CHRONIQUE
COHCBilNANT L'IGNOMINIEUX OUTRAGE ET VIOLENCE FAIGTS AU DivOT IMAGE DU SAINCT CRUCIFIX ESTANT AU PETIT CIMSTIERRE SUR LE BREULH.
Sft à remémorer, que l'an mil cinq cens vingt-trois, du Inssin desimos de la paroisse de Savuet-Pierte-le-Monestier, fust eoastmit ao petit cimetière d'icelle paroisse un oratoire où il y. avoit un dévot crucifix, au carré de la partie devers la ville, lequel estoit vénéré des passans, allans et vepans , et tenu en grand révérence pour la résulgence de continuels miracles qa*on rapportoit y avoir esté faicts.
Advint que, Tan comptant après la naissance de Jésus-Christ h. dzzxxix» sur la nnict du Inndy sainct, quiniiesme du mois d'apvril, quelque mallieoreux plain d'iniquités, vicieux seélératissime, esloignédelagr&ceet bonté de Nostre Seigneur, ennemy héréditaire de nostre saiocte Foy, estant assex k présumer sectateur et complice de ces interdicts anathématisés, faux hérétiques, modernes luthériens, rua contre ledict image du sainct Cmciflx grosses pierres par coups réitérés, et tant s*y porta mesehantement qu'il lui rompit, mutila et froissa corps et bras et jambes ; et autres blessnres lui flst dont les pièces ainsi desmembrées on trouva h terre sur le matin, mardy sainct, 16* du mois. Lesquelles pièces ainsy trouvées, fust, dès incontinent, ce malheureux faict divulgué par la ville, en telle sorte que chacun couroit en celle part. Et voyant ce vilain de sa cruelle inhomanité, n'y avoit personne qui ne pleurât inconsolablement, et en y enst qui par fervente dévotion emportèrent des pierres dont y celuy dévot Crucifix avoit été battu, martyrisé, rompu et dilacéré, les extimant et tenant comme précieuse relique.
Le bruit de ce scandale tantost fut dilaté partout, lequel estoit de profonde considération et touchoit l'heur de beaucoup de fidèles ehrestiens, tant ponr l'outrage faict \ notre Rédempteur qu'à la benoiste dame la vierge Marie sa très doulce mère, nostre patronne et maîtresse. Considéré
que, en sa maison qu'est dicte U vUU du Puff, et laquelle on nomme Noêire JHme du Pny, on avoit martyrisé, brisé, dilaeéré et rompa braa et jambes à l'imiife de .son précieux enfuit, et aussi grand outrage faiet aux babitans d'ycelle ville, qui sont vrais, entiers et idèles chrestiens,
enracinés en lasaincte foy catholique Que vous dirois-je? ce matin
vous eussiez vu le peuple du Puy par troupes, parlant les uns entre les autres de ce scandale et prêts k recevoir à celle cause quelque grand s^plice par divine punition.
Ce^dioses e>taot ainsi de: couvertes, Monseigneur Messire. Christophe DarzoD, évesque de Troyes, suffragant de révérend père en Dieu, Monseigneur Messire François de Sercn*--, évêque du Puy, et officiai, de ce fort contristé, subitement et avec grande curieuse et extresme diligence ffst convosquer et as5embler en la mai on de l'évesché, Messeignenrs de la justice, Messeigneurs consuls, et tant quMl pat fins personnages de bon sens et entendement, tant du vénérable chapitre que aultres, des collèges, nobles, bourgeois et marchands, pour appointer qn'estoit de faire et procéder sur ce malheureux faict ainsy survenu. Dont après plusieurs opi-> nions fut résolu communiquer ce doleureux maléfice au maistre révérend frère Jehau Gachy, observant, qui pour lors preschoit le caresme, homme Hlustre, de non égarée doctrine, afln qu'il se préparast pour faille prédication à ce propos ; car la deslibération du conseil fust que une honorable procession se feroit, après midi, le dicl jour, et que on iroit sur le Heu où avoit été faict le maléfice, et qu'en ieelle procession serait Monseigneur évesque de Troyes, officiai, faisant le pontificat, et que seroit faite proclamation parles lieux ordinaires delà ville, et que chascun eust k fermer ses portes et faire feste, cessant toute œuvre manuelle pour l*bonneur de Dieu, de la vierge Marie et des bienheureux Saincts, et que tons ^ es mestiers, artisans de la ville eussent k venir en cette dévote procession, teste nue, portant toutes les torches de leurs confréries allumées, et que le populaire de la ville se eust k rendre a l'église cathédrale à l'heure assignée, et bien dévotement, teste nue, pour suyvre la dicte procession.
Tout cela faict et ordonné, le cry et préconisatloii tantost sur ce fut faict ; à laquelle chose chascun de bon sens se rendit obéissant.
Cependant, fust encore ordonné qu'on dresseroit un éebafaud autour du dict oratoire, et que les pièces du dict ^ainct Crucifix seraient mises sur
it^Mf, ta eonspecl de tout ie peuple, et que la ehtiie pour prefcher seroit U, assise et honorablement tapissée. Ce qui fast faict.
Si, moatèreot après disner tous les habitaas, justice, coosnls, noMes, bourgeois, marebands, artisans et aultres, portans leurs torches de la confrérie. Si, que le tout estre assemblé en l'église cathédrale partit en moult bonne ordonnance, descendant k la porte des Farges, entrant par Panessac, ▼indreot à la porte Saint-Gilles et tantost furent an lieu où estoit le douleureux spectacle, Ib où multitude de peuple fast assise pour ouyr la prédication, partie aux voyes, au Breuilh, dans le petit cimetière, et là où chascun se pust mieulx assiéger.
Chascun estre assis selon sa gravité, estât et degré, peut-estre Tun bien, Tautre mal, le presche fust commencé par le susdict frère Jehan Gaeby qui, grandement en ses prédications, persécutoit ces maudicts hérétiques luthériens, plains de malheur et infélicité. Là, il bailha en ce sermon des moult grands exemples et Ûgures avec grandes histoires servans à l'utilité des peuples, pour toujours révérer Dieu pour nous crucifié et sa très digne prétieuse croix. Auquel sermon, par ses complaintes et dévotes persuasions, abondance de larmes fust là jettée, avec piteuse et exécrable lamentation, criant à Dieu de tout leur cœur : Miséricorde l Miséricorde I
Ici après eust quelque petite altercation, parce que les seigneurs de l'église cathédrale se arbitroieut avoir faculté faire porter en leur église ce sainct Crucifix ainsy brisé* Mais à cela fust obvié par les Messieurs et paroissiens qui là se trouvoient, disans que c'estoit à la paroisse de Sainct- Pierre, et quoy plus, le dict iaiuct Crucifix avoir esté faict de l'argent donné au bassin des âmes de la dicte paroisse, à ce que n*avoit pas longtemps. Si, fust ce difTérent sommairement appointé et résolu qu'il demeureroit à Saint-Pierre, avec décret que par les religieux du dict Saiut- Pierre, testes nues et pieds deschauds, seroit porté ce Crucifix ainsy rompu et débrisé, avec sa croix, eu leur église, pour estre tenu là dedans perpétuellement comme précieux reliquaire. La croix arrachée de son lieu, et les pièces assemblées et chargées par quatre religieux du dict Saint- Pierre et portées en icelle procession au devant du dict seigneur évesque de Troyes, faisant le pontificat bien et dévotement , lesquels prindrent voye vers la porte d'Avignon et vindrent jusques au dict Sainct-Pierre. Il ne faut pas demander si ie peuple» avec effusion de grosses larmes ,
164 ROTCS DU LITRB PREMIER.
fttppoit alors ion estomieh , foyaot puief eette proMsskni pmôitite pour nn tel setndtteax ministère. Oh t qu'il liiseit besa ?oir ees gcos de nestiers, testes oses» portant lears torches ardentes ; et non pas sealement eenlx de ees torches, nais toot le popnlaire, des pins grands josqaes an pins petits, tous avolent leurs testes naes et y exeédoient avee dévote, bomble et piteuse contenanee«
L*on entra dans l'église de St-Pierre, et % sor le grand autel, on nist et reposa ee dévot Grocilx, bien et defiement ; lequel enst si grande |)resse pour l'aller voir qu'on se goida foUer, ee que dura jnsqaes près de ttuiet. La procession après prias son partir, et ils s'en retournèrent aeconpeignés, comme devant, k force lumières, jusqu'en l'église cathédrale.
Le diet GruciBx estre porté à St-Pierre, en quatre jours fust remis en son premier estât, assemblées et cimentées ses pièces, tourner, réincarner et peindre en tel estât qu'il sembioit qu'on y eust jamais touché. Et Ton assigna estre mis en la chapelle à tiltre de St-Benoist , dans l'élise St-Pierre, \k on il sera comme très digne et exeellent reliquaire révéré en perpétuelle mémoire.
Item, successivement les seigneurs de l'église cathédrale, les seigneurs de justice , Messeigneurs les consuls et généralement tonte la communauté du Ptiy, désirant de tout leur cœur pacifier Dieu, nostre Rédempteur, du grand outrage qui avoit esté perpétré contre sa divine majesté, pour les dictes causes ci-dessus bien au long imprimées, arbitrèrent, d'un cœur chrestien et fidèle, tourner, exalter «t restablir le dict oratoire et remettre en son prestin estât, assignant le jour de mardy, 15 jonrs après, que seroit le dernier jour du dict mois d'apvril même an.
Si, firent faire pendant ce laps de temps Messeigneurs les consnls aux dépens du commun, un dévot image du saint Crucifix, ensemble sa croix, le tout peint et doré, azuré et diapré, pour l'assigner en ce lieu ; voulans démontrer qu'ils ne sont adbérans aux opinions de telles entreprinses et malheureuses sectes de ces méchans crapauds, canalhe, abreuvée de ce mortifère poison et damnable hérésie luthérienne.
Venu le lundy, 14* jour après, que fust le pénultiesme du mois d'apvril, fust préconisé k son de trompe, où estoient présents Messeigneurs de justice et Messeigneurs les consuls, que le lendemain mardy, dernier jour d'apvril, chacun se eust k rendre en l'église cathédrale pour suivre la procession sur ce ordonnée estre faicte toute en la manière que la précé-
dente, portant les artisans leurs torches allumées de le«ir confrérie, pour venir an lien où le dévot et sainct Crucifix avoit esté rompu, et qoe là seroient veu retorner honorablement le dict oratoire en son premier estât.
Jttm, le mardy après, de grand matin, les ouvriers qui estoient destinés pour faire tant l'image du Sainct -Esprit, que peintres, massons et charpentiers se rendirent au dict lieu avec tous leurs préparatifs, et dressèrent leur eschallàut autour du pillier, soubz basse du dict oratoire avec chaires bien garnyes et esloffées de riches tapisseries , et la chaire pour prescher de mesme ; et s'y assiégèrent et y montarent le dict sainct Crucifix avec sa croix, remettant son couvercle et capites dessus comme estoit le premier.
Tantost après', ce matin, chacun s'assembla en la sainte église cathédrale et sortant la dicte dévote procession, Monseigneur de Troyes le dernier, faisant le pontificat, portant en sa main la saincte croix, et toute comitive de la ville suivoît. Après firent le tour accoutumé. Si vindrent au lien où estoit préparé l'eschaffaut , auquel monta le révérend père Monseigneur de Troyes, avec ses assistants. Et % commença à benoistre le dévot oratoire. Après laquelle bénédiction, et avoir baisé^ avec ses assis- , tants, les pieds du dict Crucifix, il octroya et concéda. à toute personne par ik passant et repassant, tontes et quantes fols disant, par manière d'humble salut avec honneur et révérence, Pater et Ave Maria, quatrevingts jours de vraie indulgence, à savoir : 40 jours de Tauthorité de Blonseigneur l'évoque du Puy, comme son snCTragant, et 40 jours de son anthorité.
La bénédiction faicte, fust commencé le sermon par frère Jehan Gactay*, qui par avant au dict lieu avoit presché. Son tome fust prins en la première canonique de sainct Jehan, 5* chap., où est dict: Hoc ett Victoria quœ vincit mundum fides nostra. Là, où il prescha de la foy excellentement et de la très haute et immense Trinité avec doctrines fructueuses , bailhant par ses paroles édiflcatives, mémorables et utiles , persuasion an peuple d'estre constans, fermes en la saincte foy catholique, chassant toute hérésie, n'adhérant à ces mauldicts hérétiques, lesquels on doit affliger et opprobrement vitupérer , priant dévotement le bon Jésus, pour nous crucifié, que s'il estait irrité de cet outrage contre luy commisi qu'il luypleut nous bénignement pardonner.
Alors ebacBA de tout son cdeor cria: Dieu / Muéricorde ! ifee grosses larmes, frappant leur poitrine. — ▲ la In delà prédicatioa, Monseigneur de Troyes estant snr le diet eschaflkot, donna la bénédidiott an pesple et snr le fruil de la terre. Et cela faict, la procession print son partir vers la porte d'Avignon et s'en retonraèrent en l'église cathédrale.
{Mémoires de Minicis.)
[Copie du Manneerit de M. os SàisT-SAUvairm.)
NOTE D (Page h2)
La version &Àudigier est ao pea différente. M. Dom. Branche la reproduit ainsi dans son excellent trayail sur VAuvergne au moyen-âge.
« Les religieux assiégés parvinrent à faire avertir le gouverneur de leur fâcheuse position. François de Hontinorin>Saintr Hérem, qui en ce temps- là commandait en Auvergne, se h&ta de leur porter secours à la tête de quelques troupes. Il manda aussitôt à HH. de Saint Chaumont et de Saint-Vidal qui gouvernaient, le premier le Forez, l'autre, le Yelay, de venir le joindre avec leurs soldats. Antoine de Seoecterre, évèque du Puy, empressé de venger la ruine de son château d'Bspaly, partit avec ce dernier pour combattre en personne les calvinistes. A .la nouvelle de leur approche, Blacons, qui était venu rejoindre, après sa défaite du Puy, la bande qui assiégeait la Clémentine, en délaissa de nouveau le commandement au sire de Montjoux, et s'en alla dans le Lyonnais demander des renforts au baron des Adrets.
Le sire de Montjoux fit fortifier à la hâte la ville et le couvent, et se prépara à une bonne défense. Mais il fut rudement attaqué par les gouverneurs alliés qui tous arrivèrent^ fidèles
au rendez-vous. Au bout de quelques heures, la ville fut emportée, et les habitants catboliques, s'unissant aux troupes de Montmorin, Taidèrent à assaillir l'abbaye. Les huguenots se défendirent avec vigueur, contenant à rintôrieur les religieux bloqués dans la Clémentine, et répondant au-dehors aux assauts des troupes liguées. Les murailles dont l'abbé Durand avait fait ceindre le monastère n'existaient plus depuis longtemps ; de nouveaux b&timents construits par ses successeurs, agrandissant l'enceinte de l'abbaye, avaient nécessité leur démolition, et celles dont elle fut environnée par Tabbé d'Eyraud, étaient plutôt une clôture qu'une forliflcation. Hais les calvinistes, accoutumés aux chances des batailles, se servirent d'abord avec avantage de ces frôles remparts. Cependant au bout de quelques jours, le sire de Hontjoux vit qu'il serait inutile et dangereux pour les siens de vouloir prolonger une lutte inégale. Retranché derrière les murailles en ruines du monastère, entouré de morts et de blessés, il demanda à capituler. Les catholiques y consentirent, et la reddition de l'abbaye s'exécuta moyennant la vie sauve des huguenots et de leur capitaine qui purent sortir en outre avec leurs armes.
» La capitulation fut mal observée touchant le sire de Montjoux. Soupçonné d 'avoir fait périr le baron de Gondrin, chef catholique, il fut saisi, conduit à Riom, et jeté au fond d'un cachot. On résolut alors de lui faire subir la peine capitale : mais la crainte qu'inspirait le baron des Adrets eir.pécha seule son procès ; on le laissa languir longtempa dans sa prison, où il finit par mourir. »
Mss. d'AuDiGiBR, t. VL Art. La C^ise-Dieu. — Branche, PÀuvergne au moyen-âget P- 284, 285.
NOTE E (Page 68;
Ge vicomte, baron fle Bandoû et de Randonnet, se prévalant de sa qualité de gentilhomme ordinaire de- la cbami>re du roi et de Panetler de. France» Jugfia convenable i ses intérêts privés dQ faîTjS.^issigp^, contre l'usage ^}^ privilèges de la province, paç-4avapt les requêtes ai paiaUlk.Patis, les habitants de ^Utndoa ol jcepx des comojwaes ^e^ G«&duillac, Ghâteauneu^, «Belvecé, Sàtut-Sauve|ir-d«fr-Bai»s. Il prétendait avoir le droit da.leBlmposbi;;iaailler àavoknté; jet en effet, il les avait mia à ooMffibutiQQ^wac les,clnq<fias dans lesquels les seigneurs rédaaaaientFla'prérogati^QBnde lever dis tailles sur leurs va«tât: Lèd éismidunes^Be pMgnirtfiMPaux états du Lan. guedoc, (éuni^ tk llfeS & Càrcaséteinê Y^X PiAjusf ce parut si manifeste aux représentants des ordres, que le syndic de la province fut spécialement thafgè de soutenir le procès que les habitants désiraient intenter au vicomte !Xrma[n^ làîf i)our se soustraire aux vexations ^pn|;il Içs accal)lait. On çc^^afgna la plainte au cahier des doléances. En ioôG^ le i^oi J^^qri II déclara qu'il n'entendait pas.f|u^,s(3sspje)s ^I^gji^Çidpii^vfussettt arrachés à leur juridiction naturelle, et flt.^d$lQ|iseiaW'\vicomtes de Poligoac de les traduise désDnùaiadeiyvçt tesisèurs jadfciaires de Paris. ' ' •' * ''' * ' »^'
Frécis hiUtofi^UôMWt liMmiâsM'de fM^i^ Ptge 65, par M. le baron de .. . '\ ^ ''V f «^^
♦ U|-»l J'*' <in'J'{ri- '.<■ i l i iihi ' nu ■■ ■< 1" i^'^^ij^J < 1 H\6j
NOTE F (Page 127; 1565 L'ANNEE
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