‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 22 sur 79 · VICTOIRE DÉCISIVE DE RIVOLI · texte numérisé non relu

VICTOIRE DÉCISIVE DE RIVOLI

Barras floltait dans cette tempête et penchait dans ce dernier sens, comme on le vit quand Bonaparte acheta la paix en sacrifiant la république de Venise. Hais tout son entourage, sa cour, ses femmes, Tadorée madame Tallien, l'adroite Joséphine ne le laissaient pas libre. Elles pesèrent du côté de la réaction, du côté de Rome et de Bonaparte. Barras céda l'ascendant aux amis de la paix et à Carnot. Mais il ne pardonna jamais à Carnot sa propre faiblesse. Il le haït à mort et une fois s'emporta contre lui en termes si extravagants, qu'on put croire qu'il perdait l'esprit.

Ce qui prouve pourtant pour Barras, c'est que les plus sages amis de Carnot même, étaient d'opinion contraire à la siepms, h^ plu^ ancien dç, tou$^ Prieur (de la Gô|^-d'Or) Iftû.reprocbaitd'étri^ trop §kcru^[eux contre les rétrogrades. £t rAniériiÇ^n Monroê lui disait: a La France,, loin de c^der aucune, dô ses conquêtes, doit par^tout plasitor ifon 4(9|)e^.^, C'^st œlui de jia liberlé\ )>

Mémùirei de Cdmot, II, 155.

GAMPÂGKE DU TTROL (MARS-ÂYRIL 97). — BONAPARTE SAUTE

L'AUTRICHE A LËOBEN.

.-tv-

le traité de Tolentino finissait assez tristenmit la ctmpagAe d'i^lie. Pour un argent (promis), en avait oublié la question do principe, et la Tengeanoe de BAse^e, Tant de promesses faites d'aller à Rome et d'abolir, sinon la papauté au moins Tinquisition.

Pour compenser l'effet de ce triste traité, on entoya et Ton fit circuler en France vingt mille prisonniers, etc. Enfin on chargea Augereau de porter les drapeaux à Paris. La figure populaire du héros de Gastiglione, cette figure d'un enfant loustic du faubourg Saint-Marceau, devait rassurer les patriotes sur les intenticxis réelles de Bonaparte, et répondre de sa sincérité républicaine. Il n'avait pas tenu ses promesses tant répétées d'aller à Rome. Pourrait-il

GAKPAGNB mi nROL. 105

tenir cdle, râtérée, depuis un an, de passer les Alpes et d'aller à Vienne? Il en avait une excuse bien Intime dans la saison. Gomment passer les Alpes lorsque ThiTer durait encore, un liiTcr assez rigoureux?

Ses partisans, et les journaux, stylés par ses frères et par Joséphine, n'en parlaient qu'ayec terreur. Les journalistes sans nouyelles, pour réyelller, eiciter Tintérét (je dis ceci d'après mon père, qui alors imprimait des journaux^ avaient un sûr moyw z c'était un accident, une blessure supposée de BoiBtt* parte, ou une chute de cheval, etc. Il devenait Tunique, l'irréparable Bonaparte. Tant d'bmnmet héroïques, et déjà cclèbres, disparaissaient. Lui seul restait en scène.

Cependant, on avait bien vu, dans la seule armée d'Italie, que s'il lui arrivait un malheur, il ne manquerait pas d'hommes qui pussent au l^in succéder. Lui-même, dans ce longentr'acte de plusieurs mois qu'il passa en été au centre de l'Italie , quel lieutenant s'était-il donné? Masséna. — Augereau, s'il avait le même courage, n'avait ni la tête, ni la solidité de Masséna. Cependant il avait en ce grand moment, cette belle fortune, de relever Bonaparte (défaillant?) avant Castiglione.

Enfin il y avait un jeune homme qui lui inspirait la plus grande confiance. C'était Joubert, esprit cultivé, têle sereine d ins les plus grands p irils, général

et soldat. C'était im homme.^rand^ délicat,., qiii n'a-i vai( pas la ba^e carrée de Massiéna. Mai$ il V^tâjtJuH même fortiOé. Vraji^ héros de lavQlon^. Plus tard, ou lûcoD3idéracdinfi9e:le sufices^uréy^ptuel de Bonaparte. Lui-même restimait tellement, qu'en lui coq-^ fiant,, pour I le pas^ge des Alpes, sa droite, qui devait tjraTers^r 1^ Tyrol insurgé, il lui éçrit.^ : ^ $i i)Qtra division du ^ Tyrol est baUiie,^ . refoulée sur le Mincidi, miâoie jufiqu'à Mantoue, JoubertrC^nuiMiiifT d^l^ Ha^tQH^,: 1^ JU^nbfurdîf;» et tout ce; q^i le^. jsntr^ L'Qglio et TÀdige. » C'était se confier, à lui pour la nètraite posdble, la < ressource derniène, en ca9 de oialheiir;.

iC'est 'ainsi qu'il croyait à ce. jeune héros plusencore qu'au froid et ferme Eilmaine, qu'il avait» laMé au grand poste de Vérone, pour lui surv^Uer riUlie. .

fionajpaiJ,e suivait, par 1^ nécessité des lie;^, la méthode tant reprochée par lui aux Autrichiens, d^ qiarcher divisé sur trois routes à la foi&. Il avait à aa droite (Joubért et dix-neuf mille hommes) à sa gauche Blasséna et sa division (dix ou douze mille hoiii|Qiije$). Lui au centre {ayant quarante mille hommes), il marchait avec Bernadette et les renforts qui lui :i9eiiai6iit duBhin. . ^; .

Joubert n'eut pas de bonheur. Avançant rapide-

* C^reipofiAm«0^ 15 flàan 97.

GAMPAGKP m TYROL. i»1

m^nt p«r JBoizenet B.riiw, il battit j>lu9ieuF$ fois les généraux autrichiens^ ipais^n'en fut paa moins ratouré pr i'ooi^a^ luini|}tuaire et fan^tUqiie 4e l'insur^ it9âtioiidii7yii3lv Grande éj^eiive 401 lat irouver dans Ja t0niyôt6iétoUF4}8saQi(3 4'un grand peuple, véritable éléteenk qu'wi p wt fA^pou^ep^ ffîais^cpi'o a ne voit par oKune^t €éidôr6ijL£ un poinique pour id/retron^ver à adt&, } gniole ube vague partout présente , partout farîause, aboyante.» Par bonheur, ; Jeubert avait ci'adwrables génémux de eav^çriey ^Dutnas , Theiysi^/e nègre, qui répéta sur. ) un pont le trait. d'Horatius Goclès, et rint^épid^ Delmas, grand soldat et grand earactère le seul ^ui fut ferme au sacre, . et. qui o$a taniir tête en<iace^à Bonaparte e^ par uninot terrUile, fleurir (a Iftcbeté ppur Rome.

Il étailt;nature) ^qu^ Je nouveau général autrichien, I-'tfchiduc Charles, lânt 3eget^ dans Tinsurrectian tyrolieniie, qui eût ajoiité à son armée uae. grande fim^ populaire. Mais on ne la lui permit pati. Il eut Tordre de disputer le centre, le passage du fleiive, p^ys 4e défende à Te^t Ja route de Carinthie, celle de'Triei^teet de YienneiJIéme^aviyEit d'avoir reçu ses renforts, il se prés^ita devait la grande armée de BoMparte^pouir Tempécher de passer le ïagliamento. By fut indécis,. il fit i trop ou trop peu. Il opposa une fmblè résistance, combattit juste assez pour éprouver une u petite défaite^ et perdre cinq cents liommea. Il n'empâobaipçiirt 4e fKm^gt. i . .

i08 nrAUB.

Masséna, pour son compte, avait passé à un autre endroit. Il avait pris alors la droite de Bonaparte, qui marchait par les Tdliées centrales intmmâdiaires (entre Joubert et Ifasséna). Ce dernier courait dans les neiges par la route la plus élevée vers Tarwis^ point stratégique, important, décisif, recommandé à l'archiduc, llasséna y courait si vite, qu'il y âait depuis deux jours quand Bonaparte lui donna Tordre d'y all^. Bonaparte lui-même, étant au centre, avec ses quarante mille hommes, était hors dupâril, ayant sur les hauteurs Masséna à sa droite.

Pour employei- une image grossière, mais expressive, qu'on se figure un chasseur d'ours qui d'abord avait eu un compagnon à gauche, mais il a perdu en chemin ce compagnon (Joubert). Beurensement il a à droite , aux crêtes des montagnes, un autre compagnon , un chien colossal et terrible des Alpes, qui cherche l'ours et qui va l'étrangW.

Ce chien des Alpes est Masséna qui, après sa course foudroyante, était déjà assis à Tarwis, attendait. L'archiduc arriva, montra un grand courage, et s'exposa en vain. Ses soldats de recrues, mêlés (contre l'usage autrichien) de toute nation et de toute langue, n'avaient pas la cohésion ordinaire de ^irs armées qui marchent par tribus. Us furent battus, et le pis, c'est qu'un commandant autrichien, Baiolich, qui n'en sut rien, se précipita là, suivi et poursuivi par la division Augereau (alors Guieu) . Il la

GAMPA6RS DU TYROL. iOO

fuit, et, dans une gorge affreuse, il se trouve nez à nez avec Masséna. Entête, en queue, c'est l'ennemi. Il est pressé, serré des deux côtés. Infanterie, cavalerie, arliUene, et bagages, tout est amoncelé, et monte l'un sur l'autre. L'archiduc vit en vain en édiappar les restes. Ce qui en sauva un grand nombre, c'est que beaucoup étaient des gens du pays, des montagnards, fort lestes à se dérober par les précipices. On n*en.prit ou tua que trois millel N'importe! la campagne était réellement terminée.

a Léger combat, » dit Bonaparte, avec une envie visible d'atténuer ce succès décisif. De même ailleurs, il fait oet:.^ remarqze malveillante : « Que la division liasséna (si vaillante et qui lui gagna tant de batailles) commence à »e servir delà baïonnette. » Il veut lidiculement faire croire que, jusque-là, elle aimait mieux tirer, et combaUait de loin.

Gepradant sa jalousie, qui voudrait amoindrir los succès de Masséna, ne s'accorde pas avec le besoin qu'il a de faire valoir à Paris cette campagne pour son avantage personnel et pour émerveiller par l'audace de sa tentative de passer les Alpes en cette saison\ a Le combat deTarwis s'est livré au-dessus des nuages sur une sommité qui domine l'Allemagne et la Dalmatie. Il y avait trois pieds de neige. x>

Cette guerre que Bonaparte faisait à travers une

* 35 man, Correspondance, p. 542.

maison si rude sur oes hautes montagnes, t$eite guerre exposée ainsi et habitement exstgéréê en poéfiq^ues images, faisait grelotter Paris , le remplissait d^étOÉh nement, d'admiration, de craintes poiur BoAapaftsl Il risquait ^eu. Garaux divisions victorieuses de Mê»^ séna et Guieu (Àugereau), il put réunir celle de Sé« rurier. Celle de Joubert manquait seule, interceptée^ assiégée par les Tyroliens. Bonaparte te ' sivait pM même où il était. Gar il écrit le 5 avril à Dombrovrskf *: « Qu'il ait, s'il est possible, des nôuveHei^de^Joufcèrt^ et marche à sa rencontre.» Ce* qui est singulier, c'est qu'en ce même jour (5 avril), où il dit n'avoir pas dé nouvelles de Joubert, il en donne à Paris, et radonté les avantages qu'il a remportés *.

Le 1^ avril, Masséna, vainqueur à KlaseûTufth, f faisait entrer Bonaparte. Et le 5, battait à Newmarkt l'archiduc en personne. Ge prince avait choisi- onb position superbe, l'avait hérissée de canons. Il avait autour de lui son élite, ses huit bataillons de grénidiefs. Avec cela, il fut obligé de faire retraite (devant la seule division de Masséna).

La Garinthie, ménagée et rassurée par Bona^MtHb, ne s'était pas soulevée comme le Tyrol. G'^t xêû pays, dit-il lui-même, agricole et pacifique. On ttè connaît pas assez ces contrées, si peu allemandes^ mais slavo-italiennes, qui se lient avec le territoire vénitien.

* Correspondance t p. 05, 602.

CAMPAGTTB DtJ TYROL. Hi

Au 22 mars, Bernadottô, envoyé à Trieste et aux fameuses mines d'Iâria, y trouva du minerai pour plusieurs millions, qui, avec les contributions quMl levait, permirent à Bonaparte d'envoyer de Targent aux armées du Rhin. Elles allaient enfin s'ébranler, ces armées nécessiteuses, et si longtemps paralysées. Leurs retards portaient au comble les espérances de Bonaparte et le mettaient dans une véritable fureur d'srmbition. II écrit le 5 mars une lettre hardie, terriblement compromettante, où il se dévoile cyniquement.

L'ancien gouvernement de Venise, qui, pour bien moins, exécuta Carniàgnola, eût regardé cette lettre comme indice d'une' prochaine usurpation et se fût défait à coup sûr d'un homme qui désormais, sans masque, courait droit à la tyrannie.

n écrit audacieusement : « Si le prince Charles commande les deux armées du Rhin et d'Italie, il faut nécessairement qu'il y ait chez nous unité de œmmandement\ » C'est-à-dire que Bonaparte, à la tète de toutes nos armées, commande Moreau et le général Hoche! A qui ose-t-il écrire cette lettre? A quelqu'un qui, à coup sûr, ne la montra pas au Directoire, ail bon Carnot qui^ ayant répondu tant de fois du désintéressement patriotique de Bonaparte, dut rougir de se voir démentir par une telle lettre et sans doute la mit dans sa poche.

' Corrèipondante, \, 547 .

iiS ITALOL

Cependant ce qu'il craignait allait se faire, et on allait le précéder en Allemagne. Le gouyemement, par un suprême effort, arait mis les deux grandes arm^ du Rhin en état de le passer au 18 avril. G*était une élite superbe, héroïque, et, pour la discipline, bien supérieure à l'armée d'Italie. C'était Kléber, Desaix, Championnet, trois noms aimés du peuple autant que du soldat; c'était aussi les braves, le grenadier Lefebvre, le hardi cavalier Richepanse , le jeune et vaillant Ney, qui devait tant grandir.

Bonaparte frémissait de voir qu'on allait les lancer et les mettre en partage de la gloire qu'il poursuivait et touchait presque. Celle de port^ à rAutriche le dernier coup et d'assurer la paix. 11 écrit le 16 avril une lettre enragée ; oubliant sa dissimulation habituelle, il en vient aux basses injures avec ces grandes armées et ces grands hommes» H leur reproche de ne pas avoir fait ce qu'il craignait le plus, ce qu'il voudrait bien croire désormais impos» siblc. Voilà cette lettre hurlante qui bave de fureur (16 avril, p. 637) : « Je me suis précipité en Allemagne pour dégager les armées du Rhin. J'ai passé les Alpes, par trois pieds de neige, où personne n'avait passé. Il faut que ces armées n'aient point de sang dans les veines. Je m'en retournerai en Italie. Elles seront accablées. »

Masséna, le 8 avril, parti de Léoben le matin ^ avait pris la route de Vienne. Bonaparte espérait ter-

GAMPÂGMK DU TYROL. 113

rifier la cour de l'Empereur, et prévenir le Directoire pour la conclusion de la paix. Peu auparavant il avait écrit à l'archiduc une lettre philanthropique sur les malheurs de la guerre, où il disarit : c< Si j'avais le bonheur de sauver la vie à un seul homme, j'en serais plus fier que de toute la vaine gloire des batailles. » Cette lettre, si singulière pour un tel prodigueur d'hommes, était assez bien combinée pour faire pleurer le public à Paris.

A Léoben, il traite seul avec Bellegarde, envoyé de rEmpereur;etilécritau Directoire : « J'ai signé. Que voulez-vous? Je n'ai plus que vingt mille hommes. Voilà la Hongrie qui se lève. J'ai appelé votre envoyé Glarke, qui n'est point venu pendant dix jours. » Et il ajoute : « Vous m'aviez donné pleins pouvoirs sur les opérations diplomatiques, et, dans la situation, les préliminaires de paix étaient une opération militaire* » Que signifie cet audacieux galimatias ? Probablement, le Directoire, en envoyant son homme, Clarke, qui le trahit et eut soin de ne pas arriver à temps, avait écrit à Bonaparte qu'au reste, l'envoi de Clarke ne pouvait lui porter ombrage ; que c'était à lui qu'on %e fiait ; ou telle autre parole obscure dont il profite effrontément.

Il était sûr qu'en présence de la joie publique, devant Paris enivré de la paix, on n'oserait pas le démentir. Cependant cette chose énorme, qu'un général se fût substitué au Directoire et eût stipulé pour la

lU ITALIE.

république, comment serait-elle reçue? Gamot seul, BYec Letourneur qui était son double, l'accepta. Mais Barras en fut indigné, ainsi que Rewbell et la Réveillère-Lepeaux.

Bonaparte était inquiet de savoir comment serait reçu son traité. Il imagina une chose qui dérouta tout le monde et montre admirablement la profondeur de son astuce. Il l'envoya parMasséna !

Quoi ! celui pour qui ses bulletins sont si avares de louanges, il lui accorde ce triomphe !

Il en avait besoin. Voulant présenter son traité (ainsi qu'il avait fait pour celui du Piémont) comme l'œuvre commune des généraux, de l'armée, il plaçait cet acte scabreux sous la protection du chef le plus illustre de l'armée, le plus renommée Paris.

En voyant la simplicité héroïque de Hasséna, ce l'enfant de la victoire, » on n oserait pas voir so^s la candeur de l'enfant Tastucieuse ambition de Bonaparte.

^O^APARTE DUPE PAR L'AUTRICnE, QUI LUI FAIT PERDRE SIX MOIS

Page 1