‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 2 sur 79 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

simple individu, chercha par toute l'Europe des ennemis à Louis XIV, et qui, plus que personne, créa la grande ligue contre lui, et la ruine future de ce nouveau Philippe II? J'ai vu, avec étonnement, des protestants eux-mêmes, ne pas savoir ce nom digne d'une mémoire éternelle, ni la terrible aventure oii il fut enlevé sur le lac de Genève pour être, roué à Paris.

Je le trouvai, oserai-je dire, oublié, sans honneur au fond de la terre (dans la compilation, si peu lue, d'Élie Benoît). Avec quelle joie je l'en déterrai , et j'honorai cet illustre martyr des libertés du monde !

Je n'en ai guère moins, dans le présent volume, et les suivants, d'exhumer tant d'hommes éminents des derniers temps de la Révolution, que Bonaparte a obscurcis, cachés, fait oublier, et trop souvent noircis. Beaucoup ont disparu pour l'histoire, perdusdansles rayons absorbants et jaloux, que projetait sa gloire, augmentée à plaisir par tant d'historiens déclamateurs. Citons, entre autres, les hommes qui préparèrent l'expédition d'Egypte, qui dans ce pays même dirigèrent

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radministration de Bonaparte. Nommons l'énergique, le bienfaisant GafTarelli, dont la noble figure avant moi s'était perdue dans l'ombre.

Et comment s'étonner qu'on oublie les individus, quand les peuples s'oublient eux-mêmes, quand ils sont ingrats et aveugles pour leurs pères et pour les plus grands moments de leur histoire? Cela arrive à toute nation. Et ce n'est pas seulement aux Français, que l'Europe croit si légers. Je le prouverai également pour les Anglais, plus tenaces et moins oublieux.

Dans ce volume, pour la France et l'Europe, pour nous et la coalition, le nœud est Fructidor. C'est là surtout que le regard attentif et sérieux de l'Histoire était nécessaire. Jusqu'à moi l'opim'on générale se trompait et prenait le change sur cet événement. Nous avons prouvé, par le témoignage des royalistes même, que ce fut en réaUtéun complot royaliste, déjoué à temps par

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le Directoire, et par la fermeté d'un seul des directeurs *. Les royalistes eux-mêmes ont avoué leur parfaite entente avec l'Anglais qui, après son danger (la grande révolte de la flotte), faisait des sacrifices énormes d'argent pour faire sauter la France.

On avait fait venir à Paris la Vendée furieuse. Ce qui fit dire à Pichegru déporté : « Si nous avions vaincu, les révolutionnaires n'eussent pas été quittes pour la déportation. » Au bout de deux ans, nous voyons ce bon royaliste Pichegru revenu à Londres, puis guidant contre nous les Russes, comme il avait naguère guidé les Autrichiens.

Cette affaire de Fructidor, où les attaquants se dirent attaqués et le firent croire , rappelle parfaitement raffaire de 1870, où la Prusse, qui depuis trois ans préparait Finvasion de la France, parvint à mettre les torts apparents du côté des Français et à faire croire qu'elle n'avait fait que se défendre.

*■ La RéTeillère-Lepeaux. Son fils a bien voulu me communiquer ses beaux Mémoires, enfin imprimés.

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