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LES MODÉRÉS ET INDÉCIS, CÂRNOT, ETC

narchie tempérée se valaient et pouvaient être des gouyernements également libres. On revenait à Montesquieu, et aux idées si fausses qu'il a données sur la constitution anglaise.

Dans cet état flottant, on pouvait présumer que beaucoup d'hommes, jusque-là partisans assez sincères de la constitution républicaine de Tan III (qui faisait électeur tout propriétaire, et même tout locataire d'un fort petit loyer) , n'étaient pas loin de i)enser à la monarchie constitutionnelle ou à une république monarchique. Le modéré Thibaudeau, qu'on appelait la havre de fer pour sa fixité à défendre la constitution de l'an Ul, n'en fut pas moins des premiers à mollir pour le consulat, ainsi que Doulcet de Pontécoulant, l'ancien protecteur de Bonaparte, et avec lui une infinité d'autres.

Même des royalistes zélés et invétérés, comme les avocats Siméon, Portalis, comme Barbé-Marbois, intendant de Saint-Domingue, consciencieux et sévère travailleur, mêlaientà leur royalisme des aspirations libérales qu'ils ne laissèrent échapper qu'à la fin de leur vie, quand triompha le royalisme.

L'indécision existait au Directoire même. Barras, occupé de plaisirs, avait des relations de parti avec les Jacobins des faubourgs, des relations de p^a^sir avec les royalistes, les agioteurs, toutes sortes de gens. Rewbell, excellent directeur, entrait dans beaucoup de détails, faisait beaucoup d'affaires et bien.

iG6 FRAKGE.

La Réveillère, longtemps caché sous la Terreur, avait pris des habitudes de solitude et d'étude scientifique qui allaient peu avec le gouvernement.

Carnot et Letourneur, les deux ingénieurs, s'occupaient seuls de la guerre, et par occasion de la diplomatie. Honnêtes gens, mais trop liés à l'esprit de l'ancien régime par le corps du génie auquel ils appartenaient, et encore plus par leur éducation aristocratique et monarchique, qui se réveillait en eux avec une force d'autant plus grande qu'elle avait été durement comprimée, cachée sous la Terreur.

Les Carnot, comme les Bonaparte, étaient d'une famille de notaires qui l'étaient depuis plusieurs générations à Nolay, près Àutnn, dans cette partie sévère de la Bourgogne qui ressemble si peu à l'autre. Là, beaucoup de dévotion, de pèlerinages, d'ermitages. La sœur aînée de Carnot, supérieure d'un hôpital, semble avoir été une sainte.

Carnot reçut son éducation des prêtres à Âutun, où passa aussi Bonaparte qui fut leur élève à Autun et à Brienne. Même Carnot resta plus longtemps que Bonaparte sous la discipline ecclésiastique, ne la quitta qu'à dix-sept ans, pour être envoyé à Paris.

Une chose assez curieuse, c'est que de même que les Bonaparte mettaient leur orgueil à être petitsneveux d'un saint du moyen âge, d'un capucin célèbre, les Carnot étaient parents (si le mot ne trompe pas) du père Hilarion Carnot, historien de l'ordre

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de Saint-François et de plusieurs livres mystiques.

Le père de Carnet^ eut dix-huit enfanls. Fort estimé, il était juge de la plupart des seigneuries des environs. Gela devait lui donner une grande autorité dans le pays, mais aussi devait le tenir tort dépendant de tous ces personnages. Il faut une grande force de caractère pour se garder soi-même dans cette position.

Telle était la situation d'une bonne partie des députés de nos assemblées. Beaucoup étaient clients et gens d'affaires des seigneurs, du clergé. Cela créait des habitudes invariablement liées aux souvenirs de l'ancien régime, dont ces légistes exerçaient seuls en toute chose le pouvoir réel, l'action.

Camot, envoyé à Paris pour étudier, ne tomba pas dans le dévergondage d'esprit et de lectures où nous avons vu Bonaparte.

11 n'avait pas un Marbœuf pour le protéger. Son protecteur naturel aurait été le duc d'Aumont, seigneur de son village et qui, sous Louis XV, était premier gentilhomme delà chambre du roi. Cette grande maison, qui avait tant de seigneuries, avait, à Paris, pour administrateur et principal agent une dame fort entendue et sage (madame Delorme). Tout naturellement elle s'intéressa au jeune Carnet, laissé seul sur le

* Mémoires^ 1. 1, p. 64.

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pavé d'une telle ville, dans une pension qui préparait aux examens de jeunes officiers. Rien ne fut plus heureux que ce patronage pour le jeune Bourguignon, fort sensible, qui eût po tomber dans mille écarts. Ce jeune mathématicien était poète, même auteur erotique ; on lui attribue, non sans vraisemblance, neuf volumes imprimés de correi^ndance amoureuse.

Carnot avait bon cœur. Loin de cacher ou d'oublier le rapport de clientèle où sa famille était à F^ard du duc d'Aumonty il saisit plus tard l'occasion de rendre à cette famille un service signalé.

Mais sa vive reconnaissance était pour sa Minerve, cette dame prudente qui, à Paris, l'avait si bien gardé. Il l'invitait souvent à sa table au Luxembourg ^ Et peut-être était-ce pour elle et quelques autres amis de même opinion, qu'il avait, dans ces dîners, l'attention d'avoir, certains jours, des plats maigres pour ne pas les contrarier *.

La maternité adoptive, ce lien délicat qu'on n'a jamais encore suffisamment décrit, analysé, n'en a pas moins une grande force. Et madame Delorme, alors âgée, prudente et expérimentée, put agir indirectement pour son parti plus qu'on ne supposait. Elle avait pour auxiliaire le sentiment de Gamot même, qui croyait que les royalistes seraient patients,

1 Mous dit M. Carnot, le fils, 1. 1, p. 84.

' Mémoires, t. II.

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