LIVRE TROISIEME
Pendant que nos guerres élrangëres se termi^ naient si glorieusement, il s'en formait une* beaucoup plus dangereuse au milieu de l'état ». où la fureur des dissensions civiles s'étant éle- Tée , l'esprit de révolte gagna en moins de riea tout ce qu'il y avait de plus fidèle dans le royaume : les parlements , lés princes du sang» et même le vicomte de Turenne ^ triste , mais sincère partie de l'histoire de ce grand homme» où je raconterai* ses fautes sans en dissimuler la honte ^ comme )'ai raconté jusqu'à présent ses belles actions sans en exagérer le mérite ; mais afin de pouvoir faire bien entendre quel)» part il eut à nos malheureuses divisions » il faut remonter jusqu'à leur origine , et faire voir la situation où était la France alors par rapport au gouvernement.
Le roi Louis XIV était encore mineur, et la reine réjgente ne faisant rien que par le conseil du cardinal Mazarin^ c'était proprementJurqui gouvernait le royaume. Ce ministre, chargé des entreprises , et persuadé que l'argent était le ressort des succès , multipliait par toutes sortes de moyens les impositions publiques. Le parlement de Paris » qui croyait que ces impo-
( 93 ) sitioDS ne se pouvaient faire sam gon consente* ment^ s'opposa formellement à l'exécution d'uD édit par lequel on voulait faire une nouvelle lésée de déniera sur le peuple» Le cardinal Ma-» zarin , choqué de l'obstacle que le parlemeni mettait à ses desseins » retrancha par un autre édit lea gages de tous les officiers de juétice » afia de regagner sur eux ce qu'on l'empêchait de prendre sur le peuple. Le parlement ,. piqué à son tour de ce retrancheœyeni de gages , en*treprit d'établir une chambre de justice qui prit connaissance des malversations cpmmises aux maniement des finances , et de faire rendre compte au cardinal Mazarin de l'emploi de tout les denier» levé» depuis le commencemeni de la. régence. Le cardinal regarda celte entreprise comme un attentat contre l'autorité royale , efc fit arrêter quelquea membres du parlemeni ; croyant intimider par là tout le corps. Mais à» cette nouvelle, lepeuple, qui était persuadé que le parlement n'avait en vue que le soulagements du public» s'élant soulevé et ayant pris les ar^ aies , la cour fut obligée de remettre en liberté les (rf&ctera qu'elle avait taii arrêter. Le c^rdi^ nal Mazarin* outré d'i^voir été ainsi réduit à céder aus; rebelles » qui semblaient triômpbel^ 4e S09, peu d'autorité y résolut de se venger dui parlepient et du peuple. Il sortit de Pacjs ; il emmena le roi et la reine à SaintpGe|rmaii|-en'-» Laye; et se flattant de forcer les Parisiens h tput ce qu'il voudrait parla f^ppmine, il engagea-^ fe prince de Goadéà bloquer Paris. Le parle*; iQeni ^ desoncôlé p. se prépara à une vigoureusoi défex^e , donna ua^ arrêt par lequel il déclarait:;
(94 ) le cardraal M azarin perturbateur du repos jm^ blic, et lui enjoigÈtait de sortir du royaume , délivra des commissions pour lerer des gens de guerre; et les dues de Bouillon et d'Eibœaf lut étaut venu offrir leurs services, il leis donna pour lieutenants-généraux au prince de Conti , qu'il fit généralissime de ses troupes. En cette qualité , le prince de Conti envoya un homme de confiance à rarchiduc Léopold , pour le porter à joindre les forces des Espagnols à celles^ do parlement»
Telle était la situation des affaires brsque fe cardinal Mazartn envoya ordre au vicomte de Turenne d'amener 'ses troupes aux environs d^ Paris , et que le duc de Bouillon lui écrivit pc^ut l'engager à prendre le parti du parlement , lut représentant que le cardinal Mazartn faisait naître tous les jours de nouvelles difficultés pour empêcher la consommation de rechange .de Sedan , et que s'il ne savait tirer avantage de Tarmée à la tête de laquelle il était , on n'aurait bientôt plus aucun égard pour sa maison* Chacun était fort en peine de savoir quel parti il prendrait. D'un côté une conjoncture si favora^ nie de revenir contre la cession ibrcée d*unè souveraineté faisait cràifitdre qu'il m vdulûjt' profiterde la conjonctures et deTautre Pekacte' j^robité dont il faisait profession donnait lieu dé> croire qu^il ne voudrait pas sacrifier son -devoir m rétablissement de sa maison. Toute la France était dans l'iûipattence de voir à quoi il $k Aéterœifneraît, lorsqu'on apprit qu'if s^était d(£claré pour le parteAient, et qu'il avait pris le serinent de ttms^ks officiers des troupes quf éftdient'
( 95 ) à désordres; tant il est vrai qull arrivera plu» tôt que l'homme agisse contre ion propre ca« ractère, qu'on ne voie une vertu entièrement
fmre en ce monde. Le parlement ravi d'avoir e vicomte de Turenne de son^ côté» donna un arrêt par lequel il était enjoint à ùous officiers et sujets du roi d^obéir à ce général^ et par lequel il était ordonné qu'on ferait un fond» pour fournir à la subsistance de son armée.
Mais le cardinal Mazarin ayant envoyé Uervard à cette armée avec beaucoup d'argent» la plua grande parlie des oiEciers et des soldats abandonnèrent le vicomte de Turenne*.
Ce général voyant qu'il ne pouvait rien exécuter de fort considérable iivec le reste de» troupes qui voul^ent suivre sa fortune , se retira en Hollande , oà il demeura jusqu'à la con-« clusien du traité de paix qui se fit peu de temps après entre le roi et le parlement. Par un des ai*ticles de ce traité , c le roi déclarait qu'en >écbange de la principauté de Sedan , il don* »nerait incessamment de ses domaines au due >de Bouillon jusqu'à la concurrence- de la va*- >leur de ladite principauté; que ce qui lui avait »été promis pour le rang de ceux de sa maison userait ponctuellement exécuté; que quand \ï «•disposerait du commandement de ses armées»
»il aurait égard au mérite du vicomte de Tui-renne » et qu'il le gratifierait même en toutes > sortes d'occasions de ce qui lut conviendr«(it iselon sa naissance» » Sur la foi de ce traité , le vicomte de Turenne partit de Hollande , et re« vint à la* cour, où il arriva justement dans W ten^ que le cardinal de Mazarin et le 'prince!
( 96 ) ie Condé Toulaot être cbacan seul le maître , faisaient paraître quelque chose de si aigre eH de si piquant , jusque dans les premières froideurs par où commença leur mésintelligence , qu'il était aisé de juger qu'elle dégénérerait bientôt en une haine implacable. Leurdivisioa partageant toute la cour, il n'y avait personne qui ne prit parti pour l'un ou pour l'autre. Le iricomte de Turenne seul demeurait neutre, et ne s'était point eacore déclaré pour aucun des deux»
Cependant notre armée d^Altemagne ayant appris ^on retour en France , envoya à la coup des députés qui le demandèrent pour générai; mais on ne jugea pas à propos de lui confier silôt un pareil emploi. Le vicomte de Turenne regardant ce procédé comme une contravention è ce qu'on lui avait promis par le traité de paix, •t s'en prenant au cardinal Mazarin , fit auprès du prince de Condé quelques démarches par lesquelles il semblait qu'il eût dessein d^entrer dans son parti. Mais le cardinal Mazarin ne se mit point en peine de rompre celte liaison» se persuadant que la fortune éclatante où était alors ie prince de Condé lût attirait toius ses partisans , et que quand il aurait exécuté ce qu'il méditait contre ce prince , on ne s'empresserait pas beaucoup de s'attacher à lui Enfin il le ûi arrêter avec le prince de Conti , son frère, et le duc de Longueville, leur beau-frère, et il les fit conduire tous trois au château de Yincennes. Il envoya le marquis de Ruvigni aa vicomte de Turenne, pour l'assurer de son amitié ». lui promettre le commandemenli de l'armée»
(97) de Flandre , lui oiFrir une de ses nièces en mariage , et lui protester qu'il voulait désormais partager sa fortune avec lui. ' Mais le vicomte de Turenne , qui était bien éloigné de régler ses affections sur la prospérité ou la disgrâce des personnes , n'accepta aucune de ces offres. Ce qui lui faisait prendre 6e parti n'étais ni la naissance du prince de Gondé » nî son rare mérite , ni même les avan* ees qu'H lui eût faites ; car bien loin de le rechercher avec les empressements avec lesquels , au jugement de tout le monde * il méritait d'être recherché, il l'avait assez négligé; mais il suffisait qu'un homme fût persécuté ou malheureux , pour que le vicomte de Turenne se sentit aussitôt porté par son penchant naturel à le secourir. Ainsi dès qu'il vit les princes au pouvoir du cardinal Màzarin , il sortit de Paris , et s'étant rendu à Stenay , place forte sur la Meuse» qui appartenait au -prince de Gondé , il invita tous les amis et toutes les créatures de ce prince à l'y venir joindre. Le cardinal Mazarin envoya après lui , ajoutant encore de nouvelles pronfiesses è celles qu'il lui avait faites; mais le vi* comte de Turenne n'y voulut point entendre; et, persévérant dans le dessein qu'il avait formé , il vendit sa vaisselle d'argent pour lever des troupes; il employa au même usage les pierreries de la duchesse de Longueville , qui les lui vint apporter; il fit tenter la fidélité aes troupes qni avaient servi sous lui en Allemagne» et ii en débaucha trois régiments qui vinrent le trouver* It proposa une ligue à l'archiduc Léopold , qçi commença par demander qa'oa
lui. remit la ville de Stenjay; maia le viooiate de Turenne h Iulref4j&a, ne voulant point se dessaisir de l'unique place où il pouvait se retirer et se mettre hors du pouvoir des Ëspï^i;tols. On ne laissa p^s néanmoins de conclure te traité par lequel Tarchiduc Léopold s'eqg«g()a. pour le poi d'[ilspagno , à ne point faire la [^aix qu'oa n'eût rendu la liberté aux princes, et j^ vicomte de TureDno promit de ne point mettJire les armes^ bas que la France n*eût offert, des Articles de paix juvStes et raisonnables aux Ë)^p$^gi|pl#; e% ce traité ayant été ratifié par le iroi d'Espagne, le vicomte de Turenne et Tarchiduc i^éopold joignirent leurs troupes , et à ta tôt^ de leur armée , qui était de dix-sept à dix-huit m^Ula hommes, ils entrèrent en France par les froi)tièresde la Picardie. Ils assiégèrent iç Qatelet^ petite place à [a source de TËscaiiit., qu'ils prirent en trois jours : de Ih ils allèrent asaiiéger la ville de Guise; xmais il tomba une telle aboQ* dance de pluie pendant ce siège, que les chomins en furent entièrement ronipus; de sorte que les chariots destinés à voiturer des vivres aux assiégeants ne pouvant plus aller s(ins uc^ fiombre prodigieux ne chevaux, et lesi Espagqojs en ayant très peu, la disette devint si granda dans leur camp , qu'ils furent obligés d^ lever je siège , et d'aller chercher des vivres du cpté d% la Gapelle. La pluie ayant eaiin cessé, le vicomte de Turenne et Parchiduc Léoppld assiégèrent la Gapelle , et s'en rendîcent mattrest^ft dix jours. Après la p.rifee de cette placo iU f*«-« sèrent la rivière d'Oise Le vicomle de Turbine s'avança ^veo tpdisi^qiU^ chevfMa ^^stju'^^ Vec?
( 99 ) vins , pour observer notre armée qu! était il Marie. Mais le maréchal du Piesj^is Praslin , qui la comiBandait , en délogea aussitôt , et se relira derrière les marais de Noire-Dame- de- Liesse. Le vicomte de Turenne se voyant maître de Id campagne )^ar la retraite de ce maréchal , alla prendre Rhetel , Ghâte^u-Porcien et Neufchâlel , passa la rivière d*Aisne , prit la ville 4e Fîsme» força le maréchal du Plessis h s'aller epfermer dans Reims avec son armée » envoya prier T^rcbiduc LéopoM de lui amener le reste des troiipes , en posta un corps derrière la Marne ; en fit avancer un autre à la Ferté-> Miloa , ei s'étant ainsi rendu maître de tous le»
Î passages jusqu'à Paris , il s^ disposait à venir le endeouÛQ ioveslir le château de Viocennes»
pour en tii'er les }Mrinces ; et il aurait peut-être exéciit^ i^e dessetOt si on ne les eût prompteméat trMsfôrés aq château de Marcoussis , qui est entre Paris et Orléans. Le vicomte de Tu* rennç ayant ainsi manqué son coup , fui obligé» de rebrousaer chemin » et ayant repassé TAisne avec son armée , il alla assiéger Mouzon sur Ia Meuse. La pkiie oui tomba en abondance dtin rant ce siège, et te peu d^arlillerie qu'avaient les Espagnols^ Ait cause i|u'il demeura sept se* maines à prentire cette place. L'archiduc Léo* pold ayant ramené ensuite le gros de Tarmée hiveruçre» Flandre, le vicomte de Turenne demeura avec huit milJe hommes sur la FroU'^ tière» entre FAisne et la Meuse , pour veiller à la conservation des places qu'il avait prises sur <M deux rivières.
Quoique ia saisoiiflàtd^.aî avaocée p le ma^
réchal du Plessis et le cardinal Mazaria qui Tétait venu joindre, ne laissèrent pas d'entreprendre le siège de Rethel avec l'armée du roi , qui s'était reposée durant toQte la campagne » et qui , grossie de plusieurs détachements que le cardinal Mazarin y avait fait venir , se trouvait alors- forte de dix-neuf à vingt mille hommes. Le vicomte de Turenne laissa investir cette place , et ne voulut marcher pour la secourir que lorsqu'elle serait assiégée dans les formes : il comptait défaire aisément notre armée quand elle serait partagée en quartiers autour de Rethel, et feire ainsi lever le siège de cette ville. Deiliponti » le premier homme de ce temps-là pour la défense des placés i en était gouverneur. Il y avait dedans dix-sept à dix-huit cents hommes de garnison , et le vicomte de Turenne n'aurait eu garde de croire qu'elle n'eût tenu que trois jours; néanmoins y étant arrivé le quatrième four du siège , il trouva que Deiliponti l'avait lâchement vepdue et livrée • et que le maréchal du Plessis , ayant aussitôt levé ses quartiers , avait remis toutes ses troupes en un seul corps d'armée, qui était même déjà rangé en bataille. Le vicomte de Turenne n'ayant donc point d'autre parti à prendre que celui de la retraite , retourne au plus vite sur ses pas , fait quatre grandes lieues sans s!aerêter , gagne la vallée de Bourg , et y fait reposer son armée, après avoir toutefois laissé derrière lui quelques cravates pour le venir avertir en cas .que nous le poursuivissions , comme en effet nous le fîmes: car le maréchal du Plés^is ayant èntitepris''de forcer le vicomte
de Turenne à combattre ou à repasser la Meuse»" marcha après lui presque toute ia nuit, si bien t^u'à la pointe du jour le vicomte de Turenne fuè averti par les cravates > que nous nous avancions avec toute la diligence possible , que nous n'étions pas fort éloignés de lui. Le vicomte de Turenne sort aussitôt de la vallée » et prenant sur celle des deux hauteurs qui est à gauche lorsqu'on vient de Retfael , fait encore deux grandes lieues, en se retirant avec soa armée par un brouillard si épais que nous ne lo voyions nullement, quoique nous marchassions * dej'autre côté du vallon, sur la hauteur qui était à droite; mais le soleil dissipant peu à peu le brouillard, sur les dix heures et demie les deux armée« , qui n'étaient séparées que par le vallon , se découvrirent l'une l'autre en mômetemps. Le vicomte de Turenne persistant dans le dessein de se retirer, continua sa route , et le maréchal du Plessis, résolu de le combattre ,
I poursuivit aussi la sienne, marchant plus d'une ieue diirant sur une colline parallèle à celle où était le vicomte de Turenne. Il passa ainsi le village de Semuyde et le bourg de Saint-Etienne, les deux armées se côtoyant tantôt à la demiportée du canon, tantôt à la simple portée du mousquet , selon que la vallée était plus large ou plus étroite. Il cherchait quelque passage aisé par où il pût aller attaquer le vicomte de Turenne , et il s'était déjà repenti plus d'une foisd*en avoir laissé d'assez faciles, dans Tespérance d'en rencontrer de plus commodes qu'il . ne trouvait pourtant point , lorsque voyant qu'il était midi » et qu'il n'y avait plus guère que trois
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heures de soleil, il résolut de passer le vallon de quelque manière que ce fût, dans la crainte de ne plus retrouver le lendemain le vicomte de Turenne, s'il lui laissait la nuit pour se retirer. Il fît donc faire halte à sou armée entre le bourg Saint-Ltienne et le bourg de Sommepy, dans la plaine nommée Le Blanc-Champ ^ et commanda qu'on la mît en ordre de bataille pendantquM irait recoï^naitre le fon<l du vallon. Le vicomte de Turenne , qui s'aperçut de ce mouvement, vit bien qu'il allait être attaqué, et qu'il ne pouvait absolument s'empêcher d'en Tenir aux mains avec nous » quoique la partie fût fort inégale. Il avait un grand avantage sur BOUS » en demeurant sur la hauteur où il était , puisque nous ne pouvions venir à lui qu'en montant; mais d'un autre côté notre infanterie n'était pas encore arrivée , et il lui était avantageux de nous attaquer avant que nous eussions toutes nos troupes ensemble : il balança queU que temps ces deux avantages, et s'étant enfin déterminé à attaquer le premier, il passa le vallon; il s'avança dans la plaine de Blanc- Champ avec soc afrmée , ou plutôt avec ce petit corps de troupes qui lui tenait lieu d'armée » et qui était composé d'Allemands , de Lorrains et de Français ; il n'avait que huit mille hommes en tout , et ils furent bientôt rangés en bataille; il mit les Allemands à l'aile droite, avec le sieur de Lavau pour les commander ; les Lorrains à l'aile gauche avec leurs officiers, et les Praaçais au centre de ces deux ailes.
D'autre côté, le maréchal du Plessis avait aussi rangé son armée ^ quoique toute son in*
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fanterie fie fôtpfts encore arrivée* Il avait donn^ le commandement de son aile droite au marquis de Villéqoiér i et celui dei'aile gauche au martquis d'HoCquidConrt , tons deux lieutenantsgénéraux i et il s'était mis au milieu de la pre- Hmière ligne , à la tête du corps de bataille; il ayait avec lui les vieux régiments allediands qui avalent sèrrvi s^us le vicomte de Torenne, et son armée étafit. de quinze à seize mille hommes<
Les choses étatl dans cette disposition , ]m •deuji armées commencèrent à s'appreeher forl près Tune dé Tautre. Le vicomte de Turenne, à la tête de séii aile gauche , chai^ea Viih droite dti maréèhal du Ples«is; et 'décrite pi^etnîère charge furent tués , de notre celé , le fils titïé do riaar^éch^l du Pfes^îs , et iepirinee palan t'în du 'c^é des Espagnols^ Il ekt vrifi que le ncofnié de Tiit^nhe enfonça l'aile dir<>ite du matéchàVèù Plésisi^; mais il lui faUut faire pour cela'dte si gfhàildi efforts, que sfes eseâdronsûé se tr'6ûvèt*ent guèi*e moins Rompus que les neutres î de *ef le qu'ayant été <>bligé de refcule^ Ïoùt se remettre en ordre , le maréchal da lessis eiit aussi lé teiùpsi de se tâlHc*^* et là contenance avec lîàquelle il se pt'é^ôtsiî1?'à Sbûiënir un seôohd ôhoc faisant 'jdge^ au tMoÊâté de ÎHirehne qu'il ûe ti*oiiVéreit Jiâ* môîÉfs dô résistance qu'au predaiér , il fit in'ètlt'ë - les deux lignes dé Tailé où il était eik une isetf le, et ayant fondu sur "*hôtts ànt %ftt(iWï' p^lôi plus de vîguetîr que la première 'fors ^u'il nous avait cfiargés , il rôtopit éfiiibtéMëûî nos escadrons y et se rebdît ii!ialtré.<i^ nW^^
canon. Mais il n'en allait pas de même à son aile droite.
Le sieur de Lavau, qui la commandait, eut bien quelque avantage k la première charge, sur le marquis d'ilocquincourt , qui commandait la gauche de notre armée; mais à la seconde charge , ayant été fait prisonnier, et les Allemands qui étaient de ce côté-là ayant pris la fuite , le marquis d'Hocquincourt détacha un officier- général avec quelques escadrons après eux pour les poursuivre; et ayant mené le reste de son aile victorieuse au secours du maréchal du Plessis, nous chargeâmes à notre tour le vicomte de Turenne avec beaucoup de vigueur, et ce fîit là que le fort de la bataille étant tombé » on combattit avec tout l'acharnement qu*oA Yoit dans les combats les plus opiniâtres et les plus sanglants. Les escadrons de Tun et de l'autre partis furent plusieurs fois rotnpus, se rallièrent autant de fois, et revinrent toujours à la charge. Le vicomte de Turenne fit un ravage effroyable dans notre armée avec son ca* non chargé à cartouches, à la tête de. ^on bataillo^. Maisi le maréchal du Plessis, qui avait ]à Félite de ses deux ailes , ayant encore joint sa seconde ligne à la première , tomba d'abord très-rudement jsur le vicomte de Turenne, et étendant ensuite sa droite et sa gauche autour 4e ce général , Fenveloppa d'une si grande multitude de troupçs., qu'il se trouva avec le seul ]a Berge son capitaine des gardes , au milieu 4e notre camp. Huit cavaliers qui le reconnurent voulurent se saisir de lui; mais en ayant mis quelques-uns hors de combat, il se débar-
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rassa fort Tigoureusement du reste. A peine était-ril sauvé de ce danger, qu'il fut arrêté par quelques autres de nos soldats» ({ui, l'ayant vu aux prises avec les huit cavaliers , jugèreut qu'il devait être de Farinée ennemie; mais la Berge leur ayant dit qu'ils étaient de l'armée de France» et que ces huit cavaliers étaient des Allemands, qui ne les avaient voulu tirer que parce qu'ils ne les connaissaient point» ils laissèrent aller le vicomte de Turenne» qui n'aurait jamais pu leur échapper s'il eût été obligé d'en venir une seconde fois aux -«lains » car son cheval était blessé de cinq coups. Il marcha encore longtemps au petit pas» et rencontra enfin un oiBcier de ses troupes, qui lui prêta un cheval avec lequel il arriva à l'endroit où il avait ran« gé son armée en bataille. Les deux lignes avaient été entièrement rompues; la cavalerie lorraine et allemande était en fuite; leur artillerie avait été prise » et dont Estevant de Gamarre » qui la commandait , fait prisonnier : toute son infanterie avait jeté les armes bas » excepté le seul régiment de Turenne , qui s'était fait hacher en pièces; de sorte qu'il n'eut pas d'autre parti è prendre que celui de ramener les débris de son armée.
Il donna ordre qu'on menât » dans le duché de Luxembourg ce qu'on pourrait sauver.
Comme il ne restait pas encore une heure de jour » et que les troupes du maréchal du Pkssis étaient extrêmement fatiguées » le vicomte de Turenne fut faiblement poursuivi dans sa retraite; et n'ayant perdu en tout que la moitié de son armée, il retrouva encore quatre mille
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dommes qu^on lut ramena à Montlaiédy, ville du Luxembourg, oii il se rendit te ienèemain du combat. lise retira dans cette place plutôt qu'à Stenay , dont il était le maître , afin qu'on ne s'imaginât pas qu'il voulût abandonner les Espagnols par la mauvaise opinion qu'il pouvait «voir du parti depuis la perte de la bataille; cà que l'arcbiduc Léopold ayant appris /il lui en en sut si bon gré qu'il lui envoya un pouvoir pour nommer à toutes les charges qui vaquaient par la mort des ofliciers qui avaient été tués dans le combat, et pour donner auk troupes qui lui restaient des quartiers en tel endroit des terres du roi d'Espagne qu'il vondrcfit. Il lui envoya même , peu de temps après , cent mille écQs sur la somme qu'il lui avait promise par le traité fait entre eux; mais le vicomte de Turenne ayant reçu alors des lettres par les-^ quelles on lui mandait qu'on travaillait forte^ ment à la liberté des princes, renvoya les cent mille écus , ne croyant pas pouvoir avec justice prendre l'argent des Espagnols dans un temps où il estimait que son engagement avec eux allait finir. Le cardinal Mazârin en avait agi avec tant de hauteur depuis la victoire deRe^ thel , que sa fierté avait réveillé la haine publique, de manière que la reine voyant tout le monde réuni contre lui, fut enfiù obligée à le faire sortir du royaume , et à remettre les princes (9n liberté»
Turenne ayant appris celte nouvelle à ia Roche en Ârdenne , où il était , se retira à Stenay, d'où il écrivit à Tarcfaiduc Léopold , p^ur l'assurer qu'il ne sortirait point de cette place qu'il
B^eût exécuté ce à qaoî ii »'élait eDgagé par fe traité qu'il avait fait avec le» Espagnols ; à sa- Toir f de ne point mettre les armes bas que la France n'eût offert à ï Espagne des articles de paixjustes et raisonnables. Il écrivit aussi en même-temps au prince de Condé , pour le prier de faire en sorte que la cour envoyât ineessamment une personne de considération à Stenay , avec ordre d'y travailler à la paix , lui représentant que sans cela il ne pouvait se retirer bonnêtement d'avec les Ëspag;nols. Le prince de Condé ayant sollicité fortement cette affaire , la reine régente envoya à Stenay le steur de Grotssy, conseiller du parlement, et le sieur Friquet y étant aussi venu de la part de {'archiduc Léopold » le vicomte de Turenne pressa si fort la négociation^ que la France offrit d'abondonner la Catalogne , de ne se plus mê'* 1er des affaires du roi de Portugal , et d'envoyer sur la frontière le duc d'Orléans , avec un pleia pouvoir de conclure la paix^ si les Espagnols y voulaient aussi envoyer l'archiduc ayec le même pouvoir. Mais le roi d'Espagne refusa de le faire; et fe vicomte de Turenne l'ayant enfin aollicilé pendant deux mois pour cela , il se crut suffisamment dégagé d'avec les Espagnols» de sorte qu'après les avoir remerciés avec toute la reconnaissance possible de l'assistance qu'ils lui avaient donnée , et des manières honnêtes avec lesquelles ik en avaient toujours usé envers lui , il partit pour Paris; et ayant appris en chemin que les princes et plusieurs grands du royaume voulaient venir au-devant de lui « il prit si biea ses mesures qu'il arriva un jour
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plutôt qu'on ne rallendait» pour ne pas recevoir des honneurs d'un si grand éclat à la vue de toute la cour ; estimant que c'aurait été in^ sulter en quelque manière à la faiblesse du prince , forcé à le bien recevoir au retour d'une guerre où il venait de porter les armes contre lui , que d'entrer d'une manière si brillante dans la capitale de ses états » et que la majesté royale , si fort humiliée , exigeait au moins ^ la bienséance d'un air modeste dans ses sujets qui triomphaient si visiblement du souverain* Sitôt que le prince de Gondé sut qu'il était. arrivé » il l'alla voir» le mena au Louvre; il l'anima à former des vues pour les plus grands établissements qui fussent dans le royaume , lui proies* tant qu'il s'emploierait avec chaleur pour les lui faire obtenir» et il l'assura que si jamais l'occasion s'en présentait , il lui rendrait le même service qu'il venait de recevoir de lui. Le vicomte de Turenne répondit à ses honnêtetés comme il le devait , et sans vouloir tirer aucun avantage du crédit de ce prince pour son utilité particulière , il le pria seulement de faire en sorte que les troupes qui venaient de travailler av^c tant d'ardeur pour sa liberté eussent de bons quartiers d'hiver*
Peu de temps après , le prince de Gondé se plaignant de ce que l'esprit du cardinal Mazarin régnait toujours dans le conseil , malgré son éloignement , rompit ouvertement avec la cour, et fit tout ce qu'il put pour engager le vicomte de Turenne dans ses intérêts , offrant de lui donner Stenay , et promettant de faire rétablir le duc de Bouillon dans sa souveraineté de Se-
dan. Mais la reine , qui avait encore la même autorité pour le gouvernement, quoique le roi eût élé déclaré majeur , voulant aussi de son côté'gagner le vicomte de Turenne , fit passer au parlement rechange de Sedan , et par là donna la dernière main à la consommation de cette grande affaire ; de sorte que le prince de Condéét9nt allé dans son gouvernement de Guienne pour se préparer à la guerre, et la reine ayant. mené le roi à Poitiers, pour être plus à portée d'observer [es démarches du prince de Gondé, le vicomte de Turenne , qui n'avait plus aucun lieu de se plaindre de la Gour , partie de Paris , et alla offrir ses services à la reine.
Gomme le maréchal d'Hocquincourt avait déjà été mis à «la tête de l'armée, la reine fit demander au vicomte de Turenne s'il voudrait bien la commander conjointement avec ce ma»
réchal. On doutait que le vicomte de Turenne voulût s'accommoder de cette association; mais ce prince entrant dans la nécessité où là cour était alors de ménager toutes les personnes de service, ne voulut pas qu'on dégoûtât un homme de ce mérite-Jà en le dépouillant tout-à-fait du commandement , et se contenta de le partager avec lui.
Cependant le prince de Gondé fortifiait de jour en jour son parti , et la reine ayant su ^u*\l avait fait un irailé avec les Espagnols, rappela auprès d'elle le cardinal Màzarin pour se servir de ses conseils , et lui redonna l'admis nistration générale de toutes les affairés. Le rétablissement de ce ministre irrita de telle
«orte le parlement de Paris , qu*il imt sa tête i iTix, et que le duc d'Orléans se déclara pour ie prince de Condé^ dans le parti duquel entrèrent le prince de Tarente, les ducs de Beaufort, de Nemours et de Kohan , les comtes de Tavannes et de Marsin , et plusieurs autres personnes considérables ^ qui» ayant levé des troupes chacun de leur côté , trouvèrent le ipoyen de iaire une armée de quatorze à 4|iiiDza ^lille hommes « qu Us menèrent aux eovironê de Montargis^
Le prince de Gondé ayant appris cette agréable nouirelle, partit aussitôt de Guienne pour venir joindre cette armée , avec laquelle il se promettait de défaire aisément celle du roi , qui était fort inférieure.
Le roi avait alors quitté Poitiers pour se rendre à Sauoiur dans 1 Âojou ; et le cardinal Malaria ayant )i^gé à propos de iijieaer la cour le plus près qu^il se pourrait de Paris , pour maintenir' dans le devoir cette grande^ville , qui donne ordinairement le branle au reste du royaume» il fut résolu qu*oo marcl^rait da Saumur ob Ton était, jusqu'à Giea, en remontant la Loire^ pour s^'as&urer des villes qui «ont situées çiir cette rivière* Tour« » A^mboise» Blois et toutes les autres places donnèrent au roi des marques ifi leur obéissance , et il n'y eut que la seule ville d'Orléaas qui lui ferma ses portes « à la sollicitation de mademoiselle ^ (lie du duc d'Orléans » qqi Vj avait epvoyée exprès pour cela. Gomme oo apprQcli9it. fori des quartiers de l'armée «niiemile» le vicomte de TurçQiia fut çjbi^rg^ du bwi de MUTric la
marche de la cour , et de veiller à sa sAreté. A^issilôt qu'il eut reçu cet ordre , il partît avec seuiemeut vingt ou vingt-cinq personnes, pour aller reconnaître Tétat de Gergeau , petite ville entre Orléans et Gien , sur le pont de laquelle 1^ ennemis auraient pu psu^ser la Loire /et surprendre la cour dans sa marche. Ce pont avait deux portes, l'une à la droite de la rivière, du côté où était l'armée ennemie « et l'autre du cô^é de la ville, sous les murailles de laquelle la cour devait passer, et il y avait un petit pontr levis devant cette porte* Les ennemis, qui voyaient l'importance des suites que pouvait avoir pourvus la prise de ce passage , y avaient enroiyé le ]t>9ron de Sirot, lieutenant général , avçc un corps de troupe«, pour s'en rendre la m^Hre; et lorsque le vicomte de Turenn^ y* aràva « il entendit un grand bruit da canon et de la mog&qaeterie de^ ennemis , qui avaiçnt déjà forcé la parte qui était au-delà de la ri* vière , et Q9£&é Içs chaînes du pont-levis, et qui D'ayaîeqt plus que la porte de la ville à enfoai^er ppi|r entrer dedans. Le vicomte de Turenne voyant que %wi était perdu si les ennemis vemiej^^ à làoi^ de leur entreprise , et résolu de, péirif f'U le fallaÂI pour sauver le rpi d iin dangpf #i ÎQ^çiiiqeiilt « enroyii ordre h qqelques rér gigiejptâ qui étaîçot ^ deu^ lieues de tè , de ve* j^^ fxf^ 4iUg^^çe : il ordonpa aux ipldats de la g^rnisfu) dia U ville , %ui n'avaient ni balles ni
Î/9m4i:9, de 49 ùitve voir sur les remparts avec ^uri^ m^uiqueM : il fil ep mêmp temps ouvrir la pori^ 4m vm\i il mU pîe4 ^ terre a^vçc le p^ 4«f»ltt %¥*il awl> ei *« »WW9««i ^«fs le rem-
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part de dessna le pont-levis , il cria de toute sa force aux soldats, qu'il leur défendait de tirer sans son ordre , sous peine de la vie, afin que les ennemis Tentendanl , crussent qu'ils avaient de quoi tirer. Après cela , ayant ordonné qu'on fit une barricade la plus forte qu'on pourrait devant le pont-levis , il s'avança jusqu'au milieu du pont pour couvrir ce travail , s'abandounant à tout le feu des ennemie , qui lui tuèrent dix è douze de ses domestiques à ses c^tés , et blessèrent presque tous les autres; ,et la barricade ayant été achevée , il se mit derrière en attendant ses troupes. Le baron de Sirot fit en vain tout ce qu'il put pour forcer cette barricade , pendant que ses gens travaillaient à un logement vers le milieu du pont. Le vicomte de Turenue la défendit durant trois heures entières, au bout desquelles le secours qu'il avait envoyé chercher étant venu , il défit lui-même la barricade; il chargea l'épée à la main les troupes du baron Sirot; il les chassa du logement oii elles s'étaient établies; il les poussa au-delà de la rivière , dans une seconde charge où le baron de Sirot fut tué; il rompit le pont, et ayant ôté par là aux ennemis toute espérance de passer , il alla rejoindre la cour , en présence de laquelle la rein^ dit tout haut qu'il venait de sauver l'état. En effet, jamais le roi n'avait couru un si grand danger; et la sûreté de sa personne et de tout l'état dépendait telle* ment du succès de cette affaire, que si les en* hemis eussent empdrté Gergeau, ils auraient enlevé toute la cour sans aucun obstacle.
' Gergeau ayant été ainsi sauvé y le roi marcha
à Gien » et Tarmée y ayant passé la Loire , la ▼icomte de Turenne et le maréchal d'Hocquiacourt , qui commandaient chacun la moitié des troupes, allèrent se poster, le premier à Briare, et le seconda Blesneau, avec l'infanterie, el répandirent la cavalerie en divers quartiers aux environs , afm qu'elle pût subsister plus commodément pour les fourrages , n'y ayant point encore d'herbe sur la terre. Le lendemain , le vicomte de Turenne étant allé dîner à Blesneau avec le maréchal d'Hocquincourt» et ayant vu par occasion la disposition de ses quartiers qui étaient extrêmement éloignés les uns des autres , il lui dit « qu'il ne pouvait s'empêcher de » lui témoigner qu'il le trouvait bien exposé, et » qu'il lui conseillait de resserrer ses quartiers. • A quoi le maréchal d'Hocquincourt répondit t qu'il n'y avait rien à craindre , et qu'en fai- 9 sant une bonne garde on remédierait à tout. • Le vicomte de Turenne n'ayant répliqué rien autre chose , sinon c qu'il fie présumait pas as- > sez de lui-même pour prétendre lui donner ftdes avis, » il s'en retourna à son poste de Briare , et4a nuit suivante on lui vint dire que le prince de Gondé, qui était alors à la tête de J'armée ennemie , ayant forcé la garde avancée du maréchal d'Hocquincourt, avait pénétré jusqu'aux quartiers qui en étaient les plus éloignés. A cette nouvelle , le vicomte de Turenne prenant Tin fan terie qu'il avait auprès d^ lui, résolut d'aller promptement au secours du maréchal d'Hocquincourt, quelque danger qu'il y y eût pour lui h se mettre en marche sans sa cavalerie^ à qui il envoya ordre de le.vwir join-^
dreen diligence à Ouzouer» entre Blesneaa et Gîen , où H fallait nécessairement qu'il allât se poster, afin de mettre la cour hors d'insulte : malheureusement pour lui il ne put trouver aucun guide; de manière que la nuit étant trèsobscure» il devait craindre de donner à tous moments dans les troupes du prince de Gondé.
II fallait donc qu'il s'arrêtât presque à chaque pas pour écouter les tambours et les timbales, et voir si nous ne nous approchions point trop des ennemis» Ayant marché dans ce3 inquiétudes durant toute la nuit, enfin il se trouva à la pointe du jour dans une fort grande campagne od la cavalerie l'étant venue joindre, il vit deux ou trois des quartiers du maréchal d'HocquincQurtenfeu; et il apprit que le prince de Condéen avait enlevé cinq de suite, pillé tous les bagages, forcé l'infanterie à se renfermer dans Blesneau^ et poussé la cavaWie trois ou quatre lieues vers la Bourgogne. La nouvelle de cette défaîte répandit l'alarmie dans la ville de Giea , et jeta la cour dans la dernière consternation. On crut que le roi allait être ealevé par le prince de Gondé; on ne savait où le sauver, et le conseil, auquel assista le maréchal du Plessis-Praslin , délibéra sur la proposition qui fut feite de le ipener promptement k Bourges , et de rompre le pont rie Gien dès qu'il aurait passé la Loire. C^^pendant le vicomte de Turenne jugeant qu'il aurait bientôt le prince de Gondé sur les bras , cherchait quelque poste avantageux où il |>ût l'arrêter seulement pendant un jour, pour donner le temps au mare* chftl d'Iiocquiacourt de rassembler les troupcS'
( il 6 3
éissipé^Sé l'otl&tés^rofficiers^géfiéniukfiaa coi» traire ^ éukat d'Avi9<|a'«« lieu! Ml!ftUendré avec des forées si iiiégalet l'arméfei Ticlorieuae » il-faU lait retourner Tara. Giett; »f pou> méttirèi la 'per«aoeiie dii roi ea sûreté, boùlenant ^oe c^étàtt ie «eul parti qà'it ]i eût à phendre dans cette extrémité. Mais le vicomte de TuriEJnjie persis'^ taat dan» soà dessein ^ marchait. loMf)oiir9>ea avant. Fortemeptfaccupé du soi» de pouriiroir k nù si grand danger, il n'écoutait' p^raonoe c ainsi, saaa rien>répondre».ildoDnaibsBS oédres^ at se hâiant'de ragiler. en eodrort'<|o*il'arait re^* BQari|ué Ja veille en .devenant du quàrtior da maréclial d'Hecqnîncanrt, et qu'il crojait tdut^à-fait propre' pour exéenler xe qu'ii 'avait etivie de frire, iJpvessait tes imupbs , qui allaient déjà à grands pas, de. kâter encore leur manche^ leUement' qn'étabt arrivé à cd postei qu'il cher* efaait , il résolut ^f ailtan^ïre le» ennemie. La Bergev'MMi capitaine deagak'des^ hii vint dire ta 'que chacun murmurait, et ./{u^on.creiyaik qa'ilallaiittaut perdi^^a'il i^ retour natta u phr^ tôt k Ja.]leilsdnoé du rôf pa«rlé.»auvér^ Le vi4> eomtédeTorciine^ plm' aHentiraloé^à c^qu^da loi aéaitp pa^'iaplai^r i\iÈ*îA awaH d'é^oir hen-» reusetneat troBvéiqn>endrei^ â favorable ( qu'il B*aTtfit rèinarqbé^ko jdÙD« précédent cp]^ntpBs4 adnt, répondit Ib là Ber^e^ iqa'on proposait lii une '|UaÎMnte:.rè'ss6iirte; lui dèviàndanit s?;! itpfèacjaqui venqib(flè:se passer à Oriëdria; oui l^onanrlaltfenaéW^otflesau roi^ ddntiKarsnéci n ^a Varit encorw reiçb . ianiou n éched ^ cm nèiufrsrit aé flatté» qtf aucûâto'^^le vouMrt ièi ifee^oir 4onH ^uHl #e priseutailfl^t ?aindu.at/fegitii%^:faUt4P
(ii6)
ajouta^ t^U , vaincire ou périr ici. Persuadé donc f ue les armes du roi seraient entièrement décréditées a'il fuyait de?abt les ennemis» il se disposait à leur faire tête dans une assez grande plaine , au milieu de laquelle était un bois et un marais qu'il avait devant lui; le bois était sur sa droite. Je marais sur sa gauche. Il y arait ' entre Tun et l'autre une espèce de levée de terre ou chaussée par laquelle on pouvait venir à lui » et par où il ne pouvait passer que deux escadrons de front. Le prince.de Gendé avait quatorze mille hommes » et lut n?en avait que trois mille cinq cents. Néanmoins. ay«nt fait ses réflexions sur le succès de son dessein , par rap*
Îort à la situation des lieux •, il. envoya le sieur 'ertuis dire au cardinal Ma^rin que le roi pouvait demeurer à Gien en assurance* *
D^autre part , le prince de Gondé ^ qui venait cLô .défaille le maréchal d'Iiocquîncoiirt , ne croyant pas que le vicomte de Turenne osât Tattendre» -.s'avançait versiGiea,.à dessein d'y envelopper le roi et toute la cour» et il fut fort surpris.» lorsqu'étaaiarrivéau bout de la chaus* séé'Opiposiéè celui, où était le Ttcemte'deTiireniie.y il lèvit arrêté ;là deJifiaiiière qu'ilseinblait vouloir lui disputer le passage. Il est certain que s'il avait eu la'liberté de mettre.tottte son armée en bataille dans lé môme câté de la pEaide^où étMt!le vicomtetide Turenne» il Taulaittaillééii^pièces^ et ileùt.pu passer égakoaAftt par sa>drbit6 et par sa gauche, lèii faisant le tour* du mavais< eu du bois; .mais* le vicomte de Tu* fenne iroulant l'empiêcber ! d'y £iire réflexion » «t l'engiger k ent^ndans lafdAiûe^enjp/isiant
par la chaussée , sans lui laisser le temps d'exa* miner s'il ne pouvait point aller d'une manière plus sûre par un autre endroit , leva tout d'un coup son camp ; et reprenant le chemin de Gien» il lit marcher ses troupes avec la même vitesse que s'il avait pris la fuite.
Le prince de Condé persuadé qu*il se sau* Tait à Gien , enfila aussitôt la chaussée pour le poursuivre. Le vicomte de Turenne, de son côté» ravi de le voir donner dans le piège , continuait à fuir devant lui; mais ne voulant pas laisser passer plus de troupes qu'il n'en pouvait battre» il fit enfin tout d'un coup volte-face et marcha l'épée à la main auxennemis. Le prince deCondé, qui vit bien alors qu'il s'était laissé surprendre» envoya ordre à ses troupes de passer au pltfs vite; mais le vicomte de Turenne ayant prévu ce mouvement» avait fait pointer tout son canon droit à la chaussée » si bien que le canon emportant des files entières de ceux qui la repassaient » elle fut hientôt toute couverte de morts*
Cependant la cour était dans de grandes inquiétudes touchant le succès de cette journée» quelque chose que le vicomte de Turenne lui eût fait dire pour la rassurer.^On envoyait dés gens à tous moments. pour savoir des nouvelles de ce qui se passait » et être averti assez à temps pour se sauver : on commençait à détendre l'appartement de ia reine ; les équipages avaieni même passé le pont» et les pionniers se tenaient tout prêts à le rompre» pour mettre }a Loire entre le roi et les ennemis » lorsqu'on apprit ique le prince ;de Condé ayant manqué son coup »
s'était Mliréavec son armée, et qu^le ficofeoilt
^6 Tarenne reTenaîk à Gien sans arroîr perdu un seul bomme. Le roi , le cardinal Alazarin et toute la cour lui donoèreat mille marques de recoanaissance » et la reine rendant témoignage à ce qui lui était dû pour un si ioiportant service , dit encore devant tout le monde , quil i^enaii de remettre une seconde fois la couronne sur la tête de aonfils*
Le prince de Gondé se plaignit fort du malheur qui lui avait justement fait trouver en son ehemtn le seul homme du monde qui le pouvait empêcher de mettre fin à la guerre ce jour-là ; et laissant son armée soua les ordres du comte de Tavanne»r il s'en alla à Paris, pour y rassurer ses partisans , qui étaient fort ébranlés de ces deux grands Coups par lesquels le vicomte de Turenne venait de donner tant dé riéputation aux armes du roi* \
Le cardinal Mazarin fit faire une relation de celte heureuse journée» où , reprenant les choses dès la veille» il commençait par le conseil que le vicomte de Turenne avait donné au maréchal d'HocquinCourt de rapprocher ses quartiers; mais le vicomte de Turenne ayant vu oelte éeia* lion avant qu'où l'imprimai , pria le cardiùal Hazarin d'oler cet article ,iui représentant que ee maréchal avait déjà assez de chagrin d'avoir été battu t sans Tangmenter encore par une cirdonsiance si moi'tiliante ; et ràrticle fut 6té à a» prière » peiidaftt que le marécbail d'HocquineourC , vonlafnt rejeter sa faute sur le vicotorte de Turenne, se plaignait béatement de ce qu'il m'était pa» vfenu assez tôt à son secoOrav cit tà\^ jfliittout ce qu'il pouvait pour loi imputée ski Ai^
(119) faîte; ce qui ayant été rapporté aa Ttcemte da Turenne , il ne dit aii^tre chose , sIdoo : a Qu*ua 9 homme aussi afOigé que l*était ce maréchal 9 devait avoir aumoins la liberté de se plaindre • •
La faute du maréchal d'Hocquincourt ayant ^té si glorieusement réparée , le roi continua sa route vers Paris , le long de la rivière d'Yonne. Le comte de Tavannes se mit aussitôt en cam« pagne poi^r surprendre la cour en quelque endroit ; mais le vicomte de Turenne et le maréchal d'Hocquincourt qui couvraient la marche , laissant Montargis et l'armée du prince de Gondé aur leur gauche » firent passer le roi à Auxerre et à Sens , pour gagner Melun; et ne bornant pas leur attention à garantir la cour de toutes aurprises^ mais tâchant encore de dérober une marche au comte de Tavannes , pour couper son armée ». firent une telle diligence , qu'ayant passé la rivière de Loing à Moret^ et traversé la forêt de Fontainebleau , ils arrivèrent à la Ferté-Âlais avant les ennemis; ils assurèrent par là Meluo et Corbetlau roi ^quisereadità Saint-Germain-* en>Laie , et ayant de cettesorte couvert sa mar-* ehe l'espace de près de quatre-vingt lieues , viiK rent se camper à Chartres» entre l'armée da prince de Gondé et Paris; ôtant ainsi au comte de Tavannes toute communication avec cette grande ville , de laquelle il tirait ses recrues et toutes les autres choses dont il pouvait avoir be« soin.
Le comte de Tavannes n'ayant plus de fourrages à Montargis, et craignant les entreprises de l'armée du roi, s'il s'écartait dans la campa* goe pour y chercher de la subsistance , s'alla^
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enfermer avec son armée dansEtampes, où Ton avait retiré toute la récolte de la Beauce> province très-fertile en blés; et quelques jours après» mademoiselle y étant venue pour s'en retourner de là à Paris , et ayant envoyé demander un passeport au vicomte d^ Turenne par un trompette, le vicomte de Turenne et le maréchal d*Hocquincourt»qui savaient que l'armée du comte de Tavannes n avait point été au fourrage ces deux )Ours-là , se doutant bien qu'elle irait sitôt que mademoiselle serait partie^ marchèrent toute la nuit avec leurs troupes vers Étampes^ pour voir s'ils ne pourraient point entreprendre quelque chose contre l'armée lorsqu'elle ferait son fourrage. Les premiers prisonniers qu'ils firent ea approchant leur apprirent que le comte de Tavannes avait rangé son armée en bataille sur le chemin par où devait passer mademoiselle , qui avait souhaité de la voir sous les armes; curiosité qui coûta cher au prince de Condé : car le vicomte de Turenne et le maréchal d'Hocquincourt s'avancèrent avec tant de diligence» que le comte de Tavannes n'eut pas Je temps de faire rentrer toute son armée aans la ville lorsqu'il les eut aperçus; si bien qu'iU lui taillèrent en pièces deux mille hommes dans le faubourg »
outre plusieurs officiers , du nombre desquels fut le comte de Furstemberg , et firent deux mille sept cents prisonniers qu'ils emmenèrent avec eux à ChartreSv, avec tout ce qui fut pris dans le faubourg qui fut pillé. Trois jours après le succès de cette affaire , dont le vicomte de Turenne seul avait conçu le dessein , le maréchal d'Hocquincourt étant allé dans son gou-
^eriwmeBl dé fiéronqe^tioute: l'ArmiSènila fol uleiHeurasousleaordretda.viooniedelDMceiipiei 'Ce général» alors maître d»nirQprendre.aeiq.tt'il jugerait à propos » voyant ^im^ toutes les: forcés da prince de Gondé et de ses partisans ion-deçk jde le Loiret étaient. réduites à ce qui' leur. res^ 4ait de troupe» dans Étampes; et qu'/^n. iesrdis^ stpant il mettrait Ha i^dafiierre civile, résolu! 4'aller assiéger cette viUq, ou plutdtrarn^e qui 4était dedans. Celte armée était desiximille hom* flies» et il ft'en avaîi que sept mUle cinq. cents. Ainsi tout le> monde, regarda ce siégé comme rentrèpriae la plus témérfiire; mais le prince de Condé^.qui connaissait mieux que personne U •capacité et la prudenee.du vicodoô^e deTurenne, len jugea autrement. L'armée qui était dana Ëtampes était ioqt ce qui lui restait detroupesi il: craignit que le ¥«i:oiDte de Turenpe. n'eût de At\» afantagesraxi ^iége de cette place» que cette -furmée ne fôt <nfin «forcée de te rendre à discret 4ion, auqueLca» ilsdtroureraitaan^ r^soprce : il Imanda do(ic à Tipchiduc Léopold, <|ue s'il 1x9 lui envoyait pro.mpAiement du secours ^son parti allait êir^^ iOMièrement détruit^ L'archiduiî voyant le pres^aot d^t^g^f^U ^it * fit giarçher «n dilif^Qce %e^ Paria le diu^.<k^i*raiAe i^qui » ldél>09ui.é 4e seft .états, o'av^it .p^ur itput bien ^ûè neuf i dix Quille bomme^ detroupef (|u'4 y^ak<eoga^ d'amployeiiLauraaK^iaa AvfQitd'fisr •|»ag0e p4>oit cet^ M99âenljt* , .. u ,... .
'. C9p#iu]antt4« ?ic^»mflS'ili|iTureiuvet opptinu^t( iè hji^nr^ la f\]j^ di'JStai9pe4 ^^u «M^e de taqu^Ilq (h du0 d'Yor^k» qui fMt»dappMfei d^ila Grand^^» BrtUfenct A. i jbt to .trAHWr pow^M^irendre^ «ouf
loi Idbéâerdd la guerres et ifuoiquece pvtnce fagittf 4tt royauiBe de aes pèrea fui alors daos une fortuâe fort au^^desaoof de sa BaisBanoOji le ricomie de Turenne en UMeorers lui- avec des laaiiièms ti respectueuses et si tendres » qu'il lui fit en quelque façon oublier toutes S6sii^fortuties% Il ne pouvait guère eoHiinencer par une plue belle occasion d'apprendre le métier que |yar cétiedeoe siège; car si leis attaques furent vitr-es, la défense ne fut pas moins vigoureux» : le» assiégés', qui étaient en an^si grand- nombre tqoe les assiégeants , chassèrent ceux-ci de quelques outrages qu'ils avaient pris, de sorte qu'il fallut les reprendre anw seconde fois ; et le vicomiedeTurennen^étaitpas eneore fort avencé lér^ue ayant appris que le 4nc de Lorraine marchait à^grau^les! fumées i il manda au cardinal Mâzarm qu'il croyait ne detofr pas atlen^ dre qu'Use trouvât enfermé entre l'arînée dece pviûcoet celte du prieeê deCondé^ Mais le- doc de Loirraine ayant fiiil eeeroiré au oardinalMa- £arin que c'était pour le- service du roi qa'H amenait ses trodpes elf' Praéti^e , 04 eanlinal envoya des routes potfr lés MffQ vèiifr par Élam* j^es , et mande Mt viH^&yte de Ttfrenneqo^il eût à demeurer s«m«/)i4M> Oraind^cr^ ^quf^tl i^vail un iraîfé^secréC atefe lé^èao dë'Lorraîne » et qu'il JHait ^ûridfôidi ei de'SiStl-atméeb Let^cénkti^deTcF i>e{)nrecéRli&H^deti^4e'S<égel'piiiB99ases attaqaes, se rendit maître de laéèiIlt^^Otfrpeet'deladeoifloneret'8tl'«friëltai;hÀ*'ib'tii^euHU!t^iiT^^^ de h >A^> 1^sqi^*le»i^dtAal4Màta¥in hA fit Pàverfr '^r • \v& éé%t¥}ê|^] ^quW éflâl^ qiie le» duo de Mtaine él^t%iMv4 9'¥«riè> A Vélail 4éelaré
( i«5 ) podD le {Mriooe do Gondé; que son ârmie était aurdefisuft de CharoDlon , eoire la Seine eV la Manie» etqti'il faisail remonter de Pariaungtand Homère de bateaux à dessein de faire un pont. A cette nouvelle le vicoiàle de Turenneleva le siège d'Ëtampes» vint passer la Seine à Corbeil, trare^safla forêt de Senart» et s'approcha le plus pirèsiqu'ii put du duc de Lorraine.. Ce prince a'étajicampésur la hauteur de Yillenèure'^Saint*! Geor^» posto taèS'-aTantageux ; oàilATaitde^ rant lui la rivîèrê d'Yerre» à sa eauche un boisj et à sa droite la Seine » sur laquelle il faisait fair^ Vb jiont', ^n que son armée et celle du prino^ de Gondé se pussent joindre. Le vicomte de Tq«« wnne ;a]pnt reconnu cette disposition »• alla ^ut le aeîr paaser TTerre auprès de Brunoj, mar** 4AïB toiile la nuit autour dq Groabois , et ayant
Sàjgàé le der rîère du camp des ennemis à la pointe u JDOri/ilae dispose^ aller les attaquer , quoi'» w^l'éât troiè mille hommermeins qu^x. Lé ouc4)e Lorraine p qui ne snbsistait plue que pa^ le moyen de ses troupes» ne roolant pas les tx^ poser au^rt d'une bataillé , hn envfxya deman** der nèartler. Le vicomte de Turenne , qui savait ^v(t raAAée d'Ëlampes tenait joindre les Lor«- IMilos/et-qui craignait qa*dle ne parûtà tous Moments » demanda au duc de. Lomine qu'il lui Knrât spn p^ht sur**ie<«cbamp , et qu'il sprtÉ éè (Mm poste à l^héona môme pour s'en retourner dT^oh-H éteifvenu; d^s'avançi^Dt tooJQfmploa ]^ès»p)o«» acJieVev de le déterminer » le duc» qâi Vîf bieWlivi'it allait -charger, fivra 9«n pont, qui ^r âulséilôl i^ofèpu , et donnadèa otages pouor ai»^ Muattéiàiqu^iileiptirait dmsRorpuikAeàfMirs comp-
t4tf et paria Toute qui ïài 9iheit prescrite; et aa nndtane îoitant il commeiifça à Taire, défilei! ses troupes deTant le vicomte- de Turenne, quide^ meura en bataille jusqu'à ce qu'elles fussent «ntièrement serties de leurs retrauchertients* L'armée d'Étailipes > qui drifi^a alors de l^aufre e&té delà Seipe* fdyantle pont rompu! et^le duc detLorraine parti» ^se k*etira à YUlejdif.^ x>iL ie prince de Gondé étant renu en prendra boom?
mandement^ ii Ja^mena à Saint^Gloud tyI la fit camper le long de fa rivière jus^'à Surbine ^ «t s^étant assuré du pbnt der Saint*-GlQudv il crut ti'avoîp rien à craindredanscepoelfri» quoiqu'il fi'éû t plus que cinq miîlte homme». ' *' D'autre part , le vicomte de' Turenne peraisf* tant dans de dessein qu'il iivaitfovmérde dissiper ice reste de troupes pour miettre fin à la guerre» et TOjantque de qirâlque côté qu'il mSirèhâfc au priqce de Gdndé;xe prinoe pouvait toujours «œttreJa Seine entre sonarmée^et celle dulroi» len. faisant rompre le pont de Saint^^lloùd , et éviter lecpmbat; il engagea lecardinalrMamrin à faireVenir de.Lorraiàè ie maréchal de.la Ferté )avec le corps qu'il y commandait» afin 4'awir assez de troupes pour aller attaquer^eafinnemia ^ar deViant et par dérrièrie en même temps «:iq# qu'il ne pouvait faire avec son armée , qui , par lés pertes qu'il avait failea/èiJËitampes^» n'était 'ptns' que de six mille hommes», Ba atlei|4aiit^ "reinfort V il allaiprendRèla'tceur à^Mj^lw .^ii^te iétaltalors ; rl..passa la 'ALsjrne l^»l4agii{rK|^vlja imenà à«Saint^DeDis» oà^soïkarméie. si^'n^fvUl t^iis^ -skâ*; et te ntianéèhaLjîoi la Ferté i'ayîii»t )pji|i| qvsodtpois iîoiiUe.lioi|iBiQÉli ils ordoott^ciant q/^j'op
leur aaiefifit de Pontoise d«9 Ifratêtnt po«r fiiiro DD pofit à Épinay» et y faire paèser une partie de leurs troupes; afin iqcie le maréchal de la Ferté pût attaquer le priàce de Gondé 4e l'autre côté de la Seine» pendant que leTÎcomte deTurenna l'attaquerait en»deçà. Mais -à peinelepont fut* il acheré, que le pHbcè de Gondé en ayant ea ^18, et voyant que 6a défaite était iné?itable s'il, demeurait dans son camp, ^résolut de mener sea armée dans cette langue dé terre où se fait la. jonction de la Seine et de la Marne au-dessus dé Gharenton » comme le meilleur poste qu'il pût prendre aux environs de Paris. Dans cetta tue il décampa à l'entrée de la nuit; il passa sur le pont de Saint-Gloud, et le fit rompre; U traversa le bois de Boulogne, descendit au Cours la Reine , croyant vem'r passer au milieu dd la ville par la porte de la conférence; mais lea Parisiens n'ayant point voulu la lui ouvrir» il fut obligé de faire le tour de la ville pour gagner le poste où il voulait aller* 11 tourna donc ati: bout du Cours la Reiàe, prit entre le Roula et la porte Saint^Honoré, marcha par la Ville*. l'Ëvéque , par les Percherons , et laissant Mont^ martre à gauche , il alla passer le long des faii*. bôargff Saint-Denis, Saint-Martin et da Temple» faisant défiler ses troupes par les fossés et lea jardinagoaqui se trouvent autour de la ville de ces côtéff-là , et pressant la marche tant qu'il pouvait , dans laxraînle que le vicomte de Tu* renne ne tombât suir son arrière^^garde avant avant ^'H ftki à Gharenton. Mais le vicomte A^ Turenne ayant su que leyrince de Gondé avait décampé, et sç doutant ||hiieii qu'il voulait allef^
prendre le po«le j'entre la Seijie et la Marne » où il aurait pu tirer les chose^en longueur, par- Ut auMilôt d'Epinav pour le suivre; et ayant Iktt arerlir te marécnal de UFerté qui était déjà au-delà de la rivière» de revenir le joindre avec ses troupp» marcha toute la nuit avec les «ennes; il passa par Saint- Denis et par la Chapelle; il )oi(;nit sur les huit heures Tarrière^arde de l'armée du prince de Condé au (bubourg Saioi- Mariin , et l'ayant fait charger, l'alarme se répandit en.un moment jusqu'à l'avant^garde^ui était déjà bien près du faubourg 3aint- Antoine. Le prince de Condé voyant alors qu'il lui était impossible de gagner le poste où il voulait mener son armée , fit faire halte; et trouvant h la tête du faubourg Saint Antoine des retranchements
Îue les Parisiens y avaient faits pour arrêter les lorratns qui venaient piller jusqu'aux portes de Paris pendant qu'ils étaient à ViIleneuve*Saint- Georges , il profile de cet avantage que le hasard lui offre : à mesure que ses troupes arrivent il les fait jentrer dans ce fiiubourg » à tontes les avenues duquel il trouve encore des barrières fiiitos pour arrêter les denrées qui paient des droits d'entrée , outre les retranchements qui étaient k la tôte. Les Parisiens né voulant pas recevoir ses bagages dans la ville» il lesJait mettre le long du fossé; il fortifie lès retranchements et les barrièrçs antantque le temps le peut permettre; il fait faire des barricades et des traverses au milieu des rues; il fait percer les maisons, et y loge des mousquetaires qui puissent lirer à couvert; il garnit de cavalerie et d'infanterie tous les endroits par où il peut être atta-
gué» efc il en donne le cooiviaftjeilielil k doi officier» également âistiogué»^ par kxir expé^ irîence; il fait sa place d*arinea du grand espace qoi est devant la port^de la ?ille, et prend touiei les précautions nécessaires pour une viigoureuse défense. <
Cependant le vicomte de Turenûe «vait continué de charger Tarrière-garde de Tarmée en* Demie» en la suivant le long des faubourgs, et était enfin arrivée celui de Saint- Antoine, où ii ▼oulait demeurer sans combattre jusqu'à ce que le maréchal de la Ferlé l'eût joint, afin qu'at-r Iftquant ensemble le prince de Condé, l'un du côté de Rambouillet et l'autre du côté de Pin^ court , il ne pût absolument échapper , et de eette soKe sa défaite paraissait infaillible. Hais le cardinal Hazarin croyant que les troupes du vicomte de Turenne seules étaient suffisantes , lui fit donner ordre d'attaquer les ennemis par lerroi mâme qu'il avait amené sur la hauteur da Charonne, afin que de cet endroit il pût voir tout cequi sepasserait dans une action qui allait » selon toutes les apparences , donner le dernier coup au parti du prince de Condé, et finir la guerre civile.
Le vicomte de Turenne suspendit néanmoins l'exécution de cet ordre; et différant tant qu'il pouvait le combat pour s'aasurer mieux la vie* toire » il envoya représenter à la cour nue son canon n'était point encore arrivé , et qu il y au« rait de la témérité è attaquer sans canon une armée dans un poste aussi bien retranché querétail le faubourg ofa le prince de Gondé s'était logé* Mais le cardinal MazaiÉMiQpâtieBt de voir enta*
feaèr l'arffflins > M «nvoya un second ordre de la c^meaMUÂ* , e% Hùlà ^ù termes si absolu» , que ce prinâe ne pou^nt s'empêcher de rexécuier»
s'y pré[>ttra |;put de ïma » eb prit toutes les mesures quî {)Ouvaient le faire réussir dans celte importante journée.
- : Pour avoir une idée juste du terrain qui Servit de scène à cette grande action , il faut se figurer le faubourg Saint^Antoine comme une espèce de patte d oie dont la partie la plus large s'étend du côté de la campagne; et va toujours en se resserrant dù^xôté de la porté de la viile^ Toij^t cet espace e^t divisé par cinq rues, doni trois grandes le percent de part en part , savoir 9 la grande rue qui est au milieu du fau-^ bourg, et qui va depuis la porte jusque dans la campagne; la rue de Gbarenton , qui est sur 1% droite , et la rue de Gharonne sur la gauchcé €es trois rues suivent la disposition de Ta patte d'oie, et sont plus écartées l'une et l'autre k proportion qu'elles sont près de la campagne^ Des deux autres ^ l'une perce depuis la cam-« pagne jusqu'au milieu du faubourg, et abdatit dans la grande rue du câté de celte de Gbaren-* ton , et l'autre est du côté de Gharonne. Outre ces cinq rues , qui par tancent le faubourg dans sa longueur., il y en a plusieurs qui le traver-t sent dans sa largeur, plus ou moins longues | selon qu'elles sont plus proches de la ville ou de la campagne.
Le vicomte de Turenne , qui connaissait part faitement ce faubourg , commença par étendre son armée sur une seule ligne courbe, depuis le bas de Gharonne jusqu'à la rivière de Seine i^
pour n^ Iai9ser aucune isnud tibM flux troupe^
du pniice de Gondé. ^près cela il fit plusieurs
détacbemenU pour tes attaques qu'U ordonna
de faire à la tête de chaque rue» lorsqu'on au«
rait forcé tes premiers retranchements. Il com-^
tnaiida qu'on eût soin de s'assurer des rues de
trtfTçne à mesure qu'on ayaneerait dans le
faubourg, afin que les divers corps de troupes
pussent se prêter la main Tun à l'aut^e dans les
grandes raes et s'entre-secourir. Ayant donné
ses ordres pour toutes les autres choses qu'il
jugea à propos , il marcha aux retranchements
des ennemis, qui faisaient un feu terrible; il les
chassa néanmoins par un feu supérieur; il fil
combler les retranchements , et se trouvant h
l'entrée du faubourg, il s'avança vers la grande
rue, dont il s'était destiné l'attaque; il en fil
abattre la barrière à coups de hache ; il en for-<
ça même la barricade , malgré la vigoureuse
résistance de ceux qui la défendaient , et , mar^
chant en baiaille dans cette gropde rue,en ren*f
versant tout ce qui se trouvait sur son passage^
il allait emporter les traversée, derniers retraiH
chements des ennemis , lorsque le prince de
Condé , estiniant qu'il devait marcher lui-«
même pour repousser le vicoipte deTûrennci^
ramassa autour de lui toutes les personnes de
qualité de son armée , qui n'avaient point de
commandement , les volontaires et les gentils^
hommes qui étaient à son service , et à là tête <
de ce corps de cavalerie , ayant fondu sur le%
troupes du roi , il les fit plier et les ramena bat^
lanjt jusqu'à la barricade , derrière laquelle l6
vicomte de T^renne ayant pris des gons fraia
pendant qae le prinee de Coodé Taitaît reprenore haleine aiix siens» il passa une seconde fois la barricade » taillant en pièces tous ceux oui se présentaient devant lui, li força toutes les traverses » et il avait déji pénétré jusqu'à Tahbaye de Saint-*Ântoine » qui est au milieu du iaulM>urg; mais le prince de Gondé élanl revenu fondre sur lui avec son escadron choisi , le fit encore reculer jusqu'au-delà de la grande hàtTicade. Le vicomte de Turenne revint une troisième fois k la charge ; il entra encore Irèsavant dans la rue ,tet trouvant toufours le prince de Gondé devant lui, il fut encore repoassé.
On ne saurait combattre avec plus d'opiniâtreté qu'on le fit en cet endroit. Les maisons de celte rue furent prises et reprises par les deux partis. Le prince de Gondé et le vicomte de Turenne essuyèrent souvent le feu des mousquetaires
Jut étaient dedans, pour aller l'un k l'autre, amais deux généraux n'en vinrent aux prises de plus près que firent là ces deux grands hommes. Ils se mêlèrent , l'épée è la main • à toutes les charges qui furent faites. Ils se trouvèrent partout au milieu du fen des armes. Us oombattirent souvent l'un contre l'autre à la portée du pistolet , et ils étaient tous deux eoo* verte de sang. Les autres attaques se firent et furent soutennes avec la même vigueur. La confusion fiit si grande en- quelques endroits ^ que deux escadrons du prince de Gondé se prenant peur ennemis » se chargèrent l'un l'autre pendant que ceux du vicomte de Turenne donnaient également sur tous les deux. Les eomte&de Bossut et de Gastres» les marquis
àe F}aiiHDariB ei de la Roche-GifSirt y Tarent iués di| côté du prince de Condé , ei le duc de la Rocbefoucault y reçiil un coup de mousquel dont U pensa perdre la rue. Du côté de l'armée du roi^Jea marquiade Saint-Maigrin el de Nan« touillet furent tuéa » ei le marquis de Maacioi » Beveu du cardinal Masarin , blessé k mort»
Enfin le vicomte de Turenne après avoir bieo de^ fois avancé 0^ reculé dans la grande rue» Toyant qu'il ne pouvait venir à bout de forcer ce gros de gens de oualité et de braves qui étaient autour du prince de Condé» affaiblit adrqilement son attaque » ponr fortifier celle du comte de Narailles qui combattait h sa gauche dans la rue de Gharentoa» de sorte que le eomte de NavatUes ayant forcé les barricades et ks traverses • se voyait maître de tonte la rue, et allait prendre le prince de Condé par derrière pour l'eAvelopper , sî ce prince » averti qu'il allait être eoupé, n'eût promptemeni, gagné sa piaee d'armes* Les troupes do prince de Condé • rebutées de tant d'attaques * refusèrent d'avancer, et ne loi voulurent plus obéir. Le CBt* Boo du vicomte de Turenne étant arriré en ca moment, il le fit pointer h la tête de cbaqoe rue • où personne n.*osa plus paraître « et toute i*armée du prince de Condé s*étant recognétf contn la porte de la ville et dans la place qui est au-devant • le vicomte de Turentfi fit avan-« cer son canon» et allait faire un carnage épouyantable de toutes ces troupes ainsi serrées el ramassées • lorsque les Parisiens , qui jusque-là étaient demeurés spectateurs neutres entre les deuxjiartis , voyant l'extrémité où était réduit
te' prince de Condé, se déebi^rent en i^Tarear, et lui ouvrirenl les portes de la Tille. Le maréchal de fa Ferté » qoi arriva alors , ayanl joiot le corps qn'ii commandait au Tioomte de Turenne, ce prince allait suivre les ennemis jusi|fie dans la ville, où ils sesaôvaient avec beaueoop de dësordse; mais MademoiseHe s^étant fait OQvrir la Bastille , et ayant fait tirer f ^ canon sur Tarmée du roi , le ricbmte de Turenne fut obligé de se retirer.
Le prince de Gondé ayant passé an travers de Paris avec son armée, la mena au-delà du faubourg Saint* Victor, vers la Salpétrière , entre la Seine et la rivière de Btèvre ou des Gobelins , et s'étant retranché entre ces deux rif ièrei de telle sorte qu'on ne pouvait ni ie forcer ni affamer son armée , qui avait derrière elle Paris » d'où elle tirait abondamment toutes sortes de subsistances , il écrivit à l'archiduo Léopold , pour lui représenter qu'il n'était plus eh état de tenir la can^gne , et que s'il ne lui envoyait de plus puissants secours qu^ par le passé, il ne pouvait pas résister à l'armée dit roi. L'archiduc craignant que le prince de Condé n'abandonnât le parti s'il ne lui accordait tont ce qu'il demandait^ loi envoya aussi* tôt son armë^ de Flandre , som les ordres du comte de F ueosal daigne-, et engagea en mêmetemps le 4»c de Lorraine, qui était demeuré sur les frontières , à marcher avec êes troupes. Ces deux armées faisaient plus de vingt mille combattants : elles avaient ordre de joindre le prince de Gondé, et d'aller ensuite accabler l'armée du roi» qui a'éiailquedebuit mille boqiiDes.
' .M^I^t^Ui'iireiitfpaâ» plutôt appm c^i dâs^eia , qu'il «j$u^.quA;toii^^tait:p^rdu. Il roulât ifailet fi-vçQ.le {^rifl^e.de £lioad.é : jxxm cepriaoïi .-qui* à;L*appro€^Q de{taiit de t^upe^., g^^iflaiilail d'é*- ^<i bi^i^tôt ea létat de. lui fi^ire la i.oi« AVcftnkjl ses pir9(M>^itipi^s. que. ppur.gagQar4tt temps» en le leorrAQti d*miacoQinn|Qjleme9t».!Qa eBiH>]p à^jRpuçi^.ppar satoje sj op,yi)pdr#it recevoir le fStiuP^imfis les Normands ^]^e.qviî le.jçurdiu^l j^s^i^îo 4^^étaît pi|^ plus a^oi^éque df s Pariaîeip#» fe/u#èrep|-de donner i^^ii^e^ti roî.taQt.que.o^ 4>9krdiQal suripjt auprès dci lui* Oo chercha u^ ^M3tr^)a§jle*ep Bourgogne, maiso^^fi^tjS^^s^^i^ /e^s^.Iie cardinal Ma^arin. rejeté de toifisp^r^» /ii(aji<enfia résolu, de mener le roi.^Ly9n » etîl se di^poyait déjlli à partir pe«Hr s'y.e^/Biler ayejp ,^oote la coHFi Ipraque l€}ii^coEDte de'>T{tt^i>fiM#' Jui, fit poar ainsi dire^tou€}her au,jd9Jgt et ji rj()eiliq\ie,»i.on s'éloignait ^i fort de, Paris» le# •fi^pagnoifiiren s^fiiçAt bientôt les ^ maîtres, 'et «que; de f ê re tirf^ àr Lyon p'éMiit leu r, a^pndonr ;ner4pi^t, ce .qui était d^pMÎs celte ¥ij)e juaiqjii'ea fflf^nclre.jl iV^ fit coniprfndre qo'il(p'y avait ^iça»;^ prpyidi)e.ni du;duç de Lorraine ni du ^«^e à^ Fm»p&9)id9ignei.faat qu'ils ^'auraient R«^ j^ifti |o prinç^. 4^ Çonilé;' et qv^ i pour fçjqnr p^ohjar ;teiir jp^ctiqp» il fi^liait.feîrev ^ s^vie .qAiei'^pm^fk^M^^ ^^.^^^jp^rf^ entrpjiii i^t^eux; jf\ bicn;qttîfyjan,t.fi^jt goûter, ces râis^Qj^s au..cai;r' ^d^l.Ma%ax^*ni^,jl vf^w^ h capri Ç^pi^ise.,afip jfluleUç ne i^(fpa}^ii^^QS;éeaux,eptjreprises d|i j^^ace de< Qo^4^ if^^^S^ft^ ^ V^ '^^ ennemis \^S9^^'^^J^M^^ petite ville W
4ft wièf* ft[P*»if *îW^
défendre le passage de la rivièlre d Aisne. '
' iGefui durant ce séjour de la'COUIr àPdDioise tfue le duc de Bouillon y mourut èfth» quatorze jours d^maladie » dans un -tditips où par la supériorité de ses lumières pour ie goiîTer- Dément y ii avait pris un si grand ascehotrtil sur tous les ministres dans le.coilséil , qn*mi <x>mmençait à le regarder comme un homûie plus capable d'être à la tôte des aflSrireiqu^'le caridinal Ifazarin ïnéiùe , et qu'il allait êUé'blelitôt ei^état, par son crédit , de rétablir les biches irréparables qu'il àt ait faites à sa ttfaison. G'^t ce que le duc de là Rochefoucault don&e asaef à eontiattre dans ses mémoires > et là ^éfletioa qu'il fait sur cela est si belle qu'assurément on me saura bon gré d'ed avoir paré ttiofi ouvrage. £a voici en propires 'termes t c Dans^ie «temps ^^ue Mé de Ghavigny mour'ut» lëducl de Boaîllon 9 mourut à Pon toise. Cette mort 'défiait elle
> seole geérir les hommes de Tan^liifiôn » et les i» dégoûte^ des plans direra qei*its fbntp^r leur i^élérattofl, car l'ambition du duc de B'Odilloû vêtait soutenue do toutes les grandes 'qualités 9 qui pouvfiiént la rendre heureuse, il était 9 raillant ist satatt parfinitettient tou» tëé ei^res » de la guerre : il avait une éloquente, fticile, ira-
> turelle et iminuante;; il afail l'esprit il^t ; fer- »tile on expédîenlti.et propre' If soutenir^ tés af- » fatrés fes^ltïs diiBciles. drftfe qu'il' avaiîr^n » sens drbit et on discernement Bditlfrablé , 'Il i»écotrtàit lés conseils qu'on lui' ftonntfit avec *3i'douceur ; ^avéc attention et âfvec hii certiàiti » égard avec lequel il faisait vafoîr les raisons »des autres, et seniblhitoii fffér éës^i^é^ohiftions. wCes avantages pon.ttâqt Itiiïttrèiît^pi;esque fùa-
» tiles » par l'opiniâtreté de sa forlone » qui ê*off » posa toujours à sa prudence, et il mourut pré*
• ciaément dans le temps que cette même pru« » dcttce et les besoins de la cour Taraient appa^
• Mmment sormontée. »
Quoique le viconile de Torenne ne ftlt paè insensible au rétablissement de sa maison , oé m fut point par cet endroit qu'il fut touché da la mort do due de Bouillon : il pleura un frè^ irès-aimabie, et pour qui il arait toute la ten« dressé possible. Il faudrait être d'un aussi bon naturel que lui pour comprendre combien sa douleur fut tî ve; et ce qui achetait de la rendra accablante pour lui » c'est qu'il était obligé • malgré qo^il es^t » de rétou&er et delà ren^ li^mereâ lui- même; l'état étant alors en un •4 grand dasger que , s'il avait paru la moindre a Itéra tien sur soa visage » on aurait cru le» af" faires do roi entièrement ruinées»
^ En eSét , le comte de Fnettsaldaigne , après la pdsedeCbaiiny , avait joint le dacdhs lAt*^ raine : ils avaient passé l'Aisne; ils avaient marché à Fisnws , et allaient s'avancer vers li Mai^tte 9 si le vicoHïte doTorenae ne s'y fût op^ |>bsé. Mais ce général se tenant toujours vis** à-vis d'eux pour observer leurs mouvements^ fit si bietf poMer ' ^son petit corps de troupes> qu'en quelque endroit qu'ils se présentAssent il loor^n ftt partout une barrière impénétrable^ de 6^rte' que le comte de PwensatdBÎgne Tel eoatraitii de Nftournêr en Flaûdre arec son ai^ tnée . de laqtieite il détfteha néanmoins silt ttAl\» dpefloMes qu'il laissa !aa duc dë'liOrraillë qui les luivlelMndaf Taissurant qu^éfec ce télw Ù
iauratl bien vemt à bout de joindre l'arm4e da prince de CcDdé»* Ainsi , le doc de Lorraioe se trouvant à la tête de seize mille hommes » naanda au prin^B de Coudé qu'il allait tâcher 4e se se poster encore une foU à YiUeiieiiYe-SaiBt<> iGeorgies , où il ferait £iiee un pont sur la Seine, par le moyen duquel leurs armées pourraient éb joindre. Dans cette vue il proposa quelques articles à la cour, se flattant qu'on ne prendrait pas si près garde ao?( mouvements qu'il ferait «ake à*aonarmée pendant qu'on traiterait d'ua accomodement avec lui; mais comme .on y «vaitdéjà été troippé, le vicomtQ de Turenne pbserva ses démarches d'une manière qui lui fit bien voir qu'on ne faisait aucun fond ni sur •e« propositions, ni sur sa parole, Ayant donc 49nt4 en vidin de passer la Marne aux enviroos 4eLag9y» de Meaux et de Château-Thierry, et sachant bien que le vicomte de Turenne n'oierait pas s'éloigner beaucoup de Pontoise oii était le roi » à .cause, du .voisiDage du prince de Coudé, il alla passer la Marne vers Cbâloos, |lre#qu'à l'extrémité de la Champagne* et re- 4esceD4ânt ensuiiç^.^ntr&^^cettQ rivièr^.et la Seine» il s'avançait^igr^ndps journée^ pAr la JBriOi se hâtant de. ^ gagner ja hdul<eur- de. Villeneuve' Saint-Georges; mais Ie.« vico^tc^ de Turenne ayant passé la Mérpeà Lagi^y , a;*riva à .«ce poste avant le duc .oe Lorraioe» et .fiî'y re- Irancha d'une nafanière^ne pas ,cr,aiodre( qu'on 4)sfit l'y attaquer^ Cependant «.:CQmme en demeurant là le4;deûx anuéeéi.enn^ies;pouvaient 4ie jotudre sans aucune ou^^imi PQ crut que le parti qu'il avah prii^^^b|E^.|»uitQs trte*
( »37 ) fâcheuses pour lui. Le prince de Condé né manqua poînl de Venir avec son armée Irou-^ Ver le duc de Lorraine qui était à Môntgeron,* • Ils unirenl leurs troupes ; ils délibérèrent sur ce qu'ils devaient faire; et né jugeant pas S propos d'attaquer le vicomte d,e Turenné dé ce côlé-lè , où il leur aurait fallu passer la rivière d'Yerre devant lui. ils résolurent de s'y preh^ dre comme il avait fait lui-même lorsque le duc de Lorraine occupait ce même poste. Ils allèrent donc passer l'Yerre aux environs de Brunoy ; iU tournèrent autour de.ôrosbois , et vinrent se préseqterén'batailledans la plaine qui est du côté de Charfentori. Ils avaient tingt mîHe hommes ; et le vicomte de Turenne n'en avait que huit mille. Néanmoins*, lorsqu'ils eurent vu comment il avait fortifié son camp , ils ne Crurent pas pouvoir mieux réussir par cet endroit que par rau-^ tre; et n'osaiit entreprendre de' forcer ses re-* tranchern^nts , ils résolurent de. lui ferméi? léllemteht le passage* dé? ce côtë-Ià /qu*il ne pût se retirer qUe parvùiï^ des deux rivières entre lesquelles il était ressqT^fé , et de profiter de Tayàntagi^îqù'ils isuraient à Pallâqù'er dans sa re^ traite; Commerl n'avait qtie vingt-huit escadron^ iSé cavalerie, et qu'ils en avaient quatrfe-vingt i il leo'r fut aisé de lu? barrer là plaine ; ils s'^p-j>rochèrent de lui à la portée du' canon'; ils se campèrent là; ils s'y retranchèrent, et le tehaht assiégé dans Fangle des deux rivières, où jl'était , ils mandèrent à ceux de leur parti qui étaient h PaMs , qu^ils avaient enfin réduit h Vicomte de Turenne, oii à' combattre ou ''à péfit de faim^ dans soin eaïaip.^ qq'U ne leur pou^
Tait plus échapper, et que sa défaite était rné- TÎlabhB; et il n y a?ait persoone qui ne le crût et qui n'en jugeât ainsi. Tout le inonde fron** dait ouvertement la conduite de ce général , sur ce qu'il s'était laissé enfermer de cette oianière; quelques-uns même l'accusaient d'intelligence avec let ennemis. Jamais la cour ne ne s'était vue si embarrassée : le rot avait encore une fois éloigné le cardinal Mazarin pour faire cesser le prétexte de la guerre civile; mais les ennemis n en avaient que plus d'audace »
regardant l'éloigoement de ce cardinal comme un effet de la biblesse du conseil» qui cédait à la nécessité où ils avaient su le réduire. Le parlement avait déclaré le duc d'Orléans lieutenant-général du royaume, et le prince de Gondé généralissime des armées de la couronne. Les ministres tremblante faisaient des offres excessives à ce prince » qui • se regardant âé\h comme l'arbitre de tout ,- rejetait bien loin tous lesprojets d'accommodement qu^on lui propo* sdt, quelque avantageux quHls lui fussent, et
i'amais il n avait conçu de si hautes espérances, orsque le vicomte de Turenne , ne pouvant subsister plus long-temps dans son camp, oh il y.avait déjà cinq semaines qn*il était , et voyant qu'il fallait nécessairement en déloger, se mit k observer les ennemis comme s'il se itlit promis quelque avantage dans mou poste , sur les mouvements àa son armée,. Il ordonna même à. son avaot-g«rde d'escarmoucher de temps en temps pour leur faire croire qu'il voulait'èn venir aui^ mains ,* il fit remplir de pieux de boit fichés en tifrra tout l'espace qu'il avait desseio, de laisser
( «59 ) derrière lui poar y embarratier le$ enoeroif » en cas qu'ils voulusseui le poorsairre. Il flt faire plusieurs ponts sur la rivière d*Terre; il fit défiler son armée si secrètemenl duraal celle suit, qu'avant que les eDDemia s'aperçussent d'aucQn~~mouyemenl » il était déjà arrivé è Cor* beil avec son artillerie et ses bagages. Cette r^ traite le combla de gloire, et couvrit de coflfiision les ennemis.
Peu de jours après le duc de Lorraine a'ea retourna en Flandre , et le prince de Condé se retira parmi les Espagnols. Les affaires ayant ensuite chance de lace • U reine ramena le roi à Paris » où il fut reçu an milieu des acclamalions et des applaudissemeota du peuple. Elle y établit l'autorité royale avec tant de baoteur , qu'au premier ordre le duc d'Orléans se relirm à Limours , mademoiselfe è Sainl-Fargean , et tous les officiers du parlement qni étaient soa* pects 9 aux divers jendroits qoi lenr fiiréiil dé« aignés pour exil. Le vicomte de Tarenne fut toujours auprès de la personne do roi , k son entrée dans Paris , mais il ne demeora pas long* temps à la cour; et sachant que le prince de Condé avait pris Château^Porrien , Betfael »
Mooson, Sainte -llenehonld, Bar-le-Doe et
Jeeloues autres places , è la ftiveor deaqneliea ie flatlait d'hiverner en France , il résolot de l^commencer la campagne» qooiqo'ea (ai Âmu la saison ob les antres ont cooInaBe de la finir» lUltan rei es partant, qn'il eapéteit empêcher wa ennemis de prendre des quartiera d'hiver dans le royamne. U alla se remetlve h la tète de 1 arpéeareclemaréohaldela Featé. U a^arncn
kk^
àû côlé de la Lorraine ^ et sans s'amuser ^
toutes les petites places où les ennemis avaient
mis. garnison pour l'arrêter, il marcha droit à
1BUX d-ans le dessein de leur livrer bataiUe* Il
passa la Meuse derrière laquelle était le prince
<le Gondé, aus: environs de Toul , et le prince
-de Gondé se retira aussitôt à Gommercy. Le
•vicomi-e^de Turenae l'y poursuivit, et le pous^
sant toujours devant lui , il Je fit reculer de
iGômmërcy 1 Saint-Michel., de Saint-Michel à
'Damvilliers , et de Damvilliers encore plus loÎB
idans le Luxembourg , où il le força de se reti-
xer; et rabattant ensuite sur les petites places
^e la Lorraine, il les prit toutes à discrétion.
Le cardinal Mazarin apprenant ces succès , ren«-
tra dans. le royaume, et vint trouver le vicomte
de^Turenne comme, il assiégeait Bar-le-Duc ,
jBe ilattant qu'on attribuerait à ses conseils les
entreprises de ce général , et que cola le récon-^
cillerait peut-être avec les peuples dont il était
a prodigieusement haï. Le siège de Bar-le-Duc
ne dura que' sept jours , et après la prise de
cette ville le vicomte de Turenne marcha à
rChâteau^Porcien , dont il se rendit maître en
six jours. Il est vrai que le prince de Gondé
Avait pris. Ye^vins durant le siège de cette der-
«i^re place ; mais le vicomte de Turenne ne
roulant laisser aux ennemis aucun poste en Pî-r
hardie • mtenfi' sop .armée ^ Vervins, et Mtte
ftlace neittttt que» douze' heures, quoique la
-gatnispnMfâil de seize cmtB hommes. Il eût bien
•voulu enlever encore au prince de Gondé Re^
Ihel, Mbuson el'.Sainte^MeneWiUlt avant de
iUiîlter la frontière; ibais le froid 'aoosai£qa'ii
fdîsftit c^ttè année avait lellement gelé^a terre, qu'il fut impossible d'ouvrir la tranchée devant aucune de ced places.
• Il s'en retourna h Paris avec le cardinal Mazarin , qui fut aussitôt remis à la tête des affaires. Le roi donna le gouvernement du Limousin au vicomte de Turenne , et le fit ministre d'état, afin qu'il eût entrée au conseil pendant tout lé temps qu'il resterait à la cour.
Ce fui sur la fin de cet hiver que le vicomte àe Turenne épousa madèmoiselte de la Force.
Elle était d'une des plus grandes maisons de là <juiennerct fiH® unique et héritière du maréchal duc de la Force; mais les qualités de l'es-^ prit et du oœur étaient en elle fort au-dessus des avantages de la naissance et de la fortune. Les vertus que l'on a tant de peine à inspirer taux personnes de son sexe à force d'instruc** tîon et d'exemples , semblaient être le fond même de son tempérament et de son caractère.
Elle avait naturellement dans l'âmîB je ne sais <]uellegrandeur qui ne devait rien à l'éducation* ^'était l'esprit le plus élevé et en même-temps le plus docile. Elle possédait les langues savantes« et avait des connaissances qui passent dé l>eaucoop la portée ordinaire d^^s femmes , sans se croire pour cel$i aU-dessus d'elles. Ses manières , quoique pleines de dignité , étaient tou*» tes'simpies et tout unies. Enfin, pour faire comprendre tout son niiérite en deux mots , elle était yéritarUement digne d'étn^ la femme du ficomte de Tiipeoiie.
. Ce ipihice passa avec elle le printéfnps de| cette asDèe Jà$ car^ eoipoib nos troupes avaient
fatigué daraAt presque touï Thiver » bous ne pûmeâ DOU8 remettre en campagne qu*«u inois de juin. Il prévint néanmoins encore iea eone* mit » et sachant qu'une partie de leur armée était sur la Sambre et l'autre dans le Luxembourg, il s*aiia mettre entre deux avec ses troupes» et ayant obligé par là les ennemis k faire un grand détour pour se joindre, il eut le temps de leur prendre Retbel avant qu'iU pussent être assemblés.
Il est vrai qu*aiorsayant trente mille hommes, et le vicomte de Turenne n'en ayant que douze mille* Ils firent trembler la Picardie, sur les frontières de laquelle le prince de Gondé yint se présenter , menaçant le royaume d'une invasion générale. Il n'y avait point de garnison dans la plupart des places, et s'il y en avait dans quelques-unes, c'était si peu de chose qu'on n'y devait faire aucun fond en cas de siège. Cependant , comme elles étaient également e^cposées , on ne savait laquelle serait la première attaquée : les ennemis pouvaient choisir à leur gré Corbie # Péronae , Ham , Saint^ >Quectin , Guise ou Noyon. Il aurait fallu jeter des troupes dans toutes ces places, ce que le vicomte de Turenne ne pouvait faire sans réduire son armée à rien , n'ayant que sept mille hommes d'infanterie. Dans cet état il résolut de conserver son armée entière ; de suivre le prince de Condé partout où il irait, et de ne s'éloigner jaa)%îs plus de trois lieues dei eonemis, afin que s'ils venaient assiégea quelque place , il pût être à portée d'en renforcer lagar* fiUon* et de cboisir touionrs à trois lieunsà le
ronde autour de leur camp , l'endroil le plat avantageux pour 6*y poster; et c'est oe qu*îl exécuta avec succès durant toute cette oaui* pagne. Le prince de Coudé vint plusieurs fois reconnaître son camp et son armée ; mais rayant toujours trouvé très-bien retranché» il ne jugea pas à propos de l'attaquer. Il voulut faire venir de Cambrai un grand convoi de vivres; mais le vi6omte de Turenne en ayant été averti « passa promptement la Somme , et s'étant avancé avec cinq cents chevaux jusqu'à Bapaume » les ennemis , qui étaient déjà sortit de Cambrai^ n'osèrent passer outre, et y rentrèrent au plutôt avec leur convoi. Le prince dô Condë délacUa le comte de Duras avec trois mille chevaux , pour aller investir Guise; mais Je vicomte de Turenne ayant aussitôt repassé la Somme , envoya dans Guise deux mille che* vaux qui y arrivèrent avec le comte de Duras » quoiqu'ils eussent la moitié plus de chemin à faire que lui. Le prince de Condé et l'archiduc Léopold /qui avaient joint depuis peu l'armée ennemie • voyant ainsi tops leurs aesseins traversés» furent quinze jours à délibérer sans rien entreprendre; et après avoir tenu beau* coup de conseils , ils quittèrent enfin la Picardie 9 et marchant à grandes journées en Cham* pagne » ils allèrent assiéser Rocroi» qui est ta dernière ville frontière de cette province du odté de la Flandre, Gomme cette place est tout entourée de bois , et qu'il est impossible de In secourir quand elle est une fois investie » le vi« comte de Turenne leur laissa faire le siège» et cependant nous allàn^et prendre Mouson et
jSaÎDte-Menehould, de sorte que les ennemis f u^8nt entièrement chassés de fa France , où il pe leur resta plus aucune place que Rocroi.
'. L'année suivante le roi étant allé seYaîre sabrer à Reims, le cardinal Mazarin, pour donner de l'éclat à cette cérémonie , Qut dessein de faire fen mêmô-temps quelque conquête sur les enneinis; et le ressentiment qu'il avait contre le prince de Gondé lui ayant fait choisir Stenay , qui était la place de sûreté favorite de ce prince, r abert eut ordre d'en faire le siège , et le vicomte de Turenne fut chargé du soin d'en empêcher le secours.
Le prince de Gondè , piqué de ce qu'on s*atiachait à une ville qui lui appartenait, et ne Voyant pas jour à la pouvoir secourir, se proposa d'assiéger de son côté quelque place de réputation dont la conquête pû.t le venger de la prise de Stenay , et ïnên^e dédommager les Espagnols de tbutes leurs pertes passées. Dans cette vue il fit consentir l'archiduc Léopold au siège d'Ârras , capitale du pays d'Artois, laquelle n'es^ qu'à quarante iieues de -Paris ; la place était déjli investie , qu-on ne pouvait encore proire que les ennemis osassent former une pareille entreprise. Mondejeu , qui était gouverneur d'Arras , s'attendait; si peu h être assiégée ,^ qu'il avait envoyé toute sa cavalerie , à la réserve de cent maîtres , à Se Bar ,, qui avait ordre de se jeter avec le ëamp volant qu'il commandait sur la'frôn.
tièrë', dans la première ville des environ^ qut serait investie ; et 11 neput rentrer dans Arras, cù Moadejeu se trouvait ~avec deux mille cinq
cents hommes de pied et cent chevaux pour toute garnison.
Le cardinal Mazarin , alarmé de cette entreprise , s'adressa au vicomte de Turenne pour y meltre ordre , lui offrant pour cela de faire le-* ▼er le siège de Stenay s'il avait besoin des troupes qui étaient devant cette place ; mais le vicomte de Turenne croyant qu'on pouvait bien secourir Arras sans abandonner Stenay, en laissa conti* Duer le siège» et commença par détacher le che" valier de Gréquy et deux autres officiers avec douze cents chevaux, leur ordonnant d'aller par divers endroits se jeter dans Arras, où ils entrèrent heureusement , et où il marcha après eux avec le maréchal de la Ferté* Les ennemis avaient trente mille hommes , et nous n'en avions qno quatorze mille. Avec si peu de troupes il n'était pas possible de les chasser de devant Arras à force ouverte. Aussi le vicomte de Turenne n'entreprit-il pas de les attaquer dans leurs lignes ; il se proposa seulement d'empêcher qu'ils ne fissent venirdes vivres d'aucun endroit, afin que» ne pouvant subsister devant la place , ils fussent obligés de lever le siège. Pour cela il s'avança usqu'à la vue de leur camp, auprès de Mouchy-^
Preux , entre la Scarpe et lepetit ruisseau qui descend à Arleux. Le maréchal de la Ferté se campa sur le bord de la Scarpe , et le vicomte de Turenne s'étant posté sur la hauteur de Mouchy, pour couper les vivres aux Espagnols du côté de Douai , de Bouchain et de Valenciennes » il envoya sur sa gauche le colonel d'Elnense à Bapaume, j^our empêcher les ennemis de faire rien venir deX!ambi;ai , et sur sa droite le comte de
Broglio 4 Lens» pour leur ôter la communication de Lille, et le comte de Lillebonne à Pernes, pour barrer le passage à tout ce qu'ils auraient pu tirer d*Aire et de Saint- Orner. Il s'empara des autres postes qui étaient entre eux , et des places dont ils pouvaient tirer leurs munitions; il se saisit des châteaux et autres lieux de défense des environs, tout autour d'Arras; il y logea quelques troupes, et il les fit si bien retrancher i qu'on ne devait pas craindre que les ennemis les vinssent attaquer. Il les resserra enfin » et il les bloqua pour ainsi dire tellement de tou^ côtés, que, n*ayant plus la liberté de la campagne pour les fourrages et pour les convois, ils manquèrent bientôt de toutes choses* Dans cette extrémité ils pressèrent leurs attaques le plus vivement qu'ils purent , pour emporter au plutôt la place, mais ils n'en purent venir à bout. Toutes leurs ressources étaient dans un grand convoi que le comte de Bouteville leur aevait amener du côté de Saint- PoK Le vicomte de Turenne tnarcha aussitôt à ce poste, et s'en saisit encore. On fit ce qu'on put pour enlever le convoi, et Ton empêcha bien les chariots dépasser; mais le comte de Bouteville ne laissa pas de trou* Ter moyen de/aire entrer de nuit dans les lignes un grand nombre de cavaliers qui portaient ecL croupe des munitions , de sorte que les assiégeants s'étant remis à pousser leurs attaques avec de nouveaux efforts , Mondejeu fit savoir au vicomte de Turenne qu'il ne pouvait plus tenir que très-peu de jours , et qu'il serait bientôt forcé de se rendre, s'il n'était secouru. Le vicomte de Turenne savait fort bien qu'il n*était pas aussi
( i47 ) pressé qu'il le disait; mais voyant qu^onne poayait plus désormais sauver la place qu'en secourant lesassiégés,il résolut d'attaquer les lignes de» le lendemain. Néanmoins, ayant appris le soir, par un courrier du cardinal Mazarin , que Stenay capitulait et qu'on lui allait envoyer lea troupes qui en avaient fait Je siège» il jugea à propos d'attendre ce renfort , et cependant il alla reconnaître le camp des Espagnols. Il fit pousser toutes leurs gardes jusque dans leurs retranche* ments , pour mieux découvrir l'état des lignes et du terrain qui était devant; il visita tous les côtés du camp, pour donner également jalousie è tousies quartiers, et tenir les ennemis dans l'in*' certitude de l'endroit par où ils seraient atta» quës; et ce fut en passant auprès du quartier da prince de Condé que le duc^e Joyeuse, qui était avec le vicomte de Turenne » fut blessé dans une eacarmoudie, d'un coup de carabine dont il mourut*
Cette visite des lignes ayant fait juger aux
ennemis qu'on avait dessein de les attaquer, ils
ipedoublèrent d'une part leurs efforts pour hfi*
ter Ja prise de la place , et de l'autre ils forti*
fièrent de nouveau leur camp, dans la crainte d'y
être forcés. Ils avaient presque partout doubles
fossés et doubles lignes. Celle de circonvailatioa
arvait deux toises de largeur et neuf pieds de pro*
ibndeur, avec des redoutes et des fortins d'es-*
paoeen espace, et de l'artillerie dans toutes les
embrasures* L'avant- fossé qu'ils avaient fait faire
au-devant de cette ligne, et qui régnait lont
autour , était large de neuf pieds et profond de
sis* Ils ordonnèrent outre cela qu'on élev&t des
( t48 ) ipaulemenU partout lear camp , pour 0e eoavrir du caMu de la ville aussi-bieû que de celui de la campagoe. Ils embarrassèrent tous les passages de chariots renversés dont ils firent des espèces de barrières ; et dans tout le terrain qui était entre la ligne de circonvallatioû et Tavantfossé , ils firent creuser douze rangées de puits ou grands trous de cinq pieds de profondeur, disposés en forme' d'échiquier^ avec de petites
Ealissades. élevées seulement d*un pied et demi orsde terre, dans lesintervalles. Enfin ils fortifièrent leur camp par toutes sortes de travaux et de retranchements, et mômepar de nouveaux ouvrages qui jusque-là n'avaient point encore été usités 9 tellement quci l'attaque des lignes effrayait toute l'armée , et que » quand on vint à eh parler» chacun en murmurait tout haut comme d'une entreprise impossible. Cependant le. maréchal d'Hocqnincourt arriva: avec les troupes de Stenay; et le vicomte de Turenne voulant faire revenir nos soldats de cette terreur dangereuse dont ils étaient prévenus » les mena au mont Saînt-Éloi , poste que les ennemis occupaient à une lieue de leur camp , et il s'en rendit le maître. Il se saisit avec la méibe facilité de l'endroit nommé le Camp de César* Il fit atti^quer divers autres postes que les assié* géants tenaient autouit de la place , et noa gens battirent partout raQuemi ; de sorle que demandant eux-mêmes qu'on les menât aux lignes, le vicomte deXureiine se disposa tourt de bon à les attaquer.
Le prmce de Condé , l'archiduc Léopold , le duo de Wûrteoiberg, le prince de Lorraine et
( 149 ) de Ligne, les comtes de Fuensaldaîgne, de Gârsie et de Ligne-Ville» iesbarons de Ghâtelet et de Briorde, et don Ferdinand de Solis^ partageaienl toute la ctrcon vallatioo par leurs différenU quar» tiers , et ils étaient convenus d'un signal par le moyen duquel celui d'entre eux qtii serait le premier attaqué avertirait les autres , si toutefois on osait les attaquer dans la situation où ils étaient» ce qu'ils avaient bien de la peine à croire, fiéath ' moins le vicomte de Turenne ayant concerté ^ l'exécution de cette entreprise avec les mare- ^ chaux d'Hocqoincourt et de la Ferté , commeo* ^ ça par disposer les choses de manière que si on ne venait pas & bout de chasser les ennemis de ^ devant Arras , on y fit du moins entrer un bon corps de troupes, et que si on ne pouvait paa ' même forcer les lignes , chacnn pût rerenir dans son camp «et y trouver une retraite assurée» 11 fit avertir de son dessein Mondejeu. afin qu'il le secondât par ses sorties. H régla que les trois corps donneraient tous trois sur on même front, et non point par des endroits séparés , parce
Îu'alors les uns s'attendent aux autres , on ne lit pas toujours tons les efforts qu'on poorrail fiiire soi-même pour forcer» Il voulut que TaW ta^ue se fit de mat , afin que l'ennemi ne voyani pomtdequelcdléoii vvendraitratlsauer, n osât dégarnir anem endroit, il commanda <K vers pe* loloQsd'iafcttterieet plusieurs petites troopes de ca va lefie, ordonner l'alarme de tontes parts aux em'i^n^ des ligne» , ayant résola de iaire Pf'jy^ de fatisses attaques pour eonvrir les vé- "^^Wl.f ët?a|irfesavt)îr pris toutes les autres mêles ordres qu'il jugea néoes-
S aires , les trois généraux » chacun à la tête du corps qu'il command^, commencèrent à faire défiler leurs troupes à l'entrée de la nuit. Le ▼icomte de Turenne étant à l'avant-garde aTcc le duc d'Yorck» fit prendre la marche par des lieux couverts, afin d'en dérober la connaissance aux ennemis. II était deux heures après minuit quand on arriva aux lignes : 'on marcha le plus secrètement qu'on pût. Néanmoins un coup de canon qu'on entendit du côté des Espagnols , ne pouvant avoir été tiré que pour servir de signal, fit juger au vicomte de Turenne que nous étions découverts. C'est pourquoi , sans attendre le maréchal d'Hocquincourt qui devait combattre à sa droite » et qui s'était égaré par la faute de ses guides » il résolut de commencer aussitôt l'affaire avec le maréchal de la Ferté, pour ne pas laisser aux ennemis le t^ps de se reconnaître. Il envoya néanmoins auparavant quelques soldats autour de lacirconvallation, portant de longs cordeaux garnis de mèches allumées, afin de faire croire aux Espagnols que c'était autant de mousquetaires qui les environnaient , et qui les allaient attaquer de tons côtés à-la-fois , et de les obliger par là à se tenir tous dans leurs quartiers , sans en affaiblir aucun pour fortifier les autres. Après quoi , ayant mis son infanterie sur deux lignes, sa cavalerie derrière, et à la tête de tout quelques cavaleries détachées, pour fournir aux gens de pied les fascines et les outils dont ils pouvaient avoir besoin , il marcha au quartier de don Ferdinand.de Solis, où il s'était proposé de faire son attaque. L'avant-fossé fut comblé et passé en moins de rien. Il fit aus*
sitôt jeter des claies sur tous les trous qui étaient entre l'avant-fossé et la ligne de circonvallation; il fit arracher ou enfoncer tout-à-fait les petites palissades qui étaient dans les espaces entre ces trous , et franchissant tous les obstacles par lesquels les assiégeants avaient cru rendre leur camp inabordable , il arriva jusque sur le bord^ du fossé de la ligne. Il est vrai qu'en cet endroit les Espagnols firent une furieuse décharge sur nos gens , mais cela ne servit qu'à nous faire pousser plus vivement l'attaque : on essuya le feu des ennemis ; on se mit à combler le fossé avec les fascines.
Les soldats du régiment de Turenne n'attendirent pas même qu'il fût comblé^ ils se précifntèrent dedans à la suite de leurs capitaines. On eur y jeta des échelles avec lesquelles ils escaladèrent le retranchement, et Fisica , capitaine dans ce régiment, ayant le premier gagné le haut du fossé, y planta le drapeau de sa compagnie» en criant : Vive Turenne! A ce cri, nos gens sentant redoubler leur ardeur, commencërent avec une émulation incroyable à arracher les palissades à l'envi les uns aes autres , ëi ébouler le parapet, et à renverser tous les travaux de la circonvallationrLe marquis de Bel* lefond fut le premier qui ouvrit un passage à la cavalerie, en forçant une barrière. Les lignes furent hientôt après percées et ouvertes en cet endroit : toute la cavalerie y trouva entrée à la pointedujour.il est vrai que le maréchal d'Hocquincourt n'était pas encore arrivé, et que le maréchal de la Ferté n'avait pu venir à bout de forcer le côté qu'il avait attaqué; mais les troupes
de ce dernier étant entrées à la suite de celles du vicomte de Turenne» on abattit les épaulemeuts et tous les ouvrages par lesquels les assiégeants avaient fortifié leur camp. Les Espagnols saisis d'épouvante abandonnèrent leurs retranchements avec le désordreet la confusion qu'on peut s'imaginer dans une pareille déroute, ^«'ennemi essuya toutelafureurdu soldat victorieux : tout plia et prit la fuite devant nous, jusqu'aux générauXi à la réserve du prince de Gondé, qui voyant la plupart de nos soldats courir au pillage , vint avec les troupes de son quartier charger le maréchal de la Ferté » et poussa si TÎgoureusement tout ce qui était devant lui» qu'on vit l'heure que, par une révolution subite» il allait faire changer la fortune de cette grande journée» le maréchal de la Ferté n'ayant plus d'autre ressource aue celle de se jeter dans Arras pour se sauver. Lorsque le vicomte de Turenne fut averti des grands efforts que leprince de Gondé faisait de ce côté-là , il y vint à la tête de son régiment de cavalerie, chargea les escadrons ennemis, les rompit entièrement , et les fit fuir dans un grand désordre. Le prince de Gondé ne laissa pas de tourner tête avec beaucoup de fierté • et de rallier plusieurs fois ses troupes devant nous; mais enfin le vicomte de Turenne le força & se retirer comme les autres généraux. Il défit quel-
3ues-uns des escadrons que ce prince avait laissés erjrière lui pour faire sa retraite , et il aurait pu les tailler tous en pièces, s'il avait eu plus de troupes pour les poursuivre; mais l'impatience de piller possédait tellement nos gens, qu'il fut impossible de les mener plus loin que la circonvalla-
( 455 ) ilon, et qu'on ne put de tout le jour rallier Tar^ mée. Les ennemis perdirent en cette occasion près de sept mille nommes qu'où leur tua ou qu'on fit prisonniers. On leur prit soixante-quatre pièces de canon , deux mille chariots » six mille tontes , neuf mille chevaux» tous les équi* pages des officiers et le bagage du reste de 1 ar« mée. De notre côté nous n'y eûmes que trois ou quatre cents soldats de tiiés et quelques blessés* Le vicomte de Turenne y reçut un coup de mousauet qui lui fit une contusion , et eut un cheval tué sous lui.
Le roi et le cardinal Masarin . qui étaient ft Péronne, vinrent à Arras exprès pour lui témoi* gner la reconnaissance qu'ils avaient du service important qu'il venait de rendre à l'état. Ils laisflièrent toute l'armée sons êes ordres » et ils emmenèrent les maréchaux d'Hocquincourt et de la Ferté avec eux à Paris. Pour perpétuer le souvenir d'un événement si mémorable, on frappa la médaille où l'on voit deut victoires oui mettent sur un trophée une couronne vallaire semblable àcelle que les Romains donnaient au3t généraux d'armée qui avaient forcé les retranchements des ennemis. La légende • Perujpio Hispanum, vallo, càsiris dir^iia^ signine :
Lea li^eu des E9pagnola Jbrcéea et le camp pillé. L'exergue » Atrehatum liberatum. m* DC. LIVy Arraa aecourue. i654.
L'heureux succès du secours d'Arras futsutvf de la prise du Quesnoy , et de celle de Glermonl en Argonue , par où on finit la campagne.
L'année d'après , quoique l'armée des ennemis fût aussi nombreuse que la nôtre» nous ne
laissâmes pas de prendre Landrecie , Gondé , SaioUGuUâin et plusieurs autres villes et châteaux des environs y dont nous nous rendîmes maîtres malgré les inondations qu'on avait faites tout autour y et à la vue de toutes les troupes des Espagnols jointes ensemble. Car le prince de Gondé vint souvent à la tête de son armée pour nous faire lever le siège de devant ces villes; mais nous avions si bien pris nos mesures que tous ses efforts se réduisirent à de légères escarmouches. Le vicomte de Turenne fit raser celles de ces places qui ne pouvaient nous être d'aucun usage; il fitfortifier les autres, et il les pourvut de vivres et de munitions; il se rendit maître de la campagne, et fit subsister son armée dans le pays ennemi.
Tous ces avantages remportés avec tant de facilité sur les Espagnols, portèrent Tannée suivante le vicomte de Turenne à assiéger une de leurs plus importantes places. Dans cette vue il marcha à Yalenciennes avec son armée et celle du maréjchal de la Ferté qui était alors malade. Gomme TEscaut traverse cette place , il fit passer le marquis d'Uxelles avec la moitié des troupes, à la droite de ce fleuve, et demeura avec le fcste à la gauche. II y jeta deux ponts , l'un audessus et l'autre au-dessous de la ville , pour la communication des deux armées; et les ennemis ayant lâché leurs écluses pour inonder la partie la plus basse du terrain où ses troupes étaient campées, il fit faire une digue plus élevée que l'eadroit le plus haut où l'eau pouvait monter. Il fit saigner les réservoirs des assiégés ; il fit creuser plusieurs canaux pour faire
écouler l'ean dans l'Escaut; et la digue était construite de manière qu'elle rejetait dans Yalenciennes la plus grande partie des eaux qui auraient pu entrer dans notre camp^ et inondait un faubourg et un quartier de la ville. Les Espagnols y voulurent jeter du secours ; mais le vicomte de Turenne fit faire si bonne garde tout autour, qu'ils n'en purent venir à bout. Les lignes de circonvallation et de contrevallation ayant été faites avec les ouvrages nécessaires pour la sûreté du camp , il fit ouvrir la tranchée en deux endroits; il poussa ses deux attaques avec toute la vigueur possible » et il en était déjà à la contrescarpe lorsque le maréchal de la Ferté , qui n'était pas encore touti-fait guéri , vint au siège par ordre du cardinal Mazarin , qui voulut absolument qu'il y allât , peut-être parce qu'il était bien aise qu'il y eût toujours quelqu'un qui eût part aux entreprises du vicomte de Turenne » afin qu'il ne s'accréditât pas autant qu'il aurait fait s'il n'en eût partagé la gloire avec personne. Quoi qu'il en*soit» le maréchal de la Ferté étant arrivé devant Yalenciennes » il se mit à la tête de son armée , à la droite de l'Escaut où était son quartier. Gomme ce quartier était celui où les ennemis pouvaient arriver le plus aisément, le vicomte de Turenne l'avait fait fortifier par des lignes doublées et paHssadées ; mais le maréchal de la Ferté croyant qu'une seule, ligne suffisait , fit raser l'autre , et continua l'attaque que le vicomte de Turenne avait fait commencer.
Cependant don Juan d'Autriche , à qui le roi d'Espagne venait de donner le gouvernement
des PayS'Bas^ voulant signaler son arrivée en Flandre, avait ramassé ioutes les milices du pays, et les ayant jointes à son armée, ainsi
3ue quelque renforts qu'on lui avait envoyés 'Allemagne, il était venu avec le prince de Condé se camper à la vue de Yalenciennea »
dans le dessein de secourir cette place.
Le vicomte de Turenne se doutant bien que les ennemis attaqueraient les lignes an quartier dn^maréchal de la Ferté^ parce que ce quartier était le plus exposé, lui manda que c s'il le » voulait , il lui enverrait quatre ou cinq régi- 9 ments. » Uais le maréchal de la Ferté rece* vant Thonnéteté du vicomte de Turenne comme il aurait Élit d'une injure, lui envoya dire c qu'il » gardât ses troupes pour sa propre défense; • qu'il aurait peut-être autant besom de secoura » que lui , et qu'il lui oilrait la moitié de son » armée. » Le vicomte de Turenne eut beau* coup de chagrin de ce que ce maréchal prenait la cnose de cette manière. Prévoyant le préjudice qui en pouvait arriver aux affaires du roî, il lui envoya faire encore une fois la même offre , ^u lui représentant le danger où il était; mais le maréchal de la Ferté ne fit que rire de ces avis, et ne daigna pas même tenir hors des lignes ' ni gardes ni batteurs d'estrade qui pussent l'avertir de l'approche des ennemis. Aussi la nnil suivante le prince de Condé et don Juan d'Autriche étant venu l'attaquer , ils arrivèrent jus* que sur le bord du fossé de son premier retranchement sans avoir été découverts. Ils forcèrent la ligne, où ils ne trouvèrent presque aucune ré* 8istaQce,et firent prisonniers le maréchal de la
Ferlé , les comtes d'Bstrée » de Gadagne el da Grandpré , lieutenants^généraux , plus de quatre cents ofSciers , et près de quatre mille soldats ; ce qui fut fait en moins d'un quart^'benre: de sorte que le vicomte de Turenne » qui à la première alarme avait couru an secours pardessus la digue • fut à peine au bout , qn'ii vit les ennemis qui s'avançaient déjà de ce côté-là pour le venir forcer. U ordonna au même ins* tant qu'on rompit la digue , et les ayant arrêtés ar là 9 il fit promptement revenir nos gens de a tranchée t retirer le canon des batteries, charger les bagages» combler les lignes» et ayant fait défiler devant lui Tartillerie et les équipages » il alla former un camp sous le Qùesnoy , avec son armée , pour sauver cette place.
Le prince de Condé et dan Juan d'Autriche y marchèrent après lui avec leurs troupes » el ne doutant point qu'il ne prit la faite devant enx» ils avaient déjà commandé^ mille chevaux pour le poursuivre; de 3orte que lorsqu'ils fu^ rejat arrivés assez près Ae lui pour découvrir son camp » ils furent fort étonnés de voir que les tentes y étaient dressées» qu'il avait laissé tout ouvert » et qu'il les y attendait de pied ferme. Il est vrai qu'à l'approche des ennemis» nos soldats épouvantés commencèrent à charger les bagages ; mais le vicomte de Turenne ayant ordonné que personne ne sortit de son poste » el qu'on ne fit aucun autre travail d^ vaot le camp » rassura toute l'armée par le pea de précaution qu'il prenait. Pour désabuser les Flamands , à qui on avait fait croire que nous
n'avions plus de troupes en campagne , il envoya des partis jusqu'aux portas de Bruxelles; et sur le bruit qui courait que les enneoiis avaient dessein d'assiéger Gondé ou Saint* Guilain, il jeta dans ces deux places mille cavaliers 9 qui y portèrent chacun un sac de farine en croupe. Un si gros détachement fait d'un aussi petit corps de troupes , en^présence des ennemis qui étaient beaucoup plus forts que lui, donna une telle confiance à ses soldats, qu'ils ne respiraient plus que le combat; mais le prince de Gondé et don Juan d'Autriche n'ayant pas jugé à propos d'en venir aux mains avec nous , décampèrent les premiers » et tombèrent sur Gondé, qu'ils prirent , etdont ils firent démolir les fortifications; après quoi ils allèrent assiéger Saint- Guilain. Mais le vicomte de Turenne qui avait eu le temps de ramasser les débris de l'armée du maréchal de la Ferté, ayant investi la Gapelle , où était le principal magasin des ennemis, le prince de Gondé et don Juan d'Autriche levèrent aussitôt le siège de Saint- Gui lain pour aller au secoars de la Capelle* Ils s'approchèrent des lignes avec leur armée; mais ils n'osèrent les attaquer, et le vitomt^ de Turenne prit la place à leur vjie.
La prise de cette ville arrivée sitôt après ce qui venait de se passer à Valenciennes , et dans un temps où la cour semblait désespérer des affaires, fut regardée en France comme un avantage très-considérable ; et pour conserver éternellement la mémoire d'un succès si peu espéré , on y frappa la médaille où l'on voit la Fortune qui d'une main tient une corne d'à-
bondance , et-de l'autre un gouTernail âo baol; duquel est une conronoe murale* Lea oiota de la légende » FortunaredurXn signifient; Lafor^ tune de retour ^^ et ceux de Texergue , Capella capta* M. D. C. LVl^ PrUe de la Capelie»
On félicita fort le Ticomte de Turenne sur rheureux éiréncment de cette entreprise. On lui donna la charge de colonel -général de la cavalerie Tannée suivante. On fit même plut pour lui : on lui accorda ce qu'il demandait depuis long-temps , à savoir , qu'on ne le commit plus avec le maréchal de la Ferté ; de sorte que le siège de Cambrai ayant été résolu , il y fut envoyé seul. Mais le prince de Condé ayant entrepris de jeter du secours dans la place avant que nous eussions achevé nos lignes » et y étant entré lui-même avec vingt escadrons de cavalerie , on quitta ce dessein* Le mare* chai de la Ferté eut ordre d'aller faire le siège de Montmédy» dans le Luxembourg, et le vi« comte de Turenne de tenir la campagne » pouf s'opposer à ce que les ennemis pourraient en<treprendre. Le prince de Condé et don Juan d'Autriche firent diverses marches et contremarches pour s'approcher de la place et y jeter du secours. Ils firent mine de vouloir as<^ siéger la plupart des villes qui étaient aux en* virons , pour nous &ire abandonner notre ec^ freprise. Mais ils ne surent faire prendre le change au vicomte de Turenne : il se présenta avec son armée partout où ils essayèrent d'a^ border les lignes , et ils n'osèrent jamais l'attar quer. Il rompit toutes leurs mesures; il prévint
tous leurs desseins; et malgré leurs stratagè-. mes et leurs efforts , la place fut enfin emportée par le maréchal de la Ferté.
Après la prise de Montmédj » le vicomte de Turenne alla assiéger Saint- Venant, TÎlle si*' tuée sur la Lys» dans le comté d'Artois. Le prince de Gondé et don Juan d'Autriche vinrent encore avec leurs troupes pour secourir cette place; mais ayant été plusieurs jours défaut nos lignes sans avoir osé les attaquer , ils passèrent dans la Picardie, et ils assiégèrent Ardres pour obliger le vicomte de Turenne à abandonner le siège de Saint^Yenant. Il est vrai que le cardinal Mazarin ne lui ayant envoyé aucun argent pour la dépense de ce siège , il y avait lieu de croire qu'il tirerait assez en longueur pour que les ennemis eussent le temps de prendre Ardres ; mais le vicomte de Turenne ayant fait couper sa vaisselle d'argent en morceaux pour la distribuer aux soldats, il les engagea si bien b avancer les travaux , que le gouverneur de Saint-Venant demanda à capituler. Le vicomte de Turenne, sans attendre que la capitulation fax rédée , détacha aussitôt de son armée quatre mille chevaux, et leur ordonna de marcher à Ardres par les hauteurs d'Aire et de Satnt-Omer, sachant bien qu'on ne manquerait pas de tirer sur eux le canon de ces places , et que le prince de Gondé et don Juan d'Autriche avertis de notre marche par le bruit du canon, se retireraient aussitôt de devant Ardres. Eu ^et ils levèrent le siège à l'approche de notre détachement, ils allèrent du côté de Bour^ bourg , et se retranchèrent entre les rifières d'Aa et de la Golme.
Le vicomte de Turenoe vint à Ardres avec le reste de l'armée , après la priée 4e Saint-Venant ; et voyant que les enDemis étaient si éloignés , il retourna du côté de la Lys , »e saisit de la Mothe>aux>Bois, et fit raset^cé-ebâteau qui incommodait fort Saint-Venant; Il marcha ensuite vers la Gohnei il se rendit maître de Cassel et de Vate; il prît le fort Rojug0, les fort* de Hennuyn V de Rtith , de Saint-Cbrîstophe et la' ville de Bourbourg. Il força "le prince de Gondé et don Juan d'Autrîcbë à $é retirer avec leur armée sous le canon de Dunk^rque. Il sa rendit maître dé Mardick ,- dont la prise alarma tellement les Espagnols» que dans la crainte que nous n'allassions assiéger^ Gravelines, ils levèrent leurs écliises , et inondèrent- quatre lieues de pays auteur dé çelté' plaèe'Mtoais la saison était trop ataneéepôub iiné pareille entreprise. Ainsi le vibbmte 'de Turenlie ayant mÎ5 son armée en quartier d'Mver-, s'en retourna à la cour. Les ennemis' croyant profiter de son absence iassèmWferéni quelques troupes dans le dessein ' dé reprëiidre Mardick ;*tnflâg ayant su que cb -^néràl'-^fait tëvèhu sur la fi^bntière« ils $*eil rét'ôiîrnîèfènt'dhëz euï>'
Pour traniittiettre au^^sîècles à veniKiamémoit*e des pirincipà^s action^ d'une campagne si ^orîéusô,^ le roi lit' frapper la médaille où Ton voit la France qui! d'une biain tient une épée nùé ,'^i de ♦'fa litre lin bo\j'di^ , pbbr faire entendi'ô que durant; céttfe'^lca&pagnè nous nàtiê étions égalèmeihitUj^n^lêé^p^i^'i'iitia^ti^ot par U défense. Làiê^^hdfeV WinèydmUet athpliati^ signifie^} J^es frontière^ dé-taf^àhàé
( »6a ) défendues et reculées , et Texergue » Marciico et Fano SanctUf^enantii captis » Ardrd obsidione Uberaiâ. M. D* C. Li^JI, Mardich et Sainte/Menant pris, Ardres secourue* iGSy.
Cependant U y avait déjà ud aj[i qoe le cardinal Mazarin et Cromwel» protecteur de h DouYelIe république d' AngleteiTe , avaient fait un traité qui portait que les Français et les An-
S lais attaqueraient à frais communs les rilles e Dunkerque et de Gra vélines; que la ^première de ces places serait pour l'Angleterre , et Îue Tautre resterait à la France; et comme Iromwel demandait l'exécution de ce traité d'un ton qui faisait appréhender qu'il ne rompit avec nous si on n'assiégeait au plutôt Dunkerque, le vicomte de Turenne eut ordre de s'avancer de ce côté-là , pour voir ce qui s'y pourrait, faire. Il n'y avait personne qui ne re- 'gardât ce siège comme une entreprise chimérique» car, attaquer Dunkerque avant que d'avoir pris Fumes» Bergiies et Gravelines»
c'était être assiégé en faisant un siège » puisque ces villes environnent Dunkerque» L'attaquer ^a oiois de mai » il n'y avait point encore de fourrage sur la terre; attendre plus tard, c'était donner le temps aux Espagnpls de venir en corps d'armée défendra les «bords de cette place» qui sont très- marécageux et tout entrecoupés de canaux » et par conséquept hasarder une bataille dans un terrain très-favorable pour les ennemis » et fort, désavantageux pokor nous. Néanmoins , comme les Espagnols faisaient de grandes offre; à (Iromwel pour l'engager à se joindre à.eux » et qu'il s'agissa^ de, conserver
après quelque rësistance. Le vicomto de Ta* renoe s'empara des redoutes, dans lesquelles les ennemis Fôulureni loi disputer le passage. Il les chassa des réduit* qu'ils gardaient sur les canaux , et arriva enfin devant Dunkerque avec son armée.
La ville de Dunkeraue est située an milieu de ces collines de sable blanc qui s'élèvent an bord de la mer germanique » depuis Calais jusqu'à rÉclùse , et qu'on appelle dunes, nom qui vient du vieux mot dun , qui , dans le langage des Celtes, signifiait on lieu élevé. Ducôté du midi elle est entourée de canaux ^t de marais; les dunes sont également à sop levant et à son couchant j et la mer qu'elle a au nord , et qui vient battre )usqu*aupied de ces dunes dans son flux, laisse à sec » par son reflux, on espace de grève d'environ cinq cents pas qui demeure découvert pendant la basse marée, >et qu'on appelle l'e^trang,i\i mot strarig^ qui dans la langue teutonique signifiait riVfl^tf , et qui signifie encore la même cnoseen flamand. Les eaux noient tontes les terres basses autour de la place; il n'y avait aux euvirons ni couvert ni bois pour les hutes des soldats. Le vicomte de Turenne fut obligé de faire venir de Calais » par mer , tout ce qui était nécessaire pour les travaux du siège et pour la subsistance de l'armée : des vivres « des fourrages • des outils , des palissades, et jus-
Ïi'à des fascines dont on avait besoin pour a£f rmir les retranchements qu'il fiiUait faire aû& danes dans un terrain aabloneox et qui fr'éfaoule aisément.. Lorsque toutes ces dioses furéntart^ rivéeii il fit travailler.aiaiignes ; iljes fil com^
mencersar lebord de la mer , an pied des dunes qui sont au-devant deDunkerque; d'où passant par-dessus ces dunes» elles allaient gagner , en tournant autour de la place, les canaux de Furnés , du Uonscote, de Bergues » de Bourbourg » de Mardick, et passant sur les autres dunes qui sont au couchant de la ville, elles aboutissaient à Testrang, faisant ainsi » dans leur contour, une espèce de croissant qui avait la mer à son ouverture. Cromwel , en exécution du traité fait avec nous , envoya de ce côté- là une armée navale, pour empêcher qu'on ne jetât du secours dans la place par cet endroit » de sorte que la ville de Dunkerque se trouva entièrement investie par mer et par terre. Ntéanmoins , ponr clore tout-à-fait notre camp , il nous restait encore à fermer l'estrang ; cette étendue de près d'un quart de lieue , qui , demeurant à^ sec durant six heures chaque jour et chaque nuit, laissait aux ennemis un chemin facile pour venir à Dunkerque , ou de Niéport , du côté du levant, ou de Gravelines , du côté du couchant. Pour leur barrer ces deux passages , le vicomte de Turenne résolut de faire deux estacades par le travers de Testrang , c'est-à-dire depuis le pied des dunes» où finissaient nos lignes, jusqu'à l'endroit où la mer se retira dans les marées les plus basses. Il fit donc enfoncer très-profdndément dans la grève de gros pieux qui sortaient neuf pieds hors de terre; il les fit lier ensenable d'une chaîne de fer doublement entrelacée; il fil faire derrière ces pieux une/ espèce de barri^é de tous les caissons de l'arméà qu'on rangeait kilongde l'estacade quand la mer ddscen*
.^ait; et qu'on ôtait avec les chevattx lorsqu'elle 4>ommeDçait à remonter; enfin , pour s'assurer tout-à-fait de Teslrang » il fii échouer dans le fiable , derrière ces caissons , plusieurs barques et chaloupes armées, dont le canon défendait les abords de Testacade; et pour surcroît de précaution , il faisait garder les bords de la mer par une partie de sa cavalerie durant toute la nuit. Après ces mesures prises , il n'y avait plus rien à craindre ,' sinon que les Espagnols ne se saisissent de quelques dunes fort hautes qu'on n'avait pas pu enfermer dans notre cirdonvallation , parce qu'elles en étaient un peu trop éloignées ; et comme du sommet de ces dunes on voyait à découvert nos troupes , le vicomte de Turenne les occupa et y fit faire des retranchements. Tous ces travaux étant finis, et les six inille Anglais que le commandant de l'armée navale avait fait débarquer s'élant joints à notre armée, sous les ordres de milord Lockart , on distribua les postes aux officiers-généraux; on fit plusieurs ponts sur les canaux pour la communication des quartiers; le vicomtetle Turenne fit ouvrir la tranchée , et le cardinal Mazaria amena le roi avec toute la cour au spectacle de cette grande entréprise. On fit d'abord deux attaques , à l'une desquelles on employa les Français et à l'autre les Anglais. Le vicomte de Turenne ne se coucha point les premières nuits, pour mieux disposer toutes chosespar lui-mêmes et; ses neveux, le duc de Bouillon et le comte d'Auvergne , qu'il aviait amenés cette anné&*là en campagne avec lui^Je suiviren:! par^outv ' ■ PuirtiA les premiers jours da siégo^ ii seriit
plusieurs sorties où les assiégés , qui vinrent plusieurs fois attaquer les assiégeants en grand nom* bre et fort vigoureusement , furent toujours repoussés par un plus grand nombre «t avec une pareille vigueur. On pressait vivement les attaques; on avançait les travaux avec ardeur; on avait même enlevé quelques palissades sur le glacis» et quelques traversesdans le cheoiiQ couvert, et Ton était tout prêt à se loger sur iaxon' trescarpe.
Cependant les Espagnols n'eurent pas plutôt appris que Dunkerque était investi , qu'ils résolurent de secourir cette place à quelque prix que ce tût ; ils levèrent iin stibside particulier sur tous les peuples de la Flandre pour l'exécution de ce desseini Ils convoquèrent le ban et l'arrière«ban ; ils' tirèrent toutes les garnisons des places; ils rassemblèrent toutes leurs troupes , commes'il se fût agi de la conservation ou de la perte entière des Pays-Bas^; si bien qu'en trèspeu de temps ils formèrent là plus nombreuse armée qu'ils eussent encore eue sur pied. Le prince oe Gondé et don Jilan d'Autriche , h la tête de cette armée lquis!étaitas8eÉnblée aux eu* virons de Nieuport » s'avancèrent vers Donkerque » et le maréchald'Hocqnincourt » quis'était jeté depuis peu dans leur parti , s'étànt approché' trop près de. nous, en nous venant recon* naître « fut tué d'un <U)up de mousquet parquet qoBS aoldafas avancés.
• Dès que le vicomte^de^Turenne snl que les ennemia veDaient à nous »• îMés alla rMQftnattre; et ayant ra| que toute leur armée était <d^à ende«k de Fnciiea r rnavctiaiitiHi milieu del dunes
( i6gi )
pour nous venir attaquer , îl résolut de leê pré-' Tenir. II s'en retourûa promptemeut de vaut DuQkerque; il \ah^a un nombre suffisant de troupes pour garder le camp et les tranchées. Il Toulut' expliquer à tiiilord Loçkart les raisons qu'il avait d'aller combattre les ennemis; mais ce général' le pria de ne s'en point donner la peine , disant qu il s*én rapportait bien à lui, et qu'il s'informerait de ces raisons après la bataille , s'il ea revenait» Il emmena donc les Anglais avec la reste de l'àrio^ée , el marchant au milieu des dunes , du côté d'où venaient les Espagnols , il fit tant de diligence qu'il arriva à la portée du canoa de leur arrcoée avant qu'ils sussent que nous fus-* sioiis sdrtis de no» lignes. Les eûn^mis- furent bien surpris de nous voir si près d'eux; ils ne* s'étaient àfaéçée vers Dunkerque que pour don** ner ^Cfèùrage dusc assiégée; ils n'avaient point encore lëcir 'ceinon , et ils avaient fait leur cbmpte de n'eo venir aux mains qpe lorsqu'il sériait arrivé; métis té vicomte de Turenne voûtant les' attaquer dèslelendemMld'» sesaisitdes plus hautes délies qiiiétaient aux environs, et employa ' la plu9 gl*ande partie de la nuit à les fortifier paf< dôs retranebétaients. Il dressa l'ordre de la ba-^ taille tout prAt, et ayant pourvu h h sûreté des bagages 6t à la- garde du camp, il se coucha dans' l€f^abltrd*uif€dufi«/ei!kTei'oppé'de son maâCeai]i;^ et dormit ainsi jusqu'à )a pointe dti jour, i^'ii monta à eheval'pQur ranger son armée. ' ^
Il comiiosa-^l^reittiière Kjzne de dix bbtdiP lotis et vînet^huit estadrons deieaivaleri^^ quatorte à raile droite et quatorze àt^iie glailebe ^ et le canon était à la tête. La secetid<gne était
(^ »70 ) de sept/bat^illpus et de dix^IuiU tescadrons d< cavalerie, neuf à la droite» et le9 neuf autres l 1^ gauche* Quatre escadrons de gendarmes étaient derrière la première ligi^e» pour soute^ nir l'infanterie du corps;dei)ataille. et les sii qsqadrons dfi cavalerie qui faisaient la réserve, furent placés h upe^ assez grande distance derrj^rç toute l'armée » af^n qu'ils fussent à portée 4esç^urir inêçaenos troupes devant Dunkerque.y.Qn cas de besoin. Sa première ligqie occupait par son front de bandière tout le travers des dones avec la prairie qui est à droite et l'eatrang ^i est à gaRche, c'est-à-dire tout cet espace
Ïui est depuis le flot de la mer |usqu'au canal de urnes» ei qui £| plu^ d'unelieued'étendue. Gomme la pente des. dune$t est assez -douce» on y rangea les bataillons et lesv.es^dro9s;à leur distance et à leur mesure natuçellfSr Ii^^ Ugnes, à la véritf§ « étaient baut et bas., Animant; la dispio^sitipn dil.terrain } mais malgré. son inégalité, elles étaient dreaséw a ve6tantde justOsseqiu'eiles paraissaient avoir été tir!éea auicprde^u* Le vi- Qomte de Tnrenne donna, lailj»^ diMHte. à eomi^ander au marquis de Gi«éqin<« l'aile gaueheaa mavqdisd&GQstélnau^et le corps de bataille aux mtfrquis de Gadagne et< de Belleii^da .el{ pour Inîil se mit au ôèatreide t'ài'.iDée.' Le comte de Set>0Babefg« Iesteiarau{«-4'Iliimiii«e0 él de VajgeUBef , et lebaron d:Ë4uano9arl4:i(}iBi faisaient
les fondrions. d«^UeuteiianMi*g4d^^^^'' foreDt dktpibués aak poflles oùfils^ devaient étse employés.. Le. générale Loek^rtcoiùniandfi le» Anglais; le coifister de. Lkneville les* Lorrains; le •omte de Soii^nsle» Suissed , dont* il était co-
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( 17* ) lonel-général; le marquis de la Salle le» gen«* dariUQS , et le marquis de Richelieu le corj^s de réserve* LecomtexleBussi-Rabulinyfifc sa char-^ ge de meslre-de-camp^général de la cavalerie. Le duc de Bouillon » grand chambellan de France » et son frèreie comte d'Auvergne, servirent» p«r ordre du vicomte de Turenne ^ à la tête de son régiment d'infi^nterie , comme simples vo- ^ lontaires, quoique le duc de Bouillon'eût uq ré^meniàluiw.. .
.Quant aiijft ennemis» le prince de Condé et don Juan 4' Autriche firent aussi mettre* leurs^ iroupesen ordre atee toute la diligence posdble, y employant tons les pi&ciers-généraOx, qui eu-' rènt bien déjà pein^,à en venir à bout danis ua ferrafrolsi.extrliordinaire. II4 ne firent, à propre^
Sient parler9.de toute leur armée , qu'un eorpft é batèolle sans ailes* lis mirent sur une seuteligne toute ieur infanterie , soutenue par .quatre EgMS de cavalek'ie qui étaient derrière. Ges lignes n'avaieftt-lMts plus d'étendue que le tràvera< des dunes » et n'allaient que jusqu'au bord de Testrang d'un cftlé> et jusqu'au comidencementf de la prairie de lî'autre. Les généraux n'avaient osé mettre de» troupes sur l'es trang>. commet nous f en avionsv parce que • le vicomte deTUt renne avait fait avancer vis-à-vis Telidroît jt>ii Vtofk aurait pu les placer» une partie des vaisàequx an» glais qui avaient ordre de faire feu contre tous les Espagnols qui paraîtraient sur le rivage.
Don Juan d 4^^^^"^^ P^^^ '® commandement de la droite qui regardait la mer. tf avait pour lieutenants-généraux le duc d'Yorck , qui avait été obligé de sortir de France , et le duc de Glo«
Céstèr , tous deux frères du roi d'Angleterre 9 d^D Estevant de Gamarre^lle marquis de Caracèbe» Il s'était saisi d'une dune qui était de cent pas plus avancée vers nous que les autres; cette dune était très*haute et très*escarpée ; il y ^^att posté un de ses bataillons , el il en avait fait avancer un autre derrière pour le soutenir. Le prince de Gondé eut le comneiandenieDt de là gauche de l'armée qui était du coté de la prairie que le canal de Furnes traverse » et qui est entrecoupée de petits fossés» Ge prince fit alëément la communication de ces fossés et du canal » sur lequel il fit faire' cinq- ponts avec des barques* Gomme sa cavalerie &6 pMvait dtr^ employée dans la prairie à cause des fossés , il ta rangea dans l'espace <(ui est depuis le pied deè dunes jusqu'à ce» fossés, sûr i»ept lignes plus ou moins longues » êelon la' disposition du terrain. Il mit dans uniieu un peu plus couvert, devant sa cavalerie , un de jse» bataillooa » et il jbignit tous les autres à ceux de don JoanVpour achever de former cette g:ross6 ligne d'infanterie qui était à la tête de. l'armée espagnole. Il avait sous lui , pour lieutenanls-géoéraux » les comtes de Goligny , de la Suze , de Meilles, de Guitaud , de Persan et de Boifteville , et pour inarécbaux*de-camp, les marquis de'Raveneli de Romain? ille et de Rocbefort»
Firr DU TBOISlIîirB LIVBB.