LE BILL DE L'INDE
Quoi ! gouverner sans les Communes et sans la nation !... C'était enfiler le chemin des précipices, celui de Charles I*% de Jacques II.
Voilà ce que tout le monde eût dit, ce qu'il ne se dit pas. Chose incroyable! comment cet homme si jeune avait-il déjà ce secret honteux, savait-il la profonde corruption du cœur de l'homme, ses étranges et soudains retours ?
Georges, tout fou qu'il était, était fort effrayé, songeait à se retirer en Hanovre, disant pe«t-étre comme son aïeul Georges P"* : « J'en serai qo^MpIpôur mes ministres, dont ils couperont la tète. »
Pitt, bien plus corrompu, jugea qu'on s'arrangerait, qu'une nouvelle élection ittiènerait des hommes plus souples, — un peu fâchés d'abord, mais récon* ciliables. — Cette question de l'Inde qui semblait un péril, il jugea froidement que c'était un appât^
<]le fait bizarre et singulier d'un roi, vaincu en Amérique, vaincu dans le Parlement, qui se moquait du Parlement, le renvoyait chez lui, et semblait mettre à néant la fameuse constitution, était une témérité pire que toutes celles des Stuarts. Mais
*■ Tout cela est très-obscur, adroitement gazé par les Anglais. Notre compatriote, M. Barchou de Penhoen [Histoire de Vlnde)^ dans son grand ouvrage si prolixe, suit de plus près les pièces originales. Ce n'est qu'en lisant son récit qu'on voit Pitt bien à nu dans ce moment solennel , et l'immense intérêt électoral qu'il avait dans celte affaire, qui changea le gouvernement anglais pour un demi-siècle.
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' quand on vit, après cela, ce pays si paisible qui mettait l'Inde aux pieds du Roi, et celui-ci y mettre pour vice-roi son aide de camp, l'Europe crut voir dans ces événements le naufrage et la submersion de r Angleterre.
Personne alors ne savait que l'Angleterre est un vaisseau vivant qui, in cas de besoin, se dirige et échappe. Une foule d'intérêts privés sont là pour venir au secours, pour sauver du moins les apparcBMI et faire que le vaisseau, avec telle avarie, n^erâimxi pas et même marche fièrement.
C'est ce qui arriva. Dès le moment qu'on vit la Couronne péricliter et le grand mât du navire menacer, une foule d'hommes intelligents vinrent à la rescousse, et, dans leur propre intérêt, aidèrent à la manœuvre. Là, les Ânglo-Indiens , les nababs, comme on disait, furent admirables, travaillèrent vigoureusement pour M. Pitt et pour le Roi. La Cité s'émut fort, et tous les gros capitalistes. De sorte que Pitt put dire à Fox qui avait le Parlement, la loi et la Constitution : « Moi, j'ai la tête de la nation, la plus respectable Angleterre, la Cité, le Roi et les Lords. »