‹ Histoire du VelayChapitre 8 sur 125 · PRÉPARATIFS DE GUERRE, AU PUT · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE GUERRE, AU PUT

Six CoNSui^ — l.çs mêmes qui étaient déjà en cfnère^, LêùèmMère^etlesienx tièt^Pouisèls (1).

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Six^p^piTAi:sE$ (2).. . .

UN DmBfirriùR liE ï.^ÀRtîLti»îÉ (3) ;

J)^V^, SjÇRCEJîTS^Dp: PAJîÇE (4),.,

(1) Sera le plaisir des capitaines en chef de assoir ceux-cy en l'ordre et lieu qu'il leur plaira assigner.

Ms8. de MÉDicis, t. II, p. 310.

(2) Chacun d'eux en leur étendue ayant leurs corps d'escoade ou corporaulx aultant que leiir eii sera âëcéssaii'e,' t^nt pour faiç^. î^9Ç|i)[^bl|er <çs ylier8,;sould4i;tf , çt, au]tre8,î|î^, corps de garde . aussi les mander aux guets de jour et de puict, tant à la porte que aux murailles ou autre part, et pour assoir la nuîet^és'srehtîtiéllés,' tôUjôui's ëltes èlrë trbuvêes en bon équipage, ' : ' •' •'•-'.■ '•' .' ' Jtii ■'.' •■ .■• •

(3) Le seigneur Jehan Jourdain , bourgeois, a accepté la charge au, faiçt de l'artillerie , touchant le pourveoir diligemmept et saigèment de poudre,.bolets, cordaiges, soufre, salpêtre, etc. , ^ Id.

j{à) &|iargé6.du oorpa^de^garde, des taml»orinSi fifres, et de coQduir0.rinf»nteâriô oà.aura été commandé par les.capilaines.

Id.

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UNE NUIT A LA' CHA'lSE-^ffiU'"

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Tàiidis que les Anidens prenaient en grande hktt les plus actives dispositions pour se défendre et pour repousser énérgîquement un ennemi qu^ils croyaient voir apparaître à chaque instant à leurs portes, le chevalier Blacons, à la tête de sept à huit cents hommes, coûtait à la Chaîsc-Ûieu. Il eépéraît s'emparer par surprise du monastère et de sbti trésor, puis revenir, chargé d'un précieux butin, rejoindre l'armée principale et la conduire trîôinphante soiis les murs de là vilîe âù Pùy^^' L4ïripatient capitaine fut déçu dans les ambitieusies aspirations de sa cupidité. Quelqutî pfotnpie que

fût sa marche , partout il avait été devancé. Quand il arriva , il trouva le bourg à peu près désert. Les principaux habitants s'étaient réfugiés chez les moines, dans la grosse tour assise à l'extrémité des murs d'enceinte au soi|i|fret de la colline et de façon à pouvoir dominer toutes les issues.

Cette tour, qu'avait fait bâtir le pape Clément VI, était i^iaf9 f^&) plu;i ^d^ pt ^e^ri^yin^^içusement construites pour le temps. A l'intérieur, elle s'appuyait sur des ASiûtesd'wia' épaisseur de huit à dix pieds. Les moines y avaient pratiqué un four, un puits, un arsenal, des greniers d'abondance, sans parler des réduits mystérieux dans lesquels ils avaient déposé leurs titres, leurs reliques et leur trésor. A l'extérieur, toutes ses arêtes étaient flanq\^é^s,d'6aQrfl»es,contreiorts qui présentai^nt-e^Ut^nt d'inûejçibJjes biouclicrs. $es meurtrières, disposées 1$ long des murs, devfînaient à Theiare du cpmjbat copime autant dq bouphes ardentes^ tandis que ses haxUs mâchicoulis dissimulaient aux a^saiUaul^ les soldats postés derrière. les créneaux et défen4aient Rapproche de la citadçUe,

Blacons fut reçu par. une décharge générale qui tua une yingtaine de ses hommes. Effrayées de cette soudaine démonstration, les troupes huguenote^ se, répandirent par le village et cherchèrent un abri 4ans les maisons, en attendant que leurs éclfureurs

vinssent faire mieux connaître l'état des lieux. La journée se passa de leur part en observations périlleuses quoique fort timides, car un soldat ne traversait pas une rue ou ne se montrait pas à une lucarne, qu'un coup d'arquebuse, parti de quelque meurtrière invisible, ne le frappât de mort à l'instant même.

La nuit sembla plus favorable aux assaillants. Guidés par des paysans, ils reconnurent que les murailles qui entouraient Tabbaye étaient à peine gardées et que la garnison venait de se réfugier dans la tour. Cependant, comme ils craignaient des embûches, ils marchaient avec prudence. Les plus hardis s'aventurèrent les premiers, sans comprendre pourquoi on les laissait ainsi maîtres de la place ; les autres suivirent à petit bruit, et bientôt tous pénétrèrent sans encombre dans le couvent. Les moines avaient délibéré cette tactique qui leur parut la plus sage. En effet, prévenus de l'arrivée des religionnaires, ils avaient eu le temps de soustraire les trésors sacrés de la basilique ainsi que les provisions, les meubles, les papiers du monastère. Pour le reste, ils priaient Dieu, car ils ne doutaient pas que la résistance, sans profit pour eux, n'eût entraîné la ruine complète de leurs vastes monuments.

Voilà donc ces hordes sauvages parcourant à

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(1) Mémoires de l'abbaye delà Gbaise-Dieu. •— Pièc«tfari|^ inale&.444l«naM| etre4WYIf(«««(fa]it^(W l^^Mbmhh^m^lf^^J'

se venger d'une manière di^e de lui. Par son ordre, toutes les statues du temple sont mutilées, depuis celle du glorieux patron de la contrée jusqu'à celles de ses bienfaiteui*s : Jean de Chandorat, le pieux André, le cardinal Guillaume, le comte de Beaufort et Clément YI (1). On fouille dans les tombeaux; aucun n*est épargné, pas même celui du brave maréchal de la FayeUe, l'ancien gouverneur d'Auvergne. On brûle les tableaux et les livres, on démolit les autels, on brise les vitraux. Enfin l'impie, regardant déjà comme ses prisonniers les habitants de la tour, et comme sa proie les trésors qu'elle soustrait à sa cupidité, ordonne qu'on en fasse le siège. C'est le sire de Montjoux, lieutenant du chevalier, qui est chargé de l'attaque. Blacons lui laisse cent cinquante hommes environ pour s'emparer de la citadelle, puis le lendemain, au point du jour, il se hâte d'aller rejoindre d'autres troupes auxquelles il a donné rendez-vous et qui l'attendent pour le suivre sous les murailles du Puy, Cependant le farouche déprédateur ne s'éloigne pas sans charger ses charriots du butin qu'il a pu faire. Il enlève les chandeliers, les croix, les vases baptis^ maux , jusqu'à un Moïse en cuivre doré qui sert

(1) Voir au Volume solvant f Monuments historiques de la Eaute-Lovre) le chapitre consacré à la description du mowu^ tire de la Chaise-Dieu.

UNE NUIT A LA CHAISE -DIEU. 5t

de pupitre au milieu du chœur et qu'il croit d'or massif. Toutefois s'étant douté, chemin faisant, qu'une masse aussi considérable pouvait bien ne pas être aussi précieuse qu'elle le paraissait , il fait scier un des pouces, reconnaît qu'il n'a volé que du cuivre, et jette cette statue dans un étang où, quarante ans après, les bénédictins la retrouvèrent (1). Monjoux se disposait à exécuter les ordres de Blacons. Déjà il avait rallié autour de lui les mécontents du bourg et était parvenu, avec leur assistance, à se procurer les cordes, les échelles, les madriers nécessaires à sa difficile entreprise, lorsque tout-à-coup un soldat placé en vedette accourut plein d'émoi, et arrêta brusquement les préparatifs du siège par ces quelques mots sinistres jetés en

(1) Entr* autres documents auxquels nous croyons devoir renvoyer le lecteur qui désirerait étudier l'histoire de cette importante abbaye, nous signalerons plus particulièrement ici :

1* Statuts faits pour les anciens religieux (contenant des pièces originales) par ordre du cardinal de la Roche fouca/uU. n* 84 (Blancs manteaux), — Page 27, tome Vlll' du catalogue des manuscrits français de la bib. imp.

3* Mémoires de V abbaye de la Chaise -Dieu, en pièces originales. — N« 9694. (Idem).

B' Histoire générale de la congrég, de Saint-Robert de la Chaise-Dieu. — N* 930 ff. St-Germain). Page 44. Tome Vni* du catal. des manuscrits français.

4« Lettres du citoyen Legrand, en 1787 et 1788.

courant : < Alerte, compagnons!... Les religieux ont » allumé la nuit dernière un signal au sommet de » leur vigie ; ce signal a été aperçu par plusieurs » châteaux qui y répondeur ; et, si vous ne fuyez, » les trois samts nous feront une triste fête. » A ces paroles, la frayeur s'empara des religionnaires et^ dès ce moment, les efforts de Mojxjoux (urent impuissants à les {Persuader. Le plus grand nombre prit la fuite sans plus attendre ; les autres, excités par les habitants qui tentaient toutes les séductions pour les retenir, consentirent, durant' quelques heures, peut-être quelques jours encore, à mettre le bourg en état de défense ; cependant aussitôt qu'ils surent l'armée du gouverneur en vue de l'abbayé , ils quittèrent la place et en abandonnèrent les destinées aux efforts des Casadiens (1).

(1) Tùït; à la fin du ihte premier, la Note D,

Dès que le pouvoir vit partout surgir des compagnies de routiers se disant religionnaires, il dut songer immédiatement à opposer à ,ces troupes nomades d'autres troupes nomades comme elles, mais plus fortes, plus aguerries, surtout mieux disciplinées. Le baron de Saint-Hérem fut pour cela nommé lieutenant du roi en Auvergne ^ Saint- Chamnont en Forez, Antoine de Laiour, seigneur

(1) C'est sous ce nom que le peuple désignait les sires de Saint-Ghaumont, de Salnt-Hérem et de Saint-Vidal qui, tantôt réunis, tantôt séparés, donnaient la chasse à cea bandes errantes.

de Sû/mt-Yidal, aux fwiys de Velay el Haut-Vivarais, ^ Tat^s^pe du vicomte de Joyeuse.

I Ces trois gentilshommes chevauchaient incessamment à la tête de braves soldats , et Dieu sait s*ils faisaient rude justice. Quand, par malheur, 4iiçlq.Mes-uns de ces coureurs d'aventures tombaient entre leurs mains, le premier arbre venu servait 4e potence. Cependant, comme il arrivait quelquefois que nos prévôts voyageurs avaient à combattre des bandes trop considérables pour qu'isolément ils pussent espérer de les vaincre, ils se coalisaient. Cette alliance , publiée avec éclat sur toute l'étendue de leurs provinces, les rendait très-redouUibles. Presque toujours on ignorait le lieu où ils étaient. On ne savait pas non plus où ils devaient ^dler, combien ils seraient, quels ennemis ils se . disposaient à poursuivre. Eux-mêmes s'ap- -pliqviaient à entretenir ce mystère qui augmentait singulièrement leur force et leur puissance.

On. conçoit l'épouvante des assaillants quand, à travers leurs sacrilèges profanations, furent si brusq<uement jetés les trois noms réunis de pareils adversaires. A peine les derniers avaient-ils eu le teinps de fuir dans la forêt voisine, qu'ils èntendir^rtoutes les cloches de l'abbaye sonner en signe AtfV^o\à^$Wce. Saint-Hérem, cette fois, était seul et venait d'entrer à la Chaise-Dieu à la tête de plusieurs

compagnies royales. Dès qu'il vit les déprédations commises en quelques heures, il s'élanf)» sur left traces de la troupe fugitive ; mais celle-ci s'était dispersée dans un sawo&^ui-^eut général.

Les religionnaires de nos provinces ne sont plus des opprimés sans défense subissant le joug tyrannique d'un évoque ou d'un selgnrar. Naguère ému des persécutions dont ils étaient Tobjet, nous avicfns compris et les murmures et la révolte. Depuis lors les situations se sont rapidement transformées , et les réactions ont été terribles dans leurs violences. Ainsi qu'un navire battu par la tempête court se briser d'écueil en écueîl, de même la France déchirée par les partis contraires passe des cruautés des catholiques aux cruautés des huguenots. Les drapeaux de l'indépendance triomphent un instant, mais ils dirigent si mal la victoire que le vninqtiear prépare sa servitude par ses propres excès. Nous le voyons dans son ivresse dévaster les campagnes , piller , égorger tous ceux qui lui résistent II ne frappe pas seulement ses anciens oppresseurs , les pauvres gens sont aussi ses victimes. De l'incendie du château il passe à l'incendie de la chaumière , et ceux-là mêmes qui espéraient le plus de son onivre sont les premiers à implorer des secours contre lui.

Pendant la nuit du 4 août 1562, des habitants de Saint-Paulien accoururent donner Téveil à ceux du Puy. « Le cruel Blacons, dirent-ils, est entré » hier dans notre ville, venant de la Chaise-Dieu » et, suivant sa coutume, a tout mis au pillage. » Demain, sans plus tarder, il sera sous vos murs. » Bonnes gens, que Notre-Dame et Dieu vous gar- » dent! »

En effet, dès la pointe du jour, on vit paraître sur la montagne les compagnies de Blacons, guidées par un certain Jacques Gmtard, citoyen du Puy, dont nous ne tarderons guère à parler. Aussitôt ,

Monseigneur fit sonner le tocsin ; de son côté , de Maubourg ordonna qu'on battit le rappel et qu'a* vaut une heure chacun fût à son poste. Personne ne manqua. Le vicomte de Polignac seul fut blâmé pour avoir ainsi laissé passer l'ennemi sous son château , sans le saluer de deux ou trois bordées de grosse artillerie. Mais le vicomte, qui avait compté ses adver^aU^s et oompt is que sa bravade lui coûterait cher, s'était, quoique ardent catholique, bien gardé d'intervenir.

Les huguenots descendirent à Saint-Marcel, traversèrent la Borne, alors presque entièrement desséchée, et vinrent camper dans une vaste prairie appelée la Gondamine, à une portée d'arquebuse des remparts. Ils espéraient se rendre maîtres de la ville par surprise, avant même qu'elle se dou* tât du péril. Aussi la consternation fut-elle grande dans leurs rangs, lorsqu'ils trouvèrent les citoyens rangés en bon ordre en avant des murailles, faisant orgueilleuse contenance et montrant leurs armes qu'ils brandissaient d'un air provocateur.

Sans autre préambule, on ât de part et d'autre utie décharge générale , et pendant plusieurs h&a^ res les feux ne discontinuèrent pas. Sur le soir cependant, l'énergie des citoyens parut se ralentir, lie nombre les accablait, ils perdaient du terrain, rompaient toujours. Ils allaient être acculés jut-

que dans les fossés, et réduits à se renfermer dans la ville, lorsque tout-à-coup un secours inespéré ranima leur courage et leur rendit la confiance. C'était une troupe de moines qui débouchait de la porte Pannessac.

Les dominicains, les capucins, les carmes, les cordeliers et d'autres encore habitaient en dehors du Puy. —Dès que les révérends pères eurent appris qu'une armée de huit mille Philistins allait fondre sur la contrée, ils jugèrent sagement que moins que personne ils seraient épargnés. En conséquence , ils passèrent plusieurs jours à transporter en lieu sûr argenterie, livres, papiers, meubles, provisions, et furent ensuite chercher pour eux-mêmes un refuge dans la forteresse épiscopale, pêle-mêle avec les seigneurs chanoines, les clercs de Notre-Dame, les pères conventuels de Saint-Pierre et les autres prêtres de la cité. Le cloître, l'église, la tour étaient remplis ; jamais les voûtes saintes n'avaient retenti de plus lamentables oraisons. Ils priaient ardemment, et leurs prières ne fureût pas stériles, car elles firent descendre peu à peu dans leur âme d'énergiques transports. Quand du haut de la vigie de Saint-Mayol, la tremblante cohorte put reconnaître les progrès effrayants de l'ennemi et le danger imminent qui la menaçait, elle ne demanda pas ailleurs le miracle qui dépendait de son courage et que Dieu

avait mis dans ses mains. — Aux armes! dit une voix; aux armes! répétèrent comme une seule toutes les autres. Alors bréviaires, chapelets tombèrent aux pieds des autels, et Ton vit tous ces religieux se précipiter dans Tarsenal de Tévêque, s'armer de cuirasses et d'arquebuses, descendre du haut de la ville en courant, puis venir se ranger tout-à-coup en front de bataille (1). L'avantage passa aux citoyens en quelques instants. Les huguenots, surpris de cette soudaine apparition, se replièrent, et, comme la nuit avançait, ils furent chercher un gîte au faubourg St- Laurent, à Espaly, à Saint-Marcel, remettant au lendemain une victoire qu'ils avaient été si près d'atteindre.

Dès la pointe du jour, les assaillants parurent sur la montagne de Ronzon, à l'endroit même où depuis des siècles se faisait l'exécution des criminels. Ils y déposèrent leur artillerie et commencèrent l'attaque. Le lieu était certainement bien favorable ; la ville s'offre en face, étagée en amphithéâtre, comme un large éventail déployé, de manière à ce que pas une seule maison ne puisse échapper. Mais, par bonheur, le baron des Adrets n'avait laissé que deux méchants canons. Que faire avec de pareilles ressources? L'ennemi, dont les armes ne portaient même pas,

(1) Ms8, de HÉDicis, t. Il, feuillet 311, verso,

descendit la montagne, essaya plusieurs autres positions qu'il abandonna presque aussitôt, et vint escarmoucher pendant quelques heures autour des remparts. Enfin, sur le soir, pour se donner une apparence de succès, il fut s'emparer du petit bourg d'Aiguilhe, pilla les maisons, l'hôpital et le monastère, escalada triomphalement le rocher de Saint- Michel, saccagea l'égUse, brisa l'image de l'archange et, sa journée ainsi achevée, se retira avec des chants de victoire (1).

Le lendemain révéla plus encore l'inhabilité, l'imprévoyance des religionnaires. Ils ne profitèrent d'aucun des avantages du terrain, ils ne surent même pas se défendre. Un homme surtout leur fit beaucoup de mal. C'était un vieil anachorète retiré au fond d'une cellule, vers la montagne de Denise. Il avait été dans sa jeunesse artilleur dans les armées du roi. Jadis on avait parlé de son courage, de ses aventures joyeuses ; mais depuis longues années, le sac de la pénitence remplaçait la brillante armure, et le jeune militaire du temps de

(1) Et après, cernarent la ville et vindrent au roc St-Michel qu'ils trouvèrent mal gardé et y firent plusieurs malheurs, même firent tresbucber l'image dudict sainct avec le roch. Et en plusieurs autres églises firent tant de barbares cruautés que n'est besoing l'escrire pour qu'on en voye l'expérience. Mt8. de M^Dicis, tome II, feuillet 3|31,VQrso.

Louis XU, courbé par l'âge et les souffrances, n'attendait plus que son heure dernière.

Ce fut par hasard qull vint à apprendre que les hérétiques menaçaient la ville de Notre-Dame. Personne ne s'inquiétait beaucoup, en effet, de l'utilité que pouvait offrir en pareille occurrence un octogénaire. A cette nouvelle, ses yeux éteints se rallumèrent, son front chauve perdit ses rides, ses mains tremblantes se roidirent en saisissant l'arquebuse rouillée qui pendait le long du rocher. Quels jeûnes, quelles prières pouvaient être plus agréables au Seigneur que cette sainte croisade contre les ennemis de sa foi , et quelle bonne occasion pour im vieux soldat converti d'obtenir les i|idulgences de l'Eglise !

Sans plus attendre, l'ermite vint droit au seigneur de Maubourg, lui dit ce qu'il avait été et lui proposa ses services. Le capitaine, qui ne savait à qui confier le commandement de son artillerie, les accepta de grand cœur. « Bien lui en prit, remar- » que Médicis, car le saint homme tua plus de 9 monde à lui seul que tous les arquebusiers de » léans. > Les huguenots demandèrent alors à parlementer ; et comme ils méditaient une trahison, ils crurent faire le meilleur choix en prenant à leur tour Saint-Just pour leur ambassadeur.

Saint-Just eut bien le cynisme d'accepter un semblable mandat. La perfidie lui devenait fami-

lière ; aussi se présenta-t-il devant Messieurs de la ville, l'air assuré, presque le sourire sur les lèvres, demandant qu*on ouvrit les portes à des amis qui jamais n'avaient eu la moindre pensée de pillage. a Gomment, dit le loyal messager, oseriez-vous nous

> soupçonner de criminelles déprédations, nous, » les propagateurs zélés de la réforme , nous ,

> persécuteurs des abus , vengeurs des opprimés ? V Ce serait méconnaître nos pures doctrines. Oui,

> citoyens, ajouta-t-il à quelques interrupteurs qui

> se rappelaient sa trop récente félonie, oui, nous.

> avons reçu vos deniers et nous serons fidèles » aux conditions. Nous n'exigeons rien de vous, » ni contributions de guerre, ni droit de passage, » ni même la nourriture d'un jour. Ce que nous » voulons, c'est seulement briser les dieux de bois, » les emblèmes païens dont vous profanez la ma- » jesté des temples; ce que nous voulons 9

On le congédia sans le laisser achever.

Les chefs ennemis , irrités de ce dédaigneux accueil , jurèrent d'en tirer une prompte vengeance. A les voir, on eût dit qu'avant la fin du jour la ville ne devait plus être qu'un monc^u de cendres. Saint-Just, cependant, au lieu de s'abandonner à son dépit, s'était présenté comme un martyr de dévouement. Ses paroles étaient sans amertume, sa démarche pleine d'humilité; il af-

fectait dans toute celte afîaire une évangélique résignation. Sincère ou non, ce rôle servit merveilleusement rimpatiente colère du chevalier. L'injure en paraissait plus grave, le bon droit plus certain; aussi donna -t-il Tordre à son armée de redoubler de courage et de zèle. Il n'épargna ni menaces, ni promesses ; hommes et choses devaient être le prix de la victoire.

Sur-le-champ cette foule, que Tinstinct du pillage savait seul émouvoir, se rua à Fest de la ville, côté en apparence le moins bien défendu, et tenta un assaut vigoureux. Une telle ardeur, bien dirigée, eût pu sans doute devenir très-dangereuse; mais l'insubordination de ces hordes indisciplinables rassura bientôt les assiégés qui, tous placés en bon ordre, ne laissèrent même pas entamer leurs murailles. Ils firent mieux encore ; il arriva qu'à plusieurs reprises, au moment où quelques compagnies s'avançaient isolément trop près des remparts , les citoyens ouvrirent leurs poternes , s'élancèrent avec une effrayante rapidité sur les imprudents, et firent de nombreux prisonniers (1).

(1) Ce jour mesme, 1 38 boebier« da Pay prindrent sar icealx huguenaiilx ung nombre de mouionn (\n*ÏU avaient ravyft quelque part et les mirent en ville. Kt aultres plusieitrft du Puy emportarent beaucop de def^poilles et bi^ns, que ces larrons buguenaulx avoient caciiés et retirés aux Carmes, & Sainct-

La journée suivante, qui fut la dernière, Tévêque, les consuls, les gentilshommes, les confréries arborèrent leurs drapeaux au sommet des tours de la. ville. C'était déjà un premier signe de victoire. Et, tandis que les ennemis consternés regardaient flotter au vent ces triomphantes bannières, Latour- Maubourg fit venir sur les créneaux tous les mener triers, joueurs de cornemuse, de haut-bois, de fifre, de clairon et leur donna ordre de sonner des airs de réjouissance, assez haut pour qu'au loin chacun pût bien les entendre ; ce qu'ils firent. « Alors , 9 rapporte Médicis , Blacons se retournant du côté » de ses compagnons , leur dit avec colère : Voyez » donc, Messieurs, comme ces gens du Puy se mop quentde nous (1) ! » Ce reproche était perdu;

Barthélémy et auteurs. Et s'y, furent prins prisonniers plusieurs de leurs gens, et amenés en ville.

Mes, de Médicis, tome II, folio 312.

(1) Estant au Puy obéy capitaine le seigneur de Latour de Malbourg que moult bien s'y portoit. Lequel estant sur les murailles, commanda que là, on luy flst venir les baults-bois et ménestriers de la ville. Lesquels estre venus, leur commanda qu'ils sonnassent de leurs instrumens, bien et baultement, afin qu'ils fussent entendus des ennemis. Ce qui fut faict. Et, par rapport d'un homme de bien d'Espaly, ce oyant, fust dictes semblables paroles : c Regardez, comment ces gens du Puy se moquent de nous. »

Mss, de MÉDICIS, tome II, folio 312.

déjà les religîoQDaires découragés fuyaient dans toutes les directions.

En vérité , la partie n'était pas égale. Gomment espérer que de braves citoyens, nuit et jour sur la brèche, unis par la même pensée, la même foi, le même sentiment de nationalité , seraient vaincui^ par un ramassis d'affamés tumultueux , n'ayant de commun que le désir du pillage , ne connaissant ni chefs ni subordonnés, et ne voulant écouter les avis que lorsqu'ils leur indiquaient une proie a saisir 7 Les gens de la ville combattaient pour leurs foyers, pour leurs autels. Les femmes pansaient les blessés, les enfants, les vieillards dépavaient les rues, montaient les pierres aux créneaux, les riches parla* geaient fraternellement avec les pauvres les vivres qu'on leur apportait, tous étaient préparés aux plus généreux sacrifices. De l'autre côté , c'était un désordre inexprimable. Après une attaque impétueuse , toul-à-coup on les voyait déserter par bandes; ils revenaient en masse, se battaient quelques heures, disparaissaient de nouveau , puis reparaissaient encore, étalant avec insolence un butin conquis dans ces courses rapides à travers les campagnes du voisinage.

Cependant s'ils se retiraient confus de n'avoir pu pénétrer dans le chef-lieu de la province, en rétour, que d'afflictions ils répandaient dans ces parages !

Les cinq ou six couvents conservaient à peine leurs murailles ; le château de Tévêque à Espaly, ceux de Taulhac, de Mons, de Nolhac étaient en ruine ; les fermes isolées restaient vides; les moissons en cendres fumaient encore au milieu des champs. Âiguilhe , Saint-Marcel, Vais, Brives, Espaly et les autres villages voisins du Puy n'avaient rien préservé du pillage. Les églises étaient transformées en étables; les saintes images, les statues de pierre, arrachées violemment de leur place et toutes mutilées, couvraient la terre ; les tombeaux eux-mêmes n'avaient pu échapper à la profanation.

Alors les pauvres gens des environs accoururent implorer la charité de la ville. Cette fois, les portes s'ouvrirent avec empressement pour leur offrir une hospitalité fraternelle. On commença des prières publiques, on fit des processions dans toute la contrée. Chacun s'infligea quelque rude pénitence. Celui-ci montait les cent marches de Notre- Dame la tète et les pieds nus, celui-là s'imposait un jeûne sévère. Les uns suspendaient des ex-voto aux portes de leur paroisse et partaient pour de lointains pèlerinages, les autres bâtissaient de petits oratoires aux angles des rues et y consacraient une lampe à perpétuité (1); tous cherchaient, par un

(1) Ce jour, pour esmouvoir le peuple, on martela le tocsin

solennel repentir, à calmer les colères divines. Mais, où ne sauraient entraîner les réactions violentes, et n'est-ce point ici qu'il faut gémir des cruels égarements de la foi comme de la raison? Plus de cinquante prisonniers furent pendus le même jour, sans autres procès, à la grande édification des fidèles, qui pensaient se rendre Dieu plus favorable par de tels sacrifices. '

à Nostre-Dame, à Saint-Pierre-, chose effroyable à voir. D'aultre part, plusieurs bonnes gens de la ville montoient en réglise pieds nuds, et démonstrans faire et tenir au lires termes austères, tant en jeûnes que continuables oraisons, journalement faisoient monter à Nostre-Damo, leurs enfans, flls et fliles ; les fils deschaulx et les ÛUes aussi et leurs cheveux abbatus avecque aulcunes de leurs chambrières. Et là astre arrivés, y estoient jettes grants soupirs, lamentations et pleurs, ce que causoit grande tristesse et griesve douleur aux cœurs des boimes gens. — Et les prebstres, en célébrant la saincte messe, aoyant les canons de Tassault, pleuroient ciiauldément à grosses larmes.

M88. de MÉDicis, tome II, page 813, verso.

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