‹ Histoire du vicomte de TurenneChapitre 5 sur 5 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Xiss choses étant en cet état, et les deux artnéea n'étant éloisnées que d'un quart delieiue Tune de l'autre , le vicomte de Turcone coeqniença par caDonner celle des ennemis, Gomiâe il« n'avaient point de canon , et qu'à cette distance nous pouvions leur tuer beaucoup de monde avec le nôtre , sans qu'ils pussent nous blesser personne , il semble qu'ils auraient dft s'approcher au plutôt de nous , pour ne pas souffrir la perte que leur causait notre artille* rie dans cet éloignement , et rendre la partie égale. Néanmioins » se contentant de resserrer leurs rangs à mesure que notre canon les éclaircissait , ib ne firent aucun mouvement pour s'avancer vers nous , soit qu'ils fussent absolument résolus à ne point engager la bataille qu'ils n'eussent leur canon, ou qu'ila prétendissent tirer de grands avantages de la confu* sion où ils croyaient que nous ne pouvions nous empêcher de nous mettre en marchant. Quoi qu'il en soit le vicomte de Turenne voyant qu'ils demeuraient immobiles dans leurs postes , fit avancer son armée. Il n'y avait qu'une heure qu'il faisait jour, et il n'était encore que cinq heures du .n>atin« Il ordonna i^u marquis de

{ »74 ) Çréqui et de Gastelnau , qui étaient la tête des escadrons de nos deux ailes , de modérer leur ardeur dans les approches , et de ne commen-^ cer le.„C0mbat que loraqufB Kinfanterie serait arrivée» et pourrait dobaer en tnéme- temps que la cavalerie. On monta et on descendit plusieurs fois dans les dunes : à chaque fois que le canon se trouvait sur les hauteurs, on en tirait quelques volées sur l'armée ennemie , et l'on fit ainsi quatre on tinq déèbarges durant la marche. On allait au petit pas , afin 'de pouvoir garder les rangs dans .on terraid  îné-gai ; on était sotivent obligé de s'attendre les uns les autres , pour lés redresser; de sorte qu'on mit trois heures à &fre le quart de lieue ui était entre nous et les ennemis» le- vicodâte e Turenne reconnaissant toujours davantage leur disposition , leur contenance et leur force, à tnesure qu'on a{)prochait plus pires d'eux. Il était huit heiires quafnd on fut tout^à-fait eu présence. Alors lé vicN)mle de Turenne ayant fait remettre en ordre tout ce que la marche avait dérangé , il se montra h tous les corps de farmée avec un air de galté qui inspire de la confiance à tout le monde ^ et il fit marcher aux ennemis. Gomme les Anglais , par le rang qu'ils avaient dans notre premièrof ligne , se se trouvèrent justement vis-à-vis de celte haute dune c|ue les Espagnols avaient occupée , et qui était plds'àVancée vers nous que les autres, lorsque dans la marche ils furent arrivés au pied , le vicomte de Turenne envoya prier le général Lockart de s'en rendre le maître. U Sonna orâre en m6aie*temps au marquis de

Crëqui^dé charger les ennemis arec son âile droite, et au marquis de Gaslelnau de marcher le Idng de l'eistraDg , et de se replier sur les ennemis , ^our les prendt-e en flanc , s'il pouvait, 'avec son âilegaucKe. Les Anglais montebtaûs- «îtôéàvec ardeur; la dune se trouve toujours de plus en plus escarpée vers le haut; Ils gravissent dans le sable, et. lès rangs de derrjèr^e ^butenadt ceux t|ui sont devant avec la cr<Ssse du rïiousquet, ils se poussent Tun l'autre vers la cime'; à'niesa^^e qu'ils en approchent davantage , les Espâ^ols les renversent h coups de piques; la résistance irrite le courage des Anglais ; ils gMmpent de tous les côtés aVec achar- Bernent;' ils s'accrochent aux armes mêmé'des èiineibis.; ils^sâisissent la pointe des hallebardes dont ion veut les percer, .et ils s'en aident pour inontcJK Hs arrivent enfin sur le sonimet de la dune, ils y plantent leurs drapeaux, et ils ed pjrécipitetit les Espagnols. Notre infanterie so içint aux Atiglais , au-delà de cette dune , et le té'^iirient de Tiirennè s'élani avancé hors de la ftgne , chargea vîgo,ureuseméntdèi3X bataillons des Es^'é^nols, et les rompit. Cé§ deux baHàiIlons prirent la fiiile avec tant de dés'ordre qu'ils entraînèrent aVec éqx la cavalerie qui devait lef feoulènir;' et le lieulenant-colonél du régîmerit déTurenne fut blessé à mort dans cetteaction , entré le duc de Bouillon et le comte d'Auvergne. Cependant le marquis de Gastelnau ayant»

selon Tordre du vicamte de Turenne ,, fait mar» cher le lorig de réstrangfâ* cavalerie de Taîle qu'il comiîiandait , prit non-seulement ed flanc les ennemis , mais se jeta brusquement entré

( '76 ) leur première et leur seconde ligne; et, ayant ainsi coupé leurs rangs , les prend à revers , les charge de tous les côtés , et les jette dans une très-grande confusion^ Tous ceux qui pouvaient encpre s'enfuir se sauvèrent. De ceux de la pre- .mière ligne , qui ne le pouvaient pas , on fit prisonniers ceux qui voulurent bien se rendre , et on passa les autres au fil de l'épée*

Ijq vicomte de Turenne ^'était tou}Qur8tena jusque-là au centre de l'armée » d'oti il envoyait partout ses ordres et des troupes» suivant les besoins^ Il observait du haut des dunes tout ce qui se passait, et voyant que le marquis de Gréqui s'engageait trop avant au milieu des ennemis, il courut aussitôt de ce côté-là. Ce marquis avait d'abord fait plier l'aile gauche qu'il avait eu ordre d^atUquer, et il l'avait même poussée près de quatre cents pas 4evant lui; mais comme, il n'était suivi que par quatre escadrons, les Espagnols ayant reconnu U3 peu de gens qu'ail avait avec Igii l'eurent bientôt ramené battant jusqu'au front de notre, aile droite. Le prince de Condé ^ qui avait coutuuM de pousser les succès aussi loin qu'ils pouvaient aller» voulut iirer avantage de celui-ci; et s*étant misa ta tête d'un grand corps de cavalerie , avec les officiers-généraux et toutes les personnes de qualité de son armée , il chargea vigoureusement le marquis de Gréqui ; il rom-: pit mêm^ quelques-uns de nos rangs, et peu s'en fallut que , perçant à travers notre armée « il ne pénétrât jusqu'à Dunkerque , et ne secourût la ville assiégée, après avoir perdu la ba^ faille. Mais le vicomte de Turenne étant venu

( »77 ) jastement àaM ce temps-là poor ioatenir le marquis de Créqui « meoa lai-même à la charge des escadrons de nelre aile droite » enveloppa presque entièrement ceux du prince de Condé» et les prenant tout à la Ibis par la tête et par les deux flancs» fit faire une si furieuse décharge sur ce corps de cavalerie, qu'il l'ouvrit en plusieurs endroits* Il y fait entrer aussitôt le comte de. Bussy avec des troupes fratches« I#es ennemis tombent de toutes parts, ou morts, ou blessés, ou démontés sous le feu de nos gens ; tou^ plie , tout se renverse. Le prince de Gondé rallie jusqu'à trois fois ses escadrons ; mais ayant toujours été rompus par le vicomte de Turenne , ils se lassent enfin de revenir tant de fois à la charge. Le prince s'avance encore une fois Yer$ nous pour redonner du courage k ses soldats; il s'expose même beaucoup plus qu'il ne l'aurait dû , croyant leur inspirer par émulation quelque désir de gloire, mais il n en saurait venir à bout. Tous ses gens rebutés Tar It^andonnent , à la réserve des seigneurs français^ qui, fiers d'avoir ce prince à leur tête, novsavent ce que c'est que de se ménager. Gepeur idant le vicomte de Turenne poussant toujours avec la même vigueur le prince de Gondé^ rapprocha enfin de si près , que le cheval de ce prince fut tué dans une décharge. Groussoles, l'un de ieê gentilshommes, lui donne aussitôt le sien aux dépens de sa liberté, ayant été fait prisonnier , ainsi que les comtes de Meilles , de Coligny , de Bouteville et le marquis de Ror mainville, qui se sacrifièrent pour favoriser la retraite du prince etsauversa personne. Gomme

cette défaite de I aile gauche des ennemis arriva presque aussitôt que celle de l'aile droite , on vit ainsi toute leur armée se retirer presque en même temps. Le vicomte de Turenne com* mença par renvoyer lé marquis de Richelieu devant Dunkerque, avec la réserve» afin que par ce renfort les troupes qui y étaient restées fussent en état de s'opposer aux sorties que les assiégés pouvaient faire. Il se mtl» ensuite à poursuivre les ennemis. Ils abandonnent par- *tout leurs postes devant nous; on les chasse de toutes les hauteurs , et on les suit la pique et l'épée dans les reins à leur descente au beré des 'dunes , et jusque dans les fonds oâ ils auraient •pu se rallier. Les ennemis sont réduits à chercher leur salut dans la fuite ou dans la com-^ pa«sion de nos s<>ldats.

Ifies Lorrains font prisonniers ceux qui veu* lent se rendre; les Anglais font main basse sut tout, et no veulent faire quartier À personne. Presque tous les officiers de l'armée au prince de Gondé avaient été pris ; mais le Français , né humain et généreux , les laissa aller pour lâ plupart. On poursuivit les enneniis jusqu'aux portes de la Tille de Fumes » derrière laquelle ils se retirèrent. On fit plus de quatre mîile prisonniers; on mit leur cavalerie 'e A déroute; la meilleure partie de I^infanterte Icrt défaite, et toute leur armée tellement dissipée et détruite, qu'à peine purent-ils mettre six mille hommes ensemble pendant le reste de là cam^ pagne. Pour ce qu^i est de riôus, rious n^y eâm^^ que très-peu de soldats tués ou blessée. Le vicomte de Turenne ne suivit point l'armée es-

pagnôle plus loin.' Vanlant retonrner au plutôt au si^e » il i:aUia les troupes qui s'étaient un peu dispersées; il renvoya au prince de jCondé douze de ses gardes; il donna ordre qu'on me«nàt le resté des prisonniers où on devait* les conduire; il fit descendre devant Dunkerque^ par le canal de Fumes , les barques chargées de munitions que les ennemis avaient fait venir aveceux par ce canal pour leur subsistance'» et il rentra avec Tarmée dans son camp. Gha«cun j prit son premier poste; le vicomte do Tnrenne 7 passa la nuit à cheval , crainte do surprise » et fit commencer quelques sapes qui servirent le lendemain pour les approches ; oii les poussa avec cette confiance et cette fierté que donné une victoire remportée» Les assied gés, de leur part» quoique sans espérance de secours , se défendaieni toujours avec la môme vigueur, et Ton fut encore trois jours S*prendre la contrescarpe au pied de laquelle on était avant la bataille.

De notice coté , le marquis de Gasteinau re^ çut une blessure dont il mourut quelques jours après , nvee la triste consolation d'avoir été fait maréchal de France lorsqu'il fut abandonné des médecins , et qu'on sut qu'il n'en pouvait plus réchappera I>u côté 'des ennemis, le marquis de Leede fut blessé à mort lé deuxième jour aiH'ès netre retour au siège. Enfin tous les de** hors ayant été emportés , et nos troupes étant logées au pied du dernier ouvrage» la ville se rendit ie septième jour après la bataille , et fe dix-huitième depuis l'ouverture de la tranchée, et le roi y entra comme en triomphe.

Pour eonserrerà la postérité la mémoire de cette importante conquête , et celle de la yto* toire des dunes , qui l'avait précédée , on frappa deux médailles.

Là première fait voir une TÎctoire , qui , le caducée en main , marchait sur les eaneraâs terrassés. Ces mots de la légende : V ictoria pacir fera , signifient : La victoire apportant la paix^ Ceux de Texergue , Hispania cœsia ad Dun-hercam* M. DC. LVIÎI : Lea Espagnole dé^ faits près de Dunherque, i658»

La seconde représente une autre victoire qqi tient an bouclier où sont les armes de la ville de Dunkerque. La légende» DunhenxL ite^ rùm capta, signifie : Dunierque prise pour la seconde fois. A l'exergue est la date de 1 658.

Ces deux actions étaient si grandes^ ei ie mérite de les avoir faites avait quelque chose de si flatteur ,' qu'il ne faut pas s'étonner si le cardinal Mazarin témoigna une si ardente envie, de faire croire dans le monde qufil en était Tauleur , et que la gloire lui en était due.^ En effet il découvrit sur cela toute sa faiblesse au comte de Moret , son favori , et il le chaîna 4e. négocier cette affaire auprès du vicomte de Tureitne, auquel il l'envoya. .

Le comte deN Moret av^it ordre d'ençagër ce général à écrire une lettre par laquelle il témoignât que c'était le cardinal Mazarin qui avait conçu le dessein du siège de Dunkerque, et dressé le plan de la bataiHe des dunes , et qu'on n'avait exécuté en campagne que ce que ce ministre avait projeté dans son cabinet. On lui avait recoiamandé de manier ^droiteme^Jt cette

C i8« ) affaire • etd'iasÎDuer plutôt les choses que de les dire* Le comte de Moret » qui savait que c*eût été le vrai moyen d'échouer auprès du ▼icomtede Turenne, naturellement ennemi des détours et des artifices, lui dit tout franchement ce que le cardinal Mazarin souhaitait de lui ; rassurant nu*en cas qu'il roulûtc mettre à prix celte complaisance , la passion du cardinal sur ceki était SI vive qu'il n'y avait rien qu'il n'ac« cordât pour se satisfaire. Le vicomte de Turenner né hl^bnça point sur la réponse qu'il devait faire k une pareille proposition. Il dit au comte de Moret que le cardinal Magiarin pouvait se servir de tels moyens qu'il Iniplairait podr fanre croire qa'il était on grand général d^arméei, qtf'it n*empêcherait point râ'ao na le crût; mais que* |>Qur la lettre qu'il lui demandait , il serait très-fâché de.fetorair qtaelquoi titre iqui pûtha*i toriser une chose contraire à la 'vénâh'> > > 't Cette rép<mse était morufiamle 'pccnr le càrnal Maxarin; nfanmoins il ne^ pouvait s'empôcher détendre joatioe^au mérite jdu< vicomte de Turenae!: il admirait son désintéressement; i^ te' regardait eomine'fe seul homme qoi pût! Ni soutenir dans unelrévolution do fortune , étiil tâchait , par toutes sortes de moyens , dé foriae^ des liaisons avec lui* Il n'était pas trop bien dans l'esprit du duc d'Anjou» qui. était alor^ héritier, présomptif de la conroinne; de sorte que» voyant le iroî.iiédmit à lextrémité par la malad^'dont îl>ffiÉ'«fctàqtté en ce temps*là» il envoya enooreJe cbÉsAe dé Moretraii vicomte4e Tureane » ppur saroîf s'îl pourrait compter sur lui len .cas quelle i&li:flÉt;àlaDoérMr; Le:«omte

Ae Moret ayant proposé la chose au vtcomie de Turenne » ce général lui dits avec sa sincérité accoutumée, que comme il: croyait qu'il élail du bien et de Tintérêt de l'état que le cardinal Mazarin restât dans son. poste » il pouvait l'aa^ curer que si le duc d'Anjou parvenait à la couronne , il lui représenterait très-fortement com^ bton il serait, dangereux d'ôter le soin des affaires à un ministire aussi établi que Tétait alors ee cardinal. On aurait bieii voulu qu'il eût promis d employer son armée pour le maintenir dans le: ministère /«t le comte de Mord fit pour cela tout ce-i<ftte saurait faire un négociateur affectionné et habile; mais le vicomte de Turenne ^6 voulut jamais s'engager àautreclibse qu'à ce qu'il avatl promis df abord* Ainsi lecar«djnal Mazarin; fiât dans de- grandes 'inifotétude» tant que. le roi; fut en danger^ mais le roi recouvra enfin Ja saritéi:

Le vioomte de Turenndv qui a(vait suspendu' l'exécution de ses desseins à'cause:de'ht: mala-^ die de ce prince ; en :poopsuivit le courS^ sitit ^u'il reçut la inoutelle . do^ «a convalescence. Uepuis ]» reddition, de -Dunker<fuë il s'éiaiC ]^euda maître» en mciiins dé .huit jouÀ; du fort deXiotklet des TÎllés de Bei^ues, de.Fumas et de DixcDu4e^ A|ferès éelk il faTorisa-4a prise .de «CtraFelinèSy'ea. couvrant l'ërmééiqm en- ftiisait lie siège. Detfirayelines.il va passer là Lys èDeynseçiil sbsaisit duichâèeauidè Graves sur liËsébut; il marche à Oiïdeliairdéril Iroiivé en chemin .lé œmtede Chafxnlly;':à'qrui le prince AQ^CéOÊ^é avatitthimnél ordre de se JQter aedens •fec^treii réjgiments; ttientèfoice comte et là

( '83 ) moitié de ses troupes» et s^ reuà mattre de la "ville.

Après la prise d'0udenai*de le vicomte de TureDD& marche à Meoin pour passer la Lys, et aller assiéger Tpres; et. ayant rencontré sur sa r^ute le prince de Ligne qui conduisait trois ipiile hommes à ïournay ».iMeSkaltaque;».et il en -fait deux mille éinq cents . prisonniers. Il fjpf C^ les babMauts d^ Menio à laisser passer &Qn ai^méci sur leur,poat;.:ii ^l^ve outre cet^ un régiment de draffons que don Juan d'A;Utrir< cbe envoyait dans Ipres » et réduit cette grande ville À capituler en cinq jours de siège; après» qi4oi il prend encore Cemiaes , Gramont et Ni*> Qeve; et» maître de tout le pays^qui est entre l'Yper ».ki Lys et TEscaut,. ilidnvoie des parti» jpaqu*attx portes de Btuxelièa» où le prince de Ço^ndé et don Juan d'Autriche afaientétéobli^ géa àt se retirer« .

. Pour immortaliser le souvenir de la prise de tpufces ees jpl«ces<». le roi fit frapper la mén 4fiille ob 1 on voit une Bellone dans un ohair Uatt»é paf deux chevaux » eil Mitour d'elle trois dieuxrQelives reoveraés. Les mots de Ja légende ^ jid pioêoriaruftt impttuê^ et ceux de rexerçuèi Ad Scaldimif l^êam. H Yperam. .Mh^ l}.Qà Jbf^I/I , sigi^Hitiki: La ràpiditéï dée viatairèé de Ia Ffaance eurV Eéamêh êuniariL^Mi ^un TYpen. 1668., • •:■'•' ■. • : r w. ••

t. Celte rapidités de .viefteifîos fit tremblet l'Es^ pagnie pour lia porte dbsiPap-Bàs. Il est vtaii que l'hiver mit fin aux expéditions idu "vicomtë de Xurennei mais il nféitiittpas impossiUe qu'il jj^rtt le resie de la. Fiaadre Tanfiée isuivante^;

Les Espagnols n'avaient de ressource que dans la paix; et on voulait bien la leur accorder , à condition qu'ils donneraient au roi , pour épouse, l'infante Marie-Thérèse» qui, à cause delà mauvaise santé et delà mauvaise construction du prince d'Espagne , était regardée comme l'héritière présomptive delà couronne* Mais le remède, avec cette condition , leur paraissait pire que le mal même : ils trouvaient que c'était exposer lent Qionarchie à devenir quelque jour une simple province de la nôtre , n'y ayant pas d*apparence.que» lorsqu'un roi de France serait mattre des deux royaumes » il quittât le séjour de Paris pour aller faire sa résidence à' Madrid , et -que faire ia paix à ce prix» pour empêcher la perte de là Flandre, g étaitsacrifier un royaume'poursaul^er'une provitiee», Hais, d'un âutreeâtiéy ilS'OOdstdérâient aussique quand nous aurions pris le reste des Pays- Bas , si noîis Venions àloupnernos tfrtiies contTB l'Espagne , où il n'y- avait nulle place forte / non» pourrions en faire la ^conquête en bien* moins de temps quksr nous n^nauriotts mil à> conquérir la Flandr&,'6tqtiîlll«m* serait ënoore^ bien plus fâcheux; d^étre à \U France de cette manière-là que de Faortre» Ainsi » «a|^rès y àvW liien pensé; et avoir d^iiilièarili^hi't rdinkioe^ l'infante aux ét«ts du«roi son père , ilr^e déèer*-^ minèrent è nous la donner, et on leur" accordaaussit&l bne suspensioQ d'armed jusqu'à* k:e qu'on eût réglé les - articles du traité de paix et du contrat de mariage.

'\ Comme Gromwel était mort quelque tempa avant cette trêve , il a^^va alors en Angleterre

un parli considérable qui prit les armes eh fa« ^«UT du roi Charles IL Le vicomtede Turenne»

ravi de trouver une occasion de rendre servico «u roi d'Angleterre » et persuadé en même temps que le rétablissement de ce prince serait avantageux à la France » résolut de profiter de <%tte conjoncture pour le ùire remonter aur le trône. Il savait que la flotte d'Angleterre était sur la mer Baltique; il voyait la paix résolue et presque conclue avec TEapaene; il n*y avait rien à faire pour nos troupes dans le royaume durant la trêve : il les fit donc ûier vers lea c6« tes de la Picardie , et il s'avança jusqu'à Montreuil , afin d'être à portée dé disposer toutes choses pour l'embarquement qui devait se faire à Estaples. Il acheta pour cela tous les vaisseaux qui étaient sur la côtie » et toutes les munitiona de goerre et de bouche nécessaires. Il donna ce qui lui restait d'argent au duc d'Yorck» qui vint à Montreuii; il lui offrit outre cela sa vaisselle d'argent et son crédit pour emprunter de quoi fournir à la dépense de cette expédition. Il voulut que ses neveux le duo de Bouillon et le compte, d'Auvergne accompagnassent ce prince en Angleterre » et Taffaire fnt si avancée que l'on était déjà à la veille du jour fixé' pour l'eaibarquement » lorsqu'on apprit aue le corps de troupes qui s'était déclaré pour le rot d'^Aogieterre avait été entièrement défait et dissipé pav ceux du. parti opposé aux intérêts de ce prince, de sorte que le vicointe de Turenne ne<put pas pousser plus loin cette entreprise»

- Cependant les articles do traité de paiXtcMre la France et i'E^pagne> et cfiUx.du.tioDitrat de

( »86) mariage do nA avec Tiofante fuirent enfin arrê^ tés et signés au pied des Pyrénées» sur les confios'dea deux «oyaumès; et ce fut par cette célèbre aiiiaoce que finit une guerre qui durait depuis tingt*cinq aps.

. Ije roi vouJanii récompenser le iricooiie de Turenne des services qu^ii lui avait rendus pendant le cours de eetteguerre, lui donna la charge de marédial ^néral dé ses campa et armées* Le cardinal Mazartnlui fit môme entendre qu'il ne tenait qu'à lui •qu'il ne fôt élevé à une plus haute dignité; queJaeharge de connétable, qui était' la première du royaume, avait à la vérité été supprimée , à caiisiede là trop grande puis* saneequi y était attachée; que néanmoins le roi b rétablirait voloi^tiers en sa faveur, si luimême a Y mettait. ^oiD obstacle par la religion qu'il professait. Mais le vicomte de Turenne il!étoMtpas d'un caractère à se laisser tenter par Fatlrait des iMWneurs quand U s'îagissait de re* fisTon. LV)fire de la première charge de la cou^ renne ne fut 'pas capaUe'de lui faire quitter la religion oalvintsle^ tant qu'il la crut la meilleure^ cothmet sulle considération, ne put l'y retenir quand il fibt persuadé du contraii*e, ainsi qiasnou» le verrons dans la suite de sbou his^ toirei^ . ) ^ i :' ■ ^

tieeJvtèrvalies de Ta guerre, font ordinaire^ mept ^e grâiods videë: dans ^histoire des géné^ raux é'iarmées, qui , tirant pour la plupart toute leur élévation. du commandement des troupes à la tête desquelles ids sont, se trouvent au ni* ▼eàfii délautres hommes ihirant le temps de la pMx i ^Ù ils «e^btft plus liçB.qui 9oit digne de

dé la^connaMê&tice de la postérité , et qui puisté par Gonséc[ueDt servir de matière à Fhistoire.

Il n'en est pas de même des grande hommes t ils impriment jusque dans leurs moiddres ac^ lions je ne sais qttel caractère singulier qui les consacre en quelque manière , et qui les ren^ dignes d'être proposés pour modèles à tous les fièclesà venir»

Tel fut le vicomte de Turenner Quand il n'aurait jamais donné ni batailles ni combats , il n'aurait pas laissé de s'acquérir une très-grandô réputation par le seul mérite de ses Tertus ci-^ vues; et quelque avantage qu'on puisse retirer de- la connaissance de ses actions publiques , tomme il n'est pas moins important de connaître le caractère de sa vie privée » je crois qu'il e<l à propos d'è» dire ici qnelque chose.

II. eut toujours pour les vérités fondamentales du christianisme un attachement à Pépreuve de %eé propres passions et des mauvais exiemptes ^ d'autrui. Il ne pouvait souifrir l'impiété des sen* limieiits ni te Irbertinage des moeui^s'; et personne n'avait, plus d'aversion que loi pour tes geâs qui menaient une vie scandaleuse. Il y arait près de cinquante ans qu'il était dans la religion calviniste , croyant que c'était la véritable religion ; mais enfin il commença à douter. Il ne s'en ouvrit néanmoins à personne , et il tftcha seulement dé s'éclairer lui^^même de $e9 îlifficultés par la lecture des livres catholiques» Cette lecture augmenta s^s doutes, et lui fit«n^ ireveir tes erreurs dans lesquelles il se trouvait engagé parle malheur de sa naissance » -et âhs^ iors la religion cal violiste lui -devînt suspecte»

ûYûiï dè8-lt>r8 de la révérence pouk^ le» cbdseîis saintes; tout ce qui portait quelque caractère de religion lui était sacré : ii respectait nos églises » nos mystères » et jusqu'à nos eérémonieé* Aussi était-il en vénération aux catholiques mêmes» ce qui n'est arrivé qu'à bien peu d autres calvinistes.

Quant à ce qui regarde la société civile, jamais homme ne fut d'un commerce plus ai^é :

parlant des plus petites choses comme s'il e&t Ignoré les grandes » et cela avec les perspanes de la moindre condition» sans jamais se 'prévaloir de la supériorité de son rang ni de celle de ^on esprit. Il s'accommodait.avec.taqt de (complaisance au caractère et à l'humeur de tout le iponde » qu'on était souvent étonné qu'aveo de si grandes qualités pour la guerre ,. iLfiU encore le' plus poli et le plus aimable homm^ de son temps. Tout était vrai et sincère en lui; sentiments » mœurs , manières. Aussi éloigné de la iiausse modestie que de l'orgueil» il se laissait voir à tout le monde tel qu'il* était r il parlait de ses actions avec simplicité et avec ingénuité » fans rien exagérer par une vanité oufverte» et sans rien abaisser par le raffinement d^une vanité plus détournée. Ennemi déclaré des flatteurs » qui que ce soit n'eût osé le louer. Il marchait le plus souvent sans équipage et sans domestique » sq mêlant dans la foule comme un homme du commun ; mais il avait beau se confondre» sa réputation le faisait partout recon* naître : le peuple» au milieu duquel il ae mêlait avec ta9t de modestie » ne laissait pas de. le regarder conime on des plus graods ornements

( 189 ) éù siècle. Gliaûun s'empressait p0u^ ie Toir. Ceusiqui le conDaissaient te montraient des yeax j9t do geste, k ceux qui ne le connaissaient pas* Les étrangers qui venaient en France s'en re* tournaient satisfaits quand ils Tayaient vu i et souvent nos ennemis mêmes enchérissaient sur nous , <piand on se mettait à faire le dénombrenient de ses exploits » on à rappeler la mémoire dé ses vertus. . * '

Réduit à quelque chose de plus particulier encore , et renfermé pour ainsi dire dans les bornes de sa maison » il n'y était pas moins adtnirable qu'à la guerre et dans la société. G'esl }è ou'il paraissait, véritablement grand par la aeole sagesse. Jusqu'aux gens qui le servaient» louC le monde^était étonné do cette sagesse : car au lieu que la phiparlde ceux qui attirent Tadsniration du publie fi>Qt pitié à leurs domestiques « témnias de leurs faiblesses, c'étaient ceux qui étaient proches. de sa personne qui avaient pour lui dea sentiments d'une plus profonde vé* Itération » (larce que » voyant ses vertus de plus près ,. ils connaissaient mieux combien le. motif en était pur el désintéresis^» ,

C'était le plus parfait ^oux et le meilleur maître qui (ûl jamais. Toutes les lettres qu'il a écrites à la vicomtesse de Turenne » sa femme» sont pleines de politesse» qui vont quelquefois jusqu'au respect : on n'y saurait voir sana surprisé, l'attention qu'il avait pour elle au milieu de tant de grandes affîiir^ dont il était chargé* Il iest impossible qu'elle ne fi^t forrsensible à Ifi manière dont il lui ouvre son co&ur dans jMsi lëtr très : mais ce qui ycalsemblablowenl la loacbait

encore plus» c'est une ceriaine joie ?ive i{ui y est partout répandue » et qui lait voir qu'il n'a-* vait point de plus grand pkisir qu» celui de lui écrire. »

Pour ce qui est de ses domestiques, il voulait absolument que chacun fil son devoir; mais quand ils étaient sàgès , ils étaient sûrs de sa protection pour eux et pour leur famille. S'ils avaient une affaire , il en faisait la nenne et la Boliicitait en personne , sans vouloir tootelbis que son crédit fit tort à qui que ce fût. Aussi sa maison était-elle remplie d'honnêtes gens; et il n'y avait pas un de ses domestiqxie^ qui n'eût de la prohité et defhonneuVy.soit que ceux qu'il choisissait fussent tels par euxmêmes» ou qu'il communiquât qu^ue chose de son caractère à tous ceux qui l'approchaient*

QoanS au goût qn^i^ pouvait «voir pour cé qu'on appelle litléralnrè » -il estimait les gens de lettres» et il les attirait cfaez>lui; "fil aimait l'histoire » et il en sauvait faire aon'pfofit. Il n'ignosait rien de ie»q«huiippisca«*dait savoir , et ne s*amnsait pa& à' apprendre lee qa'il doit ignorer. La conversation dea'génk' de bon sens et la lecture deis. livres^ solides oieictipèrent âne partie de son k»sfr'pendant tdf six ou septan^ nées de paix qui suivirent le traité des Pyré* nées. Mais aes occopations 'tra^iq'aiilas n'empêchaient pas qu'il neprtt ^art au^x affaires publiques durant ce temps*<là , et qutdde ison cabinet il ne donn&t pour ainsi ^dire le branle* è ce

qui se faisait ide pltfT 'cbnsidérable ehez nos voisina. .;:•-."/:•»" '■ :.j- .■

( «9» ) $ur le Porlugal. Le$ Espagnols a'étaienl empa* rés^e ce royaume en lâSo. Soixaateans après»

c'est-à-dire en i64o » les Portugais voyant toutes les forces .des Espagnols occupées à résister à la France » avaient seconé le joug de l'Espagne , et proclamé roi le duc de Bragarice , qui s^était-aisément maintenu sur le trône tant que les Espagnols avaient été engagés dans une aussi grande guerre que celle qu'ils avaient contre Dou^« Mais cette guerre étant finie en 1660, comme nous avons dit ci-dessus » les Espagnols firent marcher toutes leurs troupes du c&té du Portugal » pour se ressaisir au plutôt de ce royaume* Don Juan d'Autriche était à la tête de l'armée» et avait avec lui toutes les vieilles troupes qu'il avait emmenées de la Flandre»

avec d'anciens officiers très-eilpérimentés. Les Portugais i sans généraux et sans alliés » n^a^ valent que très-peu de troupes pour soutenir une M grande guerre » et tout le moûde était touché de la triste situation où ils se trouvaient. 'Le'vicemfe de Turenne sachant combien il importait à la France d'empêcher que les Es* pagnola ne se rendissent maUres du royaume dé Portugal » entreprit de le défendre en son nom contre les efforts de l'Espagne. Pour con-* eerter les moyens 4'exécnter cette entreprise» il fallait nécessairement qu'il conférât avec b comte de Source » ambassadeur du roi de Porn tngal en France » et que cela se fît si secrète* ment que les Espagnols .n'en eussent aucune connaissance» puisque par le traité des Pyré^ nées » nous nous ^ étions engagés à abandonnep absolument les Portugais». Le vicomte de Tu^

( 192 ) renne aurait bien pu prier le comte de la Soate de venir chez lui; mais 8a maison était trop fréquentée pour qu'un ministre de ce caractère y plût être caché. C'est pourquoi il confia le secret de cette affaire à son neyeu. le duc d' Albret» si célèbre depuis sous le nom de cardinal de Bouillon » doyen du sacré collège , le^ quel n'avait alers que dix-neuf ans , mais que le vicomte de Turenne estimait » quoiqu'à cet âge» très-capable d'une telle confiance. Aussi le duc d'Albret sut-il tenir caché le comte de Source en une maison de campagne , k l'iosçu de tout le monde » autant de temps qu'il fut nécessaire. L& le vicomte de Turenne eut plusieurs conférences avec cet ambassadeur , popr prendre connaissance des forces du Portugal , et étant instruit à fond du nombre des troupes et de l'état des places du royaume, il engagea le comte de Schombérg à en aller prendre la défense à la tête de l'armée des Portugais. Ce choix étant d'autant plus judicieux» qu'outre la capacité du* comte de Sehombei^ ;- sa 'qualité d'étranger faisait qu'on pouvait le désavouer» en cas que les Espagnols vinssent ;à se plaindre de ce que nous fomentk>iis indirectement la guerre en Portugal.

. Le vicomte de Turenne engagea outre cela lé roi d'Angleterre , qui venait d'être rétabli » à épouser l'infante de Portugal » et à envoyer un corps de troupes au secours de ce royaume. Il contribua beaucoup -à le déterminer à nous vendre la ville de Duakerque ^ pour avoir de

2uoi fournir è l'entretien de > ces troupes; et il t passer un grand nesobre 4e soldats et d'oiSt^

( '9Î) ciers rrançaii en ADgletene , d'ob on let tni»porta en Porti^l , pour j nrnr «u ordf«« da comte de Schombet^.

Lorsque ce général y ^ urifé ,' il iofbnnt encore mieux u TÎcomte de Tareoiie de* besoin* et des reMoarces de ce royauine: et se servant h propos des secours ow lui procurait ce prince , et des aijs qu'il loulonnait , il battit en diverses rencontres le* Espagnols, et soatint la guerre avec honneur et avee avantage cmilre eoK , jusqu'au temps où le roi d'Eapagoe fit le traité de paix par lequel il laissait le royaume de Portugal à ta maison de Bragance, qui en a toujours joui depuis- Les Portugais voulant témoigner leur reconnaissance su ricomle de Tureonè , il fut résolu dans le conseil d'état, que le marquis de Saûde serait eft- ' Toyé en France , non-seulement arec on plein pouvoir de traiter do mariage d'une des nièces do vicomte de Turenne avec l'infânt don Pedre, qui dans la saite a été roi de Fortagal , mais encore avec on ordre exprès de conclure ce mariage, selon (a teneur du décret du conseil d'état; et la chose fut si avancée que les articles du contrat furent signés... Néanmoins ce mariage ne s'étant pas fait , la ni&ce du ncomto de Turenne épousa le duc Maxiœiliea de Bavière , frère de l'électeur de ce nom.

Cependant les affaires du Portugal n'occupaient pas tellebient le vicomte de Turenne , qu'il ne donnât en mémertemps ses soins à celles de la t'iunco. Oa lui communiquait les instructions quK l'on donunit aux ambassadeurs que nous envoyions d*Da loi cours étrangères . -

et les affaires les plus secrètes qo^on négociait alors avec les primes et les états souTeraios de l'Europe : nous avons encore ce qu'il a écrit Bur ces sortes de toatières* Il y démêle les divers intérêts des |>riÉces avec les vues d'one politique tcès-fine v et on y trouve des réflexions si sages > qu*on]ieut les cooiparer à ce qu'il y a de plus sensé dans les meilleurs ouvrages que l'on -a faits touchant* les lois de la guerre et de la paix. Outre cela il assistait de temps en temps au conseil , où toutes les fois que nos voisins nous fournissaiept des occasions de rompre la paix , il fut le premier à dissuader la guerre, quelque gloire -qu'il fût comme assuré d'en re- -nrer. Le roi rendait à son désintéressemeot toute la justice qui lui était due , ainsi qu'à ses autres grandes qualités. De son c&té» le vi- 'çomte de Turenne ne rapprochait qu'avec une espèce de timidité, et o'éitait toujours avec les manières les plus respoctoeuses qu'il lui .par^ lait et qu'il traitait les affaires en sz présence. Cette timîdité'néanmoins ne l'empêchait pas de parler fortement contre les fautes des ministres même les plu^> accrédités ; de soliciter vivement le roi en^veur dee gens de mérite, et de lui dem^niler » jusqu'à lïmporlunlté » les principaux emplois du vbyaome pvnr ceux qui avaient les qualités les plus. propres. à ties rem- ^plir. Sans que ces g^ns-U même en sussent rien. Dès qu'il les connaissartles plus dignes, Il représentait continuellement leur capacité et leurs services , jusqu'à ce qu'il eût obtenu les grâces qu'il ^demandait pour eux.

Telles étaient les occupations du «vicomte de

( »9S ) TqcjBBBe lorsque ]a mort enleva la vicomtesse de Tureime sa femme , dont je ne crob pas qu'on pût jamais assez louer les vertus , si elle n'était pas morte hors du sein de la véritable ^jiise de laquelle ses pères s'étaient malfaeiireusement séparés. Du caractère dont était W vicomte de Turenue, il est aisé de juger combien il fut vivement touché de sa perte. La ten^ dresse infinie qu'il avait pour elle fut la mesure desa douleur; tout ce qu'on lui put dire pour le consoler fut inutile, il la regretta pendant toute sa vie. Gomme il n'en avait point d'enfants , il fallut qu^il rendît sa dot au duc de la Force. Il voulait lui rendre plus qu'il n'avait reçu; le duc de la Force de son côté en voulait moins qu'il ne lui en appartenait; et ce combat de générosité dont il 7 a si peu d'exemples, dura Ipngtemps entre l'un et Tautre.

Ge fut dans ce temps-là que le roi, ne|)oa- Tant tirer aucune raison des Espagnols au sujet de quelques provinces des Pays-Bas qu'il prétendait appartenir à la reine par droit de déflation t résolut de porter la guerre en Flandre. Le cardinal Mazarin était mort , et le roi gouvernait par lui-même. Ayant donc proposé son dessein au vicomte de Turençe , il lui dit qu'il se reposait entièrement de l'exécution sur «es soins ; mais que cependant il voulait aller dans tes Pays-Bas en personne, pourapprendre de lui le métier de la guerre. Le vicomte deTu- ^enne ravi de cette noble inclination , donna ordre à toutes les troupes de marcher du côté de la Flandre; et sitôt qu'elles furent assem^- ]>lées sur la frontière , le roi s'y étant rend^u > il

( f96) fut résolu qne le gros de TariDée attaquerait la Flandre par le milieu» et qu'on aurait deux camps volants sur les ailes : Fun dans le Luxembourg » sous les ordres du marquis de Gréqui, pour veiller sur les Allemands» et Tautre vers la mer» sous le commandement du maréchal d'Aumont , pour attaquer quelques places de ce côté -là. Le duc de noailles fut aussi envoyé dans son gouvernement du Roussillon avec quelques régiments» pour avoir soin de cette province; et la répartition des troupes ayant été faite selon les divers corps dont on voulait se servir en différents endroits » la grande armée eut ordre de marcher à Charleroi , sur la Sambre. A son approche, le marquis de Gastel- Rodrigo , gouverneur des Pays-Bas » fl\ sauter les fortifications de la place» et Tabandonna. On rétablit très - promptement ces fortifications; on s'empara de Binche et d'Ath » villes situées entre la Sambre et l'Escaut»* on défit sept à huit

' cents hommes qui voulaient se jeter dans Tournai » ville de très-grande réputation » et qui ne

' tint pourtant que deux jours devant notre armée. On marcha ensuite à Douai » sur la rivière de Scarpe; on prit cette ville et son fort en trois jours » et Oudenarde sur TEscaut en vingtquatre heures; après quoi on se saisit d'Alost sur la Tenre, et on alla assiéger Lille» ancienne capitale de la Flandre française » fortifiée de quatorze bastions royaux » entourée de doubles fossés » dans laquelle il y avait une garnison de six mille hommes de troupes réglées » et plus de trente mille habitants portant les armes» et qui fut néanmoins réduite à capituler en neuf

( 197 ) joars de tranchée oayerle. CependanI le maréchal d'Aumont » de son coté » prit Berguçs , Furnes^ le fort Saint-François • Armentière et Gourtrai, si bien qa*on se rendît maUre de treize places en moins de quatre mois. Le roi voulait que le vicomte de Turenne lui fit remarquer tout ce qui se passait; qu'il Taccom* pagnât à la tranchée , et qu'il lui rendit raison de toutes choses. Aussitôt après la prise de Lille il fit un détachement de son arm^ , qu'il envoya contre le comte de Marsin et le prince de Ligne , qui avaient assemblé un corps de troupes pour s'opposer à nos entreprises ; mais comme ils ne voulurent pas en venir aux mains avec nous , on les attaqua dans leur relrVile auprès du canal de Bruges. On battit leur arrière-garde , on leur prit plus de quinze cents €:he?aux»on leur tua iix ou sept cents hommes» on mit le reste en déroute , et personne n'osa plus paraître devant nous. Le roi se voyant n^attrede la campagne, établit des contributions jusqii'au;c,p9rtes des plus grandes villes; il for* ça les petites places à demander la ueutralité • ppufvut k.la sûreté de celles dont il s'était rendu le maUre» eJt fit observer la discipline la plus e:!^acte à ses * troupes dans tout le pays nouvellement conquis , afin de gagner par là le cœur , des peuples , et )es faire revenir de J'aversipnque les Flamands avaient eue jusque

là pQur la domination française

Gepeii4ant les Espagnols appréhendèrent encore une fois de perdre tous' les Pays-Bas : ils offrirent de terminer par un.accommodement les coateatations qui faisaient*le sujet de la guerre.

( >98 ) On accepta le parti. La ville impériale d'Aix- ]a-GhapeIle fut choisie pour le lieu où se tiendraient les coorérences ; mais de peur que les négociations ne tirassent en longueur du côté dé l'Espagne » le roi en personne » suivi du prince de Gondé^ alla attaquer la Franche- ConUé, quoiqu'on fut au plus fort de l'hiver, et l'on se rendit maître de cette province en dix jours. La rapidité de nos conquêtes augmenta les alarmes des Espagnols : ils demandërent avec empressement la paix , laquelle fut enfin conclue par un traité qui portait qu'en rendant la Franche-Comté aux Espagnols , nous der^urerions maîtres de toutes les places qae nous avions prises sur eux en Flandre.

Les occupations de la guerre n'avaient point empêché le vicomte de Tqrenne de continuer Il chercher, dans les livres catholiques, l'éclaircissement des doutes qui lui étaient Venus au sujet de la religion calviniste. La paix, durant laquelle il était bien moins occupé , lui fut encore plus favorable pour s'en.éclailxïir. Il sentit enfin le faible du calvinisme , et, pressé ^ par sa conscience, il fit connaître sbh état à. quelques évéques de ses amis : iï s'ouvrit en^ core davantage au duc d'Albfet , qui, par des. lumières supérieures, leva jusqu^aux moindres doutes qui pouvaient lui faire qdelque peioel Alors , cOtivarncu qu'il était hors de la véritable église, quoiqu'il fôt regardé pé^ilé^ calvinistes comme un defs protecteurs de leor secte , il l'abandonna. Il a^la (faire son ab^furation entre les main« de l'archevêque de 'Paris, et il ne l'avertit de soû dessein qtve lar veille du

( «99 ) )our où H la devait faire « voulant éviter l'os* tentatiôD' qui accompagne ordinairement ces sortes de cérémonies quand elles viennent à la connaissance da public. Le pajie lui écrivit un bref pour le féfieiler de sa conversion » qui réjouit tous les catholiques à mesure que la nou* ▼elle s'en répandit dansja chrétienté.

Cependant le vicomte de Turenne , persuadé que sa conduite et ses actions devaient désorttiais répondre à la saintelé de la religion qu'il tenait o embr^sëer," passait firesi(|«e' tout soii fèiàop^^ns des^ %]Mrcices clier>piété et de charité ^i édifliiient téiit^le^mondi&;i9i'bien qu'on peut vait le proposer pour modèle aiix anciens ca-» tht>ltques^inêHié9^'«lPqn»4o^sjIe8 calvrnistea qui 0e' réagirent depuis è-Téglitiè romaine avouaient <}ne rien n'avait llantreontrib^ié à ieui< bonver* sion que fetetnptèl'de ses-fertUsl'H vivait i Pa* i^is avee^oikrai grande :ê}mplH&il6;qiu'il semblait qu'on fût ., à cet égard, dans raneiéDlaè Rome*, «û Pefû^né distinèuëtC'l^iaint'iespliid grands Êa-

t^itaiiie» d^avèo'led tuohrtir^s citoyens. Ainsi; ibi^ de ràmbitiotl<ët*âèé BûiréV passions oui attachent les tièUànles à lë côik» , et t)éi^ré éaa gr^ridès vérité» dètic^t^ sAinte religion ; il avait résolu Jdë plisser saf^Vfè dans ^Jélque t'étraite; ^t Bè s^oèçfo^ait )^luW àue dé celte (ienséé. *

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OVRE aNQUIEME.

Its. vicomte de Turenne était dans cette pîeQ«e disposition lorsque le roi lui fit part du deaseia qu'il avait de poHer la guerre en Hollande ^ où il voulait aller eâ personne » et lui ordonnai de se tenir prêt à le suivre.

La guerre ayant done été déclarée aux, étatsgénéraux des Provinces-Unic)^ • le roi fit marcher toutes. $eis troupes vers la frontière de la Hollande ; . et il donna les autres ordres nécesaaifés. pour pouvoir attaquer, avec succès cette pesante république. . •

. Les Hollandais ^.de leur côté , firent.to^te la diligence possible, pout se mettre en état de se bie^ déî^ndfe* Leurs frontières étaient, pour aîilsi dirp .tqut, l^^rissées d^ forteresses; il n'y avait point d'$t^,t ^u monde oti. il y eOt. k >pro*

i»ofj^9P (a^t'4^ pjaxyes d^ dé&Qse.que dans le eur, et l'ori n*j .voyaijt prefiM|ue.pas>up0 yille qui ne fût fortifiée régulièrement. Ils avaient devant eux la Meuse , le Rhin et TYssel , trois fleuves qu'il semble que la nature ait faits exprès pour défendre 1 -entrée de leur pi^ys. Ils augmentèrent les garnisons de leurs places. Ils fortifièrent les passages , et ils formèrent de toutes leurs troupes trois corps d'armée qui

( aoi ) \

deraieot être campéa en divers endroits , de manière qu'ils fassent à portée d'asir où l'on en pourrait avoir besoin » sur toutes leurs Iron- Uères. La Meuse leur parut assez bien défendue

Ïar les villes fortes qui étaient dessus , et le Lhin par sa rapidité et par sa profondeur. Il q'y avait pas moins de torleresses sur TYssel que sur la Meuse; mais comme TYssel est en quelque, façon le dernier retranchement de la Hollande.» ils firent tirer une grande ligne le long de ce fieuve , de leur côté; ils la fortifièrent autant que le temps le leur pqt permettre, et ayant pris les autres précautions qu'ils jugé-, rent à propos, ils. nous attendirent, dans la ré-, solution de faire une vigoureuse résistance par-:, tout où ils seraient attaqués.

Cependant nos troupes s'étant assemblées Ters Charieroi, sur la Sambre , le roi s'y rendit» 6uivi du jduc d'Orléans son frère «^ du prince, de Condé et du vicomte de Turenoe. L'armée .

se trouva de soixante mille hontes, On la partagea en quatre corps. Et le vicomte de Turenne , ^ la tête de celui qui devait faire comme Ta vaut- garde, s'étant chargé de s'avancer le^

f)riunier ^rs les pays ennemis ; et d'en ouvrir es ppssage^5 décampa des bords de la Sambre^ . et, laissant le Brabant espagnol sur sa gauche,: inarctia dans le pays deLi^Ot où ii destina les villes de Saint-Tron et de Tronges h servir d'entrepôt pour la communication de Charleroi.

avec les places de la; Meuse» desquelles il avait, dessein de se rendre maître. Il commença par.. Vi8et> FauquejjiMint , Sittart, Maseick et quelques autres petites jUles fiituéessur les.bords de ^

cette rif ière oa aux environsl après quoi on

Eàssa la Meuse , on traversa les duchés de Limourg et de Juliers » on enti^a dans l'électoral de Cologne, et on ouvrît la campagne par tes sièges d'Osoy, de Rhîmberg, de Burick et de Wesel»

quatre villes sur le Rhin» lesquelles on' attaqua en même temps, et qu'on prit en trois jours.

De Burick , dont le vîtomt^ de Tnrénne avait fait le siég'e , il marcha à Réef , et ensuite à Emr iserick, dont il se saisit; ce qui fut fait encore en trois jours. Les ennemi^;'aiaTmés dé la prise dé six places en six jours ,'àccdiirurent du Rmi de là Hollande sur les bords ilu Rhin, de peur que nous ne fissions uiir^^panften qttelque endroit, pour pénétrer pf us tfv^nfr djlnsf leur* pays ; mai» nos généraux ayant é(ë d'avis* qu^on passât ce fleuve- à la nage ;; ot Fefiàissa-un^^eu au'-dessous du fortdôToIftuibi à lé vue d^un Corps deHollan* dais retranchés sai^^riiutre bord. Cette action étonnante les'ëpôutatt^a tellement qutto s*e&fuiren t a vec frajréurr-èfli* defà- de IHTssel, dernier retranchement qiiî péuniit seirf nous empêcher d'èhirer dàn^ U'ccèMÛt tallblfànde: Toutes les troupes des ènneiiûiis' s^étaj^t rassemUéea sur ses bords; !teprrn'ce"d^OpaBgei eàpitaiùè-^tiéral^dés armées de Ta i^épubK^ùe, était à klur tête. LeSj HoHantlisrîs se prbmëltaietft qu^'l i^atirait bfeù déïfenârfef Itepasba^dece fleuve,; tçAitl^de d;e fbrtérçsses; el^ soldats /et cMtaît uniquemeht sur céïa tfiiè'4'fespéraùce de leur salut éiait fondée. Néanmoins lé ptîrfëè d'Ovariçè n'èat pas nlàlôt' appriè ouë néus avrobs passé le Knîtl i (Ju'fl abandonnât' les; ^fetrahchements de ITséely jfetai ' liné pàrtife^ de' ses trotipefs tons ki

places qui étaient '«ur le bord de ce fleuve, et s'enfuit avec le reste dans le fond du pays , où il porta la consternation et l'épouyante. Le ▼!comte de Turenne voulant profiler du désordre d'une fuite si précipitée , se hâta de gagner le fleuve du Rhin , et le fit passer à la nage par une troupe de cavalerie , laquelle atteignit au-delà d'Arnbem les derniers escadrons de Tarmée ennemie , qui n'allaient pas si Vite , parce qu'ils escortaient le canon et le bagage. Mais à peine nous eurent^ils aperçus qu'ils prirent la fuite, et nous laissèrent leur csuion et leurs bagages. Gei ne fut après cela qu'une suite de nouvelles cou*' quête» dont la rapidité étonna toute l'Europe. Le roi prit Doesbour^ , le doc dX)rléffns Zut-'

Shen , et le vicomte de Turenne les forts de Itinck , de Knotzembou^g , de Woorn , de' Sflrrnl- André et de Crèvecœur ; et les vHles de rfimègueetde Grate/Utrecht, Yoerden, Amersfert, Nàerden , et {^iùfsieurs autres villes aussi considérables, se soumirent au roi ou furent, forcées par ses armes. Qn avait déjà plus de Tingt-einq ihiHe prisonnièrsrbti s'était emfparé* de presque tontes tes places fortes que les eiinemis avaiîent suir ta btisse Meuse , sur le Rhin , * Bxxt le Vah»l et ^urlTfidsd. Oti s'était renda' maître de quarante de 1eç^&^ Villes en Ving|t^deax!l jours; de sorte que lés'Kôltanddis, résoliis de^ mettre letir -pays 6ous réatr, s'ils ne ponvéîentautren^ent çauver leur libi^rté , voyant que nous | forcions tout ce qui faisait lacboitidire résistance, ^ rompirent leurs ponts , lâchèrent leui^s écluses , et percèrent même en qtrélques' eiidroîts leurs' digues] pour^nfcftls arrêter 'par feà inèùd^iiêns

qu'ils firent autour des plaçai oii ils se renfermèreat. Dans ce triste état ils députèrent vers tous les princes de l'Allemagne et du nord , pour implorer Ij^rs secours» et les conjurer de s'opposer au plutôt au torrent des prospérités de la France, dont ils disaient queTimpétuosilé menaçait toute TËurope.

Le roi ne pouvant avancer plus loin , s'en retourna à Paris avec le duc d'Orléans, après avoir fait généralissime de toutes ses troupes qui restaient dans les Provinces-Unies, le vicomte de Turenne, auquel il voidut que les marér^ aux de Créqui , d'flumières et de Beilefond obéissent comme à luit-méme. Ils refusèrent d'abord de le faire. lisse repentirent -presque aussitôt de ne l'avoir pas fait; mais le roi ne leur par* donna pas , et ne leur permit d'aller faire la fonction de lieutenants-généraux sous le vicomte de Turenne» qu'aux instances de tout le corps 4es maréchaux de France » qui demanda grâce ppurpux..

Cependant l§s envoyés de Hollande fisiisaient dans (toutes les cours voisines des descriptions les plus touchantes q^'ils pouvaient de la situation déplorable où se trouvait la république , et leurs, dispou^s ^rQnt;iayM*ession sur i'esprif de plusieurs princes , qui , plus jaloux encore de lûxs conquêtes que touchés de la ruine des llollandoiis 9 résolurent de réunir leurs forces pour les secourir ; de sorte que l'empereur , le roi de Danemarck » les électeprs de Saxe et de Brande* bourg , les ducs de Brunswick , de Lunebourg et plusieurs autres souverains, firent enfin une ligue contre noiOSi avec les éuts-généf*ai^ desPrçvià*

( «o5 ) ces- Unies. L'électeur de Brandebourg se mit le premier en campagne pour venir à leur secours. Ce prince avait vingt-cinq mille hommes de ses propres troupes , et dix mille de celles de l'empereur» que lui avait amenées le comte de Montécuculli. Il avait un équipage d^artillerie de soixante pièces de canon et d'un très -grand nombre de mortiers. A la tête de cette puissante armée il se flattait d'aller fort embarrasser le ▼icomte de Turenne, qui, étant obligé de mettre de^ garnisons dans presque toutes les villes de la Hollande » ne pouvait avoir guère de troupes de reste en campagne. Il menait avec lui le prince électoral son fils ; il croyait marcher à une victoire sâre. Il avait déjà fait sommer l'é* lecteur de Cologne et Févéque de Munster , nos alliés » d'abandonner les engagements qu'ils avaient avec la Frdnce, et il s'avançait vers le Rhin pour nous venir chercher. Le marquis de Louvois , qui était secrétaire d'état, et qui avait le département des affaires de la guerre , écrivit aussitôt au vicomte de Turenne de la part du roi , lui représentant de quelle importance il était d'empêcher que l'électeur de Brandebourg ne passât le Rhin ; mais comme il n'y avait pas d'apparence qu'il pût garder tous les postes d'gn fleuve de cette étendue , le roi lui ordonnait seulement d'empêcher, s'il était possible , que les ennemis n'y prissent «quelques postes considérables » estimant qu'on ne pouvait pas rendre à l'état un plus grand service qfue celui-là. Le vicomte de Turenne était d'avis qu'on rasât la plupart des villes que nous avions prises 9 afin de pouvoir faire une grosse armée

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des troupes qni étaient employées à les garder; mais comme le conseil du roi fut d'un autre sentiment, le vicomte de Turenne étant obligé à mettre des garnisons dans tant de places » et à laisser ontre cela une armée entière qui tlntrla campagne en Hollande, ne put prendre que douze mille hommes avec lui pour aller faire tête à l'électeur de Brandebourg; encore y en avait-il parmii ce petit nombre qui n'étaient pas trop contents d'aller recommencer une nouvelle campagne à la fin de celle qu'ils venaient de faire; de sorte qu'il y en eut plusieurs, et même de la maison du roi , qui quittèrent l'armée. Le vicomte de Turenne croyant que le manque d'argent en avait obligé quelques-uns à prendre ce parti malgré eux , offrit sa bourse aux commandants des compagnies, et , les ayant engagés par là à le suivre, il passa le Rhin à Wesel. La hardiesse de cette démarche surprit toute l'Ailamagne , qui avait cru qu'il se c^atenterait de défendre le passage de ce fleuve* La cour de France même en fut étonnée ; et le roi lui envoya quatre mille hommes pour remplacer les soldats qui avaient déserté. L'électeur de Brandebourg, qui s'était attendu h faire tout fuir devant lui , fut fort déconcerté quand il apprit que le vicomte de Turenne avait passé le Âhin. Il fallait cependant qu'il marchât vers ce fleove , pour aller au secours des Hollandais. H pasa^a donc l'Elbe et le Weser, et vint^gner le Mei»1 qu'il passa auprès de Francfort. Le vicomte de Turenne voyant que l'électeur d6 Brandebourg voulait aller passer le Ahin si haut , marcha en avant , en remontant par la droite de ce fleave

( «07 ) avec son armée; il passa la Lippe, rEœseret Ja Roer; il IraTcrea Je duché ie Berg» et vint jusqu'à Nessau « sûr Ja mière de Lahn • au-deseus de Gobleotz, L'élecjhïur de Brandebourg.» .âq>rès avoir fait; en vain plusieurs tenUiives pour •pasaer le Rhin aux environs de Mayence « prit enfin la triste résolution de repasser le Mein , .dans l'espérance que nous repasserions aussi le Rhin dèsque nous le verrion»éipîgné, et qu'ainsi il pourrail demeurer pendant l'hiver dans son comté de la Marck , où il se trouverait tout à portée d-eitfrer en Hollande au printemps prochain*

Il est peu de grands capitaines qui n'eussent cru avoir beaucoup fait que d'à voir nôa-senlement aiwété Télecteur de Brandebourg» mais escore de l'avoir obligé à retourner sur ses pafl. Le roi» qui ne^s'était pas al-tenda à un sj ;grand suoeès* était .plus que satisfait » et manda au vicomte de Ture&ne de repasser le Rbin , et de mettre ses troupes en quartier d'hiver daoa la Lovraipe (i). Et comme on n'apprenait point qtt il «ftt repassé ce fleuve » Je marquis de Lou- ^oift kii maÂda : c qu'il était à craindre que le Rhin ae vint à geler» et qu'il ne pût bientôt plus Ifi repasser; qu'il risquait à faire périr ^oa armée daosiineBaiseiiéusaifadieusepourpousser peutêtre l'éleoleur de Brandebourg dix lieues plus ioin qli'iLn^'était^que Je roi ne voulait point que ses troupes tinssent plus longf^tempsla campa-

(0 Lettres du roi , datées du 22 et du s6 décembre, à Gotopiègne,^

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gne; qu'il lui ordonnait absolument de4es mettre en quartier d'hirer» et qu'il s'attendait d'apprendre qu'elles y seraient ftfir le premier courrier qui viendrait. » Mais le Ticomte de Turenne , qui afait bien d'autres vues pour l'intérêt et pour la gloire de l'état , se contenta de mander au marquis de Louvois qu'il n'était pas du service du roi qu'il repassât sitôt le Rhin ; et voyant tous les mouvements qu'on se donnait dans l'empire en faveur des Hollandais , il crut devoir faire en la personne de l'électeur de Brandebourg un exemple qui tint en respect toute l'Allemagne. Dans cette vue il marcha vers le comté de la Marck» où ce prince s'était retiré. Mais l'électeur de Brandebourg » bien loin de l'y attendre » ne pensa qu'à se couvrir de quelque rivière; et ayant passé la Lippe» il crut que du moins on le laisserait en repos dans son comté de Ravensberg , où il donna des quartiers è ses troupes. Mais le vicomte de Tnrenne étant entré aussi dans le comté de la Marck , prit Aliéna , Unna et Kamen , villes qu'il lui fallut assiéger dans les formes, et dans quelques-unes desquelles il y avait plus de deux mille hgmmes de garnison qu'il fit tous prisonniers de guerre ; et il mit si peu de jours à forcer les autres places qui voulurent faire quelque résistance, qu'il se trouva maître de tout le pays de la Marck avant que l'électeur de Brandebourg eû4 pour ainsi dire eu le temps de se reconnaître dans son comté de Ravensberg , où le vicomte de Turenne voulant l'aller attaquer, fit passer la Lippe à son armée. Mais l'électeur s'éloignent toujours de plus en plus à mesure

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qnenoos avancions fers lui» leva sea qaariieri à peioe établis , et repassa le Weser aveo précipîlatioD, au grand étouoement de rAllemagne» qui était dans la derniSre surprise de le voir fuir ainsi devant une armée plus ffiible de la moitié que la sienne. Le vicomte de Turenne 8*einpara du comté de Ravensberg comme II avait fait de celui de la Marck : il cnassa la garnison que rélecteur de Brandebourg avait miio dans la ville d'Hoxter sur le Weier , et passa co fleuve h dessein de poursuivre cet électeur jusque dans sa principauté d'Halberslodt, où il a'était retiré après avoir laissé une partie de ses troupes pour garder les postes qui étaient eo* tre lui et nous.

La saison était extraordinairemenl rigoii* rcûse; il faisait un froid R^'uel , et la terre était tellement gelée qu'on ne pouvait ouvrir la tranchée devant les villes qu'on assiégeoit , et qu'on était obligé d'essuyer tout le feu de la mousqueterie et du panon des ennemis à découvert : il fallait passi^er par des montagnes très-dilli* çiles et par des aéfilés t^ès-éiroUs.

Le vicomte de Turenne s'étant couché uo JQur derrière un buisson pour dornur pendant que l'armée passait un de. ces défilés qui était fort long, quelques soldats le reconnurent; et coinmela neige coipmençait à tomber sur Iqi ^ ils coupèrent aussitôt des branches' d'arbres pour lui faire une hutte rplusieurs cavaliers qui survinrent^ voyant que les branches ne le n;iefc* taîentpas assez è couvert ,; donnèrent tous à' Tenvi leurs manteaux pour lui faire une espèce do téDlÇ4Sttr quois'étaiit éveillé, et leur ayant de-

mandé à quoi ils s'amusaient au lieu de noiarcher^ Nous trouions j répondirent-ils, consen^er notre général; cest là notre plus grande affaire ; et si nous venions à le perdre ^ nous ne re verrions peut-être jamais notre pays. Cependant les peines ^ue les soldats 'avaient à souffrir sont presque inconcevables ;marO'àbondance où ils se trouvaient dans un pays èànemi leur faisait publier toutes leurs fôtigues; d^âilleurs le vicomte de Turenne; les ménageait eo toutes choses avec des soins si pleins de bonté» que la reconnaissance les aurait fait aller avec lui jusqu'au bout du tiionde, Âinsfi ; malgré tant d^obstacles qui se présentaient • il força tous les passager à la garde desquels les ennemis avaient laissé des troupes en se' retirant , et prit en si peu de temps toutes les villes ôti ils avaient jeté des garnisons, que l'électeur de Brandebourg, ne se croyant pas en sûreté dans sa principauté d'Halberstadt où il était, repassa l'Elbe à Magdebourg , et se réfugia à Berlin , capitale 4c ses

états, '',',."''

^ On ne comprenait pas cotcfment te vicomte âe Tûrenne osait s'engager ainsi avec' une armée dans un pays si éloigné , ob il n'avait ni places ni magasins; mais! comme iPsavait aussi Cfoiivèr des ressources suivant les besoins, il pourvut si bien à la subsisiance de ses troupes, qu'elles ne manquèrent de rien.

Il est vrai que dans un si grand éloignement il ne pouvait pas envoyer des courriers en France aussi régulièreméhlT qu'on l'aurait souhaité; et comnie on fut quelque lém^s sans re^voir de ces nouvelles; ses envieai côtnmèbcèf^nt ti dé^

( il f j

clatneir bonlrë lai; di^ab^iqù'^s^âiait hissé Con-

Ïer J et ^iEiràt^mëfè^ dii M était perdue. Le roî lait J>eul-l8tré'rhi6mmkde son royaume qni fût le jllus sur'idJ kaWés Itfrsq^'on paHait an déeavàtitàge -d^sr absents ^Q'à'ntaDt ptus ràservé à s*expliquer slii^'fes^gén^ q[ùe' le déchaîttfeiriéîit éfa^t plus grâ'à'â'Cotîii'è eux; Il rk sedécfirrait presque jaipèïéléii céjs éWtes d'dècasidtis; néftnthoFDS dans céfle-bi/où plusieurs ËbuHi^it^ xaul^mùraieiytl dë'bb tpa^on nelsayait ce qu*étdil ffèrenù le ▼ièômtk de Tureîiâe, il lui ëcl^appà 9é(|ire qu'à là vérité ItD'avàitaucîàne nouvelle delui.'Mais pn'ne fut pas long-teiiips sans eh rècetdir V fit' I*dn' àè\^m BîeritSt qu'après avoir p<6u8sé l'électeur' de Brandebourg depuis le RUin Jusqu'à rEIfièV^an^ qu'il osât tourner tête fiout défendre ^sès états, il l'avait Yéduit à cher^ cher uà arfle'^dè/ri>' sir' Capitale; oii même». ne se trouvant pas 'exl^sûreténiàivait enfitr été forcé de dema^dèi^' la paîk i qu^&h* ne lui iaccorda qiï^apr'ès qtlff ënt donné caution de sa parole ; ei qu'il' eui eiigài^ le'duè 9è Neubourg ^ hé rendre |atan(t^e'Ia'fidéKié aWc laquelle il pro^ tn'cttâltAi^oftsér^e^ lesen^s^gemenls qu'il contrabVaitavéc'li Frai|cepôr'so]i traité. Alors là médisance^etut', et les envieux du vicomte de Tiirénne deppïs tela semblèrent toujours resjecler 8otfmëi*H«^ '• • *

Jusqu'aux ennemis de l'état , ils ne pouvaient i*émpecb*er d*5lre touchés dé ce mérite, comme on le.vU dam çq tes9,p8*là h Vé^^TàM}J0fiC\^^^ dei&randiébourg. Gar, lors mène que>€e>priBce êtaîi p^éimmvi par nos- trotipes d'une tnanière si mortifiante pour lui , ayant appris ^ti'uÂ

boo^me |$tait p.a^sé d^ps le.C(^aip. du^.yicomte de Turenjie è dessein ^e rempojsoDner , il joe »ut souffrir qu*il;périjt.ai inaibepr^iisetDeni » el uie^ doona avis.; de sorte qu pp.. reconnut ce misérable , que leTieomte de T.urenne se contesta de faire i^^hasser de son a^aié^, .

Au reste, U soin d'exéç^iter un aussi* grand d^ein que. celui qu'il avait foroié contre l'électeur de Bnwdie$our^n'e|n.{^êcbait pas <^u'il 1)^ travaillât oulye .çiela aux pjrinclpales affaires de Tétat^ noD-seuJement em ce qui concernait la guerr^e, maiseqcore eAce qu\ rçtgardait les aiégocialions et le cabinet ;.cai^ ou Iç consrultait ^ur les unes et sut. leç autres : s; bien que de i'Âlleinagne^ où il était »î( mandait.àu roi ce

qu'il pensajt sur.la destijiaUoH fl^ différents corps d'arméeique npus avtouiij.dansles autres pays , W entijepri^ej&.q^'iJ/ajUit^laire;» le Aoni- Jbre des troupef.q,^fpn d^v^i^ j. ^niploirérp. et jl^s epdroiti ob l'pfir. pouvait, établir des magasins pour leur ^i^î^si^lânce. Il luii|Ki voyait soQ «entimentsur les'^ivefses.propc^iùpQa de pats» dl3 trêve oa d'alljljijiçes que.f^^^^isaient plui^i^eûrs princes etoétfyts sou^veralns. del-Eifrope, comme on, le vpit à^n^ plus^rs de. ses. lettres • et 4e celle; do a[)$irq\iis de Loukois. (i)» , . Lq roi ^ , pojur immortaliser .Fçxp|^(ïilion da vicomte de Turenne» fit frappi^rjat médaille où

fiV uNtres cla vicomte de Torennë; êà, ^ ikteinhrt a fy; g^tei ili».i &. ami 1 676 ; et lés . lettres da mataqo»

j mû 1073* ' „ . . .^ -

roD Teit auprès d'un trophée la Victoiro aui écrii ftur un bouclier le nom des ville» le» plus considérables que le vicomte de Turenue prit pendant l'hiver de cette année là. La légende » ji Rheno » cid Albim puUo Brandeburgeiui eleciore, signifie ; L'électeur de Brandebourg poussé depuis le Rhin jusquà F Elbe* L'exergue marque la date iGjS.

Cependant TE^pagne voyant le succès ex- Iraordinairç de nos armes, se ligua avec les Hollandais» et se prépara à nous bire la guerre du côté des Pays>nas; et Tempereur ayant fait de toutes les troupes de ses états upe armée de trente-cinq mille hommes, il ordonna au comte de Méniécucuili de la mener au secours de la

Hollande» et de faire tout sqp possible pour passer le Rhin et se joindre aux troupes de cette républiique, à la tête desquelles étah le prince d'Orange, et à celles des Espagnols que con^mandait le comte ae Monterey, gouverneurgéoéral des Pays-Bas j, ne doutant point qu'aveo ces trois amiées réunies il ne Tût aisé de nous cbi^ser et de 1^ Hollande e^ de Tempire. Le \icomte deTurepoe voulait aller chercher l'ar* npée de l'empereur jusquç dans la Bohême , où elle^Mssemblait; mais le roi lui, manda de n'en rien faire, parce qu'il avait résolu d'aller raser en Alsace quelques placés suspectes; Il lui ordonna de venir couvrir le Rhin du côté d^ celtp province , et d'empêcher en même-temps , s'il était possible , la jonction des troupes impériales avec celles des Espagnols et des Hoï^andais, du coté du Bas-Rhiq , et il lui ep voya ppjar cela quatre mille hommes de reoforti . ; .

Pour exéjsalér ces deui choses', le Tîcoiiite dé Turennô Quitta les états de l'électeur de Brandebourg , traversa le pays dé Hesse , passa le Meînà Seiingestat, et se por^a^îs-à-Vis Astfhafrenbourg. Le cotnte de Montécûcûlli ëtaîl venu de )a Bohême .'dans la Fr'antQnie;^ tes troupes de ce cercle ,'èt celles.de rélecteur *de Saxe et du duc de Lorraine rayaiè'nt jôlùt en chemin; et il était déjà arrivé ^ Nuren^berg, d'bii il po'uvaît également prendre ^a* marche vers le haut 6'u le bds flhin. Lé viéomte deTurbnne, par le poste (|u^H occupait; était aussi à portée de rempêc'her également ^'aller de, l'un ou de l'autre dé ces deux côtés; mais il avait (2iHu 6u'fl se, portât eh-dëçi du Mein , pour couvrir 1 Alsace; et le'bbmtè' de'Montécoculli^ en lui dérobant ^uë)<}ues'marches,' aurait pu passer ce fleuve , kl aller jpindre'ies £s[>agnoIs et )es Hollandais/ Lé 'vicomte de Turénhe se rendit maftt^e de tous léë passages du Mein , ai la réserve de celni de Wirtzbôurg, dont révéque lui donna parole <Jti'il ne laisâe'riait^oint passer lès.Jmpérlaux èqr^oh' pbnt, 'et Uii t)rbmit de garder itiVioIableinëilt 'la' néiitrèilrté; de sorte que le comte de Mbn'ti^uôull! ùe poiiVaïl plus désortii^is alléi^ ni* en Hollande nî en 'Alsace qu'il' b*eùr auparaVaiit libltù hotre artnée^^ Le vïcomte de Tu réunis 'F^ttendit qiielquJB temps aux environ^ d'A'schaff(^i]ibVûrg;':',ce {irWce pouvait tirer de ;grand^ avantagés du poste oti il était/ eh jideûleùrîiilii a()tiârn]éj& était de beauc^Àopj^us faible. que derfedèîxolJQtë ^e MbiitééticttRiV^ÊéaàMoin^ vbVant U f^iiteiii" avet laquelle ce géûétaf marôhaît^ïl tèb^iiViPKlleVid

(»5) devant de lui, et de lui dénher bataille. Il passa le Tanberi Harieàd'al; il s'avança' {itsqu'tt Rottemghetn, et il s'approcha eonn ^i prës det ÎQTpériaux',' qu'it-fallait nécessairement qu'ils ae retirassent on qu'ils acceptasseof I^ batailfe. D'na autre c&té Iq comte de Montécuculll ne pouvait déca^nper devant ttous sans exposer son arrière-garde k être battue; niai« de l'autre il appréhendait d'être encore plus battu dans ane affaire générale.' Ayant ,ildnc pris le paMi de n'en point venir aux nlàins'tVe<^ le vicomlA de Turennb , pour cacbef le desseîû qu'il avait de se retirer; il fit^nti petit nbuvement vers nous, comme s'il eût été déterminé h combattre ce -jour-là , bien persuadé qne nous n'irions à lAi qu'en batailfe , ei que pour nous y metiré il nonsTâudraîl'du temps, doïit il profiterait pour exécuter le dessein ait^it avait , comme il mi'Car.'pendaiit que nbiis rangions notre ari ~''«letq^il obus paraissait se donner de grands '^em'ents pont mettre en ordre là première "i, il faisait défiler la seconde avec tous les kes , derrière une montagne h côté de ^ul 6tait; et & peine fûmes-nous formés , ^tanes s'a première ligne d(îfller comme V, et se retirer avec le reste de l'ar- ^teena entre Ochsenfurtz et Wirlzn endroit tout envirooné de mon- { marïiis. Là vicomte de Turennë t les impériaux , donna sur leur B(jt y fit plusieurs prisonniers, leur '\tÙb dé leurs bagages et de lëurS se ptinVànt lés engager & com- Bâ« telle sorte' atllirès d'eui;

tju^ils ne pouvaient plus mi; marcher vers la HoIIaode par. le Heio dont il ét^âit abattre , ni s'avancer du côté de l'Alsace sanf lui prêter le flanc» é% exposer leur armée a être défaite. Il avait le Uein à sa gauche , un griu^ ravin à sa droite « et derrière lui un tr^-ïioq pays d'où il pouvait tirer des vivres en abondance ponr faire subsister son armée encore plus de deux mois; situation à finir cette campagne avantageusement pour la France» si Fév^que de Wirtzbourg eût gardé. la neutralité comme il l'avait promis; mais nou$ ayant manqué de parole» et ayant livré son pont au:f^j[npériaîa.» le comte de Montécuculli fit aussitôt jpasser son canon et ses gros équipages , et marcha .vers le Rhin avec son armée. Il oravait point de pont non plus que nous sur ce fleuve. S^il. entreprenait d'y en jeter un » nous pouvions, en faire autant» et passer même avant luj. kaisj'électeur de Trêves, qui nous avait aussi promit de garder la neutralité» )ui ayante encore, liyré les deux ponts qu'il avait à Goblentz » sur le Rhin et sur la Mo* §ell^» ce général fut bien, plutôt que. nous à Bono»o{] s'étant joints jeu^x. Espagnols o( aux IIol(^ndjais » ils assii^gèréjqt j'^ette place avec léuirs (rois armées », et .la nfirent. Le vicomte de Turenne» poi^r punir i,évêque de Wîrlzbourget ('électeur dç Trêves dé leu.r infidélité, ^t vivre ses tro,upes à discrétion dans l'évêché d.e Wirtzbpurg% e|; lenr donna des quartiers d'hiver daqs^ i'électorat de ^Trêves ;f|t après une

qui devaient occuper ses armées Tannée soi«:

vante.

La conquête de la Franche-G/oiQté fut la pre* m^re entreprise par laquelle on : réélut d^u* Trflhla campagne. Leê places de c§tle province n'avaient à la vérité que. de faibles garnisons ; mais il était à craindre que Içb ennemis ne vinssent à leur secpurs avec quelque corps d'armée considérable; car le duc.de Lorraine, qui regardait la Franche- Comté cpmpoe le passage le plus commode par où il pût rentrer un jour dans ses états » s'intérjessaut par là plus qu'au* con autre à la conservation de cette province» s'était chargé de. la secourir dès qu'on avait sa que nous avions dessein de l'attaquer. Il avait OLVoyé le prince de Vaudemont aon fils» se jeter dans celle des places qui paraîtrait <)evoir éln^.laf première .assiégée, et il é^ait déjà luimême avec ses troupes et une pi^rtie de celle de l'cfflapereur et.de, l'électeur palatin, auprès deiBâle, où il' demandait avec .de grandes instances aux Suisses la perqiission.de passer.sur leurs terres pour entrer dans la Franphe-Comté.

La maison d'Autriche même , qui n'avait point encore voulu leur envoyer d'ambassa<^ deur, quoiqu'elle eût recoppu leiir indépendance , léjur en envoya un alors , espérant les engager par cette démarche à accorder le pas* sage à, ses troupes. Gomme nous n'avions point de ce côté-là d'armée qui pût rien faire appré* hender aux Suisses i il était à craindre que se rendant enfin aux sollicitations de l'empereur et à celles du duc deXorraine, ils n'accordassent le passage au^ ennemis; et le bruit cou*

ralt d^à^i€(ttMl»'éiai^t sur ie p>oiût de le faire , lorsque le yicomte de Turenne entreprit de l^émpêcliièl* èf^^d^UëV -appuyer la n^gociailibn que nousiâ^km^idvec euii:>à'ee gu^et^ Pow <}ela if 'ôrdôn'hb 'li 'tiftô;*pàrlie d«s treopieB qui éfcftient' eh^qua¥tîèJ^d^^î|A iîorrâîtie et dsHi» PAUsee , de'Ie Vériii* jditifd^ô' du celé de^Iai^Soistse^et atec quètqfù^! dbinpâg^ieà de cairalerie; qu^il pfrit pour escorlè/ii se retidit ea>dilr«Dce à. He^iDgfaiefn, VfHàge qui n^e^t qâ^à utild^îeim^dei Bâle> n y arriva^ assez tàrdMâiat«'tf6B Me^loute la'viUe ed* fût iâfo^mëeril y en^^ya ter' ldii4e* mald'de giand'itidiiisoiii ib'attr@ id'tiâld:^ afec ttaë-grâTiéte' sikitë déip^eûtvoyetrw qtfi'ffTëienk ordre d'achteter et d*eûleter tcnit'fce qui^fiia>(rmi^ f^ail dans les" ii4%ircbés', et dë^lireiqûe k'4uit pour^ le vicomte de' TûrèôEte^ qui' éldil:ia»»iT6ià. Hèâin^hen , etqûi^dou^ail ce>'j<iiirilâ^<|nahger aux principaux! officielle db] s^yâ ' ariïiéei Ce fracas eut? son eff^ : tbut Bàlë nSe^ parte qm^da» Parrfvéé'dli vi6einfè'de^Tui«en^«ie^^ étales liâigia* t'rbts'decette'viHid le aachatitsi prèadeox, é<iOtttèreii't' dbs' p^pbsitionie , et refesèrent la passage eu duédë iToi^raliîe , si bien-qtmtlesr^i , qui attaquait en personne la^Fraiïctio-Gonitéi i?èn reflfdi t Meiitôl ;Iè maUre.

Cette HcHîTveH'ë'clônqtiêre réreiHâiI'ênvîer de nos T^sfnsrxsètix^qui ju^que-tàiérâit»! demearér neutres 'se^ d'é^tiak'èfe^Éit contvêf néus; L'évéquedêM\iiTïstër'; tfotr^^lKÀ, àoi»s âbàndoona , et se joignft'ànos^tinètn'ls} l'électeur dciBrandéi)oarg iùéùte, qfii ntftts avait idemaBdè' la paix Taniléè précédente i-v'^iyimtpresquê'toâte' rSurope a^tiilir cÀJMM^Mïiis^i crat.ptyiivaii' rà><

1er impunément le traité q^u'ilTenalt pour àSasi dire de signer, et se ligua avec les autres. Toul entra dao$ la ligue : Te landgrave de Hesse » . rélecteur palatin » rélecteur de Trêve»» en un mot, toute l'Allemagne» horniis l'électeur de: Bavière et le duc d'Hanoi^re » qui demeurèrent neutres. A un n grand nonabre d'ennemis Ie> roi n'opposa que lé vicomte de Tùrçnnd» et il renvoya contre eux avec dix mille homm«^«> C'était bien peu de* troupes pour résister aux efiortsde presque toutes les piuissancesdu corps germanique réiinîea ^ensemble* Néanmoins ,.

comme on ne lui en voulut pas donner davantage » ilae pirépara à faite ce qii^il pourrait aveo ce peu de Jbrces. II. commença par engager Strasbourg !à la neutralité; .il tira parole deS' magistFi^ts de cette, ville qu'ils ne laisseràientr passer auéun de^nos emiettusisur le^ur ponl<;,et ajantsu que toutes lea forces tdelettifîre de-* vflient s'assembler! dans lé Baktinal , :qijie> leai troupes de Téleoleur pailaliii. et celfea du duc de- lîorraim y étaient déjà'^ et qu'elles y.aUen'idaient le: duc de BournonviUe qui leur ame^ nait celles' de-I'emperenr; il résolut 4'en<4r^r( dans le Palatinaty et de .comJ>aiyrei ce. qu'il yi avait d'ennemis asseraUéf arai^t^que le<îac de^ Bournon^iHe lies i eût foînts*' Itétail béauooupj plus -éloigné d'eux queienduc de BetirnaniriUe.:; ce général n'avait que le Neoker à passer „. et ilf était maître de le faire qnandiilvFOÎMlt'aitvSUfi: le pont dé HailbroÂ^ au lieu qm'iriàUail quelir vicomte de Turenne passât^Je Shm , siir lefaet îi n'avait pointde pont.NéaiimfMals ^.ayânt^priâ le parti. d-eftéottter aw A^mfijQ^&^ toutasi

les diiBcuItés , !1 envoya ordre qu'on fit on pont de bateaux à Phiiisbourg ; il partit d'Hochfelt , près de Saverne , avec six mille ^chevaux et quinze cents hommes d'infanterie; il y laissa deux mille cinq cents hommes à la garde des bagages , qu'il ne voulut pas em<mener , et il fit une telle diligence que dans deux jours il arriva vis'à-vis Phiiisbourg, dans lé moment mênie que son pont venait d'être achevé.. II y passa lé Rhin aussitôt; il emmena avec lui les régi- Daents anglais de Douglas et d'Hamilton , qui étaient campés sous Phiiisbourg» avec les dragons du gouverneur de cette place; il y prit aussi six pièces de canon et du pain pour trois jours , et il détacha en même-temps plusieurs partis 9 pour avoir dés nouvelles dé Faraiée ennemie. Le duc do Lorraine et le comte Caprara qui la commandaient, croyaient le vicomte de Turenne à plus de quinze lieues de Phiiisbourg lorsqu'il passa le Bhin , et ils furent fort étonnés lorsqu'ils apprirent cette nouvelle. Gomme iU né voulaient point en v'enir aux mains aveo nùtm que le duc de Bournonville ne les eût fuints , fis résolurent de se retirer au-delà dii Necker, et s^avanoèrent à ^andës journées vers Hailbron , pour y passer ce fleuve. Le vi- 450iate de Tureniie pénétrant leur dessein,

Ii^resia encore plus la marche das soldats : il eur avait fait faire douze lieues en un seul jour, dVec dés fadguea inconcevables; niais ik.étaient Persuadés qu'il ne leur aurait pas voiuiu donner Va moindre ptîbk'Vatis une nécessité absolue. Alnsi^ bien é^im dos 'murmurer) contre lui » oa ks voyait; se pii{itierd'éBUil&tionyk qui. ferait

paraître plus de gaité dans les di£Bcultés d*oii6 marche 'si pénible , et à qui irait plus mite.» dans la seule vue de faire quelque plaisir à oe prince , qu'ils regardaient moins comme leur général que comme leur père; de sorte qu'ayant fait près de trente lieues en quatre jours» il joignirent les ennemis avant qu'ils fussent arrivés au Necker.

Le duc de Lorraine et le comte Gaprara BOUS voyant si près d'eux qu'il leur était impossible de nous éviter, ne pensèrent plus qu'à occuper quelque poste où leur armée pût être en sûreté contre tout ce que nous pourrions entreprendre, jusqu'à ce que le duc de Bournonville les fôt venu joindre. Sintzheim » oii ils étaient» leur parut très-propre pour cela. Cette ville est à une égale distance de Pfai- Itâbourg sur le Rhin » et de Hailbron sur. le Necker. Elle est située au pied d'une montagne dont la pente est assez douce. Une vieille abbaye qu'on a fortifiée et qui sert de château » est sur une hauteur entre la ville et la montagne» beaucoup plus élevée que la première» et un peu plus basse que la seconde. Sur cette montagne est une plaine qui est fermée par derrière d'un grand bois , et qui est assez spacieuse pour qu on y puisse ranger une armée en bataille. C'est là le poste que choisirent le duc de Lorraine et lé comte Caprara » pour y attendre le vicomte de Turénne. Ils se saisirent de la ville et du château ; ils y jetèrent une partie de leurs bataillons pour les défendre p et ils mirent toute leur cavalerie avec le reste de leur infanterie , en bataille dans la plaine qui

'est au-dessus de la montagne. Toute leur ar- •mée 7 fut rangée sur deux lignes; le comte Ca-

Îrara se mit à la tête de la première, et le duc e^Lorraine à la tête de la seconde. Là , adossé d'u^ grand bois qui empêchait qu'on ne pût

•aller à eux par derrière, ils voyaient leur droite assurée par le château et par la ville , dont ils étaient les maîtres , et leur gauche fermée par

'-une. chaîne de montagnes escarpées» qui s'étendaient fort loinducotéd'Hailbron. Us avaient outre cela devant eux , au pied de la^montagne

^t au-delà même de la> ville, la rivière d'EIsatz et <un gros ruisseau qui les enfermaient par devant , du c6té de la plaine île Sintxheim.

Ce fut dans cette plaine que le vicomte de

•Tutenne arriva "après quatre jcnirs de marche. Il reconnut d-ahordla situation des lieux et la di£^position des ennemis. Il ne pouvait les aller

'^attaquer ni par sa droite , qui était ferméo. par des> montagnes escarpée», ni>par sa gauche» où ee trouvaient; la vplle et le château , dont ils

> étaient les maîtres. Le seul endroit par où Ton pût aller à eux était un défilé qui>vade^ gauche

'! à droite, à coté de la ville , lequel peut k peine

' contenir quatre hommes de front, et qui est dominé par le château ; desorte que pour aller

' par ee défilé il fallait et se vendre maître du château qui le commandait , .et forcer la ville

•qui est au-devant du château. Nous avions devant nou^ les avenues de Sintzheim , qui étaient toutes embarrassées de jardinages et de rues trèS'étroites , etderrière ces avenues un gros ruisseau et une rivière profonde qui n'étaient guéables en nul endroit , et qu'il fallait passer

'ûmni qû^ id^a'rmer |à }a yiUeiVpJ'U^i^urs sources et ruîas^AUX fors^ent uoe espèce de iparécage , aux enviroos de cette ville i et le reste du terrain est si plein de baies et de vignes , .que les gens de pied même ont bien de la peine hj marcber. Toutes ces haies et ces vignes étaient occupées. par les ennemis; ils avaient jeté des mousquetaires dans le fambourg 6t d^ns les jar^ - dinages ;i les buissonn. > les> bords des. ruisseaux , 'tout étailfgarni d'infanterie «et quand on serait T!enu à bobtde^cbasser eette infanterie de ious les- eadroitsiq^'eUe occupait , de passer le ruîs- ' seau et la rivière , aur lesquels il n'y avait qu'un . ptont , de:force^ le faubourg » la ville et le châ-- : tejau, et de gagoer enfin: le défilé , nous n'avions au bnut de oedéfilé «pour nou5<qiettre en h^- ' t^tle, qu'Qii fueiit triangleXort 4tr0Ît » qui allait ' too|ojar& en^moiitant, etîid^Qs lequel <>n pouvait ,è peinô mettre thx ou sçpt esca.dron$ de front. 'Uiest Vrai que œ terrain s'élargissait peu à p^u àt une certaine <li3tance; mais ce n'était qu'à . Ufiie portée de Diousquet des ennemis .et com- ^ment>aller former des lîgneis si-près d'eux? Ils ' n'avaienlè U ?éritéqueneufè.dix mille hommes non plus que nous ^ mais leurs troupes sor- IjàQt de bons quartiers, étaient fratches et reposées » au lieu que les nôtres- étaient extrêmement fatiguées d'une marche de près de trente :Iieliés> faites en quatre jours, et sans, équipages. Toute leur cavalerie était cuirassée , et la plgpart denos cavaliers n'avaient pas piéme de -buffles. Enfin leur armée ne pondait manquer d'avoir sur lanâtre l'avantage d'un grand fronN Le vicomte^ Turenne vit toute» ces difficulté

comme en un instant; maïs il envisagea en même temps tous les embarras oh il se troaverait après la jonction du duc de Bournonville» s'il ne battait pas les ennemis avant que ce général les eût joint; et considérant outre cela quel avantage ce serait pour la réputation et pour les intérêts de la France , dans la conjoncture des ajBaires ^ d'ouvrir la campagne par une ▼ietoire , s'il pouvait venir à bout de la remporter, il se détermina «au combat, malgré tant d'obstacles qui devaient, ce semble, Tende* tourner. Ayant ainsi pris parti, il commença

{>ar faire mettre pied à terre à ses dragons , et es ayant commandés avec tonte son infanterie, pour se saisir des avenues de Sintzheim , il chassa les ennemis des bords du ruisseau et de la rivière sur lesquels ii« étaient; il les délogea des vignes , des jardinages , du faubourg et de tous les autres endroits qu'ils occupaient; oe qui fut exécuté avec tant de promptitude qu'en .moins d'une heure nous nous rendîmes maîtres de tous les environs de la ville , et nous noua trouvâmes sur le bord du fossé. Les ennemis s'étaient tous jetés dans la ville k mesure que nous les avions poussés; ils s'étaient retranchés derrière les portes avec des tonneaux pleins de terre et avec de grandes pièces de bois dont ils avaient fait des traverses. Le vicomte de Turenne fit passer le fossé sur des fascines doot on le remplit; on enfonça une des portes de la ville , on passa au fil de l'épée une partie des ennemis , et on força l'autre à se rendre à discrétion. Ils avaient eu ordre de rejoindre 1 armée au cas qu'ils ne pussent «e maintenir dans

( aaS )

€6 poste; maïs l'attaque en Ait si vive qu'ils n'eurent pas le temps de se reconnaître, et qu'ils furent ou taillés en pièces ou pris avant qu'ils eussent seulement peâsé à capituler ou à se retirer par les derrières sur la hauteur où était le gros ae leur armée, La vigueur de cette action, dont la nouvelle fut portée dans le château par quelques fuyards, y jeta l'épouvante. Tous ceux qu'on avait mis dedans pour le défendre l'aban^ donnèrent et s'enfuirent. Le duc de Lorraine et le comte Caprara , qui en furent avertis , y envoyèrent prompteme&t un régiment d'infanterie; mais quoique la hauteur sur laquelle était ce château fût assez escarpée de notre côté , nous y arrivantes les premiers , et celui qui commandait les ennemis ayant été tué dé la première décharge qu'on fit sur eux , tous les autres prirent aussitôt la fuite. Le vicomte de Tur'énne s'étani ainsi rendu maître du château qui dominait le défilé par lequel seul on pouvait aller aux impériaux, y mit de l'infente^' rie qui , faisant feu sur celle que les ennemis avaient dans les vignes et dans les haies au-dessous , les en chassa. Il les délogea ensuite de toutes les hauteurs qut étaient entre la ville et leur armée. Il s'empara des deux côtés du di^ filé , et les borda de mousquetaires. Il fit faire deux ponts sur la rivière et sur le ruisseau a l'armée passa moitié à la nage , moitié sur les

Iionts; et lorsque tout fut arrivé au faubourg de a ville , le vicomte de Turenne fit passer d'abord son infanterie à la faveur du feu du château et de celui des mousquetaires qui étaient sur les hauteurs du défilé. Les ennemb ne géir^

daient point la tête de ce défilé » se flattant qoer de la manière dont ils étaient postés ils défe^ raient aisément nos troupes à mesure qu elle» Tiendraient à se former devant eux » de sorte que le vicomte de Turenne le fit passer k toute son infanterie sans aucun obstacle»

Le terrain que nous avions pour nous mettre en bataille au sortir du défilé, était serréàdroite > par un grand clos de vignes , et à gauche .par une longue haie qui s'étendait jusqv à la mon^ tagne où étaient les ennemis. Le viciHEnte de Turenne fit avancer de l'infanterie à droite et à gauche; il jeta des mousquetaires dans le grand doa de* vignes , et-fit mettre deux batailloiia derrière la gnande baie ; U plaça le reste de son i infanterie en divers postes , ou en corp». oa par . détacheipents , selon la disposition du; terrate, à desaein de favoriser sa cavalerie ; lorsqti'eUe 1 arriverait pour se mettre en balaiUè-, et piourJa . aoutenir lorsqu'elle viendrait h élre chargée par les ennemis. Après qu'il eut Ainsi. posté son >{nlanterie, ilfibpas&er se», cavaliers deuxè^déux par- le miw^ défilé , et il . les fit . mettre m be* ' taille jà(fi»Qswe.qn'ils étaient passés. Le terrain /était aiirétffoit qu'il ne.put y former que des li- - ^es 'fort'Oourtei. Il derona :1e 'Oûmmandement • ' OQ l'aiie droite au > marqnis'de fiatnt- Alire ,. lieu- : tenant-général , ayant sous Itii le sieur de Beauvezépourcommandant de là cavalerie, leseooites de Maulevrier et de fioye pour maréchaux de camp , et milord Douglas , le chevalier Duplessy , a^ec le sîeur du Pitôy pour brigadiers , auxquels se /joignirent les chevaliers d& Vendôme et de Bouillon /qui faisaient lacampagoe

ea qualité de rolontaires. Le sieor Foucault v lieutenant-général , fut mis à la tête de l'aile gauche,. et eut sous lut» pour maréchaux de camp , les comtes d'Auvergne et de la Marck , et pour brigadiers te comte de Hamilton , le chevalier d'Uumières et le sieur de Goulanges. Le coBàmandement du corps fut donné au marquis de Rcnty. Le vicomte de Turenne avait pour aides-de-eamp les marquis d'Harcourt et de Buvigny , le chevalier de Sitlerj » et le sieur de Silly-Guénégaud. Il se mit au centre de Tar» mée» à la tête de laquelle il fit avancer le canon » et il ordonna sur toutes choses» à sa^ cavalerie » d'essuyer te feu des ennemis sans tirer , et de ne les charger que Tépée à la main. A peine eûmes-nous formé deux petites lignes à mi-côte» que les ennemis » qui de leur hauteur voyaient lojus nos mouvements , ne voutaiit pas noua laisser le temps d'en former une troisième, vinrent fondre aur nous avec tout l'avantage que leur donnait la pente du terrain » et renversèrent notre première ligne sur la seconde» Notre canon ne faisait que d'arriver» aï il était encore attelé » de sorte que les attelages , épouvantés par le brnit de la mousqueterie . des ennemis- » s'échappèrent k travers nos escadrons » et rom^ pant nos lignes , entrainèrent deux pièces de canon jusqu'à l'arrière-garde» eequi causa beaucoup de confusion. Le vicomte de Turenne rétablit ce désordre le plus promptement qu'il lut fut possible : il fît avancer nos bataillons la pique baissée » pour arrêter l'impétuosité des cui- . rassiers de Tempereur » qui faisaient tous leurs efforts pour enfoncer nos lignes; et l'infanterie

anglaise » dont une partie se trouvait I& derrière uD rideau , et 1 autre dans les haies , fit de si furieuses décharges sur les ennemis ^ que » ne , pouvant soutenir le feu , ils commencèrent à reculer. Notre cavalerie se rallia , les rechassa sur leurs hauteurs; nous gagnâmes un peu de terrain. Gomme le vicomte de Turenne avait fait passer le défilé à de nouvelles troupes pendant cette première charge > il voulut donner une nouvelle forme à son armée, et recommença tout de nouveau à la ranger; il laissa véritablement la cavalerie dans le milieu^ comme elle était; mais il fit mettre quatre gros bataillons sur les ailes, et des pelotons d'infanterie entre les escadrons, pour seconder nos cavaliers lorsqu'ils en viendraient aux mains avec les ennemis. Il plaça son artillerie à la tète , et, ayant plus de terrain , il fit une troisième ligne , et ordonna qu'on étendit un peu plus les deux autres. Mais à peine notre canon avait-il commencé à tirer , que les ennemis ne voulant pas nous donner le temps de former un plus grand front , revinrent une seconde fois à la charge avec l'élite de leurs troupes. Ils firent plier presque toute notre première ligne; ils l'enfoncèrent même en quelques endroits , et se firent jour à travers quelques-uns de nos escadrons; il y eut pendant un temps assez de désordre pour craindre l'événement de cette journée. Mais le vicomte de Turenne avait si bien posté son infanterie , qu'elle se trouva partout à portée de réparer les désavantages qui arrivèrent à la cavalerie; et les divers pelotons d'Anglais qui étaient entre nos escadrons , firent un si grand

feu sur les cuirassiers de Femperear» qu'ils les empêchèrent de passer outre , si bien que nos escadrons s*étant ralliés » et le ticomte de Turenne s'élant mis à la tête avec tous les offi» ciera-généraux , ils fondirent Tépëe à la main sur les ennemis , et charçèrènt avec les cavaliers. Tous les escadrons se mêlèrent danscette charge» et notre cavalerie rompit presque les cuirassiers qui étaient devant elle. Il est vrai que comme 1 espace oii elle pouvait être soutenue par Tinfàn^terie était fort éteoit» ceux qui voulaient aller en avant pour gagner du terrain » non-seulement n'en étaient plus secourus , mais même se trouvaient insensiblement enveloppés par le

Srand front des ennemis ; et que quelques-uns e nos escadrons s'étant ainsi trop avancés , furent aussit&t pris en flanc; mais ayant bientôt reconnu la faute quils avaient faite » ils reviur reàt en diligence sur leurs pas » et il n'y eut pas un seul des escadrons qui forent atnsi cbarV gés , qui ne se ralliât de luirméme derrière ceux qui n'avaient point été rompus. Le grand feu que nous faisions de derrière la baie était cause que les. ennemis n'osaient pas seulement téter notre aile gauche qui était de ce côiéTlàs ils réunissaient tous leura efforts contre notre droi-» te, et ils l'auraient peut-^être fait plier à la fin » si le vicomte de Turenne ne l'eut promptement fortifiée de quelques escadrons qu'il tira de la gauche. Il ne se contentait pas d'aller parmi lea rangs pour encourager «es troupes de la roîx et du geste; il les animait par àon exemple » en ne se ménageant pas plus que le moindre soldat.

Il se trouvïiit pai^tout» donnant soa ordres aveo

toute la tranquillité possible. Il se mêla dix fois arec les ennemis, l'épée à la main, etii fut plus d^une demi-heure au milieu des cuirassiers de I empereur* *

Le duc de Lorraine et le comte Caprara n*en faisaient pas moins ; et s^élant mis à la tête de leur aroaée avec tous ks officiers généraux 9 le combat devint beaucoup plus terr^le^qu'il lie l'avait encore été; Il n'y eut point d'escadron qui ne chargeât quatre ou cinq fois. Les éteodards et les drapeaux furent repris des deux côtés. Le marquis de Montgon portait la 'coraette blanche; la lance de sa cornette ayant été cassée en trois morceaux , par deux coups dô sabre et un coup de pistolet, il essuya le feu de deax batailhms pour raniiisser cette cornette, et il eut) (encore «on épée cassée d'vn.secottd cè«pi de pistokte Nos autresoffiders firent é^atemenlr l^araftre leur cosdmte etleur^courage dans le» diverses renconitres oui se préseatèrenl^ La^ poussière était si grande qu'on neise voyait près-" que point; et laconfubioa inévitable* dans: ces sortes d*occasions , contribuant au carnage , on' s^iacbarna tellement que l'on éta^tt môléeasem^ ble ; atois et ennemis «quelquefois sans «se con-i naltve ni pouvoir rejoÎMfO ceux* die sobparti : le désordre ét^itisbovenf iég«l^ part et d vautre. Los ennemis se rallrèrent jusqu'à^sept fois , et firent huit charges consécutives , mais ils furent Ipu^ours rom^^us H repousses ; et comme à chaque charge ils' perdaient un peu lie terrain que gagnaient aussitôt nos troupes s*^noùs étendions toujours' de plus en plus le front de notre armée, dei sorte qu^il se trouva jusqu'à' dti^buil

encadrons h notre première ligne « où' il n'y en avait eu d'abord que etnq , el que; montant toujours peu à peu , nous arrivâmes enfin au-dessus de la montagne. Alorsle vicomte deTurenoe marcharaus: ennemb avec sa^premièire ligne , résolu de les charger et de les pousser avec tonte là vigueur possible. Mais le duG^de LorrtâiiB.et. le 'comte Gaprara voyant le terrain que nous aviooa^^'gagné sur eux-, ne jugèrent pas 2h^ropos'de!noiiS' attendre; et profitant de TavimAjasé derla poussièrequi nous empêchait de lesivenr bien distinetement , ils firent approcher peu è peu'leor armée du bois <{ui était derrière eux, et od. tous les ennemis.se jetèrent pèle* mêla' pour sereliverda'^&téd'Heièdeiberg , faisant couvrir, leur reûalle< par quelques esca* dwws qui» aprèaiavoiT' lait une asses légère cfaar^tà l'a^ière- garde; les«iliHrent aussitôt , eHiW.retirèrent avec eus. Le. vicomte de Tu<« ayant reconnu les bords ;du: bois et l'en^ routes, se jeta dedans avec toate son armée. On y trouva les équipages des ennemis ettleura>btessés> qu*on prit avec les traîneurs. Qb passa le bois , qui avait une demi-lieue de? laDgeor» On. suivit les ennemîa plus d'une*, beaisa data la plaine , jusqu'^ un autre bois où «klentrèrentet où ils continuèrent leur retraita Ma)s comme ils pirirant diverses routes xfui mm» étaietit inconnues, et que d'ailleurs nos trou-r pes étaient e:étrémement fatiguéee d'une marche cotodouelle pendant qoatre.jours et quafrei noîfis, à la fini d& laquelle uncooAat si opiotâtra avait achevé de les épuiser , le vioomte de Tu-^ roane-s&cqntbata defatre^pounuivreiles enae-

mis jusqu'au Necker, par le marquis de Renty, à qui il donna un corps de cavalerie , et il cam*pa entre les deux bois avec le reste de aoa armée. Cette retriute^e fît avec tant de frayeur de la part des ennemis » que plusieurs ne se croyant pas en sûreté après avoir passé le Necker à Heidelberg, firent encore plus de seize lieues par-delà, et ne s'arrêtèrent point qu'ils ne fussent arrivés à Francfort.

La bataille , avec les actions qui la précédé* rent , dura depuis trois heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Nous y perdîmes les sieurs de Goulanges et de Rocheibrt , tous deux mestres-de-camp /près de cent quatre-vingts officiers subalternes, et environs onze cents soldats qui furent tués. Le marquis de Saint- Abre , le sieur de Sillery et le sieur de Beau- ▼ezé T furent blessés à mort; le. chevalier de Bouillon, le comte de la Marck, les marquis d'Aubeterre et de la Salle, et la plus grande

tarlie des officiers subalternes y furent aussi lessés p mais moins dangereusement. Il demeura du côté des ennemis plus de deux mille morts sur le champ de bataille, sans les blessés; on fit cinq ou six cents prisonniers; on prit plusieurs drapeaux, étendards et timbales, et quarante chariots chargés de bagages. Le vicomte de Turenne mit tout le Palatinat à contribution : il fit donner des vivres en abondance à ses troupes harassées ; §t pour les remettre entièrement de leurs fatigues , il les ramena au-delà du Rhin p où étaient les équipages de l'armée* * La France , pour consacrer à la postérité la

mémoire d'une expédition si prompte et ai vive» fit frapper la médaille où l'on voit un foudre ailé. liOS mots de la l^ende, Via etceleritaa ^ signifient : ligueur et vitesse , et Texergue , Pugna ad Sintzhenium. M.D. C. LXJÙV , Bataille de Sihtzheim. 1674*

Depuis cette bataille , les ennemis qui avaient été dispersés dans leur retraite » s'étaient ras* semblés au-delà du Necker , où le duc de Bour- DODviile , général de l'armée impériale , les avait enfin joints avec un corps de huit mille hommes. Ils n'osaient néanmoins tenir la campagne, et ils se retranchaient dans leur camp, où ils étaient résolus de demeurer en attendant les troupes des cercles , des princes et des états de l'empire , qui venaient de les joindre. Mais le vicomte de Turennev qui voulait ««corè les combattre avant cette seconde jonction , ayant fait suffisamment rafraîchir son armée » qui venait d'être renforcée -de quinze cents chevaux» et de l'infanterie qu'il avait à Hochfelt » passa encore une fois le Rhin à Philiabourg , sans emmener de bagages avec lui , afin de pouvoir aller plus vite; il marcha trois jours et trois nuits, et arriva au Necker. Les ennemis étaient campés au-delà de ce fleuve , près de Ladem* boui^, petite ville entre Heidelberg et Manheim; ils étaient retranchés dans T.endroit qu'ils occupaient , et ils l'avaient fortifié par tous les ouvrages qui peuvent assurer un camp. Ils avaient devant eux le Necker qui les couvrait; ils en avaient palissade les bords; ils 7 avaient dressé des batteries de canon, et ils avaient pris toutes les précautions nécessaires pour nous en dis-

. |>titer le passage. Leur armée était de treize h

Juatorze mille hommes, et la nôtre n'était que e dix à onze mille; néanmoins le vicomie de Turenne ayant résolu de les aller attaquer , borda le Necker de son canon à Wibiinghen, où il Toulait passer , et y fit faire un pont sous le feu de son artillerie; mais, à peine ce pont était-il commencérque les ennemis abandonnèrent leur camp et leurs retranchements , et se ' retirèrent vers le Mein , du côté de Francfort. Le yicomte-de Turenne détacha après eux le comte de Roye avec un corps de cavalerie , lui . ordonnant de les charger sitôt qu'il serait à portée pour les arrêter , et lui donner le temps d'arriver àv^c le reste de l'armée , à laquelle il fitpromptement passer le ISecker moitié à ^gué, moitié sur so;i pont. Jamais tcoupes ne marchèrent 4ifec plus d'ardeur que les nôtres; quelque diligence que fit. la cavalerie » l'infan- . terie la joignît à tons les défilés. Mais les enne- :;mis avaient telleùiont peur que ixous ne tombassions sur eux» qu'ils firent quatorze lieues tout d'useitvaiteials étaient au-delà deZwinghenberg lorsque le comte deiRoyeconpmença 'À charger leur atrière^arde ; la «vinotpte de ' Turenne y étant arrivéïbientôt après avec toute ; l'armée, la frayeur saisit tellement Jesi ennemis •il 'notre approohe, qu'ils se débarr^asèrent de -tjout ao'qâi les; pouvait incommoder » pour fuir j ^a»6C plus d^précîpitation. Toute leur route était f.aeBiëa deeuirasses et d'autres, sortes xl'armes; ;}ils'laîssè9ent derrière eux beaucoup d'hommes ^etide ehcivau fatigués ^que nous primes, et on -les «poussa^eafiA, si4Eivemeiil,rque l'infaqteria

Véiahi débanda à dcoite.et à gduc&e dans les montagnes et .dans les bois , il ne.s'en tira pas qualfe cents- hcdumes ensemble». et 90e leur eavalerie ne s'arrêta point qu'elle ne fût dorvière Francfort » au-delà du Mein. Nous les suivlaies }usque sur les bords de ce fleuve ; nous primes les principaux officiers qui étaient à Taroière • garde , un grand nombre de sqldais , six piè€ds de canon et une partie du bagage; etice fut pour immortaliser cette dévo^te qa on frappa la n^dftiUe où Ton vott oa hompoe à cheval, qui tient un étendard .aux. armes de France , et qui eourt à toutes jambes après, les ennemis.^ Derrière «si le ileuve du ;Neoker.!La tégefide» Germania iterùm fusis , %vgQ\ùià\uLes jHhenumda^difidiB une, seconde fois^ l'exergèe^n jid Nicmm. M. D.a LXXIT^ Sur ips berdê du Mecler* i^'}^.

tPar Cette fuite des .ennètaîs ^^ ïe-vicômteide

Turenne set :tP0U vaut onalète 'du Paiatinat » 7 fit

vivre iies troupes à disorétioit , et 8on';année ,

e^qualre eu cinq campements iqui^ducèrent

iphèsid'iui mois» oensoipna tous :lets /fiouèrà^s

-et toutes Jés noissons de ce pays »Mde ifaaôîère

^u'ftliejfrt été impassible à/ attCQn>cor)]|side.tPou-

.pes d'y .sub^'sier»' < La f)lupàit . des )pay8ffns -du

> PèlMinat , dépouillés. de- •tejiilaesiohoses , furispt

•.^b%és.'d'abandonnerleui:sflbatsoBS.etide.8orjbir

-du ;pays;EDaÎ8 îk n!yjeati.«Qi1»s ïdéiscrifautaés

iqt&'iilsiiie: fissent .aonj&ii!Là:(ûQiiXMâè i^os^ioldats

Jqb'il^ifiurentiipveqiiâra) pbqnise ^pgBDded'jéi--

DlréMJêétoiii.ilous learédilîlians^'Jlsep pe^i^irent

!v4|Uf»qiNkS^U]is kitâtftenfhsB^jeîJcls firent brâlfer

L& |iet|{.feu p j»a Jas Uisbèvcnt qinsi apootut isans

les étrangler ; ils arrachèrent le cœur et les entrailles à quelques autres encore en vie » et leur crevèrent les yeux ; et après les aviâf^ious massacrés ou nautiles avec la cruauté la plus barbare, ils les exposèrent en cet état sur les grands chemins. Notre armée eut ce triste spectacle en plusieurs endroits de sa marche ; et les Anglais ayant trouvé les corps de quelques-uns de leurs camarades ainsi misérablement tronqués, cette, barbarie les -outra de telle sorte qu'ils allèrent comme des furieux , le flambeau h la main , mettre le feu partout aux environs , et brûlèrent quantité de bourgs et de villages» et même quelques petites villes , dont les habitants furent contraints de s'aller établir dans d'autres états. L'électeur palatin voyant son pays ainsi dépeuplé et.ravagé , était au déses* poir de n'avoir pas accepté la neutralité que nous lui avions offerte. Irrité de la désolation de sts états, n'ayant point d'armée pour s*en Tenger , et ne sachant à qui s'en prendre, il envoya faire un appel au vicomte de Turenne, et lui écrivit une lettre par laquelle il lui mandait qu'il le voulait voir l'épée à lamain , dans on combat particulier» Comme cette lettre lui fat apportée devant tout le monde par un trompette, il la lut en présence de quelques oiBciers qui étaient avec loi; mais il n'eut pas plut&t vu ce qu'elle contenait qu'il fut très-âchéde l'a- Toîr lue publiquement, par considération pour l'étecteur palatin ; à la réputation duquel il craignit que cette lettré ne Ùt beaucoup de tort : car cet électeur passait pour le prince de loutrempire qui avait le plus d'esprit; et le

Tîcomte de Turenne jugeant bien qu'il ne serait as long-temps à se repentir de l'appel qu'il ui avait fait faire, aurait bien voulu ménager l'honneur de ce prince. En effet, il n'eut pas lutôt lu la réponse pleine de sagesse que lui t le vicomte de Turenne, qu'il demeura confus de ce que la passion lui avait fait faire. Le vicoDQte de Turenne ne voulut donner à qui que ce fôt copie de cette lettre, et il ne l'envoya même au roi qu'après qu'il lui eut promis qu'il ne la ferait voir à personne. Il fit un châtiment exemplaire de ceux qui avaient été les auteurs des incendies; et comme c'étafent la plupart de fort braves gens , il ne put les condamner à la mort sans se faire une extrême violence; ce que tout le monde remarquant , il fut toujours regardé comme le père de ses soldats , lors même qu'il faisait [iunir suivant toute la rigueur des ordonnances.

Au reste 9 après avoir consommé les fourrages et tout ce qui pouvait servir aux ennemis dans la partie du Palatinat qui est à la droite du Rhin , il revint dans celle qui est à la gauche , pour y en faire autant. Ce fut là que la dyssenterie s'étant mise dans son armée , on reconnut encore mieux qu'en aucune autre occasion jusqu'où s'étendait sa bonté pour les troupes , car le meilleur père ne se donna jamais plus de mouvements et de soins pour la guérison de ses enfants qu'il s'en donna pour celle de ses soldats. Aussi étaient-ils pleins d'amour et de vénération pour lui. Ils n'avaient nulle inquiétude, pourvu qu'ils sussent qu'il était en bonne santé; mais I0 travail et les fatigues continuelles qu'il

avait à soutenir leur faisaient craindre qu'irise vint enfin à y succomber. S'ils étaient seulement une demt-]ournée sans le voir, iU cou* raient à sa tente pour apprendre de se^nouyelles; quand il passait à la tête du camp , ils sortaient de leurs barraques ou de leurs caDonnières comme s'il y avait eu long-temps qu'ils ne ^eussent vu ^ et on les entendait se dire les uns aux autres : notre père se porte bien; nous n'apons rien à craindre^ II ne se passait guère de )ours qu'il ne les vit tous; il les saluait et leur parlait avec une noble familiarité , et il prenait plaisir à voir combien il en était aimé»

Cependant l'armée de l'empereur et de ses confédérés avait été jointe par les troupes des cercles de l'empire, et par celles de Zell » de Wolfenodiutel , de Saxe , de Hesse , de Munstefr de Trêves et de Cologne; et comme il semblait que cette multitude d'ennemis allait inonder tout le royaume , le marquis de Louvois manda au vicomte de Turenne d'abandoaner au plutôt l'Alsace , et de se retirer sous Nanciy pour* sauver Tarmée du soi» et défendre s'il était, possible la Lorraine; à quoi le vicomte de Turenne répondit que le danger ne pressait ms si fort, et qu'il espérait pou voir, conserver la Lorraioe sans être obligé d'abandonmer l'Alsace. Le marquis de Louvois écrivit une seconde, lettrie 4U vicomte de Turenpe» par laquelle il lui mandait que le4uG4e Lorraine prétendait pénétre^^av^ êes étiits par le .moyen des intetUgeoceft ipi'ii y a.vait pratiquées; et que s'il ne quittait .prwnptenant l'Alsace ;paur venir coumr la Larvaioe» . ides :dettx prQviD|s«8 fieraient «bientôt ^ieridu^^

pour la Franee. Et comme le vicomte de Tureone per9istak cependant à demeurer sur les bords du Rhin » le roi lui écrivit lui- même , en lui envoyant ordre de se retirer en Lorraine. Il lui Qoandait que comme Pbilisbourg et Brisach étaient à nous , il trouvait qu'il n'y aurait pas grimd inconvénient à abandonner l'Alsace ; qu'il n'y avait qu'à raser Nenstadt, Landau , Weissembourg et quelques autres places de cette province » et qu'après cela les ennemis auraient bien de la peine à s'y établir et à y prendre des quartiers.

Le vicomte deXurenne répondit au roi que si par. sa retraite il abandonnait l'Alsace aux ennemis ayant Strasbourg derrière eux» ils do^ meureraif^nt'dans cette province tant qu'il leur plairait; que de là ils pousseraient la guerre à leur ^ré en FrancheXomté , en Lorraine et même en Champagne; qu'ils seraient maîtres de tout, depuis Mayence jusqu'à Baie * c'est*à*dire , d'une étendue de pays capable de faire subsis* ter cent mille hoo)mes durant tout un hiver ; que bîeoitôt nous n'aurions pas même de non* velles de Pfailisbourg ni de Brisach» n'ayant plus aucune QonMHpnication avec ces deux villes ; que rien ne décrie, plus que de raser des places» puisqu'on fait voir par là qu'on n'a pas même d'espérance. d'y pouvoir jamais retourner; que :d'ai(leurs ces places rasées n'empêchent point ^'on.ne s'établisse dans un pays, et que des palissades qu'on peut mettre en un. jour sont 4imt avssi bouAes que des murailles pour des .i|iMir(iers d'hiver. Le roi fut satisfait de cette réponse, et n'insista pas davAni^ige sur cela. I^e

TÎcomte de Turenne ayant donc obtenu la permission de ne point abandonner l'Alsace » se proposa non-seulement de défendre cette pro« vince , mais encore d'empêcher que les ennemis ne passassent le Rhin. Il n'y arait point de £ont sur ce fleuve depuis Strasbourg jusqu'à layencfe; nous nous tenions assurés de ces deux ponts sur la foi de la neutralité que l'électeur de Mayeoce et les magistrats de Strasbourg avaient promis de garder. Il est vrai que les ennemis pouvaient en jeter un entre ces deux villes; mais le. vicomte de Turenne se posta de manière qu'il était à portée de les en empêcher en quelque endroit qu'ils entreprissent de le faire. En effet , après qu'ils eurent long-temps marché sur les bords du Rhin sans avoir osé y faire un pont en présence du vicomte de Turenne, qui se montrait partout où ils paraissaient, ils abandonnèrent cette entreprise , et étant descendus du côté de Mayence, ils firent si bien que l'électeur de cette ville leur livra son pont» sur lequel ils firent passer la meilleure partie de leur armée, et le reste sur des ponts volants qu'ils jetèrent au-dessous. A cette nouvelle le marquis de Louvois crut être en droit de se plaindre de ce que l'état était dans un très-grand danger parce qu'on avait trop déféré au sentiment du vicomte de Turenne; et ayant fortement remontré dans le conseil combien il était important de se retirer dans les passages de la Lorraine, le roi envoya des ordres si pressants de le faire, que si le vicomte de Turenne n'avait pas eu tant de zèle qu'il en avait pour $on service » il n'aurait pas différé ua moiiMipt^

les exécuter; mais » comme il était incapable de faire uoe chose qu'il savait être contraire au bien de l'état , il demeura encore en Alsace noliobsant ces ordres » après avoir toutefois écrit une lettre au roi , pour lui rendre raison de sa conduite-

«Les ennemis, dit-il dans cette lettre » quel- «que grand nombre de troupes qu'ifs aient, ne «sauraient, dans la saison où nous sommes »

dépenser à aucune autre entreprise qu'à celle de »Bie &ire sortir de la province eu je suis»

» n'ayant ni vivres ni moyens pour passer en » Lorraine , que je ne sois chassé de rAlsacc ; »et si je m'en allais de moi-même, comme vo* » majesté me l'ordonne, je ferais ce qu'ils au- )>ront peut-être bien de la peine à me faire faire* » Quand on a un nombre raisonnable de trou- ^pes on ne quitte pas un pays , encore que l'en- »nemi en ait beaucoup davantage; et je suis » persuadé qu'il vaudrait mieuxi pour le service » de votre majesté, que je perdisse une bataille ^>que d'abandonner l'Alsace et de repasser les ^montagnes. » Il finit cette lettre en oflrant de prendre tout sur lui , et de se charger des événements, si bien que le roi , satisfait de ses rai« «ons , et se confiant d'ailleurs à la capacité et k l'expérience du vicomte de Turenne , lui envoya cinq à six mille hommes de renfort , et le laissa maître de faire ce qu'il voudrait.

Le vicomte de Turenne ayant ainsi obtenu une sec<mde fois la permission de défendre l'Alsace; comme les ennemis ne pouvaient y venir que du côté de Landau , il prit le parti de s'aller mettre sur leur passage auprès de cette ville,

ai

et ayant trouvé un poste avantageux , d'où il pouvait également se porter au Rhin ou à la montagne, il y établit son camp.; il y fit faire <les retranchements; il y fît apporter tous les fourrages des places qui étaient aux environs > et il résolut d'y attendre les ennemis.

Le duc de Bournonville et les autres généraux qui commandaient les troupes de l'empereur et celle de l'empire, crurent qu'ils n'avaient qu'à s'avancer vers le vicomte de Turenne , et qu'à la première ou seconde marche il se 'retirerai^ aussitôt en Lorraine, ou qu'il reculerait du moins jusqu'à Saverne^ Il firent donc marcher vers lui toute leur armée dans cette coniiance; mais ils furent bien surpris lorsqu'ils virent qu'il les attendait de pied ferme. Ils vinrent jusqu'à Spire, d'où ils envoyèrent reconnaître son camp. Us avaient cinquante mille hommes , et il n'en avait que seise à dix^sept mille. Néanmoins- ayant vu l'avantage du poste qu'il avait choisi , et la fermeté avec laquelle il les attendait, ils ne jugèrent pas à propos de l'attaquer; et, après avoir extrêmement pâti idans l'évêché de Spire, par la disette du fourj^agé qu'ils étaient contraints d'aller chercher à ]plus de dix lienes de leur camp, ils repassèrent «nfrn te^Abin sans avoir seulement mis le pied en Alsace. Ils délibérèrent quelque temps audelà du Rhin sur la proposition qui leur fut faite tl'assiéger^bilisbourg. L'électeur palatin , dont les états étaient forts incommodés parles conr* ses que faisait la garnison de cette place , offrit de nonrrir Tarniée tant qu'elle serait occupée ^ l'assiéger ; mab les génémux de l'armée im-

( »43 ) pértale ne forent pas d*a?i8 de faire ce siège en présence du Ticointe de Turpnne ; et cette enr treprise ayant été absolument répétée, ils firent marcher leurs troupes en remontant le long du Rhin , à travers le marquisat de Dottrlach et celui de Bade, dans le dessein de s'approcher de Strasbourg.

Le vicomte de Turenne craignant que les magistrats de cetle ville n'en usassent comme avait &it Téleoteur de Mayence , remonta aussi le long du Rhin de son côté» envoya le mar« quis de Yaubrun avec un corps de cavalerie , auprès de. Strasbourg , et vint avec le reste de Tarmée jusqu'à Lavantzenaw » qui n'est qu'à deux lieues de cette ville ; mais ceux de Strasl>oupg voyant l'armée ennemie si sij^>érieure à la nôtre , crurent pouvoir impunément nous manquer de parole, et livrèrent leur pont aux impériaux, comtrela foi de la neutralité qu'ils nous auraient promise.

Le duc de Bournondlle se voyant maître da pont de Strasboui^ , y fit passer son armée » et alla se camper entre les rivières d'Ill et de la Brusch , vers la ville de Molsheim , pour attendre dans ce poste l'électeur de Brandebourg qui amenait vingt mille hommes , et qui n'était plus qu'à quelques journées de Strasbourg. Mais le vicomte de Turenne considérant les entreprises que IcSn ennemis pourraient (aire dabs le royaume » qui était ouvert de ce côtélà , lorsqu'un si puissant renfort les aurait joints , résolnt de les combattre avant cette jonction.

Pour cela il décampa de Lavdhtxenaw à uoe

heure après minuit; et laissant Slrasboarg sur la gauche , il fit prendre à son armée la route de Molsheim. Il survint une pluie qui dura pendant toute la marche, et cette pluie ayant détrempé la terre, qui en ce pays-là est grasse , et qui outre cela était presque partout labourée , rendit les chemins extraordinairemeat difficiles. Néanmoins le vicomte de Turenne ayant envoyé quelque temps auparavant des gens pour faire des ponts sur les rivières et sur les ruisseaux qu'il fallait passer , et les soldats ne comptant pour rien la fatigue quand il s'agissait de faire ce qu'il souhaitait d'eux, l'armée ne laissa pas d'arriver à quatre heures après midi sur les hauteurs de Holtzheim , assez près de la ville de Dachstein » qu'elle avait à sa droite. Ce fut de cet endroit que l'on commença à découvrir le camp des impériaux » qui était derrière Ensheim, et qui s'étendait le long de quel* ques autres villages circonvoisins. Le vicomte de Turenne ayant résolu de donner bataille le lendemain, employa ce qui restait de jour à reconnaître l'endroit où étaient les ennemis , et la manière dont ils étaient eampés.

Les ennemis étaient à une lieue de là. Pour aller à eux il fallait passer la Brusch et le ruisseau de Holtcheim , derrière lequel était une plaine fort propre à servir de champ de bataille. Cette plaine était fermée par un grand bois du côté de Strasbourg, qui était à la droite des ennemis , et de l'autre côté , où était leur gauche, il yavait un petit bois de mille pas de long sur quatre ou cinq cents de large, au-delà duquel était le village d'Ensheim. Ce fut tout ce

( «45 ) que le Ticomlede Turenne put reconnaître , h cause du peu de jour qui restait ; et comine il n'y avait pas un moment de temps à perdre pour exécuter le dessein qu'il avait formé » il fit aussitôt avancer des dragons pour se saisir des ponts qui étaient sur la rivière de la Brusch et sur le ruisseau de Hoitzbeim , au passage desquels on eût perdu bien du temps ^ si les^ ennemis avaient fait rompre ces ponts ou les avaient gardés. On y fit passer le canon et l'infanterie , et la cavalerie passa à divers gués* On employa à cela toute la nuit , pendant laquelle le vicomte de Turenne demeura toujours à cheval.

Quant aux ennemis , sitôt qu'ils nous aper« curent » ils furent étonnés de la hardiesse du vicomte de Turenne , qui venait les chercher. Plusieurs de leurs officiers* généraux opinèrent pour la retraite; mais les autres ayant représenté qu'on ne la pouvait plus faire en sûreté » appuyèrent si bien leur sentiment, qu'il fut réaolu qu'on nous attendrait » qu'on passerait toute la niiit sous'les: armés, et qu'on remploierait à se retrancher et à prendre ses avantages* Le duc de Boornooville rassembla ses quartiers aux environs de celui d'Enshetm , qui était le principal, et derrière lequel il fit ranger son armée en bataille. Il fit mettre toutes ses troupes sur deux lignes fort grosses et fort longues » avec un corps de réserve composé de tant de bataillons et d'escadrons qu'il pouvait bien être compté pour une troisième ligne. Il donna le commandement de l'aile droite au comte Caprara ^ et celui de l'aile gauche au duc de

Holsfceim , et pour lui ii se mit à la tête du corps de bataille. Le duc de Lorraine , le marquis de Bade et plusieurs autres prioces et souverains d'Allemagne, qui étaient au nombre de vingtdeux dans celte armée , y avaient le comman- * dément de leurs propres troupes, mais avec subordination aux lieutenants -généraux des ailes où leurs corps se trouvaient distribués. L'ordre de bataille ayant été ainsi réglé , le duc de Bournonville se saisit du petit bois qui était devant sa gauche ^ et du village d'Ensheim , qui répondait )usqu*apu centre de son armée» et il envoya du canon dans Tun et dans l'autre , avec de Tinfanterie qui s'y retrancha autant que le temps le put pernîettre. Aifisi sa droite était assurée par le grand bots qui couvrait son flanc du côté de Strasbourg » et par une longue baie qui était à la tête de la première ligne : son corps de bataille se trouvait en partie à couvert par le village d'Ens&eim , qui était tout environné de haies , de fossés et de retrancheraents.; et aen aile gaache était en quelqiie façon à l'abri de toutes soKtes d'attaques, taot par un long* fossé bordé de grdsses haies qui était au-devant , que par le petit bois qai la courrait, et que les impériaux pouvaient soutenir par un grand front sans faire aucun mouvement irrégûlier , puîsqa'il répondait au centre de cette aile. Il avait outre cela li la droite et h la gauche des rideaux et des ravins dont les impériaux profitèrent , de sorte que leur infanterie était logée si à couvert qu'à peine la pouvait-on voir. Enfin ils nous attendaient dans des postes si avantageux, que, quel-

qoe faible qo*eûi été une armée • le général eût toujours cru y être hors d'insulte» Les impériaux avaient pourlanfc cinquante mille hommeSé

Quoique le vicomte de Turenne eût été ren* forcé de quelques régiments » son armée était encore plus de la moitié plus faible que la leur* Néanmoins connaissant la valeur de ses officiers et la confiance qu'avaient en lui les soldats» il persista dans le dessein d'attaquer les ennemis malgré tous les avantages qu'ils avaient du côté du nombre et du côté du poste. Il em«

Eloya toute la nuit à faire passer à ses troupea i rivière et le ruisseau , et dès le point du jour il commença à étendre son armée dans la

Ï laine» et à la ranger en bataille sur deux lignes* 1 composa la première de dix bataillons et de Tingt-'boit escadrons partagés également sur les deux ailes^, et la seconde d'un pareil nom* bre d'escadrons , mais seulement de huit bataillons. Il init cinq escadrons entre les deux lignes, derrière riofanlerie delà première pour la soutenir , et deux bataillons avec les escadrons qui lui restaient 9 au corps de réserve. Il entremêla tous nos escadrons de divers pelotons d'infanterie, pour secourir la cavalerie dans le besoin; car quoique d'ordinaire ce soit la ca« Valérie qui soutient l'infanterie dans un jour de bataille , cependant « comme il avait éprouvé le contraire à la journée de Sinlzheiro • il crut devoir prendre encore ici la même précaution. Il mit à la têle du corps de bataille le sieur Foucault » qui était le plus ancien lieutenant^* général, et sous lui le comte de llain'iUon » ma-

réchaU de-camp. Il donna le commandement de Taile droite an marquis de Yaubrun , el celui de Taile gauche au comte de Lorges , tous deux lieutenants-généraux» qui avaient avec eux les comtes de Roye et d'Auvergne pour maréchauX'de-camp. Chaque brigadier servit à la tête de sa brigade. Il y en avait huit dan» les deux lignes , à savoir : les sieurs de Piloy et de Réveillon , le chevalier d'Humières , et les marquis de Douglas , de Pierrefitte , de Renty , Puisieux et Lamberth. Il donna au marquis de Montgeorge, mestre- de-camp de cavalerie » le commandement des cinq escadrons qui étaient entre les deux lignes , et celui du corps de réserve au marquis de Beaupré, aussi mestrede-camp de cavalerie. Il avait pour aides-decamp le chevalier de Pouillon » milord Duras , et les marquis d*Harcourt , de Ruvigny et de Saint-Point. Il ne choisit pour lui-même aucun poste particulier , afin d^étre plus libre de se

rorter partout où sa présence serait nécessaire»* I parcourut la tête de la première ligne , et se fit voir aux troupes avec cet air de galté qu'il savait si bien prendre aux jours de bataille» Sitôt que les Anglais Taperçurent ils poussèrent un cri de joie qui lui parut être de bon augure. Il donna quelaues ordres aux officiers généraux» et il fit marcher son armée vers celle des en-nemis.

Le petit bois qui était sur notre droite fut la. première chose qui nous^Qbligea à faire halte* On découvrit deux troupes de cavalerie au-devant; on leur tira quelques volées de canon , et ces deux troupes s'enfoncèrent aussitôt dans

( «49 ) le boU. Le vicomte de Turenne Tonlant en reconnaître lei bords , s'en approcha aaiez près avec quelques officiers , et ayant aperçu I aile gauche des ennemis (|ui s'avançait par derrière, 'et louroait autour pour venir prendre en flanc notre aîle droite , il lira au plutôt de son armée sis bataillons , et de le cavalerie et des dragons h proportion , et il en fît deux nouvelles lignes. qu'il plaça de manière qu'avec les deux autre* elles Faisaient une espèce de potence, et que non -seulement elles couvraient tout le flanc de noire aile droite , mais qu'elles débordaient encore beaucoup ver» le ruisseau de Hollzheim.

Les ennemis voyant ce nouvel ordre dans la disposition de notre armée, retournèrent sur leura pas , et bornèrent tous leurs desseins de ce c6té-16 , à la défense dn bois dont ils s'étaient saisis. Comme le vicomte de Turenoe oe pouvait rien faire qu'il ne (dt maître de ce bois , il le fit attaquer par un détachement de dragons qu'il y envoya sous les ordres dn chevalier da Boufilers. I^es ennemis en avaient embarrassé les-avennes de notre cdlé par de grands abattis d'arbres. Ils avaient remué quelques terres derrière ces abattis , pour leur servir de retranchementsi ils y avaieat'envoyé trois batailloQt . ut ils y avaient même deux pièces de canon chnrgées il cartouches. Le vicomte de Turenno lit aussi avancer quelques pièces de campe){ria vers cet endroit , et fit soutenir les dragon» Aa chevalier Boufilers par cinq cents moutqurlaires. .On se caoonoa quelque temps de part et d'autre, et on en vintensuiteaufeude la inousqueterie, qui fut assez égal tant que les enue-

( aSo )

mis n'earent I& que trois bataillons i mais cojnme le duc de Bournonville détachait iaces^amment des troupes fraîches pour maintenir ce poste» le chevalier de Boufflers aurait bientôt été obli-

5é d'abandonner Fattaque , û le yicomte de 'urenne ne lui avait aussi envoyé de nouvelles troupes. Ce prince fit marché à son secours tous les pelotons d'infanterie qui étaîeot dans les intervalles de nos escadrons* Avec ce renfort le chevalier de Boufflers redoubla les charges. Les ennemis, de leur côté, faisaient un tr:i^s* grand feu; si bien que le chevalier de Boufflers désespérant de les chasset de là à coups de canon ou de meinquet, et résoliv à* y périr oi;i d'en venir à bout ,. fit mettre pied à terre à- ses dragons, sautu par-dessus les abattis d'arbres 9 monta sur les retrancbensents qui étaient derrière , chargea les eniiemis l'épée à la* main , se rendit maître de leiiir canon , et le» poussa kisqu'à un autre abattis qu'ils avaient fait plus loin, etderrîère lequel ils avaient six autres pièces de canon encoure chargées h cartouches.

Nos gens essuyèrent arec fermeté , durant pl«rs de trois heures , le feu de ce canon ; nrais le vieon^e de Tureone voyant qu'il était impossible de forcer les ennemis dans un pareil relrsfnchemelït » sans u» grand corps d'in&nterié , il y envoya tdute celle des deux nouvelles lignes qn'îl a^ait formées pour couvrir les flancs de notre aile droite. Les ennemis, de leur côté, y accoururent en foule, et le combat recommença tout de nouveau.

Une grande pluie qui survint suspendit à la vérité pour quelque temps l'ardeur des

( «Si ) atMquet; mais cela oe servit qu^ les rendra après plus furieDses.et ilsefiteacet eadroit un si grand carnage, qu'od ne combattait de part et d'autre quesuraes tas de corps morts. Enfia le cfaeralier de Bouflfiera , partout 11 la télé des soldats, les anima si bien par ton exemple, que Dous primes les six autres pièces de canon des ennemis, et que nous les poussâmes encore plus avant dans le bois, gagnant toujours du terrain. Hais comme rien n'était plua capital pour l'un et l'autre parti , que d'êlre maître de ee bois , le duc de BourDonville 7 enroya tant de monda, que le vicomte deTurenne fut obligé d'y faire marcher plusieurs bataillons de ses deux antres lignes, avec le mm-quis de Vau' brun et quelques brigadiers & la létc. Comms ces troupeS' n'avaient point encore combattu, «Q- recMnmençB pour la troisième fois un des plu4 sMiglaot» «ODibats d'iofanlerie qui le fût donné depuis ieng-tempsj il fat souteauiaveo beaucoup de valeur de part et d'autre , et la succès en fut assez également balancé durant quelques heures. Presque tous les (aciers généi'anx y a^ent die leur chef, se déternKnant selon le» occarrende«i et peut-être que jamais Wb officiers particuliers ne prirent aïoÎBS de conseil, des cfliciera généraux qu'en cette occasion : l'irrégnlarité du champ de bataille et l'acbarneracnt dis deux parti-; fnipéchnnt qu'on ne pût ni Junuer ni recevoir les ordres tlnns lea formes accoutumée», "nil avec fiirîo

dans tous les videa>di ni» Ho tra-

verser ce bois qui nfl . rendait

cette action égaleiu

pour nous. Elle fut d'un détail infini et beau'* coup plus rude et plus vigoureuse que les deux précédenles. Les ennemis poussés se retiraient d'arbre en arbre; ainsi de dix pas en dix pas il se donnait un nouveau combat. Chacun cherchait un arbre pour se mettre à couvert et faire sa décharge avec avantage. On y combattait même en beaucoup d'endroits corps à corps.

Le vicomte de Turenne visitant sans relâche tous les postes » faisait soutenir ceux qui étaient les plus pressés» par des détachements qui arrivaient toujours à propos; et voyant 1. opiniâtreté des ennemis, il crut devoir s'exposer comme le moindre soldat » dans une dernière charge , où il voulait faire une nouvelle tentative. Son cheval y fut blessé sous lui , et

Îlusieurs de ses gens y furent tués à ses côtés, lais son exemple fit faire de si grands efforts à ses troupes, que nous nous rendîmes toul-àiait maîtres du bois. Il est vrai que les ennemis y revinrent une quatrième foi», un peu plu», par le derrière ; mais les Anglais ayant taillé en: pièces on da leurs bataillons -comme il voulait entrer , et le vicomte de Turenne ayant fait pointer contre les ennemis ienr propre canon, il les chassa enfin entièrenient du bois^et même de quelque rideaux qu'ils occupaient par-delà, et les força à chercher un asile derrière les retranchements du village d'Ën&beim , après la défaite de presque toute leur infanterie.

Pendant qu'une bonne partie des deux armées fut occupée 9 l'une à attaquer le bois et l'autre à le défendre , le reste des troupes demeura assez long- temps è ne faire autre chose

qu'à se canonner et s'observer de part et d'autre. Mais enflo le duc de Bournonville voyant que rien ne lut avait réussi jusque-là dans te bois p laissa le soin de tout ce côté-là au duc de Holstein , et voulant se dédommager par quelque autre endroit , prit une partie de son armée avec lui» et marcha à dessein de venir attaquer notre corps de bataille, et de tacher de le rom« pre pour séparer notre aile droite d'avec notre gauche. Hais le sieur Foucault qui le comman* dait » craignant d'être enveloppé du côté de sa -droite , s'il eût attendu que les ennemis le fussent venus charger » s'avança au*devant d'eux avec ses bataillons, et leur ayant fait faire le plus promptement qu'il put les évolutions nécessaires, il forma un carré de toute son infanterie, afin qu'elle pût faire front de toutes parts, si bien *que le duc de Bournonville n'ayant pas jugé à propos de l'attaquer dans cette disposiition, s'en retourna, et regagna le centre de son armée. Cependant ne désespérant point encore de remporter quelque avantage sur nous avant que la nuit mit fin à cette grande journée , il ordonna au comte Caprara d'aller attaquer notre aile droite avec les cuirassiers de rempe* reur, qui n'avaient poipt encore combattu. Le cotnte Caprara les fit aussitôt sortir de derrière la longue haie qui couvrait l'aile droite de l'armée impériale: il enferma dix-huit escadrons, et laissant à côté notre corps de bataille , il alla, par une marche oblique, tomber sur notre aile droite , qui se trouvait dégarnie de tous ses pelotons d'infanterie qu'on avait envoyés dans le boisy «k même affaiblie de plusieurs escadrons

qu'on en ayait tirés pour couvrir notre flanc du côté de ce bois.

Les cuirassiers de l'empereur nous attaquèrent en cet endroit avec tant de furie, que notre première ligne se renversa sur la seconde^ qui s'enfuit dans un si grand désordre que peu s'en fallut qu'elle ne rompit le corps de réserve qui «'avjEinçait pour la soutenir; et la terreur devînt si grande parmi nos gens, que les valets se sauvèrent vers le bagage , oùayant porté Kalarme, la plupart de ceux qui le gardaient s'enfuirent à oâverne avec ce qu'ils purent emnener , publiant que nous avions perdu la bataille , ée manière que tous les paysans prirent de la paille sur leur chapeau , pour signal de courir sur les Françab. Il est vrai que la fermeté de nos officiers, qui ne quittèrent jamais leurs étendards, fit qae quelques-uns de nos escadrons se rallièrent. Mais le comte Caprara redoublant ses efforts pour les rompre , il était à craindre que toQt n'allât être enfoncé lorsque les coDo^tes de Lorges et d'Auvergne arrivèrent fort à propos pour arrêter les ennemis , et-empécber qu'ils ne poussassent plus loin leur avantage; car levir comte de Turenne n'eut pas plutôt renmrqoé le grand espace que 4a fuite'de nos soldats Bvatt laissé vide à la première ligne de notre droite , qu'il envoya ordre aux officiers généraux de no- Ire gauche de marcher avec cette aile par derrière le corps de bataille,, pour aller remplir ce grand vide. Sit^t que. le comte d'Auvergne eut formé quelques escadrons des Anglais, il l^s mena à la charge. Les Anj^lais donnèrent sur les cuirassiers de l'empereur^ et les firent piiefr,

mais il ne purent les rompre. Le comte de Lorges cependant faisait doubler sur la droite les escadrons ài mesure que sa cavalerie arrivait pour opposer un assez grand front à celui des impériaux , et lorsque toutes ses troupes furent arrivées , il chargea les ennemis avec tant de vigueur qu*il les rompit entièreoient , déserte que non-seulement ils ne purent se rallier» mais que ne croyant pas pouvoir regagner leur haie sans être auparavant taillés en pièces, ils allèrent se jeter clans Ensbeim dont ils étaient plus près, et nous laissèrent maîtres de la plaine comme nous Tétions déjà du bois.

Le duc de Bournonville ayant retiré alors ses troupes de tous les poates où elles étaient , «*en retourna du côtéduRhin , marcha toute la nuit assez en désordre , passa la rivière d*Jll » et ne s'arrêta point qu^il n'eût mis soin armée k couvert sous le canon de Strasbourg, où il résolut de. demeurer jusqu'à ce que Téleoleur de Brandebourg f&i arrivé avec les vingt mille hommes qu'il amenait. Comme il y avait deuiL

I'ours et deux nuits que nos soldats étaient sou9 es armes à toujours marcher. ou combattre par une pluie qu'ils avaient eue continuellement sur le corps , le vicomte ide'Torenae aima mieux •les laisser reposer cette nuit-là «que de. poursuivre les ennemis. Le lendemain nous trouvâmes dans Snsheim et dans les autres postes qii'ils avaient abandonnés, deux pièces de canon* dets malades et dea blessésen grand nombre , beaucoup de munitions et de bagages ,et une grande quantité de cuirasses et de toutessortes dJarmes qu'ils avaient jetées «pour mardier plus coni-

modément dans leur retraite. Le combat avait durédepuis neuf heures du matin jusqu'à la nuit» c'esUà-dire près de dix heures. Nous y perdîmes environ deux mille hommes. Le comte d*Âuvergne y eut la jambe percée d'un coup de mousqueton; le marquis de Puisieux /le comte de Hamiiton et le sieur Réveillon y furent aussi fort blessés. Quant aux ennemis, ils y eurent plus de trois mille hommes tués sur la place » et ils emmenèrent avec eux à Strasbourg plus de cent cinquante chariots remplis de blessés.

Nous leur primes dix pièces de canon , trente drapeaux ou étendards , et un grand nombre de prisonniers.

Ce fut pour conserver le souvenir de cette troisième victoire remportée sur les Allemands dans la même année > qu'on fit frapper la médaille oii l'on voit la victoire qui , tenant une couronne de laurier d'une main , et de l'autre une palme , foule au pieds plusieurs boucliers aux armes de l'empire. La légende. De Germania tertio^ signifie : Troisième victoire remportée sur les Ùkllemands. L'exergue, Pugna ad Einshemium. M. DG. LXXIY , BalaUlecCEnsheim* 1 674*

Les ennemis , malgré la perte qu'ils avaient ftite dans la bataille , ne laissaient pas d'avoir encore près de quarante mille hommes en état de combattre. Gomme il n*était pas possible de forcer une armée si nombreuse dans un poste si avantageux , le vicomte de Turenne ne jugea pas à propos de l'y aller attaquer; et aimant mieux donner tous ses soins à rétablir ses troupes, il les mena è Marlen^ qui était à trois Ueues

( >57 ) de là ) et où il y avait du fourrage et toutes aortes de muoitions en abondance.

Cependant le duc de Bournonville fut joint sous les murailles de Strasbourg par quelques troupes des cercles de Souabeet deFranconie.

L'électeur palatin y Tint aussi à la tête de deux mille chevaux; le duc de Zell lui amena encore trois mille hommes » et l'électeur de Brandebourg arriva enfin avec son armée '

Pour résister à de si grandes forces, le vicomte de Turenne n'avait pas tant de troupes que Félecteur de Brandebourg seul venait den amener aux ennemis. C'est pourquoi on lui envoya cinq ou six mille gentilshommes de la noblesse , dont on avait convoqué Tarrière-ban. Mais comme ces gentilshommes n'étaient point disciplinés, et qu'ils n'étaient point accoutumés h camper , il ne les garda pas long-temps » persuadé que ce corpsde noblesse aurait été bientôt ruiné s'il ne Teût renvoyé.

Le roi fit aussi marcher à son secours deux renforts de troupes , l'un de six à sept mille hom» mes du marquis de Genlis, et loutre de quatorze à quinze mille hommes, sous les ordres du comte de Sault. Le vicomte de Turenne laissa venir le marquis de Genlis; mais il envoya ordre an comte de Sanlt de demeurer en Lorraine avec le corps qu'il amenait, ce qui étonna tous ceux qui savaient le peu de monde qu'il avait, et le grand nombre des ennemis, car leur armée était alors de plus de soixante mille hommes.

L'électeur de Brandebourg, à la tète de tant de forces réujQiies, décampa d'auprès de Strasbourg,

sa

passa la rivière d'Ill , et s'avança vers jMEarlen , où nous étions encore. Le vicomte de Turenne le voyant approcher » se retira à Dettwiler , sur la Soot, à trois lieues de Marlen. Cette retraita augmenta la surprise de tout le monde; et Ton avait d'autant plus de regret pour sa réputation qn il fit dépareilles démarches devant les enne* mis f faute de troupes ,. qu'on savait qu'il n'avait tenu qu'à lui d'en avoir davantage. Cependant les ennemis le suivirent h DettwÂler, d'oii il décampa encore pour aller à Inwiler» qui est à deuxlieues par-delà sur la Moter. Il demeura en cet endroit jusqu'au temps où Ton a coutume de finir la campagne. Il mit de grosses garnisons / danâ Hagueneau et dans Saverne; il laissa une partie de son armée de ce côté-là pour le secours de ces places , et il repassa en Lorraine avec le reste, parla Petite-Pierre^ passage com* mode dont il s'était assuré.

A ces nouvelbs» i'étonnement de tout le inonde redoubla. On avouait qu'il avait fait sa retraite avec un si grand ordre qu'il n'y avait pas perdu^ un seul nômiiie , quoiqu'il eût souvent passé plusieurs ruisseaux et plusieurs défilés à la vue des ennemis.. On demeurait d'acoord qu'il avait partout si bien su choisir les postes où il s'était campé, que l'électeur de Brandebourg n'avait osé l'attaquer nulle part; qu® les impériaux . au désespoir de n^ pouvoir rien entreprendre contre lui avec leurs nombreuses troupes, avaient eu beau faire miito de vouloir afssiéger tantôt Saverne, tantôt HagueDau,pour lé tirer deé endroits avintftgeut ioù il s était posté 9 il n'avait jamais pris le change , et que;

par toutes leurs feioles, ils n'avaient pu lui faire faire aucune fausse démarche , ni lui donner le moudre échecr On convenait même que les ennemis avaient quelquefois reculé» et s'étaient retranchés devant lui; mais on avait peine è lui pardonner de s'être retiré en Lorraine après avoir fait espérer qu'il sauverait l'Alsace; et on ne pouvait concevoir ce qui l'avait porté à refuser le grand corps dé troupes du comte de Sault avec lesquelles il semblait qu'il aurait pU faire beaucoup plus qu'il n'avait fait. II faut pourtant convenir que Téquité publique de ce lemps-là était telle qu'on y rendait justice au mé^ rite du vicomte de Turenne. Quoique toutes les apparences fussent contre lui, on ne laissait pas de croire qu'il avait eu ses raisons pour en user de la manière dont il en avait usé; et si on murmuraitxde sa retraite en Lorraine , c'était moins pour blâmer sa conduite que pour se plaindre de la fortune à qui on s'en prenait de ce que tout ne réussissait pas aussi glorieusement qu'on l'aurait souhaité pour lui.

Cependant les ennemis le voyant retiré» se répandirent en divers quartiers de l'Alsace qu'ils se partagèrent entre eux. Ils s'établirent à Sch« lestadt» àTurckeim» à Golmar, à Ëasishen^et dans toutes les autres villes, à dessein d'y passer le reste de Thiver , et d'y prendre des mesures

Ïour entrer au printemps en Lorraine et en ranahe-^Comté. Ils bloquèrent Brisach ; ils envoyèrent sommer le prince de Montbelliard de se déclarer pour eux, et^de recevoir garjpisoa dans sa place. Charmés de la bonté de l6ur% quartiers , ib s'étendirent partout au large et k

leur aise; et le duc de Lorraine » impatient de rentrer dans son pays , araît déjà iait passer deux mille hommes qui s'étaient saisis de Remiremont et d'Epinal , villes sur la Moselle , dans lesquelles ils commencèrent h se fortifier, lorsque le vicomte de Turenne voyant que les ennemis avaient fait toutes choses comme il l'avait prévu, et qu'il était temps de commen* cer à exécuter un grand dessein qu'il méditait depuis près de deux mois , prit les quatorze mille hommes du comte de Sault» avec les six à sept mille qu'il avait ramenés d'Alsace » les partagea en plusieurs petits corps , mit de vieux officiers à la tête de chacun , les fit marcher par des routes différentes le long des montagnes des Vosges» et leur donna h tous le même reodex- Tous , sans qu'aucun d'eux sût où les autres avaient ordre d'aller. Ce rendez-vous était le

f massage de Beffort , qui est h l'autre bout de 'Alsace , opposé à celui par lequel nous veoioDS de sortir de cette province. Le vicomte de Tu* renne leur fit ainsi traverser toute la Lorraine par des chemins si détournés que les ennemis n'eu* rent aucune connaissance de notre marche que nous ne fussions arrivés h Ëpinal. Dès que le corps de nos troupes» qui avait sa route de ce Çôté-là » parut devant cette placé» tous lea Lor* tains qui y étaient s*enfuirent sans môme sa« Toir si ce qu'ils voyaient était une armée , oit si ce nétait seulement qu'un parti. Ceux qui étaient dans Remiremont ne demandèrent pour s*en aller qu'un passeport qu'on leur accorda » •t ils se retirèrent avec les autres au bas des montagnes où était le duc de Lorraine* Ce prince

( 16. ) commençs par faire de groads reprocbei k h* troupes de ce qu'ellei avaient >i légirement pri» l'alarme à l'approche de quelqae parli ; mais ayant tu les passeports de ceus de Rémi' mont, qui étaient signés du vicomte de TureDoe, et ne pouvant par conséquent douter qu'il ne lût lâ avec son armée , il envoya ordr« è toutes les troupes qui étaient les plus avancées vers tes montagnes, de s'aller mettre au pluldt derrière la rivière d'ill, aux environs de Mulbausen, ville alliée des Suisses, et il dépâcha des coorriers il ions les généraux de l'armée impériale, pour tes avertir que le vicomte de Turenne était en marche , et allait rentrer par Befibrt dans l'Alsace. Les ennemis ne pouvant s'imaginer qu'on pût entreprendre une pareille chose au plus fort de rfaiver^li l'on était , firent du duc de Lorraine le même jugement qu'il avait fait de ses troupes; ils crurent qu'il prenait trop aisément l'alarme, et se persuadèrent Î|ue nous n'avions d'autre dessein que de les aire sortir de RemiremODt et d'Epioal , afin d'avoir la Lorraine Iîbr« pour nos quartîtrs d'hiver.

' Cependant les divers corps de notre armée , ■près avoir traversé les montagnes des Vosges, oii il avait iâllu souvent camper dans la neige , et marcher par des routes par oh jamais des troupes n'araientpassé, se réunirent enfin toute* à Befibrt . oh le vicomte de Turenne les attendait. Alors ceséDéral, qui savait que le succèr de son entreprise dépendait de la diliEence,s'étant mis k la tête do l'aruiée , marcna aux eanemis , qui te raisetoliUtreut derrière la rivière

fl*Ill. Ils avaient Ie?é leurs quârUers avec précipitation au premier avis da duc de Lorraiue ; mais comme il y en avait jusqu'à la tête de la Haute- Alsace , plusieurs n'eurent pas le temps de se rendre à Mulhausen , et furent pris avant que d'y être arrivés. Us y en eut même queK queS'-uns qui se vinrent jeter dans notre arnaée, croyant que c'était quelques corps de leurs troupes qui s'assemblaient; d'autres furent enveloppés avant que d'avoir eu le temps de se mettre en marche.

Le vicomte de Turenne força quelques châteaux qui étaient sur son passage , et étant arrivé sur les bords de l'Ul , vis*>à-vis de la ville de Mulhausen, auprès de laquelle la cavalerie de l'empereur , les troupes du duc de Lorraine et celles de l'évêque de Munster étaient rassem* Élées sous les ordres de leurs généraux , il reconnut les divers gués de la rivière : il y passa avec sa cavalerie ; il fit charger les ennemis , et après plusieurs attaques faites et soutenues de part et d'autre avec beaucoup de vigueur , il les mit enfin tellement en désordre» que» laissant des régiments entiers dans de petites places écartées, ils s'enfuirent les uns vers Baie, o£i ils passèrent le Rhin , et les autres du coté d'Ensisheim » où était l'électeur de Brandebourg. Le comte Gaprara et le marquis de Bade avaient été présents à cette action. Le vicomte de Turenne y prit quatorze étendards» et fit un grand nombre d'officiers et de soldats prisonniers. Les ennemis ne nous prirent que le seul Montau* ban » qui s'était engi^ trop avant au milieu de quelques escadrons » et ib le menèrent à l'élec*

teor de Brandebourg , qui , ayant appris de lut \e dessein du vicomte de Turenue , se retira au plutôt vers Colmar, et envoya ordre à toutes les troupes de s*y rendre en diligence. La nuit qui survifii nous empêcha de poursuivre les fuyards} mais le lendemain dès la pointe du jo;ir » le vi-* comte de Turenne se remit en marche^ tou* îoursea descendant le long de la rivière d'Ill^ sur laquelle sont situées les plus grosses villes de TÂlsace , oit les ennemis s'étaient établis. H détacha des partis à droite et à gauche , pour couper les petits quartiers, et les empêcher de joindre le gTos de Tarmée; il enleva les garnisons de plusieurs places , d'où les ennemis n'avaient pas eu le temps de les retirer. Tout ce "qu'ils avaient mis dans les châteaux et autres semblables postes, fut fait prisonnier de guerre* Le r^iment impérial de Portia , qui était de neuf cente hommes , se rendit à discrétion avec tous ses officiers , et les choses en vinrent au point que nos gens se trouvaient embarrassés du grand nombre de prisonniers. On ne laissait pas d'aller toujours avec toute la diligence pos* sible. On arriva à Ensisheim, qu'on trouva abandonné aussi-bien que Sainte-Croix , l'é* lecteur de Brandebourg et le duc de Bournon*^ ville qui y étaient» s'étant retirés à Golmar. Le vicomte de Turenne laissa Ru£falk sur sa gauéhe, et se contenta de bloquer cette ville, ne voulant pas s'arrêter autant de temps q,u*il aurait fallu pour la prendre en l'assiégeant dans les firmes. Il avait impatience d'arriver h Ten* droit ail lesennemb 1 attendaient. Il n'en était plus guère. éloign&f néanmoins avant que d'en

iaire approcher tout-à>fait son armée et de les y aller attaquer, il voulut reconnaître dans quelle situation ils étaient.

Entre Colmar , qui est auprès de la rifière d'III , et Turckeim , villes situées presque vis* à-vis du pied des montagnes des Yoages , est une plaine qui a environ une lieue de large. Un Bras de la rivière de Fech , qui prend sa source dans les montagnes , et qui passe à Turckeim » coupe cette plaine par le milieu , et vient droit à Colmar. Ce fut le côté de la plaine qui était au-delà de cette rivière » à notre égard , que les ennemis choisirent comme le poste le plus avantageux de toute ta Haute-Alsace où une armée se pût mettre en bataille. Ils avaient là les troupes de Brandebourg et des princes de la maison de Brunswick, celles des cercles, l'infanterie de Tempereur , la cavalerie de rélecteur )>alatin , et ce qui s'était réfugié en cet endroit de la déroute de Mulhausen. Ils rangèrent tou* les ces troupes sur deux grandes lignes, depuis Colmar jusqu'à Turckeim, faisant un front de près d'une lieue. Ils avaient Turckeim et les montagnes à leur droite , Colmar et la rivière d'Ill à leur gauche , et un bras de la Fech à leur tête. On ne pouvait aller ni à eux par leur droite ni par leur gauche , qu'on n*eùt pris Colmar ou Turckeim dont ils étaient les maîtres ; et Tendroit par lequel on devait, ce semble , le plus naturellement les attaquer était leur tête, que la Fech couvrait. C'est pourquoi ils mirent toute leur attention à se fortifier de ce côté-là. Ils travaillèrent jour et nuit à faire des retranche-* mentt le long de la rivière; ils garnirent ces

(.65) retranehemenb de caDoo*cbai%é(li caHonchei; ils y mirent de l'iofaDterie et deidragoni *outenus de toute leur armée ; et , par une dernière précaution qui supposait néanmoini que noua pouvions passer la rivière en leur présence et forcer leurs retranchements, iisfirentdreiierdea batteries danaTurckeim et dan* Colmar, pour battre en flanc tout ce qui paraîtrait dans la plaine. L'électear de Brandebourg prit le commandement de l'aile ^aucbe; il donna celui de l'aile droileau duc de Bournonfille, et il résolut de nous attendre , dans one espèce de confiancs que nous n'aurions pas la hardiesse de l'attaquer quand nous aurions tu dequellemanière ilétalt posté.

' Le vicomte de Turenne ayant reconnu tootec choses de dessus les hauteurs, vjt en un moment ce qu'il avait il Tatre , et forma le plan de son dessein par rapport i l'état des lieux et aux mouvements auxquels il crut pouvoir engager les ennemis. Son canon n'était point encore arrivé , h cause du grand nombre de défilés qui se trouvaient depuis Ensishnm jusqu'b Colmar. Mais ne croyant pas en avoir absolument besoin, et ne voulant pas laisser passer la journée sans tenter le succès du dessein qu'il méditait; il ordonna au comte de Lorges de s'aller mettre eh ordre de bataille dans la pleine , en-deçà d« la rivière, vît-à-vis lei ennemis, et de demeurer le sans rii'n fiiirn, jumiu'li ce qu'il lui envoyât dired'eiitrur on aciî»». Il lui commanda de faire en sorte qm "e ligne eût un

froBt'd'une três-graf et d'avancer

■a droite le plu6 prè!. l'il poArnU;

{ 266 ) il lui doBoa ponr cela toute sa cavalerie , avec la meilleure partie du reste de l'armée. Et pour Id! , preoaat aeulement aa corps d'iafan- , terle et de dragons, arec le sieur Foucault, Ueutenaut-géiiéreMe comte de Uoye.maréchalde-çamp , et le iDar(|uig de Moussy , brigadier, au lieu de contiBuer à marcher daus la plaiae, il prit uir la gauche et s'avança à travers les coteaux (pli sont au pied des montagnes, par un terrain in^al , plein de chemins creux , et «mbarraesé de haïes etde vignes, où l'on n'aurait jamais cru que des troupes eussent pu marcher ea corps , sans que personne comprit où il voulait aller ni à quoi aboutirait une marche qui paraissait si Irrégulîère , de manière qu'on avait besoin de t&uta la coa£ance qu'on avait en lui ppur ae pas murmurer.

Cependant le comte de Loi^es avait donné un ai grand front à la première ligne de ses troupes dans la plaine . que les eonemis crurent que tOiUls notre- armâe y était, d'autant plus que le corps du vicomte de Turenno marchait par uo pays u «ouvert qu'ils ne pouvaient rien apercevoir de ce côté-lï ; etcosune ils voyaient que toqtc^ aos tro^ipes se raugeaient sur notre droke i mesure qu'elles arrivaient, et qu'iaaensiblement aous allions nous trnuvT tuiii contre Colmar , craignaDl quc]((ii',' 'i.n jWMir cette villei où étaient leurs vi\i'-iBunitîons, et te, croyant fort en sîtri-io lu i de Turduùm, ils en retiri::rGDt leur di^x batailles» qui y étnleo toutes leurs troupe» de k'iir draitftfi|Fj çh« , peur reolemi' ce côié-U , ' "'

OÙ iU ëlaient qoe noos allioos attaquer CSolmar;' 81 bien qoe lorsque le vicomte do Tureone » qui aYançait toujours , fut arrivé à Turckeia» , ob il marchait , il trouva cette place abaadoonée » comme il l'avait prévu. Il a'en saisit aussitôt^ et se proposant de charger les ennemis en flanc» quelque parti qu'ils prissent» il envoya la sieur Foucault $ur le bord de la rivière en-def à 40 Turckeifi) , avec la moitié de ses troupes » e% prenant le reste avec lui » il marcha dans Ia

f laine à dessein d'aller attaquer par l'extrémité aile droite que commandait le duc de Bournonville. Les ennemis furent fort surpris de nous voir paraître du côté de Turckeim, et prêts h tomber sur leur flanc. Néanmoins le duc de Bournonville, conservant tout son sapg* froid dans un si grand danger, vit bien qu^l n'avait point d'autre parti à prendre que celui de changer son ordre de bataille pour faire face aux montagnes, et de tâcher de nous chasser da . Turokeim : il fit donc la moitié du chemin.

Dès qu'il commença à avancer, le vicomte da Tureone envoya ordre au siear Foucault et au marquis de Moiissj de marcher le long de la Fech» )Uiqu'li ee qu'ils fussent vis-à-vis des ennemis , et da charger l'extrémité da leur aila gauche qui aboutirait ii la rivière» pendant qu'il les attaquerait de front. Cette double attaque fut très-vive , les ennemis en furent ébranlés , et se voyant pris en flanc malgré leurs précautions , ils furent obligés de changer encore leur ordre de bataille , de rompre leurs lignes et de les mettre en potence » afin de pouvoir faire face en même tampf au .cité de Turc*

kâtm et h celui de la rivière. Mais comme ils ne pouvaient sans désavantage faire des mou- Tements si difllciles et si dangereux , le vicomte de Turenne ne manqua pas d'en profiter ; et faisant charger les ennemis avec toute la vigueur possible , il les rompit et les jeta dans un commencement de désordre. Le duc de Bournon- TÎlle fit promptement avancer de gros détachements pour soutenir ses troupes ébranlées. Le vicomte de Turenne , de son côté , fut toujours dans le feu du mousquet et du canon , et il eut un cheval blessé sous lui. Ceux qui étaient de chaque côté de la rivière se voyaient à découvert , et se choisissaient les uns les autres pour se tirer. Le sieur Foucault et le marquis de Moussy furent tués sur la place; le feu devint très-grand de part et d'autre, et continua quelque temps avec assez d'égalité; mais le vicomte de Turenne voulant absolument forcer les impériaux en cet endroit , fit avancer les gardes françaises avec quelques bataillons anglais, qui firent tous à la fois un feu si terrible que les ennemis commencèrent à plier et à lâcher pied en plusieurs endroits. On les poussa, ils reculèrent. Ceux de nos gens qui étaient sur le bord de la Fech , leur voyant perdre le terrain peu à peu et faire un mouvement de retraite , se jetèrent dans la rivière pour les aller charger i'épée à la main; mai« comme le vicomte de Turenne n'avait point là de cavalerie pour les soutenir, il leur envoya ordre de repasser, et cependant il fit redoubler le feu de la mousqueterie , de sorte que les ennemis désespérant de pouvoir tenir devant lui en Alsace, profi-

( *69 ) tèrenl de la nuit qui survint pour se retirer k Strasbourg , et s'en allèrent chercher des quar*tiers d'hiver en Allemagne.

Tout le monde fut surpris de ce grand événement , car on savait que le vicomte de Tn-*renne n'avait employé que vingt mille hommes h chasser de l'Alsace celte armée nombreuse, qui ne se^roposait rien moins que d'envahir deux ou trois de nos provinces. Mais on fut encore bien plu» étonné quand on sut qu'il avait prévu plus dé deux mois auparavant toutes les démarches des ennemis et le succès de son entreprise , comme on le vit par une de ses lettres que le roi fit lire en présence de. toute la cour. Cette lettre était adressée a'u sieur le Tellier , secrétaire d'état , auquel le vicomte de Turenne avait mandé dès le mois d'octobre»

Sue feignant de ne plus' résister aux ennemis epuis la jonction de l'électeur de!Bi^aodebourgr, il allait toujours reculer devaint eux; que pour leur donner même plus de confiance , il se re« tirerait tout-à-fait en Lorraine; après quoi ils ne manqueraient pas de se répandre dan^ toute l'Alsace; qu'alors il tomberait sur leurs .quar-^ tiers d'un côté par où assurément ils ne soupçonneraient pas qu'il dût venir le surprendre » et qu'il les obligerait peut-être h repasser le Rhin , et à aller hiverner chez eux : ce qui arriva effectivement comme il l'avait prévu.

Pour transmettre h la postérité une action si digne d'être consacrée > le roi fit frapper la tnér daille où l'on voit un trophée que deux soldats qui fuient regardent avec effroi. La légende , Sexaginta milUa Germànorum uUrà R/j4r

( «70 ) num puisa , signifie : Soixante mille Aile»

manda obligés à repasser le Rhin. L*exergue marque la date 1675.

Le lendemain du combat de Turckeim on trouva dans Golmar trois mille soldats blessés ou malades , avec plusieurs ofEciers qui y avaient été abandonnés par les ennemis. On prit Ruffalk sans coup férir» ainsi que divers petits cbâteaux dans lesquels on trouva plus de deux mille hommes de troupes de Télecteur de Brandebourg , que ce prince n'avait pas eu le temps d*en retirer. On aurait pu bombarder Strasbourg et brûler tout ce qui était atjx environs , pour venger la neutralité violée ; mais le vicomte de Turenne» qui savait faire céder le frivole plaisir de satisfaire un ressentiment au solide avantage de procurer le bien de Tétat, estimant qu'il était plus à propos pour le service du roi de remettre Strasbourg dans nos intérêts que de ravager le territoire de cette ville, y envoya un homme de confiance, lequel s*étant mêlé parmi les impériaux dans leur retraite , y entra avec eux. Il promit aux magistrats t de la part au vicomte de Turenne, qu'il ne serait fait aucun tort à la ville ni à tout ce qui en dépendait , pourvu qu'ils ne retinssent chez eux aucun des ennemis , et qu'ils promissent d'observer inviolablement la neutralité à l'avenir. Cette précaution ne fut pas inutile, carie duc de Bournonville avait si bien persuadé à ceux de Strasbourg que notre armée victorieuse aUait venir fondre sur leur ville pour punir leur infidélité , qu'ils étaient sur le point d'accepter une garnison impériale pour leur défense. Mais

les magistrats , touchés d« la modéralian da ▼!* comte de Turenne, et coniptani sur saparoU autant que sur Tes traités fe9 plus solenneii» remercièrent le duc de Bournonvtlle , et nous envoyèrent assurer qu^ils ne donneraient plat ni passages ni retraite à nos ennemis.

Le vicomte de Turenne reçut alors une lettre du roi , par laquelle il lui nnndait qu'il avait impatience de le revoir , pour lui témoigner la satisfaction qu'il avait du service impoi^ tant qu*ii venait de lui rendre. Ce général ayant donc donné tous les ordres nécessaires pour la sûreté de l'Alsace et pour les quartiers d'hiver de son armée, prit le chemin de la cour. Il trouva sur toute sa route un concours de gens de toutes sortes d'&ges et de conditions , qoi venaient au-devant de lui pour le voir. Il y en eut en Champagne qui vinrent de dix lieues sur Je chemin par où il devait passer , et ceux da cette provittce-tà , persuadés qu'ils lui étaient redevables de tout le Bien et de tout te repos dont ils jouissaient, versaient des larmes da joie en le voyant. Le roi le reçut d'une manière qui faisait assez connaître ou'il n'y avait personne dans son royaume qu il estimftt plus que lui. On ne parlait à ta cour que de la conduite qu'il avait tenue pendant cette dernière cam* pagne , dont l'éclat semblait surpasser celui de toutes les autré^s. Chacun le regardait comme un homme qui venait de sauver l'état. On s'arrêtait dans les rues de Paris pour le voir passer; il ne pouvait plus aller dans les églises qu'il ne fEit environné d'une foule de peuple qui semblait ne pouvoir se rassasier de le voir ; la plu-

part des princes étrangers faisaient venir son portrait. Personne n'avait peut-être jamais joui d'une réputation si pure et si étendue , et il ne tenait qu'à lui d'accroître encore sa gloire en continuant de commander les armées. Mais au contraire il souhaitait fort alors qu'on eût bien voulu l'en dispenser : son âge déjà avancé et ce fond de religion , dont il avait le cœur rempli, lepressaientfortement de se dégager de toutes les affaires du monde , pour pass^ le reste de ses jours dans la retraite. Cependant, persuadé que tant que la guerre durerait il ne pourrait quitter le service sans manquer à ce qu'il devait au roi et à l'état , il accepta encore le commandement de l'armée qui devait agir cette année-là du côté de l'Allemagne. Schlestadt fut le rendez^vous qu'il marqua aux troupes , et il alla se remettre à leur tête sitôt qu'elles y furent assemblées.

Les grands avantages qu'il avait remportés la campagne précédente avaient fait perdre aux divers corps de l'armée impériale la confiance qu'ils avaient en leurs chefs , et la terreur était répandue parmi toutes leurs troupes. Pour les rassurer, l'empereur en donna le comniandement au comte de Montécuculli, qui n'avait point voulu se trouver à l'armée l'année précédente pour ne pas obéir à l'électeur de Brandebourg , duquel il aurait été obligé de recevoir l'ordre à cause de son rang. Le comte de Mon* técuculli faisait le métier de la guerre depuis près de cinquante ans , et y était véritablement con-^ sommé. II avait tiré ses troupes de leurs quartiers d'hiver beaucoup plus tôt qu'on a coutume

( «73 ) ie les faire sortir en Allemagne. Il espérait passer dans la Haute- Alsace en nous prévenant du côlé du Rhin ; mais voyant que nous y étions arrivés aussitôt que lui, et n'osant entreprendre de jeter un pont sur ce fleuve en notre présence» il marcha du côté du fort de Kell pour tâcher de passer sur le pont de Strasbourg. Le vicomte de Turenne marchant aussi de son côté , s'ap<« procha de cette ville» et les magistrats voyant notre armée à leurs portes , observèrent religieusement la neutralité. Le comte de Montécuculli , persuadé que c'était le voisinage de nos troupes qui empêchait ceux de Strasbourg de lui donner passage , entreprit de nous éloigner de cette ville. Pour cela , abandonnant en appa* rence le dessein dépasser dans la Haute- Alsace, et feignant de vouloir assiéger Philisbourg, il fit marcher ses troupes du côté de cette place. Mais le vicomte de Turenne, qui iaseait des desseins d,e ce général , non par ce qu'il faisait , inais par ce qn il avait intérjt de faire , regarda cette marche comme une pure feinte , et demeura toujours aux environs de Strasbourg*^ < • Le comte de Montécuculli n'ayant pu faire donner le vicomte de Turenne dans la feinte du siège de Philisbourg, passa le Rhin au-dessous Je Spire pour loi faire crojre qu'il voulait entrer dans la fiasse- Alsace , pour l'attirer de ce côlé-là , se flattant qu'en retournant alors sur ses pas, et en nous dérobant quelques marches, il pourraitarriver plustôtquenous à Slras^ bourg , et passer sur le pont de celte ville. Mais le vicomte de Turenne , bien loin de prendre le change , voyant que le grand éloignement des

ennemis lui donnait le temps de passer le Rhin lui-même , fit proroptement descendre des ba* teaux de Brîsach, jeta un pont sur ce fleuve, presque vis-à-vis Otteinbeim , qui est h une lieue au-dessous de Rhinaw , et commença à y faire passer'son armée. A la première nouvelle que le comte de Montécucuili eut de la construction de ce pont, il crut que c'était une feinte par laquelle le vicomte de Turenne voulait l'engager à retourner au-delà du Rhin , et que ce prince n'enverrait que quelque camp volant au-delà de ce fleuve; mais il ne fut pas long-temps sans apprendre que toute notre armée avait efi*ectivement passé le Rhin. Alors il repassa ce fleuve, et, courant à la défense du pays , il tâcha de gagner Yilstet sur la Qninche» poste par le moyen duquel il aurait pu nous dter la communication de Strasbourg; Ma» le vicomte de Turenne y étant arrivé avant lui » s*en saisit aussitôt , y mit la droite de son armée , en étendit la gauche jusqu'au fort de Kell, qui est à la tête du pont de Strasbourg , et par là il empêcha les ennemis d'avoir aucun commerce avec les habitante de cette ville.

Le comte de Montécucuili ayant été ainsi prévenu, se trou va très-embarrassé. Nous avions

fiasse le Rhin , et nous étions dans les terres de 'empire; il fallait donc qu'il nous obligeât à repasser ce fleuve , ou qu'il fit quelque chose déquivalent.

Le, vicomte de Turenne n'avait que vingt mil le hommes , et il avait été oblieé de laisser une partie de ses troupes à Ottenheim pour garder son pont; néanmoins, comme pour aller à lui

( «75 ) ii fallait passer la Quincbe, dont il s'était couvert, le comte de Montécuculli n'osant entrei prendre de le faire, résolut de nous donner ja« ousie pour notre pont d'Ottenbeim , en s'a- Tançant de ce côté-ià, et de tâcher de nous faire abandonner Vilstet. Dans cette vue il fit marcher son armée le long des montagnes da la Forêt-Noire , pour aller gagner l'abbaye de Schutern, qui n'est qu'à uneîieue d'Ottenbeim. Mais le vicomte de Turenne ayant résolu de marcher en même temps que lui , laissa à Vils* tet un détachement suffisant pour garder ce poste 9 et nienant le reste de son armée vers Ottetiheim , il y arriva avant les ennemis.

Le comte de Montécuculli se voyant encore prévenu , demeura campé à Schutern , faisant divers mouvements à droite et à gauche pour nous inquiéter tantôt vers notre pont , tantôt du côté de celui de Strasbourg» Mais le vicomte de Turenne ayant fait ouvrir les défilés et les bois depms Otteinheim jusau'à Vilstet , pour faire passer avec plus de facilité ses troupes, suivit ai à propos les ennemis dans tous leurs mouve* ments» qu'il se trouva partout où ils voulurent entreprendre quelque chose , et défendit si bien la tête des deux ponts, qu'ils ne purent se rendre maîtres ni de l'un ni de l'autre.

Pendant tout le temps qu'on demeura dans cette situation , il ne se passa presque point de jour auquel il n'y eût quelques rencontres en* tre les partis des deux armées. Les impériaux et les Français étaient à tous moments aux mains, mais seulement dans de légères escarmouches. Car , quoique le vicomte de Turenne

{ 276 ) et le comte de Montécuculli s'obserfassent iputuellement avec grand soin, attendant tous deux que l'un ou l'autre fit quelque fausse démarche pour en profiter; et quoiqu'ils tentassent toutes choses à l'envi pour faire naître quelque conjoncture favorable de s'attaquer l'un l'autre avec avantage, ils n'en purent jamais trouver roccasion.

Les deux armées n'étaient séparées que par la petite rivière de Tondits , sur laquelle même le vicomte de Turenne avait fait faire plusieurs

t»ohts. Cependant les troupes se reposaient telement de part et d'autre sur leur général , que l'on dormait sans inquiétude dans les deux camps, quoiqu'il n'y eût quelquefois qu'un quart de lieue de la tête d'une armée à celle de l'antre.

Toute l'Europe était attentive à ce qui se passait de ce côté-là; et c'était en effet une chose digne de son attention que les démarches de deux des plus grands généraux qui fussent alors, et que la fortune semblait avoir voulu opposer l'un h l'autre pour décider des intérêts de la France et de ceux de l'Allemagne. Ces deux capitaines, tous deux d'une expérience conspmmée, mirent en pratique tout ce qu'un long usage leur avait appris du métier de la guerre , tant qu'ils furent en présence. Dans divers mou > vements vrais ou feints ils épuisèrent pour ainsi dire toutes les finesses et toutes les ruses de l'art pour s'aiTaipor , pour se couper les fourrages, pour se surprendre, et gagner quelque avantage l'un sur l'autre, sans quoi ils étaient résolus tous deux à ne point donner combat.

( «77 ) Les ennemis eux-mêmes ne pouvaient cornprendre comment le vicomte de Turenne pouvait , avec vingt mille hommes , tellement garnir de troupes tout l'espace depuis Yilstet jusqu'à Oltenheim, qui est de quatre grandes lieues , qu'il se trouvât toujours à portée de défendre son pont et celui de Strasbourg dès qu'ils parraissaient vers l'un ou vers l'autre. La vérité est qu'il était obligé de se donner de grands mouvements pour cela » et qu'il fallait que les troupes fussent sans cesse en marche et en actions. .C'est pourquoi, voulant épargner cette fatigue , et se délivrer de l'embarras de garder si {H^s des ennemis deux postes aussi éloignés , il fit défaire son pont derrière son armée , sans que les ennemis s'en aperçussent , et le fit descendre d'Oltenheim à Altenheim ,' c'est-à-dire, deux lieues plus bas, et plus près de Strasbourg; et faisant resserrer son armée / il se trouva qu'il n'avait plus qu'une étendue de deux lieues de pays à garder , savoir , depuis Altenheim où il mit sa droite, jusqu'à Yilstet où il avait sa gauche.

Les ennemis ayant ainsi vu échouer tous les desseins qu'ils avaient sur notre pont, se trouvèrent dans une situation assez embarrassante. Us avaient consumé toutes les munitions des petites villes impériales qu'ils avaient autour d'eux , et ne pouvaient plus tirer de vivres que de la Souabe , par la valjée de Kintsig, chemin très- long et très-difficile, pendant que tout venait en abondance dans notre armée , et de l'Alsace par notre pont, et de Brisach par le Rhip. Ils ne pouvaient.s^étendre , ni la droite

(ayS)

ni la gaache , ëtanl serrés comme iU Tétaient , d'un côté par le Rhin , et de Fautre par les montagnes. lis auraient bien 'voulu marcher en avant du côté de Fribourg, où ii y avait de grands magasins ; mais en y allant ils ne le pouvaient avec honneur ; néanmoins , croyant que cétait le parti le plu3 sûr pour eux ,A\s se déterminère)at enfin à le preadre. Le comte de Montécuculli ayant donc quitté Tabbaye de Schutern , retourna sur ses pas , repassa la Quinche à OlTembourg, et se campa auprès de cette ville.

Le vicomte de Tarenne voyant reculer Tes ennemis , résolut de les poursuivre pour leur donner bataille , et les alla serrer de si près à Offembourg» qu'ils furent obligés d'en décamper et de gagner Urlaff, qui est à deux lieues par-delà. Le vicomte de Turenne marcha aussitôt après eux; mais à peine éut-il passé la Quinche^ que le comte deMontécuculii décampa encore, et, continuant à reculer, alla se met- Ire derrière la rivière de Reuchen , qui esi è quatre lieues au-dessous de Strasbourg. Le vicomte dé*Turenne poursuivant toujours les ennemis à mesure qu'ils se retiraient, s'avança jusqu'à cette rivière » la passa auprès de la petite ville de Rnchen , chassa une troupe d'impériaux qui s'étaient retranchés dans uneé^ise aux environs d'Acheren , et étant arrivé sur les hauteurs du village de Saspach , qui est à une demi-lieue de cette ville, il déco^ivrit toute Tar* mée impériale, de laquelle il c'était plus séparé que par un petit ruisseau. Il avaii beaucoup moins de troupes que tes ennemis : cepen-

( 279 ) d«nt ayant résolu de leur donner batailla, il marcha à eux; il fit dresser des batteries sur les hauteurs dont il s*était saisi; il visita tous les postes ; il se transporta sur réminence la plus élevéet pour reconnaître encore mieux les endroits par où il voulait faire attaquer les ioHpériaux , et tout lui parut si favorablement disposé pour son dessein , que , quoiaue jamais il n*eût rien fait connaître de ce qu il se promettait d^avantageox à la veille d'un combat » il ne put s'emipêcher cette fois-ci de dire ce qu'il pensait de l'heureux succès de celui qu'il allait donner. 11 voyait que les ennemis ne pou* Taient plus lui échapper^et que« selon toutes les apparences, il allait enfin recueillir le fruit d'une si pénible campagne, lorsque les ennemis avant fait tirer une volée de canon vers l'endroit où il était , il fut atteint d'un boulet qui lui donna au milieu de l'estomac» et le renversa mort par terre* Ce même boulet de canon emporta un bras à M. de Saint-Hilaire, lieutenant-général de l'artillerie , et comme ses deux enfants pieu* raient de le voir dans cet état ; Ce n'eai paê moi, leur dit-il , ijuHl faut pleurer; c^eH cê grand homme, en leur montrant le corps du * vicomte de Turenne; c est la perle irréparable que la France vient de faire. La plupart de ceux qui virent ainsi tomber le vicomte de Turenne demeurèrent tellement éperdus qu'on eût dit qu'ils avaient été frappés du même coup. Cependant an d'eatre eux , qui sut mieux se fNosséder que les autres, jugeant de quelle con* aéquence lierait de cacher on accident si funettQy )^ promptemeat un manteau sur U

corps du Ticomte de Turenne , et le fit emporter le plus secrètement qu'il put , de manière que cette mort fut plutôt sue dans Tarmée des ennemis que dans la nôtre , un de ceux qui en avaient été témoins étant aussitôt passé dans leur camp pour la leur apprendre. A cette nouvelle le comte de Montécuculli , qui n'ignorait pas les avantages qu'il pouvait retirer de la mort du vicomte de Turenne » ne parut néanmoins sensible qu'à la douleur qu'il avait de la perte de ce général» duquel il dit ce beau mot qui renferme un sens si profond : Il faisait fionneur à l'homme; voulant faire entendre par là que la nature humaine se trouvait honorée par le mérite d'un homme tel que le vicomte de Turenne.

Au reste la confiance des impériaux alla jusqu'à la présomption , lorsqu'ils apprirent cette mort , et ils commencèrent à se regarder déjà comme maîtres des Français, ^découragés par une si grande perte. De notre côté , quelques mesures que l'on eût prises pour la tenir secrète , elle ne put l'être bieh long-temps. Il parut aux yeux de tout le monde qu'ilse passait quelque chose de mystérieux parmi les oi&ciers-généraux. Les sdtdats lie purent pénétrer ce que c'était; mats les officiers en ayant aisément deviné la cause, domlmencèreiit bientôt à la rendre publique. On ne saurait exprimer la consternation où tomba l'armée quand on y apprit cette mort. On en lai tellement sraisi, que tout te monde demeurant* hiâet et immobile , il se fit tout-à-cbiip uia profond silence dans le cainj», malgré le tumulte qui eu

est comme inséparable. Ce silence ne fut rom* pu que par les lamentations de quelques soldats, qui s'écrièrent : Notf^e- père est mort; nous avons perdu notre père; nous sommes perdus. D'autres s'arrachaient les cheveux de douleur. Les Anglais voulaient se jeter sur les ennemis, pour venger sa mort. Toos les soldats; touchés d une triste curiosité , voulurent voir le corps de leur général ; spectacle qui renou* vêla leurs pleurs et leurs cris. Cependant la crainte où chacun était pour soi-même l'ayant bientôt emporté sur toute sx)ttte de sentiments» nous retournâmes chercher notre pont pour passer le Rhin. Ce lut une chose bien morti^ fiante que cette retraite qu'il nous fallut faire devant des gens que nous étions allé chercher si loin. Après avoir essuyé un sanglant corn» bat , nôii9 voyant en sûreté en-deçà du Rhin , nous commençâmes \ sentir plus vivement la grandeur de notre perte , n'étant plus partagés par aucun autre intérêt. Les officiers et les soldats recommencèrent à déplorer leur malheur par de nouveaux regrets; à rappeler le sotivcnir de toutes les marques de bonté qu'ils avaient reçues du vicomte de Turenme^ et à se les raconter les uns aux autre's. Le comto d'Auvergne et ses autres neveux, qui se trouvèrent alors dans notre armée, lui ayant .fait faire ud service, les gémissements redoubrèrent quand on vint à lui rendre ces derbiers devoirs. Soin affabilité, son désintéressemefit et seS' autres qualités aimables , revenait! dans i'e&pvit âe tout le monde , et faisaient verger des. larmes ; enfin l'on peut assurer que jaiûaië père , pt^ia-

ca ni bienfaiieot d6 furent. tant pleures de personne qu'il le fut de toutes les troupes*

Hais ce n'étaient pas seulement les gens de guerre qui étaient sensibles à la mort du vicomte de Turenne* Quand la nouvelle en arri- Ta à la cour on en fut pénétré de douleur » on en fut môme vérilablement alarmé « et ce qui est bien plus , on le parut 4 découvert , comnae on l'était* On fit aussitôt huit maréchaux de France, poiir réparer en quelque sorte la perte d*un seul , doni on ne connut jamais mieux le prix qu'après sa mort»

Pour avoir une juste idée de la consternation que cette mort causa dans Paris , il faudrait y avoir été alors. La tristesse en un ins* tant fut peinte sur le visase des habitants de cette grande ville. On vit l'artisan quitter son travail pour aller former une société de plaintes avec ses voisins » et les bourgeois s'attrouper pour se demander jusqu'aux moindres circonstances d'un si grand malheur , avec les regrets les plus tendres et les plus vifs*

La même chose arriva dans les provinces les plus éloignées. On fut plusieurs jours incapable de fiiire autre chose que de parler de la mort du vicomte de Turenne et de le pleurer.

Le roi môme , touché de tout ce que ce géinéral avait fait pour la conservation de sa courenne pendant sa minorité • et depuis pour la défense de ses états » le pleura ; il ordonna que son corps fût apporté dans l'abbaye de Saint- Dents ,, où l'on enterre ordinairement tous les rois de France; et même pour le distinguer des autres grands hommei qui y ont été innumés ,

il voulut qu'il fllit enterré dans la chapelle dei« linée pour la sépulture des rois et des priocea de la brauebe royale de Bourbon , Gomme il parait par Tordre coDtenu dans la lettre sui-* ▼ante , adressée à Tabbé et aux religieux de l'abbave de Saint-^Denis en France.

« Gners et bien amés » les grands et signalés serTio6s qui ont été rendus à cet état par feu notre cousin le vicomte de Turenne » et les preuves éclatantes qu'il a données de son cèle» de son affection à notre service » et de sa ca« pacité dans le commandement de nos arméea»

que nous lui avons confiées avec une espé* rance certaine des heureux et grands succès que sa prudence consommée et sa valeur eji(* traordinaire ont procurés à nos armes » nous ayant fait ressentir avec beaucoup de douleur la perte d'un aussi grand homme et d*ttn au»

jet aussi distingué par sa vertu et par son mérite » nous avons voulu donner un témoi»

gnage public digne de notre estime et de ses grandes actions , en ordonnant qu'il (&t rendu à sa mémoire tous les honneurs qui peuvent marquer à la postérité l'extrême satisfaction qui nous reste » et le souvenir que nous von* Ions conserver de tout ce qu'il a fait pour la gloire de nos armes et pour le soutien de notre état* Et comme nous ne pouvons en donner des marques plus publiques et plus certaines qu'en prenant soin de sa sépulture » nous avons voulu 7 pourvoir en telle sorte que le lieu oAi elle serait fât un témoignage de la grandeur de ses services et de notre reconnaissance* C'est pourquoi ayant résolu de faire bfitir dam

» l'église de Saint-Denis une chapelle pour la » sépulture des rois et des princes de la branche • royale de. Bourbon, nous voulons que lors^ 9 qu'elle sera achevée, le corps de notre dit 9 cousin y soit transféré « pour y être mis en » lieu honorable , suivant Tordre que nous en adonnerons , et cependant nous a?ons pervmis à nos cousins le cardinal et le duc de 9 Bouillon ses neveux» de mettre son corps 9 en dépôt dans la chapelle de Saint-Eustache 9 de la sainte église de Saint-Denis , et d'y éle- 9 ver un monument à la mémoire de leur oncle, 9 suivant les dessins qui en ont été arrêtés. C'est 9 de quoi nous avons bien voulu vous donner 9 avis , et vous dire en môme temps que [nous 9 voulons que vous exécutiez ce qui est en cela 9 de notre volonté, en faisant mettre le corps 9 dans la cave de la chapelle , et en laissant la 9 liberté aux ouvriers de travailler au menu- 9 ment jusqu'à son entière perfection, si n'y 9 faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à 9 Saint' Germain-en^Làye , lo viiigt^deuxième 9 jour de novembre 1675. Signé LOUIS; et 9 plus bas , GoLBBRT. Et sur le repli : A nos 9 chers et bien amés les abbé, prieur et reli- 9eieux de l'abbaye royale de Saint-Denis en 9 France. 1 -

. On fit donc apporter le corps du vicomte de Turenne, de l'Alsace où il était, en l'abbaye de Saint-Denis. Ces sortes de cérémonies, toujours tristes d'elles-mêmes, n'avaient jamais rien eu de «i lugubre que oelle'^ci. Les peuples venaient de tous les environs sur le chemin par où ce corps devait passer » et ne pouvaient le

voir MD« riftuireit» knoe*. Le* hibilanli ds la campagne •orfmatdetbmtrg* et de* vilIflKat pour aller le reeev«ir; le eletî^ alltit aii-oft< Tant de ville en TiUe. L«* bodrfçeoii dt r^lle da Langret. oà U pMM. prirent l«U' l« diiuil k son arrivée, et Créât one dépeowcAttiî'Urabla pour lai rendre de* bosnetir* eslraurdfnaf ref i et cela ha* «• a«««r f«çu aueuo ordr« da l« cour, tant b néoMne du rienHUte de 'J'urennx était cbère i de* ^euf ot^me qui 0« l'araieflt peut-être jaauM va : Le roi lui 6l faire , outr« cela , à Notre-Dame de Pari* , ua Mrvies aU la cler^ de Fraaee, le parlvaieot, l'univerAild et la riUe aMÎatèretit em c/yrp». L'oraïuto fimbbre i|«H j fat proBoneée par Téréque de hotnbec renoyrela lea pleur* de louLe l'aiitttiiittléa. Le» pin* céltiKea prédicateur* en firent à l'en fi en plaaîears eadfwtta (i^i et il ae*epr')ii'jnça, durant tonte cette année , aoeuo dUooiir* public , ni 1 l*oa*ertare de< parlement* , ni i celle des acadéœiea et de*aniver*il^, ni en aucune aorte d'oeeaaîon, où l'on ne pleurfit ta perle i ce qui ne a'eat peot-étre jaouii bit pour aucun autre particulier.

Tek furent lea rejeta qui «uirirent la mort du Ticoinl« de Tnrenne. Ce princa éiaît né avec un corpa d'an tanspéraoïent trlta-roliuite ; il était done taille in«di')er««t bien proportionnée; il n'était ni ^^ai ni maigrei il avait la forme du n'iap aai«x ré|^uU(fe , le* cheveux

châtains » les yeux grands , les soarcib épais et presque )oints ensemble • le teint plutôt rouge que vermeil, Tair naturellement ouvert et serein . mais rêveur à force d'application » et où Ton voyait tout à la fois quelque chose de sombre et de riant qui le faisait paraître gai et mélancolique en même temps ; physionomie assez extraordinaire , et néanmoins aimable aux yeux de tout le monde , à cause de Textrênte douceur qui y était répandue. Il n'y a presque au* cune sorte de vertus dont il n'ait donné des exemples qui méritent d'être rendus publics.

Son désintéressement et sa générosité sont d'autant plus louables» que l'amour de l'argent a été proprement le vice dominant de son siècle.

Lorsqu'il était dans le comCé de la Marck en Allemagne , un ofiicier^géaéral lui vint propo^ ser de lui faire gagner cent mille écus en quinze )0urs , par le moyen des contributions , et cela d'une manière que la cour n'en aurait aucune connaissance. Il lui répondit qu'il lui était bien obligé; mais qu'après avoir trouvé beau^ coup de ces sortes d'occasions , sans en avoir jamais profité » il n'était pas d'avis de changer de conduite à son âge. Il ne renvoya jamais aucun de ceux qui lui venaient demander» sans lui donner. Quand il n'avait plus d'argent sur lui , il en empruntait au premier officier qu'il trouvait sous sa main» et lui disait de l'aller redemander à son intendant.

Un jour cet intendant vint lui dire qu'il soupçonnait certaines gens de venir redemander ce qu'ils n'avaient point prêté j| et qu'aiosi il serait

Ion qu*Il donnât à chacun une marque de ce qu*il empruntait, c Non, non, lui dil-il, ren-

• dex tout ce qu'on vous dira, car il n'est paa ipoasibleqo'un homme vous aille redemander tune somme d'argent qu'il ne me l'ait prêtée. > ou qu'il ne soit dans un extrême besoin. S'il me

• l'a prêtée, il faut bien la lui rendre; s'il est I dana un ai grand besoin , il est juste de l'as- 9 sister. »

Il était ingénieux à trouver des moyens d'épargner à ceux à qui il donnait, la honte de re» cevoir du accours dans leur indigence; il ne leur donnait qu'avec une espèce de pudeur , et semblait qa^'il voulût prendre toute la confusion pour lui. Il était encore fort jeune, lorsqu'ayant su qu'un gentilhomme était devenu

fauvre pour avoir dépensé tout son bien à armée , il s'avisa de troquer des chevaux avec lui , et de lui en donner d'excellents pour de très-médiocres, faisant semblant de ne s'y point connaître.

Un jour ayant touché beaucoup d'argent d'une charge dont la cour lui avait permis de disposer, il assembla cinq ou six colonels dont leâ régiments étaient assez délabrés ; et leur laissant croire que cet argent venait du roi , il ie leur distribua à proportion de leurs besoins. Une autre fois , entendant un officier qui se plaignait d'avoir eu deux chevaux tués à une aOaire, et d'être ruiné par là , il le mena à son écurie , lai donna deux de ses meilleurs chevaux, et lui recommanda fortement de n'en parler k personne , c de peur , disait-il , qu'il 9 n'ea vienm d'autres ; car je n'ai pas le moyeo

« d'en donner à tout le monde , » voulant ainsi cacher le mérite de cette action sous un prétexte d'économie; car autant ilaimait à don* ner", autant il craignait qu'on ne divulguât le le bien qu'il faisait.

Quatre jours avant qu'il fût tué , il avait donné quatorze mille livres aux Anglais qui servaient dans son armée , dont il en avait emprunté dix mille sur son crédit à Strasbourg , et Ton ne trouva , après sa mort , que cinq cents écus dans sa cassette.

On pourrait rapporter plusieurs autres exemples de sa générosité; mais je crois que pour achever de le faire connaître , il suffit de dire qu'après avoir commandé les armées pendant plus de vingt ans, il laissa moins de bien en mourant qu'il n'en avait eu de sa niaison , dont il n'était pourtant que cadet.

Le soin qu'il prenait de la fortune des officiers , et son humanité envers les soldats « lui avaient gagné le cœur des gens de guerre. Loin d'imputer les mauvais événements au défaut de conduite des ofUciers qu'il employait, il était le premier à les excuser. Si quelqu'un avait été battu en parti , il prenait soin de le consoler lui-même, et de lui relever le courage; il lui donnait de nouvelles troupes et en plus grand nombre , afin qu'il eût sa revanche , et continuait à le renvoyer toujours à la guerre, jus- . qn à ce qu'il eut remporté quelque avantage.

Un jeune gentilhomme de i'arrière-ban , arrivant un jour à l'armée, après Tavoir salué, lui demanda où il mettrait ses chevaux? A xette question tou3 cwx qui étaient présents

( »89 ) 86 mireût à rire de la manière du monde la plus mortifiante poor ce gentilhomme. Mais le vi^ comte de Turenne, prenant son sérieux : • C'est idonc, leur dit-il, une chose bien étonnante »qu'un honame qui n'est jamais venu à l'armée Bn'en sache pas les usages? N'y a-t-il pas bien >de l'esprit à se rire de lui parce qu'il ne sait »pas des choses qu'il ne peut savoir, et qu'au » bout de huit jours il saura aussi bjen que vous?» Il ordonna en même-temps à sonécuyer d'avoir soin des chevaux de ce gentilhomme, et de 1 instruire des autres choses. Les airs insultants le choquaient au dernier point , et la bonté était tellenient le fond, de son caractère , qu'il ne pouvait. souffrir qu'on se moquât de personne. A la cour comme à Parmée, lorsqu'il ar-* rivait quelque provincial dont on voulait se divertir, il prenait d'abord son parti d'un air qui imposait aussitôt silenceà tout le monde » quelque démangeaison qu'on eût de railler.

Il arriva plusieurs fois qu'ayant reçu de la cour des ordres positifs de, casser des capitaines dont les compagnies n'étaienr pas complètes , îl ptti sur lui d'en suspendre l'exécution , et sut les conserver en leur donnant le temps de rétablir leurs compagnies.

Ayant su que je duc de Luxembourg avait lait condamner à une mort infamante Dnport ^ qui avait rendu Naerden , dont il était gouverneur , et qui était pourtant un fort brave homme, il obtint du roi que cet oiBcier aurait la permission de se jeter dians Grave , «où il expia par une mort glorieuse la faute qu'on Tac^usait d^avoir faite à Nâe^len^ - < .

Il preDatt mh0 de ravancement de tous ceux qui étaient dan» son armée , depuis le plus grand [usqu'au plus petit; illaisait valoir leurs services à la cour, et il leur faisait donner des charges et des emplois à chacun , selon leur capacité et leur mérite. Aussi les of&ciers et les soMftts av«ient-ils pour lui un amour et un attachemrat qu'Us fireW parail^reen tant d'ocoasions , au« je Croîs devoir en i^f^ortçf ici qjoelque chose.

Âpr^s sa mort» les o|Kciers:<g4iiéraux tinrent conseil pour savoir où ils mèneraient rarmée. *t comme ils, étaient long-temps à se déterminer , les soldfts diirent ce bon miot : t Les voilà » bien embarpaasés. Q)u'oa Uobe la^ piîe » et nou# »!oasgQkperonaoi] elle s'arrétefa. »

MméL, qui passait pour un des mejl^rs of&ciers du no]iau«e » et q^i Tétait vjérît^bje^ ment > se vd^afit prêt & snoiM^ir en AHe^a^iaue « demanda pour toute, graoe qu'on l'entor^âi au jsoédie endroit où le vicomte de Turieniie avait été tué.

, U se* Iroii ve encore aujourd'hui parmi nous de TieuK officiers déviant qjni on ne savait parler du jFÎoenfee de Tuffenne* qu'ils n^ lisent aussitôt des larmes » et j'en aï vu » qui voulant Itte* f ^contiir lea bojo^és qu'il avait eues pour POK» en étaient encore si v.iveq[ient. p^nétréa , qimfa douleur coupant la voix, et les saisissjant juM|il'à.lea f*îre. aa^gluiter^ ila, ne poavaiaot

Mhi&f et> leur téchh > •

Sa boiiaefoiéKBÎtsi.:bim^tabUe».non^siauler

metnt» ch» ilUMs,» m^i^ encp<^ chez nos ^qî^ sins, que la plupart d^ ip^MOefl 4'4Uw^gne

( »9' ) iraluient avec lui pertoonellement pour JeMrs iotéréU , tans demander aucune garante de ea qu'il leur promettait , et que les république! même les plus soupçonneuses se croyaient eo Msurance dès qu'il leur arait donné sa parole.

Quand il fallut résoudre dans le conseil d'Espagne, eo i65o , «î on le mettrai! à la tête des troupes, il n'afait aucune caution 6 donner BUS Espagnols pour sQreté de leur armée. Cependant , comme ils connaissaient la fond da •OB caractère , Us ne lajuàrent pas de la lui confier.

Un jour qu'il était dans la Souabe, ayant làît approcher son armée du lac de Constance , pour mettre à contribution quelques terres de la mawoD d'Autriche, les Suisses qui pouvaient craivdra que sous prétexte de porter la guerre Aaap le pays de l'empereur, on n'entrât dana le leur k t improvi&te , lui enToyërent des dépotés , pour lui dire qu'ils afaïent tant de confiaooe.ea sa bonne (bi, qu'ils ne feraient aucune levée de troupes, s'il voulait les assurer qu'il ne viendrait poiat cbez eux; qu'ils prendraient de plua grandes précautions arec un autre , mais qu'avec lui ils se contentaient de sa parole.

J'ai ru les lettres de nos ambassadeurs eq Angleterre , pai' lesafielles ils mandent ({u'Its se «ont souvent servi de sihi nom pour faire réuaair les «Sâires qu'ils oraieut à négocier h la cour éo IiOfulres. £t j'en ai lu quelques autres de plénipotentiaires de Fraoce, qui écrivent

ÎMfi tout ce qu'ils peuvent dire aux princes 'Allenagneoeles rassure point, et qu'ils n'ont ««afiaoce^'au vJcwate de Tur^nn^

Son intégrité et sa sagesse étaient si généralement reconnues , même dans les pays étrangers, que les princes de Montbéliard ayant dispute entre eux à qui posséderait la priocl* paie terre de leur souveraineté, se soumirent au jugement qu'ils le prièrent de rendre pour terminer leur différend, et que beaucoup d'autres princes , surtout de rAitemagne , le chotaissaient pour arbitres dans la plupart des contestations qui survenaient entre eux.

Sa modération dans les offenses égale tout ce qu'on raconte de celle des philosophes de l'antiqaité les plus vantés.

* Étant sur le point d'attaquer les lignes des ennemis qui assiégeaient la ville d'Arras « et n'ayant point les outils qui lui étaient nécessaires pour cela , il en envoya demander par un de ^es sardes au maréchal de la Perte. Ce garde vint bientôt après dire que le maréchal de la Ferté les avait non-seulement refusés , mais encore qu'il avait accompagné son refbs de paroles fort désobligeantes pour le vicoaite de Turenne. Le vicomtq de Turenne se tournant alors vers les officiers qui se trouvaient auprès de lui ^ se contenta de dire : « Puisqu'il » est si en colère , il faudra se passer de ces ou- » tils, et faire comme si nous les avions. »

Le même maréchal ayant trouvé un autre garde du vicomte de Turenne hors du camp, lui demanda ce qu'il faisait là \ et sans attendre sa réponse , il s*avança sur lui et le cfaai^ea à coup de canne. Ce garde vinft se présenter tout en sang à son maître • exagérant fort les mauvais traitements qu'il avait reçus du maréchal

( «95) de lâ Ferté; maît le vicomte de Turenae , feignant de s'eo prendre au garde même ; ( Il ■ fttut, lui dit-if, que tous aojez un bien mé-

> chant homme, pour l'avoir obligé h vous traiter

> de te sorte. • Et ayant envoyé chercher le lieutenant de ses gardes, il lui ordonna de mener sur-le-champ ce garde au maréchal de la Ferté, de lui dire qu'il lui faisait excuse de ce que cet homme lui avait manqué de respect, et qu'il le remetlaît entre sei maïas pour en faire telle punition qu'il lui plairait. Cette modération étonna toute l'armée. Le maréchal de la Ferlé, qui en fut lui-même surpris, s'écria avec uq espèce -de jurement qui lui était ordinaire:

c Cet homme sera-t-il toujours sage, et moi • toujours fonPi

Son carrosse s'élaot trouvé un jour arrêté dans let rues de Paris par un embarras , un jeune homme de coodîtîon , qui ne le connaissait point, et dont le carrosse était i la suite du sien , vint dooner k grands coups de canne sur le cocher du vicooile de Turenne, parce qu'il n'avançait point assez tôt b son gré. Le vicomte de Turenne regardait tranquiltenaent cette scène de dedans son carrosse. Maïs un inarchand étant sorti alors de sa boutique un , l)filon è la main , en criant : < Comment I oo

> maltraite ainsi les gens de M. de Turenne 1 ■ ce jeune homme qui » & ce nom se crut perdu , vint à la portière ilu carrosse du Ticonile de Turenne , lui deoiander partlun. Le vicomte âa Turenne, qu'il croyait bien t s'ùl.nnt mis à sourire : • Ellcclivemcv lui 1 dit-il, vous TOUS entendeï.(

> mes gens : quand ils feront des sottises , ce qui » leur arrive souvent , je vous les enverrai. > Le vrûomte de Turenne se possédait ainsi dans tes sortes d'occasions ofi les autres hommes ne sont plus maîtres d'eux-mêmes. On ne t'a jamais pu faire sortir de co caractère tranquille et modéré , quelque chose qu'on ait faite pour le choquer et l'irriter. La Grèce l'aurait mis au nombre de ses sages , quand il n'aurait en que cette seule vertu : aussi les meilleurs esjprits de soà siècle l'ont-ils regardé comme un homme qui était véritablement digne d'être mis en parallèle avec les plus grands personnages qui aient jamais été parmi les Grecs et parmi les Romains. Rien ne saurait être plus superbe que l'était alors la cour de France. On venait de tous les endroits de l'Europe voir la magnificence de Versailles. Cependant les étrangers» après avoir Vu la pompe et les richesses de la cour et des maisons royales , estimaient que le bonheur que le roi avait d'être le maître de toutes ces choses n'était point comparable à celui de posséder un homme tel que le vicomte de Turenne.

Sa bonté envers ses domestiques , de laquelle •j'ai dit quelque chose en général » se connaîtra peut-être encore mieux par lexempte suivant.

Un jour un de ses gens étant aller demander de sa part» quoiqu'à son insçu, un emploi au sieur Golbert» contrôleur-général des finances , ce ministre, ravi de trouver une occa« sion de faire plaisir au vicomte de Turenne, lui aîla porter lui-même la commission. Le Vicomte de Turenne, qui ne savait rien de la

( «95 ) chose, fut Mses surpris du compliment du sieur Colbert. Néanmoins» recevant la commis^ Mon , il remercia ce ministre , comme si c'eût été par son ordrequ*on la lui ftkt allé demander^ et fit appeler le domestique en faveur duquel elle était expédiée. Cet homme ayant su ce qui venait de se passer^ se crut perdu , et se jeta aux pieds de son maître , en lui demandant miséricorde. Mais le vicomte de Tui'enne le faisant relever aussitôt » et lui remettant la commission entre les mains : « Si vous m'eussiex -9 parlé de cette affaire , lui dit-il , je vous y au* >rais servi comme vo&s Tauriez pu souhaiter;

• et tout ce qui me fâche en cela , c'est que » vous ne me disiez point ce qui vous oblige à

• me quitter. • Ce domestique confus et néan* moins rassuré , lui ayant dit qu'il n'avait recherché cet emploi que parce qu'il avait beau^ oéop d'efnfants » le vicomte ée Tut^nne lui fit

Sayer ce qu'il lui devait de ses gttges , et lui <3Fnna encore une somme considérable pour l'aidera faire s^nbsislersa famille.

Sa modestie est peul-étre de toutes ses vertus Celle dont on a une grande idée , ë catise de Bon extérieur. Que serait-ce si on la connais*^ slait par tes sentiments mêmes?

Qu'on lise tou3 les mémoires historiques ùâi$ de notre temps, on y verra que le plus petit officier se vante toujours d'avoir fiiit ce qu'il raconte de plus grand , ou du moins de l'iavoir suggéré au général. A lire dans les mémoires du vicomte de Turenne ses grandes actions qui ont étotmé toule l'Europe, il semble que ce soient les événements le&plus simples et les

(«96) plus communs , et qCTîl n'y ait eu presque aucune part*

Peu de gens ignorent la gloire qu'il s'acquit par le fameux campement du Quesnoi » où après la levée du siège de Valenciennes» il arrêta les ennemis victorieux. Voici ce que lui écrivit le sieur le Tellier , secrétaire-d'état , qui fut de* puis chancelier de France: • Par votre pru:

»dence. Monseigneur, et par une conduite vi:

»goureuse, vous avez rétabli la réputation des . » armes du roi. En vérité , il n'jt a rien de plus »beau que votre campement proche du Ques- »noi» après la déroute. de Valenciennes» d'à- »voir ainsi fait tête aux ennen^is, fort orgueil- » leux dans leur pays , etc. > Voici comment le vicomte de Turenne en parle luirmême : t L'sr- » mée des ennemis est venue tout proche d'ici. bIIs y ont demeuré deux jours /et après ont » marché vers Condé. Au Quesnoi , le 34 j^U' » let i656r i>

Il est constamment vrai qu'il sauva la cour & Gergeau; la reine-mère le dit publiquement en propres termes. Cependant voyez comment il s'en exprime* lui-même : • Il s'est passé quelque chose à Gergeau » qui n'est pas de grands considération. A Jully Je So mars ]65i. » Y^t-il quelque exemple d'une pareille modestie dans les mémoires ou dans les lettres des autres hommes de guerre ?

Sa délicatesse de conscience nous découvre en lui un si grand fond dé religion , qu'on n'est plus surpris que l'armée ni la cour ne l'aient pu gâter.

Quelque bien qu'aient les gens de guerre ,

( «97 ) il en est peu qui ne soient oblîeés d'emprunter de l'argent auand ii faut qu'ils se mettent ea campagne. Lorsque le vicomte de Turenne était sur le point d'y aller , beaucoup de gens Tenaient lui offrit de très-grosses sommes; mais, quoiqu'il pût quelquefois en avoir besoin, il fi'en voulut jamais accepter, dans la crainte qu'il avait que ces sens ne perdissent ce qu'ils lui auraient prêté, s il fût venu à mourir à l'aruiée.

Un jour qu'il était en marche dans le pays ennemi « les habitants d'une grosse ville lui envoyèrent offrir cent mille écps par des députés, pourvu qu'il vo/ulût bien se détourner de son chemin, et ne point faire passer ses troupes dans leur ville, i Comme votre ville, dit le vicomte de Tqrenne à ces députés , n'est point sur la route par où j*ai destiné de faire marohec mes troupes t je ne puis prendre l'argent que vous m'offrez. > Jene pense pas qu'on ait j/iimais p»orté plus loin la délicatesse de consciencei Ces députés en demeurèrent très-étonnés. Les enneinis eurent tpjU)oi|rs depuis. pour lui une vf^nération pleine de tendresse : ils le pleurèrent à sa mort ifutant que (es Français mômes ; et les AUemajBijds n'ont jainais voulu labourer l'endroit ob il a .été tué , comme si l'impression de son corps avait rendu cet endroit sacré. Il est encqre e^ friqhe , et les paysans le montrent à tout le monde , aussi bien qu'un arbre fort vieux qui est là auprès , et qu'ils n'ont point voulu couper. Aussi avait-il toujours épargné le pays ennemi autant qu'il avait pu, conservait les fruits de la terre pour les gens de la

( «98 ) eampagne , dont il plaîg;nait la triste destinée , et n'en avait pas moin» bien fait le service du roi » comme on Ta pa voir dans toute la snite de son histoire.

Le christianisme enfin » de Tesprit duquel il était sans cesse animé , a pour ainsi dire couronné toutes ses autres vertus*. Il avait nonseulement soin de purger son armée des déré* glements qui régnent ordinairement parmi les troupes ; mais il y avait encore étabh des prié* res publiques à certaines heures du jour. Il faisait des vcBUX au ciel Dour la paix au milieu des plus glorieuses rictoires qu'il remportait. Il traitait tous ses soldats comme ses enfants et comme ses frères^ si bien qu'à Tarmée même il était encore plus admiré pour fexceilenoe de ses mœurs qu'à cause des talents supérieurs qu'il avait pour la guerre.

Jacques If, roi d'Angleterf e , qui a écrit les quatre campagnes qu'il fit sious lui ,• racontant la fameuse attaque des lignes d*Arra»» en parle en ces termes : « Avant l'attaeoe des lignels d'Ar^ ras , monsieur de Tnrenne m faire des prières publiques à la tète de chàoue bataillon et de chaque escadi*ôn, pendant plusieurs féurs» pour le succès de cette entreprise; presque tout Je monde se confessa et communia; et je^suis sûr

Ïu'il ne «'est jamais vu dans auctînearméetaDt e marques d*uiie véritable dévdtofi quHl en parut dans la nôtre (i). •

(i) Mémoires de Jaeqaes H, rpî de la Grande-Bretagne , écrits de sa propre maia , et conservés par soa ordre dans les archives da collège des Écossais , à Pari^*

Tout le monde convient qae rien ne fait mieux connaître un homme que ses lettres. li ne fant que lire celles du ticomte de Turenne pour voir qu*il n'était occupé que de Dieu pen« ^.ant tout le cours de ses campagnes et dans toutes ses entreprises.

f Nous allons commencer la campagne , ditil dans uiie de ses lettres ;yai bien prié Dieu ce matin qu'il me fasse la grâce de la passer en sa crainte, ne connaissant point de plus grand bien que d'avoir la conscience en repos autant que notre fragilité le peut permettre. A Marie» le 11 juin i656. •

c Tontes choses vont fort bien jusqu'à présent t dit-il dans une autre lettre; mais comme les succès sont toujours douteux , il faut se re<* mettre à la volonté de Dieu. An camp devant Valenciennes , le 18 juin i656. •

On ne «aurait porter plus loin la conSance »

la résignation , Thumilité et la reconnaissance chrétiennes que le fait le vicomte de Turenne dans toutes ses lettres.

f Pourvu « dit-il, qu'il plaise h Dieu de ne nous point faire tomber dans quelque malheur quelon ne prévoit point, j'espère qu'on ache^ vera ce siège. Au camp devant Landrecy , le S9 juin i€55. »

« Avec i aide de Dieo , je crois que ceci réus*sira Ibrt bien , et qu'il bénira notre entreprise. Au camp devant la Gapelle, le sS septembre 16S6. •

f Je suis toujours dans^les mômes sentiments» priant Dieu qu il me donne la continuistion de

( 3oo )

»a grâce * et qu'il me rende plus homme de bien que }e ne le suis. A Amiens , le i janvier 1660.»

• On assure fort que les ennemis donneront aux lignes. Gela , comme toutes les autres choses, est en la main de Dieu; il faut se soumet-: tre à sa volonté. Au camp devant Yalenciennes, le s juillet i656. »

• J'ai rendu grâce à Dieu de tout mon cœur de ce que cette affaire , dont je souhaitais si fort le succès» m'a si bien réussi. Il est certain qu'il y a une grande bénédiction de Dieu sur tout ce que j'entreprends. Au camp près d' Arras» le 26 août 1654. >

Il serait trop long de transcrire toutes les autres lettres du vicomte de Turenne ou l'on trquve de pareils sentiment&. Je finirai par celle qu'il écrivit après la bataille des Dunes » et que je vais rapporter « afin qu'on voie si aucun général d'armée a jamais écrit une semblfible lettre après une pareille victoire*

< Je vous fais ce mot pour vous dire qu'il s'est passé aujourd'hui une fort belle action dont il faut louer Dieoi M. le prince et don Juan ont été entièrement défaits. C'est une grande béné: diction de Dieu que cette affaire ait si heureusement réussi. J'espère qu'il nous bénira en autre chose : il faut se remettre à sa volonté* Aux Dunes » près Dunkerque , le i4 juin i658. t

Tel fut» par rapport au christianisme» le vU comte de Turenne» dont on ne doit pas craindre que le nom et les actions tombent jamais dans l'oubli» quand même les Français ne prendraient pas soin d'en perpétuer 1q souvenir; les

( Soi )

exemples de vertus qu'il a donnés étant d'une si grande utilité pour tous les hommes, de quelque pays qu'ils soient, que le monde entier se iroureintéressé à eA conserver éternellement la mémoire.

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( 3os )

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