QUERELLES ENTRE LE VIGOHTE DE POLIGNAC, ETC
teusement fustiger par ses gens. A quelque temps de là, Saint-Vidal, ayant à son tour fait la rencontre d'un serviteur de Ghalancon , courut sur lui et le frappa sans pitié. C'était plus qu'il n'en fallait pour raviver la haine des deux gentilshommes ; ils se provoquèrent en duel et se donnèrent rendez-vous dans la prairie de Saint- Germain. Le combat n'eut pourtant pas lieu; les témoins trouvèrent la cause trop futile et obligèrent les champions à accepter la médiation de Tévèque et celle de Saint-Hérem, père de la vicomtesse. Saint-Vidal et Ghalancon se résignèrent, mais tous deux répétaient en se retirant qu'ils seraient bientôt vengés. Leurs sinistres pressentiments ne les trompaient pas. Ghalancon ne tarda pas à périr frappé d'un trait mortel sous les murs du Pu y, et Saint- Vidal, bien peu de temps après, tombait sous la rapière homicide de François de Chaste , fils da commandeur.
Le duc Henri de Guise , dont Thostilité devenait de jour en jour plus flagrante , quitta Paris pour se retirer en Lorraine où vinrent bientôt se grouper autour de lui dix princes très-puissants, ses oncles, ses frères et ses cousins , suivis des principaux ligueurs , Gonzagues duc de Nevcrs , le comte de Saint- Luc, Pierre d'Espignac archevêque de Lyon, d'Antragues, le comte de Saux, Jean Hemeri , Riberac , Bois Dauphin , Chamois , Menneville , Bassompierre , Brissac. Cette nouvelle cour conspirait ouvertement contre le roi de France , dont la vie n'était qu'un honteux scandale,.
208 LKS TROIS HENRI.
el surtout contre le roi de Navarre , dont les légitimes prétentions à la couronne étaient à leurs yeux un crime impardonnable.
Le premier acte du duc fut de conclure avec Philippe II un traité au nom de la sainte ligue. Certaines clauses de ce traité laissent assez percer Tambitieuse impatience des Guise. < En cas que le » roi régnant , y est-il dit, vienne à mourir sans » enfant mâle , le cardinal de Bourbon lui succé- » dera, comme premier prince du sang, et toiU > prince hérétique ou fauteur de l'hérésie sera » pour toujours exclu du trône... »
Or , ce cardinal de Bourbon n'était qu'an mannequin derrière lequel se cachaient les derniet*s scrupules du duc. Ses amis les ligueurs le comparaient au chameau qui vient docilement plier les genoux pour recevoir le fardeau. S'emparer de l'esprit de ce faible vieillard, parvenir à lui inoculer au cœur assez d'ambition pour le rendre solidaire de tout ce qu'on voulait enlreprendre , lui montrer le sceptre comme un héritage qu'il lui importait de ne pas laisser avilir, placer la couronne sur sa tète pour ainsi dire malgré lui, telle était la politique des Guise. Par ce moyen ils conservaient à la monarchie légitime un semblant de fidélité, donnaient aux catholiques un pieux témoîgiiafe de dévouaient, opposaient un prince de
TEglise à ud hérétique, un vieillard sans postérité à un jeune et briUant guerrier , en un mol , ils se préparaient pour eux-mêmes un chemin vers le trône.
En effet, un mois après le traité, parut un manifeste du cardinal « dans lequel , dit Lacretelle, le » prélat criait aux armes avec une douceur aposto- » lique. V Ce manifeste , avant même d'être -«igné de celui qui en était censé Fauteur, fut répandu dans tout le royaume. Alors le duc, précédé de cette proclamation dont il s'autorisait, s'avança à la tète d'une armée de douze mille hommes, s'empara de Toul, de Verdun, de Ghâlons, et souleva la Champagne, tandis qu'un de ses lieutenants, le duc d'Anmaie, agissait en Picardie. Lyon, Bourges, d'autres grandes villes se déclarèrent pour sa cause. Un tiers du royaume adopta cette nouvelle bannière ; près d'un second tiers marcha sous celle des protestants. Le parti royal, toujours dirigé par Catherine, avait donc à se décider entre la ligue et la réforme. L'isolement était, sans contredit, la plus funeste de toutes les situations.
Quoique les sympathies fussent déjà très-nombreuses pour le roi de Navarre, l'intérêt, le devoir entraînèrent irrésistiblement du côté contraire. La reine-mère, peu inquiète de livrer des concessions que plus tard elle n'aurait aucune crainte deretirer,
210 LES TBOIS BENRI.
négocia donc avec le cardinal ce qu*on appelle la paix de Nemours. Paix hypocrite et lâche qui ne pouvait abuser personne et achetait quelques jours de répit au prix de Thumiliation de la couronne.
C'est dans ces circonstances que le 8 juiUet 1585, le roi écrivit à Saint- Vidal :
« À Monsieur de Saint -Vidal, chevalier de fnon ordre.
' Je vous ai cy-devant adverty des bons teruies ou estait » la négociation de la Royne, madame et mère, avec mon on- » cie, le cardinal de Bourtion et les princes qui Pont assisté » pour la pacification des tronbles qui ont été commencés en
> liion royaume. Et comme mes subjecis faisant profession de «. U religion prétendue réformée en auroient coneen telle » défiance et jalousie qu'il étoit besoin observer leurs actions
* et se garder d'eux, à présent vous sçaurez comme les àrti- » des de ladite réconciliation ont été du tout arrêtés et signés
> par le bonbeuret la prudence de la Boyne, ma di!e dame
> cl mère. Vous sçaurez que, en vertu et conséquence d'iceuli, X il a esté défenJu faire à l'advenir aucun acte d'hostilité d'une y part et autre; ce que je veulx voiis fassiez observer en l'es-
* tendue de votre charge, en attendant que je vous ordonne ce » que auront à faire les farces qui ont esté assemblées depuis 9 icsdicts troubles, tant par mes commandements que de Tadjb veu desdicts princes. Mais vous prendt ez gard * , plus soigneu*
> sèment que jamais, aux départements de ceux de ladite reli-
* gion, et ne perinettrez qu'ils fassent et enlrepreignenl rien » en votre charge qui tourne au préjudice de mondit service, •» tant dedans les villes et places qui en dépendent qu*à la
* campagne, espérant vous mander bientôt plus amplement ce . que > ous aurez à faire, Pour ce regard priant Dieu, Non-
» siear de Saint-Vidal, qu'il voas ayeen sasaincte gardç. De ^ Paris, le VIII* jour de juillet 1585.
c HENRY.
« De Neufville.
« M. de Saint«Vidal, je vous envoyé copie du mémoire
> suivant, par lequel la paix a esté publiée ès-lieux où sont les s troupes qui ont été levées en faveur de mon oncle , le car- •» dinal de Bourbon et les autres princes coHigués» afin que
> vous sachiez comme toute chose se passe (l). ^
Quand Henri de Bourbon, qui comprenait si bien la dignité royale, apprit que raUianee d*un sujet rebelle avait été préférée à la sienne, il ne put se défendrv? d'une tristesse profonde ; toutefois, il ne se laissa point abattre. Dans un premier mouvement de colère il se bâta d'envoyer un cartel à Tambitieux, cause de tant de malheurs. Guise ne répondit pas. Sentant ensuite grandir son courage avec les périls, soutenu par les sages conseils et la tendre amitié de Duplcssis-Mornai et de Rosni, ses confidents, Henri fit ses préparatifs de guerre. De tous côtés on venait se ranger sous son commandement. Le maréchal de Montmorency lui écrivit : « Sire, j'ai lu le traité de Nemours ; le roi de France, le roi d'Espagne veulent me gagner ; je suis à vous avec mes frères et mon armée du Languedoc. » Le comte de la
I) Communiqut^eparM. À. Le Maugind'Apehier.
Rochefoucauld, le vicomte de Rohan, les quatre frères Laval, "Roquelaure, Biron, le prince de la Trémouille, s*atlachèrent à lui avec le plus généreux dévouement.
La paix de Nemours avait sans doute humilié Henri de Valois et satisfait la ligue , mais personnellement le chef des catholiques en avait éprouvé un grand mécompte. Par ce traité , le roi ressaisissait temporairement sa position auprès des uns, Henri de Bourbon voyait accroître la sienne chez les autres, tandis que lui, Henii de Guise, perdait en définitive tout l'avantage de sa téméraire combinaison .
Grégoire XIII qui venait de mourir, tout en favorisant la sainte union ne s'était jamais ouvertement déclaré pour elle. Son successeur Sixte-Quint^pontife rusé, hardi, quelquefois cruel, ne prit pas toutes les précautions de son timide devancier. Il refusa positivement les secours en argent auxquels celui-ci s'était engagé, seulement, en compensation,, il fulmina contre le prince de Condé et contre le roi.de Navarre deux bulles d'excommunication. Ces bulles furent publiées dans toute la chrétienté. On les reçut en France aux acclamations de cent vingt mille ligueurs répandus et enrégimentés dans la Guyenne, le Languedoc, le Dauphiné, le Poitou, comme au temps des croisades.
Le roi de Navarre parut quelques instants affaibli. Sa femme Marguerite venait de le trahir, son ami, le prince de Condé avait éprouvé un échec à Angers, ses coffres étaient presque vides, son armée n'était plus que de trois h quatre mille hommes. Malgré ce concours de funestes circonstances, Henri parvint à dompter la fortune et à sortir victorieux des plus grands dangers. La manière courageuse dont il s'échappa de Pau et de Nérac, l'adresse avec laquelle il glissa, pour ainsi dire, entre les mains de Mayenne, l'héroïsme qu'il fit éclater dans plusieurs occasions en s'élançant à travers les rangs ennemis, le placent dès cette époque à la hauteur des plus habiles généraux. Mayenne s'épuisait avec son armée de plus de vingt mille hommes à poursuivre des troupes alertes et intrépides; le Béarnais était partout en môme temps. Enfin, après plusieurs expéditions brillantes, Henri se décida à venir prendre gîte à La Rochelle. Chemin faisant il s'empara de quelques places. Pendant ce temps , le vicomte de Turenne, Lesdiguières et Condé dans le Poitou, le Dauphiné et la Saintonge , Montmorency et Chàtillon dans le Languedoc le secondaient à merveille.
PRISE DE MONÏFAUCON
DUNIÈRES. ^ MONTREGARD. — VAZELRES, ETC.
Depuis trente-trois années que durait la guerre civile, le peuple des provinces avait eu le temps de pénétrer dans le secret des ambitions qui lui coûtaient tant de pleurs et de sang. Témoin des haines dont la cour donnait la première un si public spectacle,il avait appris à connaître ceux pour lesquels il compromettait incessamment sa fortune et sa vie. Aussi, quelle différence dans l'esprit des populations ! Sous François I" , sous Henri II encore, le trône était pour la dDcile multitude Tobjet de la plus sincère