LE JARDIN GENEYIËYE ET U THÉORIE DES ÉGAUX. U
tout ce que peut embrasser Thalètemaiit du soupir ': le paradis des égaux sur la terre.
Ce violent soupir pour le peuple, pour que le peuple trayailleur puisse enOn boire et manger, n'est pas une chose nouvelle ; il semble, au quatorzième siècle, bien exprimé chez les hussites par ce mot : ce La coupe au peuple !» Il a inspiré les fantaisies humanitaires, bizarrement exagérées, de Rabelais, de Fourier, leur gloutonnerie gigantesque pour la multitude affamée. Les économistes, dans leur religion de la terre et du travail de la terre, n'eurent pas autre chose en vue. Et M. Turgot même, dans sa fameuse parole sur le travail^ première propriété et la plus sacrée de touteSj n'est pas bien loin de Thomas Payne.
Ce mysticisme égalitaire, rêvé vers 95, aux priions, où les plus riches se plaisaient à partager, fut comme un soleil dans la nuit. Déjeunes enthousiastes l'adoptèrent bien volontiers, comme le musicien Buonarroti, petit-neveu de Michel-Ange. Des âmes religieuses s'en éprirent, telles que des ihéophilanthropes, dont la secte commençait alors. D'autres, des philosophes comme le bon Sylvain Maréchal, qui se croyait athée, et qui vit une lumière quasi divine dans le bonheur de tous.
Tout prit une nouvelle force quand les prisons s'ouvrirent et que les patriotes, de toutes nuances, dont on avait fermé les clubs (entre autres celui du Panthéon), s'assemblèrent au printemps de 96,
dans un jardin abandonné et qui semblait mystérieux.
C'est celui de Tabbaye Sainte-Geneviève, sous les murs de Philippe Auguste, bâtis en 1200, près de la tour Glovis, où se voit encore la place de la chaire d'Âbailard.
Dans ce lieu singulier, qui, je ne sais pourquoi, fut ainsi le berceau des plus grandes révolutions, les disciples de Robespierre, ceux de Ghaumette et de la Gommune, — disons mieux, Babeuf et Duplay, — jusque-là divisés, se rapprochèrent et se donnèrent la main.
COALITION DES ÉGAUX £T DES TERRORISTES. — ARRESTATION. 10 MAI. — LES EXÉCUTIONS DE GRENELLE.
J'ai dit ailleurs combien les deux grandes écoles de la Révolution, celle des Jacobins, de Robespierre, celle de Chaumette et de la Commune avaient été violemment hostiles (en 93), jusqu'à ce que Robespierre, en 94, guillotinant Chaumette, établit à Paris une Commune purement jacobine.
J'ai dit, en 90, l'origine des Jacobins (ou Amis de la Constitution), origine toute bourgeoise, j'en ai montré le premier type dans une réunion bourgeoise de Rouen. Ce parti, de forme sévère, affecta toujours une décence, un décorum, dont ne se piquaient nullement les réunions (ouvertes aux dernières classes du peuple) qui se faisaient autour de la Commune et de son procureur Chaumette. Les Jacobins
furent souvent infidèles à leurs formes décentes, maiî nullement leur chef Robespierre qui, pour l'habit e la tenue, offrit toujours le type de la propreté un pe sèche de la bourgeoisie de 89.
11 en fut de même au point de vue religieux. Ro bespierre et son culte de l'Être suprême s'en tin strictement à Rousseau, au Vicaire savoyard, et pa là tenta d'inoculer à la Révolution un mélange de christianisme. Au contraire, le parti de Ghaumette, de son employé Rabeuf et de la Commune, essaya en novembre 93, d'inaugurer le culte de la Raison. Au club des Gordeliers (chez Danton, Desmoulins), même éloignement du christianisme ; seulement on attestait contre lui moins la Raison que la Nature. La tradition de Diderot y dominait, autant que celle de Rousseau aux Jacobins.
Ce que craignait le plus Robespierre, c'était que ces partis différents, des indulgenis (Danton, Desmoulins, Phélippeaux), et de la Commt^ne (Chamnette et Rabeuf) ne se réunissent. Il frappa les uns et les autres au printemps de 94. Mais, après la mort même de leurs chefs, ils se rapprochèrent. Rabeuf, disciple de Chaumette (dans son livre de Carrier), si violent contre Robespierre, invoque contre lui les indul* genls (Phélippeaux, Tami de Danton, Desmonlins) . Ainsi, en 94, et peut-être en 95, Rabeuf, les Chmmettistes, restaient les ennemis des Jacobins et dn parti de Robespierre.
COALITION DES ÉGAUX ET DES TERROfOSTES. 151
Et ils seraient peut-être restés ennemis si le Directoire ne les eût maladroitement réunis dans les mêmes prisons. Leur tempérament était autre. Les communistes de Ghaumette et Babeuf, des généreux Lyonnais Chalier, Bertrand, apôtres du grand rêve éternel de l'égalité absolue et du partage universel , étaient fort loin des tendances serrées, strictement citoyennes, des Robespierristes ou Jacobins, dont Tévangile politique était le Contrat social et la constitution de 93, le gouvernement de la Terreur.
Robespierre, plus sage que les siens, avait simplement présenté cette constitution (idéal d'avenir), mais, l'avait toujours ajournée, pensant avec raison qu'une constitution qui amenait au vote tant de paysans (non propriétaires et valets ruraux) pourrait fort bien donner l'avantage aux royalistes et supprimer la république.
Aussi, après la Convention, la nouvelle assemblée, qui pour deux tiers était la Convention elle-même, jugeant de ce danger comme avait jugé Robespierre, vota la mort pour qui proposerait la royauté^ — ou l^établissement de cette œnstitution de 93, qui, par la démagogie rurale, eût ramené la royauté.
On ne comprend pas bien pourquoi les Robespierristes, oubliant la prudence de Robespierre, voulaient cette constitution (c'est-à-dire, faire voter ces millions de paysans royalistes, catholiques, poussés par le clergé), qui certainement eussent voté contre eux.
Dans leur fanatisme étourdi, ces Jacobins, ivres d •< l'idéal, voulaient tenter la grande expérience d'app i=^ 1er leurs ennemis au vote, c'est-à-dire de leur metti*-^ aux mains un poignard contre la république, en leu^ t* disant : c< La France votre mère vous donne an ii^-> strument de mort; pouvez-vous l'employer contre elle? »
Grande poésie ! mais parfaitement folle. Elle alla au cœur de Babeuf. Il ne douta pas que ces paysans à qui la république allait donner la terre, ne fussent convertis tout à coup, et métamorphosés en hommes, en excellents républicains.
Il croyait voir que la propriété, alors si volatile, vendue à si vil prix, divisée, puis vendue de nouveau par les agioteurs, n'existait presque pas et n'était plus qu'un jeu de hasard et de bourse \ 11 fallait, disait-il, que l'État intervînt et finît ce jeu, en dis-
*■ Pour prendre une image hideuse, mais qui peut faire bien comprendre, quand sous les tropiques tombe un grand animal, par exemple uii éléphant, on ne tarde pas à voir les noires légions de fourmis et autres in* sectes qui s'en emparent, le dissèquent et rendent cette masse énorme à la circulation générale. C'est précisément ce qui arriva. Tout en engraissaiil les insectes, la masse ne passe pas moins i l'air» à la terre, aux éléments qui vont la rendre utile.
Quoique la propriété dans cette opération de démembrement et de transmigration laissât souvent une part forte aux insectes, je veux dire aux spéculateurs, il faut pourtant reconnaître qu'en grande majorité elle tomba aux mains utiles des familles rurales qui avaient à la terre un double <droift^ D'abord en la défendant contre l'étranger, elles l'avaient achetée de Jm^ sang. Ensuite, par leur travail immense, persévérant, elles la tiraieol fl|^ l'état de stérilité où l'avaient laissée les grands propriétaires (voy. A. Yosag? sur les Turenne), ou de la négligence des petite nobliaux (Â. Toung, sar let Chateaubriand).