‹ Histoire du Vicomte de Turenne, Maréchal Général des Armées du RoyChapitre 37 sur 50 · II. LETTRE · texte numérisé non relu

II. LETTRE

MOnfieur le Duc d'Yorck eft ici deguifé , il y avoir beaucoup de bruît en Angleterre. On avoir pris les armes pour le Roi Charles dans la Province de Chefter , mais le Corps qui s'y étoit aflemblc a été entièrement défait par les Troupes du Parlement commandées par Lambert. J'culf: rendu à la Mai fon Royale de Smart un fervice fort conlldcrable fi l'affaire eut un peu dure , j'avois même fait quelques avances pour cela , dont vous venez les par-

<xij PREUVES.

tics ; fi je ne fuis rembourfé par la Cour , il ne faut pas parler de cela jœatif

cette défaite renvetfe pour le préfent toutes mes vues Remettez vous

un peu dans l'efprit toutes mes leçons & fuyez l'abattement , c'eft le plus dangereux de tous les maux. 11 faut tacher de fe changer dans le fond , & (e faire des f laifirs déftntéreflés du monde j à moins de cela îl faut le quitter, je fuis plus difficile aux perfonnes que j'aime qu'aux autres ; mais en faiiànc des réprimandes , je ne laiûc pas de bien voix mes défauts.

ACiitit tt io. ùtcmtrt x<f». —

///. LETTRE

T E vous dirai naïvement fur le Livre du Port-Royal que je viens de lire . j jefouferirai à l'Article dont je vous ai écrit. Quand on ne veut point fe préoccuper, on voit fouyent parles grands difcours que l'on fait contre les Catholiques qu'on cherche noife , Se penfant réformer on va bien lpin au-delà Âe la charité, U faut avoir extrêmement bonne opinion de foi pour ne paf <roire que l'éducation £c les difeours continuels ne nous tirent pas d'un côté, Se vous fçavcz le nom que l'on mérite quand on ne s'attache point l'efprit aux bonnes ràifons pour en juger, Se les comparer aux autres çbofes , mêlant nos f écherches avec de l'humilité & de la dévotion.

Pour vous montrer comme vous êtes bien informée : un Etranger qui eft .de notre Religion m'aflure qu'en beaucoup de lieux de la Grèce il y a des Couvents de mêmes Ordres qu'en France. Cet homme m'a nommé toutes les Villes ou ils font ; faites un peu de réflexion fur la penfée que vous avez jje ne vouloir pas croire un homme de notre Religion qui a bon fens , qui vient d'un Pays , Se que l'on interroge fans préoccupation.

Je viens de recevoir la Lettre de ma Soiur $c de la vôtre. Je vois fort trîçn que Madame d'Elbeuf a Je cepur bien blelTc. Vpus deux qui vous recriées tant qu'il y a de la peine à gagner l'efprir d'une jeune femme , en prenez vous les bons moyens ? Je vous répons que l'on éloigne les jeunes gens par la fécherelTe Se la feverité. L'habilité eft d'aUer à ce qui fait parvenir à fa fin, plus on pafTç pardclfus les petites cjaofcs qui fê rencontrent en chemin , ^lus pn çft capable. 11 faut que le jugement applique cette maxime à chaque fhoCe f 6c crçire tant les uns que Jes autres qu'en dévenant vieux on n'en e$ pas plus habiles , mais beaucoup plus grands raifonneurs. Je veux devant ^uç détourner cette page, vous dire qu'il me femblç que je dis cela un pc» f rop fechement ; je yous en /ais mes exeufo

PREUVES. xxïîj J'avois envoyé un Gentilhomme qui parle bon 'Anglois à Monde , pour Ravoir un peu fies fentimens en arrivant à Londres , il n'en a pas d'autres que de fuivre fes intérêts , tâcher d'avoir du bien Se s'oppofer à toute grandeur qui lui fèroit contraire. Ce Gentilhomme a examine l'état de la Religion dans ce pays , Se y a oui plufieurs prêches dans l'un defquels le Muiftre ayant pris fon Texte fur le paflage des Enfans d'ifraël dans le défert , dit quu «ommeDieu les y Voulût faire marcher quarante ans, quoiqu'il eut pu leur faire faire ce chemin en moins de tems -, ainfi il menoit fon peuple d'Angleterre par tant de traverlès , & leur promît qu'après toutes ces divilîons où ils font prefencemenc , le General Monclo les meneroii dans une Terre d'écoulante de laie & de miel. On voit par-là & par toutes les Sedes qui abondent en Angleterre, que par trop d'indépendance d'efprit , quoiqu'avec bon fens Se peut-être de la dévotion , on a fi fort défiguré la Religion , que chaque perfonne fait une Secte à là mode , Se que chaque perfonne qui lit la parole de Dieu & veut l'expliquer à- fa fantaifie , va bien plus loin que l'on ne penfe.- Vous fentez bien dans le fond de votre confeience que l'on tourne un peuplus les eiprits dans la jeunefîe du côté de la difpute , que de la vraye dévo. non j dont j'avoue que je m'acquitte très-mal , mais je vois alTez bien les motifs qui font agir les perfonnes;

A Amùnj et i». Fevritr if(o.

If. LETTRÉ.

ON m'a donné ici un Livre d'un nommé M. Martin , Miniftrë qui a changé de Religion , j'en ai lû peu de chofes , Se il me paroît de bon fèns. Je vous dirai franchement que beaucoup de Miniftres à qui j'ai parlé , me paroiflent pleins de préjugés , Se n'onr point cette naïveté qui perfuade , c'eft qu'ils ont accoutumé de voir des gens qui fe contentent de termes . Se ne fçavent pas que pour (atisfaire l'efprit il vaut beaucoup mieux avouer fôn tort que d'efquiver une raifon<- Nous voyons ici la plus belle amitié qu'il eft poflîble dans un nouveau mariage. Le Roi compte à tous momens les complaifances de fa femme , elle n'a pas la moindre penfée même fur ce qui regard le Roi fon pere , qu'elle ne vienne auflî-tôt la dire au Roi fon mari. Je fuis pefluadé que le mari Se la femme s'aiment fort.

J'ai été quelque-tems à entendre ce que vous vouliez me dire par un trait que vous tirez contre moi j je ne le mérite pas , Se dans une amitié comme

xxiv PREVUES.

la nôtre , les petites égratignures ne valent rien. Devant Dieu toutes chofes font criminelles , mais devant les hommes , je n'ai aflurément rien a me réprocher. Je fçai bien que m'aimant comme vous faites , vous ferez extrêmement affligée de ce que je fuis lî feniîble à vos reproches. Mais n'ayant Dieu merci pas befoin de remontrances , j'aime mieux m'en décharger un peu le cœur avec vous que de l'y garder trop , quand il eft queftion de chofes qui vous touchent de lî prés que la Religion. Je vous dis amplement mes penfées , & elles vous bleflent : cela a dire vrai me fait regarder le grand clugtin que vous avez , d'une autre façon que je ne ferois , lî je vous avois trouvée bien ingénue à reconnoître de certaines vérités , que je crois claires comme le jour. Il faut que chacun agifie fe'.on fa confeience , alors , ma Sœur , vous 8c moi ferons tout auflï bons amis qu'auparavant.

J'ai lû ce matin un Livre que je trouvai hier chez M. Dupleflis Secrétaire d'Etat , c'eft un Recueil en François fait au Port-Royal , de ce que les Pères des premiers fi ce les ont dit de l'Euchariftie ( i ) il y a les partages entiers avec les difeours qui les précèdent & ceux qui fuivent , & rien de l'Auteur du Livre ; lî cela n'eft pas vrai on peut le contredire , mais je vous allure que ce n'eft pas ce que nous difons ; je penfe que tous les difeours que je fais dans mes Lettres, m'ont attire un peu les reproches que vous me faites, mais rien ne peut altérer ma tendrefie pour vous. Je me fervirai néanmoins de vos remontrances , & je vous prie de croire que je fçai bien comme vous m'aimez , cela me touche beaucoup. Croyez auffi que ce qui eft naturel & qui regarde le mouvement des cfprits , je le vois très bien j pour ce qui eft au-delfus de nous , j'ai la foumiflion qu'il faut avoir quoique non pas encore au degré qu'elle doit être. J'ai penfé déchirer cette Lettre, mais la fin vous confirmera mon amitié toute entière,

TURENNE

A S. Jtan it Luzcexi.Juùt i66q, (i) La Perpétuité de la Foi.

LETTRE

LETTRE DU LANDGRAVE DE HESSE au Vicomce de Turcnnc.

.Monsieur,

Ces lignes ne ferviront que pour témoigner à Votre Alteflè , comme la nouvelle de cette fameufe levée du fiége d'Arras , dont l'heureux fuccès eft du principalement à votre courage & conduite , n'eft pas lîtôt venue jufques à moi que j'en ai conçu une joie d'autant plus parfaite, que vous connoilfez de longue main l'intérêt que je prens à ce qui vous touche , & particulièrement à la gloire que vous acquérez par vos belles aûions. Je prie Dieu , MonGeur , que les fuites qui les doivent couronner foienc également heureufes , & qu'elles continuent d'être aufli avantageufes pour le bien des affaires de votre Roi , que glorieufes à vous même & à tous ceux qui ont l'honneur de vous appartenir. Je me dis de ce nombre par la qualité ,

MONSIEUR

De Voue Altesse,

Le trcs-humble 8c trc's-afre&ionné Coufin fie Serviteur, Landgrave db Hesse.

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