LIVRE SECOND
J vsQu'ici nous avons passé assez légèrement sur toutes les actions militaires que nous avons décrites, parce qu'elles ne regardaient pas directement le vicomte de Turenne » qui ne commandait point en chef. Car , quoiqu'il fût peut* être supérieur , par la capacité , à ceux qui étaient au-dessus de lui par le grade; quoique « par le conseil et par l'exécution , il eût en certaines occasions plus contribué à faire réussir 4es entreprises que ceux mêmes qui en étaient chargés » cependant» comme c'est un usage établi de donner aux généraux tout l'honneur des succès , nous laissons à ceux qui écrivent ïbl vie des capitaines sous lesquels le vicomte de Turenne a servi , le soin de raconter plus au long les sièges et les batailles dont nous venons de parler 9 comme faisant plutôt partie de leur histoire que de la sienne* Mais désormais que, •jHresque toujours seul maître des armées où il se trouvera , il sera aussi presque toujours seul chargé des événements , nous les décrirons avec toutes leurs circonstances et dans tous les détails qui pourraient convenir à un ouvrage du carac^re de celui-ci.
Le maréchal de Guébriant, qui, après la mort
du duc de Weimar» avait été misa la tête de son armée» venait de mourir de la blessure qu'il avait reçue au siège àe Rottweil » ville impé^ riale située à la source du Necker. Le comte de Hantzaw» qui était le plus ancien officier de Tarmée, en avait pris le commandement , et l'avait menée aux environs deDutlingben , ville peu éloignée de la source du Danube , oii le baron de Mercy» général des troupes du duc de Bavière , qui s'était ligué avec l'empereur contre nous , Tenleva avec tous ses officiers généraux et toute son armée , à la réserve de cinq à six mille hommes qui se sauvèrent en-deçà du Bhin, sans chef, sans argent et sans armes« C*est à quoi se trouvait réduite cette armée» qui avait été la terreur de l'empire sous le duc de Weimar» et ce fut avec ce débris de troupes, sans autres forces^ i|u'on chargea le vicomte de Turenne de défendre la France du côté de TAllemagne contre les efforts des armées de l'empereur , du duc de Bavière et du duc de Lor^ raine» que les ennemis avaient réunies dans l'espérance de profiter du triste état où l'affaire de Dutlinghen nous avait réduits. Pour surcroit de malheur» Torstenson » général de 4'armée suédoise» qui jusque là avait asi de concert avec la nôtre contre les Impériaux» s'en alla dans le Holstein sans même nous donner avis de soii départ.
Tel était Tétat de nos affaires en Allemagne lorsque le vicomte de Turenne y arriva. Il commença par einprunter sur son crédit» une somme considérable d'argent » pour subvenir aux besoins des troupes ; et pendant que presque
tous les grands du royaume survendaient h fa reine régente les moindres services qu'ils rendaient à la couronne » il iit remonter la cavalerie et rhabiller l'infanterie à ses propres dé-' i>enS9 il acheta de nouveaux équipages d'artit* erie ; et les recrues de chaque régiment ayant été faites , il trouva par la revue qu'il en fit , que ce petit corps de troupes était de six à sepi mille hommes. Avec une aussi faible armée , bien loin d'être en état de faire aucune entreprise , il n'y avait pas d'apparence qu'il pût seulement tenir la campagne. Néanmoins »
comme au commencement d'une minorité» il était très-important pour, le» tnléréts de la France de faire tête partout aux ennemis • le vicomte de Turenne passé le Rhin à Brissac, et ayant su que le frère du général Mercy était avec un corps de deux miile chevaux aux environs d'Hutinghen, au-delà de la Forêt-noire* il le fit attaquer par quatre ou cinq régiments; il lui tailla en pièces six cents hommes , et en fit cinq cents prisonniers» avec beaucoup d'officiers; le reste se sauva vers le général Mercy» qui , malgré cet échec , ayant encore quinze ou seize miTle hommes , alla mettre te siège devant Fribourg» eapitale dd Brisgaw. Quelque faible que fiit le vicomte de Turenne, il voûfait tenter de secourir celte place; mais ta reine ré^ Sente lui ayant défendu de rien entreprendre e ce côté Jusqu'à ce que le duc d'Enghien j fût arrivé avec le maréchal de Guiche, qui y condtnsait douze mille hommes » il fut obligé de les attendre* -
Cepeadwt les Bavarois ayant vivement pressé
( 47 ) Fribourg» ils s'en rendirent maîtres atant que le duc a Enghien fôt arrivé* Mab ce prince n'eut pas plutôt joint ses troupes à celles du yicomte de Turenne, qu'il résolut d'alter cher^ cher l'ennemi, et de le combattre en quetqu'endroit qu'il fût. Le général Mercy ; après la prise de Fribourg, était resté dans le camp qu'il avaii auprès de cette ville, ne croyant pas pouvoir se poster ailleurs plus avantageusement. En effet, il était dans une plaine tout environnée de marais et de montagnes qui formaient une espèce de carré-long , lequel n'avait pour toute ouverture de notre côté , que le grand chemin de Brissac à Fribourg. Il avait derrière lui cette dernière ville : la tête de son armée &isait face au chemin de Brissac, par lequel on deyait naturellement venir à lui; car tes niarais qui étaient sur sa droite étaient absolument impraticables» et les montagnes qui fermaient sa gauche étaient si près Tune de Tantre que l'espace qui se trouvait entre deux devait plutôt être regardé comme un défilé que comme tin vallon. Cependant, comme son armée prêtait le flanc à ceux qui l'auraient attaquée par ce passage, il y avait fait faire des retranchementa outre ceux que les ravins y fbrmaiënt-déjà : il l'avait Mi barrer de sapins couchés en travers » dont les branches étaient coupées par la moitié» et qui , par ce moyen » hérissées de pieux en tous sene, servaient de chevaux de frise : il avait garni le bois à droite et à gauche de mousquetaires , si bien qu'il était persuadé qu'on n'osepas l'attaquer par cet endroit. Quant au chemin 4e Fribourg à Brtssac » ii croyait y aveir assear
bien pourvu, en mettant un gros corps de troupes sur la montagne qui était à la iéte de ce chemin /et qui le commandait entièrement.
Le duc d'Enghien ayant reconnu la disposition de ce camp » résolut de Fattaquer et par le chemin de Brissac et par le vallon tout à la fois. L'armée des Bavarois était de quinze mille hommes» et la nôtre de dix-neuf mille. Le duc d'Enghien prit la moitié des troupes , et voulut attaquer les ennemis par la montagne qui dé* fendait le chemin de Brissac , à la tête de leur camp; et le vicomte de Turenne» avec l'autre moitié de l'armée » se chargea de les aller atta^ quer par le vallon. Pour cela il fallait faire le tour de la montagne à travers les bois. Il partit donc ékê la pointe du jour, afin d'arriver assez tôt, et de pouvoir faire son attaque en même temps que le duc d'Enghien ferait la sienne, comme cela arriva ; car à l'heure dont ils étaient convenus, c'est-à-dire trois heuresavantla nuit, le duc d'Enghien fit charger les ennemis au pied de ta montagne » et en ayant gagné le sommet après trois heures de combat , il résolut d'y passer la suit et d'attendre au lendemain è descendre dans la plaine.
. Le vicomte de Turenne était entré dans le vallon à la même heure , et avait fait charger Pinfianterie que le général Mercy avait logée à droite et à gauche dans les bois dont les deux montagnes étaient couvertes. Celte infanterie l'était fait partout des retranchements par des abattis d'arbres» et il fallait livrer un nouveau combat à chaque pas qu'on faisait. Cependant le vicomte de Turenne poussa si vivement, lea
( 49 ) ennemis , qu'il se rcDdit maître des deux côtés du défilé» passa tous les fossés et les ravins qui le traversaient , et pénétra dans la plaine , où il fit entrer une partie de ses troupes. Gomme ce fut justement le temps où le duc d'Ënghien avait cessé le combat , le général Mercy , qui n'était plus obligé de partager ses forces » vint contre le vicomte de Turenne avec toute son armée. Le feu fut continuel de part et d'autre durant toute la nuit, c'est-à-dire plus de sept heures entières. Les Bavarois firent les derniers efforts pour nous obliger à repasser le défilé ; néanmoins quoique leur infanterie fût soutenue de toute leur cavalerie » et que nous n'eussions pu avoir qu'un seul escadron derrière la nôtre , faute d'espace » le vicomte de Turenne conserva ^ le terrain qu'il avait gagné , et le général Mercy ayant déjà trois mille hommes hors de combat » crut devoir penser tout de bon à sauver le reste de son armée. L'obscurité de la nuit empêchait que le vicomte de Turenne ne vit les mouvements qu'il faisait; il n'y avait déjà plus vis-à-vis de nous que quelques rangs de mous* quelaires qui faisaient de fréquentes décharges de leurs armes, pour nous faire croire que toute l'armée y était encore , et Mercy s'était retiré avec le reste de ses troupes sans qu'on s'en fut aperçu; de sorte que lorsque le jour parut, ces mousquetaires ayant pris la fuite , le vicomte de Turenne \it qu'il n'y avait plus persppne dans la plaine, et y entra avec le corps qu'il commandait; ce que le duc d'Ënghien ayant aperça de l'endroit où il était» il descendit aussi dans la plaine avec ses troupes» Cependant les Bava-
rois ayant gagné la Montagne-Noire, commençaient à s'y retrancher. Nous n'étions à la vérité qu'à une lieue de celte montagne; mais comme les soldats que commandait le vicomte de Turenne étaient extrêmement fatigués du combat qui avait duré toute la nuit , et de la pluie qu'ils avaient eue outre cela continuellement sur le corps » on ne jugea pas à propos de marcher aux ennemis qu'on n'eût fait reposer les troupes. Il est vrai que pendant ce temps-là les ennemis travaillèrent sans relâche à fortifier leurs retranchements : néanmoins, quand le lendemain on fut arrivé au pied de la montagne sur laquelle étaient les Bavarois , on se prépara Il les attaquer de telle sorte qtie le vicomte de Turenne , qui n'était pas d'un caratère h se flatter , se tenait assuré de leur défaite sur la seule disposition des attaques dont il devait ce jourlà conduire la principale; mais s'étaùt avancé avec le duc d'Enghien pour aller reconnaître le camp des ennemis , d'une hauteur qui était h deux mille pas de là, d'Espenan ,qui commandait toute ^infanterie de l'armée da duc d'^Q. ghien, et à qui le vicomte de Turenne avait dit expressément de ne rien engager jusqu'à ce qu'il fût revenu , comme s'il avait prévu ce qui devait arriver; d'Espenan, dis-je, pour se faire valoir par trne aussi petite action que celle de la prise d'une i'edt)ute, en attaqua une qui était au pied de la montagne, d'où les ennemis firent une si furieuse décharge de canon et de mousqueterie , que nos soldats croyant le combat engagé, s'avancèrent de tous côtés sans ordre et sans chefs, Les Bavarois tirant avantage de
eetle conl^ifonv sortirecit de lenr&tetranehe^ xBents , etfireDl.un grand carnage de nos gens» Le Ticomtede Tarenné ayant été averti, ac-* courut à eux ; ifiais le désordre était ai grand qu'il ne put mse faire reconnaître ni se faire en* tendre; de sorte qu'il fallut qu'il gagriâtbs rangs denos troupes les plus avancées^etqu^àleur tête ilpoussât les ennemis et lesiftt. rentrer dans leuri retranchêmen tSv pour retirer nos gens du danger eii ils s'élai^it précipités* Leduc dEnghieD voulut réparer ce contre-temps par de nouvelles ait ta*ques qui n'eurent pas le succès qu'on en atrait espéré. On soutint par honneur le combat jusqu'au soir » afin qu'il parût que c'était la nuit aeule qui y avait mis fin , mais il noué en coûta 1« meilleure partie de notre infanterie; qui y fut défaite. Cependant, comme les ennemis n'a^ vaîent perdfu guère moins de monde, que nouf dans cette devnière affaire , et qu'iUen avaient beaucoap plus perdu- daés-ie premier combat w notre armée se trouvait ebeore supârieore à la leur. Nous nous préparâmes donc à les attaquer lovsqo'iis auraient abandonné la moatagne où ils avaient tant d'avantage sur nous; et comme ils ne pouvaient se retirer^ue par levai de Saint- Pierre /nous allfimes nous postera Lansdelin* {;hen,à dessein d'enfiler le vat du fitoterdal orsqu'ils entreraient dans celui de Saint- Pierre» et de les couper à l'abbiye qui est au bout d^ cette vallée; ce qui arriva comme nous l'aviona prévu. Mais les ennemis ) q»i ne voulaienft point eci venir aux mains avec nous-,. vgyant que nous AoQS mAïwm en bataille «iprèB de cette ab^ bayev m)«iaab8iiMk>Mièr4nl^e^aicandDa> leuM
(Si)
bagages fettovtes leuramumtioQi, ék 8*enfuirenl avec précipita tion dans lepajadeWirtemberg » par les noalagoes de la Forél-Noire. Le duc d*ËDglùeii les poursuivit jusqu'à Olgrave» et le vicomte de Turenne encore deux lieues plus Ioîq; ayant campé cette niiît^là à cinq grandes lieues d^-Tabbaye du val Saint- Pierre , où elle •e rendit le lendenaain; toute Tarmée retourna à Lansdelinghen »:d'o(i elle était partie.
La retraite des ennemis nous laissant maîtres d6 la campagne , le duc d'Enghien s'avança vers le marquisat de Baden, et descendant le long du llhin » ^'empara de Lichtenaw,.de Baden , do Durlach , Landau, Phtliâbourg, Neustadt, Spire, Manheim, Wrortns, Mayence, et de toutes les villes et forteresses qui se trouvèrent è droite .ou è gauche sur sa route, etiqui firent ipeu de résistance, à la réserve de Piiiiisbourg; si bien qu'en une seule campagne il se rendit mattre duBràgaw et de rOrnaw , du marquisat de Badoi du palatinet-du Rhin, du landgraviat de Darnistadt, de l'électorat deMayence, et de tomt le cours du Rhin ,; depuis Stiia&bourg iniqu'auprès de Goblentx dans réleotôrat de Trêves , c'esi4ii-dire d'une étendue de pays de plus de cent cinquante, lieues. U donna ordre qu'on rèmobalison arikiée en France: il. s'en retourna à la cour pour y jouir de la gloire de tant de .conquêtes, et laissa le vicomte de Tu* renne sur la frontière, pour les conserver, avec JHnq,ou six mille hommes qui lui restaient.
Cependant I^QrgtoéralMercy.ayant eu le temps dé rilablir soBi'iaipAée, s'approcha da Ahin; et ~^"|iÇM|t tc^e«r?qgiAtrerfA A<)s vUIes-à: la fois
' ÎC ■
pour Bioud mieux embarrasser , il se jeta tout d'un coup:sur Manheim , où nous n'avions pu mettre pour toute garnison que quatre compa • gnies'dont les officiers se sauvèrent à l'arrivée des Bavarois » qui après cela s'emparèrent aisé^ menl de la ville*
De l'autre côté, Gléen, général des impé« rraux » avait joint. son armée à celle que le duc do Lorraine commandait en peilsônne sur la MoseUe» et il^^éksiU à craindre que ces trois g^^ néraux^ unissairiieilrstroupiB8,ne viiiissent nous accabler tout d'an cdup/ou qu'agissant séparément, l'un ne nous surprit tandis que nous scions en garde contre Fautre* ,•>!»'
Le vicomte de Turenne était peut -< être rhomme du monde le plus capable de défendre «fié aussi grande étendue de pays avec un aussi petit nombre de troupes. C'était là soa véritable talent : néanmoins» comme il avait des sentiments très-modestes de^ lui-même:, il de-^ manda du renfort à la cour, témoignant que sans cela ili né croyaitpas pouvoir empêcher que plusieurs de nos iplaces n'eussent fe même sort que Mànheim. On ne lui répondit autre chose $ sinon qu'on avait besoin des troupes ailleurs.^ qu'il fît dé son mieux , que' c'était tout ce qu'on demandait de lui. Voyant donc qu'il ne pouvait rien obtenir de plus que ce quil avait, il fut obligé de suppléer au nombre par ses strata-t gèmes , et de se multiplier pour ainsi dire luimême par son activttî^» afia de pouvoir faire tête aux ennemis qui étaient devant et derrièrof lui^ et qui se préparaient à l'attaquer de tous. cdtés.
Les Bavarois ayant pratiqué des intdligences dans Spire, mirent douze cents mous(|uetaireâ sur des bateaux» espérant les faire descendre par le Rhin dans la ville. Mais le vicomte de Turenne ayant découvert leurs desseins » borda ce fleuve d'infanterie, et empêcha les bateaux de passer : il fit arrêter les traîtres , et sauva Spire.
Presque dans le même temps le généra I Gléen et le duc de Lorraine étant venus assiéger avec deux armées Baccarach , ville du Palatinat , •ituée 8Uf le Rhin , le vicomte de Turenne laissa un corps de deux mille hommes sous PhiUsbourg, pour empêcher touteasortes de surprises de la part du général Mercy ; et prenait seulement cinq cents chevaux avec lui» il s'avança jusqn^auprès de Bin^hen, d'où ayant envoyé vers Baocarach des officiers et des commissaires pour marquer un camp et préparer des vivres à tme grande armée» l«s ennemis, qtif crurent quVlTectivement il marchait à euxavec un grand nombre de troupes, levèrent le siège avec précipitation , et se retirèrent au-delà delà Moselle.
Quelques jours après le régiment de Nettaii:» court , qui était dans Greutznach , pbsteimportant entre le Rhin et la Moselle, ayant abandon né la place à Tarrivée des Bavarois , le vicomte de Turenne la fit attaquer et la. reprit. Il renforça les garnisons de toutes les autre» villes; il les mit en état de faire une vigoureuse délense au cas qu'elles fassent attaquées, et il se posta si bien entre les trois généraux ennemis, ^qu'ils ne purent joindre leurs armées ensemhle durant tout le reste de l'hiver.
Dès le mois de mars , ayant voulu comment
lit m
j^ cer la campagne , il fit attaquer Gerroesheim , ^ qui est un peu au-dessus de Philisbourg , et prit [^ cette place par escalade. Il passa le Rhin à Spire; ^i. il fit marcher son petit corps de troupes à Pforsh y zheim, dans le marquisat de Baden; le gêné-»rai Mercy se retira aussitôt au-delà du Necker, nous abandonnant ce qui était en-deçà. Le vicomte de Turenne , entré dans la Souabe , fait lever le siège du château de Magold aux Bavaï*ois , s'empare de Stutgard dans le ducihé de Wirtemberg , passe le Necker , prend Suabschali d'emblée; et forçant Mercy à se retirer ^jusqu'à Du nckelspield, s'avance vers le Tauber dans la Franconie» y prend Rottembourg et Mariandal , où s'étant rétabli pour avoir der« rière lui les états de la landgrave de Hesse , notre alliée > q(iî devait joindre son armée à la nôtre quand le temps du quartier d'hiver serait fini » il envoya des partis dans la Souabe , dans ia Franconie et dans tous les pays des environs, d'où par ce moyen il faisait apporter dans son camp toutes sortes de provisions en abondance ; si bien qu'avec un aussi petit nombre de troupes que celles qu'on lui avait laisëées» non -seulement il conserva toutes les places que nous avions conquises 9 mais il en prit encore aux ennemis cinq fort considérables , d'où il faisait des courses jusqu'aux portes de Wurtzbourg , de Nuremberg» et de plusieurs autres villesauxquelles il fit payer toutes les contributions qu'on a coutume d'exiger quand on est maître de la cam* pagne.
Ces heureux succès furent suivis d'un revers de fortune que le vicomte de Turenne avait
prtWu > contre lequel il s'était même précaulionnAi et qu*il ne sut néanmoins éviter. Car, comme ses troupes, fatiguées de tant de mou- Vt^montSi d'actions et de marches, lui demandaient à aller dans les petites places des environs» pour s'y reposer et subsister plus conimodt^ment , il le leur refusa , quoique jamais aucun capitaine ne se soit fait un plus grand plaisir ue lui de procurer à ses soldats toutes sortes e commoaités; mais en celte occasion il appréhendait que les ennemis ne fussent encore assemblés en correspondance , et que, retournant sur leurs pas, ils ne vinssent attaquer ses quartiers lorsqu'ils seraient séparés» Cependant les officiers le lui redemandèrent avec de nouvelles instances ; et comme le général-ma jor Rose le pressait sur cela jusqu'à i importunitér il lui donna un détachement de cavalerie, pour aller roconnattre ce que faisaient les ennemis ,. et il envoya encore quelques autres officiers en parti pour le même sujet. Tout le monde lui rapporta que l'armée ennemie était séparée , et que les Bavarois se fortifiaient dans les diverses places oh on les avait mis en quartier , comme des gens qui ne songeaient rien moi^s qu'à en sortir. Il céda donc enfin à l'importunité de Rose, sur le rapport duquel il crut qu'il devait compter, parce que c'était un vieil officier , n'y ayant pas d'apparence que des gens qui fuyaient devant nous dussent venir sitôt nous attaquer, et que , quand ils le voudraient, ils le pussent faire si subitement que nous n'en fussions pas avertis , étant à plus de seize lieues de nous. Néanmoins le vicomte de Turenne appréhen-
( 57 ) datit toujours quelque surprise , retint autour de lui le canon et l'infanterie , et ne voulut pas que la cavalerie s'éloignât de plus de deux ou trois lieues de Mariandal, dont il fît le quartiergénéral , commandant aux ofHciers de s'y rendre en diligence au premier ordre qu'ils en re* cevraient.
Le lendemain du jour auquel il sépara ainsi son armée, ne se tenant pas assuré de la séparation de celle des ennemis , quelque chose qu'on lui en pût rapporter , il fit rapprocher de Mariandal tous les autres quartiers. Plus il y réfléchissait , plus il se reprochait d'avoir cru trop légèrement que les ennemis se fussent séparés, sur le rapport de quelques ofliciers qui pouvaient s'être acquittés de leur commission avec négligence. Voulant donc s'en éclaircir par lui-même , il prit la grande garde de l'armée; il s'avança trois lieues dans le chemin par où on le pouvait venir attaquer; et n'ayant rien découvert , il envoya un parti encore plus loin, avec ordre à l'of&cier qui le commandait de ne point revenir qu'il ne lui apportât des nouvelles bien certaines des ennemis , et ce fut cet officier qui , le lendemain dès cinq heures du matin , vint lui dire que le général Mercy s'avançait à grands pas avec toute son armée, et n'était pas fort éloigné de lui. Le vicomte de Turenne se lève à la hâte; il envoie ordre à tous les quartiers de se rendre à Herbstausen, village où était la grande garde, à une lieue et demie de Mariandal , et commande au généralmajor Rose de s'y rendre en diligence , pour y recevoir les troupes à mesure qu elles y arrive-
raient. Le général-major Rose reconnut la dis* position des lieux , et ayant vu qu'il y avait une assez grande plaine au-delà d'un bois qui était à la tête de notre grande garde » il lui fit passer ce bois qui avait cinq ou six cents pas de longueur , et commença à ranger quelques régiments dans la plaine; en quoi il fit une trèsgrande faute d'exposer ainsi à découvert le petit nombre de nos troupes; au lieu que si nous fussions demeurés en-deçà du bois, et que nous en eussions fermé l'entrée avec quelques bataillons , les ennemis , qui eussent pu craindre que toute notre armée ne fût derrière ces bataillons» n'auraient peut-être osé nous attaquer » et se seraient retirés sans combattre* Le vicomte de Turenne connut la faute aussitôt u'il fut sur le lieu ; et, sans s'amuser à en faire es reproches au général -major Rose, il donnait ses ordres pour faire repasser le bois à nos troupes , lorsqu ayant découvert Tavant-garde de l'armée ennemie , qui n'était plus qu'à un quart de lieue de nous , il vit bien qu'il n'aTait
1»as assoE de temps pour aller se mettre derrière e bois , et que le seul parti qu'il avait à prendre était de ranger promptement en ordre de bataille le peu de troupes qui étaient là ; car il n'y avait que trois mille hommes dlnfanterie d'arrivés, et sept ou huit régiments de cavalerie. Dans cet état , voulant profiter de tous les avantages du lieu , ayant vu à droite un petit bois » il y mit toute son infanterie , soutenue seulement de deux escadrons, et en fit son aile droite; il composa l'aile gauche de tout le reste de la cavalerie qu'il mit sur une seule ligne ,
(.59) excepté deux escadrons , dont il fit ane espèce de secoQiie ligne, et attendit ainsi l'ennemi.
Le général Merçy » qui avait eu le temps da ranger régulièrement son armée pendant que le vicomte de Turenne s'était appliqué à tirer avantage.de la disposition du terrain, commença à nouscanonn^ r; mais voyant que son canon ne faisait pas grand effet» et que cependant il nous arrivait à tout moment de nouvelles troupes qui auraient bien pu h la fin rendre notre armée égale à la sienne , il se mit à la tête da 6on infanterie , pour aller ailaquer le petit bois dont il fallait absolument qu'il se rendit maître afin de pouvoir faire agir son aile gauche. La ▼icomte de Turenne marcha en même>temps avec sa cavalerie contre l'aile droite de l'ennemi , l'enfonça , rompit tous les escadrons , ébranla même la seconde ligne , et prit douze étendards. Mais pendant qu'il renversait ainsi la cavalerie des Bavarois» notre infanterie, alarmée de ce que le vicomte de Turenne avait pris tant de précautions , et se croyant à cause de cela dans un péril inévitable , jeta les armes bas à la première attaque des ennemis , et se sauva à travers le petit bois dont le général Mercy s'étant readu maître , il fit avancer toute* la cavalerie de son aile gauche derrière la notre pour l'envelopper. C'était en quoi consistait alors toute notre armée , n'y ayant plus d'aile droite. Le vicomte de Turenne , qui avait rompu la seconde ligne de l'aile droite des ennemie comme la première , et qui b'avait plus devant lui que trois escadrons du corps de réserve à défaire » ayant vu son infanterie jeter les arme»
bas , et le moavement que les ennemis faisaieni pour le venir envelopper , cessa de comballre; et ayant fait en un moment le plan de sa retraite , il commanda à l'infanterie de marcher droit à Philisbourg sans s'arréler : il y envoya Seauregard-Chabris pour la rallier, la faire descendre sur le Rhin jusqu'à Mayence, et la lui amener dans le landgraviat de Hesse /où il résolut d'aller avec toute sa cavalerie, quoiqu'il en fût h plus de trente lieues, et qu'il lui fallût pour cela traverser toute la Franconie , pays qui était h la dévotion du vainqueur.
Suivant ce plan il ordonna à d'Espence de Beau veau de se mettre à la tête de la cavalerie , de passer le Tauber et le Mein , et de marcher toujours jusqu'à ce qu'il fût arrivé aux frontières du pays de Hesse; et, pour lui , s'étant mis à Tarrière-gardc , il repassa le bois en soutenant avec les derniers escadrons tous les efforts des ennemis qui le poursuivaient. Mais il fut biea surpris, lorsqu'étant arrivé à la sortie du bois, il se vit coupé par un corps de cavalerie à qui le général Mercy avait fait faire le tour de ce bois , dans l'espérance que cette cavalerie marchant toujours sans trouver aucun obstacle, elle arriverait au grand chemin de Mariandal avant le vicomte deTureilhe, qui serait obligé de s'arrêter souvent pour faire tête à l'autre corps de cavalerie qu'il avait détadbé après lui. Gependant-le vicomte de Turenne ne pouvant pas reculer, et se trouvant renforcé de trois régiments tout frais qui venaient d'arriver là, suivant Tordre qu'il leur avait envoyé de se rendre à la grande garde » il crut qu'il
n^avait point d'autre parti à prendre que celui de passer sur le ventre des ennemis , et de s'ouvrir un passage à la pointe de Tépée , ce qu'il exécuta très - vigoureusement sans autre perte que celle de quelques cavaliers; après quoi il gagna Mariandal. li passa le Tauber où il fit fer* mer deux ou trois fois » pour s'opposer aux Ba* Tarois» qui voulaient passer au même gué que nous : il continua sa retraite en faisant tête aux ennemis à tous les défilés; et» en ralliant à droite et à gauche tous ceux qui s'écartaient » il arriva au Mein , qu'il passa à gué; et craignant que quelque corps de cavalerie ne nous poursuivit , il demeura deux jours entiers dans les bois, avec quinze cents chevaux, avant que d'entrer dans la Uesse, où il rejoignit enfin ses Iroupes.
Il n'arrive guère de malheurs à une armée > ^ui ne soient d'abord imputés au général ; mais j)ien loin qu'on rejetât celui-ci sur le vicomta de Turenne , qui au fond avait pris de grandes précautions pour s'en garantir , on releva beau^ coup la présence d'esprit avec laquelle il prit le parti de marcher aux Bavarois dans le mo* ment même où il apprit qu'ils venaient à lui; car» s'il Gii demeuré à Mariandal ppur y attendre ses gens» le général Mefcy aurait pu attar t]uer ses quartiers les plus avancés l'un après l'autre, et les enlever avant qu'ils eussent pu ie joindre; au lieu qu'ayant gagné la tête de tout; i) se trouva en état de résister aux ennemis sîlôt qu'ils parurent* On fit encore extré^ mement valoir cette pénétration par le moyen â» laquelle iljforma le projet de sa retraite , et
en prévit toutes les conséquences comme en un instant. On admira enfin, au-delà de tout ce que j'en saurais dire, cette profondeur de jugement et cet esprit de ressource qui lui firent r^rend.re la résolution de mener si avant dans 'Allemagne les débris de son armée battue; car il n'y avait personne qui en sa place ne se fût retiré du côté du Rhin , et qui n'eût cru faire un coup de grand capitaine en allant couvrir Pbilisbourg , et se mettra tous ensenible à cou«> Tert de cette place. Mais le vicomte deTurenne, qui avait des vues plus étendues qu'un autre, jugea plus 6 propos d'aller dans la Hesse , per* Kuadé que les ennemis ne manqueraient pas de l'y poursuivre dans l'espérance d'achever sa défaite, et qu'en y -attirant ainsi la guerre, d'un coté nos conquêtes du Rhin seraient ea sûreté, et de l'autre la landgrave de Hesse , qui , suivant l'usage de l'Allemagne, voulait absolument lais" aer encore un mois ses troupes dans leors quartiers d'hiver , serait obligée de ieaen faire sortir incessamment pour la défense de son propre pays , et de les joradres aux nôtres , ce qui nous mettrait aussitôt en état de pouvoir résister aux ennemis.
En effet, nous ne fûmes pas plutôt dans (e comté de Valdek que le général Mercy vint a»* siéger Kircheim , Tille située à l'entrée du pays de Hesse. Nous n'avions pas plus de trois mille chevaux et douze cents hommes de pied. La landgrave de Hesse fut donc obligée malgré elle défaire soKirses troupes de leurs quartiers pour aller au secours de Kircheim. Le vicMnte >de Tureone fit même si bien qu'iUngàgea ie cotait
de KoDÎgsmarck , général des Siiédois qui hivernaient dans le duché de Brunswick, à sorlir aussi de ses quarliers » et à joindre les quatre mille hommes qu'il commandait aux six mille
3ue la landgrave de liesse envoya sous la conuite du général Geis. A la tête de celte armée le vicomte de Turenne s'avança vers Rircheiib» et le général Mercy se retira aussitôt de devant cette place. Nos soldats qui savaient que la dis-
5 race de Mariandal était arrivée au vicomte de urenne en partie par son trop de bonté pour eux, brûlaient d'enfie de le venger» et voulaient qu'il les menât en Franconie » où les ennemis s'étaient retirés après la levée du siège de Kircheîm; mais comme il reçut ordre de la cour de ne rien entreprendre jusqu'à ce que le duc d'Enghien et le maréchal de Grammont lussent arrivés avec les hait mille hommes qu'ils conduisaient , il fallut qu'il suspendit l'ardeur de ses soldats ; et tout ce qu'H put, pour salis-faire en quelque façon à leur impatience , fut de les mener au-devant du duc d'Ënghieo , afin d'avancer de quelques jours la jonction des deux armées, et être plus tôt en état depoorsui? re les ennemis. Pour cela il repassa leMein, il tra^ versa le pays de J)armstadt et le Bergstrass. Il prit, chemin faisant « la ville deVenheim,et arriva enfin h Spire, où le duc d'Enghien ayant passé le Rhin et ayant joint son armée à celle du vicomte de Turenne , on marcha vers HaiU bron, à dessein d'y passer le Neker; mais comme les ennemis nous avaient prévenus , et avaient déjà rangé leur armée en bataille sur les hauteurs 9 nous descendîmes à WimpbeQ , qui est à
(64) deux lieues au^-dessus de flailbron* Nous nous rendîmes maîtres de celle ville, nous y fîmes un pont , et le général Mercy voyant que nous avions un passage sqr le Necker , se relira à Feuchtwang, qui est à plus de vingt lieues de là dans la Franconie.
Ce fut immédiatemenl après le passage du Necker^ que le générai Konigsmark et le général Gets , piquéa de ce que le duc d'Enghiea leur avait parlé avec un certain air de hauteur, en leur commandant quelque chose, déclarèreatqu'ilsallaient quitter notre armée, et emmener avec eux leurs troupes. Le duc d'Ënghien voulait qu'on les <>hargeât , pour les retenir par la crainte d'être taillés en pièces; mais le vicomte de Turenne Inii ayant fait entendre que ce« étrangers n'étaient pas accoutumés à être Irattés de celte manière , il parla aux chefs avec sa douceur et sa politesse ordinaires; et il fit si bien qu-'il engagea le général Geis à rester avec nous» Quant au général Konigsmarck, il fit monter un fantassin en croupe derrière chacun de ses cavaliers, et se relira ^de cette sorte à Bremen » dans la basse Saxe. Les Suédois nous ayant quittés , nous marchâmes avec les Hes- •ois vers le Tauber, et nous nous emparâmes de toute» les villes qui se trouvèrent sur la route. Les ennemis ne défendirent que Rollembourg; . mais cette place ayant été prise d assaut en une nuit, le général Mercy décampa de Feuchtwang, et se retira du côté de Donawert, après avoir fêté beaucoup de troupes dans Dunckelspield , persuadé que nou^ allions faire le siège de cette ville , et que nous n'aurions garde de nous en-
gager entre son armée et une place où il avait mis une 8i grosse, garnkon. En effet nous y ouvrîmes la tranchée,» mais dès le soir même» ayant été^avertis que le général Mercy s'avan^ çait vers N^Unghen ,. nous quittâmes Dunc^ kelspield » et tou'te Tarolée se mit en marche à minuit » dans b dessein vde prévenir les ennemis. ' ' .. .
A la pointe dn jour noua, découvrîmes leur avant-garde qui tenait la rpute^qu'on nous avait dit. Le général Mercy .noE|s aperçut aussi dans le même temps; et comme «l'endroit où il se trouvait lui était très^fàvorable , il y rangea son armée en bataille » et résolut. de nous y attendre. Il avait une rivière devant lui , et de grands étangs à sa droite et à sa gauche. Nousnepout vions aborder les ènnemia par aucun endroit; nous fîmes avancer notre canon » et les! Bava^^ rots mirent aussi le leur à la tête de leur camp. On se'canonna pendant toute la journée avec une perte à peu près égale de part et. d'autre s et comme on ne pouvait faire autre chose en ce lieu4à; nous en décam|iâmes deux heures avant le jour/, .pour, aller è< Norliïigfaien\ où .il nous étaitsaké: d'arriver avant lés ennemis. En eBki » 4ë$ lefr neuf heures du malin nous nous trou- 5$ mes dans If çrdqde plaine qui est devant cette ville , et sur Ic^midî nous apprîmes que .le général Mercy (i'^^lpërsùadé que ndus. allions nous : attacher dU .siège de Norlingbeb» avait |»i(ssé U petite r rivière de Wérniti.i'et com-» sHençait à faire îtr^vailler aux retranchements d*un camfi> déjà très -avantageux! qu'il fividt «occupé à deux liçuès de nous» et d'où il avait • 6
(66), dessein de nous disputer la prise ^de cette piace» Nous iM)us rangeâmes aussitôt en bataille; nous marchâmes aux ennemis^ laissant nos bagages derrière bous, dans tes village de Petitzheia et de Mexeingheim, et sur. le^ quatre heures » nous étant trouvés «n4eup préseûce » nous reconnûmes la disposition de ieur joanip.
Vers le milieu de la plaine de Norlinghen ^ qui est tnës-étendue , setisoùine un vallon d'une médiocre grandeur» devant lequel est AUer^ beim, gros vMIage qui: est comme flanqué de deuK montagnes qu'il a à ses côtés. La montagne de Winébei^> qui est fert haute» est à droite» quand On va du village à Norlinghen,. et la montagae suV'laqueUè est le château d'ÂU lerheim est à gauche»
Ces deux montagnes sont à -un quart de lieue Fune de l'autre » et le village qui est entre «lle& deux est plus avancé-vers Norlinghen d'envipon trois cents pas. Le terrain qui esii entra le -château d'AIIerheim et te, viMag(^»iest uni comme une plaine; et celui qutestde l'autre côté est tme pente qui descend insensiblement de la montagne de.Winebarg jiusiqa'auiménie.vilkige.
C'est là où le général kisrcy avait rangé son armée en bataille. Seaaile droilse, commandée
E&t le général Gléen , d'étemhnt fusque sur te aut de la montagne de Wineberg , et son aile gauche, où était le géoéraliJeaii. de Weirtv jusqu'au cbâieau d'AllerhiE|im. Lecorpsi de ba« taille où il s'était mis occàpaitie vallon qui faisait lé centre de l'armée ; et avàjl à^ sa tête le village d'AIIerheitinii Ses deuix ailes étaient. tou' tes <;ofiipo6ée^ de «a* cavalerie , excepté 4|à0<{ue»
. ( «7 ) bataillons qu'il ayait mis aux extrémités 9 c'està-dire sur (a montagne de Wineberg» et sur celle du château d'Allerheim » et tout le reste de l'infanterie formait le corps de bataille. Il avait fait entrer quelques bataillons dans le Village 9 et avait jeté quantité de mousquetaires dans l'église > uans le clocher et le cimetière qui était fermé de murailles. II avait fait faire des retranchements à la télé de toutes ses troupes^ et ceux des deux montagnes étaient bor* dés de canon » ainsi que le rideau qui règne de )'un à l'autre , où il avait fait dresser plusieurs batteries. C'est dans cette situation qu'il prér tendait nous recevoir si nous venions à lui , ou demeurer campé 9 si nous formions le siège de Norlinghen» JSon armée était de quatorse à quinze mille hommes , et la nôtre de seize k dix- sept mille.
Tout ayant été examiné dans le conseil de guerre » le vicomte de Turenne fut d'avis qu'oB ne pouvait engager une affaire générale avec les ennemis ainsi postés et retranchés» sans exposer notre armée à êtdre entièrement défaite. Mais le duc d'Engfaien et le maréchal de Gram* mont, qui étaient d'un autre sentiment , l'ayaat emporté sur lui» il fut résolu iqu'on donnerait bataille; que le maréchal de Grammont commanderait l'aile droite , le vicomte de Turenne l'aile gauche, le comte de Marsin^ maréchalde-camp , le corps de bataille » et le chevatier Chabot , aussi maréchal-dé- camp , le corps de réserve. Quant au due d'Ënghien , qui ditip^a de tous ces postN&s , il n'en choisit aucun pour lui » disant qu'il youkit être partout cei jour-lh^
Il était déjà cinq heures après midi quand tout fut en état de notre côté. Alors nous commençâmes à canonner le village, ce qui ne dura qu'une demi-heure , car les halteries des ennemis » qui avaient été dressées les premières » avaient beaucoup d'avantage sur les nôtres» et le duc d'Enghien voyant qu'il n'avançait pas beaucoup avec l'artillerie, fit attaquer le village
{»ar quelques bataillons à la tête desquels était e comte de Marsin.
Les premiers retranchements furent bientôt forcés; mais quand on fut auprès des maisons ^ les ennemis qui s'y étaient logés , et qui les av.aient percées et crénelées » firent de si farieuses décharges de mousqueterte , que nos gens s'arrêtèrent tout court d'abord , plièreot ensuite , et enfin reculèrent» Le comte de Marsin f ayant été très-dangereusement, blessé , le duc d'Enghien y renvoya le marquis de la Moussa ye avec un renfort de quelques régiments » qui ne purent soutenir le feu des ennemis non plus que les autres » et le marquis de la Moussaye ayant été mis hors de combat par les blessures qu'il reçut, le duc d'Eoghien mena lui-même nos bataillons à la charge , et se fit suivre de toute l'infanterie. Le général Mercy voyant ce moment , vint aussi lui-même à la tête du village , et se fit soutenir par tout son corps de bataille. Le combat fut sanglant ei opiniâtre. Le duc d'Enghien y reçut quelques coups dans ses habits /et y eut deux chevaux blessés sous lut. Le général Mercy y fut tué d'un coup de mousquet; et la mort de ce grand homme excita dans le cœur de ses soldats une fureur d«
(69) Vengeance qui les fit fondre sur nos gens comme un torrent qui tire de nou?eiles forces de tous les obstacles qu'on oppose à sa violence : ce fut plutôt un carnage qu'un combat* Le duc d'Enghîen y fit des actions de valeur étonnantes; mais il ne put néanmoins empêcher que la plus grande partie de notre infanterie ne Gïï taillée en pièces , et que toute notre cavalerie française ne fût entièrement défaite par le général Jean de Wertb , qui » à la tête de l'aile gauche des ennemis , culbuta du premier choc notre ailq droite ,,fit prisonnier le maréchal de Granvmonl qui la commandait » battit le chevalier Chabot à la réserve , et pénétra jusqu'à no»
bagages avec quelques escadrons qui se mireoi à les piller.
Cependant le vicomte de Turenne, avec n<v tro aile gauche, qui était toute composée d'Allemands , avait marché à la montagne de Wineberg contre T'aile droite des ennemis; et essuyant les déchaînes continuelles de leur artillerie , sans s'arrêter un moment» avait eu ua cheval blessé sous lui » et avait reçu un coup dans sa cuirasse d'un canon chargé à cartouches ; mais il était enfin arrivé en bon ordre au haut de la montagne » où le duc d'Eo^ien vint le joindre , voyant qu'il n'y avait plus rien à faire ni à l'aile droite ni au corps de bataille* Ce prince se mit à la tête de la seconde ligne » et le vicomte de Turenne ayant mené la première à la charge 9 il rompit du premier effort tous les escadrons ennemis qui étaient sur U montagne; il défit l'infanterie qui y était aussir» fit prisonnier le général Qléçn , gagna le caooa^
(70) le fit pointer contre le reste de cette aile qui s'étendait jusqu'au Tillage, et prenant les ennemis en flanc , les chargea si vigoureusement qu'ils furent obligés d'abandonner le cbamp de bataille, el de se retirer plus de cinq cents pas au-delà du fillage. Les régiments qui s'étaient retranchés dans l'église et dans le ciinetière» se voyant près d'être forcés , se rendirent à discrétion. Le général Jean de Werth ayant ap- Îris ce qui se passait à ta montagne de Wineerg, y accourut avec son aile victorieuse; mais le }our était déjà fini lorsqu'il y arriva , et d'ailleurs il trouva les choses dans un si grand désordre , qu'il crut ne pouvoir rien faire de mieux que de profiter de l'obscurité de la Dutt pour gagner Donawert, et sauver les débris de ion armée en se retirant au-delà du DaDUbe.
Le vicomte de Turenne le poursuivit jusqu'au bord de ce fleuve, avec trois mille chevaux, et ne revint point qu'il ne l'eût vu repasser avec toute ses troupes. Après la retraite de l'armée ^ennemie » les villes de-Norlinghen et de Dunekespield nous ouvrirent leurs portes. Le duc d'Enghien tomba malade dans ce temps- là . et, s'étant fait porter à Pbilisbourg , et ensuite à ia cour , il laissa son armée sous la conduite du maréchal de Grammont , qui avait été éehaDgjL contre le général Gléen.
Comme les états du duc de Bavière se trouvaient exposés parla victoire de Norlingben , ce prince sollicita fortement l'empereur de lui envoyer un renfort de troupes qui fût capable de nous empêcher de prendre des quartiers d'hiver dans soii pays , et lui manda que s'il n'était
(7« ) promptement secouru » il serait obligé de s'accommoder avec nous* L'empereur, qui appréhendaitqu'il n'écoutât les propositions que noua lui faisions, et qui. Tenant défaire la paix avec le prince de Ragotzki, n'avait plus de troupea en Hongrie , lui envoya un grand corps de cavalerie et de dragons sous les ordres de l'archiduc Léopold , qui prit Galles avec lui; comme il ne menait point d'infanterie, il eut bientôt joint Gléon» Jean de Werth et les Bavarois. L'archi* duc i sepondé de tant de grands capitaines , marcha avec tonte la diligence possible.
Le maréchal de Grammont et le vicomte de Turenne , qui n'avaient pas la moitié tant de Iroapes que lui , se retirèrent au plutôt vers le Rhin, et oeicrurent point leurs armées en sûreté
Îi'elles ne fussent sous le canon de Philisbourg. à ik envoyèrent chercher des bateaux à Spire pour faire un pont sur le Rhin; mais à peine en avait-on amenéquelques-uns, que l'archiduc Léêpold arriva avec toute son armée, et se campa hane demie-Ueue de Philisbourg , dans l'espace ^ui est M»tre cette place et le Rhin. Nous nous
Ït«lranchfime8;> nous fîmes passer nos bagages ana des bateaux au-delà du Rhin , h la faveur 'de notre retranchement et du canon de Philishéarg. Le maréchal de Grammont y passa lui* méifie'avec l'armée du duc d'Enghien et toute *)a catalerié do celte du vicomte de Turenne » ^û^il tfiien» à Landabw
' L'arclii4uc Lédpold demétfra deux joules h Htt9 de tous eôtès iè ea<t>p du vicô>mte de Tu^ ^céttôl^ etdéseipérantenfindei&poùvoifr foi'éei' ^perttUcbli Mdloii^ {«édHPMisti chemin, et mai^
( 70 cha à Wimphen, qu^il assiégea dans les formes. Comme tout le gros canon de notre armée était dans cette place, le vicomte de Turenne voulut la secourir. Pour cela il envoya chercher sa cavalerie , que le maréchal de GramiBoût avait conduite à Landau. Les Français vinrent ; mais les Allemands refusèrent 4'obéir à leurs officiers qui voulaient les amener , de sorte que Wimphen n'ayant point été secouru, l'archiduc Léopold s'en rendit maître en huit jours; après quoi, ayant passé le Necker, il s'empara des villes de Dunckelspield et de Norliaghen , et continua sa route vers la Bohême, pour y mettre son armée en quartier d'hiverj
Les ennemis étant, tout-à-fait retirés, le maréchal de Grammont s'en retourna en France avec l'armée du duc d'Ënghien, et levicooite de Turenne demeura encore sur le Rhin avec la sienne. Tout le monde était dans l'impatience de voir comment il en userait avec les Allemands. Il est vra4 que parleur désobéissance iU avaient été cause de la perte de Wimphen et de celle de notre gros canon. Néanmoins , comme tous les corps étaient coupi^bles, il ne jugea pas à propos de les punir; d'autant plus qu'il était persuadé qu'on ne.pouvait avoir de trop grands ménagements pour les étrangers.; cette qualité d'étranger lui ayant toujours paru avoir quelquds chose de sacré qui rendait les personsi^ inviolables : outre qu'il avait* besoin de o^a Allemands pour le succès, d'une entrep^i^ dPQt il avait foroié le dessein» çt i)û'il(ne doutait point que , touchés d'une jfîdujgenç^qu'ijs.mén^ierbt 4i peuJUne se piqiiLa^.sepi; d'|v}OAe«ri(e^^VA:u
( 73 ) lussent expier eux-mêmes leur faute en signa^ lant leur courage à la première occasion qui se présenterait.
Le rélablîssement de l'électeur de Trêves était cette entreprise qu'il méditait comme une chose qui était capable d'honorer la régence de la reine ; car il y avait plus de dix ans^e l'em^ pereur et le roi d'Espagne avaient dépouillé ce prince de ses états» parce qu^l avait fait un traité
Çartîculier d'aHiance avec nous. Le vicomte de 'urenne ayant donc résolu de rétablir cet électeur dans Trêves , il y marcha » quoi qu'il en fôt à quarante lieues et qu'il fît un froid très-rigoureux pour la saison. Il laissa quelques troupes pour garder les passages du iRhin et les bagages de l'armée : il ne mena a^c lui que très-pèu d'infanterie, potrr faire plus de diligence; mais il en fît* veùir uô corps de l'armée du diic d'En* ghîen , laquelle était à Metz , d'où il fil aussi descendre du canon parla Moseile. Il se donna le soin de tout le détail dû siège; il se saisit des
{rassages par oii on pouvait secourir la place» il ^investit; et ayant su que les ennemis s'assemlilaient pour venir la secourir, il fit passer la Moselle au colonel Schûts , et l'envoya contre eux avec les Allemands, qm', brftlant d'envie de réparer leur faute , ne respiraient que l'occasioa de combattre. Le colonel Schûts ayant donc marché aux ennemis; il les dissipa entièrement; et les aurait taillés en pièces s'ils ne se fussent jetés dans les bois dont le pays est tout couvert. le gouverneur de Trêves voyant qu'il ne pou«« yait plus être secouru , demanda à capituler , et se rendit* Le viconte de Tarenne remit ainsi
l'électeur en possession de ses états; et pour taire éclater cette glorieuse action dans toute l'Europe, oa frappa une médaille où l'on voit la France sous la figpre d'une femme » qui remet dans les. mains de l'électeur , une épée» une crosse et un 1)ouclier où sont les armes de i'électeur. Les- mots de la légende » Tutelae Gailicœ fidelitas 9 signi.iient; La France fidèle à protéger ses alliés* Ceux dé l'exergue, Elecior 2^repiensis in integrum restitutus^ M* Z>. C XLV^ veulent dire.: V électeur de Trêves rétabli datia la possession ^de/qu^s ses états* 1 643, Ce rétablissement engagea no^. alliés à nous demeurer Adèles, frustra le:duc' de Lorraine des quartiers qVil avait compté prendre dans qet éUçtprat, c^t ûi^e^ï^ Moselle une nouvef/a barrière à la France. Le vicomte de Turenne fit faire un réduit prè^ Iç ppnt de Trèyçs;» dans l9<^) il la^sa cinq cents Jbopumes; il prit Ober. >yesel.;,cbâll|aau que les.ei^iemis opcupaleot encor9 eupdeçà du Rhin; il: renforça la g^rnisoa 4e Phili^bourg; il visita tOiuAesAos.^atres places, et lea miit en était de4éfeMse; il^istci^ua soq armée le lopig 4u Rhin ^t,!de| la Moselle ^ qt s'en ajla à.la çoi^r auçomo^epeepient dif. iaoi« de février. Il y fut r^çu avec tous les applaudisse- I9keût3 quC} QQkéritaît uoà campagne s\ glorieuse. Pojuc lui, il. ne cessai 4fd repréf enter, qu'on ne fp^ait jami^is rijen en. AU^m^g^e tant/ que notre i^méèi excelle des Sijkédo^^nos alliés .géraient séparées; que cpmjoae l'une 'était toi^jours vers ie^. pays héréditaires de la maison d'Autriche » et l'autre du côté, du Rbjn, il. était facile aux, itnpéri^ux eï wik B^rfiVQl» ^l se trouvaient efiUo.
(75) deux , de jeter leurs plus grandes forces du càié où ils étaient le plus pressés , et d'empêcher, ainsi qu on ne remportât de grands avantages sur eux. Ces raisons furent enfin goûtées du cardinal Mazarin , en qui la reine a?ait une confiance sans réserve, qui avait sous la régencepresque la même autorité que le cardinal deRi-^> chelieu avait eue sous le règne de Louis XIII. La jonction desdenxarméesfutdoncrésolue. Quant* à l'exécution de ce grand projet, le cardinal Ma-, zarin s'en remit entièrement à la prudence du vicomte de Turemae.
Cependant ce ministre , mattre des grâces , et chargé du poids des affaires , voulant reconnaître les services rendus à la couronne par le vicomte de Turenne» et en faire le principal appui de son ministère, lui offrit le duché de Château-Thierry. Il est peu de cadets de quelque, maison que ce soit qui n'eussent accepté l'offre, avec joie. Néanmoins, comme ce duché était da>. nombre des terres que le conseil avait proposé, dejoindreensemble pour faire l'équivalent qu'oa devait donner au duc de Bouillon en échange de Sedan , le vicomte de Turenne appréhendant que ce qu'il prendrait ne fût alitant de^ di<4 niinué sur ce qu'on devait donner au duc de, Souillon son frère, remerciais cardinal Mù^a-t rin , et<|uoiqile le cardinal Tassurât qu'on reqqi-, placerait le duché deChâteaurThierry par^quel-1 que antre terre , il le refusa toujours ^veO l^t même générosité; et ayant déclaré qu'il* &'<aC-f cepteraît rieti que l'affaire de l'éch^ng®^^^ fût consommée , il s'en retourna sur le Rhin. Il as-) sembla son armée aux environs de Miayeiicb i il
(76) itt descendre un pont de bateaux auprès de Baccarach : il envoya un homme de confiance au général Wrangel qui commandait l'armée Suédoise, pour lui donner part du dessein qu'il avait de passer le Rhin à Baccarach, de traverser le comté de Nassau , et de l'aller trouver dans la Hesse» et concerta avec lui toutes choses pour la jonction.
Il allait faire marcher l'armée , lorsque le cardinal Mazarin , se fiant aux promesses que Jàisaitle duc de Bavière de ne point joindre son armée à celle de l'empereur si la nôtre demeurait en-deçà du Rhin , lui envoya ordre de ne point passer ce fleuve , d'abandonner tous les projets qui devaient être exécutés ensuite de la Jonction y et d'aller assiéger Luxembourg. Le vicomte deTurenne fut assez surpris de ce changement; il pénétra tout d'un coup les artifices du duc de Bavière: néanmoins > pour ne pas contrevenir à un ordre aussi positif, il ne passa point le Rhin , mais comme il était persuadé que Jesiége de Luxembourg , dans l'état où les choses étaient pour lors , eût causé la ruine entière de nos affaires du côté de l'Allemagne, il se donna bien de garde de l'entreprendre. Cependant «. tlandis que le duc de Bavière amusait le cardi* nâl Mazarin par de belles promesses , son armée marchait' toujours , et ayant enfin joint celle de rèidpereur dans la Pranconie , les impériaux et les Bavarois avec toutes leurs forces réunies se nairentencore entre nous et les Suédois , desorte que notre pont du Rhin nous devint inutile, puisque nous ne pouvions plus aller dans la Hesse par le comté de Nassau que les ennemis occu^ paient.
Turenne alors ayant pris son partie tnattdi au cardinal Mazarin ce qu'il avait dessein dd faire , etj sans attendre sa réponse , il laissa une partie de son infanterie à Mayence* marcha a?ec l'autre et avec toute sa cavalerie vers là Moselle , qu'il passa à un gué , six lieues audessus de Goblentz. Il traversa Félectorat de Cologne et le comté de Meurs ^ et ne pouvant avoir de passage sur le Rhin que par les villes de Hollande» ii envoya demander permission aux Hollandais de le passer à Wesel, où il ar* riva après quatorze jours de marche. Il dépêcha en même temps un courrier au général Wrangel ^ pour lui faire part de son dessein t après quoi il passe le Rhin ^ marche par le comté de la Mark , le long de la rivière de Lippe jusqu'à~Lipstat ; là , il prend sur la droite, traverse toute la Westphalie; et ayant trompé les ennemis par un si grand détour» il
t'oignit l'armée suédoise sur les frontières de a Hesse , entre Wetzlar et Giessen « où le gé^ néral Wrangel , serré de près par les impériaux et les Bavarois y se tenait retranché dans les postes avantageux en nous attendant.
A la nouvelle de cette jonction , léS ennemis se retirèrent six lieues par-delà l'endroit où Us étaient , et allèrent se camper près de la ville de Fridberg. Nous n'avions que quatorze ^ quinze mille hommes , et ils en avaient vingts trois à vingt-quatre mille. Néanmoins le vicomte de Turenne résolut de marcher à eux» et de forcer tout ce qui s'opposait au dessein qu'il avait d'aller au Mein » afin de pouvoir faire venir le reste de son ialanterie, qui était à Mayence^
Il fit donc avancer les deux armées à Fridberg; maU Farchiduc Léopold nous voyant si près de lui , bien loin d'accepter la bataille , ne s'occupa qu'à faire encore creuser nuit et jour les retranchements de son camp , où il était déjà presque tout-à-fait enterré avec son arm^e. Le vicomte de Turenne , qui ne voulait que le pas* sage, et qui n'eût eu garde de se flatter qu'on ne le lui eût point disputé ^ baissa Tarchiduc sur ses retranchements y et continua sa route vers le Mein , où étant arrivé entre Francfort et Hanau , il fit venir son infanterîede Mayence, qui n'était qu'à dix lieues de là. Toutes nos troupes» étant ainsi jointes , le vicomte de Turenne et le général Wrangel passèrent le Mein avec les deux armées , et prirent les villes de Selingestat et d'Aschaflenbourg , dans Télectorat de Mayence.
On peut se figurer quelle fut l'alarme qui ^e répandit dans tout le pays , où l'on croyait devoir jouir d'une grande tranquillité à l'abri de deux aussi puissantes armées que celles de l'empereur et du duc de Bavière , qui le couvraient. Les paysans se réfugient en foule dans les villes; les magistrats de ces villes viennent au-devant de nous nous en apporter les clefs. Mais comme notre armée serait devenue à rien si nous avions laissié des garnisons dans toutes ces villes, on se contenta de faire sauter les fortifications des unés^ et d'emmener les principaux habitants de? autres pour otages. Ces otages voyant que nous n'avions pas dix-huit mille hommes , ne pouvaient comprendre comment, avec si peu de troupe» , nous pouvions êtr49 les maîtres
( 79) d'une aussi grande étendue de pays. Cependant le duc de Bavière ayant su que nous avions passé le Mein » envoya faire rompre les ponts de DiKngthen et de Hochstet » sur le Danube « qui était la seule barrière qui restait entre noua et ses états. Il fît transporter de Munich à Bure-* kausen ce qu'il avait de plus précieux ; il envoya faire de grandes plaintes à Tempereur contre l'archiduc Léopoid , qui avait si mal défendu TAIfemagne. En effet , en nous laissant passer Fridberg, il nous avait ouvert les trois cercles de Franconie , de Souabe et de Bavière : les "places y étaient remplies de toutes sortes de provisions ; les ennemis n'avaient pris aucune précaution pour en empêcher le pillage , lés croyant fort en sôreté derrière toutes les forces de l'empire , qui devaient défendre le passage du Mern. Nous y aurions pu iaire un butin ineslimable ; et le vicomte de Tnrenne aurait tiré pour loi seul, s'il l'avait voulu, plus de cent mille écus de contributions par mois , et cela èans rien faire qui ne fôt selon les iisages de la guerre ; mafs pa^ un désintéressement sans exemple , il se contenta do tirer des villes où leà ennemis avaient fait leurs magasins', de quoi faire subsister son armée; et pendant qu'au griand étonnement de toute l'Europe , les impériaux et les Bavarois demeuraient dans le pays de Fnlde, où ils s'étaient retirés, l'armée de France et celle de Suède , entrant dans laFran^ conie et dans la Souabe , prirent de force Schorendôrff , Dunckelspield et N^rlinghen , qui voulurent faire quelque résistance , et passèrent le Panube à Donawert et à LawiogheD,
dont les ennemis n'avaient point encore fait rompre les ponts.
Le duc de Bavière n'eut pas plutôt appris que nous avions passé le Danube, qu'il se retira à Brunau , sur la rivière d'Ion , ne se croyant pas en sûreté dans sa capitale. Le vicomte de Turrvne et le général Wrangel avançant toujours dans le pays , passèrent le Lech et se rendirent maîtres de la ville de Rain» la meilleureforteresse de la Bavière de ce côté-là; et voyant que l'arcbidac Léopold ne faisait pas le moindre mouvement pour arrêter les progrès de nos conquêtes , ils marchèrent à Augibourg » en- deçà du Lech » persuadés qu'ils forceraient cette place à se rendre comme les autres» si on leur en laissait aussi tranquil* lement faire le siège. Mais le duc de Bavière fît déclarer si positivement à l'empereur qu'il ^'accommoderait avec nous si on laissait prendre cette importante ville» entre laquelle et Munich il n'y avait plus aucune place de défense » que l'archiduc Léopold eut ordre d'en aller &ire lever le siège» L'ordre était le plus absolu qui se pût donner. Il vint donc dans la Bavière » où on lui envoya encore de grands renforts de troupes ; et ayant paru à la vue d'Âugsbourg avec une armée fort supérieure à la nôtre» nous nous, retirâmes à neuf ou dix lieues de là » du côté de Lawmghen. L'archiduc passa le Lech» vint se camper aux environs de Memmmenghen » et ayant un grand ma-
Sasin de vivres à Landsberg» il résolut de emeurer là si long - temps que nous fus-^ siens obligés de sortir de la Bavière» et aller
prendre des quartiers d'hiver aa-delà du Danube.
Les choses étaient dans cet état, lorsque le vicomte de Turenne et le général Wrangei, ayant c(rncerlé ensemble un nouveau dessein^ firent partir notre armée des environs de Lawinghen» quoique la terre fût déjà toute couverte de neige » et marchèrent diroit aux ennemis. L'archiduc , qui avait devant lui de grands marais et de longs défilés, crut que nous allions le venir attaquer dans un camp si avantageux. Pour le confirmer dans cette persuasion , le vicomte' de Turenne et le général Wrangel s'étant approchés à une lieue de lui» laissèrent là deux mille chevaux qui faisaient face à son camp » et marchèrent avec tout le reste de Tarmée vers le Lech. lis y trouvèrent le pont des impériaux, sur lequel ils passèrent ; ils s'avancèrent aussitôt jusqu'à Landsberg, qu'ils prirent par escalade; ets'étant ainsi rendus maîtres du magasin des enne* rois, où ils trouvèrent de quoi faire subsister notre armée pendant six semaines , ils se campèrent en cet endroit, et commencèrent à enyoyer'des partis jusqu'aux portes de Munich.
Cependant l'archiduc Léopold se trouvant sans vivres , avec deux grandes armées qu'il était obligé de faire subsister, fut contraint de décamper et de repasser le Lech pour gagner les pays héréditaires de la maison d'Autriche , où il mena hiverner l'armée de Tempereur »
et laissa celle du duc de Bavière dans les états de ce prince, lequel voyant tout son pays en proie à nos troupes , et ne pouvant espérer de
secours d'aucun endroit, nous demanda la paix, offrit de se détacher entièrement du parti de l'empereur , et de demeurer à l'avenir inviolablement attaché à nos intérêts : pra« messes frivoles dont on ne se contente , ainsi que nous avions fait au commencement de la campagne, què*quand on n'est pas en pouvoir d'exiger d'autres sûretés; mais comme nou9 étions alors en état de lui donner fa loi , nou9 robligeâmes à nous remettre entre les main»
Lawinghen, Gundelfinghen et Hochstet, dont il était le maftre , afin que s'il venait encore à nous manquer de parole , nous pussions nous en iaire raison par le moyen de ces places, qui nous ouvraient passage dans ses états. Ce fut en partie à l'occasion de ces conquêtes que la France fit frapper une médaille où l'on voit Mars portant un javelot chargé de plusieurs couronnes murales.- La légende , mars eX" pugnator, signifie Mars preneur de inities* L'exergue , XIII Urhes aiit arces captœ, M.
D. C. XLf^I, veut dire : Trei&e i^illea oufor-^ ieresses prises en 1646.
De ces treize villes , le duO d'Orléans , le duo d'Enghien, le marquis de la Ferlé, le maréchal de la Meilleraye, et le maréchal du Plessis ea
firirent huit , et le vicomte de Turenne en prit ui seul cinq. .
La paix ayant été ainsi faîte avec le duc de Bavière , et les Suédois étant assez forts pour soutenir eux seuls la guerre contre l'empereur en Allemagne, te cardinal Mazarin envoya ordre au vicomte de Turenne de mener ses troupes en Flandre , où notre armée n'était pas à
beaucoup près si forte oue celle des Espagnols, qui était commandée alors par Tarchiduc Léo-
Îold. Le vicomte de Turenne quitte donc la »a?ière,'et avant que d'aller è Philisbonrg £our passer le Rbîn , prend Béblîghen et Tuingue , dans le duché de Wirtemberg; Sienneim et Hoecbst , sur le Meîn ; Dannstadt, Ghetsheim , et quelques autres places qui poa- Tsient assurer nos conquêtes le long du Rhin , et nous ouvrir divers passages dans le reste de TAIiemagne.
Cependant les Allemands qui étaient à notre solde dans son armée , ayant témoigné assez ouvertement la répugnance qu'ils avaient à aller en Flandre , Rosen » le plus accrédité d'entre eux , pensa à se rendre mattre de ce corps de troupes de la même manière que le duc de Weimar l'avait été de son armée. Pour cela il engagea les étrangers à refuser d'aller où on les voulait mener, sous prétexte qu'il leur était dû cinq ou six mois de leur paie ; si bien que lorsque l'armée , qui avait passé le Rhin à Philisbourg, fut arrivée à Saverne, on Tint dire au vicomte de Turenne que le» Ailemands ne voulaient plus marcher , et qu'ils disaient fout haut qu'ils ne passeraient pas outre. Ce prince^ qui était bien éloigné de croire que l'auteur de cette révolte fôt Rosen , à qui il venait tout récemment de procurer le grade de lieutenant- général de cavalerie, Tenvoya ver^y ses compatriotes, pour les porter h faite haf devoir: mais bien loin de faire ce qn'il d«rtail pour cela , il demeura avee em , el H Mv^àp dire au vicomte de Tore&fie ^ih k f^kfùétût
par force; et commençant à donner des ordres comme un général qui ne reconnaissait plus de supérieur, il fil marcher jour et nuit les Allemands, et les mena au-delà du Rhin, qu'il Ïassa au-dessous de Strasbourg. Le vicomte de urenne le suivit aussitôt avec tout ce qui lui restait de troupes , et quoiqu'il eût trois mille hommes d'infanterie, il fit quatorze lieues en un jour, et joignit bientôt les rebelles, Roseii fut bien étonné de voir le vicomte de Turenne: il ne pouvait guère douter que son infidélité ne lui fôt connue ; néanmoins , s'imaginant qu'il pouvait encore la lui déguiser , ou plutôt n ayant ni assez de temps ni assez de liberté d'esprit dans une aussi grande surprise pour réfléchir sur le parti qu'il devait prendre: yQua pqyez f lui dit-il , comme on m^emniène malgré moi,
. Le vicomte de Turenne feignit de croire ce qu'il lui disait de la prétendue violence qu'on lui faisait. Il était en droit de donner sur les rebelles, et comme il était beaucoup, plus fort qu'eux t il pouvait les faire passer au fil de Tépée ; mais considérant le besoin que la France avait alors de ces troupes , il aima mieux essayer de les ramener i leur devoir.
Il pria Bosen de persévérer dans l'attachement qu'il avait pour la couronne au service de laquelle il s'était dévoué depuis si long-temps , et d'employer ses bons offices auprès de ses compatriotes. 11 renvoya toutes ses troupes , pour ne donner aucun ombrage aux Allemands; il ne prit avec lui que quatre de ses domestiques, et marchant toujours avec Rosen» sans
le quitter d'un pas , cet officier n*eut bientôt plus aucun crédit parmi ses propres soldats, qui le soupçonnèrent de tramer quelque chose contre eux avec le vicomte de Turenne, parce qu'il vivait bien en apparence avec lui ; à quoi il était alors en quelque façon engagé d'honneur , sans pouvoir faire autrement. Il voulut persuader au vicomte de Turenne qu'il y avait peu de sûreté pour lui parmi ces étrangers, afin qu^il retournât à son armée; mais il lui répondit sur cela d'un ton qui lui fit comprendre qu'il n'av^it nul besoin d'être rassuré. Il continua donc de marcher. On arriva à Ellinghen, petite ville du marquisat de Bade, à huit lieues de Philisbourg» et là, le vicomte de Turenne voyant que Rose'n avait perdu toute la confiance des Allemands-, fit venir de Philisbourg cent mousquetaires qui l'enlevèrent et qui le conduisirent dans cette forteresse. Alors deux régiments entiersvinrent se joindre au vicomte dé Turenne, et le reconnurent pour-leur général : tous les officiers de c,e corps de troupes, jusqu'aux caporaux , se rendirent aussi auprès de lui , prêtes^ tant qu'ils lui obéiraient en toutes choses. Lea autres ayant choisi un des cavaliers pour commandant , prirent le chemin de la Pranconie; et le vicomte de 'Turenne voyant qu'il n'y avait plus rien à ménager avec eux, les poursuivit à la tête de ceux qui étaient rentrés dans leur devoir; et les ayant atteints à Kônigsho* ven , dans la vallée^du Tauber, il les fit charger; il en tailla en pièces trois cents; il eà fit un pareil nombre prisonniers , et le reste lui
échappa par la fuite* Il aurait pu faire punir les prisonniers comme rebelles, mais ayant égard à leurs services passés , il leur pardonna; il les incorpora dans les troupes qu'il alla rejoindre , et étant enfin arrivé dans le Luxemi)ourg , il se rendit maître de la ville de Virtron, du château de Manguin , et de quelques autres places.
L'archiduc Léopold croyant qu'il avait de grands desseins sur celte province, fut obligé d'y envoyer un détachement de son armée, et l'ayant ainsi affaiblie , non-seulement il ne fut plus en état de rien entreprendre en Flandre, mais encore il ne put sauver les villes de Dixmude, delà Bassée et de Lens , qui furent prises par les maréchaux de Rantzau et de Gassîon.
^ La cour rendit toute la justice qu'elle devait à la conduite que le vicomte de Turenoe avait tenue à l'égard des Allemands : elle donna de grandes louanges à la prudence avec laquelle, prenant de sages tempéraments dans cette conjjoncturexdélicate, il avait su si à propos dissimuler 9 punir , pardonner , ménager les esprits, Stans rien perdre de son autorité; faire des exemples des particuliers , et conserver la confiance du corps; et pour faire passer jusqu'à la dernière postérité le souvenir des conquêtes qu'il avait faites durant cette campagne , qxk fit frapper une médaille où l'on voit un quadrige chargé d'un trophée que couronne la Victoire.
La légende , Diverse ex hoste , signifie I^a france Iriomphanie de différents ennemis^
L'exergue, XI Vrbes aut arcea captœ. M* jD. C XLFII, veut dire Onze \fUlea ou for^' iereases priaea, 1647*
De ces onze villes, les maréchaux de Ranlzau eX de Gassion en prirent trois ^ et le vicomte de Turenne en prit lui seul huit.
Cependant le duc de Bavière voyant que les Suédois remportaient de très>grands avantagea sur l'empereur, et craignant qu'ils ne devinssent, trop puissants , joignit son armée à celle des impériaux , sans avoir égard au traité qu'il vepait de faire avec nous et avec la couronne de Suède; et le général Melander, qui était alors à la> tête des deux armées , étant entré dans la Hesse , avait déjà poussé le général Wrangel. jusque dans le pays de.
Brunswick', lorsque le vicomte de Turenne reçut ordre d'aller à son secours. Il part aussitôt du duché de Luxembourg £^vec son armée, s'avaoce dans le Palatinat , fait lever chemin faisant le siège de Worms aux impériaux et aux Espagnols , et passe le llbin à Mayence.
A ceitte nouvelle les impériaux et les Bavarois quittent 1q pays de Hesse » e^ se retirent vers le Pai^uhe. *
i Le g^n4ral jWrangel , se trouvant ainsi dé* livré d'eux « traverse la Hesse , et «'avance jusqu'à. Gfa^lenhausen, dans le, copié de Ilanau» eoirpla liesse et la Fr^ncontQ^ où. le. vtcomto d^-Tf^^nne l'étant veau joindre» ils résolurent, 4eitJP#^^^r! 1^ Alein , et d'aller chercher les en**, nefxri|Sf^Hi^)iç&,comha|lre,Le g/^néral Melandcr ayanfc. appris,. que nous avions passé le iMeio, pa^sç U.Raijubq ^ i^Jj^f te^^pt m«rc.b^ v^nt AmjI'
^oixrg. Noua I« n ^
<I« d/'igence. V!!!''''""'«n« «"core m fl i
«prè. lui à LaSl '""'''°"« '« «'«"'e 1»'
gf08 équipages no! .!°i' î^ "**"« •a'8«rasBi
^«t nou, eS;ra8 eTt"'*''? ' *°"' <=« 1»' P
et 'e généra/ Wr«„!;:i ®'''*'<'™t«<'eTnM
«vec la cavaierie ,.« j P''enneDt les dcHi
«erie de 8„,>re are'c £ „ '"'""*.°''«*'-« * 1'^*
"^JJt qu'il se pourrai! "° ' '" ^'^^ P™"'^
;Jepasserunioigàl"|,*,,*°"j'»'« ^ui ache.
Co°»me l'armée du v.wl t ï"»'ecuc«l l.arant-garde de ce In ix''*.?^"''««ne ai
/.«•«««ees^cadronsà /a éT?' '' '^^•«'•gea
•l 'es rompit, /«s mi «„ d/' 7"'° ««"«'«
» se sauver au travers Z u^'^'^ ' ^«» oM
f jusqu'à une petfie olf'^" ' «' '«« Pours
de ce Lois, où il »r" ^ ,"" q"' était a» K
va/epieffa^na un co.,a j '.^^^'^^été tué; sa c-
ftnterie, dont il éta.^nnf t i ""*■"■ «^e J'ifl fe»e plaine. Le vicomte 5"?'"'^^ -^^ «=^é 5 '«» fuyards ius,,Sboh 1 r'","^P°"'-''"'>.-l ennemie suspend rardeur' A " ''«/ '"Ganterie |e général \Vrang:i aja^f t'V^^"''' ^^à ***/au milieu du boî7nL ""ouvé moyen dVn-
q«i était surla g«ucZ7 "" '''""l'» ''^'«•"•né
çaucùe, les ennemis qui ,e ri!
(89) rent coupés perdirent courage. Tout ce qu'ils (J^ avaient là d'infanterie fut taillé en pièces; yi/i^^'hur canon et leurs bagages furent pris; oit [)j>i()i:i poursuivit la cavalerie» qu'on mena toujour» i (Hii^battant pendant une heure et demie , et on ar* /j(/ftAriva à un ruisseau fort profond où il n'y avait ;er/<;o^qu'un seul gué très- étroit » qui était gardé par pni0io duc de Wirtemberg, généraKmajor de l'ar-^ jjjjKntmée impériale; et ce prince avait avec lui six ^n,k^ou sept escadrons de cavalerie > et trois bataillons retranchés au-delè du ruisseau, pour jsiBiri^n défendre le passage. Gomme noas n'aviona 'ffl/aflpointià d'infanterie pour le forcer; on point» treoii'^onire les ennemis l'artillerie qu'on leur avait Hoûif^The » croyaat lea contraindre à coups de ca- Ta0noa à quitter ce poste; mais on eut beau le» [7 ci%anonner, le duc de Wîttenberg rit tuer plus 'red^ûe la moiHé de ses gens sans abandonner le , /d^^ssager il essoya notre feu jusqu'à la fin du 'espo^loûr, il eut cinq chevaux tués sous lui, et par // aair^iQ étonnante fermeté il empêcha que toute t'^^^Tarmée ennemie ne fôt taillée en pièces. C& ^^ 'qui en restait se retira durant là nuitvers' ^'^^^ Augsbourg, et y passa le Lech. Le vicomte de- '" J^ Turenne et le général Wrangel les y poursui- / 'I"' dirent ;.sans leur donner de relâche; mais ils-
^^^^ n'eurent pas plutôt passé le Lech , que les en^ p. nemis fuyant toujours passèrent l'Amber, t'Iser
ion
. et rinn -^ et, se réfugièrent dans TAutriehe»
' . . abandonnant toute la Bavière à notre armée»
'"'!' Alora le duc de Bavière ' ne trouvant plu»
'^^^! de sûreté pour lui dans aucune viHe de se»
ff états, en sortit, et se retira dans l'archevêché
^^ éa Salzbourg^ oli il fut obligé d'aller cherehoi»
ni ^ . &
bourg. Nous le poursuivons encore avec plus de diligence. Nous passons le même fleuve après lui à Lawinghen , où nous laissons nos gros équipages, nos malades^ tout ce qui pouvait nous embarrasser. Le vicomtç de Turenne et le général Wrangel prennent les devants avec la cavalerie , en donnant ordre à Tinfauterie de suivre avec le canon , le plus protnptement qu'il se pourrait.
On atteignit bientôt à Zusmarsbausen Tarrière-garde de Farmée ennemie qui achevait de passer un bois à la faveur de trente escadrons que commandailf le comte de Monteciicully* Gomme l'armée du vicomte de Turenne avait Tavant-garde de ce jour-là, il cbargea les trente escadrons à la tête, de notre cavalerie; il les rompit, les mit en désordre, les obligea è se sauver au travers du bois , et les potrrsoitU jusqu'à une petite plaine qui était an bout de ce bois, où il trouva le général Melander, qui , l'ayant averti de ce qui se passait à son arrière-garde , y était accouru avec un graiid corps de cavalerie. Le combat fut sanglant en cet endroit^ et le terrain long>temps disputé; mais. le général Melander ayant été. tué; sa Ica-* Valérie gagna un second bois qui 'était aU bout de la plaine , pour se retirer à là faveur de Tin-^ fanterie , dont il était tout bordé du c&té de cette plaine. Le vicomte de Turenne poursuivit les fuyards jusqu*au bois : le feu de l'infanterie ennemie suspend l'ardeur de ses soldats; mais le général Wrangel ayant trouvé moyen d'entrer au milieu du bois par un chemin détourné qcd était sur la gauche» les ennemis qui se vh
(«9) rent coupés perdirent courage. TonI ce qu'ils avaient là d'infanterie fut laillé en pièces r kur canon et leurs bagages furent pris; o»
poursuivit la cavalerie, qu'on mena toujours battant pendant une heure et demie , et on ar* riva à un ruisseau fort profond où îl n'y avait u'uD seul gué très- étroit y qui était gardé par ) duc de Wirtemberg, génréraKmajor de Vat-^ mée impériale; et ce prince avait avec lui six ou sept escadrons de cavalerie, et trois bataillons retranchés au-delè du ruisseau , pour en défendre le passage. Gomme nous n'avions point ià d'infanterie pour le forcer; on point» contre les ennemis l'artillerie qu'on leur avait prise , croyaat lea contraindre à coups de canon à quitter ce poste; mais oo eut beau le»
canonner, le duc de Wittenberg vit tuer plus de la moitié de ses gens sans abandonner le passager U essoya notre feu jusqu'à la fin du joiir, il eut cinq chevaux tués sous lui, et par cette étonnante fermeté il empêcha que toute l'armée ennemie ne fôt taillée en pièces. C&
Îûi en restait se retira durant là nuit vers .ugsbourg, et y passa le Lech. Le vicomte de* Turenne et le général Wrangel tes y poursui- / tirent ,.sans leur donner de relâche ; mais ils n'eurent pas pintôt passé le Lech , que les en* Bemis fuyaat toujours passèrent l'Amber, Yher et ITnn v et, se réfugièrent dans TÂutriehe, abandonnant toute la Bavière à notre armée* Alors le duc de Bavière ' ne trouvant plus de sûreté pour lui dans aucune viHe de ses états 9 en sortit, et se retira dans l'archevêchér 4e Salzbourg^ ob il fut obligé d'aller cherehoi»
( 90 ) un asile à l'âge de soixante -quinze ans. Do 1^ il dépêcha courriers sur courriers à lempereur» et il le pressa tellement de faire la paix, qu'elle fut enfin conclue. à Munster entre l'empereur et le roi de France, et les alliéd de l'un et de l'autre. Toute l'Europe recc^nixui qu'elle était due en partie aux;grandes actions que le vicomte de Turenne avait faites cette année en Aiternagne ; et la France , pour immortaliser une campagne si glorieuse , ût frapper la médaille où l'on voit la Victoire qui d'une main tient une couronne de laurier , et de l'autre une pique au bout de laquelle esl un trophée* -
La légende , F'icéoria fraciœ fidei ultrix , signifie La fficioire vengeresse de la foi uiolée*
L'exergue, Puho trans OenumBavaro* M. p. C XLVIIl , veut dire Le duc de Bavière chassé au-delà de la rivière d'Inn.
. Far le traité de Munster , le landgraviat d'Alsace, le Suntgaw, Brisach, et la préfecture des dix villes impériales qui sont en.Akace»
ainsi que le droit de mettre garnison dans Ëhilisbourg , furent accordés à la France , avec tous les droits de souveraineté qi^e l'empereur et l'empire pouvaient. avoir sur Pignerol.et sur les villes et évécfaés de Metz , Toul et Yerdun. On céda aussi à la landgrave de Hesse» qui avait toujours été attachée à nos intérêts , l'abbaye d'Hirchfeld, avec le droit de seigneurie sur quatre bailtiages de la Westphalie^ et aux Suédois nos alliés le» duchés, de Brémen Qt 4e Fcrden » avec la tUIo. de Wilshuséni la
TiIIe et le port de Wismar , toute la Poméra-^ nie citérieure , les lies de Rugen et de Wollin» les villes de Stetttn, Gart2, Dam et Goinau, et plusieurs autres avantages très- considérables. Ainsi finirent nos guerres a vec l*empereur * et avec l'empire^
t .IltK ^9 MCQJfD xrniE.
JlJjî ♦ ;
Ca^ )