut-être notre mot patois saûon et le somnus des Latins). — Seiz'zi , où existent des grottes visitées des curieux , ayant les mômes compartiments que celles de Seû'ac, était la demeure, le couvent des Sept; elles étaient babitées par une congrégation de druidesses dont la règle était l'inverse de celle des vestales. — Chose remarquable , Seisfac et Seiz'zi ne sont pas seulement des lieux qui ont la même destination , mais ils ont des noms qui , décomposés , signifient l'un et l'autre la demeure des Sept. Dans la langue celtique armoricaine comme dans la langue celtique proprement dite, dans l'Armorique comme dans le reste des Gaules , comme dans le Velay , on employait indifféremment les désinences di.zitti, pour babita-

116 LB THIOLLAND, SEIZAG ET BARD.

» Bord (1) n'en étaient que des dépendances; maïs » où était situé le chef d'ordre ? Nous ne pouvons là- » dessus que former des conjectures ; néanmoins » ce devait être dans la proximité de Seiz^ac et de t> Bard; et je me suis laissé aller quelquefois à j> penser qu'on saurait le trouver au village du » Thi'oirand. L'emplacement, l'étymologie du nom » s'y prêtent admirablement ; du reste , trois motion. Ainsi , on trouve dans l'Armorique Camac , Menac , Tumiac, lieux si fameux par leurs pierres alignées, etc., etc... Comme nous avons dans le Velay les désinences arinorico-celtiques zi di, ^i ayant la môme accepUon : Blavoxi^ Ànouzi, Tieuzû Mouty, Tanti, Ponenti, Rochedy, Charmty, Brandy t Chamberty, etc.^ etc. — Les grottes de Seia^ae et celles de la Terrasse réunissent d'incontestables rapports avec plusieurs de celles que les antiquaires nous ont décrites. Auprès de ces dernières , on remarque encore , quoiqa*à moitié enseveli sous des coucbes de terre , le trilithe sur lequel les druides accomplissaient des sacrifices pour honorer la divinité. (Origin, étym, du Velay , par l'abbé Sauzet.)

(1) Gomme la religion voulait que les congrégations des druides et des druidesses fussent rapprochées , on peut penser qu'une corporation de druides florissait quel«iue part non loin de Seiz'ac, Hais où ? Qui peut nous l'apprendre? Etait-ce près d'Allègre , comme l'ont pensé quelques penoDnes? Au mont de Bard? Au centre môme du cratère , eoirat alors de l'ombrage obscur et profond de la forêt? pft doH enfin les druides et les bardes réunissaient-ils ce gml nombre de jeunes gens pour les iniUeraux uàÊmùtêuM

LB THIOLUND, SEIZAG ET BARU. 117

» nosyUabes d*ane grande signification concourent 1 à la composition du mot, thi, dieu ; o//, toute ; » cmd, terre (terre toute de Dieu). — Il y eut pro- > bablement là un sol consacré à la divinité, un » sanctuaire , une résidence , tout au moins un 1 domaine appartenant à la classe sacerdotale des » druides, dont le produit était affecté à leur entr&- » tien et aux dépenses du culte. On ne peut révo-

cultes de leurs mystères? L'étymologfe du mot Bard favorise singuUèrement nos conjectures. Dans tous les dialectes , celtique , gaëlic , armoricain , le root ba/rde signifie chantre , poète , parmi les druides. Si les archéologues ont pu faire de Mont'D'nk , dans l'Auxols , le Mons Druidcbrum de la Bourgogne sans autres motifs , à peu de choses près , que 1 étymologie, serons-nous moins fondés à faire dériver Mont- Bord , de Mons Bardorwm , alors sui-tout que nous pourrons nous appuyer sur quelques traditions locales. — Une autre preuve viendrait en outre fortifier cette conjecture; preuve indirecte , mais précieuse dans cette absence de témoignages directs et décisifs. — On reconnaît assez communément qu'il a existé sur le Mont-Bard, pendant l'époque romaine , une vigie ou camp d'observation permanent. Or , l'existence seule de ce camp ferait présumer , à mon avis , la préexistence dans les mêmes lieux d'une réunion de druides ou de bardes , etc., etc... — Voir le Mémoire sur les Origines étymologiques du Velay, par H. Sauzet , chanoine, — mémoire que nous nous faisons un devoir d'indiquer sans nous rendre néanmoins solidaire de toutes les idées qu'il renferme.

118 LE THIOLLANO. SEIZAG ET BARD.

» quer en doute que les druides n'eussent des t^res 7> particulières dont ils tiraient les revenus. On voit, » en effet, dans un titre de Tan 1222 , que le clergé » d'Annonay possédait certaines redevances appe- » lées drualia ; nom, dit l'historien, qui dérivait » du mot druide, parce que les druides en avaient » joui avant eux. — La position du lieu vient en- 1» core fortifier mes conjectures. Le Thiolland était » placé dans le centre d'une vaste forêt qui couvrait » alors laplus grande partie des montagnes et des val- » lées de la contrée. Il y avait d'un côté Seiz'aCj ré- » sidence d'une congrégation de druidesses, de Tau- » trele cratère deBard, séjour présumé d'une corpo- » ration de bardes. L'existence de cette forêt est iiip contestable ; elle a laissé son nom celtique au bourg » de Lhoud (forêt ; demeure de la forêt) .... (1). » Evidemment, on ne saurait accepter comme documents historiques d'une grande- importance de

pareilles appréciations. Quelques noms de lieux, que le temps a plus ou moins altérés et que l'étymologiste décompose ensuite pour en extraire un sens favorable à son système, n'ont pas une puissance bien décisive. Cependant, il ne faut pas repousser complètement et sans examen ces ingénieuses so-

(1) Mémoire sur les Origines étymologiques du Velay^ par M. Sauzet, chanoine de la cathédrale du Puy.

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lotions de Tantiquaire; souvent elles guident les recherches avec utUité • Seules, elles sont insuffisantes ; mais elles ne sont pas sans force quand elles iriennait s*upir à d'autres témoignages.

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