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LA LIGUE

LÏVRE SECOND

(de ^574 A 4577)

Le duc d'Anjou venait d'être nommé roi de Pologne; Charles IX, dévoré par une maladie d'entrailles, ne pouvait vivre longtemps. Le dernier fils de Catherine, le duc d'Alençon, dont nous n'avons point encore parlé, crut le moment favorable pour se frayer sourdement un chemin vers le trône. Il était facile à ce prince de se créer des partisans ; bientôt, en effet, il vit les gentilshommes les plus considérables du royaume s'attacher à sa fortune. Les protestants et un grand nombre de catholiques modérés, tels que les quatre Montmorency, Biron, Cosse, Bouillon, Turenne, avaient eu tant à se plaindre

des deux alués que, dans Tun et Tautre camp, les vœux éclatèrent pour celui qui n'avait trempé ni dans les massacres de la Saint-Barthélémy, ni dans les réactions contraires. Les persécutions de la cour, les résistances des huguenots avaient fait naître un troisième parti qu*on appela politique, parce que ses adhérents voulurent rester en dehors de toute préoccupation religieuse.

Alençon, par son défaut d'intelligence, par son extrême faiblesse de caractère, ne sut pas profiter de la position que lui faisaient les circonstances. Tout se présentait favorablement à lui ; il n*avait qu*à se laisser aller au sentiment honnête qui jusqu'à cet instant lui avait valu quelque estime, pour réunir sous sa bannière la plus pure noblesse de France- Mais au lieu d'accomplir loyalement sa mission, il devint jaloux de la popularité dont jouissait Henri de Navarre, et cette coupable inquiétude, qui en fit un traître, le perdit à jamais.

C'était le 10 mars 1574; les deux princes avaient décidé qu'ils s'évaderaient ensemble de Saint-Genmain, où était la cour, pour se réfugier chez leurs amis de l'opposition. A minuit, au moment de partir, Alençon vint dénoncer le projet à sa mère, prenant soin de rejeter sur son complice rentièrepréméditation du crime, si toutefois c'était un crime à Henri de Bourbon de chercher à reconquérir son

LA SAINTE CNI05. 175

iodépendance. A la Yive frayeur qu'afirectaCatherine» on eut pu croire rennemi aux portes du cb&teau. Elle entraîna immédiatement dans Paris le roi malade, retint au Louvre les deux fugitifs, fit arrêter François de Montmorency, le maréchal de Gossé et plusieurs autres grands seigneurs, puis elle s*empressa de remettre l'affaire entre les mains du parlement pour qu'il la suivit sans désemparer. -— Le roi de Navarre, appelé à la barre, répondit aux accusations avec un calme, une dignité, une énergie admirables. Son discours produisit une impression si profonde que ceux qu'on lui avait donnés pour juges n'osèrent prononcer d*arrèt. Le noble courage qu'il déploya en cette périlleuse circonstance est certainement un des actes de sa vie qui l'bonorcront le plus longtemps dans la postérité; et pourtant il avait vingt ans à peine ! Pendant ce temps rindigne Charles IX expirait dans les plus atroces souffrance?. A son lit de mort, le malheureux maudissait encore tout ce qu'il laissait sur la terre, et n'emportait dans la tombe qu'une mémoire éternellement abhorrée.

Catherine, régente, se h&ta d'expédier des courriers en Pologne. — Le duc d'Anjou, désormais Henri III de France, n'eut pas plutôt reçu les lettres de sa mère que, sans prévenir personne, il prit la fuite, la nuit, désertant un royaume qui dut sans

doute regretter d'avoir trop précipitamment confié ses destinées à un prinée que Moncontbur et Jàrnac lui avaient signalé dans Téloignement càfAïne un preux chevalier. Toutefois, rimt)atiehce que témoignait ce brusque départ ne flit j^s aussi vive qu'on aurait pu le croire, car le voyage' fut joyetix comme un triomphe, et dura plusieurs mois. — L'ai*rltée du prince causa un plaisif extrême aux cathoUqùes qui» pendant la courte régence de la reine^mère, avaient craint à chaque instant que le Béàimiii oa'Ie prétendant, quoique enfermés an Louvre, He fbriDâ^ sent un parti assez fort pour enlever le trône4 Dès qu'il parut, il fut accueilli par d'incroyables âcclamationé. ' ....

Les habitants du Poy, toujours fidèles eathôli<|ues, allumèrent des feux par la ville et brûlèrent un mannequin représentant un prédicateur protestant placé sur le bûcher comme dans une chaire (1). A quelques jours de là, non -contents d'une v^Éine démonstration^ et sans doute encore poln* aèUbtev le glorieux avènement, ils tranchèrent la tète d'un ministre au milieu de la place publique. Us^ tinrent ensuite porter cette tête en trophée sUr une des

(1) Mss. original de Jean Burel. iiv. I. — Manuscrit dil de M. DE Sainï -Sauveur, p. 69 verso. — Arnaud, t. i, p. 316.

portes de la ville où ils la laissèrent exposée au bout d'un pieu. C'était exprimer d'une manière bien sinistre ce qu'ils attendaient du nouveau roi.

Le premier soin de Henri fut de rendre la liberté aux deux princes. Pour échanger réciproquement un témoignage de sincère affection, ils voulurent communier ensemble le même jour ; mais cette communion, dit un historien (1), ne les empêcha pas de se défester résolument. Alençon, fatigué des injurieux traitements qu'on lui faisait subir, s'échap • pa de la cour vers le mois de septembre 1575, leva l'étendard de la révolte et vit bientôt sous sa bannière une armée considérable. — Henri de Bourbon attendit de son côté un moment favorable. Le 3 février 1576, à la suite d'une chasse, il se sauva à Tours où il reprit publiquement l'exercice du protestantisme qu'une abjuration forcée sous le poignard lui avait fait renier. De là il fut dans la Guyenne, rentra en possession de son gouvernement du Béarn, et revint ensuite à Moulins se joindre à Tarmée prolestante, commandée par le duc d* Alençon et par Condé, son frère d'armes.

Henri de Valois, effrayé de voir à la tète de ses enpemis trois princes du sang, se résigna à une

(1) Mathieu, Hv. VII. — L'Etoile, liv. I.

paix Immiliante dont Catherine ne craignit pas de se faire la négociatrice. Dans le traité de paix, signé à l'abbaye de Beaulieu près de Loches, le roi se déclarait contre la Saint-Barthélémy. Il affirmait n'y avoir pris aucune part , accordait des exemptions d'impôts aux veuves et aux fils des massacrés, et offrait aux confédérés six places de sûreté , sans compter La Rochelle, Ntmes et Montauban. Le culte de la réforme rendu libre sur tout le territoire, le mariage des prêtres autorisé, les calvinistes admis aux emplois publics, telles furent les concessions inattendues de la couronne.

Un pareil acte exaspéra les catholiques du royaume qui se crurent trahis de nouveau. « Il fut publié au » Puy, dit Burel, à son de trompe, par tous les car- » refours de la ville, assistans Messieurs de la jus- » lice, les consuls avec leur robe rouge, tous à che- » val. Mais, il ne fut fait aucun feu de joie, par- » ce que cet édit étoit à l'advantage d'iceulx de la > prétendue religion. » On ne pouvait comprendre, en eflet, que Catherine et son fils, qui s'étaient montrés si ardents persécuteurs des huguenots, osassent se parjurer au point de publie^ en leur faveur un édit tellement contraire à leur sentiment.

L'inquiétude des catholiques fut générale. Partout ils s'assemblaient, et délibéraient nuit et jour sur les moyens les plus prompts ; les plus actifs de

sauver la foi. Sous les règnes précédents, le cardinal de Lorraine avait, dans ce but et plus encore par ambition, conçu le plan d'une sainte union à la tète de laquelle il voulait porter son frère de Guise. Déjà« dès 1562 , une association de cette nature s'était formée à Toulouse. Enfin l'heiure était venue; une ligue générale fut proclamée et proposée en ces termes au serment solennel de tous :

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