LE CITOYEN JACQUES GUITARD
sence et, comme ils n'admettaient point que les doctrines insurrectionnelles de Luther et de Calvin pussent jamais être sérieusement acceptées, ils s'emparèrent du nouveau-né. Le seigneur évéque voulut lui-même lui servir de parrain, et le baptême se fit avec une éclatante solennité (1).
A quelque temps de là, c'était après la chute du triumvirat^ le gouvernement ayant garanti la sincère exécution de l'édit de janvier 1562, les religionnaires suspendirent les hostilités et reparurent au milieu de leurs concitoyens pour jouir en paix de concessions si longtemps disputées. Mais, à leur tour, les catholiques, qui pendant une année entière avaient refusé de reconnaître l'édit, allaient-ils se soumettre fraternellement à une transaction obtenue par la mort de leurs chefs? Une paix ainsi sanctionnée pouvait^elle être durable? Void un fait qui les résume tous.
(1) Sur le commencement du mois de juilhet, la femme de ce vilain apostat Jacques Guitard flst un enfant duquel ftit compère le seigneur évesque du Puy et aux baptisailles duquel y eut grant pompe de ménestriers, harquebusiers et taborins, Et bientost après, la femme de Hugues d'Avignon, hostelier, lit ung autre enfant duquel fut compère ung capitaine appelé Laforest, où fut faicte semblable pompe que dessus. Et allant et retournant y assista ledit seigneur évesque avec les dames. M98, de MÉDicis, tome U, feuillet 324, verso.
LE ClTOTEIf lACX^UES GUTTARD. 91
Guitard, depuis peu rentré au Puy, était un soir assis devant sa porte au moment où un certain Arnaud, cuiratier, qu'il savait être son ennemi, passa plusieurs fois pour le narguer (1). Persuadé de quel* que méchante intention, Guitard 8*ayança vers cet homme en lui demandant pourquoi il passait si souvœt et de cette façon? Arnaud répondit : < C'est pour toi , je vais te le prouver. » Aussitôt il dégaina promptement son glaive. L'autre , qui se tenait sur ses gardes, sortit im coutelas, et ils se battirent. Heureusement , quelques femmes qui étaient là forcèrent le calviniste & rentrer dans son logis. Mais, par malencontre, un voisin nommé Raymond, orfèvre, prit son parti et continua immédiatement sa querelle, c Cependant, ajoute le cbro<- » niqueur, Arnaud, homme vertueux autant que de » grand cœur, eut bientôt contraint ce second ad- » versaire à imiter le premier et resta maître du » champ de bataille. »
(1) En vertu de l'édit, Guitard était rentré dans sa maison ; .mais, parce qu'il avoit tourmenté les habitans de la ville par le icoyen du siège qu'il avoit conduictran 1563, les haMam, même Us petits enftms, s'étoient mis en devoir, lui étant en son tablier, de Vouirager et faire beaucoup d'opprobres et molestations t jusqu'à lui cracher au visage, V appelant: le porc Guitard.
Manuscrit original de Jean Burel, tome I, page 10.
92 LE GITOtBN JACQUES GUITARO.
Le cuiratier étail doAe dans la rue à recevoir les féHotttttkms-éM^ins et des autres accourus par curiosité, lorsque (toilt^à-cotrp'^tine grêle de pierres lancées des deux maisons vint blesser une grande quantité de personnes et frapper si yiolemment le principal auteur de cette scène , qu'il tomba comme s'U était mort. — Il n'en fallut pas davantage, c Le bruit » se répandit aussitôt par toute la ville, dit le chro- » niqueur, que ce malheureux larron huguenot, Jac* » ques Guitard, venait de tuer Arnaud, brave, vaillant > et adroit ouvrier. » Des groupes se formèrent de distance en distance, dans lesquels chacun racontait le crime d'une manière différente. Enfin, l'émoi devint tel en quelques instants, que toutes les cloches de la cité sonnèrent pour convier le peuple à venir sur le champ occir l'hérétique. Les uns couraient par les rues en battant du tambour, d'autres en tirant des coups de pistolet. La demeure de Jacques Guitard fut en un instant bloquée, et lui, dans ce péril extrême , eut encore la témérité de décharger ses armes sur cette multitude en fureur.
« Cas scandaleux, cas inouï, reprend Médicis, » qui davantage aigrissoit les gens à plus forte )» sédition. Alors on trouva assemblé grand nombre » de peuple, faisant clameurs et cris effroyables. Ils » étaient décidés à avoir Guitard vif ou mort, et di- » soient : Ce sera mal fait di on n'abat sa maison.