‹ Histoire du Vicomte de Turenne, Maréchal Général des Armées du RoyChapitre 2 sur 50 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

 prudence , la valeur & les fuccés An. i 674. inefperés du Prince d'Orange , déterminèrent les Etats Généraux au d~r eft rcn-

, . , „, . duc héicdi

Commencement du mois de Février,

à rendre héréditaires dans fa perfonne & dans celle de fes enfans mâles , les Charges de Stad-houder , d' imiral , & de Capitaine Générai des fept Provinces unies, il fe vit ainfi à l'âge de vingt-trois am élevé dans la Répu-

taire cLns |a M aifon d'Orange.

An.ï$74 blique àun plus haut point de gloire & de puiflance quen'avoit été aucun de fes prédéceflèurs : alors il employa tout Ton crédit pour détacher le Roi d'Angleterre , fon oncle , l'Evêque de Munfter & l'Electeur de Cologne des intérêts de la France , & pour fortifier l'alliance qu'il avoir déjà formée avec l'Empereur , l'Efpagne & le Roi de Danncmarc , dans laquelle il vouloir faire entrer les principaux Membres du Corps Germanique. Le Roi continua pendant le Printems à faire évacuer toutes les Places qu'il avoit prifes fur le Rhin & fur la.Meufe i il ne fe réferva que Grave & Maeftricht: Emerick , Rhées, Vefel, Burick & le Fort de Schenck furent remis à l'Electeur de Brandebourg , félon le traitté que le Vicomte avoit fait avec lui l'année préT cédente. L'Electeur de Cologne rentra dans Rhimberg & dans Nuys > & les garnifons des Villes évacuées revinrent en France , fous, la conduite du, Maréchal de Bellefonds ôc du Comte de Lorge.

te Roi Le traitté particulier entre la Hollande & l'Angleterre fo tvêque avoit été G adroitement ménagé pendant l'hiver , qu'il s'é- JeMunfter, toit enfin trouvé conclu au milieu des préparatifs mêmes Je Cologne qui fe faifoient de part & d'autre pour recommencer la . *UFwe! guerre. Le Roi Charles II. avoit long-tems réfifté aux proportions qu'on lui avoit faites de fe détacher de la France:, les Républicains & les Proteftans zélés de fes trois Royau-r mes n'avoient garde de confentir à l'anéantiirement d'une République , qui faifoit une des principales branches de la prétendue Réforme > l'humeur de fon peuple, les foiliciu-

:tions de Ton Parlement , & les pratiques des Miniftres Ecran- Ah. r 674* gers le fàifoient pancher vers la paix \ mais ce qui le décida fut la crainte de perdre le commerce de la Méditerannée , en fe brouillant avec l'Efpagne : il ordonna au Chevalier Temple de drefler à Londres des articles avec le Marquis de Frefno , Ambafladeur d'Efpagne , qui avoit reçu un plein pouvoir des Etats Généraux i & après quelques conférences , le traitté de Breda fuc rétabli dans (on entier. Lx Hollande infifta fur le rappel des troupes Angloifes qui fervoient en France » mais comme ces Régimens dévoués au Vicomte de Turenne , refufoient de le quitter, l'Angleterre promit de les lauTer périr faute de recrues , & permit aux Hollandois de lever dans la Grande-Bretagne autant de Soldats qu'ils voudraient. Le traitté ayant été ij. Février. £gné a Weftminller , les menaces continuelles de l'Empereur contre l'Evêque de Munfter & l'Electeur de Cologne iîrent tant d'impreflion fur les deux Prélats , qu'ils abandonnèrent auffi les intérêts de la France. L'infidélité des Alliés de Louis XIV. ranima les efpérances

Plufienn

de tous les Princes d'Allemagne i ceux qui étoient demeurés f™aCgne Afe neutres jufqu'alors , fe déclarèrent contre lui : l'Electeur de liguent de Brandebourg crut pouvoir violer impunément le traitté contre*"!* <ju'il avoit figné i le Landgrave de HelTe , l'Electeur de Tré- France' ves, l'Electeur Palatin , les Ducs de Brunfwich &de Lune, bourg fe liguèrent auAl avec les Hollandois -, en un mot , toutes les Puiflances d'Allemagne furent entraînées , hort le feul Electeur.de Bavière & le Duc d'Hanovre, qui relie,

Ai*

An. 1674. rent dans la neutralité. Malgré ces contretems, le Roi ne diminua rien de la grandeur de Tes projets > il réfolut de le dédommager de la perte des Provinces-unies par la conquête de la Franche-Comté > il y alla lui-même avec une armée puiflante au mois d'Avril -, il en envoya une autre fur les frontières d'Efpagne , fous les ordres du Maréchal de Schomberg •> le Prince de Condé en commandoit une troifième en Flandre , pour veiller fur les démarches du Prince d'Orange i & le Vicomte de Turenne retourna en Allemagne, avec une quatrième qui ne montoit qu'à dix mille hommes. Avant qu'il quittât la Cour , le grand Condé ne dédaigna pas de le confulter fur la conduite qu'il tiendroit dans la guerre de Flandre. » Faire peu de fiéges , répondit •» le Vicomte , & donner beaucoup de combats ; quand » vous aurez rendu votre armée fupérieure à celle des en- » nemis par le nombre & par la bonté des troupes i quand » vous ferez bien maître de la campagne , les villages vous » vaudront des Places -, mais on met fon honneur à pren- » dre une ville forte , bien plus qu'à fonger aux moyens de » conquérir une Province.

Le Vicomte

( 1 ) Le Duc de Lorraine perfuadé que s'il entroit dans Franche.1* *a Francne-Comté, il y feroit bientôt fui vi d'un grand nom- Comté , & le bre de Lorrains , marcha vers le commencement de Mai

Roi s'en rend

maître, ( 1 ) La plupart des faits militaires de ce Livre font tires des Mémoires

M S S. de Fremont d'Ablancourt , de l'Hiftoire MSS. de l'Abbé Raguener , & des deux dernières Campagnes du Vicomte , écrits par Defchamps, qui furent imprimés en 1678. ttois années après fa mort du Vicomte ; mais on doit au Marquis d'Imecourt , Lieutenant Général des armée» du Roi , qui fut préfem à toutes ces actions , plufieurs détails qu'on ne trouve poiat ailleurs.

DE TURENNE, LIVRE Vï. 49,

avec deux mille chevaux , qui faifoient toutes Tes troupes , ^N & s'avança jufqu a Rhinfeld au-deflus de Baie , où il prétendoit pafler le Rhin. Dans le même-tems , le Vicomte s'approcha de la SuùTe avec deux Régimens de Cavalerie nouvellement levés dans l'Alface , & campa le dix de Mai à Hefingen , village qui n'eft qu'à une lieuë de Bâle : les Magiftrats de cette Ville encouragés par & préfence , refuferent le paflage au Duc de Lorraine , qui demeura inutile aux environs de Rhinfeld jufqu'au fix Juin : alors le Duc voyant le Roi maître de la Franche-Comté , alla joindre le Comte Caprara près d'Heidelberg , où le Duc dcBournonville , Général de l'Empereur , qui partoit d'Egra , devoit les rencontrer avec un Corps confidérable de Cavalerie fie d'Infanterie.

. Le Vicomte qui étoit revenu de Bâle à Hochfeld , près Rapww «re . de Saverne , ayant été averti de leur marche , réfolut de les |»marche«l»

' Vicomte.

couper ôc de les combattre avant la jonction > il envoya.

ordre de faire drefler à Philisbourg un pont de batteaux v

qui fe trouva prêt en trois jours ; il ramafia ce qu'il y avoic

de Cavalerie dans les quartiers, & tira quinze cens hommes:

de fix bataillons qu'il laiflbit en Alface, partit d'Hochfeld le

douze de Juin , fit marcher fes troupes fans bagages r avec ix. Ju&v

une diligence extraordinaire, 6c paflà le Rhin a Philisbourg

le quatorze à midi \ il y fit prendre fix pièces de canon Ôc des

vivres pour trois jours , emmena avec lui les Régimens de

Beaupré & de Calvo , les Dragons du Fay , les bataillons

de Douglas , du PlefTis 6c de la Ferté , avec un quatrième,

5oo HISTOIRE DU VICOMTE

An. 1674. compofc de Compagnies de divers Corps , fous le nom de Picardie , qui étoient tous campés fous Philifbourg : le Vicomte en forma fon avant-garde , & continua fa marche par le Palatinat. Le même jour qu'il pafla le fleuve , il défit & prit deux cens hommes d'Infanterie Impériale dans une cenfe , nommée Bruckhaufen , après une attaque & une défenfe tres-vigoureufe : il diffipa enfuitc cent cinquante chevaux du Régiment du Prince Erncft de Brandebourg-Bareith , qui avoit marché pour foûtenir cette Infanterie , & il arriva le foir à Hockenum où il campa : comme il craignoit toujours quelque furprife , il alla lui-meme la nuit vifiter les gardes avancées , pour s'afTurer Ci tous étoient dans leurs poftes. En repafTant dans le Camp , il s'approcha d'une tente , où plufîeurs jeunes Soldats mangeant enfemble , fe plaignoicnt de ce qu'il leur avoit fait faire inutilement une fi pénible marche : un vieux Soldat qui avoit éti tellement eftropié dans l'action de Bruckhaufen -, qu'il ne pouvoit porter fes mains a fa bouche , leur répondit: » Vous ne connoifTez pas notre pere j il ne nous auroit pas » expofes à tant de fatigues , s'il n'avoit pas de grandes vues » que nous ne fçaurions pénétrer encore. Les jeunes Soldats changèrent aufïi-tôt de langage , & commencèrent à boire à la fanté de leur Général : le Vicomte avoua depuis qu'il juin, n'avoit jamais fenti de plaifîr plus vif Le quinze du mois, Turenne affiné que les ennemis n'avoient point pafle , marcha par de longs défilés dans les bois en tirant vers Bret- «en : il fit faire alte à midi près le village de Saint Lene, âc

reprenant fa marche à main gauche , il alla camper à Wïf- An. i 674, lock , petite ville gardée par deux cens hommes de l'Electeur Palatin , par quelques milices & par un grand nombre de payfâns qui s'y croient retirés : le Vicomte pcrfuadé qu'il rencontreroit les ennemis le lendemain , ne voulue point attaquer la Place , & jugea plus a propos de lâiflfer repofer fes troupes pendant la nuit j elles avoient fait près de trente lieues en quatre jours, pour venir d'Hochfcld à Wiflock , où le Vicomte avoit crû qu'il rencontreroit fûrement les ennemis ; en effet , il ne fc trompa point.

Le lendemain à la pointe du jour, il continua fa route sinmîonde vers Epinghen v après quatre ou cinq heures de marche, fol^Te* comme il eût pane le village d'Hofïen , il commença à" dé- impériaux, couvrir les ennemis entre huit à neuf heures du matin fur 1 *' dc J1""* une hauteur au-delà de Sintzhem , petite ville du Palarinat, à. une égale diftance de Philisbourg fur le Rhin , & d'Hail» bron fur le Nekre 9 elle eft fîtuée fur les bords de la rivière d'Elfatz, qui arrofe à droite & à gauche une longue prairie , commandée par une montagne dont la pente eft fort roide vers le bas , & devient très-douce vers le haut -, le fommet eft une plaine fermée par derrière d'un grand bois,. & alfez fpacieufe pour contenir une armée en bataille : celle du Duc de Lorraine & du Comte Caprara écoit de quatre raille chevaux , tous Cuiramers de l'Empereur , de mille chevaux Saxons, de deux mille chevaux Lorrains, & de deux mille Fantaflins , faifant enfemble plus de neuf mille hommes. Ils s'emparèrent d'abord d'une vieille Abbaye for-

,ot HISTOIRE DU VICOMTE.

>Ân. i 6 74 tifice en forme de Château , & lîtuée entre la ville & la montagne ; ils jetterent en fuite le Régiment de Streing avec quatre cens Dragons dans la ville , dont les murailles avoient été réparées depuis peu , & rangèrent enfin leur armée au haut de la montagne fur deux lignes , dont le Duc de Lorrainecommandoit la première , & le Comte Caprara la féconde : ils avoient ainfi derrière eux un grand bois i leur droite étoit aflurée par le Château & par la ville i leur gauche fermée par une chaîne de montagnes efearpées , qui s ctendoient fort loin du côté d'Hailbron i & devant eux la rivière d'Elfatz formoit comme un double fofTé , qu'il falloit paiïèr avant que d'arriver à la ville ou à la montagne. Enuméra- L'armée Françoife étoit compofée de cinq mille chevaux tion des trou- Je quatre bataillons de Douglas , de du Pleifis , de la comte", & Ferté &c de Picardie , qui faifoient plus de deux mille hom-

fwmomcr * mes ' ^c <liunze cens Fantaflîns détachés des Régimens de Champagne , de Turenne , de Languedoc , de Bourgogne, d'Hamilton & de Monmouthi de quatre cens Dragons de la Reine , & de la Compagnie franche des Dragons de du Fay. Les deux années étoient à peu près égales en nombre, avec cetec différence que la Françoife avoit plus d'Infanterie , & l'Allemande plus de Cavalerie i mais les Impériaux étoient portés d'une manière bien plus avantageufe. Le Vicomte étant entré par la plaine de Sintzhem , ne pouvoiç attaquer qu'en traverfant les deux branches de la rivierç d'Elfatz , où il n'y avoit point de ponts , & en s'empajanp 4es avenues de Sintzhem, (jui étoient pleines de jardins,

<3ins,de hayes & de marécages, & garnies de moufquetai- An. 1674res : il falloit enfuice s'emparer de la Ville & du Château , gagner par un défilé fort étroit fur la pente de la montagne un terrain triangulaire , où l'on pouvoit à peine ranger fept ou huit efcadrons de front : ce terrain s'élargiflbit peu à peu en montant vers les ennemis ; mais il étoit dangereux & difficile d'aller former des lignes fi près d'eux : outre les avantages du pofte , les troupes de Caprara étoient fraîches , fortoient de bons quartiers , & avoient marché à petites journées d'Hockenum à Sintzhem : au contraire, celles du Vicomte fatiguées durant tout l'hiver , venoicnt de faire près de trente lieuës en quatre jours. Si les François étoient battus , la retraite devenoit difficile & périlleufe dans un pays ennemi couvert de bois , & plein de payfans armés i la perte d'un combat à l'entrée de la Campagne deshonoroit le Général , & décourageoit les Soldats. Le Vicomte vit dans un inftant tous ces obftacles & tous ces dangers ; mais il fentit d'un autre côté combien il rifquoit de donner au Duc de Bournonville le tems de joindre les ennemis , & combien il feroit glorieux d'ouvrir la Campagne par une victoire remportée fur les plus braves troupes de l'Empereur , campées dans un pofte fi avantageux : ces confédérations le déterminèrent à livrer une bataille.

Toute la Cavalerie de fon avant-garde étoit déjà dans la priTc je h plaine i l'Infanterie achevoit d'arriver , & fix pièces de ca- JlI* & du non qui faifoient toute fon artillerie , tiroient de tems en

tems quelques volées par deffus le vallon", lorfque les efea- Tome IL B

An. i 674 drons ennemis venoient reconnoître. Toute l'armée étant paflee , le Vicomte détacha d'abord Tes Dragons , qui mirent pied à terre , avec de l'Infanterie foutenue par les Grenadiers de la Ferté , & cinquante Fufeliers de chaque bataillon , pour attaquer les avenues de Sintzhem. Scfan > Major Général de l'armée , & le Chevalier d'Hocquincourt- à la tete des Dragons , chaflerent les ennemis des bords de la rivière , les délogèrent des vignes , des jardins & du fauxbourg, & efluyercnt à découvert le feu des murailles , mais en moins d'une heure ils fe trouvèrent fur le bord du fofle, 6c maîtres de tous les environs de la Place : les ennemis s'y jetterent à mefure qu'on les pouflbit , & fe retranchèrent derrière les portes barricadées de tonneaux pleins de terre & de poutres dont ils a voient fait des traverfes. Les Dragons commandés par le Chevalier d'Hocquincourt , ayant trouvé le pont rompu , fe jetterent à l'eau pour paflèr le fofle r l'attaque dura plus d'une heure & demie ; on enfonça une des portes de la ville ; on y fit quatre cens prùonniers, êc le refte fut tué ou diflîpé. La vigueur de cette action épouvanta ceux qui occupoient le Château vils abandonnèrent leur pofter& s'enfuirent : le Duc de Lorraine y envoya promptement un Régiment d'Infanterie y mais un détachement de Champagne s'en étoit déjà emparé , & celui qui s'avançoit à la téce des ennemis ayant été tué à la première décharge , les autres prirent la fuite. Le Vicomte lc Vicomte s'étant ainfi rendu maître de la Ville & du

nui cl e vers

la montage Château , y mit de l'Infanterie > chafla d'abord les ennemis

des vignes & des hayes des environs , les délogea enfuice de An. 1 674

toutes les hauteurs qui croient entre le Château & l'armée "°lcn.c

1 les ennemis.

Impériale , s'empara des deux côtés du défile , & les borda de moufquetaires > il fit avancer enfuite toute Ton armée , qui traverfa les deux branches de la rivière , & pafla le défilé fans aucun obftacle > il la fit mettre en bataille à mefure qu'elle arrivoit , dans le terrain triangulaire ferré à droite par un clos de vignes , ôc à gauche par une longue haye : il avoit déjà fait jetter dans la vigne par un rideau qui regnoit le long du pied de la montagne , les trois bataillons de du Pleffis, de Douglas & de la Ferté , & en fortant du défilé , le bataillon de Picardie s'étoit pofté derrière la grande haye. Il donna le commandement de l'aîle droite au Marquis de S. Abre , Lieutenant-Général , qui avoit fous lui Beauvefé pour Commandant de la Cavalerie , les Comtes de Maulevrier & de Roye pour Maréchaux de Camp , Mylord Douglas , le Chevalier du Pleins & du Piloy pour Brigadiers , aufquels fe joignit le Chevalier de Bouillon en qualité de Volontaire. Foucault , Lieutenant-Général , qui devoit fe mettre à la tête de l'aîle gauche, eut fous lui pour Maréchaux de Camp les Comtes d'Auvergne & de la Marck , & pour Brigadiers Mylord Hamilton , le Chevalier d'Humieres & Coulange. Le commandement du Corps de réferve fut donné au Marquis de Renty : le Vicomte devoit fe mettre lui-même au centre , & avoit pour Aides de Camp le Marquis d'Harcourt , depuis Maréchal de France, le Marquis de Ruvigny, depuis Mylord

B ij

5°* HISTOIRE DU VICOMTE An j6 Galloway , le Chevalier de Sillery , & Silly Guénegauéf. Combat de Le Vicomte rangea (à Cavalerie fur plufieurs lignes, avec Simzhem. jes pelotons d'Infanterie entre les efeadrons : à peine avoitil formé fa troificme ligne , que S. Abre qui étoit à la tête de la première , s'avança par une ardeur indifcrete en débordant la longue haye fie la vigne , & découvrit ainfi fes flancs : les ennemis s étant apperçus de cette imprudence, tombèrent fur lui , l'enveloppèrent , l'enfoncèrent & le culbutèrent i mais le Vicomte arriva dans le moment , & repara ce nouveau défordre : les divers pelotons d'Infanterie placés entre les efeadrons , firent un terrible feu fur les Cuiramers de l'Empereur , 6c les arrêtèrent : la poufUcre qui s'étoir élevée les ayant empêché de voir la confufîon où ils avoient mis la première ligne commandée par S. Abre , ils reculèrent pour fe mettre en bataille. Le Vicomte profita de ce moment pour étendre fes lignes fur le même front que celui des ennemis , de forte qu'il fe trouva jufqu'à dixhuit efeadrons a fa première ligne , où il n'y en avoir eu d'abord que huit : il s'avança alors vers les ennemis avec fa Cavalerie au centre , & l'Infanterie fur les deux ailes , qui fortirent de la haye a gauche & de la vigne à droite > il marcha vers eux , & le combat devint terrible : il n'y eut point d'efeadron qui ne chargeât plufieurs fois > les étendarts & les drapeaux furent pris & repris des deux côtés :1a poulEere étoit fi grande, qu'on ne fe voyoit prefque points les amis & les ennemis fe mêlèrent quelquefois fans fe connoître, & £àns pouvoir rejoindre leur Corps > kconfuûon

augmenta le carnage. Le Vicomte ne fe contentoit pas d'al- An. 1 674; 1er parmi les rangs encourager les Soldats de la voix & du gefte , il les anima par fon exemple , donna par tout fes ordres avec tranquillité , fe mêla avec les Impériaux , & fut plus d'une demie heure au milieu des Cuirafliers de l'Empereur: les ennemis fe rallièrent plusieurs fôis>mais ils furent toujours rompus & repouûes. Le Duc de Lorraine & le Comte Caprara voyant le terrain que l'armée Françoife avoit gagné, jugèrent à propos de retirer , & firent reculer la fe» conde ligne vers le bois , pendant que la première foûtenoit le choc des François : enfin l'ardeur du combat s'étant ralentie de part & d'autre , les ennemis profitèrent de l'épaiûeur de la poufliere , firent faire un mouvement à leur gauche pour s'approcher du bois, & (k jetterent dans le dé» filé .qui le traverfoir : quelques efeadrons firent ferme â l'ar- . riere- garde , pour couvrir leur retraite i mais après une charge aûez légère ils fuivirent bientôt les autres , êc difparurent dans un inftant. Le Vicomte ayant fait reconnoîrre les bords du bois ,pouflà les Impériaux quelque tems lui-même a la tête d'un Corps de Cavalerie : comme ils fe partagecenc en plcfîeurs chemins dans un pays couvert & inégal que fon infanterie étoit fatiguée d'un long combat après une marche pénible , il fe contenta de détacher le Marquis de Renty avec .quatre cens chevaux à la pourfoite des fuyards, & revint au champ de bataille , où il trouva fes troupes dam le même ordre que fi elles n'avoient pas combattu. Les Officiers principaux , les Colonels & plufieurs autres

5o8 HISTOIRE DU VICOMTE An. 1674. allèrent à lui , pour le féliciter fur le fuccès qu'ils reconnoiflbient n'être dû qu'à la prudence de fa manœuvre : il leur répondit , qiïavec des gens comme e*x on drvoit être hardi à attaquer , parctquon étott filr de vaincre. Pourfuùe Le Marquis de Renty fuivit de près les ennemis jufqu'à f vccïedS Hailbron , où il fçut qu'ils avoient pafTé , en plufieurs Corps des bl°a'% & ^Par" > ^vers gu^s entre cette ville & Wimpfen : leur bagage avoit marché dès le matin , Ôc une partie de leurs troupes avoit enfilé la même route avant la fin du combat ; d'autres prirent le chemin d'Heidelberg , de forte qu'on ne les put joindre. Leur retraite fe fit avec tant de frayeur , que plufieurs ne fe croyant pas en fûretc après avoir pafle le Nekre , firent encore plus de feize lieues par delà, & ne s'arrêtèrent qu'à Francfort. La bataille avec les actions qui la précédèrent , dura près de quatre heures : les François y perdirent Coulanges & Rochefort , deux Meftres de Camp, près de cent quatre- vingt Officiers fubalternes , & environ onze cens Soldats : le Marquis de S. Abre , le Chevalier de Sillery & Beauvefé y furent biefles à mort > le Chevalier de Bouillon , le Comte de la MarcK , les Marquis d'Aubeterre & de la Salle , & la plus grande partie des Officiers fubalternes y furent auifi biefles. Il demeura du côté des ennemis près de deux mille morts y on fit cinq ou fîx cens prijÇbnniers \ on prit plufieurs étendarts & timbales , & quarante chariots chargés de bagage. Après le combat , le Vicomte ayant rafTemblé fa Cavalerie , pafla le bois avec toute £bn armée, 8c campa la nuit auprès de "Weïbftat , petite.

ville de l'Evêché de Spire , où l'on trouva abondamment An 1674. de quoi fe rafraîchir des fatigues qu'on avoit fouflfertes. Le lendemain on revint camper à Sintzhem , dans un vallon le long du ruiffeau, où l'on eut le loifir d'examiner le champ de bataille , & de reconnoître beaucoup mieux que dans le combat même , combien la fituation des ennemis avoit été avantageufe , la difficulté d'aller à eux , & le détail d'une action exécutée avec tant d'intelligence & de valeur.

Les ennemis ayant été chafTés au-delà du Nekre, le Vi- Mar«he*& comte crut devoir repafler le Rhin , pour obferver les dé- ches'du vimarches qu'ils pourroient faire du côté de la France, Ôc comte endepour faire fubfifter en même-tems l'armée dans les endroits duRELa.^ * les plus abondans du Palatinat : il envoya d'abord quelque Cavalerie piller WiflocK , palTa à Mingelsheim , où l'armée demeura deux jours , traverfa le Rhin à Phililbourg , où il laifla les quatre bataillons qu'il y avoit pris , & alla camper à Lachen , grand village dans une plaine très-fertile , à une lieue & demie de la ville de Neuftadt , qui fournit des vivres & du vin en abondance. Ce fut là que l'armée reçut un renfort de feize bataillons , de Cix mille chevaux en quatre Brigades , des deux Régimens de Dragons du Roi Ôc de la Reine, & qu'elle fe trouva monter à feize mille hommes. Le Vicomte pendant fon féjour à Lachen , détacha pludeurs partis en deçà & au-delà du Rhin , pour avoir des nouvelles des ennemis , alla reconnoître des partages dans les montagnes , répandit le bruit de diverfes erw treprifes > & le tioiûemc de Juillet après une fauITe marche

An. 1674. vers Kcyferloutre , de l'autre côté de la montagne, il fit avancer l'armée droit à PhiUlbourg , y pafla le Rhin de nouveau , reprit les quatre bataillons avec vingt pontons , & alla le même jour camper à Hocuenum. Le lendemain il continua fa marche vers le Nexre , & laiflant à droite Heidelberg , qui le falua de quelques volées de canon , il arriva a onze heures du matin au village de Weiblingen fur le Neicre , à une lieue & demie de Ladembourg. Le Duc de Après la déroute de Sintzhem, les Impériaux s'étant raf-

Bournonvil- fembles à Heidelbere , marchèrent du côté de Worms -, ils

lejointleDuc rr \ > 1 . r\> t .

de Lorraine avoient grolu leur armée par la jonction des troupes du CapuS"1" Duc ^e Bournonville. Tous enfemble au nombre de treize ou quatorze mille hommes , étoient venus fe porter fur le Neicre i la ville de Ladembourg à leur gauche , & celle de Manheimaleur droite. Campés depuis cinq jours fur ce fleuve , ils avoient fait des retranchemens au gué de Ladembourg , drefle des batteries , & pris toutes les précautions néceflaires pour s'oppofer au paflage des François, Pendant que le Vicomte étoit à Weiblingen , on vint donner la nuit une faufTè allarme : il monta à cheval , alla luimême à la tece du Camp , & rafliira les Soldats par ces paroles : Quoi , mes en/ans , vous craigne^, oit je fuis > Le lendemain il fît paner quelques efeadrons au-delà du fleuve, envoya des partis pour obferver le Camp des ennemis , & fut inftruit de leurs forces & de leur lîtuation par quelques Cavaliers qu'on enleva. Les Ducs de Lorraine & de Bournonville étonnés de fa hardiefle, ne balancèrent point à fe

retirer,

DE TURENNE, LIVRE VI. $n .retirer , fàns vouloir s'oppofer à fon paflàge : ils renvoyé- An. 1674, *ent d'abord les troupes Palatines , pour fe pofler à Manheim , firent partir enfuite leur bagage & leur Infanterie \ & ayant décampé à l'entrée de la nuit avec le refte de l'armée , ils enfilèrent le grand chemin , appelle Bergliras , qui mené à Francfort. Comme la ville de Ladembourg & les défilés empêchoient le Vicomte de reconnoî* tre leurs mouvemens,il n'apprit leur retraite que deux heures après : aufli-tôt il détacha le Comte de Roye avec quatorze cens chevaux & fix cens Dragons pour les fuivre : Roye marcha jufqu'à neuf heures du matin, & s'arrêta près de Zuingenberg. Du Repaire qu'il avoit envoyé devant lui avec deux cens chevaux, ayant pafle un défilé, traverfa une grande plaine, & apperçut derrière une éminence qui la terminoit , une garde de foixante Cavaliers ennemis qui lâchèrent pied à fon approche ; du Repaire les pouflà , arriva fur le haut d'une autre colline , •& vit toute l'arrieregarde des ennemis , qui avoit fait alte'pour repaître : il fût chargé à l'inftant par- trois ou quatre cens chevaux, qui l'obligèrent à reculer i mais le Comte de Roye ayant envoyé un détachement pour le foûtenir , la Cavalerie Impériale fè retira avec autant de vîtefTe qu'elle étoit venue: chacun des deux partis y lai/Ta douze ou quinze morts , & les ïrançois y prir-ent un Lieutenant. Du Repaire rejoignit le Comte de Roye, qui ne jugeant pas à propos de pafler le défilé pour s'engager dans un combat inégal , fi loin de l'armée , vint

retrouver le Vicomte, Les divers partis qu'on avoit déta» Tome IL " C

5it HISTOIRE DU VICOMTE

An. i 674. cnés pour obferver les mouvemens des ennemis, rapportes.

rent que l'armée Impériale avoic pafle le Mein à gué avec précipitation , & que la plus grande partie de l'Infanterie ne pouvant fuivrc , s'ctoit débandée dans les bois & dans les montagnes qui régnent le long du chemin. 9. Juillet. Le neuvième de Juillet , l'armée Francoife vint camper à réciproqut Gros-Saxen , à une lieuë de Ladembourg , où le Maréchal de Jes^lubitans Turenne, devenu maître du Palatinat par la retraite des Im- & <fês Àn- périaux , fit vivre fes troupes à difcretion i elles confumerent

n-'ée Fcàn!!" un mo*s ^CS f°urages & les moulons du pays , de manière §oUK qu'il eût été impofllble aux ennemis d'y fubfifter. La plupart des payfans abandonnèrent leurs maiions & fortirent du pays i mais pour fe venger des malheurs de la guerre > ils exercèrent auparavant toute forte de cruautés fur les. Soldats de l'armée Françoife qu'ils purent furprendre > ils. en brûlèrent quelques-uns à petit feu , en pendirent d'autres la tête en bas , & les laiûerent mourir ainfî : ils arrachèrent le cœur & les entrailles à d'autres , leur crevèrent les yeux , & après les avoir mutilés de diverfes manières » les expoferent fur les grands chemins. L'armée Françoife eut ce fpe&acle en plufîeurs endroits de fa marche. Les An. glois irrités de cette inhumanité, fe livrèrent à leur relTentiment , allèrent comme des furieux le flambeau à la main brûlèrent quantité de bourgs & de villages , & même quelques petites villes : leur vengeance fut fi prompte , que les Officiers ne purent les retenir i Ôc fans les menaces & les ordres de Turenne > qui arrêta leur fureur A ils auroicnt fàc-

cage tout le pays : il fit un châtiment exemplaire de ceux An. 1674. «qui avoient commencé l'incendie, quoiqu'ils fiaient les plus •braves Soldats de Ton armée. Il ne put les condamner à mort (ans Te faire une extrême violence » mais comme il s'agifToit de maintenir la difcipline , il fit céder la clémence à la feverité.

Louis , Electeur Palatin , neveu à la mode de Bretagne , L"Ele£eut •du Vicomte , réduit au défefpoir par la défolation de fes yoye'un lp" Etats , lui envoya un Trompette , avec la lettre fuivante : ?£m™ vu

et 17. Juillet 1 6 74.

» L'embrafement de mes bourgs & villages , qu'une let- Lettre de cet

»> tre d'un de vos domeftiques , aufli-bien que d'autres avis, vicomte. aU

» donnent fujet de croire avoir été fait par vos ordres , efi;

*» une chofe fi extraordinaire & fi indigne d'une perfonne

» de votre qualité , que je fuis en peine d'en imaginer les

» raifons : tout le monde s'étonne d'autant plus de cette

» manière d'agir , que vous n'en avez pas ufé de même avant

» votre converfion , en diverfes Campagnes que vous avez

» faites en ce pays , contre des ennemis qui n'étoient pas

» vos parens : pour moi, quoique je n'en dufle pas moins

•» attendre , après les défordres qui s'y commettoient par

» les troupes que vous commandiez l'année panée, lorfque

» vous le traverlates en qualité d'ami, je ne laifle pas detre

» furpris d'un procédé fi peu conforme aux loix de la guer-

m re parmi les Chrétiens, & aux affurances que vous m'avez

» tant de fois données de votre amitié : il me femble qu'à

• toute rigueur , on ne met le feu qu'aux lieux qui refînent

C ij

5i4 HISTOIRE DU VICOMTE

fc*. 1674. „ des contributions , & vous fçavez que vous n'en aver » point demandé à ceux que vous avez fait réduire en cen- »> dre. Plufieurs de vos prifonniers m'ont affiiré que vous » le faifiez pour vous vanger de mes payfans , qu'on difoic o> avoir mutilé les corps morts de vos Soldats qu'on y a » trouvés ; mais comme on n'a point oui dire que mes pay- » £ms eufTent commis ci-devant de pareilles barbaries , il y » a plus d'apparence qu'elles ont été faites par les prifon- » niers que vous avez amenés des Evêchés de Straibourgôc » de Spire , qui peut-être ont été bien aifes de vous four- » nir ce prétexte de vengeance. Mais quand même ce fe- » roient de mes fujets , je ne feaurois croire que l'inhuma- » nité de quelques particuliers , laquelle j'aurois févéremenc » punie , fi j'en avois connu les auteurs , vous dût obliger » à ruiner tant de familles innocentes , & confumer juf- » qu'aux Eglifes même de votre religion. Des actions fi con- » traircs à l'accroiflfement que vous prétendez avoir fait en a» la pratique du Chriftianifme par votre converfion , me. » font croire que tout cela provient de quelque chagrin ou » dépit que vous avez contre moi i mais il vous eût été fà- » cile d'en tirer raifon par des voyes plusufitées entre des » gens d'honneur. Je penfe que pendant que vous n'atten- ». tez rien que fur des miférables , le Roi Très-Chrétien vous. » permettra bien le loifir de vous fatisfaire préfentement de » vous à moi , par un refTentiment plus généreux que celui » de la ruine de mes pauvres Sujets , & que vous ne manquerez pas dem'afligner par ce porteur le tems^le lieus

DE TURENNE, LIVRE VL $ï$ m&c la manière dont nous nous fermons pour nous fatis- ÂJTTï — » faire : ce n'eft pas par une humeur romanefque,ni pour la ' 7+* » vanité de pouvoir recevoir un refus que je vous fois cette de-

* mande ; mais un défir de vengeance que je dois à ma patrie, *.puifque je ne peux à préfent la faire à la tête d'une armée » pareille à celle que vous avez,& qu'aucune autre vengeance *>du Ciel fur vous ne me paroît pas fi. prompte que celle » que, vous pourrez recevoir de ma main : je me promets

* en «tte rencontre, que ce pays qui a fervi autre/bis d'-a- » zile à feu M. votre pere , mon grand oncle , en fa dif- » grâce que vous avez fi fouvent ruiné, fera le témoin «► de votre repentir , comme il l'a été de votre dureté &c de » vos excès. Signé , Charles Louis, Electeur Palatin...

Le Vicomte fit réponfe fur le champ , & par le même- Trompette.,

«J\ri reçu la lettre que V. A. E. m'a fait l'honneur de Réponfe

* m 'écrire ; je la peux aflîirer que le feu qui a été mis dans ^coane- » quelques-uns de fes villages , a été fans aucun ordre , &

» que des Soldats qui ont. trouvé de leurs camarades tués

* d'une affez étrange façon, l'ont fait à des heures qu'on- » n'a pu .l'empêcher. Quand V. A. E. voudra bien s'inftruirc- »»du fait , je ne doute pas qu'elle ne inc continue l'hon- » neur de fe& bonnes grâces , n'ayant rien fait qui pût m'en> » éloigner.

La modération & la fagefTe de cette réponfe , fit rentrer 4'Eledeur en lui-même: il approfondit le fait, le trouva teliue leVicomte i'avoit mandé,* rougit defon emportement, -

ji* HISTCMRE DU VICOMTE

An. 1674. Apres avoir confumé les fourages & tout ce qui pouvoir pawmeiïedu fQty'u aux ennemk dans cette partie du Palatinat qui eft à vicomte^ ^ la droite du Rhin , Turenne repafla le fleuve à Phiiilbourg Sats! M ° le vingt-huit de Juillet , & revint dans celle qui eft à la gauche pour en faire autant : il alla camper d'abord à Lachem, à une demie lieue de Neuftadt , & enfuite aux environs de Landau & de Weiflembourg , où il demeura plus d'un mois. Pendant ce féjour , la duTenterie s'étant mife dans fon armée , on reconnut jufqu'où alloit fa bonté pour le Soldat z le meilleur père ne fe donna jamais plus de mouvemens pour la guérifon de fes en&ns > il ne fe pafTa point de jour qu'il ne vifitât les malades; il les foulageoit de nouveau par fes libéralités , pourvoyoit a tous leurs befoins , & leur partait avec une noble familiarité. Dans ces occaûons, lorfque l'argent lui manquoit , pour ne pas refufer , il empruntoit du premier Officier qu'il rencontroit , en le priant de fe faire payer par fon Intendant : celui-ci foupçonnant que l'on exigeoit quelquefois plus que l'on n'avoit prêté à fon maître, lui repréfenta qu'il falloir à l'avenir donner des billets de ce qu'il empruntei oit : « Non , non , dit le Vicomte , » donnez tout ce qu'on vous demandera ; il n'eft pas poffi- » ble qu'un Officier aille vous redemander une fomme qu'il » n'a point prêtée., a moins qu'il ne foit dans un extrême » befoin , & dans ce cas , il eft jufte de l'affifter. Cette conduite remplillbit les Soldats d'amour & de vénération pour lui : quand il pafToit à la tête du Camp , ils fortoient de leurs .canonieres pour le voir , ôc on les emendoit dire les un*

aux autres : Notre per,fe porte bien , nous n'avons rien à craindre. An. 1674.

Cependant l'armée de l'Empereur qui était demeurée de- Les Confépuis un mois entre Mayence & Francfort , fut augmentée ^ par k jonction des troupes de Zell , de Wolfembuttel , de ' Saxe, de Heffe,de Munfter , de Cologne, de Trêves, de Lunebourg & de quelques Cercles de l'Empire. Le Duc de Bournonville , Chef des troupes Impériales , avoit fous lui le Prince Herman de Bade , Général de l'artillerie , & le Comte Caprara v le Duc de Lorraine commandoit fes propres troupes,ainfi que l'Electeur Palatin* &le Duc d'Holftein-Plocm menoit celles de Lunebourg. Ces fix Généraux ayant tenu un Confeil de guerre , réfolurent de forcer le pont de Mayence : ils le pafferent en effet ,. le premier de Septembre , marchèrent le long du Rhin en remontant , ôc vinrent camper entre Spire & Philifbourg , s'étendant depui* Duttenhoven jufqu'à Mechtersheim.

Auflî-tôt qu'on eut appris en France que les Impériaux Low» avoient paffé le Rhin avec une armée de trente-cinq mille blâT. h .

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