SUCCÈS DES RELIGIONNAIRES DANS LE VELAT
gouverneur eut eu des troupes permanentes en assez grand nombre, et qu'il eût pu laisser de fortes garnisons dans toutes les places conquises, si les neiges et les glaces ne l'eussent pas empêché cinq mois de Tannée d'aborder une partie du territoire, si enfin l'escarpement de certaines retraites ne lui eût pas rendu toute poursuite périlleuse , il est hors de doute que le premier acte de son pouvoir eût été de purger les montagnes de ces hordes parasites.
Les difficullés étaient immenses. Pour se mettre en campagne, il fallait faire presque chaque fois des leirées spéciales d'hommes et d'argent; il fallait surtout déterminer dans les rangs de la noblesse un généreux élan de patriotisme qui portât les châtelains à offrir à la cause commune le secours de leur exemple et de leurs bras. Mais, pour que l'appel du gouverneur fût favorablement entendu, il était nécessaire que la clameur publique l'eût déjà préparé et en quelque sorte commandé. Cétait donc seulement dans un grand danger, après un commencement de sanglantes exécutions, lorsque les plaintes arrivaient de toutes parts, que l'on pouvait es*
pérer l'appui de la justice militaire. Voilà, ce nous semble, comment il faut se rendre compte de cette imprévoyance obligée de Saint-Vidal qui, après avoir chassé les religionnaires de Saint-Âgrève et rasé ses murs en 1580, fut contraint, faute de con-
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cours, de voir Tennemi reprendre possession de U place et la fortifier de nouveau.
Cependant l*appel do gouverneur fut entendu , iorsqu*en 1588, ligué avecTonmon, gouverneur du Vivarais, et avec de Chaste, sénéchal du Yelay, il résolut d'assiéger cette ville située sur la frontière des deux provinces. Douze mille hommes, tant de milice bourgeoise cpie de gens d*armes ou de volontaires , vinrent se rallier sous les drapeaux de ces trois gentilshommes. L*attaque commença le 8 septembre et fut désastreuse pour les assaillants. Les journées qui suivirent n'amenèrent pas un meilleur succès. Alors le découragement s*empara peu à peu de ces troupes réunies à la h&te, çà et là, auxquelles on avait fait espérer une victoire plus prompte et plus facile. Les volontaires , qui n'étaient pour le plus grand nombre que des paysans pris à leur charrue , se sauvaient par bandes et se plaignaient au moindre prétexte. Au bout d*un mois, les gouverneurs, désespérant de réussir, proposèrent des capitulations qui furent acceptées.
C'était un singulier spectacle que présentaient ces religionnaires triomphants^ quittant la ville et le château mèche allumée , tambour battant , escortés jusqu'aux frontières, en façon de sauf-conduit, parle sénéchal du Velay lui-'mème. Les prisonniers furent réciproquement rendus, et proba-
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blement, une forte rançon dut être le prix de l'évacuation de la place.
Pour la plupart de ces soldats d'aventure, élevés au métier de pillards comme jadis lès routiers , la guerre n'était pas une nécessité de conscience, mais elle devenait un moyen de fortune. Vassal souvent écrasé par Timpôt , le montagnard émancipé reniait son seigneur, abandonnait sa ferme et préférait la chance des combats aux infertiles sillons de son pays. C'était une vie assez en harmonie avec son caractère. Habitué dès Tenfance aux émigrations annuelles, il se trouva promptemcnt préparé à cette existence vagabonde, à ces déprédations faciles toujours absoutes par la cause qui les provoquait. A cette funeste école des guerres civiles, la dépopulation devait aller à grands pas. La peste et la famine, les ravages de troupes affamées incessamment en campagne, les émijgrations forcées ou volontaires, firent qu'en moins de dix années le dénombrement du peuple révéla une situation désastreuse. Toutes les fermes isolées étaient désertes, les maisons tombaient en ruine , des hameaux entiers restaient abandonnés à la garde de quelques vieillards et de femmes désolées.
Un grand nombre de paysans du Yelay, du Gévaudan et du Vivarais, enrôlés comme les rettres allemands ouïes condottieri italiens, servaient de guides
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aux religionnaires à travers les sentiers les plus secrets, les plus escarpés des Cévcnnes. Quelques-uns, avancés en védeltc, étudiaient le pays, s'assuraient des dispositions des localités, puis venaient avertir les compagnies qui tout*à-coup paraissaient en légions, faisaient main-basse sur ce qiii pouvait leur être utile, et s'installaient même quelquefois dans la contrée, jusqu'à ce qu'elles en eussent épuisé toutes les ressources.
A peu près vers le temps dont nous parlons, on arrêta aux alentours de Polignac un de ces éclaireurs venu dans le dessein de surprendre le château. Heureusement il manqua d'adresse et de courage, lise laissa prendre, avoua sa mission, et fut pendu haut et court sur la place du Martouret, au Puy. Averti par l'espion, Saint- Vidal se tint en garde. Entr'autres précautions, il enjoignit à la compagnie des tanneurs qui habitait le faubourg Saint-Barlhélemy de crier aux armes au moindre mouvement, afin de prévenir la sentinelle placée sur les remparts. De son côté, le commandeur de Saint*Jean établit près de sa maison un corps-de-garde composé de dix hommes.
Après la triste campagne de Saint-Agrève, le sénéchal de Chaste, jaloux de venger l'honneur de ses premières armes, courut assiéger le ch&teau d'A-