LA FOIRE DES ROGATIONS AU PUT
Les choses furent exécutées comme elles avaient été convenues (1), et Tennemi, effrayé sans doute par un si formidable appareil, ne parut pas, s'il est vrai que ce jour-là un ennemi dût parattre.
(1) Fut faicte la revue et monstre générale de la ville du Puy par le seigneur capitaine-mage, après estre establi, ordonné et appoincté tout le narré ci- dessus, le dimanche des Rogations, 35 de mai. Le capitaine-mage était accompaigné d'environ quatre cents arquebusiers marchant de cinq en dnq avec fifres, trompettes, tambourins et enseigne déployée audevant du porteur d'enseigne. A un bon espace alloit tout seul en avant le roi des arquebusiers.
M88, de M£Dicis> tome II, feuillet 323 et suiv.
LE CITOYEN JACQUES GUiTARD
En ce temps-là il y avait au Puy un citoyen plein de cœur et d'audace qu'on appelait Jacques Guitard. Un des premiers il accueillit les idées nouvelles et se voua à leur triomphe avec tant d'énergie , qu'il devint bientôt la terreur des catholiques de sa province. C'était lui qui avait guidé Blacons à travers les chemins tortueux de nos montagnes jusque devant sa ville natale , c'était lui qui avait donné aux ennemis tous les renseignements sur les points à attaquer, les positions à prendre, les châteaux à détruire. Il était si ardent à l'œuvre , qu'il ne voulut même pas quitter les religionnaires tant qu'ils restèrent dans le Velay. On eût dit qu'il s'était imposé la mission d'anéantir la puissance temporelle du haut clergé et l'oppression féodale. Ce n'était pourtant pas l'ambition qui poussait ainsi cet homme;
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malgré son activité, nous le retrouvons sans cesse modestement confondu dans les rangs obscurs. Ce n*était pas non plus cette honteuse cupidité de la foule qui n'aime que le désordre. Jacques Guitard semblait avoir compris la pensée révolutionnaire, qui déjà se répandait sur toute la France. Homme du peuple , il voulut se faire apôtre populaire. Aussi , comme tous les esprits violents et excités par une ardente conviction, enivré par cet enthousiasme du moment qu'on ne peut bien concevoir que lorsqu'on le partage, s'était-il d'avance résigné auxplus douloureux sacrifices pour assurer le succès de ses doctrines. A ses yeux, le pays gémissait sous une double tyrannie. Pour le délivrer, confondant hommes et choses, principes et sophismes, il s'attaqua aux institutions, renia le catholicisme, comme si les lois et la religion devaient être solidaires des excès commis en leur nom. C'est là l'erreur de ces natures impatientes et téméraires qui compromettent souvent les meilleures causes en mettant à leur service des passions sans frein et des exigences sans limites.
Médicis appelle Guitard un traître, un infâme, parce qu'il ne voit exclusivement en lui que le renégat qui déserte ses croyances, que le rebelle qui s'arme contre le gouvernement de son pays. Du point de vue où est placé notre vieux chroniqueur,
LE CrrOTBN JACQUES GDITARO. 89
peut-être comprendra- t-on la sévérité de son jugement. Cependant, si nous dégageons la question de toute préoccupation religieuse pour n'envisager que la situation politique, si nous tenons compte surtout du grand mouvement social auquel prenaient une part si énergique tant d*illustres familles du royaume et auquel un modeste ouvrier pouvait bien se laisser naturellement entraîner alors que tant de légitimes séductions faisaient battre son cœur, Guitard ne nous semblera ni si odieux ni si criminel. Plus qu'un autre il sentait le prix de l'affranchissement. Il était dans sa ville comme le représentant direct de cette classe laborieuse à laquelle le mouvement semblait devoir le plus profiter. Artisan, fils de ses œuvres , l'oppression le révoltait. Il saisit ime occasion favorable de secouer le joug et, sans plus réfléchir, s'abandonna à toute l'impétuosité de ses convictions.
Jacques Guitard, à la tête de trois ou quatre cents de ses compagnons , s'était retiré dans le camp des relîgionnaires lorsque sa femme , qui était demeurée au Puy , vint à accoucher. Ce simple événement occasionna une vive émotion dans la i^ilie. U s'agissait de décider à quelle religion allait appartenir l'enfant de l'apostat. Nul doute que si le père eut été présent il n'eût tenté de faire prévaloir son droit. Mais les caUioliques profitèrent de son ab-