LIVRE PREMIER
LiB règne de Louis XIV fut signalé dès soi| commencemeiil par un si grand nombre de victoires et de conquêtes , que rien n'avait fait plus d'honneur aux Français » depuis l'établis-^ sèment de leur monarchie. J'entreprends d'é* crire la vie d*an capitaine qu'on doit regarder comme le principal instrument de ces victoires et de ces conquêtes; d'un général d'armée que k France peut opposer ; non-seulement à tous ceux des derniers siècles » de quelque nation qu'ils soient « mais encore aux Grecs » aux Ro-« mains et à tous les autres grands capitaines de l'antiquité » car tel est le vicomte de Turenne^ Je n'ignore pas les difficultés de l'entreprise doht je me charge. Je sais quelle est l'attente du public touchant cet ouvrage. Cependant , pour la remplir , on li'a que la vie d'un homme qui a fait^ à la vérité, les actions les plus grandes , mais qui sont encore moins grande»
p$ir elles-mêmes que par le principe qui let
produit, par les motif» d'ofa elfes partent»
par les sentiments qui les accompagnent : toutes choses où il û'est pTesqiIe pas permis à l^bistorien de fouiller.
Si Ton n'avait à écrire que la vie d'un héros de qqelque siècle fort éloigné du nôtre, il se-' rait aisé de Composer son histoire > Sans craindre d'être contredit par aucun témoin , en ramassant tout ce qui se trouverait de lui dans les livres. Mais quantité de personnes qui ont Técu avec le vicomte de Turenne vivent encore : c'est aux oiliciers et aux soldats qui ont servi sous lui qu'il faut que l'historien raconte ce qu'ils ont fait eux-mêmes» et ce qu'il n'a pas^ Tii. Itfaut foire une histoire" détachée, pour un homme qui a eu tant de part aux événe-r mëtits publies» qu'il semble qu'il faudrait écrira l'histoire générale de son temps pour bien faito la dieiine*
Dailtours»GommeAt conserver le génie dit alyte historique, en racontant certaines action» si grandes et s» élevées» que le réeit le plu» simple qu'on ea puisse .faire ae saurait manquer d'avoir toujours je ne sais quel air d'éloge et de panégyrique?
Telles sont les diffieakés qu'il y a à faire l'histoire du vicomte de Turenne. Plus d'un écrivain y a déjà succombé, et il semble qu'elles devraient détourner tout le monde de Tentreprendre» outre que personne ne parait avoir moins besoin d'histoire que ce prince » les choses qu'il a feiteb pour le bieli et poqr la gloire du royaume étant d'une nature à ne pouvoir jamais être oi4>Hées. En effet » il n'y
a point cle Françflîê aoi ne sache de qcroi hi France lui est redevable; il n'y a point de père qui ne l'apprenne à son fila : de sorte que , sani le secours de l'histoire , oe qu'il a fait ne sati^ rait manquer de passer jusqu'à la dernière pos^ térité; mais, outre ces actions éclatantes que presque personne n'ignore , il y en a beaucoup qui sont moins connues , et dont je me crois assez instruit potjr en faire part au pubKc, les ayant apprises par le moyen des mémoires particuliers qui m'ont été communiqués. Ces mé-moires sobI ceux du vicomte de Turenne »
qu'il commença ^ écrire de sa propre main »
sitdt qo'H fut à la tête des armées; les lettres du roi et des secrétaires d'état » qui lai ont été écrites petKlant: tout le temps qu'il a comman* Aé , et ses réponses k^ces lettres.
Des personnes d'une haute distinction m'ayant procuré ces diverses pièces , dont on feui tn*er de si grands secours pour son his^ toire , je me trouve engagé , par leurs ins^ tknces , à les mettre en œuvre ^ et à faire tous mes efforts pour répondre à la confiance dont on m'a honoré.
Je vais donc essayer de raconter tout ce qu'a fait le vicomte de Turenne , soit en France ; soit dans les pays étrangers « durant la plus grande partie du siècle passé.
Je tâcherai de faire connaître cette profonde intelligence avec laquelle , ayant fermé te plati de sa campagne, il savait oii il reneonfrçtrfriè les ennemis^ où il leur livrerait bataille, et tous les mouvements qu'il leur ferait feil»»: oé caractère particulier da valeur , qui le rendâil
(8) en mém6 temps si circonspect à donner des batailles , et si prompt à s'y déterminer dans Toccasion ; car , quoique pour ménager le aang de ses soldats il éditât autant qu'il pouvait d'attaquer les ennemis » il prenait néaa* moins si promptement son parti lorsqu'il était nécessaire d'en venir aux mains , qu'il ordonnait un combat et une bataille comme un autre aurait fait un simple campement et une simple marche» sans assembler pour cela de conseil » de quoi même qui que ce soit ne se formalisait; la supériorité de ses lumières reconnues faisait que personne ne s'offensait de n'être pas consulté. Je ferai voir cette disposilion d esprit si sage , qui le porta toujours à penser modestement de lui - môme ayaùt le combat , et à parler des «snemis avec honneur après la victoire.
Je dirai comment sa vertu naissante excita d abord la jalousie , et comment son mérite s'accrut par ta suite jusqu'à un tel point» qu'il fit de 6on vivant même taire la médisance» et que ses concurrents cessèrent enfin d'être ses envieux, et applaudirent comme les autres à sa gloire.
Il n'y a rien dans ces derniers siècles qui puisse nous fournir une idée juste de la simplicité qui était le véritable fond de son caractère: il faut remonter pour cela jusqu'au premier igo de la république romaine; et c'est là où • dans les sentiments d'un petit nombre de capitaines également grands et modestes» nous trouverons des traits par le moyen desquels nous pouvons nous former quelque image de ce caractère simple » qui a porté à un si hau(
(9) point de grandeur le Ticomte de Turenne« Cette réputation générale qu'il s'est acquise » il ne la doit à rien de ce qui éblouit la plupart des hommes. Il n'avait ni l'air imposant , ni même l'extérieur préyenanl; mais une aimable simplicité accompagnait toutes ses paroles et ses actions ; yertu rare dans une aussi grande élévation que celle ob il était» et qui, jointe & . ce génie éminent qu'il avait pour la guerre » le fit adorer de tout le monde, ainsi qu'on le verra dans la suite de son histoire.
Hbnri ]>b la Tour d'AuvBBGiiB » vicomte de Turenne» naquit à Sedan le ii septembre da l'année 161 1. Il était le second fils de Henri da la Tour d'Auvergne , duc de Bouillon » princa de iSedan» et d'Elisabeth de Nassau» fille da Guillaume de Nassau , premier du nom , prince d'Orange. Ainsi » du côté paternel» il tirait son origine des anciens comtes d'Auvergne^ dont la maison , par ses alliances » tient à ce qu'il y a de plus grand en Europe pour la naissance; et du côté maternel il descendait de la maison da Nassau > qui a donné un empereur à l'Allemagne , plusieurs capitaines généraux à la repu-» blique de Hollande , et un roi à l'Angleterre.
Gomme les parents du vicomte de Turenna étaient de la religion prétendue réformée» ils le firent élever à Sedan dans les principes de celte religion. Sitôt qu'il fut en âge d'avoir dea maîtres, le duo de Bouillon» son père, mit auprès de lui des gens capables de lui donner une éducation digne de sa naissance et des^ grandes vues qu'il avait pour lui. Dans ces premières années où Thomme» encore inca-
pabla de déguisement » découvre égaleinent «et bonnes et mauvaises qualités , il fit voir une maturité si fort au-dessus de son âge , un ai grand empire sur lui*méme , et une disposi* lion d*e9prit si préparée à embrasser tout ce qu*on lui proposait de raisonnable , qu'on jugea iitu dès-iora qu'il était né pour donner au monde de grands exemples de vertu.
Le temps de l'éducation domestique étant fini » et le duo de Bouillon étant venu à mourir^ la duchesse de Bouillon, chargée de la conduite de ses enfants » envoya le vicomte de Turenne en Hollande, pour y apprendre le métier de là
{tuerre sous le prince Maurice de Nassau , ton rère , qui passait à juste titre pour un des plua grands capitaines de son ftièole.
Sitôt que le vicomte de Turenne fut arrivé ea Hollande Je prince Maurice « son oncle » voulue •avoir quel était son caractère , et il rentretinl long*temps pour cela » sur toutes les choses qui pouvait le lui faire connaître à fond. Le vicomte de Turenne avait naturellement )e ne sais quel embarras dans la langue, qui faisait que lors-* qu'il voulait parler , il demeurait quelquefois mi petit instant sur la première syUabe de certains mota avant que de les achever; mais tontce qu'il disait était si senaéet si juste , que cette petile difiicutlé qu'il avait à s'énoncer n'empêcha point que le prince Maurice ne conçût de lui une idée très- avantageuse. Il lui fit aussitôt prendre un mousquet , et voulut qu'il servts comme un simple soldat avant que de Télever è aucun grade.
Le. vicomte de Turenne » qui ne respirait
que les fonctions du métier ^ n'en refusa et n'en déda^oa aucune; il ne trouva rien de b«s pour lui » ni de trop pénible. Le capitaine sous. qui ont le mit étmt né Tassai du duc de Bouillon » son père , et le ticomte de Turenna lui obéissait comme le moindre soldat de la compagnie; il ne se plaignait ni des incom^ tnodités du climat ni des injures des saisons^ Enfin il fit paraître» dans tous les exercices é tant de fermeté et de patience » et une si grande application au service » que le prince Maurice» charmé des heureuses dispositions u'il lui trouvait pour la guerre » se proposait e prendre soin de les cultiver » et s'en faisait déjà un plaisir par avance» lorsque par malheur il vint à- mourir. Ainsi on peut dire que le vi'^ eomte de Turennes'est formé lui-même, n'ayant , plus servi depuis sous aucun capitaine de qui on puisse avoir lien de croire qu'il ait rien appris de tout ce qu'il a exécuté de grand dans Tari militaire. Aprèa la inort du prince Maurice de Nassau , les Hollandais ayant remis le gouver-< nemdnt général de leurs armées au prince Fré^ déric-Henri, son frère, Ce prince donna aa vicomte de Tnrenne une compagnie d'infante* me , à la tête de laquelle il servit aux sièges de Croll et de Bolduc , et montra qu'il n'était pas moins bon officier que bon soldat. On ne voyait
Cint , dans toute larmée , de compagnie plus lie ni mieux disciplinée que la sienne. Tout Îeune qu'il était , il ne s'en reposait point sur es soins d'un lieutenant; il faisait lui-môme (aire l'exereiee aux soldats » il les dressait aveo patiepce » il les formait avec bonté, il les cor*
rige«it h propos , et sa bourse était ouyerte dans tous leurs besoins* Il allait toujours le premier à la tranchée et aux attaques. Soa gouverneur , qui était un homme de service , s'efforçait en vain d'empêcher qu'il ne s'expo* sfit comme il le faisait : hors de là il le respectait comme son père; mais quand il s'agissait de donner l'exemple à ceux à la tête de qui il était » il n'avait égard qu'à ce que demandait soa honneur. Le prince Frédéric-Henri , soa oncle« crut même devoir lui reprocher ^ comme une ardeur immodérée » ce courage qui ne connais-* sait point le péril , afin de lui donner quelques bornes; mais il avait bien de la peine à dissi-* muler la joie qu'il ressentait d'être obligé de lui faire de tels reproches » dans le temps même qu'il les lui faisait; )usque«là qu'un jour, après lui avoir fait une de ces sortes de réprimandes » il se tourna vers les officiers qui étaient présents, et leur dit qu'il se trompait fort » ou que ce jeune homme effacerait la gloire des plus grands capitaines. Aussi n'y avait-il pas un seul des soldats de sa compagnie qui n'eût eu honte de ne le pas suivre aux endroits même les plus
Îérilleux t et de n'y pas faire paraître de la ravoure à son exemple. Celui qui a donné sa vie au public , avant moi , raconte plusieurs actions fort brillantes que le vicomte de Turenne fit» à ce qu'il prétend » n'étant encore que simple capitaine» et je pourrais en embellir ici cette histoire ; mais n en trouvant aucune preuve en nul autre endroit » et n'estimant pas que le témoignage d'un particulier suffise pour fijtnder la certitude d'un £ùt historique, je ne
les rapporterai point. J'aime mieux m'exposer au reproches d'avoir omis quelques actions glo^ rieuses à la mémoire du prince dont j'écris la ▼ie , qu'à celui d'en avoir supposé pour lui faire honneur; et je veux- raconter toutes choses avec tant d'exactitude et de sincérité, que cet ouvrage De soit pas moins un monument de la fidélité avec laquelle on doit écrire l'histoirç , que de la gloire immortelle du vicomte de Turenne. Ce-
Codant , il continuait de servir en Hollande. s Français qui s'y trouvaient en grand nom-»
bre »et qui avaient été témoins de ses actions et de sa conduite » en avaient écrit plusieurs fois à la oonr i ils en parlaient comme d'un prodige de sagesse , et il était déjà connu en France lorsque les affaires de sa maison l'obligèrent à a'y rendre. Mais avant que de raconter ce qu'il fit pour le service de cette couronne , aux inté* rets de laquelle il demeura attaché pendant
{presque tout le reste de «a vie, il est à propos de aire connaître quelle était dans ce temps -là la disposition de la France » tant pour les affaires du dedans du royaume que par rapport aux états Toisias » ettle donner une idée du caractère de ceux qui avaient part au gouvernement, • Louis XIII» qui régnait alors, avait bien stt connaître que le cardinal de Richelieu avait un ^énie supérieur à celui de toutes les autres perr -sonnes qui entraient dans son conseil , et per- «uadéqn'il avait d'ailleurs du zèle pour son s^r*vice et de l'attachement pour sa personne » il l'avait fait son premier ministre, et lui avait remit l'administration générale de toutes les ailairesA Le cardinal de Richelieu , se voyant maître
ée disposer comme il voudrait de la puissance souveraine , résolut d'élever la France à un si grand point de grandeur» que son ministère de* vint célèbre dans tous les siècles à venir. Il.faI* lait pour cela abaisser la maison d'Autriche p qui » possédant l'empire d'Allemagne et la mo* narchié d'Espagne » se trouvait fort au-dessus de toutes les autres maisons de l'Europe ; et c'est aussi ce qu'il avait entrepris de faire. Mais comme l'autorité de Louis XIII n'était pas fort absolue dans son propre royaume» le cardînatt de Richelieu n'avait pas osé d'abord faire déclarer ouvertement la France contre la uMiison d'Autriche. Il s'était contenté d'assister comme alliés les Suédois et les Hollandais , qui étaient en guerre avec l'empereur et avec le roi d'Ba* pagne; et afin de pouvoir liien tôt tourner boules les forces de la Francecontre les impériaui et contre les Espagnols , il appliquait tous ses soins à rendrele roi «i absolu chez lui, qu'iln'eftlplas rien à craindre du dedans du royaume lorsqu'il porterait la guerre au dehors ; car la puissance •ouveraine , partagée comme elle l'était alors , •e trouvaitréduiteà bien peu de chose. La reine* mère , le duc d'Oriéans , frère du.roi , les princes du sang et les grands du royaume , voulaient tous avoir part au gouvernement. Les parle* «nents prenaient oonnaissanoe desaffairesnl'jétat, jes calvinistes avaient des che& et des places de sûreté, les mécontents entretenaient des liai* sons Jivec les dues de Lorraine et de Bouillon , qui» par le moyen de Nancy et de Sedan » pbees si voisines de la France, leur fournissaient 4ans le besoin des retraites faciles et auurées.
Le cardinal de Richelieu » avant que de riéa entreprendre contre les étrangers , obligea la reine-mère à sortir du royaume , et les princea du sang à ae contenter de leur apanage. II. fit couper la tête à quelques- uns des grands » et arrêta les autres par la crainte du même traitement; il réduisit les parlements à ne plus se mêler d^AUtres ailaires que celles des partie euliera; il enleva aux calvinistes la Rochelle et leurs autres forteresses les plus considérables; il envoya une armée dans la Lorraine»
pour se rendre maître des principales places de ce duché; et enfin il fit signer à la duchesse douairière de Bouillon un traité par lequel elle promettait de demeurer toujours attachée aux intérêts du roi » qui de son côté s'engagmit à prendre sa maison , sous sa protection.
> TeUfi était .la situation des affiiires >de la France Jorsque la duohosse de Bouillon , ayant appris que le .cardinal de Riohelieu » non con^ tant du 'traité. qu'il lui^a^ait fait signer, avait Aeasein de lui demander qu'elle. reçût garnison fnattf aise dans Sedan , elle jugea à propos d'en* ▼ayer le vicomte de Turenne en France, afin (fu'il y servit comme ' d'otage el de caution des •ngagemefifts. qu'elle avait contractés avec cette Maronne p et qu'on ne lui 'fit pas de nouveliei propositions aupréjudicede laaouverâinatéda dttCiée 'Bouillon , son fils aîné.
Le .Tieomte de Turenne étant donc allé à la eoQumde France , il fut reçu du roiet du cardinal de Richelieu avec tous les honneurs et toutes lea çareaaeaipie lui devaient attirer jBa naissance al «on mérite peraonDel;.etoii lui donna up ré*
( »6 ) giment d'infanterie à la léte duquel il servit au siège de la Mothe : car le cardinal de Richelieu ayant envoyé ordre au maréchal de la Force d assiéger celle ville » qui était la seule place considérable qui restât au duc de Lorraine » 4e régiment de Turenne fut du nombre de ceux qu on destina pour cette expédition.
La Mothe était une forteresse située sur le haut d'un rocher fort élevé , et d'une dureté à l'épreuve de la sape et de la mine. Lorsque le maréchal de la Force eut avancé ses travaux ^Ufiie manière à pouvoir attaquer un des bastions de la place» il envoya le marquis de Tonneins , son fils , avec son régiment , qui y fut si maltraité qu'il fut contraint de venir se renfermer dans les lignes. Le lendemain , le vicomte de Turenne fut commandé avec son régiment »
Iiour attaquer ce même bastion. Chacun avait es yeux tournés sur ce jeune colonel , et sa ré^ patation naissante rendait toute l'armée attentive à l'événement de cette entreprise. Les assiégés faisaient noo-^seylement un très-grand feu I mais ils transportaient encore sur leurs remparts des pierres d'une grosseur ^prodigieuse; ils les jetaient de dessus le parapet, et ces pierres • venant à donner sur les pointes de la roche en tombant » se fendaient en pièces et en éclaU » qui , volant de part et d'autre »
tuaient ou estropiaient partout les assiégeants. Malgré tout cela , le vicomte de Turenne s'avança d'un grand sang*froid vers la brèche : les soldats de son régiment » fiers de l'avoir à leur tête , ne furent arrêtés par aucun danger , quelque grand qu'il f&t. Les assiégés , animés par
( »7) Tavantage qu'ils avaient eu le jour précédei^ , fireôt les derniers e£forls pour chasser le vicomte de Turenne» qui faisait tout ensemble lo devoir de capitaine et celui de soldat , attaquant les ennemis avec vigueur , et donnant ses ordres avec beaucoup de présence d'esprit, au milieu des morts et des hlessés que le canon » lut mousqueterie et les pierres faisaient tomber à ses côtés. Aussi , malgré les efforts des ennemis» qui se battirent en désespérés» il les chassa du bastion » y fit son logement , et fut cause en partie de la prise de la ville. Il en reçut dea compliments de toute l'armée» et ensuite de toute la cour » quand on y eut appris ce qu'il avait fait pour la prise de cette place; car le maréchal de la Force lui rendit toute la justice
3ui lui était due dans la relation qu'il envoya e ce siège au cardinal de Richelieu : généro*- Bité rar« dans ceux qui commandent les armées» et qui toucha tellement le vicomte de Turenne, ^ue » préférant l'alliance de ce maréchal h toute autre » il épousa sa petite-fille, comme nous le verrons dans la suite de cette histoire. Il semble que le marquis de Tonneins aurait dû être fort piqué d'avoir échoué dans une entreprise où te vicomte de Turenne avait si heureusement réussi; et il l'aurait peptrêtre été» a'il avait eu affaire à un concurrent qui en eût tiré vanité : mais la modestie du vicomte de Turenne était telle » que le marquis de Tonaeins ne put lui envier Thonneur d un succès si glorieux.
Le cardinal de Richelieu» regardant le vicomte de Turenne comme un homme dont l'ex-
périence et le jugement devançaient de beaucoup Page , le fit maréchal-de-camp » quoiqu'il n^eût que vingt-trois ans , et que le grade de maréchal- de-camp fôt alors le premier après celui de maréchal de France.
L'année suivante » Tempereur » ayant fait as- •léger la ville de Mayence , dont les Suédois s'étaient rendus maîtres en i65i , sous la conduite du grand Gustave, le cardinal de Richelieu envoya au secours des Suédois le cardinal de la Valette , à la tête d*une armée , et il lui donna pour maréebal-de-camp le vicomte de Turenne. A rapproche des Français, les impériaux levèrent le siège. Le cardinal de la Valette s'ap^' srocha aussitôt de Mayence, et y jeta toutes l^s munitions dont cette grande ville avait besoin : impradence que les impériaux avaient bien jugé qu^il ne manquerait pas de commetire. Aussi ne se fut-il pas plutôt défait de ses vivres, que les généràuit de l'empereur, qui s'étaient rendus tnattres des passages par où il en pouvait faire venir , empochèrent de telle sorte qu'on n'en apportât dans son camp^ qu'on y manqtia bientôt de tontes choses. Le pain y endiérissatt de jobr en joer , et ddvint enfin si rare qu'il se vendait ftrsqo'à uii écu la livre. Dans cette extrémité , le vicomte de Turenne distribua aux soldats les' provisions qu'il avait fait appotter pour lui , et qui furent bientôt consomtnées. Il vendit étisutte ses équipages » pour faire subsister une partie de l'armée; la plupart des soldats ennemis s'exposent à tout pour Aous apporter des vivres, à cause du prix excessif qu'on leur en payiiit. Mais enfin la di-
(»9) ^ette devint si grande^ que l'armée serait pirie si on l'avait laissée là plus long-temps. Il fallut donc que le cardinal de la Valette prit le part} de se retirer y quelque danger qu'il y eût à le fiiire devant une armée aussi nombreuse qu'é^ tait celle des impériaux. Il se proposait de dé-» camper la nuit , et de se sauver dans les troi» évêchéd par Sarbruk et Saint-Avaud, où il y avait beaucoup de vivres; mais les impériaux» s'étant aperçus de sa retraite , mirent aussitôt à ses trousses le général Galas, qui, avec un corps de troupesJratches , lui coupa ce chemin facile , et le réduisit à prendre celui des mon^ tagnes , qui était bien plus long et entièremecA désert. L histoire.nous fournit peu d'exemples d'une retraite aussi triste que le futcelte-là. Led Français, sans vivrez, travaillés de toutes leé maladies qui sont inséparables dé la famine , et «'enfuyant à travers les bois et les rochers » étaient poursuivis par les impériaux qui avaient tout es abondance. Les fiiyards ne gardaient aucun ordre dans leui; marche : ceux qui pou^ vaient tromper la vigilance des oÊciers allaient se jeter parmi les ennemi», dans l'espérance qu'ils leur donneraient de quoi assouvir la faim qui les dévorait : ia plupart s'écartaient h[ droite et à gauche , pour tâcher de découvrir quelque eabàne , et y trouver aii-moin^ un morceau dtf pain. Ceux qui, épuisée de forcesr, ne ppuvaîenf
Îoitter le gros de Tàrm^ft, se traînaient le long es chomins plutôt' qu^ilij ne marchaient : ib déniaient des yeu* tout ce? qu'ijô vcyyaîent ranger aux oflBGierè,^ eft \es officiers étaient cenrraintsrà se caohét' â%uau Le cardinal de h
Valette fut obligé d'abandonner toute l'artilleirie et la plus grande partie des bagages, afin 4e pouvoir gagner Yaudrevange » pour y passer la Saare , et se mettre à couvert sous le canon de Metz , comme il le fit. Durant cette longue marche, qui dura treize jours, le vicomte de Turenne partagea avec les^ soldats le peu de vi« vres qu'il pouvait trouver; il fit jeter de dessus les chariots les choses les moins nécessaires, et y fit monter quantité de malheureux qui n'avaient pas la force de marcher : en ayant trou* vé un que. la faim et la fatigue avaient fait tom* bfsr au pied d'un arbre , oii , résolu d'abandonlier sa vie à la merci des ennemis, il attendait {a mort , il lui donna son propre cheval , et marcha à pied jusqu'à ce qu'il eût joint un de ses chariots , sur lequel il le fit mettre. Il consolait les uns , il encourageait les autres ; il lea aidait et assistait , sans faire différence de ceux de son régiment d'avec ceux qui n'en étaienC p^s : si bien que tous les soldats commencèrept dè3'iors à le regarder comme leur père; car il compatissait k leurs peines , et il les soula* geait tous également. D'ailleurs , il combattit avec beaucoup de valeur dans tous les endroits ob l'eu fut obligé de faire tête aux impériaux : il se saisit des défilés où l'on pouvait les arrêter» •t des hauteurs d'où ils nous auraient fort in^ •ommodés , s'ils les avaient occupées avant nous; il logea dans quelques masures qui se trouvèrent sur le chemin de Tinfanterie , dont le feu arrêta les ennemis en plusieurs endroits; enfin il prit des mesures si sages , et agit avec tant de vigueur , qjie çp qu'il u^ 4^43 cetl^ re--
ti^aite (ut regardé comme un des plus grands services qui pussent être rendus à l'état.
Le mauvais sliccès de l'affaire de Mayence avait tellement dégoûté le cardinal de la Vatette du métier de la guerre , qu'il l'aurait abandonné pour toujours » si le cardinal de Richelieu» qui avait ses raisons pour mettre des ecclésias** tiques à la tête des armées , ne l'eût obligé » bientôt après » de prendre le commandement de celle qui devait assiéger Saverne, ville d'AN sace qui était alors entre les mains des -impériaux. Cependant le cardinal de la Valette ne voulut point se charger de celte entreprise qu'il n'eût avec lui le vicomte de Turenne ; et il le demanda au cardinal de Richelieu , qui , souhaitant passionnément qu^il rétablit au plutôt son honneur» la lui accorda volontiers.. Le vi« comte de Turenne» touché de la confiance que ce cardinal avait en lui» se surpassa pour ainsi dire lui-même au siège de Saverne» soit qu'il fallût aller à la tranchée» ou aux assauts qui furent donnés à la ville et au château. Les soi* dats n'ayant pu arracher les palissades » il sauta par-dessus» et tint ferme» lui seul au-delà» jusqu'à ce que ceux qu'il commandait fussent passés avec lui; il força les retranchements que les ennemis avaient faits sur la brèche et dans le lerre-plein du bastion : tout fut pris et emporté* Le cardinal de la Valette recouvra par-là soo honneur»* mais il en pensa coûter un bras au vicomte de Turenne » qui t'eut percé d'un coup de mousquet » dont la balle lui fit une si dao'* j^ereuse blessure » que quelques médecins fuRenC d'avis qu'(m Ae 'pouvait lui sauvto là vie qu'ea
lui coupant le bras : on suivit nëantadoÎDa fe sentiment de ceux qui n'opinèrent pas pour un fli triste remède; il guérit enfin a?ec ie temps , et l'on connut , par les alarmes que causa sa blessure , et par la joie que répandit partout sa guérison » combien il était généralement aimé et estimé.
Quelque temps après la reddition de Sayeroe»
Galas ayant passé le Rhin , à dessein de prendre des quartiers d'hiver en Franche-Comté»
avait fait avancer ses gardes pour se saisir des postes les plus commodes et les plus avantageux de cette province. Le cardinal de la Valette , ea ayant été averti, envoya le vicomte de Turennd avec un détachement au-devant de» ennemis* Le vicomte de Turenoe marcha jour et nuit »
et » étant arrivé à Jussey; l'un des plus gro» bourgs de la Franehe-Gomlé, où les gardes de Galas commençaient à iSeiire des Retranche-' mentSy il les attaqua» il les défit» et força Galas è rebrousàer chemin. Ce général, avant que de repasser leRhin, voulut traverser le siège de Jonvelle, que le duc de Weimar faisait pour nous en un autre endroit de la Franche-Comté; mais le vicomte de Turenne se posta d'une ma-* nière si avantagease entre les impériaux et nous, qu'il rompit toutes les mesures que prit Galas pour jeter du secours dans Jonvelle , ef ^oe cette place fut enfin forcée de se rendre ai» doc de Weimar.
Ces heureux succès déterminèrent le eardi- Dsl de Richelieu à donner au- cardinal de la Va-* hitle ie commandement de l'armée qui devait; agir .en FUndve» La' cardinal de la YaleU»
TDulut encore avoir le yicomte de Turenne aree lui; et lui ayant fait ouvrir la campagne par l'attaque du château d'Hirson , qui fît très-peu de résistance» il alla investir Landrecy , villa du Hainaut «au siège de laquelle le vicomte do Turenne se donna des peines incroyables pour empêcher que ce cardinal n^eùt te chagrin de voir échouer son entreprise; car le temps de^ vint si mauvais et la pluie tomba en si grando abondance, que les soldats étaient Jusqu'à la ceinture dans Peau , dont ta tranchée étaient toute remplie. Le vicomte de Turenne y étail entré avec eux , et n'en sortait que pour aller rendre compte au cardinal de ce qui s^*y passait : il les encourageait au travail et h la patience fi^aas leur faire de longs discours » mais en leur montrant t'exempte, et en y joignant ta libé^ ralité. Il donnait de l'argent à ceux des soldats qui avaient le plus d'expérience , pour les engager à venir dans ta tranchée , même hors de leur rang. Il surmonta ainsi tous les obstacle» que l'art , la nature et les eiforts des ennemig opposaient comme de concert, aux assiégeants» et la place se rendit enfin au cardinal de la Yet^ lette.
La prise deLandreoy fut suivie de ceitea des viUes de Manbeuge et de Beautnont , d'où te vicomte de Turenne eut ordre d^aller prendre Soire. qui était te château le plus fort'de tout kd Hainaut; et on lui donna lea r^iments de Champagne et de Saint-Luc pour cette expédia tion. il y avait deox mille homme» de garnison* dan» ce ehâteaa; mais le vicomte de Turenn»
ks fit attaquer si viteatenl* ^u'en très-pfi»
d'heures ils furent forcés de se rendre à discré* tjon. Les soldats entrèrent aussitôt dans la place, et y ayant trouvé une femme d'une trèsgrande beauté » ils la lui amenèrent comme la plus précieuse portion du butin» et celle qui devait le plus flatter ses désirs. Le vicomte de Turenne sut se retenir sur le bord d'un préci*
{»ice si dangereux; mais sans faire parade de 'empire qu il avait sur lui-même, il fait sem* blant de ne pas pénétrer le dessein de ses sol* dats» et comme si » en lui amenant cette femme» ils n'avaient pensé qu'à la dérober à la brutalité de leurs camarades» il les loue beaucoup d'une conduite si sage; il fait chercher son mari en diligence, et il la remet entre ses mains^ en lui témoignant que c'était à la retenue et à la discrétion de ses soldats qu'il devait la conservation de l'honneur de sa femme.
Les ennemis se portèrent ensuite en-deçà de Maubeuge, pour empêcher la jonction des armées du cardinal de la Valette et du duc de Cancale; mais n'en ayant pu venir à bout, ils furent contraints de s'en retourner; et le Vicomte de Turenne ayant eu ordre de les poursuivre avec un détachement , il en força une partie à repasser la Sambre » oh il y en eut beaucoup de noyés ; il en fit passer au fil de l'épée un grand nombre dans tout le reste de la retraite, et finit par-là cette campagne.
L'année suivante » le cardinal de Richelieu ayant chargé le cardinal de la Valette d'aller secourir la duchesse douairière de Savoie , qui avait bieki de la peine à se maintenir dans la irégence d^s ^If^ts du \mw duc 9on fils« contre
les eotrèprises du prince Thomas et da cardinal de Saroie, ses beaux-frères, le cardinal de la Valette demanda encore au cardinal de Richelieu le yieomte de Turenne; et il le lui aurait accordé volontiers , s'il n'avait pas cru avoir absolument besoin de lui pour une trèsgrande entreprise qu'il méditait du côté du Rhia. En effet il avait résolu de faire assiéger , cette année-Jà, par le duc de Weîmar, la villa de Brissac qui était regardée alors comme le boulevart de rAllemagne. Ayant donc déclaré au cardinal de la Valette qu'il n'avait qu'à se résoudre pour cette fois à se palser du vicomte de Turenne, il l'envoya au ducdeWeimar, avec un corps' de quatre mille hommes qu'il avait levés dans le pays de Liège. Le duc de Weimar ayant reçu ce renfort, fit aussitôt ii vancer son arigée du côté de Brissac , et se rendit maître de tous les châteaux et de tous les gestes des environs , pour serrer la place de près.
A la première nouvelle de cette entreprise , Gœutz et Savelli, généraux de l'armée impériale • ayant ramassé toutes leurs troupes , se mirent en marche poifr tâcher de jeter un secours d'hommes et de. munitions dans Brissac, avant que les avenues de cette ville leur fussent eatîèremeni fermées. Le duc de Weimar alla au-devant d'eux jusqu'à Witthenvhir, qui est vis-à-vis de Rhinaw; ils voulaient éviter le com* bat , il les y força. Le duc de Savelli y fut blessé très-dangereusement, Gœutz prit la fuite, et les impériaux furent si entièrement défaits, que le duc de Weimar , estimant qu'il leur était impossible de traverser son entreprise sur Brissac»
commença à en faire le siège dans les formes. Mais à peine les lignes en furent-elles achevées , que le duc d^ Lorraine, qui était dans les in*térê^s de FeDorpereur , se mit en marche ayec uq corps de troupes, dans le dessein de faire lever le siège. Le duc de Weimar prit aussitôt une
Sartie de l'armée; et laissant Tautre devant rissac, sous la conduite du comte de Gué* briant et du vicomte de Turenne, il alla au* devant des ennemis , et sa victoire sur les Lor« rains fut aussi complète que celle qu'il avait remportée sur les Allemands,
Cependant txœutz et*le général Lamboy, qui avaient pris la place du duc de SavelJi , ayant encore ramassé quelques troupes, vinrent à Brissac par des chemins si couverts , qu'ils arrivèrent au quartier dii duc de Weimar avant qviton se fût aperçu de leur marché Ils reconnurent nos lignes : ils les attaquèrent avec vî* gueur; ils emportèrent deux redoutes qui les défendaient de ce côté-là, et tout pliait déjà devant eux lorsque le comte de Guébriant et le vicomte de Turenne p avertis du danger où nous étions , accoururent au quartier du duc de Wei-» mar , où ils soutinrent d'abord les efforts des impériaux ; ils les poussèrent ensuite avec vigueur; ils leur firent lâcher pied, et les chassèrent entièrement de nos lignes.
Les ennemis passèrent le Rhin , et vinrent assiéger Ënsisheim , petite ville qui est dans le voisinage de Brissac , et de laquelle ils auraient
(»u nous incommoder s'ils s'en fussent rendus es miaîtres. Mais le vicomte de Turenne y étant allé avec une partie de notre arm^e , leur en
fil lever te siège , les altaqua jusque dans lecamp où ils s'étaient retirés , et en tailla en pièces un si grand nombre , qu'il les mit hors d'état de penser désormais h tenter le secours de Brissac.
De tous les dehors de cette place , il ne nous restait plus à prendre que le fort nommé le Re* velin de Raynach, qui, rendant les ennemis maîtres du principal bras du Rhin, leur laissait toujours l'espérance d'être secourus par cet endroit , et les empêchait de se rendre. Le duc de Weimar, qui avait vu le vicomte deTurenno réussir si heureusement dans tout ce qu'il avait entrepris durant ce siège , le chargea encore de l'attaque de ce fort» Le vicomte de Turenne y alla avec quatre cents hommes. Il fit rompre la palissade à coup de haches , ses gens y entrèrent par trois endroits à la fois; tout y fut tué, et le gouverneur de la ville , ne pouvant plus compter sur aucun secours , capitula enfin , et se ren*dit le ] 7 décembre.
Ce qu'il y a d'étonnant dans ce que le vicomte de Turenne fit pour la prise de cette place , c'est qu'il £ut la fièvre quarte pendant tout le temps que dura le siège. Aussi le duc de Wei* mar ne pouvait-il s'empêcher de l'embrasser au retour de chaque expédition où il l'envoyait; et, après la reddition de la ville, il en écrivit au cardinal de Richelieu , comme d'un homme qui égalerait bientôt les plus grands capitaines; et cela , à la nmnière de ceux de sa nation, c'est* è-dire avec je ne sais quel esprit de franchise qui , se (îiisant sentir dans tout ce qu'ils disent, persu'ade efficacement , malgré même les exprès* siens les plus exagérées dont ils se servent; de
( <8 ) manière qae lorsque le yicomte de Turenne ■rriva k la cour, il n'y eut sortes de caresses que le cardinal de Richelieu ne lui fit , jusqu'à lui demDnder son amitié, faveur qu'il n'avait encore faite qu'a ux princes du sang. II lui offrît tnême udg do ses plus proches parentes en mariage; mais le vicomte de Turenne appréhendant que la difTérence de retipou ne mit quelque oDstacle à l'étroite union qui devait être entre lui et une personne avec qui il contracterail UD pareil engagement, le dit franchement tiu cardinal de Richelieu, et lui fit entendra avec tant de bonne foi ce qui lui faisait peine en cela , que le cardinal goûta ses raisons. Il trouva même un caractère d'honnête homme dans ce procédé t de sorte que, bien loin de •'ouènser de son refus , il l'en estima davantage, et continua à lui marquer sa conGaDCe, en l'employant aux affaires les plus difficiles.
Il l'envoya en Italie , où , pendant que le duc de Weimar avait fait une si glorieuse campagae en Alsace, le cardinal de la Valette erait perdu Yvrée.Verceil, Verrue, Nice, Goni et plusieurs autres places considérables , dont les princes de Savoie , secourus des Espagnols , s'étaient rendus maîtres. L'empereur ayant dans ce même temps-lli fait publier un décret par lequel il déclarait la duchesse de Savoie déchue de la tutelle du jeune duc son fils , presque tout le Pié> mont se souleva canin- clli; , et se livra h ses jjg^^xÈresi iti', iiiHniéi'c (jii'il n<^ lui restait iSuze, Savilion, Cari^itan , Chivas et Ti^rin , la ville même ayaul étô prince Thomas,
Les choses étaient dans cet état lorsque Id cardinal de la Valette étant venu à mourir» le cardinal de Richelieu donna ordre au comta d'Harcourt d'aller se mettre à la tête de l'armée d'Italie » où il avait déjà envoyé le vicomte de Turenne. A l'arrivée du comie d'Harcourt oa tint conseil', on y examina l'état des troupes; et, quoique les ennemis en eussent deux fois autant que nous , on résolut de les aller chercher quelque part qu'ils fussent. On marcha donc è Villeneuve d'Asti, où ils étaient. Les en* nemis, qui auraient peut-être fait la moitié du chemin si nous avions eu autant de mondo qu'eux, étonnés de ce que nous venions les attaquer avec une armée si inférieure à la leur» non-seulement n'osèrent sortir de leurs quartiers , mais encore s'y retranchèrent ; de sorte qu'il fallut assiéger Quiers, ville en-deçà de Villeneuve d'Asti , pour les obliger à sortir de leurs retranchements. Le vicomte de Turenne se posta, avec toute la cavalerie, au-delà do Quiers, entre les Espagnols et le comte d'Harcourt , qui prit ainsi la ville sans aucun obsta-cle. Mais comme il y avait très-peu de vivres» il n'y put pas rester long-temps; et les ennemis ayant bien prévu qu'il serait obligé de marcher vers Garîgnan pour en trouver, le marquis da Léganez, à la* tête des Espagnols, alla vers la hauteur de Poirin, au bas de laquelle notre armée ne pouvait s'empêcher de passer; et le. prince Thomas marcha vers la petite rivière de Santana , qu'il nous fallait aussi nécessairement traverser. Gomme le marquis de Léganez venait de Villeneuve d'Asti, et le prince Thomas de.
Turin i Tarinée de l'un devait se trouvera la droite du comte d'Harcourt » et celle de l'autre à sa gauche , de manière qu'il ne pouvait aller à Garignan sans s'exposer à prêter le flanc à ces deux corps de troupes, qui, selon toutes les apparences, ne devaient pas manquer de profiter de ces avantages, et à donner rudement sur son arrière-garde. Cependant il n'y avait plus ni munitions ni fourrages à Quiers; et il fallait tenter la retraite à quelque prix que ce fût. Dans cette extrémité , le vicomte de Turenne , tout malade qu'il était encore de la fièvre quarte , s'offrit à aller avec deux mille hommes se rendre maître du pont sur lequel il fallait passer la rivière, et qui était auprès du village nommé la Route » s'engageant à défendre si bien ce poste , que les ennemis ne pourraient empêcher le passage de l'armée.
Le comte d'Harcourt , ravi de cette offre , lui donna les deux mille hommes qu'il demandait.
Le vicomte de Turenne marcha avec tant de diligence qu'il prévint le prince Thomas; el étant arrivé avant lui au pont, il s'en saisit» ainsi que de tous les postes des environs , d'où Ton pouvait favoriser le passage de notre armée. Le prince Thomas y arriva peu de temps après, avec neuf à dix mille hommes, et vint fondre sur le vicomte de Turenne, qui, après avoir soutenu le premier choc des ennemia, les fit charger à son tour avec tant de vigueur, qu'il rompit leurs trois lignes, et les mena battant l'espace de plus d'un mille, Le prince Thomas fut renversé deux fois dans un fossé ; et il aurait infailliblement été pris « sans l'obscurité de la
nuit » qui &t' tpi^oik ne put le recannaf tre , et que f malgré une déroute si générale, la plus grande partie de son armée se sauya par la fuite* Pendant que le vicomte de Turenne était*aux mains avec le prince Thomas , le marquis de Légane2 était descendu du Poirin , et était venu avec ses Espagnols attaquer le cOmte d'Harcourt» qui, de son côté, était aussi demieuré victorieux des ennemis^; maia, comme ils ne laissaient pas de> l'inquiéter encore , il n^osait s'avancer plus près de la rivière, craignant que le prince Thema» he se fût rendu maître des passages^ Le vicomte de Turenne lui envoya dire alors qu'il n'avait rien à craindre, qu'il pouvait fàôror avancer l'armée en assurance, qu'il se eliiargeait de faire l'arrière->garde , efc qu'il lui répondait de tout. Le comte d'Harcourt s'aiNiDça sur sa parole : tout défila devant le vicomte de Turenne , troupes , canon , baga-
Ses, et cela au p^it pas et sans aacun désorre. Il passa le :dertaiér , et aérant mis pied à terre , il aida lùi*méme à rompre le pont; après quoi le comte d'Harcourt alla sans peine à Ca* rignan , où il mit en quartiers d'biver une par* tie de l'armée, et le reste aux environs : tel fut. le combat de là Route , si célèbre sous le nom de la Monte de Quiers^
On donna presque tout Tboniieur de cette victoire au vicomte de Turenne, qui en effet seconda si bieh le comte d'Harcourt en cette occasion , que le cardinal dé Richelieu le re* garda dès-lors comme un homme capable dé commander une armée en chef; et l'éclat de cette action fut si grand que , comme s'il eût
fait oublier toates celles qae le Ticomte de Tarenne avait faites jusque-là , on commença à ne plus compter ses exploits que de la Route de Quiers» époque qui est restée depuis dans la mémoire ae tous les Français.
La campasne étant ainsi finie, le comted'Harcourt s*en alla à Pignerol pour y passer l'hiver. Il laissa le vicomte de Turenne à la tête de nos quartiers pour les défendre, et il le chargea avec cela de ne laisser manquer de rien la citadelle de Turin» que le comte de Couvonges défendait toujours contre le prince Thomas,
2ui la tenait assiégée de dedans la ville» dont il tait le maître.
Le vicomte de Turenne trouvant que nos troupes étaient trop serrées dans les endroits où elles s'étaient logées , et que la cavalerie y manauait de fourrages , commença p«r assiéger les villes de Busca et deDronero , qu'il prit en six jours; et notre armée eut de quoi s'étendre et subsister à son aise. Il fit ensuite entrer dans la citadelle de Turin les munitions de guerre et de bouchp nécessaires , malgré tout ce que le prince Thomas put faire pour l'empôcher.
Feu de temps après, ayant su qucce prince avait envoyé un corps de cavalerie asses près de là pour y hiverner, il alla l'investir, et il Tenlevat Au «commencement du printemps, le comte d'IIarcourt ayant appris que le marquis de Léganez , à la tête de vingt tnille hommes • avait assiégé Casai , que nous défendions pour le jeune duc de Mantoue , notre allié, il manda au vicomte de Turenne de le venir trouver h pignerol , pour délibérer sur ce qu'ili devaient
faire en eette rencontre. Le vicomte de Tarenne détermina bientôt le comte d'Harcourt , en* lui disant' que Casai nous était d'une telle importance qu'il fallait promptement assembler le peu de troupes que nous avions » et y marcher sans perdre un moment de temps , efc qu'avant qu'on fût à moitié chemin , on recevrait immanquablement ordre de la cour de tout hasarder pour secourir cette place : ce qui arriva comme il l'avait dit. Nous n'avions que dix mille hommes : néanmoins le comte d^Harcourt marcha aux ennemis avec son intrépidité ordinaire; et» après avoir reconnu leurs lignes , il les fit attaquer par le comte du PlessisPraslin, qui fut» à la vérité , repoussé par trois fois; map le vicomte de Turenne y ayant enfin marché »
il les força et renversa tout ce qui se présenta devant lui : les Allemands lâchèrent pied aussi bien que les Espagnols , et prirent la fuite à droite ou à gauche» les uns vers le pont de Sture » les autres vers Frascinel , où ils avaient un pont sur le Pô. Le vicomte de Turenne les poursuivit tant que le jour dura. On leur prit douze pièces de canon , aix mortiers , vingtquatre drapeaux » toutes leurs munitions , la plus grande partie de leur bagage, et les papiers mêmes du marquis de Léganez , qui fut obligé de se sauver avec tant de précipitation qu il n'eut pas le temps de les emporter. On leur tua trois mille hommes : on en ik dix-huit cents
I prisonniers ; il s'en noya un grand nombre dans e Pô » et la nuit sauva le reste.,
Gomme nos troupes étaient fort animées par ce succès» le comte d'Harcourt crut qu'il de-
rail profiter de leur ardeur; et ayant assemblé |o conseil de guerre pour y résoudre quelque entreprise , le vicomte de Turenne y proposa le siège de Turin. Les autres officiers généraux s'opposèrent à ce dessein » soutenant qu'il y aurait de la témérité à entreprendre d'assiéger , avec dix mille hommes , une ville où il y avait une garnison de douze mille soldats sans les bourgeois , et qui pouvait être secourue par une armée de quinze mille hommes » comme était encore celle du marquis de Léganez. Mais le vicomte de Turenne ayant persisté dans son avis, et ayant représenté que les affaires du roi seraient absolument perdues en Piémont , si le jyince Thomas se rendait une fois maître de la citadelle de Turin , dont on ne pouvait empêcher la prise qu'en assiégeant la ville , le coante d'Harcourt se déclara pour le sentiment du vi* comte de Turenne.
Le siège de Turin ayant été ainsi résolu » on y marcha aussitôt. On se saisit du pont qui est sur le Pô; du couvent des Capucins qui est sur une hauteur , à la droite de ce fleuve; du Valentin • maison de plaisance des ducs de Savoie, qui est à la gauche , et de tous les autres postes avantageux qui sont aux environs. On renversa h coups do canons les moulins de la ville qui étaient sur la rivière nommée la Petite Noire* On fit des lignes de circonvallation et de con* trevallalion , et on serra la pla«e autant qu'on le pouvait , dans Tespérance qu'en n'y laissant rien entrer , on l'affamerait en peu de temps.
Le marquis de Léeanez regardant cette entreprise du comte d'Haroourt comme une oc*
casjon favorable que la fortune lui présentait pour^e venger de raffront qu'il venait de recevoir devant Casai , manda au prince Thomas qu'il allait marcher à son secours; que» pour cette fois , le comte d'Harcourt ne lui échapperait pas , et que les dames de Turin pourraient louer d'avance des fenêtres sur la grande rue , pour le voir passer prisonnier. Il grossit son armée des garnisons de la plupart des places du Milanez , et vint avec dix-huit mille hommes tfuF la montagne qui est au-dessus des Capucins » au-delà du Po , à dessein de passer ce fleuve sur le pont de Turin ; mais il trouva ce pont si bien . gardé qu'il n'osa l'attaquer. Il décampa donc; et comme il prit son chemin par derrière les montagnes de Sanvito et de Covoretto » qui bordent le Pô , le comte d'Harcourt se douta qu'il voulait aller passer ce fleuve à Montcalier» au* dessus de Turin ; il y envoya le vicomte de Turenne avec*ii]i détachement , pour s'opposer à son passage.
Quelque diligence que put faire le vicomte de Turenne » lorsqu'il arriva à Moritcalier , qua«* ire à cinq mille des ennemis avaient déjà passé le Pô , et commençaient à se retrancher dans les cassines qui étaient en-deçà de ce fleuve. U marcha à eux sans" perdre un moment. Ses soU dats font ëiflicuUé de passer un ruisseau que les pluies delà nuit avaient fait déborder; il le
f>asse le premier; il attaque les cassines» que es ennemis avaient déjà percées pour s'y dé-' défendre; il les en chasse; il les taille en pièces en les poussant vers le Pô , où tous ceux qui lui échappent se noient; il brûle le poni qui
o'étaik que de bois » et se retranche sur le bord du fleuve, vis-à-vis des ennemis. Celte action ainsi exécutée, fit une telle impression sur Ves-
fmi du marquis de Léganez , qu'il se retira vers e Rivigiiasco , sous prétexte d'aller chercher un renfort de troupes , et laissa son armée sous la conduite de Carlo délia Gatta , le plus brave et le plus entendu de ses oiBciers , qui lui promit qu'il la ferait passer de quelque manière que ce fôt. Le vicomte de Turenne ayant affaire à un homme qui avait la réputation d'être le plus vigilant des ennemis , fit garder jour et nuit tous Tes gués qui étaient au-dessus de Montcalier; de sorte que Carlo délia Gatta n'osa ni les passer en sa présence ni jeter des ponls en aucun endroit. Tout ce qu'il put faire fut de s'emparer de quelques petites lies qui étaient plus proches du bord du Pô, sur lequel il était , que de celui où nous étions. Le vicomte de Turenne trouva moyen d'y passer afant que les ennemis y eussent achevé leurs retranchemen ts: il les en délogea; et toiis ceux qui y étaient furent encore ou taillés en pièces , ou noyés dans le Pô. Mais le vicomte de Turenne y reçut un coup de mousquet à Tépaule , et fut obligé de se faire porter à Pignerol ; ce^que le marquis de Léganez ayant appris , il revint aussitôt à Montealier : il jeta un pont sur lePô, passft ce fleuve malgré tous nos efibrts , alla resserrer le comte d'Harcourt dans son camp; et peut-être n'y eutil jamais, en aucun endroit, une pareille disposition d'armée , où les troupes des deux partis, également assiégeantes et assiégées , s'environnaient les unes les autres» et étaient de même
(37) i tellement environi^es , que le prince Thomas » t qui assiégeait le comte de Couvonges dans la I citadelle » se voyait assiégé dans la ville par l8
I comte d'Harcourt , que le marquis de Léganez i tenait pareillement assiégé dans son camp.
•i . En celte situation , le marquis de Léganez
II étant convenu d'attaquer nos lignes pendant fil que le prince Thomas ferait une sortie , le jour i qu'il avait pris pour cela étant arrivé, le comte i d'Harcourt fut vigoureusement attaqué tout à $ la fois du côté de la ville et du côté de la camr: pagne. Le prince Thomas se rendit maître du ii Valentin; et Carlo délia Gatta ayant comblé Il nos lignes au quartier du marquis de la Mothe- ^ Houdancourt qu'il força , entra dans Turin avec i douze cents chevaux et mille hommes de pied. ;D Après quoi le marquis de Léganez ayant fait il, occuper le poste de CAegno» qui le rendait 1^ maître de la Petite Noire comme il l'était da lui Pô par Montcalier » 011 il avait laissé quelques tj! régiments» il enipêcha qu'il ne nous vint des il- vivres ni de Suze.ni de Pignerol» et nous af- \i fama tellement dans notre camp, que tous les [) officiers généraux voulaient obliger le comte a d'IIarcourt à se retirer de devant Turin , lorsque I le vicomte de Turenne se trouvant guéri de sa
blessure , amena de Pignerol notre armée , un
) grand convoi de vivres et de munitions» malgré
I ce que put faire lo marquis de Léganez , qui le
suivit dans toute sa route , voltigeant sur les ai«
les de son escorte pour l'enlever , et Iqi dresser
toutes sortes d^embûches pour le surprendre.
L'arrivée de ce secours pensa désespérer le
prince Thomas , «jui était réduit dans Turin à
cne aussi grande disette d% vivres que nous.
Carlo délia Gatta entreprit de soulager la ville, en faisant passer une partie de la garnison dans Tarmée du marquis de Léganez » et crut en sortir comme il y était entré. Mais depuis que le vicomte de Turenne fut revenu dans notre camp, les choses changèrent de face. Carlo délia Gatta oyant voulu sortir de Turin , y fut ramené battant 9 et repoussé Tépée dans les reins. Les assiégés firent plusieurs sorties , où ils perdirent beaucoup de monde. Le marquis de Léganez tenta toutes choses pour forcer nos lignes et jeter des vivres dans la place ; mais ce fut toujours sans succès. Le prince Thomas n'ayant pas mieux réussi dans une nouvelle sortie , oh les assiégés firent tous les efibrts dont ils étaient capables , se voyant réduit à la dernière extrémité» demanda enfin li capituler» et se rendit. Lemarquis de Léganez abandonnant la partie, repassa le Pô avec son armée , et le comte d'Harcourt s'en retournant en France , laissa la sienne sous le commandement du vicomte de Turenne par ordre de la cour.
Comme nos troupes avaient extrêmement souffert au siège de Turin , le vicomte de Turenne leur donna tout le temps dont elles avaient besoin pour se rétablir; mats dès qu'elles furent en état d'agir, quoique l'hiver ne fût pas encore fini, il les fit marcher h Moncalvo; il assiégea cette place , et s'en rendit matlre en dix jours. Après la prise de Moncalvo il passa le Pô ; il alla mettre le siège devant Yvrée , où étaient tous les magasins du prince Thomas; et, ne doutant point que ce princo ne vint en
(39) grande diligence pour y jeter du secours , il ne descendit point de cheval qu'il n'eût fait achever ses lignes, et qu'il n'eût «ssuré ses quar* tiers. Le prince Thomas ne manqua point d'accourir à Yvrée , persuadé que le vicomte de Turenne n'aurait pas eu le temps de pourvoir à la sûreté de son camp'': mais il le trouva si bien retranché qu'il n'osa Tattaquer; et, se flattant de lui donner le change , il alla mettre le siège devant Ghivas pour lui faire abandonner celui d^Yvrée. Il est vrai que la ville de Chivas, où nous avions un pont sur le- Pô , ne BOUS était pas moins importante que celle d'Y* vrée. Mais le vicomte de Turenne espérant d'être toujours assez à temps de secourir Chi« vas , n'abandonna point le siège d'Yvrée , et se contenta d'en presser vii^ement les travaux. Ce-
1>endant le comte d'Ilarcourt ayant appris que e vicomte de Turenne avait en si peu de jours Îris Moncaivo , et qu'il avait même assiégé 'vrée, fut piqué d'émulation jusqu'au milieu des délices de la cour, II parut pour se rendre à Yvrée; et k son arrivée, ayant fait donner un assaut à la placé , il leva le siège , disant qu'il fallait tout abandonner pour secourir Ghivas. Le prince Thomas, qui n'avait point eu d antre dessein que de nous faire lever ce siège, leva aussi celui de Ghivaa avant que nous y fussions arrivés, et se retira au-delà du Po avec son armée. Il semble que le comte d'Harcourt aurait dû , après cela , revenir assiéger Yvrée; cependant, abandonnant toutes les vues que le vicomte de Turenne avait eues en assiégeant cette place, il passa le Va,
et «lia prendre les villes de Geva , de Mondovi et de Goni.
Quoique le vicomte de Turenne n'eût pas lieu d'être content du comte d'Harcourt , il travailla néanmoins de si bonne foi pour la gloire de ce général aux sièges de ces trois places, que toute l'armée en fut dans la dernière surprise. Ce procédé augmenta l'estime que le cardinal de Richelieu avait pour le vicomte de Turenne; et la confiance qu'il avait en lui alla jusqu'à un tel point qu'il n'y avait aucune entreprise si diilicile dont il ne tint le succès assuré dès que ce prince y avait quelque part.
Aussi ne se faisait-il plus rien de grand en aucun endroit qu'on ne 1 y appelât aussitôt, comme il arriva l'année suivante , où le cardinal de Richelieu ayant formé le dessein de conquérir le Roussillon pour pénétrer dans la Catalogne, dont les habitants s'offraient à la France; et ayant même engagé le roi à y aller en personne, il y fit aussi venir le vicomte de Turenne , quelque nécessaire qu'il fût en. Italie* où il était en état de rendre de grands services par la connaissance qu'il avait acquîse de ce pays-là.
Sitôt que Tarmée qui devait'agir en Roussillon^fut assemblée, on marcha à Perpignan, qui en est la capitale^ dans le dessein d'assiéger cette place; mais «comme les Espagnols pouvaient la secourir par Coltioure , où il leur était aisé d'aborder avec leurs vaisseaux, on se contenta de bloquer Perpignan , et on alla assiéger Collioure , qui est par-delà.
Le gouverneur avait fait faire quantité de forts et de redoutes tout autour de la ville : ou
les prit tous l'un après l'autre , l'épée à la main»' etla ville fut contrainte de se rendre. On assiégea ensuite Perpignan : le siège dura plus longtemps; mais enfin le gouverneur fut obligé d^ ciapiluler. Oa> se rendit maître après cela de U forteresse de Salces et des autres places fortes , sans beaucoup de peine; et la conquête de toute la province fut faite en une seule campagne.
Ce fut dans ce temps-là que le duc de Bouillon, frère du vicomte de Turenne , s'étant trouvé impliqué dans un traité que le duc d'Orléans avait fait avec l'Espagne, et ayant été arrêté à ' la tête de notre armée d'Italie» qu'il comman** dait , Tut obligé, pour sauver sa vie» de livrer Sedan au roi , qui s'engagea à lui donner ea échange plusieurs grandes terres » et à.conserr ver le rang de prince à tous ceux de sa maison»
La possession de cette importante place» qui est demeurée. depuis unie à la couronne , fut lo dernier des avantages que le cardinal de Riche* lieu procura à h France; et ce grand ministre mourut peu de ten^ps après » craint , haï , envié et admiré de presque tout le monde.
Le cardinal Mazarin succéda à la place da cardinal de Richelieu auprès de Louis XIII; mais il n'y fut pas long^ temps, car ce. prince mourut cinq mois après , et laissa la reine Anne d'Autriche , sa femme , régente du royaume , durant la minorité de Louis XIV son fils, qui n'avait que quatre ans et demi.
Cependant le vicomte de Turenne, qui était presque le seul qui se fût intéressé pour le duc de Bouillon durant sa détention , s'était donné tous les mouvements qu'il est naturel de s^don-
ner en pareil cas pour un frère , mais sans manquer en rien de ce qu'il devait à l'état; et il s'était comporté d'une manière si sage pendant tout le cours de cette affaire , que sa conduite redoubla l'estime qu'on avait pour lui à la cour» ei qu'on l'envoya servir dans notre armée d'Italie. On venait de donner le commandement do cette armée au prince Thomas , qui avait abandonné le parti des Espagnols pour se joindre à.nous; mais comme on ne comptait pas beaucoup sur son attachement à nos intérêts » on voulut envoyer avec lui un homme de la fidélité duquel on fût entièrement assuré » et ce fut le vicomte de Turenne qu'on choisit pour un poste d'une aussi grande confiance. Sitôt qu'il fut arrivé à l'armée, le prince Thomas marcha vers Alexandrie, viHe du Milanez, qu'il fit investir de manière que les quartiers étant assez éloignés les uns des autres, les ennemis pouvaient facilement jeter du secours dans la place par les intervalles qui se trouvaient entre ces quartiers. C'est aussi ce que ne manquèrent pas de faire les Espagnols, qui tirèrent pour cela presque moitié de ta garnison de Turîn.
Alors le prince Thomas» qui n'avait feint de voul<)ir.assiéger Alexandrie que pour engager lès Espagnols à dégarnir Turin , alla mettre le siège devant cette ville dans toutes les formes* On attaqua les dehors avec beaucoup de vigueur» | et ils furent bientôt emportés. Les Espagnols i vinrent reconnaître nos quartiers pour tâcher I de faire rentrer dans la place les troupes qu'ils en avaient tirées; et, n'y ayant pu réussir^ ïh feignirent d*ea vouloir à A^t, et allèrent iuves^
iîr celte place ; mais comme nous l'aTions pour* vue de tout ce qui était nécessaire pour soutenir un long siège 4 nous continuâmes celui de Turia sans rien craindre. Nous nous en rendîmes enfin les maîtres, et le vicomte de Turenne se préparait à marcher à de nouvelles conquêtes.
Mais la reine régente sachant ce qu'un homme tel que lui pouvait pour la défense d'un état » lui envoya le bâton de maréchal deFrance, et lui donna le commandement de Botre armée d'Allemagne» quoiqu'il n'eût encore. que trentedeux ans > dans la vue de l'attacher. ent)èremenk À son fils et d'en faire un appui de sa couronne contre les entreprises où son royaume ne pouvait manquer d'être exposé » par les cabales et les factions qui sont comme ioséparablea d'une minorité.
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