‹ Histoire du VelayChapitre 58 sur 125 · PRISE DE MONTFAUCON · texte numérisé non relu

PRISE DE MONTFAUCON

Ténération; nous avons vu avec quel respect nos chroniqueurs en parlaient alors. Maintenant s*agit«-il de la révocation d'un édit, d'une ordonnance sur les monnaies ? Burel écrit: «Le peuple en jeta si c grande malédiction au roi que depuis elle lui est » advenue; et nous, nous en avons la peine. »

Les Yélauniens , montagnards obstinés dans leurs affections comme dans leur ressentiment, étaient lents à se détacher du culte de leurs souverains. Longtemps ils l'avaient cru aussi immuable que leur religion. Cependant ils murmurèrent, ils s'indignèrent, et finirent par méconnaître peu à peu les ordonnances du roi. Les incessantes perturbations dans les principes avaient dû nécessairement apporter beaucoup de tiédeur dans le dévouement, beaucoup d'égolsme dans les relations. Chacun marchait en proportion de l'intérêt qu'il avait au mouvement. En général, les populations des campagnes employaient toutes leurs ressources, toute leur énergie à chasser l'ennemi de chez elles, à s'isoler de l'action plutôt qu'à y prendre part. Mais, comme cette politique d'inertie tendait à briser les mailles du vaste réseau, la ruse des partis appliquait tous ses efforts à réveiller par l'inquiétude, à irriter par les menaces les localités qui se retiraient de la lutte.

Ce qui frappe et qui donne à ce moment de l'histoire un caractère particulier, c'est ]Jétemel cri

216 PRISE DR MONTFACCOX.

d'alarme, ce sont les paniques continuelles qui arrivent tantôt du camp royal , tantôt de la faction des Guise, quelquefois même du fond du Languedoc : « L'ennemi est à vos portes, prenez garde ! » Vous avez dans vos murs des citoyens qui yous 1 trahissent et qui, si vous ne veillez, vous livre- 1 ront aux huguenots , etc... (1). » Toutefois, cet appel à la vigilance fut souvent utile dans des pays isolés que des troupes nomades pouvaient surprendre et ravager à Timproviste. Déjà le Yelay , au moment où il s*y attendait le moins, avait subi les incursions des religionnaires sur plusieurs points à la fois. Ces incursions, aussi violentes que soudaines, répandaient partout Tépouvante et laissaient pour longtemps la désolation derrière elles. Montfaucon, par exemple, en éprouva cruellement les rigueurs. 11 paya, avec le sang de ses meilleurs citoyens et par la ruine de ses vieux remparts, Thonneur d*avoir vaillamment combattu pour la défense de ses foyers et de ses autels.

Montfaucon, une des huit villes du Yelay, situé à peu près au centre de la province, était Tim des deux sièges de Fancien bailliage royal. U envoyait tous les quatre ans deux députés à

(I) Voir, à la fin du livre second, !a Notx C.

Page 1