LK SÉNÉCHAL DB CHASTE
se rendre. Ils avaient pour longtemps encore des maniti(ms» et Saint-Vidal» qui depuis un mois était à Lyon pour solliciter des secours, allait bientôt faire bonne justice des vexations du sénéchal. En attendant, les Aniciens se contentaient de faire dans le voisinage quelques courses qui d'ordinaire amenaient pour tout résultat la ruine de pauvres hameaux inoffensifs.
CONFÉRENCES VELAVIENNES
Dès que Saiat-Vidal fut revenu de Lyon, Chaste , en sa qualité de gouverneur, lui envoya un trompette avec ordre de se rendre à Tobéissance du roi et & la sienne. Saint- Vidal répondit à cette sommation en demandant au conseil des vingt-quatre Tapplication des arrêts du parlement à ces insolents royalistes qui osaient encore invoquer un nom proscrit, les armes à la main. Le conseil assembla la communauté pour en délibérer, et il fut immédiatement décrété en séance publique que de Gbaste, ainsi (jue tous ceux qui n'avaient pas juré la sainte union, étaient mis hors la loip signalés
266 CONFÉRENCES VELAVIENNES.
comme emiemis de la patrie, déchus de toutes fonctions , et désormais incapables de pouvoir en occuper aucune. On procéda à leur remplacement, et non-seulement Saint- Yidal fut maintenu comme gouverneur, mais il reçut encore par acclamation le titre de sénéchal, pour que chacun pût bien voir qu'aux yeux des ligueurs les ordonnances du roi tombaient devant celles du peuple.
Le gant était jeté. Après de telles protestations le sort des armes semblait devoir être le seul arbitre dans cette querelle de compatriotes, lorsque heureusement la reine de Navarre, qui était à son château d'Usson, envoya quelques gentilshommes comme médiateurs. Chaste se prêta de très-bonne grâce à toute espèce d'arrangement. Ce fut luimême qui proposa d'ouvrir des conférences dans lesquelles chacun viendrait loyalement débattre ses principes. La ville accepta ; des conunissaires furent nommés des deux côtés. On se réunit d*abord près de Saint-Marcel , ensuite à Chadrac ; mais personne ne voulant faire de concessions, il fallut se séparer et les hostilités commencèrent.
C'est en celte circonstance que Chaste mit en pratique l'ancien système des Poliguac. 11 le fit si promptement et avec tant de rigueur, que bientôt la ville affamée redemanda à parlementer. Les consuls écrivirent au seigneur de Chevrières pour
CONFÉRENCES VELAVIENNES. 267
solliciter son entremise. Celui-ci , qui s'était déjà môle de la première négt)ciation, ne se fit pas attendre; il arriva, prit les ordres du conseil et courut les porter au château. Le sénéchal, dont les devoirs étaient tracés, dit qu'il ne pouvait transiger qu'au nom et dans l'intérêt du roi , que par conséquent il demandait avant tout à ôlre reconnu au Puy et dans tout le Velay comme gouverneur. Cet ultimatum était fort embarrassant , car il résumait la difficulté. Céder à cette exigence, c'était déserter la ligue, la repousser brutalement, c'était provoquer de nouvelles hostilités.
La réunion des vingt-quatre, en changeant ou en confirmant les officiers de justice, en faisant effacer les armoiries royales des monuments publics, venait sans doute de proclamer assez hardiment sa souveraineté; mais, dictature improvisée par rinsurrcclion, elle ne savait où poser ses limites. -Tantôt elle étonnait par son audace, tantôt, au contraire, on la voyait tremblante devant le plus fragile obstacle. Le secret de tant de force et de tant de faiblesse c'est qu'elle-môme, toute puissante qu'elle apparaissait à la foule , n'était que le docile instrument du gouverneur qui lui dictait ses tyranniques décrets.
Saint- Vidal , qui dès les premiers instants s'était déclaré partisan de la ligue, et s'était, dans ses luttes
268 CONFÉRENCES VBLAVIENNBS.
incessantes contre les religionnaires, de plus en plus rattaché à leurs Implacables adversaires, était inflexible dans ses résolutions. Montagnard voué avec ardeur à la cause catholique, il ne savait comprendre ces flagrantes apostasies du roi. Aussi, à la nouvelle du double assassinat des Guise et de l'alliance des royalistes avec les huguenots , il renia publiquement le prince et attendit conune gouverneur du Velay les ordres de Mayenne. Il aurait laissé réduire la ville en cendres plutôt que de la rimdre au pouvoir des hérétiques. Avons-nous besoin de dire maintenant comment il accueillit les propositions de Chaste? Tout d'abord il se laissa aller contre lui aux plus violentes invectives et supplia le conseil de répondre à ce traître comme il le méritait. Le conseil , composé de bourgeois que ruinait le blocus (1), pensait tout
(1) Si. ne veux-je oublier que, à l'oceasion des troubles , guerres et indispositions du temps, les trois jours de Rogations qui est la principale foire de cette ville , réputée par toute la France, l'Espagne, l'Allemagne et le Piémont, où se fait grande vente et achept de marchandises et bestailhe , ^adite foire cessa entièrement, car les portes des boutiques étoient fermées comme s'il étoit dimanche; cbosefort lamentable aux artisans, marchands et autres qui avoient pris les marchandises à crédit, et qui dévoient être payées à la foire
des Rogations.
Chron. m$â. dé Buril.
CONFÉRENCES VELAVIENNES. 269
autrement, mais il n'osait se prononcer à rencontre du foiigueux ligueur. U ne restait donc qu'un moyen pour sortir d'embarras , s'était le vote universel. Les vingt-quatre se hâtèrent d'y recourir, espérant que la détresse publique serait une conseillère plus prudente que la colère de Saint- Vidal.
Jamais assemblée populaire n'avait été plus tumultueuse, plus passionnée. Autant d'hommes, autant d'avis difiërents. Les plus jeunes ne voulaient rien entendre et criaient sans cesse : La ligue!... la ligue!,.. Les plus Agés disaient : O'ue nouiS importe la ligue ou le roi, pourvu que le pays soit tranquille. Les autres , enfin , qui s'étaient proprononcés pour Saint-Vidal ou pour de Chaste , pour la noblesse avec l'évèque , pour le peuple avec d'Apcbier , se divisaient en autant d'opinions que de bannières flottantes.
Que les temps étaient changés ! En 1 562 , lors du siège du Puy, on avait vu les citoyens , unis comme des frères , courir sur les remparts de la ville maternelle et lui faire un bouclier de leur poitrine, c Aujourd'hui , dit Burel , la haine est si profonde » que les habitants font des barricades dans cha- » que rue et se battent entre eux. » En effet, chacun était venu à l'assemblée avec ses passions politiques, ou plutôt ses antipathies personnelles. D'anciens amis , des parents s'y retrouvaient pour se
270 CONFÉRENCES VELATIENNES.
dire de grossières injures. On ne pardonnait pas, aux uns un peu de gloire achetée au prix de lenr sang, à d'autres le courage d*avoir osé avouer à voix trop haute une opinion loyale ; on reprochait à ceux-ci l'amitié d'un grand seigneur, à ceux-là l'ovation de la populace. Tout succès était un crime, quelle qu'en fût la source. Encore si , près de ces haines violentes, se fussent trouvées d'ardentes af-. fections , si les cœurs eussent eu autant de jalousie pour défendre un ami qu'ils en éprouvaient pour ruiner un adversaire, on eût compris, admiré peut-être ces luttes brûlantes. Mais non , c'était une mêlée confuse où les coups étaient bien portés pourvu qu'ils frappassent un compatriote. Que le pavois se dress&t triomphant pour un gentilhonune étranger , tous venaient l'aider à y monter ; qu'un enfant de la ville se signalât jusqu'au martyre, qu'il eût nom Gui tard, Aimeras ou Sabatier , chacun criait haro sur lui, et le malheureux tombait victime de la fureur publique.
On parvint cependant à nommer des commissaires, auxquels on imposa la difficile mission de pacifier le pays sans céder à aucune des exigences des royalistes et sans rien abandonner des prétentions contraires. Le château de Ghadrac fut encore désigné pour la reprise de ces singulières conférences. Chaste y envoya , pour le roi : Latour-
CONFÉRENCES VELAVIENNES. ?7l
Maubourg, trois gentilshommes et le lieutenant de la prévôté ; la ville y délégua , pour la ligue : Févèque, trois bourgeois et un consul. On discuta pendant plusieurs jours, et probablement on se serait séparé comme les deux premières fois , si les commissaires n'eussent pris sur eux d'arrêter un traité qui , tout en faisant de sufûsantes réserves , accordait du moins une trêve aux deux camps.
On arrêta pour le roi : que Montmorency, son gouverneur en Languedoc , serait reconnu au Puy , ainsi que tous les officiers nommés par lui , et que les troupes dont Saint-Vidal était allé réclamer l'intervention seraient congédiées. — Pour la ligue on convint : que les Aniciens resteraient fidèles au serment d'union qu'ils avaient prêté , qu'ils ne renonceraient à aucune de leurs franchises, et que tous les religionnaires cesseraient de parcourir le pays. — De part et d'autre il fut aussi décidé , drms un intérêt commun , qu'à partir du jour de la signature du traité, personne ne pourrait être recherché pour sa conduite passée ; que quiconque porterait le moindre obstacle à la liberté commerciale devrait être regardé comme perturbateur du repos public ; qu'enfin les prisonniers et les objets saisis à l'occasion des troubles politiques seraient intégralement rendus.
Les habitants du Puy , enchantés de l'heureuse
272 roiVÉBERCES TELATIENIIES.
IntervenUon de M. de Gbevrières, ne voulurent pas le laisser partir sans lui donner un gage de leur reconnaissance. Ils se réunirent donc pour savoir ce qu'ils pourraient lui offrir de plus convenable ; c mais , dit Burel , M. de Ghevrières ne voulut rien B accepter. U fit observer qu'il n'étoit fias veau > en cette ville pour notre trésor ni pour notre ar- » gent» et qu'il se tenoit heureux d'avoir mis k » paix où étoit la guerre. Alors les habitants lui B adressèrent le discours que s'en suit :
c Monsieur,
» Les citoyens de cette viUe du Pay vous rendent grâces, el tous les villageois, même les bourgades, les viUes nos voisines vous remercient humblement, à genoux, de votre illustre et magnanime présence; car, sans elle, nous étions hors d'espoir de recueillir ces prochaines moissons. Vous avez reconnu notre pure innocence , vous avez vu que nous avions perdu pres,que tout notre pouvoir , et vous vous êtes senti inspir(^ par le zèle et la pitié. Vous qui êtes l'un des piliers de noire église, vous n'avez pu endurer plus longtemps qu'on continuât les ravages, les voleries, les dêtroussements qui nous étaient faits. Vous n'êtes pas venu pour vous faire payer de vos peines ni de vos travaux > car aussi l'avarice n'est point logée en votre coeur, mais toute douceur, libéraliré et vertu Comme l'on tient pour
certain que vous vous acheminez vers Paris , pour trouver les princes généreux combattants pour l'honneur de Dieu ces chiens enragés hérétiques politiques, vous présente, Monseigneur^ tout le corps de la ville en général et en particu-
CONFÉRENCES VELAVIENNES. 273
lier, obéissance, amitié ainsi qulmnible service; suppliant ce bon Dieu vous avoir et votre compagnie en sa sainte protection , sauvegarde , et vo r l'entier accomplissement de vos affectueux désirs. »
Burel , après avoir consigné en entier cette harangue dans ses Mémoires , ajoute : « Et à bon droit » le sieur de Chevrières, comme lieutenant des » Guyse, avoit moyenne et pratiqué la paix avec de » Chaste ; car , par le moyen et les sollicitations de > cette chienne et maudite vicomtesse sa femme, » la paoure ville avoit souffert et soustenu plusieurs » grands frais, ruynes, ravages, voleries. Elle avoit 9 faict enchérir les denrées et vivres de sorte que » par argent ne s'en pouvoit trouver, ayant em- » pesché les passages du Languedoc , Vivarois , Au- » vergne et autres des environs de la ville. »
Quelque temps après le départ de Chevrières , un courrier de Toulouse vint apporter au Puy des dépêches du parlement. C'était un nouvel arrêt qui enjoignait au gouverneur de poursuivre le sénéchal et ses adhérents comme perturbateurs du repos public (1). 11 était trop tard ; l'amnistie , signée par l'évêque, par de Chaste et par Saint-Vidal, couvrait tous les coupables sans exception. Cependant cette amnistie , que l'intérêt fit un instant respecter , loin d'éteindre les passions , les rendit plus
(1; Voir» à la fin du livre second , la Note D.
LA PBTITB GENÈVE. 275
violentes encore. La ville surtout ne tarda pas à devenir un foyer de discorde. Si Ton y pardonnait aux ennemis du dehors le mal qu'ils avaient fait, on ne pouvait s'y résigner à souffrir sans impunité l'arrogante indépendance dont quelques citoyens semblaient se prévaloir.
Senecterre lui-môme, si longtemps l'idole des catholiques, avait perdu toute popularité. Les uns l'avaient jadis accusé de trop de rigueur, les autres, quand il voulut pour leur complaire se tenir à l'écart, dirent qu'il avait été gagné par la cour dans son dernier voyage à Blois. La malveillance fut poussée à un tel point contre lui que , pour éviter quelque outrage et pour ne pas tomber victime de la haine de ses ennemis , il quitta le palais épiscopal et se retira dans sa forteresse d'Espaly, bien décidé cette fois à ne plus retourner parmi les ingrats qui perdaient en un jour le souvenir de vingt-cinq années de dévouement.
Cette démarche de Tévêque fut un signal. Comme il s'y était déterminé afin d'échapper à la cruauté des francs-ligueurs indignés du traité de Chadrac, il vit tout-à-coup se rallier autour de sa personne , politiques , royalistes et même religionnaires. Tant il est vrai qu'à ces époques de sanglantes perturbations les ennemis de la veille devenaient les amis du lendemain.
276 U PSnTB GENÈVE.
Le Puy ne 8*aflecta pas d*abord beaucoup de cette émigration , car il cro jait conserver toujours avec lui son fidèle gouverneur. Cependant le duc de Mayenne, qui cherchait à se faire une cour des anciens partisans de sa famille , ayant appelé Saint- Vidal à Paris en qualité de grand maître de FartUlerie , la ville se trouva plus attristée que jamais. Alors elle tenta de ramener son prélat, mais Senecterre laissa paraître très-peu d'empressement. Déjà, sous sa présidence , les états du Velay avaient été convoqués à Espaly, et il avait pu constater dans plusieurs réunions combien Fesprit général était contraire à cette obstination fanatique (IJ.
Témoin, presque victime des agitations de la
(1) Et comme la ville avoil fait de grands irais en ces guerres pour plus de trente-quatre mille écus, elle Toulut les départir et iiu poser sur tout le pays. Pour cela, les états furent convoqués et assemblés au château d*EspaIy, où illec , président le seigneur évéqne ^ fut proposé par les consuls de la ville ledit fait, et j*eœontré ladite dépense. — ToQtesfois fut par les commis des états refusé d'imposer et de des|)artir cette somme de trente^qua^ mille écus sur tout le pays pour n'avoir été employée pour les affaires générales du pays, ains les troubles avoir été faits .pour une qùei-ellé 't)'artfctiTière entré les sleuris iSaini-Yidal et de CliàMè.. J 'Pai* quby 'fût fait ' refrvoy de l'àffaïré au selferièùr de HMilbidrèhcy'', (jti Cônûfmâv < <•<' > i >> >'!
cilé, il ne pouvait lui convenir de rester à la lête d'un parti qui plaçait tous ses principes religieux dans une intolérance aveugle et qui, sans s'expliquer sur ses vues ultérieures, augmentait chaque jour la misère publique. A ceux qui le sollicitaient de se rappeler son serment , il répondit : « Qu'il ne pen- » soit pas être parjure ; que plus que jamais il étoit » attaché à la foi catholique ; mais, qu'après avoir » mûrement réfléchi , il croyoit de son devoir , au- » tant comme comte du Velay que comme évoque » du diocèse , de garder la neutralité dans une que- ^ relie entre gens de la même religion et du même » pays. »
Cette déclaration , la seule qui aurait dû toujours se trouver dans la bouche de l'homme du sanctuaire , fut considérée par les ligueurs comme un moyen de changer de drapeau. Ils se souvenaient des assemblées au palais épiscopal , du siège de la Chartreuse, de la messe de Fay, et ne pouvaient croire à la sincérité de ce langage. Peut-être n'avaient-ils pas tout -à-fait tort ; cependant de la part de l'évOque, ce n'était pas une désertion lâche et intéressée. Il y avait loin des circonstances qui avaient déterminé jadis la conduite énergique des gentilshommes catholiques à celle qui forçait maintenant le prélat à quitter ses anciens alliés. D'ailleurs, depuis le serment d'union , un grand nombre de
conjurés s'étaient montrés hostiles envers lui ; on ne dut donc pas trop s'étonner de sa prudente retraite.
Néanmoins, Senecterre n'avait encore manifesté aucun sentiment de colère contre la ville. En plusieurs occasions, au contraire, il s'était employé avec succès, depuis le départ de Saint- Vidal , pour rappeler au sénéchal des engagements que celui-ci paraissait oublier, et chaque fois de Chaste y avait fait droit (1). Ce rôle de médiateur ne paraissait point suffisant aux Aniciens ; ils croyaient avoir le droit d'exiger davantage de leur évêque. Ils le firent donc supplier de venir prendre sa place à leur tête, mais lui, résista à toutes les prières. Ces refus obstinés aigrirent les esprits, et, pour que le mécontentement général se manifestât ouvertement, il ne fallait qu'une occasion. Elle ne tarda pas à se présenter.
Un jour, c'était le 23 juillet 1589, le prélat et
(1) Le seigneur de Cbaste, ayant su que Saint- Vidal étoit allé en France et avoit abandonné la ville et le pays, continua de faire ravager et piller le bestailh des paa\Tes viUageois... Tellement que la ville fut contrainte de s'acbeminer à Espaly, où le seigneur évêque s'éloil retiré... Lequel auroit fait venir de Chaste en le priant de faire cesser ces voleries... Ce qui fut accordé.
BUREt.
la vicomtesse, devenue femme de de Chaste, tinrent un enfant du seigneur de Chadrac sur les fonts baptismaux, dans Téglise de Saint-Marcel. Après la cérémonie , on se rendit au château d'Espaly , où Monseigneur avait invité beaucoup de monde à un banquet. La journée entière se passa en divertissements, et lorsque le soir arriva, chacun se retira enchanté de la magnificence du parrain. Ceux qui revenaient au Puy voulurent galamment servir d'escorte au coche des demoiselles de Senecterre, les deux nièces de l'évêque qui s'en allaient coucher au palais épiscopal de la ville (1). Près d'elles, dans le coche , était M. de Jalasset , ami du sénéchal. La troupe joyeuse arriva sans encombre jusqu'à la porte Saint-Gilles. Là, les deux dames et leur cavalier mirent pied à terre, puis chacun regagna son logis (2).
Bientôt le bruit se répandit par la ville que les nièces de Monseigneur venaient d'introduire un
(1) Les niepces de l'évêque se mirent dans un coche pour se venir retirer dans le Puy et coucher à l'évôché comme elles avoient accoutumé tous les jours , pour ce que le chasleau d'Espaly n'étoit encore meuhlé, bien que l'évêque y fût retiré.
Manuscrit de M. de Saint-Sauveuh, page 132, verso. (S) Voir, à la fln du livre second, la Note E.
280 L\ 'wmE isBWfcv&.
eniieiili ; uni ^iraiis^^itiafknié JadasteH^ccompagaw du sénéchal. SoudaiQ on courut aux armes , cotôBiè s'il se. Mt àgitcVaneacinéëi lliie tFonfiefiiiîifflHfibx seprécipitaldansileTpataiis; oàM'deaifeHimeff'trttB* blantes !ôraTtai|t -i^ti'aii -venait *les>'é^oi^Brj Ommia' plus dlufiei beoreà towhjtv'lïéHcbéilëtç ftoli^ ,pïïé*. texte de 'ohearohqr'k :poMlit|)ueiJ .eaui inrîaiii ,l9Ét;< Comme'cmiiè parrehait'pasfii U&wmv il@dasdëtV-'o]| courut (dané'la maiscm dU'DoyéttnôvoQùitei^fliéfi^' scandatrso refioùvBh'Àiriis phjs de^isueQès. .Bilfiûip la foulequi'grpssîsfiàit'd'iD6tfiBt«àniBtaiitatcrâit;ti considérabiaj si > tumnttueuse ,'tquet|^tpi)itéiides consuls neiput te niiintenôi'. là plupatitmi sasiiaièài; môme j)asiee donltt s'agîsëaitçiviaisiTdfantllâg^ tîon généi^le'v chacun ^loin'ée^lJapatser^.irAug^ mentait) deécHifoieuii» Ou se^tièuAistsait>pqr^aa(îi8i dans Iea-ruÊs,iavieB> des tercbes.'el tks arkn^là'lti main. L'évèque, disaient les ligueurs, avait changé sa rotlé' de pàsleiir éii peau àé loup. d*ëlâiViui. gui, venait dq proyoquer upe émeutÇiaijL j^^p^i, Jç^i h^. rétiques^'D^autreS', laii^ i^quols- pesait 4iiLe> esfiëee' de proscri^oa,i trbtivaîenl le^miûtmciut bien'i^^ pour s'affranchir du despotfetiife deS' ligB^f^ 'èf ' parlaient eti sens c6nithiirë:--îVersmMùii' des Waf-' ricades étaien,f dressées da,itsplus^ejUi^,gyçiftier^.,,. et du haut des feiiêtres^ copime. f^u-pleinje me, on se battit (pendant plusieurs heures à coup de
L\ PETITE CEXÈTE. Î8l
pierres, de pistolets» d'anpiebases et de hallebardes (1).
Le lendemain malin , dès la pointe da jour » tout était terminé. Le silence régnait dans la cité, les maisons étaient fermées, et sans les patrouilles du guet , plus actives que d*ordinaire , sans les barricades, les armes, les feux éteints qu*on rencontrait çà et là , on aurait pu prendre cette scène de désolation pour un mauvais songe de la nuil. Bientôt, cependant , les habitants furent convoqués à la maison consulaire pour arrêter quelle mesure il fallait prendre en cette occasion. Le cas était difficile, périlleux. Evidemment personne n^osait faire une motion contre les insiurgés ; dans la mêlée , à la lueur des flambeaux , on avait pu ixîconnaître de part et d'autre les plus considéi^ables de la ville, les chefs mêmes du conseil. Aussi n*en«
(1) Nonobstant toutes les bonnes diligences et remontrances des consuls armés de cuyrasses, le chaperon rouge sur le dos« les habitants de la rue Saunerie , afTecUonnés en armes, se sont bandés contre tout le corps de ville à grands coups de pierres, d'arquebuses, de pistolets. Les uns aux (enô* très de leurs maisons , les autres à pleine rue avec hallobar< des tirent tous leurs elTorts pour tuer les consuls et habitants. Lequel scandale et désordre se continua presquo toute la nuit, ayant faict en leur rue do la Saunerie et autres rues da ia ville des barricades et tranchées , etc.
BUHEL.
tcndait-on parler qa^à voix basse. Tout le monde semblait attendre, lorsque, pour trancher la question, quelqu'un fit comprendre que le plus urgent était de remercier Dieu d'avoir préservé la ville de plus grands malheurs. Cet expédient fut accepté avec joie , et l'assemblée se sépara en criant : A Notre-Dame! A Notre-Dame!,,.
Deux heures après, tout dans les rues était remis en ordre. Les murailles de chaque maison étaient tendues de blanches draperies, les cloches sonnaient, et les citoyens, recueillis comme s'ils eussent passé la nuit en prières, marchaient en procession , chantant des hymnes d'allégresse. Mais cette procession, qui semblait avoir pour but de couvrir l'embarras d'un premier moment, avait été pourtant ménagée avec adresse par les principaux ligueurs. Ils avaient compris que s'ils ne trouvaient pas une heure afin de se concerter, sans que les politiques pussent les troubler, c'en était fait de leur influence dans la ville.
Le piège réussit merveilleusement. Tandis que la multitude s'avançait'à travers les places et les carrefours, les partisans de Mayenne, réunis en secret chez le capitaine Rochette, arrêtaient les dispositions nécessaires pour se rendre maîtres de tout. Ils furent prompts. Les fidèles n'étaient pas encore rentrés dans leurs logis que les conjurés , à la tétc
desquels se trouvaient plusieurs consuls en robe rouge et un grand nombre de notables, vinrent arrêter le seigneur d'Agrain, premier consul, son fils, capitaine général, ainsi que beaucoup d!autres. citoyens convaincus de royalisme. Ils les chassèrent de la ville, dont ils refermèrent sur le champ les portes, et placèrent partout des gardes de crainte de surprise. Ensuite, ils firent jeter au fond des tours ceux qui avaient été signalés comme les plus turbulents, et se rendirent en grande hâte à la maison consulaire pour réorganiser le conseil politique sur de nouvelles bases.
Il s'agissait d'enlever le pouvoir aux vingt-quatre , dont un tiers déjà avait fait défection , et de le placer dans des mains sûres. Gomme on avait senti Tabus delà trop grande division des forces, on réduisit à douze le nombre des conseillers. On choisit deux prêtres de la grande église, deux magistrats et huit bourgeois, lesquels entrèrent immédiatement en fonctions. Six autres des plus dévoués furent chargés du soin des portes , ou plutôt de la porte, car toutes avaient été murées à Texception de celle de Saint-Gilles. Enfin des corps-de-garde furent disposés de distance en distance le long des remparts et autour du rocher de Corneille.
Le nouveau conseil crut devoir tenter une der-
nière démarche auprès de Senecterre dans le but de le déterminer à venir prendre le cpmmaadtementde la ville. Deux bourgeois, deux magistrats et deux chanoines furent chargés d'aller lui faire part de ce qui s'était passé. Ils lui dirent que tout avait été entrepris et le serait encore pour le triomphe de la sainte croix à laquelle les ligueurs du Puy espéraient qu'il demeurait iidèie. L'évêque, auprès de qui s'étaient déjà rangés les d'Âgrain^et plus de cent cinquante politiques, qui avait sans doute vivement ressenti l'outrage fait à ses nièces, ne voulut pas se prononcer encore. Il demanda du temps, < étant obligé, dit ii, d'attendre en son château les » états du Velay qu'il venait d'y convoquer. ■
Le 3 août, en effet, les étals se réuniront à Espaly. La ville y porta ses doléances et contre Tévéque el contre le sénéchal. Elle accusait de Chaste de continuer ses déprédations ; de Chaste la blâmait à son tour de retenir illégalement prisonniers une foule de citoyens que le traité protégeait. — « Les com- » mis, juges dans ce débat, dit Burel, demandèrent » à entendre les détenus. A ces fins, ceux-ci furent » menés du Puy à Espaly avec bonne compagnie et i> non sans grand danger, car le peuple étoit en » bonne volonté de les tous massacrer. »
Aussitôt que les politiques furent arrivés devant la barre, le sénéchal, qui les avait attendus pour
LA pfenTE GEXEVlT. ?85
leui'dbiihér ah sbîcnnd ïèniOTgnajë d*àipprt)btitibri; l)rît^îlt^ifé4ihkifltJ ^àpaYOé. Sans mdntitM^rfeti;rlëri aUi^feoWvénahces- que fcoAnûatîdterît raàsci!iMèc;''iï' cômlttefriçk ^kt dénier sa^coïnpétëiièe èÀ ces "ttïktièrcsi 'i fe'Wstë, ■dît^», si' léi^ citoyciiisIncrîaH^* » né^ déWicht i^,oWparaîtr6 AeVahf des jcififô^, 'ôV » ^i?ÎI Ifeilrfttl' permis dé'les chèïsîr: jé'hb'dbtltë' 1^ {las; Mè^âMeût^é, (jùe^ pat*'\f6s tiirrilè'f^c^ o^ilàf^ VbtHs' » Iby'àiifej'VdJis ïïé sbye^ ceax'^u^iis'iiVèMîisàeT^tJ' » Maîè' aùj6ardi\ii' îr ^est;ae^ hiôÀ 'AeVôîi^''tté' Vdtiâ ^ » déclarer ijûé les gciis dont o'rî' réctàiiie le châtï- » nienl sont sous ma sauvegarde et sous eélic dll ' » traité. Ifeui^sbpînibrts'soilt'le's Aîi'ennef ' Loi feule* dont oïl lés accusé, je l'âl 'cbrtithîsè auèsi; 'd'(3St' celfc du dévouement étde la'flllôJiii^, 'Jé'ledr* doU » secours; quils se rassurent, je ne les abandon- » nerai jamais. Sl'leurs concîtôye'nâ ne rôspecticnt" » pas.' eh eux ïa parole jurée; à mon tôiir je saurai" ^ bien m^ dégager de mes sermena et râirc la ville' » prisonnière dans ses propres murailles... ».
h dit, et'le^ barons, presque touspartîsart» dilrôl, approùvôrënf ce discours par (ies témoijçnnfçes d^lUe si comploté àdliésion, qii*â moins d'avoir voulu compromettre par une folle obstination l*cxî»tenru; (\v )\t cité, les ligueurs ne purent éviter de »e Homnellrc. Le conseil" des douze donila en cette cfrcon«f/ifK'« une pfréuvè de sagesse d'autarfl plu» digne â^Mn^(*H
(|ue lagitatiou qui régnait autour de lui était peu faite pour le rassurer. Non-seulement il ordonna la prompte délivrance des détenus, mais encore il exigea que leurs armes leur fussent immédiatement rendues, et que nul, sous aucun prétexte, n'attentât à leur liberté. Par son ordre les portes de la ville furent ouvertes et chacun devint libre d'aller où bon lui semblerait, à la seule condition de payer toujours la taille au Puy.
Cette ordonnance ne fut pas plutôt promulguée que l'on vit une foule de gens s'acheminer vers Espaly et s'établir près du château de monseigneur, t Alors, raconte l'historien ligueur, vous eussiez » rencontré les habitants de la ville qui s'en alloient » se promener à Espaly, disant l'un à l'autre : Allons » voir à cette petite genève nos misérables politi' » ques et nous saurons ce qu'ils veulent. — Ils y al- » loient et ils les trouvoient à la suite du seigneur » de Chaste et de monseigneur du Puy, joyeux de » ce qu'on leur avoit fait croire qu'ils auroient du » roy tout ce qu'ils demanderoient et tout ce qu'ils » pourroient chaque jour désirer. »