LA FAMINE, LA PESTE ET LA GUERRE DANS LE VELAT
catholiques vélanniens, on remercia les Àniciens de leur bon vouloir, mais on ne leur rendit jamais rien, ce qui était alors assez la coutume.
Ce fut dans le Gévaudan que Joyeuse occupa les courts loisirs que le roi de Navarre lui laissait encore. De Brioude, il courut mettre le siège devant le château du Malzieu qu'il soumit en quarante heures et dont il confia le gouvernement à Saint- Vidal. De là, il vint devant Marvéjois qui malheureusement tarda trop à capituler. Après huit jours d'une héroïque défense cette ville épuisée demanda grâce ; pour toute réponse le vainqueur ordonna l'incendie, le pillage et le massacre, puis se retira laissant encore cette proie expirante entre les mains de Saint-Vidal qui avait conseillé, dit-on, ces odieuses cruautés.
Après plusieurs autres conquêtes aussi faciles, Joyeuse enorgueilli s'avançait triomphalement à travers le Poitou, lorsqu'il se vit tout-à-coup en face de son redoutable adversaire. Dès ce moment la fortune sembla l'abandonner. Chassé de poste en poste, il perdit, en moins de quelques jours, un grand nombre de soldats. Henri regagna par d'adroites manœuvres les confins du Périgord, attirant l'ennemi dans la plaine de Coutras dont il avait par avance étudié les dispositions.
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PRADËLLES
Le 10 mars 1588, les habitants de Pradelles furent tout-à-coup éveillés deux heures avant le jour par lesarquebusades d'une compagnie de religionnaires qui s'étaient avancés secrètement pour prendre et piller la ville. Les premiers qui s'aperçurent du péril coururent au clocher de l'église et sonnèrent le tocsin ; en quelques instants tout le monde était sur les remparts. Néanmoins le péril augmentait d'heure en heure ; ils allaient être vaincus, lorsque l'un d'eux^ qui n'avait d'autre arme que sa fronde, lança une pierre à Chambaud le capitaine ennemi, l'atteignit au front et le tua.
Découragés par la mort de leur chef, les bugue* nots prirent la fuite, abandonnant armes et munitions aux montagnards ébahis de leur soudaine victoire. — Pour perpétuer cet heureux événement,
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la ville s'engagea par un vœu solennel à faire chaque année, le 10 mars, une procession en action de grâce à Dieu et à Notre-Dame de Pradellcs.
Le lundi de la Pentecôte on célébrait aussi un autre annivei*saire en mémoire d*une délivrance plus merveilleuse encore. Le chroniqueur raconte, sans fixer de date, que les hérétiques s'avançant pour faire le siège de la ville devinrent tous aveu* gles, frappés par un nuage noir qu'ils rencontré* rent à la Croix du frère Vidal. Ce fait, que nous transcrivons fidèlement, est au moins fort exagéré. Mieux vaut croire qu*un jour quelques bandes ennemies eurent Tintention de venir s'emparer de Pradelles, et qu'au moment où elles étaient en marche, saisies par une tempête violente qui leur chassa la poussière dans les yeux, elles furent forcées de rétrograder. Rien n*est plus admissible, surtout lorsqu'on sait quelles tourmentes affreuses s'élèvent parfois sur ces hautes montagnes.
Nous ne connaissons qu'une autre circonstance où les huguenots parurent dans ces parages. Quoiqu'elle soit antérieure de six ans, nous devons la rapporter ici pour compléter sommairement ce qui regarde cette ville frontière, une des portes principales du Vivarais et du Velay. — C'était en 1582, le comte de Châtillon, fils de Tamiral Coligny, était alors dans le Languedoc à la tète d'une petite armée.
23S PRADELLES.
Pour entretenir ses troupes, en attendant de plus importantes affaires, il les conduisait tantôt sur un point tantôt sur un autre, rançonnait \ illes et châteaux, s'emparait des plus faibles, faisait capituler les plus forts, et s'approvisionnait un peu partout. Vers la An d'août il fit savoir à Saint- Vidal, gouverneur du Velay, qu*il s'apprêtait à pénétrer dans sa piovince et à la soumettre impitoyablement aux droits de la guerre, si mieux elle n'aimait s'imposer par avance une contribution raisonnable. Ghâtillon vint attendre la réponse à Pradelles où il mit son armée en garnison. 11 y resta plusieurs semaines , probablement jusqu'à ce qu'il eut épuisé toutes les ressources de la contrée, et, quoique les habitants du Puy lui eussent fait depuis longtemps remettre une somme de cinq cent cinquante écus, il ne se retira qu'aux approches de l'hiver.
Il ne faudrait pas croire que ces déprédations eussent pu être commises impunément sur toutes les terres. Plus d'un gentilhomme, fièrement retranché derrière d'épaisses murailles, se tenait toujours prêt à défendre ses domaines. Le seigneur de Beaune, par exemple, inquiété par quelques soldats de Chàtillon, en saisit un et, sans autre façon de justice, le fit pendre devant le portail de son manoir.
SUCCES DES RELÎGÎONNAFRES
DANS LE VELAY (^588
SAINT-AGRÈVE. — AGRADf. ^' ARLBMPDES.
- Après le premier siège de Saint-Agrève et l'expulsion des huguenots, Saint- Vidal n'ayant pas assez de troupes pour laisser garnison fit démanteler la place et se retira. Cependant, peu après son départ, une compagnie de religionnaires survint, releva les murailles et les reconstruisit plus fortes encore qu'auparavant. Retranchée là comme dans un camp, elle se mit à rançonner la campagne
?34 SUCCÈS DBS RELtGIOXNAlBES DANS LE VELAT.
d'une si cruelle façon, que les habitants éplorés 8*en allèrent en foule demander aux gouverneurs du Velay et du Vivarais protection pour leur vie et pour leurs biens.
Une circonstance digne d*ètre remarquée et propre à faire comprendre la véritable situation du pays à cette époque, c'est l'apparente incurie des chefs, parfois inconciliable avec Tbabileté dont ils faisaient preuve si souvent. Tout-à-coup on les voit soDi.er Talarme et convoquer le ban et Tarrièreban. A leurs voix, les évéques, 1^ moines, les châtelains marchent en tète de leurs vassaux, s'arment avec enthousiasme contre les infidèles déprédateurs. Ce sont de petites croisades pour la défense de la foi et de la terre natale. Puis, au retour de ces victorieuses expéditions, sans se mettre en mesure de conserver les bénéfices de la conquête, chacun satisfait rentre chez sol et attend de nouveaux périls. — Comment se faisait-il donc que Saint-Vidal, par exemple, lui si actif, si vigilant, laissât aux bandes huguenotes tout le loisir de s'établir dans le pays, et vint seulement les combattre lorsqu'elles y avaient acquis de fortes positions ?
Le fait s'explique par Torganisation militaire et administrative des petits états semblables au Yelay, au Gévaudan ; il s'explique surtout par les communications difficiles dans ces pays montagneux. Si le