ANTOINE ET MAGDELEINE DE SENECTERRE
plusieurs bourgs, de plusieurs châteaux, et ne craignit même pas de livrer bataille en pleine campagne. Le seigneur de Montai , lieutenant du roi dans la Haute-Auvergne, fut vaincu par elle en diverses rencontres. Ces échecs lui revinrent plus tard en mémoire et le décidèrent à tenter le siège du vieux manoir de Miremont. c Mais, dit M. Ghasteau-Dubreuil, Mon- » tée sur un cheval fougueux que sa main flatte et » maîtrise, subjuguant les cœurs par tous les char- » mes de Tesprit , de la jeunesse et de la beauté,
> Magdeleine transporte et contient à son gré, selon
> le besoin de ses habiles manœuvres, l'ardeur de » cette foule de jeunes guerriers au noble sang, que » l'amour et la gloire ont, de tous les châteaux voi- » sins, fait voler sur ses pas. A la dernière de ces sor- » lies brillantes, où son sang-froid éclate autant que » son audace, la visière de son casque levée, son fer » croise le fer de Montai et l'abat ; et, enfin, après 1^ mille prodiges de valeur, après cinquante jours » d'un siège opiniâtre, son glaive disperse les tentes s des catholiques et sauve Miremont, que neuf cents j> coups de canon ont vainement foudroyé. Au bruit » du vaillant fait d'armes de cette nouvelle Clorinde,
. » car on se croirait au plus beau temps delà cheva- » lerie, • Ventre saint gris, s'écria Henri de Navarre » qui se connaissait en gloire, si je n*éktris pas roi^ » je voudrais être Magdeleine de Senecterre ! •
ANTOINE ET MAGDELEINB DE SENEGTERRE. 117
.\ntoine, son frère, s'était voué à l'Eglise dès son jeune âge. Fidèle à ses premiers serments, il aimait cette flile du Christ, et son amour pour elle grandissait de toutes les persécutions du siècle. Cadet d'une noble famille d'Auvergne, il était entré dans les ordres, comme tant d'autres, suivant l'usage. Mais quand l'hérésie vint attaquer celle qui, en lui mettant au doigt l'anneau d'or, l'avait pris pour époux, son .honneur de gentilhomme peut-être autant que sa foi de chrétien, éveilla en son cœur un jaloux orgueil. Il voyait le trône pontifical ébranlé, les positions ecclésiastiques compromises, la voix des conciles méconnue, le culte proscrit. Tous ces intérêts réunis ranimèrent encore sa ferveur, exaltèrent son courage. Il se fit deux cuirasses ; une de bronze pour préserver son corps des balles, une d'inflexibles croyances pour sauver son àme et l'aguerrir contre les séductions périlleuses de l'hérésie. C'est avec cette double défense qu'il s'avança contre ses ennemis.
Il marchait le premier et dépassait les plus grands de sa troupe de toute la hauteur de la tête. Monté sur une mule caparaçonnée, on l'aurait pris pour un des vieux chevaliers du temps de Charles VI. Son armure noire lui faisait au premier abord un aspect sinistre, mais la riche croix d'or qui pendait sur sa poitrine, les cinq fuseaux d'argent sur fond