‹ Histoire du Vicomte de Turenne, Maréchal Général des Armées du RoyChapitre 50 sur 50 · DU DUC D'YORCK; LIVRE IL · texte numérisé non relu

DU DUC D'YORCK; LIVRE IL

oefle de pouvoir même approcher de la rivière , le pays étant fort bas & « rempli de foflez ; & à moins d'y faire de nouveaux partages, il n'y avoitque ' 1 ie chemin de la Chauffée qui conduifoh au Pont de Haifne. Néanmoins dans un Confeil qui fe tint en préfence du Roi , où fe trouvèrent le Cardinal , M. de Turenne , les Maréchaux de la Ferté , de Villeroy , deGrammont & du Plertis , & où le Duc d'Yorck fut appelle , on fut fur le point de réfoudre de forcer le partage au Pont de Haifne ; le Cardinal ayant repréfenté combien il auroit été glorieux de l'exécuter , & d'avoir paffé la rivière à la barbe d'une armée formidable : mais le fentiment de M. de Turenne qui étoit contre cette entreprife , prévalut , foit par la complaifance qu'on eût pour lui , foit par la force de fes raifonnemens : II en fit voir les difficultez telles que les ennemis avoient un double avantage ; il dit qu'on pouvoit , à la vérité, les forcer , mais qu'on y perdrait trop de monde j que cette confideration n'étoit pas la feule qui I'obligeoit à diffuader cette entreprife j qu'il croyohr qu'on pouvoit l'exécuter fans hazarder la vie de tant de foldats, en partant l'Efcaut un peu au-deflbus de Bouchain j qu'on latflcroit Valenciennes fur la droite j qu'on marcherait à Condé où on paderoit l'Efcaut une féconde fois ; qu'ainfi on prendrait les ennemis en flanc, & que les grands retranchemens des Efpagnols deviendraient inutiles. Ces raifons aufquelles il en ajouta beaucoup d'autres, ramenèrent le Cardinal & tous les autres du Confeil à fon opinion : on marcha aufli-tôt de Bavai à Bouchain , & fur l'avis qu'en eurent les ennemis , ils marchèrent en même-tems vers Valenciennes.

Le treize fur l'apres midi , l'armée arriva à Neuville fur l'Efcaut : le même jour les ennemis pafferent la tivierc à Valenciennes , & fe portèrent fort avantageufement , ayant leur droite couverte des bois de S. Amand , & la ville fur leur gauche : ils avoient devant eux une vieille ligne fur le mont Azin , qui s'étendoit de la ville jufqu'aux bois ; & au lieu de difputer le partage de la rivière , ils travaillèrent à réparer cette ligne qui fe trouva le lendemain en bon état de défenfe. Cependant l'armée de France paflà la rivière fur un pont de bateaux, & le quatorze au matin marcha aux ennemis , après avoir Iaiffé des troupes avec les bagages pour les aflurer contre Jes courfes de la garnifon de Bouchain; mais toutes ces peines furent inutiles.

Le Duc d'Yorck a feu depuis de quelques Officiers qui étoient alors dans l'armée Efpagnole , qu'ils s'etoient propofé de défendre ce porte , que le Prince de Condé s'oppofa à la réfolution qu'on avoit prife d'y marcher , à moins qu'on n'eût dertein de le foutenir , quand on y ferait arrivé ; qu'il dit nettement aux Efpagnols qu il ne bougerait point , s'ils ne lui permet-

tvj MEMOIRES

toient de prendre ce parti ; qu'ils lui en donnèrent tontes les affûtante*

J J ' qu'il pouvoh fouhaiter j qu'il leur prédit qu'immanquablement les François marcheraient à eux , quand ils feroient dans ce polie- là $ ôc qu'alors il ferait trop tard de ranger à la retraite , puifque par- là on expoferoit l'armée à une défaite entière : les Efpagnols ne lailTerent pas d'influer toujour» & promirent de défendre le pofle. On les y trouva en effet j les partis informèrent de la manière de leur campement! on marcha à eux aufli-tôt que l'armée fut mife en bataille, & étant arrivés à une Lieue de leurs retranche mens > on fit alte pour attendre le canon & les munitions qui fui voient derrière Cependant M. de Turenne marcha avec un escadron ou deux pour re- «onnoître leurs lignes , & en approcha à la portée du canon. Les ennemis, tirèrent fur lui leurs plus greffes pièces , ce qui le confirma dans l'opinion, qu'il avoit qu'ils vouloient défendre ce pofle : il ordonna à M. de Caflelnau de marcher avec fon Camp-volant compofe d'environ douze efeadrons & de deux ou trois bataillons , & de fe pofler fur la droite des ennemis dans le grand chemin de S. Amand , pour tâcher de les attaquer en flanc lors qu'on les attaquerait de front. A peine M. de Caflelnau fut-il arrivé dans l'endroit qu'on lui avoit marqué , qu'il s'apperçut que les ennemis fe retiraient vers Condé i & fur ce qu'il en fit avertir M. de Turenne , il eut ordre de donner fur leur arriere-garde pour retarder leur marche , s'il étoit poflible , afin qu'il eut le tems de venir lui-même avec le Corps d'armée» On ne fçut que les ennemis fe retiraient que par l'avis que M. de Caflelnau en donna , pareeque le terrain qui eft entre les deux armées étant une hauteur fur laquelle ils avoient élevé leurs lignes, on ne pouvoh voir que les troupes qu'As vouloient bien montrer.

Il eft probable qu'auflï-tôt que l'Archiduc & le Comte de Fuenfaldagne fçùrent que les François avoient patte la rivière & qu'ils marchoient à eux ,. ils fe repentirent de s'être engagés fi avant. Quoiqu'il en foh , ils refoiurent de retourner à Condé & d'y pafler la rivière : ils prirent ce parti fans consulter le Prince de Condé , & le premier avis qu'il en eût , fut par un Adjudant qui vint lui dire que l'Archiduc fe retirait ; qu'il le prioit de prendre loin de l'arriere-garde & de couvrir la retraite , quoique ce fut le tour des. Efpagnols de la foutenir; & pour avoir moins d'embarras , ils firent entrer leur gros canon dans Valenciennes , & ne menèrent avec eux que de petite», pièces de campagne.

Si M. de Caflelnau eût fait fon devoir , comme il le pouvoh, en fuh/ant tes ordres, le Prince de Condé aurait été réduit à de grandes exuémité»;.

DU DZTC D'YORCK, LIVRE IL ori\

fl eft vrai qu'il ne manqua point du côté du courage Se que ce ne fut que ^ dans la conduite. II marchait promptement, qu'étant arrivé au pont de ' *'* Beverage, où un ruifleau qui vient des bois tombe dans l'Efcaut de l'autre côté de Valenciennes , & où M. de Marûn étoît poflé avec quelques efcadrons & des Dragons , il n'attendit point fon Infanterie ; mais s'efforça avec fa Cavalerie feule de forcer le pafTage. II attaqua le pont deux ou trois fois , & ayant été repoufTé avec quelque perte , il fe trouva contraint d'attendre Ton Infanterie qui n'avoh pu venir afler à tems, à caufe que la Ca^ valerie avoit occupe le chemin devant elle. Quand les ennemis virent approcher fon Infanterie , ils fe retirèrent & le lahTerent maître du pont qu'il jjafla. M. de Turenne arriva dans le même tems avec fon avant-garde à Parrierc-garde de M. de Caflelnau , auquel il envoya pluCeurs ordres réitérés de preflèr les ennemis pour arrêter leur marche autant qu'il feroh po **ble pour les joindre : mais de Caflelnau felaifla amufer par quelques Officiera du Prince de Condé , qui étant à la queue de leurs troupes & le voyant avancer à la tête des fiennes , demandèrent à lui parler fur parole : à quoi ayant confenti , pareeque c'étoient de fes anciennes connoiflances , il ordonna à fes troupes de faire halte pour quelque tems , & pendant qu'ils fe complimentcrent.le Prince de Condé hâta fes troupes de pafler,&de Cafldnau fut pris pour dupe : un homme qui ctoit reflé fur le haut d'un petit coteau ayant fait ligne à ces Officiers , ils prirent congé du Lieutenant-Général & galopperent après leurs troupes. Cette civilité hors de faifon donna le tems aux ennemis de pafler la rivière avant qu'on put les joindre. M. de Turenne arriva quelque tems après à l'endroit où M. de Caflelnau avofc range fes troupes à ia portée du canon de la rivière , au-delà de laquelle il vit l'armée ennemie en bataille proche de Condé. M. de Caflelnau lui fie un récit de ce qui s'etoit pafle , & ajouta que le dernier efeadron des ennemis avoit été obligé de parler la rivière à la nage pour fe fauver : cette meprife caufa quelque aigreur entre M. le Prince Se M. de Turenne par ira accident qui arriva quelques jours après.

Les ennemis rompirent les ponts après avoir pafle la rivière , Se marchèrent , autant qu'on peut s'en fouvenir , I'après midi du même jour ver« Tournai. L'armée de France campa celte nuit-là à Frane près de Condé, & le lendemain on travailla à conflruire des ponts une lieue au-dellbus de la ville , pour l'attaquer auflî-tôt qu'ils feroient achevés. On réfolut d'abord queies troupes que commandoient MM. de Caflelnau Se cfUirelIes feroient feules employées à ce fiége , pendant que les deux Maréchaux avec !«'

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Ah. 1655

cviij MEMOIRES refle de Parmée le couvriroient & feroient tête aux ennemis. On commença suivant ce projet à faire les approches } mais la première nuit on trouva tant de réfiflance , la grande quantité de monde qu'il y avoit dans la Place fuppléant à fa foibleffe , que les deux Maréchaux étant avertis qu'il y avoit trop d'ouvrage pour fi peu de troupes , vinrent eux-mêmes pour pouffér tine des attaques , laiffant l'autre à la conduite de MM. de CaAclnau & d'Uxelles.

Les affiégés avoient brûlé les maifons d'un peiit fauxbourg qui étoient devant la porte : mais n'ayant point eu le tems d'en abattre les murailles f eHes fervirent d'un abri fort favorable pour ouvrir la tranchée à un peu plus de demi-portée de moufquet de la Place. Un bataillon des Gardes la monta la première nuit j il étoit commandé par Vautoumeux , le plus ancien Capitaine des dix Compagnies : & à l'attaque du Lieutenant-Génc* ral monta le Régiment de •

La nuit fuivante un bataillon Suiffe monta la tranchée à une attaque St Je Régiment de .... à l'autre- On pouffa les travaux des deux côtés jufqu'à la portée du pillolet de la ville , & on perdit au moins autant de monde cette nuit-là que la précédente. La fuivante , un autre bataillon des Gardes releva les Suiffes à l'attaque des Maréchaux , & à celle des Lieutenans-Géneraux le Régiment de .... On fit une faute à la première qui caufa la perte de bien du monde. M. de la Ferté étoit de jour, & allant fur le foir à la tranchée pour y voir l'état des chofes , il crut qu'on étok affez proche pour faire un logement au pied des paliffades , qu'il jugea , auffi-bien que tous les autres Officiers , être en-deçà du foffé fur le bord. Il ordonna qu'on s'y logeât ; on fe mit en devoir de le faire dès qu'il fut nuit i mais on arriva au foflë fans y trouver de paliffades , & on reconnut qu'elles étoient fur la. berine : on ne laiffa pas de paffer le foffé qui n'étoit ni profond ni large : on s'efforça de fe loger fur la berme au pied des paliffades : on y trouva beaucoup de réfillancc j & après avoir perdu beaucoup de foldats & d'Officiers , il fallut fe retirer & fe contenter de faire un logement fur le bord du foffé. II ne faut pas s'étonner de cette méprife , le foffé étant étroit & les paliffades étant ordinairement pofées le long de la banquette du chemin-couvert : on crut qu'elles y étoient ; & il eut été très-difficile avec les meilleurs yeux du monde , de juger à une certaine dillance l'endroit précifément où elles étoient plantées. Le Comte de Henning, Gouverneur de la Place , demanda le lendemain à capituler, & or» convint qu'il fortiroit le jourfuivant avec armes & bagages. Ainfi.iIc.Ya7

DU DUC VYORCK, LIVRE II. cix

cru la Place le dix-neuf avec environ deux mille hommes d'Infanterie -

& quelque Cavalerie. An- 1 6>*

Pendant ce ficge , M. de Buffi-Rabutin , Mettre de Camp, fut envoyé eTcorter les fourageurs avec fept ou huit efeadrons : il les pofla de l'autre côté de l'Efcaut devant les villages où on fourageoit. Sur le foir, quand on eut pfcfque fini, & que la plupart des fourageurs étoient retournés au Camp avec leurs trouffes , Buffi ayant apperçù deux efeadrons des ennemis, il lui prit envie de les charger , à quoi ilfe trouva particulièrement excité par plufieurs Volontaires & perfonnes de qualité qui étoient avec lui , entre lefqucls étoient le Prince de MarOHac & le Comte de Guiche : H marcha à eux avec tous fes efeadrons ; les ennemis fe retirèrent affez précipitamment ; & lorfqu'cn les pourfuivant il les eût prefque atteint , ils firent foudainement volte-face , & on découvrit en même tems douze ou quatorze efeadrons des ennemis qui fortoient d'un fond où ils s'etoient mis en embufeade. Buffi, auffi-bien que les autres , fut fi furpris , qu'il ne trouva point d'autre parti à prendre , que de crier au défilé : la partie n'étoit point tenable j tous les efeadrons firent d'eux-mêmes la même manœuvre, s'écriantde main en main, mm défiU: ils fe rompirent, coururent à toute bride & fe rallièrent en arrivant au défilé : les ennemis fe contentèrent de ce qu'ils purent prendre dans la pourfuite , & ne les prefiTerent pas fort loin. Cette Cavalerie étoit la meilleure de l'armée de France , compoféed'anciens Officiers & de vieux cavaliers ; & s'ils avoient pris tout autre parti.la perte auroit été beaucoup plus confidérable : elle ne fut que d'environ cent maîtres & d'un étendart ou deux du Régiment Royal , Iefquefsayant été pris par les troupes du Prince de Condé , il les renvoya au Roi par un de fes Trompettes ; mais Sa Majeflé ne voulut pas les recevoir , & les Compagnies qui les avoient perdus marchèrent fans étendart pendant tout le relie de la Campagne..

Ce fut vers ce tcms-Ià , qu'une lettre que M. de Turenne avoit écrite au> Cardinal , fut interceptée ,,par laquelle il donnoit un détail de ce qui s'étoit p:.fTé dans la retraite des Efpagnols auprès de Valenciennes. Le Prince de Condc entre les mains duquel elle tomba, l'ayant lue , envoya un Trompette porter une lettre qu'il écrivit à M. de Turenne , pleine d'expreflions. dures. H marquoit entre autres chofes que s'il n'avoit pas connu fon écriture , il auroit plutôt crû la Relation qu'il envoyoit au Cardinal faite pa» un Gazetier que par un Général j 6V iiniflbit par cette invective , que & M*de Turenne ayoït été à la tete de fon armée , pendant que lui<mêm»:

ex MEMOIRES

An i 6 î ç" ^to't * rarrierc-garcle de la fienne, il aurait vu ïe contraire de ce quHl ' 5* avoit écrit , puifqu'aucun de fes Cavaliers n'avoient été forcés de pafler la rivière à la nage pour fe fauver.

M. de Turenne fat irrité en lifant cette lettre , & dit au Trompette qu'il ne devoh pas fe charger de papiers de cette nature ; qu'il i'aveniflbh que s'il faifoh une pareiiie faute à l'avenir , ni fa livrée ni fon caraâère ne fe garantiraient point du trahtement qu'il merhoit ; qu'il le vouloit bien laiffer retourner pour cette fois , quoiqu'il méritât d'être puni pour avoir ofé apporter un papier fi injurieux. On croit que le Prince ne fut pas longtems fans fçavoir que M .de Turenne n'avoh écrit que ce que de Caflelnau lui avoit dit : néanmoins il n*y eut plus entre eux les mêmes égards & menagemens qui s'obfervent toujours entre des perfonnes de cette qualité , qui commandent l'un contre l'autre : ils ne vécurent plus avec cette civilité réciproque , comme ifs «voient fait auparavant ; & jufqu'à la concluiion de la paix Us ne furent jamais fincérement réconcilies.

Après la prife de Condé , où on lailTa une gamifon fuffifante , l'armée marcha le vingt à S. GuHlain Se en fit le fiége. M. de Turenne prh fon quartier au village de Horn , & M. de la Fcrté établit le fien de l'autre côté de la rivière : le Roi & le Cardinal vinrent à ce fiege , 8c logèrent au Château de Boflfat , un peu au-deflbus de la ville fur la même rivière. La fituation de cette Place eu" forte , étant dans un pays fort bas , la rivière de Haifne parte au travers : de forte qu'elle peut inonder la plupart des environs , comme les ennemis le firent alors , ce qui incommoda beaucoup les tranchées. II fut aulfi très difficile de faire les lignes de circonvallation , à caufe qu'on ne pouvoit conitruire les ponts de communication qu'avec beaucoup de peine ;Ies tranchées fe comblèrent d'eau , quand on approcha de la place ; l'eau étant auffi haute que le terrain , on ne pouvoit ni le creufer ni s'en fervir pour fe couvrir, tellement que les approches n'étoient , à proprement parler, que des blindes de fafeines : néanmoins malgré tous ces obflaclcs la Place fut emportée en trois jours de tranchée ouverte.

Quand les Généraux arrivèrent à leur quartier à Horn , la nuit étoit Ci noire qu'ils ne fçùrent qu'au matin qu'ils n'etobnt éloignés de la ville que d'une petite portée de canon , qui les éveilla de bonne heure ; & les maifons qu'on leur avoit marquées n'étant bâties qu'à la legere , ils en furent bien-tôt délogés, particulièrement M. du Paflage qui fut oblige d'en chercher,comme beaucoup d'autres,hors de la portée du canon. Le Duc d*Yorck fui le feul qui fe bazarda de relier dans la fienne, qui n'étant qu'à un peu

DU DUC D'YORCK . LIVRE IL cxj plus de la portée du moufquct de la Place , ils n'y tirèrent point , fuppofant 7 que perfonne ne voudroit y loger, & il y refta fort en fureté pendant le N" 1 fiége.

Les Gardes Françoifes , comme le Régiment le plus ancien de l'armée , montèrent la tranchée les premiers fuivant la coutume. Il arriva dans ce fiége une difpute entre M. de Montpezat , le plus ancien Lieutenant-Général , & le Grand-Maître de l'Artillerie , fur ce que le premier envoyant fes ordres à l'autre pour avoir quelques outils dont il avoit befoin pour la continuation de la tranchée , la première nuit qu'elle fut ouverte, le Grand-Maître réfufa d'obéir , prétendant qu'il ne devoit recevoir d'ordre que du Général même : M. de Montpezat s'en étant plaint le jour fuivant , la contestation fut décidée en faveur des Licutenans- Généraux j aufli Iong-tems qu'il relia à l'armée il ne fit plus de fonâion de Grand-Maître, on lui donna vus Brevet de Lieutenant-Général , & il ne fervit qu'en cette qualité.

On perdit peu de foldaxs en ce fiége ; on ne fe fouvient point qu'il y eut aucun Officier confiderable de tué. M. le Chevalier de Crequy & M. de Varenne furent Méfiez , & quelques autres , comme M. de Chavigny Ayde- Major du Régiment des Gardes , qui depuis s'eft fait Père de l'Oratoire j I» blefture du Chevalier de Crequy qu'il reçut à la tête fut dangereufe , ma» il en guérit : Varenne reçut la Tienne dans la cuifie à l'attaque de M. de Turenne, en s'entretenant avec le Duc d'Yorcx. On pouflà les approches en» trois nuits jufqu'au bord du folle , & le lendemain , qui étoit le vingt-cinq f le Gouverneur de la Place Dom Pedro Savali demanda a capituler.

Pendant que Farmce de France étoit occupée à ce fiége, les Efpagnol» diviferent la leur : L'Archiduc & le Comte de Fuenfaldagne^ivec la plupart de l'Infanterie Efpagnole , & quelque Cavalerie , fe poflerent à Notre-Damede Halle ; le Prince de Condé avec la plupart de fes troupes à Tournay , les- ' Lorrains à Ath , & le Prince de Ligne avec quatre ou cinq mille hommes à Mons. La faifon fe trouvant trop avancée , on ne jugea pas à propos de rien, entreprendre davantage : on refta plufieurs jours dans les mêmes quartier* qu'on avoit pris au fiége de S. Guidain. La Cour partit peu de jour» aprèsqu'elle rut rendue : Pendant le féjour qu'on y fit, on s'appliqua à la fortifier, & Condé en même tems y Se pour empêcher les ennemis d'affiéger cesdeux Places dans l'hyver , on confomma tous les fourages , & on mangeai le pays aux environs : on n'envoya point de détachement pour couvrir le» fourageurs qui fut moindre de deux mille chevaux , il y avoit toujours un» M. de Turenne y alloît quelquefois, lui-même y quoi-

cxîj - MEMOIRES

qUC ies ennemis fuflent toujours aux aguets , ils n'enîevoient jamais qu'un ^ ^' homme ou deux , qui le plus fouvent étoient des maraudeurs. Pour relancer & contenir les Cravattes qui donnoient le plus de peine, M. deTurenne ordonna qu'on détacheroit de chaque efeadron troc ou quatre Officier» des mieux montez pour accompagner les fourageurs , afin que quand ils les appercevroient ils pulTent fe joindre vingt ou trente enfemble qui fuffiroient pour difliper ces coureurs. Les fourageurs fe trouvèrent ainfi moins expofes qu'auparavant, & on enleva beaucoup de Cravattes.

Le dernier fourage qu'on fit fut le plus grand de tous , 5c le plus dangereux : il fallut aller jufqu'à Chievres & à l'Abbaye de Cambron : le premier endroit n'étoit pas à plus d'une bonne Iieuë d'Ath. Le Duc d'Yorck commandoit les troupes qui l'efcortoient : comme il fallut marcher au milieu des quartiers des ennemis, <& fort loin du camp, on lui donna quarante efcadrons, cinq bataillons Se deux pièces de canon: ce Prince ufa de toutes les précautions poflibles. II envoya devant le jour un parti de Cavalerie vers un grand bois au travers duquel il falloir nécefiairemem pafier , avec ordre d'y arrêter les fourageurs , & de les empêcher d'avancer plus loin , jufqu'à ce qu'il fut arrivé avec les troupes qu'il commandoit : cela fut exécuté , il pafla au travers du bois, & les rangea en bataille fur la plaine avant que les fou. rageurs fuflent dans le bois ; il y laifla un bataillon pour empêcher que quelque parti de la garnifon de Mons ne pût les enlever à leur tour quand ils feraient charges. Il leur fit défendre de s'écarter ni de marcher plus vite que l'efcorte , & ordonna de fuivre fur le même front à droite & à gauche des efeadrons : on marcha dans cet ordre jufqu'à ce qu'on arrivât à environ une lieue de Chievres. II y avoit bien dix mille fourageurs , la plupart la fuulx à la main , leurs Officiers à la tête, & quiformoient un front d'environ vn quart de lieuë ; mais quand ils arrivèrent à la vue du pays qui n'avoh point été fourage , il ne fut pas poflible de les empêcher de fe débander , & de fou. rager avec toute la précipitation imaginable ; ce que le Duc ayant obfervé , il laifla fur la plaine où il fe trouvoit alors auprès d'un village, le refte de fon Infanterie ,& quelques efeadrons avec les deux pièces de canon ,& avec la plupart de la Cavalerie il courut au grand trot après les fourageurs , & pendant qu'il étoient à l'ouvrage il fc pofla devant eux entre Chievres & Brugelet pour les couvrir du côté d'Ath , & envoya le Comte de Grandpré avec de la Cavalerie de l'autre côté , avec ordre de fe pofter au village de Leufe pour les garantir contre les partis qui pouvoient venir de Mons. Ilo'e.flpas hors de propos de faire ici mention du grand ordre & de la

DU DUC D'YORCK, LIVRE IL cxiij

juftice qui s'obferve entre les fourageurs. Celui qui entre le premier dans a~" "£

un champ ou dans une prairie en efl dans une pofleffion inconteftable , & ' ^ ^ * aucun autre ne s'en approchera qu'à une diftance fuffifante pour lui fournir de quoi faire fatrouffe, & charger fon cheval; & quiconque entre le premier dans une grange , ou vient aune meule de foin , perfonnc ne fe préfente pour l'interrompre ou pour prendre la moindre chofe, jufqu'à ce qu'il ait fon affaire , tellement que le premier venu eft le premier fervi. Il furvint une allarraefur le midi, caufée par M. de Rochepair , qui retournoit au camp avec un parti de mille chevaux fans avoir fa it aucune chofe j on crut d'abord que c'étoient les ennemis : le Duc d'Yorcx le pria de relier avec lui, dans la pcnféé qu'il pourroit en avoir affaire.

Tous les fourageurs ayant chargé leurs chevaux, on retourna au camp fans autre perte que d'une dixaine , qui ayant paffé le ruiffcau de Cambrou contre les dcfenfes , furent enlevez par un petit parti ennemi. Ce Prince a fçù depuis du Prince de Ligne , 8c de quelques autres Officiers de l'armée Efpagnole , qu'ils avoient refolu de tomber ce jour-là fur les fourageurs de l'armée de France , & avoient pour cet effet établi un rendez-vous pour la Cavalerie qui étoit à Tournay , Mons Se Ath : mais qu'on fit tant de bmit en fortant du camp avec les fourageurs , que quelques partis du Prince de Ligne lui rapportèrent que l'armée étoit en marche , qu'il en fit avertir les troupes qui s'étoient affembiées au rendez-vous, & qu'elles retournèrent dans leurs quartiers, appréhendant d'être rencontrées par Pavant-garde : cette erreur garantit , fuivant toute apparence , l'efeorte d'un grand danger ; elle fe feroit difficilement tirée d'affaire fi toute cette Cavalerie l'avoit attaquée.

Peu de jours après tout le pays des environs étant mangé , l'armée paffa la rivière , & campa à Outrage le quatorze Septembre. Le dix-neuf elle marcha à Leufe j on y refla le tems qu'il fallut pour confommer les fourages qui ét oient aux environs , & cependant on prit le Château de Briffel , dont la garnifon ne fe rendit qu'après qu'elle vit le canon en batterie. On jugea enfuite à propos de fortir du pays ennemi, & on marcha le vingt-fix à Pommereuil près du Pont de Haifne. Le lendemain après avoir paffe la rivi-re on campa à Anirt fur l'Haifneau , à environ une lieue de Kem'rain , gui eft fur le même ru i fléau : Ce quartier là & les environs avoient été tellement mangés , que dès la première nuit il fallut aller fourager à deux lieues pour trouver feulement de la paille ; il ne fembloit pas qu'on pût feulement y fubiîftcr trois jouta : ncanmoiûi on y en refla quinze fans qu'il manquât

cxiv MEMOIRES

An, i 6 5 5. aucune cRofe. Ce fut l'effet de ia précaution qu'eut M. de Tu renne étant à Leufe , d'ordonner d'y faire provifion de grains , dont on ne chargea pas feulement les chariots de l'armée , mais chaque Cavalier en apporta un fac en croupe ; ce qui la fit fubfifter fi iong-tems dans un fi maigre pays , où on n'alla point au fourage plus de trois fou : le Duc d'YorcK y commanda, encore le dernier , & fut obligé d'aller près de Bouchain , avant de pouvoir trouver aucune chofe ; la plupart des fourageurs n'apportèrent que de la paille.

Apres qu'on eût achevé les fortifications qu'on ajouta à Condé & i Saint Guiflain , & en avoir rempli les magazins de tontes fortes de provilîons , l'armee marcha le douzième d'Odobre à Barlaimont , & le vingt-deux à l'Abbaye de MaroIIes : on crut y refler quelque-tems ; mais fur ce qu'on fut informé que quelques troupes ennemies venoient de ce côté-là, on trouva à propos tic marcher à Vandegics-au-bois , où M de Tu renne reçut ordre de marcher vers la Fere , fur ce que la Cour avoh découvert que le Maréchal d'Hocqu incourt étoit en traitté avec le Prince de Condé , pour lut livrer Ham & Peronne, dont il étoit Gouverneur ; & en arrivant le quatre de Novembre à Mouy , H reçut ordre du Cardinal de quitter l'armée , & d'aller joindre la Cour à Compiegne , pour délibérer fur ce qui feroit à faire , en cas que le Maréchal d'Hocquincourt n'acceptât point les offres que le Roi lui avoh fait faire , & qu'il introduisit les ennemis dans ces deux Places importantes.

M. de Turenne partit , & laiffa au Duc d'Yorcx le commandement de l'armée : il étoit le feul Lieutenant-Général qui y fût reflé , tous les autre* ayant eu congé de la quitter , fur ce qu'il n'y avoit plus d'apparence d'aucune adion. AinG ce Prince fe trouva commander l'armée dans le mémetems que la paix entre la France & Cromvel fut concluë & publiée , 6V que par un des articles de ce traitté , il devoit être nommément banni du Royaume. L'armée refia quelques jours à Mouy : le Duc reçut ordre le dix de laconduire à Mondêcour , entre Noyon & Chauni. M. de Turenne y retourna le quatorze , après que par l'accommodement fait avec M. d'Hocquincourt , la Cour fut hors d'inquiétude de ce côté-là , & donna permiffion à ce Prince de quitter Parniée.

Le Cardinal le reçut à Compiegne parfaitement bien ; il s'exeufa de la. paix qui avoit été conclue avec Cromvel , fur ce qu'il y avoit été obligé par une néceffité indifpenfable pour le bien de l'Eut & la fûreté de la Coutonne ^ il lui dit qu i! n'avoit conclu une ligue avec lui que pour empêcher

DU DUC D'YORCK, LIVRE IL cxv

reflet Je celle que les Efpagnols avoient propofé , par laquelle ils oflfroient i & < <

de l'aider à prendre Calais , pour la lui lai (Ter entre les mains 3 qu'il avoit

faliu prévenir les conféquences d'un trahtc fi dangereux , en s'accommo-

dant avec lui ; mais que nonobftant les claufes qui avoient été inférée»

contre ce Prince dans la paix qui avoitété conclue , il trouveroit toujours le

Roi dans les mêmes fentimens d'eilime & d'amhié pour lui. II doit cette ju*

ilice à la mémoire du Cardinal , d'avouer qu'il auroit été un Miniftre fort

mal habile , s'il n'avoit , dans une conjoncture fi délicate , engagé Cromvel

dans les intérêts de fon maître , qui auroit eu lieu d'être fort mécontent de

lui , s'il avoit laifle échapper cette importante occafion.

Ce Prince partit le vingt-trois pour Paris , où la Cour retourna peu de purs après. Le Cardinal pour ne pas le réduire à la néceflité fâcheufe de fortirde France, confidérant combien il étoh proche parent du Roi, 6c petit-fils comme lui de Henri IV. envoya demander à Cromvel fon confentement , pour qu'il pût continuer de fervir dans les armées de France : le Miniftre ciaignoit d'ailleurs que fi le Duc d'YorcK fortoit du Royaume les Irlandois qui etoient dans le fervice ne le fuiviftent : Cromwcl confentit qu'il fervît , pourvu que ce fut en Italie ou en Catalogne , ne croyant pas qu'il fût de fon intérêt qu'il fe trouvât dans une armée où il devoit envoyer un Corps confidérabie de troupes Angloifes j & on lui propofa de commander-en qualité de Capitaine Général fous le Duc de Modénc , qui étoit Gcnéraliiîtme des troupes Françoifes en Italie.

Quand la Cour fut retournée à Paris , on témoigna au Duc dTforck non ^N 16 <6 feulement le défir qu'on avoit de le retenir dans le fervice ; mais que fi ' Cromvel ne vouloit pas confentiraux propofitions qu'on lui avoit faîtes fur ce fujet , la penfion de ce Prince lui feroit toujours également payée en quelque endroit qu'il pût fe retirer , pourvu qu'il ne fervit point contre la France. Il accepta enfuite l'offre qui lui fut faite de fervir en Italie comme Capitaine Général , fous le Duc de Modéne, Généralifiîme des troupes de France & de Savoye en Piémont ; il avoit une forte inclination d'acquérir de plus en plus de l'expérience dans le» armes , & la tendre aminé que fa tante la Duchcfie de Savoye lui avoit témoignée en toutes occafions , lui f.iifoit embrafter ce parti avec d'autant plus d'agrément , qu'il avoit beaucoup de reconnoiflance pour Tes bontés , & qu'elle fouhaittoit pafllonnément de l'avoir auprès d'elle.

Au commencement de Février

fur la nouvelle que le Roi d'Angleterre étoh allé de Cologne en Fbndre,

cxvj MEMOIRES

An. 1 6 j 6 tous ^es Colonels Irlandois qui avoient fervi dans les armées de Franc» fous M. de Turenne & M. de la Ferté , écrivirent au Duc d'Yorck , pout Paflurer qu'ils étoient prêts de faire en bons Sujets & en gens d'honneur tout ce qu'il leur ordonneroit : il les en remercia , leur recommanda de ne point fouffrir en aucune manière que leurs SulJats paffdflent en Flandre par bande ou à la file , quoique les Efpagnols vinflent à les en folliciter , à l'occafion de ce que le Roi s'étoit relire chez eux , & qu'ils confervaffent leurs Rcgimens entiers , tant pour le fervice de Sa Majefté , quand il en feroit befoin , que pour leur propre avantage , outre que leurs Soldats ne pouvoient point fe difperfer tant qu'il feroit en France , fans porter un grand préjudice à fes affaires particulières , & que quand il feroh tems de fe fervir de leurs offres , il les en feroit avertir.

Quand on fçut que le Roi d'Angleterre étoit non-feulement en Flandre', mais qu'il avoit figue un traiité avec PEfpagne , tout le monde crût que le Duc d'Yorcx s'y retircroit auffî. Ce Prince avoit coutume ders*entrctenir confidemment de fes affaires avec M. de Turenne , qui le conîeilla d'écrire au Roi fon frère , pour lui repréfenter qu'ayant fervi en France , y ayant xeçû fon éducation , ÔV contradé amitié avec les perfonnes les plus confidérables à la Cour & dans les armées , dont le crédit pourroit être un jour utilement employé pour l'avantage de Sa Majefté , il croyoit qu'il étoit de fon intérêt de lui permettre de relier en France , au lieu qu'en la quittant, il hazardoit d'y perdre & les amis & le crédit qu'il y avoit ; qu'il ne croyoit pas pouvoir lui rendre de grands fervices en Flandre , où il fufHfoit aux Efpagnols que Sa Majefté & le Duc de Glocefler y fuflent j outre qu'il n'avoit été fait aucune mention de lui dans le traitté , & qu'ils n'avoient point témoigné fouhaitter qu'il fût de la partie ; que s'ils venoient à le demander dans la fuite , Sa Majefté pouvoit confentir fecrettement qu'il reflàt en France , & paroître fâché contre lui de fa défobéïflance apparente ; que cela fatisferoit les Efpagnols , & que cette connivence ne feroit connue que de celui qui en porteroit la propofitton & le confenternent.

Le Duc d'Yorcx goûta fort cet avis, le communiqua à la Reine fa mère, qui l'approuva , & il refolut d'envoyer Charles Berxeley en faire la propolîtion au Roi fon frère ; mais le Roi bien loin de confentir à la demande du Duc , lui envoya immédiatement un ordre abfolu de le venir joindre en Flandre avec toute la diligence poffible. Il obéît auflî-tôt j & la Cour do France y confentit

Le commencement de cette Campagne fut fort glorieux au Prince de

DU DUC &YORCK, LIVRE IL cxvij.

Condé. Comme il faifoit la revûë de fa Cavalerie à la Buflîere fur la Sam- . ~ bre , d'où elle devoit aller au rendez- vous générai de l'armée , il fut averti 1 6 5 7* que M. de Turenne & M. de la Ferlé avoient afliégé Cambrai , qu'il fçavoit n'avoir qu'une foible garnifon : il marcha immédiatement & fans héfiter pour tâcher de la fecourir , avant que les François puflent être informés de fa marche & qu'ils eufTent perfectionné leurs lignes. Il prit fes mefures de manière qu'il arriva la nuit ; & quoique les François fufïent à che* val Se en bon ordre , il fe fit un paflTage au-travers des deux lignes de Cavalerie , qui fe trouvèrent dans fon chemin & qui ne purent arrêter un Corps de troupes fi confidérable , dont l'unique affaire étoit de pénétrer jufqu'à la ville ; ce qui fut éxécuté avec fort peu de perte. Il arriva à la; contrefearpe , & le Comte de Salazar , Gouverneur de la Place , s'attendoit fi peu à ce fecours , que le Prince de Condé fut Iong-tems à la paliflade avant qu'on lui ouvrit les barrières : cette furprife fut d'autant plus agréable pour lui , qu'il n'étoh pas un grand foldat , que fa garnifon étoit foible y 6V que s'il n'avoit été fecouru dans ce tcms-là , il alloit abandonner la ville pour défendre la Citadelle. Cette Place étoit d'ordinaire pourvue de monde , & ce qui caufa qu'elle ne le fut point alors , fut l'opinion qu'eurent les Efpagnols que Cromvtl envoyant fix mille hommes de fes troupes pour fe joindre aux François , ils avoient deflein d'attaquer quelque. Place maritime. Ainfi ils fortifièrent toutes leurs garnifons.de ce côté-là , & le Cardinal ayant été informé que celle de Cambrai étoit foible, crut i'occafion d'autant plus favorable pour la prendre , qu'il avoh de longuemain une forte paflïon d'en devenir rEvîque Se le Prince : & véritablement fans l'extrême diligence & le parti que prit fubitement & par hazard le Prince de Condé de la fecourir , elle étoit prife : car s'il s'étoit trouvé à Bruxelles , lorfque les Efpagnols furent avertis du fiége , les François auroient achevé leurs lignes avant qu'ils enflent pû délibérer Se réfoudre fur les moyens de le faire lever. M. de Turenne qui avoit compté fur la lenteur Se la gravité ordinaire des Efpagnols , fut extrêmement furpris de la* promptitude du Prince de Condé ; & ayant appris par quelques prifonniers le nombre & la qualité des troupes quiétoient entrées dans la ville , jugea à propos d'en lever le fiége , Se en donna avis à la Cour. Le Prince de- Condé y ayant lahTé une garnifon fumfante , retourna à Bruxelles Se envoya le relie de fes troupes au rendez-vous général qui étoit auprès de- Mous.

Ce mauvais fiicccs déconcerta les mefme* que les Erancois avoient prife».

cxviij MEMO 1RES

An i $ 1 7 Pom ccUc Campagne : ''s abandonner eut le dclTcin d'entreprendre aucun autre fiége confidérable. Ils diviferent leur armée j M. de la Ferté avec une partie fut attaquer Montmédi , & M. de Turenne avec l'autre marcha du côte de la mer pour joindre l'Infanterie Angloife qui étoit débarquée , après quoi il retourna fur fes pas pour obferver les mouvemtns des Efpagnols , qui quittèrent le dix-neuf de Juin le voifinege de Mons pour aller camper fur la Sambre un peu au-delTus de Thuyn. Le vingt-deux , l'armée paflfa la rirtere ; le lendemain elle campa proche de Philippeville , faifant mine de vouloir fecourir Montmédi. M. de Turenne fc hâta de gagner les devants i le dellein étoit de l'amufer & de lui donner le change , en tombant fur Calais qu'on efperok emporter en peu d'heures par un endroit dont on connoiiToit la foibleflê. Les Efpagnols méditoient ce deflèin des avant le départ de l'Archiduc , qui avoit envoyé des Ingénieurs déguifés pour reconnoitre les défauts de la Place. Ils n'avoient pû encore trouver l'occafion de l'attaquer j ils crurent enfin y rciiffir , & avoient pris des mefures fi jufles, que l'entreprife paroiflbit immanquable : elle fut conduite avec tant de fecret , que les ennemis n'en eurent pas le moindre foupçpn. On avott laifle en quittant Mons un Corps de Cavalerie derrière, qui àvec l'Infanterie qu'on pouvoit tirer des garnifons voifines , fuffifoit pour commencer l'affaire.

Apres avoir engagé M. de Turenne à s'avancer vers Montmcdt , l'arn:ée d'Efpagne retourna fubitement fur fes pas & fe mit en marche vers Calais le vingt-fix. Doin Juan, le Prince de Condc & Caracéne prirent les devants avec la Cavalerie par le plus court chemin , & laiflerent le Duc d'YorcK & Marfin avec l'Infanterie pour fuivre en toute diligence. Le bagage & le canon marchoient plus avant dans le païs : le Prince de Lignes avoit été choifî pour l'exécution de cette entreprife j Se pour en avoir la principale conduite , il fut envoyé un jour dev ant la marche de l'armée pour fe mettre à la tête des troupes qu'on avoit IaiiTles derrière pour cet effet. Le Duc d'Yock marcha la première nuit jufqu'à Tilli avec l'Infanterie ; le vingt-fept il arriva au fauxbourg de Mons Je vingt-huit à Kruxellcs.le vingt-neuf ayant pafie I'Eftaut à Tournai ,il vint camper à Pcnt-à-Bouvincs : le trenfe-un il marcha le long des murailles de Lille , paffa la Lys à Armenticres & campa à Nicttkerkc. Le lendemain premier de Juillet il arriva à Hafebrouk »'\ le deux ît Arques à une lieue de S. Orner , où en arrivant il fe propofoit dVtre avant la nui: devant Calais j mors il reçut une lettre de Dom Juan par pw^Hc il lui mandait que l'entreprife avoit manqué, & lui ordonnait

DU DU C D'YOR'C K , LIVRE ï T. cxix

èc reflcr à Arques jufqu'à nouvel ordre. Le Prince de Ligne ctoit fortî de An iC s "*

Gravelines auffi-tôt qu'il fut nuit pour exécuter le deffein à la marée baffe,

en fe faifitfant de la partie de la Place hors des murailles qui joignoit au

quai, après quoi on fe pouvoit rendre mahre de la vtlle en moins de douze

heures : mais il arriva une demi-heure trop tard , & l'eau fe trouva fi haute

qu'il fut impoffible de pafler & il fut obligé de fe retirer fans avoir fait

aucune ebofe que de donner une chaude allarme à la ville , Se montrer

au Gouverneur l'endroit de fa Place le plus foiblc , qu'il prit foin enfuite

de fortifier de manière à ôter aux Efpagnols l'efpérance de la pouvoir fur-

p rendre.

Cette grande marche n'ayant produit aucun effet , la Cavalerie & l'Infanterie fe rejoignirent à Qucmc à une lieue d'Aire le quatre de Juillet, Se le cznon & les bagages y arrivèrent un jour ou deux après. L'armée marcha le fix à Bourc proche de Lillers , y refta quelques jours 6c fut camper vers le douze à Brouai , le lendemain à Lens j enfuite à Rcu fur la S carpe, &- le qninze à Sauchi-Cauchi entre Arras & Cambrai , Se après y avoir campe jufqu'au vingt-un , elle marcha à Marconi.

Pendant qu'on perdit ainfi le tems à faire tant de marches inutiles , M. de la Ferté continua le fiége de Montmédi qui fit plus de refiflanec qu'il n'avoit attendu , la Place étant forte Se ayant une bonne garnifoiv M. de Turenne de fon côté obfervoit les mouvemens des Efpagnols , fana pourtant s'éloigner du fiége , pour empêcher qu'on ne jettàt du fecour» dans la ville. L'armée étant décampée de Marcoin le vingt-fept , marcha au Catelet , le lendemain à Fervaques , le vingt-neuf à Origni fur l'Oife où eilc ne refta qu'un jour : elle alla camper enfuite à Eglancourt jufqu'au huit d'Aouft qu'elle marcha à Feron ; le lendemain à Maçon proche de Grimai, & le dix à Aublin, à une lieue de Marienbourg , où on fçut laprife de Mor.tmédi qui fe défendit avec tant de bravoure & d'opiniâtreté,qu'ellene capitula qu'après que les ennemis fc furent logés dans un bailion Se y eurent da-ffé une batterie de fix canons.On apprit en memetemsque M.deTurenne îr.archoit en Flandre pour y entreprendre un fiége : il fallut recommencer à iv.arci.crle quatorze , & on n'arrêta point jufqu'au vingt , qu'on arriva à Calonne fur la Lys à une lieuë de S. Venant , que M. de Turenne avoic aiiu'gé , & dont les lignes étoient déjà fi avancées que cette conlidération & ia difproportion des forces ne permit point d'entreprendre le fecours de cette Place. On s'étudia feulement à couper les vivres aux ennemis cv i empêcher le paffàge d'un convoi de quatre ou cinq cens chariots qui

cxx MEMOIRES 7 devoit paflTer le lendemain de Bethune à leur armée. On jugea à propoi

• 1 6 5 / • pOUr cel cf}-et de décamper & de fe pofler à Montberncnfon par où il étoit abfolument néceflaire qu'ils paflartenr. Le pays par où on devoit marcher étant fort couvert & entrecoupe de hayes & de fortes , on commanda des travailleurs pour marclier avec des bêches & des haches à la tête de chaque Régiment , & leur faire des partages , afin que l'armée pût entrer en bataille dans la plaine qui n'étoit qu'à la portée du canon des ennemis. On étoit prêt à décamper dès la pointe du jour , & néanmoins on ne marcha que fur le midi : la raifon de ce délai cfl d'autant plus difficile à deviner.qite le fucecs du defleinjdépendoit de !a diligence: on ne manqua point d'en avertir Dom Juan j & le Duc d'Yorck lui repréfenta que le moindre retardement donneroit lieu au convoi d'entrer dans les lignes : mais pour tout ce qu'on put dire , l'armée ne s'ébranla que vers midi. Le Prince de Ligne Général de la Cavalerie étoit à la tête de la droite , le Prince de Condé à la gauche , & le Duc d'Yorck que Dom Juan avoit prié de faire ce jour-là la fondion de Meftre de Camp Général , étoit à la tête de l'infanterie. Dom Juan & le Marquis de Caracêne marchoient devant avec leurs trois Compagnies de Gardes , jufqu'à ce qu'arrivant auprès de la plaine , ils voulurent , fuivant leur coutume , faire la fierté.

L'armée ne pouvoit aller qnc lentement dans un pays fi fourré; néanmoins le Duc d'Yorck n'avoit plus qu'un enclos à parter pour arriver avec Plnfantorie dans la plaine , lorfqu'il appercût le convoi des ennemis , qui defeendant de Montberncnfon marchoit en toute diligence pour gagner les lignes. Ce Prince ayant parte la dernière haye lit mettre fon Infanterie en bataille , & voyant que le Prince de Ligne étoit aulfi dans la plaine avec quatre ou cinq efeadrons , il l'envoya avertir de l'approche du convoi , & qu'il n'avoit qu'à marcher pour le prendre enticromentjes ennemis n'ayant que trois efeadrons d'efeorte; il répondit qu'il voyoit la chofe auffi-bien que lui , que rien n'etoit plus aifé que d'enlever le convoi , mais qu'if n'ofoit l'«ttaquer fans ordre de Dom Juan , ou du Marquis de Caracêne. Le Duc fut trouver lui-même le Prince de Ligne , le conjura de ne point perdre une fi belle occalion pour être trop fcrupuleux : mais il répliqua qu'il ne connoiffoit point jufqu'où alloit la feverité Lfpagnole j qu'en attaquant fans ordre H pourroit lui en coûter la tête, principalement s'il ne réulfilTjit pas , ou qu'il vint à recevoir le moindre affront. Le Duc lui répondit qu'il n'y avoit point de mauvais fucecs à craindre , que M. de Turenne pouvoit bien faire fcrçir quelque Cavalerie , mais qu'il n'hazar Jcroit point d'envoyer fon In-

fanteriç

DU DU C tfYO'R C K , LIVRE IL cxxj /anterie hors des lignes. Il ajouta que fi les Efpagnols venoient à Tin quiet ter pour cette adion, il confentoit d'en prendre tout le blâme fur foi-mê- An. 1657. me , & qu'il pouvoit légitimement s'excuTer de ne l'avoir fait que par obéiffance pour lui , puifqu'iJ faifoit ce jour là la Charge de Mettre de Ca np Général : mais toutes ces raifons ne pûrent rien gagner fur le Prince deLigne, l'occafion fe perdit. Le convoi qui reconnut le danger redoubla fa diligence , & quand la plupart des Chariots furent entrer dans les lignes, l.-s trois Compagnies des Gardes vinrent fe joindre au Prince de Ligne , avec ordre d'attaquer le convoi ; h* ne prit avec lui que la Compagnie de fes prof re> Gardes. Le Duc d'Yorck y envoya la fienne ; mais les quatre premicres.con • duités par le Comte de Çolmanar neveu de Caraccne, jeune cV fans expérience , marchèrent fi précipitamment & en defordre , que fi les trois efeadroris ennemis euflent voulu difputer le terrain,ils les auroient battus.BerkeIcy Capitaine des Gardes du Duc , qui voyoit leur mauvaife manœuvre , les ftiivit en bon ordre & leur fut d'une grande utilité j car les trois efeadrons François ayant été forcés , ils les pourfuivirent avec la même imprudence qu'ils avôient marché à eux , & s'engagèrent avec eux pelle-melle jufques dan» les lignes dont les ennemis n*avoient pas eû le tetns de fermer la barrière : mais ils en fortirent plus vite qu'ils n'y ttoient entrer , & s'enfuirent hm s'arrêter , jufqu'à ce qu'ils eurent gagné la Compagnie de Berkeley , qui s'étoit avancé jufqu'à la portée , du moufquet des lignes. Ils fc rallièrent & devinrent fi prudens & fi flegmatiques , que fans fe piquer de conferver le pofle d'honneur qui leur appartenoit, ils laiflerent à Berxeley celui de faire Parriere-garde , & ils revinrent dans cet ordre joindre l'arme.» qu'ils trouvèrent en bataille dans la plaine à la portée du canon des ennemis, où après avoir relié quelque tems , elle fe retira un peu en arrière & fut camper à Mo'ritbemcnfon. Les ennemis ne perdirent point un feul chariot de leur convoi : ils eurent quelques hommes tués , blefles & prifonniers. Le Marquis de Renty , homme de qualité , & Quierneux qui commandoit le Régiment de Gefvres , moururent de leurs blcflures.

Après avoir manqué le convoi 8c confideré que les ennemis etoient trop forts pour pouvoir efperer de forcer leurs lignes, on délibéra fur ce qui étoit à faire pour les obliger à lever le fiege , ou quelle Place on pouvoit attaquer 6c prendre avant qu'ils Peu fTent fini : la chofe fut arrêtée dans un Confeil de guerre qui fut tenu le lendemain du jour qu'on arriva à Montbernenfon. On réfolut d'aller afliéger Ardres , maison en remit l'exécution j tfqu'au vbgtcinq^de peur que les ennemis n'ayant point encore ouvert la

ex xi) MEMOIRES

r tranchée , ne quittaient cette entreprife pour venir engager Dont Jian à

An. 1657. combattre malgré lui. Ce délai dont la raifon étoit foible , fut fort préjudiciable ; M. de Turenne ne perdit point de tems , & lit ouvrir la tranchée la même nuit qu'on arriva à Montbernenfon. L'armée en partit le vingtcinq au matin , & arriva devant Ardres le vingt-fept avant midi. On s'attacha d'abord à établir les Quartiers pour empêcher qu'il n'entrât du fecours dans la Place ,où on fç,avoit qu'il n'y avoit pas plus de trois cens fantaffins. On perdit ce jour-là & la nuit à travailler à une circonvallation , qui , au jugement de tout le monde , étoit fort inutile ; au lieu que fi on avoit attaqué la Place cette nuit-là , on l'auroit probablement emportée.

Cette lent.ur des Efpagnols m'engage à une digreffion qui peut entrer ici fort à propos, pour s'étonner moins des fautes qu'on leuradijavû commettre & de celles qui fuivront. Dom Juan oblervoit en campagne les mêmes formalités que s'il avoit été à Bruxelles ; il étoit par tout d'un accès éguLmcnt difficile : il dormoit , comme il a déjà été remarqué , aufli-bienque le Marquis de Caracéne fort près de la Plaine quand le convoi paflbk, & leurs domefliques qui le virent defeendre la montagne aufli-bien que la relie de l'armée , n'oferent jamais les éveiller pour les en avertir : mais ce qui doit furprendre davantage ,c'e II que Dom Juan & le Marquis qui avoienc tous deux beaucoup de bon fens , d'efprit & de bravoure , pulTent s'attache* à des formalités qu'iis fçavoh nt bien être préjudiciables au fervice de leue maître & à leur propre réputation. Le Marquis étoit un fort bon Officier avoit fervi longtcms , pafle par tous les degrés , & devoit fa fortune à for* mérite ; & fi Dom Juan n'avoit pas eu fe malheur , pour ainfi dire , d'être élevé comme Fils d'Efpagne , il étoit doué de qualités capables d'en faire on grand homme : mais les fcrupuleufes formalités gâtoient tout. Quand l'armée marchoit , ils n'alloient jamais à la tête que quand l'ennemi étoit en prefence. Quand les troupes étoient à mohié forties du Camp , ils montaient à cheval , marchount à la tête de leurs trois Compagnies de Gardes, droit aux quartiers qui leur avoient été marqués , fans fe mettre en peine de l'armée , ni de reconnoître la fituation dti terrain , ni de fçavoir lès quartiersdes Généraux, ainli dans une ailarme , ou à l'approche des ennemis , ils ne connoiflôient ni le campement , ni même où étoit la grand'-garde ni les gardes avancées. Dom Ju-n avoit coutume le plus fouvent en arrivant à fon quartier, quelque bonne heure qu'il fût , de fe mettre au lit ; il y foupoit &r ne fe Ievoit pas jufqu'au matin. Quand l'armée ne marchoit pas , ilfoKoit, fi montoit rarement à cheval.

DU DUC D'YORCK, LIVRE IL oc\iîj Mab pour revenir au Gcgc d'Ardres , il fe tint un Confeil de guerre au ^N ^ ^ quartier du Marquis de Caracêne , pour réfoudre par où on ataqueroh la Place. Quand les Généraux furent aflemblés , on les fit tous monter au haut d'une tour qui s'y trouvoit , d'où on les pria de reconnohre la Place avec des lunettes d'approche ; & fans examiner la chofe de plus p es , on réfolut que les Espagnols attaqueroient une demi-lune entre deux buttions , que le Duc d'Yorck ferait la fienne à celui de la droite , & le Prince de Condé à celui de la gauche , & que pour ne point perdre de teins , on ferait enforte d'attacher cette même nuit le Mineur au Corps de la Place.

Le Duc d*Yorck & le Prince de Condé ne fe contentant point d'avoir vû la Place du haut de la tour , furent la reconnohre de plus près. Dam Juan & le Marquis n'allèrent point en perfonne reconnoître leur attaque , ils envoyèrent feulement un Major de bataille pour leur en rendre compte , n'étant point la coutume des Généraux Efpagnols de s'expofer en de femblables occaûons. Toutes chofes étant difpofées , on commença les attaques des le foir , après un lignai qui fut donné du quartier de Dom Juan, Les afllcgés n'ayant point de monde pour défendre leurs dehors , on avança fans peine jufqu'au pied du foflë , où on fit un logement avant de tenter d'attacher le Mineur. Le Régiment du Duc d'Yorck fut employé à l'attaque de ce Prince , le Lord Muskery qui le commandoit avoit un Capitaine & quelques foldats des autres bataillons pour le rendre plus fo.t. Le Duc prit foin de lui envoyer des fafeines & tout ce qui lui étoit néceflaire ; & étant allé enfuite vifiter les travaux avec le Duc de Glocefler , il trouva que le Lord Muskery avoit tout mU en bon état ; qu'il avoit prcfque fini fon logement au bord du fofle vis-à-vis la pointe du bafiion , & qu'il avoit déjà loge le corps du bataillon dans le fofle du ravelin qui couvroit la pointe du bartion. Ce Prince crut qu'il étoit tems d'attacher le Mineur : mais ayant apperçu au clair de la lune qu'il y avoit de l'eau dans le fond du forte , il envoya un Sergent pour le fonder , qui rapporta que cette eau n'étoît pas affez profonde pour empêcher les Mineurs. Il les fit defeendre dans le folle avec un Sergent & quelques foldats pour porter les madriers à la faveur defquels ils dévoient fe loger. Le jour commençant à paraître, ce Prince & le Duc de Glocefler fe retirèrent 6c retournèrent à leurs quartiers. On ne donnera point de détail des autres attaques , & on dira feulement qu'ayant eu le même fucccs& ayant attaché leur Mineur, on nedoutoit point que la Place ne fc rendît en moins de vingt-quatre heures. On fut dire » Dom Juan 5c au Marquis de Caracêne, qui étoieut en carofle derrière leur»

exxi* MEMO TRES"

A m. 1 6 57. attaques hors de la portée du canon , <jue le Prince de Condé&IeDuc

d'Yorck étoient allés vîlîter les travaux ,Dom Juan répondit : No haxjcn Btn ,

Ils ue font VMS tien.

Le matin un peu après le foie il levé, on eut avis delà prife de S. Venant & que M. de Turenne avançoit pour venir recourir Ardres. On aûembia immédiatement un Junt» , & on réfolut auffi-tôt de lever le fiége. L'embarras étoit de retirer les troupes des attaques ; on n'avoh pas eu le tenu de foire des travaux & des tranchées , pour la communication , ainfi ils ne pouvoient en fortir qu'à découvert. On commença par retirer les Mineurs* ce qui fut exécuté à l'attaque du Duc par les foins du Lord Muskery , qui , avant de rien faire connoitre aux Officiers qui étoient avec lui , des ordres qu'il avoit reçus, lit-dire aux Mineurs de revenir le mieux qu'ils pourraient, & que pour favorifer leur retraite il feroit faire grand feu fur les affiégés. II fit rroire aux Soldats qu'il les retiroit , parce qu'il avoit été averti que cet endroit étoit contreminé , & ils arrivèrent au logement à la faveur du grand feu de la moufquuerie fans aucun accident. Il déclara enfuit e l'ordre qu'il avoit reçu , & leur commanda quand il donneroit le motde fe retirer avec toute la diligence poflïble jufqu'à un endroit qu'il leur marqua hors de la portée du moufquet où ils dévoient fe rallier. Le Duc d'Yortx de fon côté commanda trente Maîtres avec un Lieutenant pour s'approcher de la Place autant qu'ils pourraient, fans s'expofer , jufqu'à ce qu'il vît les Soldats rêve* nir de l'attaque , & alors de galopper parmi eux pour apporter les Officiers ou SoMats qui viendraient à tomber. Le Duc les fuivit pour voir exécuter fes ordres , & trouva que comme fes Soldats fe retiroient de l'attaque , le Lieutenant & fes Cavaliers fe tenoient tranquillement derrière une haye à la portée du moufquet de la Place ; le Duc galoppa au Lieutenant pour lui réitérer l'ordre qu'il lui avoit donné fil obéît, & pour réparer fa- faute* marcha jufqu'au bord du fofle : & quoique les afliégés fiuent grand feu -> il n'y eut d'Officiers que le Capitaine Keith,6r peu de Soldats bielles dont il n'en mourut aucun , ce qui fut auflî heureux qu'extraordinaire. On perdit quelques Mineurs aux autres attaques j & après qu'on fe fut retiré par tout avec fort peu de perte, on fit marcher les bagages vers Gravelines, Se toute l'armée fuivit. C.tte marche fut ex:rcmement pénible. En arrivant' fur le Bord du plat pays , on fut oblige de faire alte. jufqu'à ce que le canon & lé bagage fulTent fur la feule digue ou chauffée qui conduit de Polincovc à Graveur es , que les grandes pluyes avoient rendu prefqu * impraticable. La piuye qui cominuoit fans ceffe, la- tempête, IWcurité de la nuit, le chemm-

DU DUC D'YORCK, LIVRE IL cxxv

gtascV bourbeux , & les fréquentes altes qu'il fallut faire ,défoIerent les troupes & les mirent dans un fi grand defordre , qu'il ne fut pas poflible aux Officiers d'empêcher les Soldats de fe débander & de chercher du couvert où ils pouvoient. II ne fe trouva pas le matin dix hommes enfemble de chaque Régiment ; tout ce qu'on put faire fut de les raflembler le lendemain. Le trente l'armée campa a Brouxerxe ; celle de France eut fa part du mauvais teins la nuit qu'ils marchèrent dans la Plaine de S. Orner pour venir à Ardres , lorfque celle d'Efpagne en leva le ficge. Le trente-un on paffa la Colme , & on mit les troupes en quartier à Dringam Se dans les villages circonvoifins , pour les remettre un peu de tant de fatigues. Le pays ctoit fi coupé qu'il eût été très-difficile d'y camper en bataille , mais l'ennemi étoit fi éloigné qu'il n'y avoh point de rifque. Le deux deSeptero. bre on marcha vers Mont-CafTel ; & les troupes ayant été cantonnées dans les villages aux environs on y refta jufqu'au fept, qu'ayant appris que M de Turcnne ctoit vers la Motte-aux-Bois , on fit marcher l'armée à \f ormhout,. où on eut avis le douze que les François avoient pris la Motte- aux-Bois , & qu'ils s'approchoient une féconde fois de l'armée. Elle rcpaflà la Coline le pur fuivant dans la refolution de défendre le pafTage de cette rivière le long, de laquelle on campa.' Les Etpagnols étoient pofiés depuis le Fonde Linfc jufques vers Spicxer : le porte du Duc d'îorcx s'étendoit enfuite depuis l'endroit où leur quartier fe terminoit jufqu'à Bergue S, Vinox , Se le Prince" de Condé enfuite jufqu'à Bergue même. On rompit tous les ponts, & on fit des travaux derrière les gués , jufqu'au dix-fept qu'on apprit que M. de Turcnne avançoit pour les prendre en flanc , ayant pafili la Céline au-deflusde,Linck. On détacha auiïî-tôt la plupart des Régimens d'Efpagnols natifs avec quelque Cavalerie pour fe jetter dans Gravelines. Le* trois Régimens Italiens de Dom Tito del Prato qui les coinman doit furent envoyés au Fonde MardirK, & le refle de l'armée fe retira dernere le canal qui va de Bergue à Dunxerque. Le Prince de Condé ayant fon quartier à Bergue, Dom Juan à Dùn&erque , Se le Duc d'Yorci? à Oudekerke , on planta le canon tout le long du canal, où l'on trouva des batteries toutes prêtes.

Un jour ou deux après que les Efpagnols curent quitté la Colme, les François arrivèrent devant Mardick & raflîcgerent. Cefutcnpànie en exécution du traîtté fait avec Cromvel , par lequel ils s'engageoient de le mettre en pofteflion de quelque Place maritime de la Flandre , & MardicK étoit la feùle qu'ils pouvoient attaquer dans une faifon fi avancé v«3;

«xvj MEMO TRES

le foin qu'on avoit pris de inunir Gravelines & Dunxerque de tontes les

chofcs néceffaircs pour une longue & vigoureufe défenfe.

Les François en arrivant devant Mardijc travaillèrent immédiatement à leurs lignes du côté de Dunkerqne & à leurs approches du côté du Fort» Les fouragcs ayant été confommés aux environs , ils furent obligés le lendemain matin d'en aller chercher dans trois grandes Fermes qui n'ctoient qu'à demie-portée du canon des retranchemens des Efpagnols , & qui avoient été préfcrvées par le crédit que trouvèrent auprès de quelques Officiers de l'armée les propriétaires de ces Maifons : il y avoit même une garde extraordinaire pour empêcher qu'on y touchât. Celui qui la commando» ne put pas ne point juger , quand il vit les François en approcher, avec de la Cavalerie & de l'Infanterie , à quelle intention ils y venoient : mais fuivant la coutume des Efpagnols , il fe retira fans ofer mettre le f-u dans les Fermes , parce qu'il n'en avoit point d'ordre. Le canon de» lignes ayant tiré quand l'avant-garde des ennemis approcha, le Duc d'York, dont le quartier n'étoit éloigné que d'un demi mille de là , y accourut, trouva qu'ils travattloient déjà à fe couvrir , & à fe retrancher pour fe défendre G on venoit les attaquer : & rencontrant le Prince de Ligne qui faifoit ce* jour-là la fonction de Meftrc de Camp général , il lui demanda ce qu'il avoh deffein de faire , 6c s'il vouloh laifler fourager les ennemis tranquillement devant fes yeux ? II répondit à fon ordinaire , que fans les ordres du Marquis de Caracêne ou de Dom Juan , il n'ofok rien entreprendre ; & fur ce que le Duc lui répliqua qu'avant qu'ils puflènt arriver , les François feroient retranchés & qu'on ne pourrait plus les déloger ni brûler le fourage ; il répondit que cela étoit vrai , mais qu'il n'entreprendroh rien fans des ordres pofitifs. Le Duc lui dit qu'il alloit donc lui-même attaquer les ennemis avec fes propres troupes , le priant feulement de faire bordée fa ligne par fon Infanterie : mais il répondit encore que le pont étant dans le quartier des Efpagnols , il ne pouvoh pas lui permettre d'y pafier , parceque s'il y avoit quelque chofe à faire , c'étoit aux Efpagnols à i'éxécuter ; ainfi toutes les propoOtions ne fervirent de rien, Pendant qu'on attendoit les ordres de Dunkerque , les François fouragerent fans autre inquiétude que celle du canon qui tira toujours fur eux , dont le bruit fît venir de Bergue le Prince de Condé. Le Duc d'Yorck l'informa aufll-tôt de ce qui s'étoit pafle entre lui & le Prince de Ligne , il n'en fut point du tout furpris , & afllira le Duc que quand il auroit fervi aulTi Iong-tems que lui avec le» Efpagnols , il s'accoùtumerou à leur voir commettre beaucoup de faute»

DU DUC D'YORCK. LIVRE IL cxxvij

eonfîdérables fans s'en étonner. Les ennemis après avoir fouragé tant qu'il An. 1 6 leur plut , fe retirèrent , & laiûerent derrière eux environ cent chevaux que ïe canon leur avoit tué. On ne fçait point combien d'hommes ils perdirent j mais on ne trouva aucun corps mort t Toit qu'ils les eufîent emportés , fort qu'ils ies eulTent enterrés fur la place dans quelque endroit qu'on ne put découvrir.

Deux ou trois jours après , le Fort de Mardick fe rendit & fut en conféquenec du traitté fait avec Cromvel , mis le lendemain entre les mains de Reynold ; & peu de tems après les François ayant réparé les brèches 6c comblé les travaux, fe retirèrent en quartier de rafraîchiflèmens & de fourages clans leur pays. L'armée d'Efpagne continua de camper où elle étoit, & on publia qu'on reprendroit Mardick. La maladie caufee par le mauvais air fut fi générale , qu'à la réferve des Efpagnols naturels , peu d'Officiers & de Soldats furent éxemts de fièvre , & plus de la moitié fe trouvèrent dant un même tems incapables de rendre aucun fervice. Les troupes que commandoh le Duc d'Yorck en furent les plus maltraittées ; il fut prefquc le fenl des Officiers ou Volontaires de qualité & de toute fa maifon qui n'en fut point attaqué. Le Duc de Glocefier quitta l'armée malade j & le Prince* de Condé le fut à un point que les Médecins craignirent pour fa vie. Peu; de tems après , le Roi d'Angleterre vint à Dunkerque folliciter Dom Juan au fujet de quelques affaires particulières , & pour le faire fouvenir de quelques promettes qu'il avoit faites à Sa Majefié par rapport à l'Angleterre.

Les Anglois qui étoient dans Mardick travaillèrent à réparer les anciennés fortifications autour du Fort , ce qui leur étoit d'autant plus facile , que les fofllis n'avoient point été comblés , & que l'on n'avoit applani qu'une petite partie du parapet. Dom Juan en ayant été averti , réfolut d'y marcher tm foir avec toute Parmée , pour rafer en un jour les ouvrages qu'ils avoienc élevé en un mois. Cctoh plus par oflentation 8c pour faire croire au peuple qu'il avoit deflein de reprendre ce Fort, que dans l'efpérance que cela eût aucune fuite. Le jour ayant été arrêté pour cette expédition , il fortit de Dunkerque le foir à la tête de l'armée, accompagné du Roi d'Angleterre* Pobfcurité étoit fi grande qu'il fallut marcher aux flambeaux. Les ennemis qui les apperçurent , crurent qu'on alloit les efcalatler ou au moins les affié— ger,& fe préparèrent à fe défendre > allumant des fallots autour du Fort* Quand on arriva un peu plus près que la portée du canon , l'armée éteignit les fiens. Sa Majcfté, Dom Juan & le Marquis de Caracêne arrêtèrent avec la Cavalerie , pendant que l'Infanterie avançoit : les Efpagnol» étant eom^

OTviij MEMOIRES

™ ^ mandes par : Maréchal de bataille , marchèrent à Peo-

î 7* droit des dehors qui regardent Dunkerque , le Comte de Martin avec l'Jivfanterie du Prince de Condé , du côté qui regarde Graveline , & le Pue d'Yorc' à la tête de la Genne fe porta au milieu des deux. Quand on approcha du Fart , les ennemis firent un feu continuel de canon & de moufqueterie, & les petites Frégates qui étoient dans le fofle ne cédèrent pas aurtt de tirer. L'Infanterie en fouffrit peu , parce qu'elle fe mit d'abord à l'abri des anciens dehors ; mais les balles qui partbient par dertuselle , tombèrent dans la Cavalerie, 8c y tueront du monde & des chevaux. Sa Majeflé s'étant avancée pour voir ce que faifoit l'Infanterie , le Marquis d'Ormond qui l'accompagnoit eut fon cheval tué fous lui d'un coup de canon. Chaque Corps en arrivant à fon porte lit palier fes travailleurs avec des Soldats détachés pour les foûtenir : mais le forte étant trop profond du côté du DuC cTYorck.il fut obligé de leur faire prendre ie tour par l'attaque des Efpajjnols : cependant il le fit combler avec des fafeines , & fit faire un partage pour pouvoir les foûtenir , fi les ennemis forto.icnt fur eux. Dans le moment que les travailleurs commencèrent à applantr les ouvrages , les Soldats détachés firent un feu continuel contre les ennemis /ce qu'ils continuèrent jufques vers la pointe du jour que les dehors étant rafez , on fe yetira en bon ordre , & on arriva à Dunkerque Iorfqu'ii commença à faire ^rand jour. Les ennemis furent aflurément plus furpris de la retraitte que de l'approche }ôc ils s'attendoient fi peu qu'on les quittât, que les Efpagnols étoient déjà partis , que la garnifon tirort encore : il n'y eut pas plus de vingt Cavaliers , un Capitaine du Régiment de Glocefler & trois ou quatre Soldats de tués j il y en eut huit ou dix de blefles. Les Anglois dans le Fort , comme on l'a fçu depuis , n'eurent qu'un homme de tué ; & ils crurent fi fort qu'on les ailoh affiéger , qu'ils dépêchèrent un courrier à M. de Turenne pour l'en avertir : il artembla fes troupes qui étoient en quartiers de fourage, & fe mit en marche pour les venir fecourir ; mais fur l'avis qu'il eut que les Efpagnols s'étoient retirés, il retourna dans fes quartiers.

Quelques jours après on fit une tentative pour enlever les Frégates Angloifes qui étoient dans la forte : on avoit eu dertein d'abord de les brûler ; mais la chofe s'etant trouvée trop difficile , on réfolut d'eflayer de furprendre les deux plus groffës , U Roft & U Vèr'aobU Amntr , de fix ou de huit pièces de canon chacune. On arma pour cet effet douze Chalouppes qui fonirent dans un tems fort calme. Dom Juan fit avertir le Roi & le Duc

d'Yorc* ,

DU DUC VYORCK, LIVRE IL exxix

rTorckjcV ils furent le long de la mer, accompagnés de toutes les An, i 6 çt« ferfonnes de qualité 6c des principaux Officiers, pour voir quel feroh le fuccès de cette entreprise : il faifoit une efpece de brouillard. Etant arrivés vis-à-vis des Frégates , on entendit crier en Anglois : De quel Bord efiU Cbtltuppt t Le Matelot voyant qu'on ne lui répondit point , & qu'une autre Chalouppe alloit aborder la Frégatte , donna Pallarme , & tira un coup de canon , qui cafTa la jambe d'un des rameurs : cet accident & quelques coups demoufquet qui furent tires en tnêmetems, donna l'épouvante aux Cha- Iouppes , qui fe retirèrent honteufement fans vouloir rien entreprendre davantage.

Le Roi d'Angleterre ayant acfievé ce qu'il avoit à faire avec Dom Juan & le Marquis de Caracêne, alla à gruges , & enfuite à Gand & à Bruxelles. Le Duc d'Yorck relia à Dunkerque pour y commander l'armée. On avoit toujours entretenu les peuples dans l'efpérance qu'on reprendrait Mardick» pour obtenir plus facilement un fubfide confidcrable de la Province de Flandre ; & pour rendre la chofe plus vrai femblable, on fît de grands mâgafîns de fafeines , de gabions & de toutes les chofes néceflaires pour un fîége. Néanmoins il y eut ordre d'envoyer les troupes le premier jour de l'an dans les quartiers d'hyver , & le Duc qui étoit refié à Dunkerque tout ce tems-Ià, retourna à Bruxelles peu de jours après que Dom Juan Se le Marquis de Caracêne y furent arrivés, .

Au commencement du Primeras t on ne fongea plus à Bruxelles , qu'aux Ah. 1 6 j 8 , préparatifs pour la Campagne , & comme la faifon avançoit , les Efpagnols s'appliquèrent à munir les Places les plus expofées. On étoit informé de toutes parts que les François entreprendroient cette année un liège conûdérable : les Efpagnols eurent beaucoup d'inquiétude ; car n'ayant pas fuffifamment d'Infanterie pour garnir toutes leurs Places , il falloh en laifler quelques-unes avec de foibles garnifons. Le Roi les follicha inftamment de renforcer celles de Dunkerque , leur faifant entendre qu'on lui mandoit d'Angleterre que la première entreprife feroit le liège de cette Place j que Cromvel en foliicitoh fortement les François ; que tout fe préparait pour «et effet en France & en Angleterre j & que des lettres qu'il avoh fait intercepter lui confirmoient ces avis. Sa Majeflé ne fe contenta point de leur donner une fois ces avertiflemens ; elle les réitérait chaque femaine fur la continuation des avis qu'elle recevoit d'Angleterre : mais les Efpagnols n'y ajoutèrent point de foi, croyant qu'ils étoient faux , & qu'ils étoient donnés dans le dcflèin de leur faire dégarnir Carabray , ou quelques autres Places du

An 16 f 8 Cédant °*u P8^' ^s étoient encore fi allarmés de Per.tr l'année dernière , que toutes les raifons du Roi ne purer

cm MEMOIRES

rtreprifie furCamEray de :nt point prévaloir fur leurs craintes , tant leur prévention étoit grande que le Cardinal avoh toujours les mêmes vùcs fur cette Place , & que rien n'etoit capable de lui faire changer ce delTein , quelqu'engagement qu'il pût avoir avec Cromwel * à moins que la Place ne fût fr bien munie qu'il jugeât le fuccès irapoffible:

Cette opinion & plufieurs rarfonnemens plus fpécieux que convainquan», leur firent croire que Dunkerque ne courait point de rifque cette année. Ils négligèrent d'y mettre une bonne garnifon & les munitions néceflaircs ; 6c répandant en même tems la plupart de leur Infanterie dans Aire & Saint Orner , fur les frontières du Haynaut y 8c renforçant la garnifon de Carru bray d'un corps confidérable de Cavalerie & d'Infanterie , ils négligèrenttellement Dunkerque , qu'ils taillèrent même imparfaits deux Forts à quatre battions chacun , qu'ils avoient commence furie Canal entre Bergue & cette ville-là , qui en auraient rendu le fiége beaucoup plus difficile , puifque les ennemis eufient été obligés de prendre l'un de ces deux Forts avant de pouvoir alTîégct la Place dans les formes.

Gn ne peut s'empêcher de faire cette remarque , que de tomes les fortifications de cette nature, ou retranchemensque les Efpagnols ont fait pour ladéfenfe des rivières , on ne leur en a jamais vù tirer aucune utilité jfoit à; à caufe qu'ils ne les achevoient point à tems ; fort parce qu'ils n'avoknt point affèz d'hommes pour les défendre , ou que les François , par des marches imprévues , venoient les attaquer en flanc , comme il a été rapporté en Pànnée mil fix cens cinquante-cinq: Il cft véritablement fort difficile d'en faire aucuns dans ce pays-là dont on puifie tirer avantage : car l'année qui cft fupéricure & mahrclfc de la campagne , trouvera toujours , avec un peu de patience, les moyens de forcer les pafTages, ou d'entrer par quelqu'autre • endroit dans le pays ennemi y d'où il faut conclure qu'un Général ne doir point mettre toute fa confiance fur de pareilles précautions , quoiqu'il y ait des occafions où elles peuvent être nécelfaires.

Les François , fuivant leur coutume , entrèrent cette année les premier^ en campagne, & en marchant à Dunkerque, ils firent prifonniers de guerre" lfe Régiment du Duc de Glocefler dans Caflel , où il avoit été imprudemment/envoyé , k Place n'étant d'aucune défenfe , par M. de Bafllcour , Maréchal de Bataille , qui 'ccmmôndoh toutes les troupes dans les environs. II> fin marcher en même tems le Régiment d'Infanterie du Duc d'ïorck , fore

DU DUC &YORCK; LIVRE II. craj

d'environ cinq cens hommes, avec quelques autres Régimens foibles , & A de la Cavalerie qui étoient en quartier à Hondfcotte , pour fe jetter dans S. Orner , qu'il croyoit que les ennemis vouloient aflTiéger : mais quand par leur marche il découvrit qu'ils en vouloient à Dunkerque.il voulut, mais trop tard , y jetter du fecours j tout ce qu'il put faire , fut d'y entrer lui-même avec un peu de Cavalerie.

Le Marquis de Léede , Gouverneur de la Place, s'y jettaprefqueen même tems avec beaucoup de peine : ilavoit été à Bruxelles y folliciterdesfecour» d'hommes & de munitions , & il y étoit encore quand on reçut les premières nouvelles que les François marchoient à Dunkerque. On ordonna alors aux troupes qui étoient à Nieuport , Fumes & Dixmuyde, pour IefqueUcs Places ils avoient eu de la crainte fans fujet , de marcher à Dunkerque , à la réferve du Régiment d'Infanterie du Roi d'Angleterre, d'environ quatre cens hommes , qui étoit à Dixmuyde : mais ils ne purent point y entrer ; la Ville étoit déjà bloquée, le Marquis de Léede s'y trouva alïicgé : la force confiftoit dans de grands dehors qui n'etoient que de terre & qu'il étoit aifé d'approcher: la garnifon n'avoit aucune proportion avec le vafte terrain qu'il falloir défendre : elle n'étoit que de mille hommes d'Infanterie & huit cens chevaux; il n'y avoit que fort peu de poudre 6V d'autres provifions. La nouvelle certaine de ce ûege ayant été apportée a Bruxelles fut la fin de May , n'étonna pas peu les Efpagnols , principalement quand ils fçurent qu'il n'y avoit aucune efperance d'y pouvoir jetter du fecours pat mer , parce que la flotte Angloife commandée par le Général Montaigu , fermoit l'entrée du Port. Le feul moyen qui reftoit pour fauver cette Ville , ctoit d'affembler l'armée ; on réfolut pour cet effet dans un Confcil de guerre où affilièrent tous les Officiers généraux, que le rendez-vous général feroit à Ypres j les ordres furent envoyés à toutes les troupes d'y marcher en diligence j Se le fept de Juin l'armée 8c les Généraux s'y trouvèrent. On vint camper le neuf à Nieuport , le lendemain entre Odexcrque Se F urnes , où le Maréchal d'Hocquincourt arriva : il étoit nouvellement venu de France par Hêdin. Celte Ville après la mort du Gouverneur s'étoh révoltée à la perfuafion du Lieutenant de Roi & de fon beau-frere : ils avoient appelé les Efpagnols à leur fecours , avec lefquels ils convinrent de leur livrée Ja Place , moyennant une certaine fomme , qui leur fut payée , & les Efpagnols en prirent pofleflïon Le Maréchal d'Hocquincourt avoit de longuc main une correfponJance fecrette avec le Lieutenant de Roi par rapport au dclllin qu'il avoit dç fc tcvoltcr , Ôc d'attirer dans fon parti la plupart de

eœij 'MEMOIRES . ' - IaNobleflê te des peuples du Vexin & de la bafTe Mormândle : œds ce» ' 1 6 J 8* menée» furent découvertes avant qu'il pût en venir à l'exécution , tel efl ordinairement le fort de femblables entreprifes : il fe trouva forcé de chercher fon fàlut dans la fuite , & il y trouva la mort. On a crû que fi ceue Campagne n'avoit été fi défavantageufe pour les Efpagnols , il y auroit en un foulevement en ces quartiers là.

Pour revenir aux mouvemens de Tannée cPEfpagne, il fut réfolu le onze dans un Confeil de guerre , auquel affilièrent Dom Juan , le Prince de Condé , le Marquis de Caracêne , le Maréchal d'Hocquincourt , le Prince de Ligne, ( Dom E rte van de Gamare 6c le Duc d'Yorck ne s'y étant point trouvés par accident ) que le treize on marcherait dans les Dunes avec toute l'armée auffi près des lignes des ennemis qu'il fe pourrait ; qu'on y camperait pour être en état de les attaquer quand on le jugerait à propos» que le douze tous les Officiers généraux marcheraient avec deux mille foldats commandés pour reconnohre le terrain Se marquer le campements

Mais avant d'entrer plus loin dans ce détail , il faut rapporter ce qui lé pafïa dans le Confeil de guerre , pareeque b plupart de ceux qui y affilièrent ont voulu fe difculper 6c s'exeufer d'avoir donné l'avis qui fut fuivi , ou d'avoir confenti à la réfolutîon qu'on y prit. Le Duc d'Yorck fçait ce qui fuit d'une perfonne qui étoit de ce Confeil , & qui auffi-bien que les autres, a fouhahé de défabufer le monde de Popinion qu'on auroit pû avoir qu'il y eût confenti. Quand tous les Officiers généraux furent affis , Dom Juan leur expofa le fujet pourquoi il les avoh aflemblés , qui étoit pour les confulter fur les moyens de fecourir Dunkerque. II leur représenta l'état de l« Place , Se la néceffité d'en faire promptement lever le fiége ; & s'étant étendu fur ces deux chefs , il propofa de faire marcher l'armée à Zudcote» Se de camper dans les Dunes le plus près des lignes des ennemis qu'il fe* roit poffible , pour pouvoir trouver l'occafion de les attaquer à propos. Cette propofition fut fuivie d'un long filence i & perfonne ne fe levant pour s'y oppofer , Dom Juan dit : •» Puifque je vois que vous approuvez ce » que je viens de propofer , examinons présentement la manière & le tems m d'y marcher. * En fuite il fut réfolu d'aller le lendemain reconnoître les lignes des ennemis & le terrain pour camper.

Les Généraux furent envoyez le douze comme il avoh été réfolu avec quatre mille chevaux & l'Infanterie détachée pour reconnoître les lignes des affiégean» , 6c choifii le iciiain poux le campement de l'aimée. On fi*

DU DUC D'YOR'CK, LIVRE II exxxh'j

site à Zudcote pour marquer le camp : Enfuhe le Duc d*Yorck , le Marquis j^N< de Caracène & Dom EÛevan de Gamare traverferent les Dunes avec quelque Cavalerie jufqu'au bord de la mer, pendant que M. de Boutteville étoit allé avec les Cravates le long du grand chemin entre les Dunes & les prairies , s'avançant fi près vers la garde de Cavalerie des ennemis qu'il efcarmoucha avec eux , & les obligea de reculer, ce qui donna lieu de reconnoitre leurs lignes.

Comme il revenoh pour (aire fon rapport aux Généraux , 2 rencontra le Maréchal d'Hocquincourt , qui le pria inftammentde retourner encore une fois , & qu'il vouloh charger la garde de Cavalerie des ennemis. M. de Boutteville eut beau lui dire qu'A avoh obfervé tout ce qu'on pouvoh fou* hanter; qu'il amenoît même quelques prifonniers qu'il avoit enlevés dans les Dunes : Toutes fes raifons ne gagnèrent rien fur fon opiniâtreté & il ratifia fi fortement, que Boutteville ne put point le refufer. Cet entêtement ne l'expofa pas feulement au péril , mais attira encore tous les Officiers Généraux à une fort grande diftance de leurs croupes ; car le Prince de Condé le/ voyant aller aux lignes, le fuivh ; Dom Juan apprenant qu'il y marchoh r en fit de même , 6V le Duc (Horde quoiqu'il eut obfervé avec le MarquiV tout ce qui fe pouvoit , fur ce qu'on lui dit que ces Meflïeurs alioient vert les lignes , galloppa pour les rejoindre , & arriva dans le moment que M. d'Hocquincourt poufibit la garde avancée des ennemis , & la faifoit reculer. Ce fut dans cette aâion que Henry Jermin du côté des Efpagnols & le Marquis de Blanquefort neveu de M. de Turenne à préfent Comte de Feversham du côte des François , furent tous deux blettes 1 la cuiûe. Le Maréchal d'Hocquincourt s'étoit avancé jufqu'à la portée du moufquet d'une redoute , quand les ennemis parurent fur une hauteur un peu en deçà de leurs lignes ; & dans le moment que le Duc d'York approchoit de lui , ce Maréchal reçût un coup de moufquet dans le ventre,tiré de la redoute , & mourut fur le champ. On fe retira , les ennemis avancèrent , ôc le Prince de Condé n'étant pas fur qu'on pût emporter le corps , s'empreflà d'oter les papiers qui étoient dans fes poches. Un Gentilhomme du Maréchal , pria le Duc de faire volteface pour lui donner les moyens -d'enlever le corps de fon maître : Ce Prince fit tête aux ennemis , le corps fut emporté avec Beaucoup de peine , ce qu'ils auraient pû empêcher en pouiTant un peu vû goureufement j mais tous les Officiers Généraux auroient encore couru grand rrfque d'être faits prifonniers. Ils n'avoient avec eux que les Cravates, qui n'éwient point capables defowenir. une charge vigouretife , & ils étoient

txraV MEMOIRES

An i 6 8 ^ù'8nc5 ^u S1"05 ^e ^eur! ^^P** de P'us d'un mille. Le Marquis de Car» ' ' cène vint avec trois compagnies de gardes pour les fecourir : mais le danger étoit paflTé : il blâma la témérité avec laquelle on s'étoit expofé. On retourna à l'armée , mais fi étonnés du malheur arrive au Maréchal d'Hocquincotirt , que fans fonger à reconnoître davantage les lignes des ennemis , & fans même parler de quelle manière on prétendoit les attaquer , on fe retira par Fumes.

Le lendemain l'armée marcha au lieu deftiné pour le campement. Elle avoit fa droite vers la mer,la gauche le long du Canal de Fumes ; l'Infanterie formoit une ligne au devant de la Cavalerie qui s'étendoh depuis les Dunes les plus proches de la mer jufqu'aux foffêz qui font le long du Canal. La Cavalerie étoit fur deux lignes derrière l'Infanterie , & on avoit laiffe le bagage à Fumes. L'artillerie n'étoit pas encore arrivée , ni tous les outils pour remuer la terre , à peine y avoit-il de la poudre fuffifamment pour l'Ii> famé rie » ainG dépourvue de tout ce qui étoit le plus nécefdire pour un combat , on campa à une moindre diffance des lignes des ennemis que deux fois la portée du canon.

L'avant garde de l'armée arriva au Camp fur les onze heures du matin. On a fçû depuis qu'il étoit nuit avant que M. de Turenne put croire que les Efpagnols euflent même le deffein d'y venir camper j mais enfin on lui amena un prifonnicr qui lui confirma qu'ils y étoient , fur quoi fans balancer un moment , 8c fans confuiter perfonne , il réfolut de marcher le lendemain au matin pour les combattre. II envoya ordre à fes troupes de fe te* liir prêtes , & aux Anglois qui étoient vers Mardick de le venir joindre. Ils marchèrent toute la nuit ayant un grand circuit à faire , & arrivèrent à la pointe du jour au lieu qui leur avoit été marqué.

Pendant que les François fe préparaient tout de bon à donner bataille f les Efpagnols étoient auffi tranquiles dans leur camp que s'ils avoient cté fort éloignés de l'ennemi. On ne deflendit point le foir d'aller au fourage , comme c'efl la coutume jufqu'àce qu'on fçache l'intention du Général ; Se les OfficiersGénéraux fe doutoient fi peu du deffein desennemis,ou aflefloient fi fort de ne les point craindre , que le Duc d'Y orcK foupant ce foir là avec le Marquis de Caracêne , & témoignant qu'il n'approuvoit point la iiianiere du campement fans lignes & fatis la moindre chofe qui les couvrit , & qu'il croyoit que fi les François ne les attaquoient point ccue mén^e nuit , ils Iivreroient infailliblement bataille le lendemain m.Ki.i ; le M irquis & Dom Eftevan de Gamare répondirent yat céioit ce <juih denumdoitnt i & le Duc leur

DU DUC D'YORCK, LIVRE II. cxxxv

ffpïïqua connoijfs'u fi bien M. de Turermt 3 epid promettou qitils Mtroiem frtif- T ~ —

fiSUm. En effet le lendemain matin fur les cinq heures, la garde avancée N' 1 * vint avertir qu'ils avoient vû de la Cavalerie fortir des lignes des ennemis, & qu'ils croyoient qu'ils venoient attaquer l'armée. On la fit mettre auffi-tôt fous les armes , & les Généraux allèrent les reconnoître. Le Duc d'YorcK arriva le premier à la garde avancée , & ayant pouffe jufqu'aux vedettes , il vit clairement 6c diftinâement , que l'armée ennemie fortoit dei lignes ; leur Cavalerie avec quatre petites pièces de campagne avançoh le long du grand chemin entre les Dunes & les prairies ; l'Infanterie Fran* çoife fortoit fur la gauche , ayant applani quelques endroits de leur ligne autant qu'il falloh pour faire fortir un bataillon de front ; & plus fur leur gauche proche de la mer avançpit les Anglois , que ce Prince reconnut par leurs habits rouges. H retourna fur fes pas pour informer les Généraux de toutes ces circonftances , & rencontra avant d'arriver au camp , Dom Juan qui lui demanda quel pouvoit être le deffein des François, le Duc lui repondit qu'ils fe préparaient à donner combat. Dom Juan témoigna de n'en rien croire , & dit qu'ils vouloient feulement enlever la garde avancée. Le Duc l'a Aura que ce n'étoh point la coutume des François de marcher avec un fi grand corps d'Infanterie compofé des Gardes Françoifes & SuhTes, des Régimens de Picardie Se de Turenne qu'il connoiffoit par leurs drapeaux auffibien que les Anglois par leurs habits rouges Se avec un fi gros Corps de Cavalerie & de l'artillerie à la tête , pour forcer Amplement une grande garde. Le Prince de Condé arrivant dans le même inflant , rapporta à Dom Juan les mêmes circonflancesque le Duc d'YorcK,& voyant le Duc de Glocefter, il lui demanda s'il s'étoit jamais trouve à une bataille , il repondit que non , & le Prince lui àïv.dant me demie heurt vohs verrez comment nom en perdrons une: On ne pouvoit plus douter du deffein des ennemis : Tous les Officiers Généraux fe rendirent chacun à leur pofle pour les combattre où on étoh avec l'avantage du terrain qu'on eût perdu en avançant plus loin vers eux.

L'Infanterie au nombre d'environ fix mille hommes divifée en quinze ba-' rfcilIcîns,étoit toute fur une ligne, à la réferve de deux Régimens.EUes'ctendoit depuis une haute Dune proche de la mer tout au travers des autroDtmes jufqu aux prairie* qui font contre le Canal de, Fumes. Les Efpagnols naturels avoient la droite de tout : le Régiment de Dom Gafpard Boniface étoh po* lié fur la plus haï; te Dune proche delà mer ; celui- de Dom Francifco de' Mcnefes qui étoit derrière faifoit face à la mer, pour empêcher- que les en-nemis n'attaquaffuit en flanc ; fur- la gauche de Boniface étoit' le Régiment-

€mv) M E MO IRES

. , - de Dom Diego Je Gomez que coramandoit alors Dom Antonio de Cof- ' 1 J -doue î fur fa gauche fuivoient les Régimens de Seralvo j ceux du Roi d'Angleterre Se du Lord Briftol qui ne compofoient qu'un bataillon ; enfuhe celui du Duc d'YorcK commandé par Mufkery. II y avoit derrière ces deux bataillon» les Régimens de Richard Grâce , Se du Lord Willoughby qui ne faifoient qu'un bauiilon qui fervoit de referve : fur la gauche du Régiment dTforck étoient trois Régimens Walons , un bataillon Allemand compofé de quatre Régimens , & enfuhe fur la dernière Dune tirant vers le Canal de Fume fuivoient le Régiment de Guilau Allemand , le premier de l'Infanterie du Prince de Condc j fie les autres qui compofoient trois bataillons étoient rangés entre les Dunes & le Canal , dans les prairies du côté du grand chemin. Toute l'Infanterie qui étoit police fur les Dunes avoit un grand avantage , en ce que les ennemis ne pouvoient venir à eux qu'en montant ces hauteurs de fable avec beaucoup de fatigue : de huit mille hommes dcCavaierie qu'il devoh y avoir , il y en avoit plus de la moitié au fourage qui ne retourna qu'après la defiàite. La Cavalerie Efpagnole étoit fur deux lignes derrière l'Infanterie entre les Dunes ; celle du Prince de Condc étoit derrière fon Infanterie entre les Dunes Se les prairies : comme il y avoit plusieurs endroits où on ne pouvoh mettre que trois ou quatre efeadrons de front* ne peut dire précisément fur combien de lignes elle étoit rangée , 6k cefat dans cette fituation qu'on attendit les ennemis.

Leur Infanterie étoit fur deux lignes de fept bataillons chacune ; la première commandée par M. de Gadagne Lieutenant Général , étoit compofé» d'un bataillon des Gardes Francoifes qui avoit la droite , Se marchoit le long des Dunes du côté du grand chemin ; enfuhe un bataillon des Gardes Suiffcs qui marchoit Air les Dunes : Je Régiment de Picardie fie celui de Turenne qui étoh le dernier des troupes Françoifes de cette ligne , qui étoit terminée par trois Régimens Anglois , dont le dernier s'étendoh jufqu'aux Dunes le» plus proches de la mer, Se devant chaque bataillon de cette prémiere ligne rnarchoient les enfans perdus*

Il y avoh cinq ou fix Efeadrons entre les deux lignes de cette Infanterie ; Me leur aile droite compofée d'autant d'efeadrons que le terrain en pouvoit contenir, marchoh le long du grand chemin où les Dunes finiflbient , commandée par le Marquis de Crequy Lieutenant Général , Se en beaucoup d'endroits , il n'y avoit que trois ou quatre efeadrons de front ; quatre pieces de canon , comme il a déjà été dit , étoient à la tête de la Cavalerie de Ja droite. L'aJIe gauche de leur Cavalerie commandée par M. de Caflelnau ,

snarchoit

VU DUC VYOKCK, LIVRE II. txxxvî] - marchoit le long de la mer avec deux pièces de campagne ; 6r pluGeurs a Frégates légères de la flotte Angloife s'approchant de la côte autant que la * * marée fe pouvoh permettre, tiraient fans ceflTe le canon fur les troupes Efpagnoles qu'ils pouvoient découvrir dans les Dunes.

Les Anglois que commandoit Morgan , Maréchal de Camp , attaquèrent les premiers j le Général Lockârt étant avec M. de Caftelnau , à la tête de l'aile gauche. Un peu avant qu'ils chargèrent , Dom Juan envoya prier le Duc d'Yorck d'aller à la droite , & de prendre un foin particulier de l'endroit où il voyoit avancer les Anglois : il y marcha , & ne prit des troupes du milieu de la ligne où il étoit , que fa Compagnie de Gardes , & cent hommes détachés du Régiment qui fe trouvoit le plus près , avec deux Capitaines & des fubalternes pour en renforcer les Efpagnols naturels. II le* pofta auprès de Boniface , où il jugeoit que ferait le principal effort , Se qu'il étoit le plus de conféquence de foûtenir , parceque c'étoit la plus haute Dune , & qu'elle avançoit un peu plus que les autres voiGnes , outre qu'elle les commandoit. Ce fut tout ce que ce Prince put faire ayant que les Anglois attaquaient : ils avancèrent avec beaucoup de fierté & de courage ; mais avec tant de chaleur , qu'ayant devancé les François , ils auraient paye chèrement cette bravoure téméraire, fi on avoit profité de leur imprudence : mais ceux qui pouvoient tirer avantage de cette faute , foit qu'il» ne la remarquaient point , foit qu'ils euftent quelque raifon qu'on ne fçait pas, n'envoyèrent point de Cavalerie pour les prendre en flanc, & Iaiûercnt échapper cette occafion. Ce fut le Régiment de Lockart qui chargeâtes Efpagnols de Boniface. Fenvick qui en étofc Lieutenant Colonel , étant arrivé au {>ied de la Dune , la trouvant fort efearpée , fit ait e pour donner lieu à fes troupes , en prenant haleine , de monter enfuite avec plus de vigueur. Pendant qu'ils fe préparaient ainfi , leurs En fans perdus s'ouvrant fur la droite & fur la gauche , pour donner lieu au gros de monter fur la hauteur , firent un feu continuel fur Boniface ; cV auffi-tôt que le Régiment s'ébranla pour attaquer, ils commencèrent par un grand cri. Le Lieutenant Colonel tomba d'abord d'un coup de. moufquet qu'il reçut au travers du corps , ce qui n'empêcha point le Major , nommé Himon , de conduire le bataillon , qui n'arrêta point jufqw'à ce qu'il fût à la longueur de la pique ; & malgré Sa réfifiance vigoureufe des Efpagnols, .qui avoient l'avantage de la hauteur , & qui ctoient frais , au lieu que les Anglois étoient fatigués 8c çrefque hors d'haleine d'avoir grimpé les fables , Boniface fut chade en bas, hiflant fur la place fept Capitaines, de onze qu'il avoit ; & Klaughter fc

ctxxvÏJ) MBMOTRgf • ■ ■- Faicl les deux Capitaine» du détachement que le Duc «TTorcx avoit j >int An, i 6 J 8. ^ ce Régiment , ôi plufieurs Officier» reformé» dont ia plupart ploient piqui r=. Les An {lois, outre leur Lieutenant-Colonel , perdirent beaucoup d'O.iïciers & de Soldats. Apres s'être repofés peu de tetns , ils defeendirent de la Dune ; ce que le Duc d'Yorcx ayant obfervé , il fut les charger avec (es Gardes & ceux de Dom Juan ; & étant arrivé à la longueur de la pique p U trouva q<ie le terrain ne permettoh pas de Us enfoncer qu'avec une peine extrême. U ne laifla pas de tenter la fortune , mais ce fut fans fuccès ; il fut repouffé : tous ceux qui fe trouvèrent à la tête de fa Compagnie furent ou tués ou bielles ; & fans la bonté de fes armes qui le fauverent , il y feroit demeuré. Les Officiers de fa Compagnie furent plus heureux que ceux de celle de Dom Juan , il n'y eut que Berkley , qui étoit Capitaine de la première, qui fut bleue. Le Comte de Colmenero , qui étoit Capitaine de la dernière , fut le feul qui fe tira d'affaire fans accident j tous les autres OflU ciera furent ou tués ou bleffés , Se les Gardes fi maltraités , que le Duc ne put jamais les rallier. Il en raffembla quarante des liens, qui étoient encore en état de combattre , avec Iefquels il marcha au Régiment de Boniface, où. Dom Juan 8c enfuite le Marquis de Caracêne avotent tâché de rallier les fuyards j mais n'ayant pû en venir à bout , ils s'étoient retirés. Quand le- Duc arriva à ce Régiment , fes premiers efforts ne purent point l'arrêter. Il apperçut un nommé Elvige , Lieutenant du Régiment du Roi d'Angleterre, qui étoit du détachement des Anglois dont Boniface avoit été renforcé : il lui demanda ce qu'étoh devenu fon Capitaine ; il répondit qu'il avoit été tué avec la plupart de fes Soldats , Se qu'il étoit leftul Officier qui reliât fan* être bleffé. Ce Prince lui ordonna de relL-r avec lui , & d'affemblcr fes Soldats. II leur cria tout haut que le Duc étoit là. : tous ceux qui purent l'entendre le vinrent joindrrXe Duc vit en même tems le Major du Régiment Efpagiiol ; il i'appella , Se lui dit que fes Soldats dévoient fuivre l'exemple de ce peu d'Anglois qu'il voyoit, & que c'étoh vilain aux Efpagnols de fuir pendant que les autres tenoient bon. Ce reproche les arrêta , & ils fe mirent aùfli-tôt en boo ordre. Le Marquis de Caracêne arrivant dans cet entretins , demanda au Duc d'Yorcx pourquoi il ne chargeoit point l'ennemi avec fa Cavalerie ; il répondit qu'il l'avoit dé jà fait , mais qu'il avoit été battu. Il aj nua q-ie dans la fituation où étoit l'ennemi , il étoit impoffible del'axtaq ier, & lui montra en même tems de derrière la Dune voifine, quo ce qi'il lui dil'oit étoit jufle.

Le «Marquis s'étant retiré aufli-tôt, le Régiment de Lockart avança , non

DU DUC UYORCK, LIVRE IL cxxxix

pas direékment , mais en tournant fur la gauche , 6c on le perdit de vue , à * , caufe de l'inégalité du terrain & de l'interpoûtion d'une Dune : mais le ' *

Duc avoit à peine raflembié le Régiment de Boni face , & le peu de Cavalerie qui lui refioit, que le bataillon Angiois Te trouva fur une même ligne avec les Efpagnols fur leur droite , & il n'y avoit qu'une Dune entre deux* Le Duc fit face vers la mer j Se marchant à la tête de fon Infanterie , il vit en arrivant fur le haut d'une Dune que les Angiois la montoient de l'autre côté. Ce Prince ordonna auflî-tôt au Major de Boniface de les charger de front, pendant qu'avec fe» quarante Gardes il alloit les attaquer en flanc } ce qu'il fit fi brufqueraent , qu'il entra dans le bataillon , y fit beaucoup d'éxecution & le pouffa jufqu'au bord de la dernière Dune le long de la mer. Le bataillon de Boniface voyant les Angiois rompus, au lieu de les charger, ayant découvert du haut de la Dune que toute l'armée é toit en déroute, chacun s'enfuit comme il put , mais il ne s'en fauva que fort peu.

C7ell une chofe remarquable , que quand le bataillon Angiois fut rompu , pas un homme ne demanda quartier & ne jetta fes armes j chacun fe défendit jufqu'au bout, & on n'étoit pas moins en danger des coups de crofle* de moufquet , que du feu qu'on en avoit efluyé. Un Soldat aurore infailliblement aflommé le Duc d'Yorcx d'un coup qu'il lui portoit , s'il ne I'a- ▼oit rompu en lui déchargeant un coup d'épée fur le vifage qui le renverfa par terre. L'épée du Duc de Gloceûer fon frère , qui Pavoh fuivi & fécondé toute la journée avec une bravoure digne de fes ancêtres, lui ayant tombé des mains par un accident dont on ne fe fouvient point , un Gentilhomme nommé Villeneuve, Ecuyer du Prince de Ligne, qui étoit auprès de lui , l'ayant vu tomber , defeendh de cheval , la rama (Ta & la donna au Duc, qui , le piftolet à la main , le défendit jufqu'à ce qu'il fut remonté : mais immédiatement après, ce pauvre Gentilhomme reçut un coup de moufquet ara travers du corps; on le tira de la mêlée, & H eut le bonheur de guérir de cette bleffure.

Un efeadron François étant entré dans le* Dunes pendant que le Duc d*Yorck chargeoit les Angiois , il fe trouva obligé de fe retirer prompte- Bient : ils alloient le prendre en flanc , & luiauroient coupé infailliblement la rctraitte , fi dans le ntême teins le Prince de Ligne ne le» avok chargés. Il ne le* défit point ; mais les ayant arrêtés, cela facilita la retraite du Duc, ti cnfuitL- le Prince de Ligne fe retira lui-même.

Le Régiment de Boniface ne fut pas le feul malheureux j tous les autres Régtmeu» d'Efpagnol* natttfeis fc trouvèrent enveloppés par la Cavuleric

f ii

A.h,t6 j8. Les Angloîs ne les chargèrent point comme ils a-.troisnt dû en marchant diredement à eux. Deux de ces Régimens Anglais voyant la réfiftance que faifoit Boniface , fe contentèrent de marcher fur le flanc , & de tirer fut les. autres Efpagnol» naturels en.paflànt , & en marchant fur la hauteur de la môme Dune après le Régiment de Locxart. .

Pendant que les chofes fe pafToient ainfi le long de la mer , Paile gauche ne fut pas moins maltraittéc. Les quatre pièces de campagne que les ennemis avoient fait avancer le long du grand chemin firent une terrible éxecution Se fur la Cavalerie & fur l'Infanterie. Les Gardes Françoifes & le Régiment de la Couronne qui étoit commandé par M.. de Montgommery furent tirés de la féconde ligne par M. de Turenne , placée à la droite des Gardes dans ia prairie , & attaquèrent trois petits bataillons des Efpagnols entre les Dunes & le Canal , qui après une fuible rcfillance * s'enfuirent. La Cavalerie Fcançoife , pour profiter de ce . défordre , avança devant l'Infanterie , faifant un front aufll large que le terrain le pou voit permettre , & étant conduite par le Marquis- de Créqui , Lieutenant Général : mais celle du Prince de Condé. ia vint charger C vigQufeufcmenr y qu'elle fut forcée de fe retirer derrière l'Infanterie , qui avançant en bon ordre , empêcha de poufler plus. loin . cet avantage. Les ennemis furent ainû repoufles jufqu'à ia troifiémefois j mais il fallut enfin céder , pareeque la Cavalerie Françoife étoit foûtenuc par fon Infanterie , Ce celle du Prince de Condé avoit abandonné la Cenne. Ce Prince fe jretira après avoir fair tout ce qui fe pouvoit & en Général & en Soldat, jufque»-là que dans la troi. fiéme attaque il fut en grand danger d'être pris.

A. l'égard de ce quife paûa fur la. droite du Prince de Condé dans les Dunes entre lui & les Efpagnols naturels ,le Régiment, de Guifcard ne lit point ferme pour foû tenir l'attaque des Suifles : il tira pendant que les ennemis étoient encore à une fort grande dillance. Une partie prit la fuite, & les quatre bataillons qui étoient proche rirent la même chofe fans attendre les ennemis. Cette infâme poltronnerie , & la défaite de Boniface , jetta répouvante dans la Cavalerie qui étoit derrière j la. plus grande parue prit la fuhe fans avoir vû l'ennemi ; les Officiers firent inutilement des effort* pour les arrêter : mais le peu qui tint ferme fe battit avec beaucoup de valeur , comme on le verra dans fon lieu.

Le Régiment qui fui voit les trois dont on à parlé , étoit celui du Duc cPYorck : il.tint ferme un peu plus long-tems que fes voifins fur la gauche; vais une voix s'etanx élevée derrière , que riafeatcrjc eût a fe fauver, ce

v DU DU C D'YORC K , LIVRE IL cxlj bataillon fe rompit , les foldats abandonnèrent leurs Officiers, & prirent la fuite. Le Colonel Grâce voyant ce défordre, crut devoir fonger à fauver fon Régiment , fit volte face , fe -retira en trois divifions , & tenant ainfi tout fon monde en bon ordre , il eut le bonheur de gagner le canal de Fumes, le long duquel il fit fa retraite , fans perdre un feul homme : mais le Régiment d'Yorck eut un fort bien différent ; quoique M. de S. Roch avec fon Régiment de Cavalerie , eût charge & battu les Gendarmes du Cardinal , tuant de fa propre main Du Bourg qui les commandoit , ceux qui dévoient le foûtenir l'ayant abandonné , & voyant d'autres efeadrons qui venoient le charger , il fut forcé de fe retirer comme il put. La Cavalerie qui le pourfirivoit joignit bientôt après le Régiment d'Yorck, dont îlnefefauva pas un homme , hors Mylord Muskery qui le commandoh. A peu près dans a même-tems là , le vieux Colonel Michel Meftre de Camp Allemand, chargea avecibn efeadron le bataillon de Turenne ; mais il ne put jamais l'en foncer , & il foûtint fes efforts avec tant d'ordre & de fermeté , que Miche, fut tué avec la plupart de <- fes- Officiers, & fon Régiment repoufle, fan» autre perte du côte de celui de Turenne , que du Lieutenant-Colonel Bet. befc , qui fut tue à la tête de fes piquiers d'un coup de piflolet. Hors ce* deux Régimens , on ne fe fouvient point qu'il y en ait eu d'autre de la Cavalerie Efpagnole qui ait fait fon devoir en cette bataille.

Pour revenir au Duc d'Yorck, il fongea à la retraite quand H fevit environné de tous côtés par la Cavalerie Françoife , fans aucunes troupes pout les combattre , & ne fçachant point ce qui pouvoit s'être pafie fur la gauche , où étoit le Prince de Condé , il refolut d'y aller : il n'avoit pas aver lui plus de vingt chevaux , le refie de fes Gardes s'étant retiré avec le Lieutenant , après qu'on eut quitté les Anglois. Ce petit nombre contribua plu» qu'aucune autre chofe à le faire échapper j il en avoit fuffifamment pou* ne pas craindre les coureurs ennemis & leurs gens écartés, & n'en avoit pas affea pour donner envie de le venir obferver: plufieurs crurent telle* ment qu'il étoit des leurs, que- comme il marchoit il rencontra quatre 011 cinq Cavaliers qui attaquèrent un de fes Officiers , nommé Victor, qui étoit .Lieutenant j il crut que c'étoit de la Cavalerie du Prince de Condé , & leur cria en François , Lmjfa. U Mtr , iefi mit nu AngUis t fur quoi ifs le relâchèrent , hû rendirent fon épée qu'ils lui avoient pris , & le retirelent dans la croyance que le Duc -étoit un de leurs Officiers. Ils étoient de l'armée de France : on étoit dans l'erreur de part & d'autre , & le Duc ne tecennut la fienne-, que quand Vidor lui dit enfuite que c'étoient des ea-»

exlij MEMOIRES

An 1 6 8 nem"" ^*"ncc continua 100 chemin , Se fit fi bien qu'il pafTâ au trot a* travers de l'armée de France , jufqu'à ce qu'il joignit le Colonel Grâce 6c fon Régiment avant qu'il eût traverfé les Dunes ; & partant auprès des Régimens de Turenne & de Picardie , il trouva en arrivant au grand chemin le long des Dunes tomes les troupes du Prince de Condé en déroute.

Le Duc d'Yorck. ne fe tira d'affaire qu'avec beaucoup de difficulté ; car. la foule des fuyards étant fort grande dans le Village de Zudcote , au travers duquel paflbit le grand chemin , il ne vit point d'autre moyen de fe dégager qu'en prenant un autre chemin autour du Village. M. de Morieul , un Colonel des troupes de M. le Prince , que le Duc rencontra en quittant les Dunes , n'ayant pas voulu fuivre fon exemple , fut pris un moment après. Ce Prince regagna le grand chemin de l'autre côté du Village , où il trouva Dom Juan , le Prince de Condé & le Marquis de Caracène ; on fut obligé de faire volte face , pour donner le tems à Dom Juan de monter un autre cheval , le lien étant devenu boiteux par accident ; après quoi on picqua des deux , & on n'arrêta plus que quand les ennemis cefllrcnt de pourfuivre

Tous les Officiers Généraux , excepté Dom Eftevan de Gamare , agirent avec beaucoup de bravoure pendant cette bataille. Doîn Juan refla fi longtems, qu'il courut rifque d'être pris , & le Marquis n'échappa qu'avec beaucoup de peine : un Cavalier ennemi faifit la briJe de fon cheval avant qu'il fût hors des Dunes ; mais lui ayant déchargé un coup de canne dans let yeux , il l'étourdit de manière qu'il lâcha les rênes , & donna le loifir an Marquis de fe fauver. On a déjà parlé de la vigueur avec laquelle le Prince de Ligne avoit chargé les ennemis i mais on ne fe fouvient pas comment il fe fauva ; & quant à Dom Fllevan de Gamare qui commandoit en qualité de Meflre de Camp Général , il ne ceûa point de courir i toute jambe jufqu'à ce qu'il arriva à Nieuport.

On n'a point encore rien dit du bataillon qui étoit compofé du Régiment du Roi ù'Angleter.e& de celui du Comte de Brirtol, & ce feroit fJre iiijuftice au premier des deux de pafllr ce qui fuit fous fiience. Ils ét oient poftés.comjne il a déjà été dfc,à la gauche des Efpagnols naturels: quand tout fi%en déroute fur leur droite & fur leur gauche , la partie du bataillon qui compofoit le Régiment du Roi , tous Anglois , demeura ferme , quoique tous les Soldats du Régiment de Brillol.qi i étoient IrianJois , fe fu fient enfuis auffi-bien que leurs Officiers , qui prirent le même parti , quand ils virent qu'ils ne pouvoknt point les arrêter , à la réferve de Stroud Anglois, qui

DU DUC D' Y 0 R C K . LTV RE IL cxliïj

étoit Capitaine- Lieutenant, qui fe vint mettre avec fes compatriotes , dont . , ~ le Lieutenant-Colonel &ic Major les avoiem auffi bien abandonnes que N>l * * Les Irlandois ; 'c premier fous prétexte d'aller chercher des ordres , & l'autre pour quelque caufe qui ne valait pas mieux. Il arriva au Lieutmant- Colonel ce qu'il méritait ; car ayant été rencontré par des Cavaliers François écartés , ils le bleflcrent d'un coup de moufqueton fous l'œil , dont La balle lui reflbrtoit par le col , & n'en échappa qu'à grande peine ; il fut démonté , 8c ayant été rencontré par hazard par un des Gardes du Duc (TYorck IrUndois, & le fcul qui s'etoit mal comporté dans cette occafion, il le tira d'embarras. Tous ces accidens n'étonnèrent point le Régiment du Roi d Angleterre ; ils relier nt dans leur terrain , quoiqu'ils viûent pafler fur leur gauche toute la première ligne de l'armée de France , & fur leur droite les Anglois de CromveJ. M. de Rambure qui commandoit (a féconde ligne , avançant avec elle à la tête de fon Régiment, alloit attaquer le Régiment du Roi d'Angleterre ; mais le voyant fcul , il avança un peu devant les troupes pour lui offrir quartier ; les Officiers répondirent qu'ils avoient été poftés dans cet endroit par le Duc , & qu'ils étoient réfolus de • s'y maintenir auffi long-tems qu'ils pourroient ; il leur répliqua que leur réliflance feroit vaine , puifque toute leur armée étoit en déroute ; ils répondirent de rechef qu'Us ne dévoient point ià-deffiis en croire leurs enne. mis i fur quoi il leur ofkit s'ils voulaient envoyer un ou deux Officiers qu'il les inenerott fur une Dune , u'où ils verroi nt eux mêmes que ce qu'il leur difoit étoit vrai. Capitaine Thomas Coo'i & Alton furent détachés i il les mena .fur la hauteur , d'où ils virent qu'ils étoient les feuls qui relloient de toute l'armée : ils furent en faire leur rapport au Régiment; fÔir quoi ils offrirent de mettre les armes bas , à condition qu'ils ne feroient point mis entre les mains des Anglois ,& qu'ils ne feroient ni dépouillés ni fouilles , ce qui leur fut accorde j & M. de Rambure leur en ayant donné fa parole , qui fut exa&ement tenue , ils fe rendirent , & fe trouvèrent' bien plus heureux que l'autre Régiment qui les avoit abandonné , dont la/ plupart furent tués , & le relie pris & dépouillé.

Il n'y eut pas plus de quatre cens hommes tués dans cette bataille du côté' des Espagnols , dont les principaux furent le Comte de la Motterie , le Colonel Michel , la plupart des Capitaines de Bouiface, un de Saralvo , un autre de Gomez , Dom Franctfco Romero , avec deux ou trois de fes Officiers. Des troupes du Roi d'Angleterre , truis Capitaines , quelques, Lieutenans & Enfeigne» , St des Brigadiers de la Compagnie des Gardes du >

cxiit M E M O I R ES '

1 ~7~~7 Duc d'Yorck. Le Prince de Condé ne perdit perfonne de qualité que le

AV. 1658. Comte dc MeHIe , Lieutenant-Général , & peu de Capitaines. Des Efpagnols , furent pris le Marquis de Saralvo , Risbourg , Conflans , Belleveder, le Prince de Robec , Dom Antonio de Cordoue , Dom Juan de Tolède » Dom Jofcph Manriquez , Dom Louis de Zuniga , le Baron de Limbec» Darchem & Baynes , tous Meftres de Camp de Cavalerie, ou Colonel» d'Infanterie ; M. de Montmorency , Capitaine des Gardes du Prince de Ligne: la plupart ne furent pris que parce qu'ils .furent abandonnes par leurs troupes, & qu'ils ne voulurent point s'enfui* avec elles. Il n'échappa que peu de Capitaines & Officiers fubaltemes des Régimcns Efpagnols naturels , qui fe comportèrent en braves gens : mais de leur Cavalerie ils ne perdirent point d'Officiers à- proportion. Du Régiment du Duc d'Yorck , Mylord Musxery fut le feul Officier qui échappa , & des Soldats il n'en revint qu'une vingtaine : le Régiment du Roi fut entièrement pris i il. n'en revint que tres-peu de celui du Comte de Briftol , mais il ne perdit que cinq

ou fix de fes Gardes.

Quant aux principaux Officiers du Prince de Condé , M M. de Coligny & de Boutteville , Lieutenans Généraux , furent faits prifonniers avec Meille qui mourut de fes bleflures , & M. Desroches , Capitaine de fes Gardes. Il ne perdit que fort peu de fon Infanterie , qui ne fit rien qui vaille : elle étoit le long du canal , ce qui lui facilita les moyens de fe fauver. Sa Cavalerie fouffrit peu , quoiqu'elle combattit avec beaucoup de valeur , & il ne perdit pas un feul Colonel. On ne fçait pas combien les ennemu perdirent de monde , le nombre en fut peu confldérable ; ils n'eurent d'Officiers tués aue Betbefé Lieutenant-Colonel du Régiment de Turenne Cavalerie, ïiubouM dontonadéja parlé, cVM.de la Berge, Major Général ( 1 ) de Plnfanterie. Des Anglois de Cronvrel , Fen*iok & Lockart , Lieutenans Colonels & deux Capitaine, furent tués, & quelque* Lieutenans & Enfeiene. bleues.- La reconnoiûance oblige de ne pas oublier, ici que M. de Gadaune Lieutenanr Général de l'armée de France , qui commandon I Infanterie a'yant oui dire après la défaite , que le Duc d'Yorck avoit cte pm Z l s Anglois , il prit deux ou trois efeadrons qui étoient commandes par fes nLes8amis , fie traverfa les Dunes pour aller à eux , dans la refolut.on de ë «irer de leurs mains au de gre ou de force , s'tl y avott eie 5 ma,s il e t bien de la joye de trouver que c'etoit n„ faux avoient heureufementlailTé le canon & les bagages a Furnes , où en arrx- < , ) Ceft «n emploi moindre que Licutcainr^cn^al , ou Maricbal d*Cam?. ^

DÎgitiza

DU DUC D*YORCKt LIVRE IL •xlv fan t âpre* la deflaite on crut la perte bien plus confidérable quelle n'étoit : ÂnTTZTs" mais la plupart des Officiers d'Infanterie & des foldats fe fauvercnt des mair » des ennemis. Dom Antonio de Cordoue Se plufieurs Officiers de remarque furent de ce nombre , ceux qui les avoient pris les ayant relâchez pour un peu d'argent.

M. de Turenne après fa viâoire rentra dans fes lignes , continua le fiége , & la Place ne tarda pas long-tems à fe rendre. Elle auroit duré davantage £ le Marquis de Léde n'avoit été blefle & ne fut mort peu de jours aprè?. On apprit a Furnes le ving-fix que Dunkerque avoit capitulé , & l'armée marcha le même jour à Nieuport : en y arrivant tous les Rcgimens fe trou* verent aufli complets qu'avant la bataille hors celui du Roi d'Angleterre & les Efpagnols naturels. On tint aufli-tôt confeil pour réfoudre ce qu'il y avoit à faire : Dom Juan propofa de pofter l'armée le long du Canal entre Nieuport & Dixmuide,& détacher d'en deffendre le paflTage. Ceux qui parlèrent après lut furent du même avis & les autres ne s'y oppoferent point directement ; mais quand ce fut au Duc d'Yorck à parler il opina contre , & donna fesraifons, répréfentant qu'on n'avoit point un Corps d'Infanterie fuffifant pour defiendre le poûe contre une armée viâorieufe ; que les troupes- «totem intimidées par une deffàhe toute récente ; qu'il falioit confiderer à' quellesextremitez on feroit réduit fi on étoit forcé ; qu'il feroit prefque impoiTiHe d'affurer Se de conferver les grandes villes ; que les ennemis feroient en état de choifir celles qu'il leur plairohr de prendre, & que beaucoup d'autres îoeonvéniens réfulteroient d'une entreprife fi hafardeufe. Il propofa enfuite de divifer l'armée , d'en mettre les troupes dans les grandes villes du voifinage qui ctoient les plus expofees ; qu'ainfi celle qui ferok attaquée, pourzoh faire une vigoureufe réfiflance , ôc fe defiendre au moins fi long-tems que quand elle viendroft à être prrfe ii ferok trop tard pour les ennemis d'entreprendre un autre fiége , & que pendant qu'ils feroient occupez à en faire wi , on auroit le Ioifir de rafiembler les troupes, & de profiter desoccafions qui pourroient fe prefenter. On délibéra fur cette propolirion,& il fut réfolu de divifer l'armée : le Duc d'Yorck & le Marquis de Caracêne furent laiffez dans Nieuport qu'on croyoh que les ennemis afliegeroient avec deux mille hommes d'Infanterie & autant de Cavalerie, te Prince de Con Je fut ' a Oûende avec un Corps-de troupes fuffifant pour defiendre cette forte Place. Dom Juan fe jetta dans Bruges avec de l'Infanterie & un Corps confidérable de Cavalerie , & le Prince de Ligne avec le rerte des troupes entra dans Yprc. Le Duc d'Yorck fortant du confeil de guerre , le Prince de Condc lui*

cxlvj MEMOIRES

demanda pourquoi il fe hazardoii à contredire Dom Juan comme ÏÏ venoît A N. 1 6 5 8 . dc ^.re . jj lui r(-.pontjit quc c'étoit parce qu'il n'avoit pas envie d'être obligc une féconde fois de s'enfuir comme à la bataille des Dunes.

Les troupes s'ctant feparées fuivant la répartition ci-deflus , M. de Turenne vint peu de jours après à Dixmude dans le deflein de pafler le Canal qui va de Nieuport à Ollcnde pour en couper la communication. Tout étoit pat pour faire le fiége de cette première Place , lorfquc M. de Tu renne re<, ut ord redu Cardinal d'attendre jufqu'à nouvel ordre , le Roi étant dangéreufement malade à Calais : cet accident fauva Nieuport j il n'y avoit pas dans la Place pour quinze jours de munitions quand M. de Crequy arriva dans le vùifinage ,xant la négligence des Efpagnols avoit été extraordinaire : mai» deux jours après il en arriva d'OAende.Pour fe mettre en état de foutenir plus îong-tems le fiége , on travailla à faire une nouvelle conirefcarpe , cinq demi-lunes & une langue de ferpent au de là du Canal , qui embraflbit les anciens dehors , ce qui fut achevé en huit jours. Enfuite on lâcha les éclufes pour inonder le pays ;.mais cela ne fit pas l'effet qu'on avoit efperé t parce que le terrain autour de la Place étoit plus haut qu'on ne croyoit > cependant on en tira encore quelque utilité. L'armée de France relia à Dix. niudc, & M. de Crequy à la portée du Canon de Nieuport pendant tout le tems que le Roi de Jrance fut en danger. Les Généraux de l'armée d'Efpagne s'aflTemblcrent dans cet entretenu à Plaskendal , village fur le Canal en?» •re Bruges & Nieuport , 6c réfoiurent qu'aulfi-tôt que Parmée ennemie quitteroit Dixmude, Dom Juan Je Prince de Condé & le Marquis de Caracêneaffen.bleroient à Bruges autant de troupes qu'on en pourrait tirer des Places où l'armée avoit été dillribuéepour obferver les mpuveinçns de M. de Turennei que le Duc d'Xorcx refleroit à Nieuport avec un Corps de Cavalerie pour couvrir , autant qu'il feroit poflible , cette Place , Oftende & Bruges. Ce Prince en revenant i Nieuport avec le Marquis de Caraccne , eut une chaude allarme qui les fît gallopper tous deux près de trois mille de peur d'être coupés avant de pouvoir gagner la Ville ; ce fut M. de Varennes , Lieutenant Général de l'Armée de France , qui la luy donna en faifant pafler quelques Cavaliers de l'autre côté du Canal pour le reconnoître.

Peu de jours après l'Armée de France quitta Dixmude : mais M. de Crequy ne bougea point de fon Camp. Le Marquis de Caraccne , en conséquence de la réfoluti,on qui avoit été prife, alla joindre Dom Juan 6; le Prince de Condé , avec quelques Efcadrons , & l'Infanterie Efpagnolc qui s'étoît échappée ou rachetée des mains des François. Peu de temps après M. dp .Crequy fe retira du voilinagede Nieuport pour aller joindre M. de Turennei

DU DUC D'YORCK , LIVRE 11. cxlvij ttais fans un accident il ne feroh pas retourné à Ton âife. Le Duc <TYorck j— — — — ayant été averti fur le midy qu'il plioit bagage , il fui lui-même pour le re- 1 J connoître , & ordonna en même-tems qu'on lit un détachement de fix cens famaflins pour le venir joindre inceflamment dans la contrefcarpe avec tome te Cavalerie , ayant deffein de tomber fur l'arriére garde de M. de Crequy. Ce Prince découvrit qu'il décampoit effectivement , que les bagages étoient déjà partis , & les troupes en mouvement : il envoya chercher l'Infanterie qu'il avoit fait commander , fa compagnie des Gardes , Se deux ou trois e£ cadrons : la Cavalerie arriva , mais l'Infanterie fut fi lente qu'avant qu'elle fut venue les ennemis étoient fi éloignes de la ville , qu'il auroit été dangereux de les attaquer Ai nu* il ne fe pafla qu'une légère efearmouche entre quelques foldats écartés & quelques volontaires à cheval, qui fans avoit reçu aucun ordre , chargèrent un petit parti de Cavalerie qui couvroit l'arriére garde fur la digue. Un des Pages du Duc qui s'appelloit Littleton s'engagea fi chaudement qu'il fut fait prifonnier.

Le retardement de l'Infanterie empêcha l'exécution du deflèindece Prince. Un petit Navire chargé de vin & d'eau de vie étant échoué le matin fur la côte , tous les foldats y allèrent à la marée bafie , Se s'étant enyvrez il ne fut pas poffible aux Officiers de les aflèmbler pour le temps qui ayoit été ordonné.

Le Duc d'Yordc ne s'ciant pas trouvé à ce qui fe paflit le refle de cette campagne , on n'en fera point de détail ; on fe contentera de dire en peu de mots que le Corps d'armée que commandoit le Prince de Lignes auprès d'Ypres fut furpris & défiait par M. de Turenne , qui tailla en pièces louter fon Infanterie , & le pourfuivit jufqnes dans Ypres qu'il affiégea & prit en peu de jours : il marcha enfuhe à Oudcnarde dont il fc rendit maître : la- Place n'-étoit pas forte , mais elle étoit d* conféquence. Ii y lai (Ta une forte garnifon de même qu'à Deynfe & dans la plupart des Places fur la Lys; ainfi cet échec du Piince de Lignes caufa plus de dommage aux Efpagnolsque la perte de la bataille des Dunes car excepté la prife de Gravelines , les François auroient fait peu de progrès pendant le relie de cette campagne, après l'inaction dans laquelle ils étoient demeures pendant Ia> maladie du Roi à Calais: mais cette féconde viâoire les mit en état de prendre plufieurs* Plates , comme le Duc d'Yorck en fut informé dcpuU par une perfonne qui» pouvoh le fçavoir.

Peu de temps après que le Marquis de Crequy eut décampé des environs de Nieuport.,, le Duc d'Yorck marcha, avec fes tfoupes aux fauxbourgs de-

ti).

olviij MEMOIRES

Bruge» , réglant fes mouvcmerts fur ceux des ennemis, & fetemiit toujours An. 1 6 5 8. d<; côté du Canal ^ pouf ne pas Engager mal à propos dans quelque

mauvais pas , en prenant garde fur tout de fe conferver une communication libre avec les Places qui lui avoient été confiées. Le feize de Septembre il retourna à Nieuport , où il reçut l'agréable nouvelle de la mort de Cromvel. II envoya aufli-tôt prier Dom Juan d'envoyer quelqu'autre prendre le commandement qu'il avoit , parce qu'il étoit abfolument néceffaire qu'il allât trouver le Roi fon frere à Bruxelles fur ce changement des affaires en Angleterre. M. de Marfin fut envoyé pour le relever , & étant arrivé à Nieuport , le Duc en partit auffi-tôt & ne retourna plus à Tannée , la faiibn étant trop avancée lors quil fut en état de quitter le Roi , & fa prefence ne fc trouvant plu» néceffaire dans fon département , & toutes les troupes s'étant retirées de part «c d'autre dans leurs quartiers d'hyver , il alla voir la PriuceOe fa feeur à Bréda , avec laquelle il relia quelque

lemps. , r ci

La mon de Cromvel Se les furies qu'on pouvoit en prévoir ( ion ni» Richard n'ayant ni la vigueur , ni la capacité de fon Pere ) relevèrent le courage des RoyaUftes , que le mauvais fuccès de* entreprifes qu'ils avoient faites pour le rétabliffement du Roi , avoient beaucoup abbatu. Ils oublièrent tous les dangers qu'ils avoient courus i & méprifant ceux auxquels il» alloient s'expofer , Hs travaillèrent tout de nouveau , & crurent enfin avoir trouve le moment favorable d'exécuter leur deffein : mais de nouveau tous leurs projets échouèrent. Le Roi Charles allai*«pw* en Efpagne à Fontarabie , où l'on travailloit à la paix des Pyrennées. Le Duc d'Yorck fe retira i Boulogne fur mer. Quelque tems après , le Capitaine Thomas Cook lui apporta des lettres de la Reine fa mere. Ces lettres donnoient avis au Duc , que M. de Turenne , qui étok aux environs d'Amiens fou- Littoit de Pemretenir fur les affaire. d'Angleterre. Le Duc fe rendit fecrettementà Amiens , & M. de Tureone lui dit en arrivant qu'rf aurott bien fouhaitté de parler au Roi fon frere : mais que puifquU n avoit pu découvrir où il étoh , il lui rendroit le même fervice en la perfonne du Duc. Il lui offrit fon Régiment d'Infanterie , qu'il devoit rendre de douze cen, hommes eflècWs , & les Gendarmes Ecoffois pour paffer en Angleterre avec ce Prince , des armes pour armer trois ou quatre mille hommes , fix pièce, de campagne , des munitions à proportion . & des vi vres pour la fubfiftance de cinq mille hommes pendant fix femaines ou deux mois; ***** ^uver des vaùTeaux pour txanfporter le tout en Angleterre, & dorocrpit

païïeports pour faire marcher à Boulogne & y embarquer les troupes , 7 ~7~ Z

: le Duc avoit en Flandre.à mefure qu'on auroit des vaifleaux ; que cepen- X * '

Dt/ DUC D* Y O R C K , LIVRE IL \aclïx

des

que

daut il les falioit faire venir à S. Orner , où elles trouveroient les pafleports 5 & pour faire les préparatifs plus fûreraent , il offrit de mettre fa vaiffelle d'argent en gage , & d'employer tout fon crédit pour trouver une fomme capable de pouffer l'affaire avec fucecs : il conclut d'une manière toute obligeante, en difant au Prince qu'il pouvoh aifément croire qu'il n'avoit là-deflus aucun ordre du Cardinal , qui étoit à la Conférence ; & que ce qu'il faifoit , étoit par une pure inclination qu'il avoit pour lui & pour fa Maifon Royale. Le Duc d'Yorck accepta la propolttion avec beaucoup de joye , & ne perdit point de tems à choiffr l'endroit du débarque-

Toates ces chofes ayant été ainfi réfolucs & mifes en bon chemin , M. de Turennc donna au Duc une lettre pour le Lieutenant de Roi de Boulogne, auquel il ordonnoh de lui fournir tous les vaifleaux qui fe trouveroient dans fon Gouvernement , jufqu'aux batteaux pêcheurs. La Reine fa mere lui en procura une autre du Maréchal d'Âumont à la meme perfonne & pour la même fin ; & l'affaire fut fi avancée , qu'on étoit à la veille du jour qui avoit été pris pour l'embarquement , & que le Duc de Bouillon êc le Comte d'Auvergne , neveux de M. de Turenne , ctoient venus joindre le Prince pour l'accompagner en qualité de Volontaires dans cette expédition , Iorfqu'il reçut nouvelle de la défaite des Royaliftes par Lambert ; fur quoi il partit de Boulogne pour aller trouver M. de Turenne qui étoit à Montreiïil, & qui ayant été informé de cet accident , ne jugea pas à propos qu'on entreprit aucune chofe dans cette fâcheufe conjoncture. Il lui confeilla d'avoir patience & d'attendre une meilleure occafion , qui ne pouvoit pas tarder long-tems, vû la brouillerie & la confuGon qui dévoient néceffâirement arriver en Angleterre- Le Duc inGftok néanmoins pour y pafler, croyant que le Roi fon frère étoit débarque dans le Welt ou dans le pays de Galles; qu'il pouvoit être en danger , & qu'en ce cas il n'y avoit pas de moyen do le tirer d'embarras , Se de le fauver , ou de lui donner lieu d'entreprendre quelque chofe d'important , qu'en failânt une diverOon : mais toutes ces raifons ne purent point gagner fur lui de le Iaiffer partir ; Se fur ce qu'il l'en prioit de la manière du monde la plus preffante , il répliqua qu'il ctoit fûr que le Roi n'etoit point pafle en Angleterre ; Se que quand il feroit vrai qu'il y fût, il n'etoit pas raifonnable que le Duc fc hazardàtdans une entreprife où il n'y avoit pas la moindxe apparence de fucecs. Il lui

cl MEMOIRES DU DUC DTO RC K ,LIV RE IL

confeilia de retourner en Flandre , & d'y attendre des nouvelles d'Angleterre & du Roifon frère ; & fçachant qu'il n'avoit point cPargent , il lui donna trois cens piHoIe* & un paûeport. Ainfi finit cette entreprife.

Fin du fécond Livre.

CERTIFICAT DES SUPERIEURS du Collège des Ecouois à Paris.

'KJOUS foujfignés Prêtres Adminifirateurs du Collège des Eco fois JL Y dans l'Untverfitê de Paris, àfçavoir, Louis Inefe , ci-devant Premier Aumônier de la feue Reine de la Grande Bretagne , ejr Ancien Principal du Collège ; Charles Whytford Principal > Thomas Inefe Sous- Principal y Georges Inefe Procureur >, ejr Alexandre Smith Préfet des Etudes dudit Collège > Certifions à tous ceux à qui il appartiendra , que les Mémoires ci-dejfus de feu Roi Jacques IL de la Grande Bretagne, font confîmes aux Mémoires originaux Anglois écrits de la propre main» de S. M. ejr confervés y en vertu d'un Brevet figné de fa main , dans les- Archives de notredit Collège ; Et nous fufdits certifient en outre que h Manufcrit ci-defus ,revû ejr corrigé par le fufdit Roi Jacques , traduit par fon ordre , donne de fa main à feu S. A. E. le Cardinal de Bouillon le 1 7. du mois de Janvier 169-6. ejr écrit de la main du fieur Dempjler , l'un des Secrétaires de fadite Majejlé , efl conforme pour les faits , défaits circonftances , réflexions , ejr généralement tout ( le tour du fille feul ejr l'ordre de la relation exceptés ) à une féconde traduction des mêmes Mémoires Anglais originaux, faite par l'ordre de la feue Reine de la Grande Bretagne ,fignée de fa main , cachetée du Sceau de fes Armes , contrefignée par Mylord Caryll, Secrétaire d'Etat le 14. Novembre 1 704. ejr donnée le

1 5 . Janvier 1 70 j . par le fufdit Loùts Inefe à S. A. E. le Cardinal de Bouillon , pour finir à l'Hifioire du Vicomte de Tutenne : En foi de quoi ,. nous avons figné les Pré fentes , ejr y axons appofe le Sceau dudit Collège. Fait à Paris ce vingt. quatre Décembre mil ftpt cens trente- quatre.

Signé, L. Inisse. Ch. Whytfoud. Tlio. Inesse. Geor,- Iness£. Al. Smith.

H ;TV. .ÏVV *

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