‹ Histoire du VelayChapitre 11 sur 125 · CATHERINE. — L^HOSPITAL · texte numérisé non relu

CATHERINE. — L^HOSPITAL

LES TRrcMVIRS

Avant de poursuivre notre histoire, si nous jetons les yeux sur le centre politique d'où partait Timpulsion fatale dont nos provinces étaient si cruellement ébranlées, nous pourrons facilement comprendre ces douloureuses alternatives qui désolèrent la France sous les trois malheureux fils d'Henri II.

Les derniers événements dont nous avons parlé se passèrent en 1562, c'est-à-dire pendant la troisième année du règne de Charles IX. Ce prince n'avait pas treize ans encore et, comme son frère, grandissait sous l'influence de l'astucieuse Médicis qui , pour rester seule maîtresse, ne recula devant aucun sacrifice d'affection, d'estime ou de reconnaissance.

GATHEMNE. — l'hOSPITAL. — LES TRIUMVIRS. 73

Craintive autant qu*ambitieuse, elle flattait ceux qu'elle avait combattus et repoussait avec adresse ceux qui lui semblaient prendre trop d'autorité. Son principe était la division des partis, son moyen la dissimulation, son but la puissance réelle entre ses mains. Aussi, se rappelant, pour en tirer profit, les dangers de cette politique d'exclusion qui n'avait fait des Guise qu'une famille impérieuse, des autres que des mécontents, elle appela près^d'elle chaque chef des opinions dissidentes, le roi de Navarre, le prince de Gondé, le duc de Guise, Coligny lui-même, les honora tous de ses confidences hypocrites et les trompa tour-à-tour.

Catherine affectait sur les questions de la foi une irrésolution calculée d'après les circonstances. Dé- TOte ou incrédule au besoin, rien ne lui paraissait illégitime pour affermir son sceptre. Catholiques et protestants furent protégés, furent abandonnés par elle, suivant que les uns ou les autres la servirent ou l'inquiétèrent. Sa cour était l'asile de la corruption , sa police veillait dans l'ombre, même sous les voiles de Tamour ; il n'était pas jusqu'à ses femmes, esclaves de ses desseins, qui ne vinssent fouiller au fond du cœur de leurs amants pour en arracher le secret qu'elle voulait savoir.

Cependant , soit qu'elle comprit à l'égoïsme de

74 CATHERINE. — l'HOSPITAL. — LES TRIUMVIRS.

ceux qui s'agitaient autour d'elle qu'ils n'auraient point assez de dévouement pour servir l'Etat et sa cause y soit qu'elle craignit de leur confier des armes dangereuses, soit enfin qu'elle voulût faire à son visage un masque de vertu en empruntant les traits du plus honnête homme de son royaume , il faut dire , à son honneur , que le chancelier de l'Hospital fut longtemps , par son appui , au sommet du pouvoir.

L'HospiTAL , un des plus magnifiques caractères de notre histoire, paraît au milieu de cette cour corrompue semblable aux vieillards homériques de la sévère antiquité. On le voit s'avancer à travers les orages, calme, vertueux, intrépide, laissant sur son passage, en dépit de la haine, des leçons et des exemples pleins de grandeur. Conseiller au parlement depuis François I*'^, surintendant en la chambre des comptes sous Henri II, il est désigné à François II par Catherine de Médicis et M. de Lorraine comme le citoyen le plus digne de remplir les hautes fonctions vacantes par la mort du cardinal Olivier. L'un et l'autre espéraient que, reconnaissant d'une fortune aussi brillante qu'inespérée, il se ferait le docile instrument de leurs projets. Cependant, Michel de l'Hospital, nommé chancelier de France, ne cherche point s'il doit plus aux Guise qu'à

CATHERINE. — l'hOSPITAL. — LES TRIUMVIRS. 75

la reine-mère; il se souvient seulement de ce qu'il doit à rtiumanité, aux lois et à sa patrie.

Dès son entrée aux affaires, THospital fait rendre Yédit de Romorantin, qui brise le tribunal de l'inquisition. Aux états généraux d* Orléans et de Pantoise, devant le parlement^ au colloque de Poissy^ kV assemblée de Saint-Germain, il s'élève sans cesse avec une énergique indépendance et contre les abus de l'Eglise et contre ceux qui prétendent la réformer les armes à la main. A ses détracteurs jaloux que l'ambition tourmente , que sa parole importune, il répond avec fermeté : < Je sais » parfaitement que j'aurai beau dire, je ne désar- » merai pas la haine de ceux que ma vieillesse » ennuie. Je leur pardonnerais leur déchaînement V et leur impatience s'ils étaient bien assurés de i> gagner au change ; mais quand je considère tout » ce qui m'entoure, je serais tenté de leur adresser » cette réponse d'un bon vieil homme d'évêque qui » portait comme moi une grande barbe blanche, et » qui, la montrant à ses nombreux détracteurs, se » contenta de leur dire ; Quand cette neige sera * fondue^ il n'y aura plus que de la boue. »

Tous les efforts du chancelier tendaient à ramener la paix dans le sanctuaire. Un instant il crut y être arrivé par la promulgation du célèbre édit de jan^ vicr 1562; mais ce fut précisément cet édit juste et

76 CATHERINE. — l'hOSPITAL. — LES TRIUMVIRS.

sage qui, venant tout-à-coup émanciper les protestants jusque-là persécutés, les excita à la plus sanglante réaction. Les moines ne trouvèrent alors que trop facilement, par les attaques dont ils devinrent victimes, la justification des anathèmes lancés contre leurs ennemis, et ils en profitèrent à leur tour pour soulever les populations catholiques . De là les cruels massacres qui , dans les deux partis , remplirent Tannée 1562, ouverte pourtant sous la pacifique ordonnance du chancelier.

Nous avons dit quels ravages désolèrent notre petite province ; chaque pays pourrait aussi raconter ses malheurs, car partout ce fut comme un signe de mort. Paris, Toulouse, Tours, Amiens, Sens, Cahors , Vassy ont , dans leur histoire de cette époque, une page teinte de sang.

Guise n'avait pas vu sans colère Catherine de Médicis s'éloigner de lui pour prêter l'oreille aux conseils de Condé ou de Coligny. Dans cette affaire, la perfidie politique l'indignait autant que l'indifférence religieuse. Lui qui, sous l'autre règne, s'était placé dans la confiance presque exclusive de la cour, ne pouvait pardonner à la reine et au chancelier cette prétendue tolérance qui rapprochait du pouvoir les seigneurs que sa famille jalouse avait eu tant de peine à en écarter. Il sentait l'œuvre de son

Page 1