‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 5 sur 131 · CARACTÈBE DOMINANT DE CETTE HISTOIRE · texte numérisé non relu

CARACTÈBE DOMINANT DE CETTE HISTOIRE

bras , ils partaient avant le lever du soleil , et depuis la première flèche qui frappait dans Tair l'alouette matinale jusqu'au matras qui , le soir, surprenait dans sa bauge la laie entourée de ses petits , ils ne voulaient point de repos. C'était chez eux une grande honte de rapporter ses armes sans qu'elles fussent rougiespar lesang; aussi ne rentraient-ils d'ordinaire au logis que chargés de gibier et lorsque la nuit était déjà profonde.

Tel pays , telles gens. A chaque pas , le voyageur rencontre sur ce sol calciné la trace de quelque humaine douleur. Partout châteaux-forts sur rocs , monastères armés , villes et bourgades ceintes de murs , ^lises couronnées de tours et de crénaux. Depuis le premier jusqu'au dernier jour de la féodalité , prélats , barons , bourgeois , menu peuple , se querellent , se battent , se dépouillent. Entr'eux , plus la guerre continue , plus la misère s'accrott, et la misère qui renaît , c'est la guerre encore. Chez ce peuple toujours en alarmes , les souffrances de l'âme se manifestent avec autant de vivacité que les rigueurs matérielles de la vie (1). Si Toppres-

(1) Aqx alentours de Biotord , de Saint-Bonnet-le-Froid , de CbaudeyroUes , de Freyssenet, de Gbampclause , de Montusclat, dePrésaiUes, deSaleUes, de Lafarre, de Saint- Paul-de-Tartas , de Rauret , de Séneujols et de Sainl-Rémy,

CAIACT&HE DOmNANT DE CETTE HI8T0IIIE. 19

seur , abrité dans ses forteresses inaccessibles, s'abandonne avec audace aux instincts de sa tyrannie , Topprimé , enfant de race libre , ne courbe pas une seule fois la tète qu*un sang impétueux ne lui vienne au visage. Gomme le vautour ou le milan » Taltier suzerain se pose sur les cimes aiguës qui do* minent le plus large horizon pour se faire un domaine de ce que son œil parcourt , une proie de tout ce que ses serres peuvent étreindre ; semblable au sanglier rendu furieux par les ardentes poursuites de la chasse, le vassal montagnard, trop longtemps excité , se rue plein de rage sur les obstacles de sa route ; rien ne Farrète.

Ces caractères, énergiquement tracés et dram&-

on voit de pauvres familles que plus de six mois de neige reUeonent tous les ans captives dans de miséraliles cabanes, dans de sombres étabies. Elles n'ont pour s'échauffer que l'bumble haleine du bétail , que l'épaisse fumée des mottes d'herbes sèches qui servent à cuire leurs g^rossiers aliments. Elles couchent sur la paille , mangent des pommes de terre et de rudes salaisons. Dans ces escarpements solitaires, restés inaccessibles aux germes que fécondent l'intelligence et le travail , la misère e^t profonde. Cependant , bâtons-nous de le dire , les patients efforts de l'agriculture font chaque jour de nouvelles conquêtes. Sans doute l'aisance sera lente k venir , mais ce ne sont pas les richesses qu'ambitionnent ces malheureuses gens , c'est le pain noir qui soutient la vie

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tiqucment mis en scène dans de nombreux épisodes, donnent à cette époque de nos annales un sérieux intérêt. Ce n*est même qu'à partir de ce temps, de déplorable souvenir, que commence la véritable histoire du Velay. Les événements des siècles antérieurs se trouvent, dans cette province, couverts d'une telle ombre, que l'archéologie s'épuise souvent en pénibles efforts et soulève à grand'pcine un coin du lourd rideau. Pour quelques antiquités qui rappellent la foi primitive des druides et la splendeur du paganisme sous les héritiers de César, combien de fragments inintelligibles !... Sans doute les débris de monuments ont une puissante autorité historique quand ils sont assez nombreux, assez conservés pour porter un témoignage irrécusable; mais s'ils sont tellement mutilés, morcelés, épars qu'on ne puisse les coordonner qu'à l'aide de conjectures, la science alors n'a rien de décisif et se transforme sous la plume d'un ingénieux antiquaire en jeu d'esprit plus dangereux qja'utile. Il faut donc marcher avec une grande prudence à travers les ruines celtiques ou gallo-romaines ; mieux vaudrait peut-être ne rien dire plutôt que de s'aventurer dans de téméraires interprétations. Cependant , on peut toujours être utile quand on sait se contenir dans une sage réserve. C'est pourquoi, pour que notre travail soit complet, nous consacrerons les deux

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premiers livres de cet ouvrage à Texamen des différentes opinions émises jusqu'à ce jour sur les antiquités Yellaviennes, et nous rechercherons quelle part de confiance on doit faire à de pareils documents. Cette manière de procéder nous permettra de recueillir dans un ordre chronologique les seuls matériaux qui nous restent; et si ces matériaux sont insuffisants pour composer rentière histoire, du moins ils serviront à perpétuer, en les classant, les souvenirs primitifs de la contrée.

On comprend que les pays d*une importance considérable durent prendre à toutes les époques une part plus ou moins active aux destinées générales, et vécurent d'une existence assez indépendante pour que le récit des événements qui les concernent forme aujourd'hui un corps homogène et complet. Ce qui est vrai pour de grands territoires, ne l'est pas également à l'égard de provinces cUentes ou sujettes, obligées d'abriter leur faiblesse sous une égide protectrice. Chez celles-ci, point d'initiative possible, rien de ce qui rend mémorables les hommes et les choses. L'action y laisse rarement un profit , parce que , l'impression venant du dehors , le motif est presque toujours sans un intérêt local. Chez les autres , au contraire , la force inspire des désirs, fait triompher des volontés. On n'est pas satisfait de se maintenir, on veut augmenter

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