ANTOINE ET MAGDELEINE DE SBNECTERRE
> pas un bourreau. G*est pourquoi^ eux et moi. 1 supplions Votre Majesté de ne vouloir employer » nos bras qu*en choses faisables... » Quelques jours après Orte était empoisonné. — Le comte de Tende, commandant en Provence, tint le même langage et subit le même sort. Le comte de Cordes en Dauphiné, Ghabot-Charni en Bourgogne, Saint-Hérem en Auvergne, la Guiche dans le Maçonnais, Jean Hennuyer, évêque de Lisieux, qui s*étaient, dans les combats, montrés défenseurs ardents de la foi, refusèrent avec courage le rôle odieux qu'on voulait leur imposer.
Quand Monseigneur du Puy, Antoine de Senecterre, reçut le fatal courrier, son âme s'indigna d'un pareil ordre. Il lui était facile plus qu'à tout autre d'anéantir jusqu'au dernier des hérétiques de son diocèse ; mais, pasteur évangélique, il voulait persuader par sa parole ; noble et belliqueux prélat, il tenait à vaincre loyalement les armes à la main.
Il avait déjà fait preuve de zèle, on peut dire même de rigueur pour le service de la cause catholique , toutefois courageusement, aux risques de sa vie. On se souvenait encore auMezenc de l'héroïque délivrance du monastère des chartreux (1), et nos montagnards,
(]} Le sénéchal de Rochebonne et i'évêque Antoine de Se-
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surpris de voir une cuirasse d*acier si bien couvrir la poitrine d*un prêtre, ne tardèrent pas à savoir qu'une fois sorti du fourreau le glaive épiscopal était aussi redoutable que celui des plus hardis chevaliers.
Senecterre possédait, en effet, une de ces natures qui joignent à une énergique volonté Fintelligence et le courage nécessaires pour la faire triompher. Avant d'arrêter une résolution, il avait examiné prudemment quel bénéfice pouvait en retirer sa cause, quelle gloire devait en rejaillir sur son nom. Rarement il prit Tinitiative, souvent au contraire il chercha à modérer la trop irascible impatience de ses amis. Mais, dès qu'il avait reçu quelque offense, dès qu'un imprudent adversaire s'était avancé trop près une arme à la main, alors nul homme de guerre ne se montrait plus résolu, plus vaillant, plus implacable .
 son caractère martial, à son dévouement reUgieux et chevaleresque pour ses opinions, aussi à la noblesse de son maintien, à la beauté de son visage, il était facile de reconnaître en lui le frère de Magde-
necterre se portèrent, en 1569, sur la chartreuse de Bonnefoy, dont s'étaient emparés les religionnaires et où ils avaient fait mourir le prieur, avec trois religieux. Le couvent fat repris et la garnison passée au fli de Tépée.
Deribier de Cheissac (Statistique du dépwrttmeiU de la Haute-Loire»)
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Icine de Senecterre, la charmante héroïne, la nouvelle Glorinde, comme rappelle un gracieux écrivain son compatriote (1). Pourtant, quelles destinées difiérentes l'un et l'autre accomplissaient en ce monde ! . . •
Magdeleine, mariée au seigneur Guy de Miremont, resta veuve de bonne heure. Elle était riche, belle, jeune et, ce qui la rendait plus charmante encore, il ne se trouvait nulle part de femme plus vertueuse. Les adorateurç se pressèrent bientôt autour d'elle, mais la fière amazone, ainsi qu'on l'avait surnommée, repoussa tous les hommages. Eprise d'enthousiasme pour la liberté, elle sentit son esprit entraîné par la séduction de la réforme et son âme émue par le spectacle des malheurs de sa patrie. Résolue à prendre sa part de périls, elle voulut servir ses convictions avec les armes, et désormais ne plus aimer que la gloire.
Soixante jeunes gentilshommes bardés de fer, et dont la brillante armure couvrait des cœurs amoureux, lui servaient de continuelle escorte. Un mot, uiî seul regard, et la troupe docile s'élançait sans mesurer l'obstacle. Magdeleine s'était avancée jusqu'aux portes deRiom'et de Clermont, s'était emparée de
(1) Précis de M. Chasteau-Dubreoil, membre de la société académique de Clermont-Ferrand, sur les guerres religieuses en Auveii^ne.