LE JARDIN GENEYIËYE ET LA THÉORIE DES ÉGAUX
«t le sourire délicat du nouveau, mais si rite éteint dlans les larmes.
Greuze, martyr toute sa vie de la pauvrelé et d'une société fausse, a peint, non en grands tableaux, mais surtout en ébauches, en portraits fort attendrissants, des enfants, des filles du peuple. Il nous donne l'état trop souvent faible, maladif, où les victimes de la faim ou des fatalités du vice arrivaient de bonne heure, avec je ne sais quel charme de ces bouquets trop tôt fanés qui offrent souvent une étrange féerie de mort prochaine que la vie n'eût jamais atteinte.
Greuze était si évidemment une victime de l'ancien régime, qu'il traversa respecté les temps de la Terreur. Il était octogénaire, mais vécut assez pour voir le charmant génie qui inaugura l'âge nouveau.
Prudhon, du même pays que Greuze, fils de la gracieuse Saône et élève de Lyon, toujours misérable Gomme Greuze, refusa d'être Italien et de faire fortune à Rome sous l'abri de Ganova. Il s'y fût amolli, fondu, k tout prix, il fut Français, et trouva son génie, la beauté dans le mouvement. Revenu, et mourant de faim, il eut, par Bernardin de Saint-Pierre et les Didot, il eut à faire les délicieuses gravures de rArt ff aimer j et celle de Daphnis et Chloé. Enfin une gravure populaire de haute importance*.
* îjc Calendrier de Van III. Biblîoth. nationale; Héning, 95-96.
i4i FRANGE.
Minerve, la raison éternelle, occupe le fond dan une grande majesté, et sous son puissant regar s'unissent trois personnes ou trois principes : Liberté Égalité^ Fraternité.
La liberté, forte et sombre, cuirassée, occupe 1 m centre. A sa gauche, une jeune femme, charmantc^s, mère visiblement, aux belles mamelles émueet,- c'e^st la Fraternité, féconde d'amour et de tout bien.
A droite (c'est le coup de génie), réalité se sente timidement, pauvre petite fille du peuple, bien nourrie, un peu maigre. Si fine est-elle, et s touchante, qu'à la voir, tout s'attendrît. EUp appro che, elle désire. Mais quoi ?
Tous les cœurs iront au-devant, et lui diront; : a Quoi que tu désires, c'est fait 1 »
Que veut-elle si naïvement ? Visiblement c'est d'être accueillie, adoptée. Grand Dieu, qui ne le fera pasJ qui n'ouvrira ses bras, son cœur à l'orpheline? L'égoïsme est impossible devant elle. Il n'y a plus ni riche, ni pauvre. Tous sont prêts à partager.
Elle veut monter, la petite. Mais tous désirent qu'elle monte. Divin rayon d'amour, de bonté à J^ fois! on sent l'étroit rapport de l'amour et de 1^ pitié. ■
Pradhon a reproduit cent fois ce motif chaimaot sous différents noms, avec la même expression, ie même sens. Sans l'expliquer, ni même sans s'en rendre bien compte à lui-même, il indique la nom?
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<]u'on peut donner au siècle en sa plus générale idée : JjC désir, la recherche de PÉgalité.
Partout durent venir ces idées. Mais peut-être d'aboid à Lyon, l'école de Prudhon et de Greuze ; Lyon centre d'industries délicates qui chômèrent, comme je l'ai dit, bien avant 89, quand la mode (et la reine) préférèrent aux arts de Lyon les dentelles et lea blancs tissus de Malines et des Flandres, Lyon agonisa tout à coup. Son industrie, non de manufactures, mais de familles, excita dans sa détresse une pitié violente, qui se tourna aisément en fureur révolutionnaire. De là, Chalier, l'Italien, le Piémontais, furieux de sensibilité.
11 était négociant. D'autres, plus riches que lui, Bertrand entre autres, maire de Lyon, commencèrent alors ces rêves de l'égalité absolue, qui peut-être avaient été en germe mystique chez les Yaudois, les Pauvres de Lyon. Cette théorie c'était : partager tout.
Chassé par les royalistes, Bertrand alla à Paris, où il trouva Chaumette, procureur de la Commune, et son employé Babeuf. Leurs idées, assez modérées, s'arrêtaient d'abord au partage des communaux (voy. le premier livre de Babeuf, publié en 89), puis le partage de biens nationaux, qu'on donnerait aux ouvriers. Babeuf, même après la mort
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de Chaumette, ne va pas plus loin, et se déclai défenseur de la propriété. En janvier 95, il ne clame rien de la Convention que ce qu'elle a vo té elle-même, et ce que les biens nationaux perm^^ltaieiit d'accorder : des terres aux soldats revenus c=3e la guerre, des secours aux infirmes, des travaux nécessiteux*.
C'est vraisemblablement dans la prison du Plessi rue Saint-Jacques, où il était enfermé avec le Lyo nais Bertrand et beaucoup de patriotes, qu'il étendit son horizon, et adopta le grand rêve du partage umd' versel.
J'ai dit ailleurs, que nulle part plus qu'en prisoxi, n'existe, ne fermente la Liberté idéale. Au petit jat vdin de la Force, les prisonniers avaient érigé un a^a* tel à la Liberté*.
En prison dominent les rêves. Ceux des prisonniers se réduisaient à deux :
1* La mort du grand tyran, c'est-à-dire de l'ancienne religion. Saint-Simon, Thomas Payne la rè' y aient [l'Age de Raison)]
2"" La naissance d'un nouveau monde, plus libre (Thomas Payne, Justice agraire) . Plusieurs ne restaient pas dans les limites modérées de Payne. En raison de leurs misères et des murs qui les entouraieof, ils se donnaient libre carrière, un espace illimité,
^ Journal de Babeuf, nivôse (21 décembre au 19 janvier 95). * Mémoires de Villatte, p. 211.