NOUVELLES CONFÉRENCES, AU MONASTIER ET AU PUT
Cette perfide courtoisie du sénéchal lui donna tout Tavantage. Saint-Vidal, qui peut-être aurait désiré trouver dans un brutal accueil le droit de se plaindre et de retirer ses concessions, se vit obligé de répondre, t Non, Messieurs, ce n'est pas légère- B ment, comme on m*en accuse, que je me suis • décidé dans cette grave affaire. Monsieur de » Chaste n*a pas tort de vous dire qu'en me pronon- B çant pour Montmorency j'ai voulu céder aux in- B tentions de notre brave noblesse. Cependant, B il est d'autres voix que nous devons entendre» il B est au Puy un grand nombre de citoyens fidèles B dont les vœux doivent aussi vous toucher, b
c — Eh! quoi! Monsieur, interrompit adroitement B le sénéchal, n'est-ce que cela? Mais tous ici nous B savons trop la haute influence que vous exercez B sur les ligueurs aniciens. Le jour où vous le » voudrez sérieusement, ils seront ce qu'il vous » plaira, personne n'en doute, b
Saint-Vidal, qui voyait bien où on voulait l'entraîner, déclara que son but était de concilier, autant que son devoir le lui permettrait, son dévouement pour la ligue et son désir de vivre en parfaite intelligence avec l'élite de la contrée.
« Je ne veux pas, dit-il, abjurer sur mes vieux B jours une conduite qui sera la gloire de ma vie B et le patrimoine le plus précieux de ma famille.
B^OUVELLES C0?irÉRE5CES, AU VaXASTIBA ET AD PUT.. 331
» Peut-être, Messieurs, aurais-je dû choisir ailleurs » que dans mon pays natal le champ de bataille où » j'ai Toulu défendre, jusqu'à la dernière goutte de V mon sang, l'honneur du trône et la foi des autels. » Hélas! j'ai quelques regrets aujourd'hui, mais 9 non pas des remords. Vous demandez la paix, moi » je la désire plus ardemment encore, crojez-le 7» bien. Que ne suisse libre^ comme le dit Monsieur n le sénéchal, de signer à mon gré les conditions 9 de notre alliance. Mais puis-je donc yiolenier » mes amis? M'est-il permis de retourner contre y^ eux les forces que j'ai mises au secours de leur > fidélité ? Vous ne le pensez pas, j'espère. Messieurs, » il faut choisir pour nos conférences un endroit 9 plus rapproché de la ville ; alors il me sera pos- » sible de servir d'intermédiaire entre les ligueurs • et vous. Par ce moyen, j'en suis sûr, nous par- 9 viendrons à nous entendre. »
Il dit, et le conseil s'ajouroa à huit jours aux portes duPuy, pour la reprise des conférences.
L'évêque, le gouverneur, le sénéchal et les gentilshommes de leur suite furent exacts au rendez-vous. Le 20 janvier, réunis vers le pont d'Estroulhias, ils reprirent la délibération au point où ils l'avaient laissée au Monastier. Les ligueurs ne voulaient pas céder. Saint- Vidal allait et revenait sans cesse, em-
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ployant tous ses efforts pour les décider à reconnaître Montmorency, c De telle sorte, fait observer » Burel, que chaque jour 11 nous falloit entrer en » conseil pour parler de cela. Mais les citoyens, qui » toujours ont été constans dans leur foi, disoient » qu'ils ne pouvoient le faire sans offenser Dieu, vu » qu*ils avoient juré l'union et reconnu monsei- » gneur de Joyeuse. — A quoi répondoit le sieur » de Saint-Vidal que c'étoit nécessité, puisque le » pays et la noblesse étoient de cet avis. — Lors, » trouvant notre pauvre ville toute seule de son » opinion, n'ayant aucun qui la soutînt, ne sachant » plus à qui nous fier, ni où prendre l'argent pour > payer les dépenses, nous priions Dieu qu*il lui » plût de nous assister ; car c'étoit quasi Thistoire » de notre Seigneur quand on le remit de Judas à » Caïphe. Semblablement notre ville passoit tantôt » au sieur du Puy, tantôt à Chaste, tantôt à Saint- » Vidal (1). »
Cependant les parlementaires, voyant que cette manière de négocier irritait davantage encore les ligueurs en provoquant de publiques discussions , se décidèrent à user d*un moyen qui, en semblable occasion , avait été jadis employé aux conférences de Chadrac. Ils arrêtèrent :
(1) Mss. de BuREL, tome I, p. 24-2, 243.
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1* Que Montmorency serait s<îul reconnu comme gouverneur général pour le roi dans le Languedoc, et que la ville du Puy, en Tacceplant à ce litre, loin d'être parjure, rentrerait, au contraire, dans les termes du traité dont elle avait juré l'exécution.
2* Que Seneeterre jouirait pleinement de toutes ses prérorogatives de comte etd'évêque.
3* Que le baron de Saint-Vidal prendrait le gouvernement du Yelay comme lieutenant de Montmorency.
4* Que de Chaste conserverait ses fonctions de sénéchal.
5* Que 2,000 écus seraient payés à Pierre de la Rodde, gentilhomme royaliste, pour qu'il cessât ses déprédations dans la contrée, etc.. .
Ce traité, soumis au conseil de YiUe, fut Tobjet de violents débats. Le cinquième article surtout ressemblait trop à une rançon ; il ne pouvait être accepté et servit de prétexte aux ligueurs pour repousser tous les autres.
Il fallut donc se réunir de nouveau pour modifier les clauses auxquelles les citoyens s'étaient refusés à souscrire. Saint-Yidal était vive^ment attaqué dans les réunions populaires ; on y murmurait contre lui, on s*y plaignait hautement. Quelques* uns Taccusaient d'ignorance, de faiblesse, de peur ; d'autres allaient même jusqu'à prétendre qu'il voulait livrer la ville au roi de Navarre , et que la preuve de sa perfidie était assez évidente par ses concessions continuelles aux royalistes, par le der-
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nier traité contre lequel il ne s'était pas encore assez énergîquement élevé.
Saint-Vidal venait de s'emparer du château de Bouzols. Il le fortifiait, y faisait transporter tous les jours d'abondmtes munitions de guerre et, quoique les consuls du Puy réclamassent ces munitions comme destinées à la défense de la ville, il se refusait constamment même à les partager. « Vous voyez bien , » disait-on, que lui aussi veut faire comme l'évè- B que et comme le sénéchal. Ils s'entendent tous ^ les trois pour nous ruiner. Reste à savoir si nous > attendrons qu'Espaly, Polignac et Bouzols, ligués » ensemble, nous prennent, pieds et poings liés, » pour aller nous vendre à l'hérétique. »
Tous ces méchants propos furent rapportés au gouverneur qui d'abord ne voulut pas y croire. Cependant il ne tarda pas à s'apercevoir que ses partisans, que ses meilleurs amis s'éloignaient insensiblement de lui. Non-seulement les consuls ne recherchaient plus ses conseils, mais ils le tenaient en défiance. Le missionnaire Gallesiant, amené de Paris par lui-même, se laissait aller en pleine chaire jusqu'à le rendre suspect à la populace des faubourgs (1). En présence de cette défection générale,
il) ... Comme il a été rcrnonstré par un docte personnage