VICTOIRE DÉCISIVE DE RIVOLI
aurait percé jusqu'à Mantoue et y eût remplacé Wurmscr.
Bonaparte eût porté alors la peine de sa duplicité. Il eût amèrement regretté d'avoir ménagé Rome, d'avoir éludé une expédition que lui-même disait si facile, d'avoir respecté les trésors et les ressources, du Midi pour les laisser aux Autrichiens.
Le secret de la croisade fut admirablement gardé, et Bonaparte, n'ayant point éclairé les routes nesul rien et ne prévit rien. Un de ses historiens dit ridiculement : a II arrivait de Bologne à Vérone et il ne vit que deux mille Autrichiens, mais devina. » Je le crois bien. Les cinquante mille hommes d'Alvinzi, cette masse qui faisait trembler la terre, ne passait pas comme une mouche. Enfin Joubert,qui était déjà aux prises sur le plateau de Rivoli, avertit son impréToyant général; il était temps; avec son petit corps de dix mille homme, il était déjà entouré, serré , il étouffait. Bonaparte avait à Vérone son épée de chevet, Masséna, cette division si maUfaitée par lui (après les cinq victoires d'octobre). C'étaient quatre régiments invincibles, entre autre U SS*" demi-brigade avec son chef Rampon. Il les fait partir dans la nuit du 24 au 25 janvier, et marcher toute la nuit. Luimême, à cheval, les précède, arrive à Rivoli à deux heures du matin. La lune se levait tout exprès par ' un ciil froid et pur pour lui donner un grand spectacle. C'était un monde, tout le monde barbare en
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ses tribus diverses, fort distinct par ses feux qui entouraient le petit corps de Joubert. Une grosse colonne de toute arme montait la grande route et le Monte- Baido, et par une sorte d'escalier tournant allait s'emparer du plateau pour accabler Joubert. Trois ûitres corps, tous d'infanterie, ayaient gravi les hauteurs supérieures et allaient descendre sur Joubert, comme par les gradins d'un amphithéâtre. Un quatrième corps, sous Lusignan, circulait sur le côté et devait se placer derrière Joubert et lui fermer sa retraite vers Vérone. Enfin, pour compléter le cadre de ce spectacle de terreur, on voyait circuler sur l'autre côté de l'Adige un corps qui interceptait aussi la retraite éventuelle de Joubert vers Vérone; ce corps, dont les boulets venaient par intervalles, semblaient dire à Joubert : a Tu li'échapperas pas ! »
Une chose cependant était claire, c'est que l'immense infanterie qui descendait des hauteurs sur le plateau de Joubert n'avait point d'artillerie, et que rénorme armée qui montait vers Joubert par cette sorte d'escalier tournant et qui faisait monter ses canons avecpeine, en attendant, était sous le feu des canons de Joubert, de sa vive et rapide artillerie française. Cela rassurait Bonaparte. Mais voilà que ces intrépides barbares tuent les chevaux cjui traînaient nos canons, arrivent sur les pièces et les enlèvent. Cinquante grenadiers de la 14^ demi-brigade
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s'élancent, s'attèlent aux canons et les ramènent à nous.
Massâm arrivait (il était temps) et ses quatre brigades. Avec Bonaparte, il prend la 52*, rallie ceux qui avaient plié, renverse l'ennemi et vient se placer à côté de la 14', entamée, qui résistait valeureusement. Mais, à ce moment, les grenadiers de Tennerni étaient parvenus à hisser leur artillerie sur le plateau. De l'autre côté, Lusignan (avec sa colonne) apparaissait derrière Joubert, déjà battait des mains et croyait l'avoir pris. Bonaparte défend qu'on s'en occupe et dit résolument : « Ceux-ci sont à nous. »
Sa gauche était couverte par Masséna et la 32*. Une batterie est dirigée vers l'ennemi, qui n'avait pas encore eu le temps de mettre ses canons en place. Nos cavaliers impétueux, Leclerc et Lassale, les chargent ; Joubert, qui charge aussi, a son cheval tué, continue de combattre un fusil à la main. Tous les ennemis qui ont monté, grenadiers, cavaliers avec leur artillerie sont précipités pêle-mêle dans niscalier tournant. D'autre part, l'infanterie autrichienne, venue d'en haut et descendue déjà sur le plateau, perd tout espoir, et fuit en désordre aux montagnes. Restait le corps de Lusignan qui, derrière lui, rencontra nos réserves par les routes de Vérone, mit bas les armq^^ nous donna quatre mille prisonniers.
Que fait Bonaparte? Il laisse Joubert [xiursuivre la déroute et, avec la division Masséna, qui depuis
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vingl-quati'e heures malrehait ou combattait , il se met encore en roule pour marcher toute la nuit, voulant poursuivre Provera, lieutenant d'Âliinziy en faisant quatorï^e lieues jusqu'à Mautoue. Erploit peu difficile pourBonaparte qui élait à cheval, mais cruel, exterminateur pour ces braves gehis qui allaient à pied sans repOs. C'étaient nos Pyrénéens, nos Gascons, Provençaux, dont cette division était composée, qui avaient déjà fait cela après Bassano, marchant cent heures sans s'arrêter, puis combattant et gagnant des victoires, non par le bras seulement, mais avec leurs jambes d'acier et leur infatigable cœur.
Hélas ! qu^est-elle devenue cette élite admirable? Il en a épuisé les restes en deux folies célèbres : l'Egypte, où il les délaissa, et Saint-Domingue, où il les exposa à une mort certaine sous ce climat dévorateur pour les faire échouer dans un crime, la vaine tentative de refaire l'esclavage.
La bataillé de Rivoli fut une grande et terrible bataille qui nous donna treize mille prisonniers et non pas, comme Ârcole, une série de petits comba(s(. C'est la lutte définitive entre nous et les tribus du Nord, qui montrèrent un courage égal , ayant conff e elles cette pente escarpée et luttant sans pouvoir se servir de leur artillerie.
Elle eut pour complément la ruine des dix mille hommes que Provera inenait à Màntoue. Prêtera^
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travjliétamme «n gibier san^stge, cerné de tous côtës^ est ibrcé de se' rendre .' Bès lors tout est fini . Le grand projet min<{Hév Wdrtiiser essaya vainement d^échapper panfrSé tendre à Rome, à Naples, essayer la* croit sade catholitfùé. II disait qnHt avait encore pom* nn an de vivres. Bonaparte ne s'y trompait pas. Il le aai^ aur abèiai et que Mantone était plein de ca* dàvres; trente mille hommes y étaient tnorts. Sa fettré^ qu'il écrivitau moment même ati Directoire, ne dit nulle nlientfoiil des circonstances romanesques S de générosités' hérbiqtteis qu-îl ajouta plus tard dans une 'autre Télalion. Loin de là, il se montra assez rtfée, dédâi^èftii;po!irr 6e vieux et héroïque Wurmser, coiffmes'il hii gardait rancune de Tavoir arrêté si longtemps. Wurmser, à la sortie^ avait demandé à le saluer. Mais Bonaparte était parti et n'avait laissé à sa place qu'un de ses lieutenants.
On pouvait dire qtie Rome avait succombé dans Mantoue; Mais cette ëotif était si haineuse que, faisant sonner partout le tocsin, lançant dans les campagnes ses moines avec le crucifix, elle essaya deux fois par des! hordes de paysans d'arrêter les vainqueurs de Wurmser^ d*Âlvin2i. Les Romagnes, disait le cardinal Rusca, seront une Vendée. Au coiitraire, Bona-
i ioji \k réeits ditere et suecéMlfs qu'il a àaaaê» de tout cela phia talrdé
iOO ITALIE.
parte venait fort modéré et dans une disposition toute politique, À Faenza, il dit qu'il ménageait cette ville par respect pour le pape. Il parla en italien aux prisonnierS'^t les renvoya libres, en jurant qu'il n'était pas venu pour détruire la religion, mais au contraire |Mmr la religion et le peuple. Les prêtres, loin de perdre à son arrivée, y gagnèrent. Il fit nourrir dans les couvents ceux d'entre eux qui étaient sans ressources, et tous ceax qui rentrèrent en France devinrent de chauds prédicateurs de Bonaparte et ses pan^yristes enthousiastes.
11 ne voulait que faire un peu peUlr au saint-si^e, le sauver et, en cela^ il était en accord admirable avec la violente réaction qui en France portait au Corps législatif un monde de royalistes fanatiques, même des assassins du Midi, tel chef de bande qu'on eût àa fusiller aussi bien que Gharette. Tout ce monde lui écrivait de France et de Paris : « Osez ! » Il hésitait pourtant, craignant dé trop se démasquer. Pour gagner du temps, il eut une idée saugrenue ; c'était que le Directoire donnât à l'Espagne la ville de Rome, en laissant tout le reste au pape avec son pouvoir spirituel. Et, en même temps, pour amuser les philosophes, il leur envoyait un joujou, la noire Madone de Lcrelte, qu'on mit à la Bibliothèque.
A trois marches de Rome, à Tolentino, il s'arrête contre les promesses qu'il avait faites tant de fois à l'armée de la mener à Rome. U bâcle son traité avec
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celle-ci en vingt-quatre heures , sans c?n8ulter le Directoire, qui dirait dit, il est vrai vaguement, qu'il 8*en rapportait à lui. Il se garde d'attendre Tintercession des puissances catholiques , voulant que le pape ne sût gré du traité qu'à lui. Le pape en fut quitte pour promettre encore quelques millions, quelques tableaux; et ces millions devaient être acquittés partie en pierreries, en vieux bijoux, sorte de bric-à-brac de valeur incertaine. Nulle mention des bd^es conditions auxquelles tenait le Directoire : 1^ que le pape permît au clergé de faire le ierment civique j c'est-à-dire de jurer qu'il sera bon citoyen ; 2* suppression de Vinquiiition romaine et fermeture des fours ou caves où les condamnés éta:3nt brûlés vifs. C'est ainsi qu'autrefois Gélon imposa aux Carthaginois vaincus de ne plus brûler de victimes humaines ^
Bonaparte ne fit nulle mention de la grande condition à laquelle tenait le salut de l'Italie : la vente de» biens ecclémtÊtiq'es. Tout cela a été caché ou mutilé par les histoi lens, qui passent vite ici, ne voulant pas se mettre mal avec les prêtres. Mais une belle lettre
* Ces caves ont existé jusqu'i Léon XU. M. de Ssnctis, consulteur du saint-office, réfugié à Turin, a assuré deraut des témoins très-graTes et trèscrofables que ce pape, sans réprouTor ces exécutions, déclara» tots 1830, qu'il entendait que désormais elles ne se fissent plus & huis dos, mais devant tout te monde, sur les places publiques, au champ de Flore, où fût brûlé jadis Jordano Bruno et tant d'autres. Dès lors on recula devant rhorreur qu'aurait excitée ce spectacle, et l'on dut recourir k des moyMs plus doux ou du moins plus mystérieux.
m ITALIE. ' '
die Bolbgne^, indique trèsrbienque des quatre pYovinees qu'on avait prisesau pape, Bonaparte lïe garda que la Romagneiet le port d^kjic6neiy.rendaiUfaH pape trm promnces^ ceile& d'Urhin^ de; la Marche et dePérou^*. . > , , ;, /i . ; :
Léi^ Bolonais, craignant sans doute^Bonaparte^ 4e ménagent dans oettelettre et disent jqq'ondoute fa'iui tel traité soit son ouvrage, i-
Au reste, j'opjnioin de l'Italie liii imfM)rtait biw moins quB celle de l'armée françaisei« Dans une lettre qu'il écrit à Joubert pqur la laire. iiijrcnler sans doute^ ilappelle Rome c^fte />r^(m//a» Tant ce qu'il voulait c'était de tirer de celte prétriâlle ce qu'il euten affet^ un beau certificat du pape, la lettre oà Pîe VI Tap* pelle son cher fik^ Titfe impoiAant ^ Prance, daqa la yic^te ^réactÂon où les. royali^ea, tr^vaillaienti puissamment leurs élections aotirépubliçaipes» - ; , ^
Dans 4^ moment tumultueux, lagueire civile était à craindre avant qu'oQ d)it te^mtOié. la guerre étra^ gère. C'est ce qu'objectaient, les deux directeur» militaires, passionnés fpuv la paix, Garnot et Le* tourneur.-Iis suivaient dans ce sens le mouvement général et faisaient bon marché de la question de Rome. Au contraire, les deux avocats RewbelL la Réveillère-Lepesaux, voulaient la victoire du principe et celle de la Révolution.
*■ insérée dans le ManiUm' du 21 inaf» ,$^Z^ .,