‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 3 sur 79 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

La chance tourna autrement en Fructidor. Nonseulement la République échappa au complot royaliste. Mais une explosion répubhcaine eut lieu dans tout Toccident de TEurope (Irlande, Hollande, Rhin, Suisse, Piémont, Rome, Naples). De sorte que la France apparut dans la majesté de la mère République entourée de ses filles.

Toute Fhumanité occidentale revendiqua ses droits et se crut apte à se gouverner elle-même, à ne plus obéir qu'aux lois de la Raison, telles que le dix-huitième siècle les avait promulguées.

Là, la France eut un moment adorable de générosité, un élan merveilleux de fraternité courageuse. Jamais elle n'approcha davantage de son poétique rêve : la délivrance du monde^ l'humanité devenue majeure sous )a forme républicaine. Elle étendit ses vœux à l'Afrique, à TAsie. Et les conseillers de Ronaparle en Egypte lui firent assembler le premier divan égyptien, que l'on consulta utilement sur les intérêts du pays, canaux, irrigations, répartition des taxes, etc.

La France, à ce moment, après la victoire de

PRÉFACE. rc

la république en Fructidor, sembla accepter la tutelle, la défense de tous les faibles de la terre. Grande audace, surtout pour un Élat tellement travaillé au dedans par la trahison.

On Ta taxée d'imprudence, d'étourderie. A tort. Il faut songer qu'alors, non-seulement sur le Rhône, mais à Turin, à Rome, à Naples et à Dublin, on massacrait ou pendait nos amis, tous ceux qui avaient cru en nous, à l'évangile des libertés du monde. Pouvions-nous être sourds aux soupirs de leur agonie, à leurs prières pour leurs patries, ces jeunes républiques, hier nées de nous?

La France ne s'effraya pas. Elle accepta le duel universel contre tous, décréta la conscription, et par ses jeunes soldats elle frappa deux coups admirables, en triomphant des meilleures armées de TEurope. La république vainquit d'une part les Russes, de l'autre les Anglais. Et trahie, surprise par un guet-apens, elle emporta du moins ses deux victoires capitales au tombeau.

Le triste retour d'Égyple, et les raisons pour lesquelles les Anglais, qui tenaient la mer, lais-

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