POLIGNAC, LE GRAND -JUSTICIER
Depuis sa défaite, Biacons, abandonné par un grand nombre des siens, errait tristement à travers les montagnes, cherchant à l'aventure quelque facile conquête lorsque , peu de temps après , il vit venir à lui Glaude-Ârmand de Polignac, fils d'Armand XII, dit le Grand-Justicier (1). Ce jeune seigneur, connu sous le nom de Ghalancon , s'était jeté par désespoir dans une troupe de religionnaires ; voici & quel sujet.
Armand XII avait eu ce fils d'un premier mariage
(1) Voir, b. la fin du livre premier, la Note E.
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avec Anne de Beaufort. Longtemps il lui avait té* moigné une tendresse extrême ; mais, sur ses vieux jours, ayant épousé en secondes noces dame Philiberte de Glermont-Tallard qui lui donna plusieurs enfants, ce vieillard ne fut plus maître de ses affcc* tions. Il fallut, pour complaire à la vicomtesse, priver Claude-Armand d'une succession légitime, en le contraignant à embrasser l'état ecclésiastique. Claude-Armand, qui ne se sentait aucune vocation pour l'église, fut inflexible. Son père, secrètement excité, regarda ce refus comme une offense et punit le téméraire en l'enfermant dans un donjon. Dès ce moment, le sire de Chalancon résolut de s'affranchir d'une servitude inique. A peine libre, il s'échappa du manoir de Polignac, entraîna dans sa fuite plusieurs vassaux dévoués et se mit à courir la province avec quelques routiers qu'il prit à sa solde. C'est alors que, voulant ressaisir les domaines qui lui étaient injustement enlevés , il vint solliciter l'appui du chevalier, se déclara son compagnon, son ami, et comme lui défenseur de la foi nouvelle.
Blacons fut trop heureux de s'associer au premier gentihomme de la contrée . Il écouta ses plaintes, partagea ses colères, et tous les deux partirent aussitôt pour aller soumettre les baronies de Randon et de Randonnet en Gévaudan, ainsi que
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la petite ville de Genouillac dans le diocèse d'Uzès, dont le vicomte était seigneur. Partout ils exercèrent les plus cruels ravages. On dit même qu'après avoir rasé un couvent de jacobins, fondé par les barons de Randon, ils en massacrèrent les religieux.
Pendant ce temps, le vieil Armand, instruit des dévastations commises par son fils, fit prendre les armes à ses vassaux et poursuivit sans retard le coupable. Il mit tant de promptitude, tant d'énergie dans son attaque, que Ghalancon, déjà intimidé par sa présence , se défendit mal , fut battu et grièvement blessé.
Le souvenir de cette victoire, plus cruelle pour le cœur du père que glorieuse pour la fierté du châtelain, resta dans l'âme attristée du vicomte comme un remords implacable. Armand XII ne put jamais se consoler d'une apostasie dont sans doute il s'accusait en secret d'être la première cause. Trop faible pour résister à une femme impérieuse qui détestait le fils d'un autre lit , trop attaché à son enfant pour ne pas soufTrir du sort qu'il lui avait fait , il n'eut le courage d'écouter ni son devoir ni sa tendresse, et mourut de douleur sans oser ouvrir les bras à celui qu'il aimait.
La noblesse et le clergé de la province regrettèrent vivement le vieux gentilhomme qui, depuis