‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 44 sur 131 · LÉGENDE DU LAC DU BOUGHET · texte numérisé non relu

LÉGENDE DU LAC DU BOUGHET

9 avez faim, voyez ma profonde misère...; n'importe, » entrez, mon hôte, j'ai là une chèvre dont j'ai » vendu les chevreaux, j'ai un peu de farine, et » tandis que vous vous reposerez sur ce banc, je » pétrirai un pain, je trairai ma chèvre, puis nous » partagerons ce frugal repas. — Eh quoi ! s'écria » le vieillard, est-ce donc ici, dans cette chaïunière » désolée que se trouve la seule âme accessible à la » pitié ! Méchantes gens malheur à vous ! — Femme, » ajouta-t-ii, ne perds pas un instant, prends ta » chèvre, suis ce chemin sans te retourner, quelque » bruit que tu puisses entendre , et fuis ces mau- » dites contrées que Dieu va punir...? » A ces mots, le vieillard , dépouillant son enveloppe mortelle , disparaît dans une éblouissante clarté. — Encore émue de cette miraculeuse apparition , la vieille de la montagne se hâte d'obéir; mais à peinQ est* elle arrivée au sommet du pic voisin que sa chèvre pousse des cris lamentables, la terre tremble, le ciel s'obscurcit, les nuages tombent du ciel comme de noirs rideaux, un bruit affreux remplit l'air et glace d'épouvante la malheureuse femme. En ce moment terrible elle oublie la défense que Dieu vient de lui faire; la curiosité la pousse, elle se retourne : ô prodige! la ville a disparu, un lac immense, noir, bouillonnant est à sa place et vi^it d'cnglouUr toute une population maudite.... Efifrayée

de ce qu'elle voit , la fugitive veut hâter le pas ; il est trop tard , ses pieds sont à jamais fixés au rocher; elle et sa chèvre sont changées en pierre. — Ce fut pour perpétuer la mémoire d'un aussi grand prodige que les nouveaux habitants élevèrent une croix à l'endroit de cette métamorphose et lui donnèrent le nom de Croix de la chèvre.

En dehors des circonstances que nous avons sommairement indiquées et du fait particulier rapporté par Grégoire de Tours, fait auquel il serait, du reste, difficile de fixer une date précise, nous ne saurions rien trouver de spécial au Velay. Le mouvement religieux, politique, industriel, dut être à peu près le même partout. C'est donc dans les histoires générales qu'il faut aller puiser cet ensemble de documents dont l'étude est indispensable Pour apprécier comme il convient cette époque obscure et lointaine. — La civilisation de l'empire dàangea tellement l'aspect du territoire et révo- '^^tionna avec une si grande promptitude les an- ^ques coutumes gauloises, que les souvenirs an teneurs à la conquête étaient déjà perdus quand le ^«^tholicisme vint renverser l'œuvre romaine pour i^ter à sa place la fondation d'une société nouvelle* ^^ ignorait déjà et les druides et leurs doctrines.

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Le peuple s'arrêtait ébahi en face des vieux dolmen, attribuant aux puissances mystérieuses de l'air les travaux que son ignorance ne pouvait expliquer. Pour lui, la fée, cette création poétique, charmante de la rêveuse pensée du moyen-âge, expliquait toutes les merveilles, tous les problèmes dû passé , il ne croyait plus aux déesses, et l'ange consolateur de la foi chrétienne, caché sous le voile de ses blanches ailes, essayait encore dans le ciel les doux préludes de sa harpe d'or.

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