‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 15 sur 79 · LE BILL DE L'INDE · texte numérisé non relu

LE BILL DE L'INDE

Fox, ministre de la Couronne, propose cela. Mais, spectacle inattendu ! c'est la Couronne, le Roi qui travaille contre, se déclare contre son ministre. Le Roi écrit aux Pairs, sans détours ni ambages, que quiconque votera pour son ministre est son ennemi personnel. Les Pairs rejettent lebill.

Ainsi ce voile religieux quil&eUait le Roi derrière un nuage, le rendait invisible^ impeccable (n'agissant que par son ministère), c'est le Roi même qui le déchire, et brutalement, comme un fou, s'expose en

chemise. ',^i-~ • *■

Tout est permis aux fous. Celui-ci qui se moque de la Chambre, ne s'informe pas de la majorité qui est pour Fox et pour la loi. Et il lisque cela dans l'affaire la moins excusable, dans une scabreuse affaire de profit et d'argent, qui lui ouvre une foule de places à donner, de sorte que désormais la Couronne apparaît cyniquement appuyée sur ses deux corruptiMH électorales : le grand budget des places de HE^lise et celui des places de l'Inde.

Audace épouvantable att^momentpù la Couronne, vaincue par la Chambre, paraissait au plus bas !

Trouvera-t-on un homme assez désespéré pour suivre ce fou qui marche sur les toits ? Il faut quelqu'un de leste pour suivre ce chemin. La jeunesse intrépide en est seule capable sans doute, si la prudence, les scrupules ne l'arrêtent pas. M. Pitt, si jeune, avec son teint de rose, d'enfant, de vierge.

suit le Roi par ce chemin cynique et dangereux, dont plus qu'un autre il aurait dû, ce semble, avoir horreur. C'est justement la voie contraire à celle de son père. Où est-elle la belle séance, si glorieuse pour lui, où il soutint Chatham mourant dans cette grande scène patriotique où on augura tant du jeune homme? Démentir à ce point Chatham et toute sa tradition de famille, cela rappelle Tambitieuse TuUie qui, pour aller au trône, n'arrêta pas son char, le fit passer sur le corps de son père.

Il finit croire que le maître de Pitt, l'évêque Tomline, avait bien cuirassé son cœur. Tomline conte la chose simplement sans être embarrassé : c< Ce fut, dit-il, le seul événement qui, à ma connaissance, ait jamais troublé le repos de M. Pitt, bien qu'il fût en bonne santé. »

c( En effet, dit M. Lewis*, il se croyait noyé, enfermé par les eaux » d'une inondation, quand, devenu ministre, sa réélection à la Chambre fut figh posée et qu'il y eut un immense et unanime éclatde rire.

Tout autre se fût découragé, eût reculé devant la majesté sainte de la Constitution. A toutes ces voix ironiques qui lui disaient : a Retirez-vous ! » il répondit : «Je reste, pour défendre le privilège du Roi, qui seul peut nommer les ministres. »

* Cornewall Lewis, Histoire gouvernementale de VAngletetre (bon ouvrage, traduit, 1^67).

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